Général du génie
Le Major général au Maréchal duc de Tarente. Elbing, le o janvier 1813.
A Monsieur le duc de Tarente,
Le Roi, Monsieur le Duc, me charge de vous faire connaître qu'il espère que vous contiendrez l'ennemi qui, trop heureux de pouvoir s'établir à Kœnigsberg et sur la Pregel , ne vous fera certainement suivre que par de la cavalerie : l'ennemi, d'ailleurs, perd chaque jour de ses forces par l'obligation où il est de faire occuper ses derrières, surtout par celles qu'il sera obligé de laisser à Kœnigsberg. S. M. vous recommande de ne pas trop vous fier aux rapports des Prussiens, qui exagèrent la force et les mouvemens de l'ennemi, en raison de l'envie qu'ils ont de nous voir abandonner leur pays. Le Roi ordonne que vous fassiez détruire ou brûler tous les affûts et voitures d'artillerie que vous trouverez abandonnés sur la route et que vous ne pourrez pas faire emmener, et ce serait une très bonne chose si vous pouviez parvenir à faire casser les tourillons de chaque pièce. Vous devez aussi faire détruire les effets d'habillement qui se trouvent à Brandenbourg, si vous ne pouvez pas parvenir à les faire transporter. Le prince de ^eufchatel, major général, Alexandre.
Le Major général au Maréchal duc de Tarente.
Elbing, le 5 janvier 1813, à minuit.
Monsieur le Maréchal,
Le Roi m'ordonne de vous faire connaître que son Intention est que vous preniez une bonne position sur Braunsberg.
Sa Majesté est décidée à ne plus évacuer de terrain sans combattre; elle va à cet effet réunir aux divisions Grandjean et Heudelet celle du général Marchand. La garde impériale, infanterie et cavalerie, a l'ordre de se tenir prête à marcher au premier avis que vous donnerez sur le mouvement de l'ennemi. Ainsi, Monsieur le Duc, le Roi compte qu'il pourra opposer à l'ennemi 6.000 hommes de la division Grandjean, 8.000 hommes de la division Heudelet, 3.000 hommes de la division Marchand, environ 2.000 hommes de la garde, 1 .800 chevaux et 50 à 55 pièces de canon, ce qui ferait une force de 20.000 hommes, indépendamment de 1.100 hommes qui partiront demain matin de Marienbourg pour venir joindre la division du général Marchand.
Il est présumableque l'ennemi n'aura pas d'abord la même force à nous opposer, surtout en infanterie. Quant à sa cavalerie, elle sera presque nulle, le pays se trouvant extrêmement boisé depuis Frauenbourg jusque sur les hauteurs d'Elbing.
Vous devez constamment, Monsieur le Maréchal,
observer votre droite dans la direction de Mehîsack et de Wormditt, afin d'être informé des œoiivemens de l'ennemi. Le Roi pense que la division du général Marchand serait très bien placée sur le village de Stabrundorf, prête à occuper les hauteurs de Frauenbourg.
Sa Majesté désire avoir l'état bien exact de votre artilk^rie, ainsi que de vos munitions. Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de m'envoyer cet état et de me faire connaître en même tems quelles sont vos ressources, quant aux ambulances.
Il existe ici des subsistances en tous genres. Il sera nécessaire, Monsieur le Duc, que vous organisiez des moyens de transport pour y envoyer chercher des vivres; ceux des environs d'Elbing sont insuffisans, ils sont d'ailleurs employés pour faire les versemens sur Dantzig.
Le prince de JSeufchdteî, major général, Alexandre.
I^e roi de Naples comptait sans l'effectif réduit de nos troupes, que décinnaient les marches forcées, le manque de de nourriture, le froid glacial et les souffrances de tous genres. Les Russes, se trouvant en pays ami, n'étaient pas obligés de se garder : l'occupation de Kœnigsberg ne ralentit pas leur marche.
Le Maréchal duc de Tarente au Major général.
Iloppenbruck, le C janvier 1813, o heures matin.
Monseigneur, J'ai reçu cette nuit l<;s deux lettres que Votre
3i DÉFENSE DE DANTZIG
Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire les 4 et 5.
L'ennemi ne s'est point arrêté à Kœnigsberg, il m'a très vivement suivi hier et j'ai été obligé de faire volte-face pour le contenir : à la vérité, il n'a montré que de la cavalerie et de l'artillerie, son infanterie suit.
J'ai pensé qu'il n'y avait qu'une indispensable nécessité qui pf:t nous engager à combattre. Ce n'est que retarder l'ennemi de quelques heures et perdre inutilement des braves, sans objet.
L'ennemi n'a pas besoin de garder ses derrières ; l'opinion de la grande masse des Prussiens, et notamment des militaires, est pour lui. Il est vrai de dire qu'il se conduit avec beaucoup de sagesse et de circonspection.
Il est reçu comme un libérateur qui vient délivrer le pays de notre oppression.
Ainsi les Russes se trouvaient tenir le langage qui avait autrefois facilité notre entrée en Allemagne et en Italie. Ils se présentaient en libérateurs, réprimaient sévèrement les désordres, annonçaient partout qu'ils venaient en amis.
Après quinze années de victoires, par l'excès môme de la conquête, nous étions arrivés à tourner contre nous ce qui faisait jadis notre force. Le sentiment national qui nous avait permis, de 1794 à 1S06, de braver toutes les coalitions, était chez nous remplacé par une sorte d'enthousiasme militaire et d'amour de la gloire. Il se réveillait, au contraire, chez nos ennemis et allait leur donner la force de secouer notre joug.
Nous ne pouvons trop nous hâter de gagner la
protection des places, continuait Macdonald, puisqu'on veut les tenir, pour donner quelque repos aux troupes, les réparer et rappeler l'ordre et la discipline.
La ?•= division surtout est exténuée de fatigue. Elle est dans un état pitoyable sous le rapport de l'habillement et de l'arraenient. En arrivant sous Dantzig, elle aura marché un mois sans interruption et se sera fondue de moitié. Il est impossible que, dans l'état actuel des choses, on puisse tenir la campagne dans une telle saison, sans quelque tems de repos. Les Polonais sont couverts de haillons et presque tout à fait sans chaussures. Les dépôts de ces corps, qui avaient été envoyés en Samogitie, ont perdu l'habillement, et les recrues ont été jetées dans Pillau.
La cavalerie, sous le rapport des chevaux et des hommes, est trop jeune pour être opposée à celle de l'ennemi, on l'a laissée sans moyens et sans ressources ; les officiers ont épuisé leurs bourses pour le fourrage qui est nul.
Les chevaux de l'artillerie et le matériel laimême ne peuvent plus aller sans repos et sans réparations. Depuis trois mois ils sont constamment au bivouac. Je ne peux pas dissimuler à Votre Altesse que tout le monde est exténué. La T division est sans solde depuis cinq mois. 11 me reste à Lui demander positivement si je dois me porter sur Marienbourg ou sur Dantzig; d'Elbing on peut prendre la route de cette dernière ville dans
cette saison : j'ai envoyé pour la reconnaître.
L'ennemi était avant-hier à Schippenbeil ; j'en ignore la force, mais je crois que ce ne sont encore que des partis de Cosaques. On m'assure qu'une colonne ennemie est déjà sur la Passarge, je doute de la vérité de ce fait. Nous devons nous attendre que l'ennemi ne s'arrêtera pas, et je ne sais jusqu'où il ira;il est certain qu'il va opérer sajonction surla Vistule avec le général en chef Kutusow et l'amiral Tschitchakow.
On me dit que le prince Schwartzenberg a fait un petit arrangement tacite avec les Russes, pour se retirer tranquillement; je ne sais si c'est pour couvrir Varsovie ou la Gallicie autrichienne.
J'aurais bien le désir de causer avec le Roi et avec Votre Altesse, mais je ne sais où les joindre.
Agréez, Monseigneur, l'hommage de mon profond respect et de mon sincère attachement.
Le Maréchal duc de Tarente, Macdonald.
P. S. — L'action d'hier a duré trois ou quatre heures. Notre perte est insignifiante, on est resté en présence. On croit avoir démonté deux pièces à l'ennemi. M.
Braunsberg, le 6 janvier 1813.
Monseigneur, J'ai reçu avant d'arriver ici la lettre que V. A. m'a fait l'honneur de ra'écrire le 5 à minuit.
Dans d'autres circonstances et dans une autre saison, j'aurais trouvé le poste de Braunsberg très bon à défendre, mais les mouvemens de l'ennemi, sur ma droite (faisant face à lui), son audace dans la poursuite^ tous les motifs que j'ai détaillés à V. A. et au Roi et le manque de vivres , sont autant de raisons qui nous forceront de l'abandonner; néanmoins je le tiendrai, puisque le Roi l'ordonne.
J'ai- déjà mandé que tous les habitaus fuyent avec leurs chevaux et bestiaux, je suppose que s'il eût été possible de réunir des chevaux même en payant, on n'aurait pas abandonné plusieurs pièces d'artillerie de siège, beaucoup d'affûts et de caissons chargés d'effets.
Lors même que l'on pourrait réunir une certaine quantité de voitures, elle serait insuffisante pour pourvoir le 10™* corps de vivres ; je fais remarquer à Votre Altesse le temps nécessaire pour les réunir, deux jours de marche pour aller à Elbing, autant pour en revenir; d'où il faut conclure qu'il est superflu de songer à de pareils moyens qui sont nuls.
J'ai appris ici que l'ennemi s'était montré à Eylau ; il nous a encore suivis aujourd'hui, on s'est tiraillé toute la journée, le feu a cessé à la nuit à Ensiedelkrug. Sa cavalerie nous a presque toujours devancés par notre gauche, elle était en même tems que nous à la tète de la ville ; je me propose d'abandonner toute la rive droite de la Passarge et de rompre les ponts.
Après l'action d'hier en avant de Brandenbourg, des habitans ont pris les armes et fait feu sur l'arrière-garde; ils ont blessé deux officiers et tué plusieurs soldats.
Ce n'est que cette nuit que j'ai reçu l'ordre de V. A. de détruire toutes les voitures laissées en route et de couper les tourillons des canons. Ce n'est qu'au jour et au moment oùl'avant-garde sortait d'Hoppenbruck, que l'on a vu les affûts, caissons et artillerie de .siège. On n'était plus à tems de les détruire et nous n'avons aucun moyen de scier les tourillons.
En entrant dans le faubourg de cette ville, nous y avons trouvé une douzaine de pontons et trois pièces de siège, j'ai donné des ordres pour que l'on enlève les pièces. Si j'en ai le ^tems, je ferai passer les pontons sur la gauche de la Passarge.
Le mauvais état du fourrage, celui de la route qui n'est qu'un verglas et l'extrême fatigue des chevaux nous ont fait perdre beaucoup aujourd'hui.
J'ai donné l'ordre que l'on renvoyé demain à Dantziglesijjalades, blessés et écloppés, hommes et chevaux, les voitures et artillerie, qui ont besoin de réparation. J'ai, en même tems, donné l'ordre qu'il me soit fourni des états sommaires des combattans, de l'artillerie, des munitions de guerre et des an:balances. La division Heudelet n'en a pas, et celles de la division Grandjean, ainsi que ses transports militaires qui la suivaient sous la protec-
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tion de TaiTière-garde prussienne, ont été livrés à Fennomi.
Je ne sais où est la division du général Marchand qui a précédé notre départ de Kœnigsberg; d'après ce que j'ai entendu, elle ne doit pas être bien loin d'Elbing, elle était sous les ordres du maréchal duc d'Elchingen.
Agréez, etc.
Le Maréchal duc de Tarente, Macdonald.
Cette division avait couvert la retraite du grand quartiergénéral qui, arrivé à Elbing, la renvoyait au duc de Tarente.
Le Major général au Maréchal duc de Tarente.
Elbing, le 7 janvier 1813.
Je vous préviens, Monsieur le Maréchal, que, par décision du Roi en date de ce jour, la division Marchand, placée derrière vous en 2™" ligne, est mise complètement sous vos ordres.
Le prince de Neufchatel, major général.
Le trésor provenant de la contribution de guerre perçue en Gourlande, les parcs entrent à Elbing. Le général de Campredon y arrive avec eux.
Le 6, couché à Elbing. J'y trouva le roi de Naples, le prince de Xeufchàtel, le comte. Daru.
J'y trouve également le général Haxo,(îui me donne des détails sur mon frère.
Séjourné à Elbing,
Le duc de Tarente, sans vivres et sans ressources, demandait à se replier sur cette ville où se trouvaient de vastes magasins.
Lô Maréchal duc de Tarente au Major général.
Truntz, le 10 janvier 1813.
Monseigneur,
J'ai reçu hier à 9 heures du soir les deux lettres que V. Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire, le lieutenant-colonel de Natzmer * n'est parti que ce matin; on n'a pas jugé prudent de l'envoyer pendant la nuit aux avant-postes ennemis.
La division Heudelet vient de prendre position à Maybaum, Truntz et Beaumgarten, faisant occuper Lentz, Dorberg, Freyberg et Schônwald. L'arrièregarde est à Hutte et Hasselau.
Le général Grandjean est arrivé hier à MulhauseiK il y a trouvé les bataillons des 128"»" et 129"", qu'il a envoyés à Pomehrendof ou à Grostobey.
Ce général a une brigade aujourd'hui à Muhlausen et l'autre à Schônberg.
Cette position d'aujourd'hui du lO"" corps n'est que provisoire pour garder ce grand pont, couvrir