SUR LA THEOLOGIE SCHOLASTIQUF
Dieu (les mystères incompréhensibles; Tordre social imposé aux hommes par la nature ellemême; le suicide, la rébellion contre les lois et les gouvernemens, convaincus de crime ; ce ne sont pas là des questions d'une scholastique subtile, abstraite; les règles de la bonne logique appliquées à ces hautes et intéressantes discussions, ce ne sont pas là des spéculations vaines, oiseuses, indignes d''occuper les loisirs de la jeunesse. Borner le cours philosophique à ces dissertations de psychologie, d''ontologie , et de haute métaphysique qui remplissent les livres de la philosophie Écossaise, et les cours de philosophie moderne ; voilà une réforme à laquelle nous ne consentirons jamais. S^enfoncer trop avant dans la recherche de ces phénomènes de Fintelligence, que le Créateur a cachés à nos yeux sous un voile d'airain ; ce sont là pour un jeune homme des études non moins stériles que périlleuses : c'est l'accoutumer à ne pas connoitre les bornes posées par la nature à notre intelligence ; c'est flatter son orgueil, Fenhardir à croire que son esprit est au niveau de la hauteur de ces questions souvent insolubles , parce qu'il en a puisé des notions confuses dans les livres qui en parlent, et qu'il en parle lui-même dans un jargon de convention : et il est incalculable aujourd'hui le nombre de ceux qui roufon-
dent la science avec les termes scientifiques, et qui croient, avec une malheureuse bonne foi, comprendre ce qu'ail ne comprennent pas. Puisse la jeunesse cléricale concevoirune sainte aversion pour cette métaphysique obscure et ténébreuse, qui nous a fait tant de mal ! Cest elle qui, en 98, a raisonné le crime, et toutes les savantes horreurs d''une législation barbare. Tous les paradoxes insensés, qui depuis cette époque de sinistre mémoire, ont inondé la philosophie, la religion et la morale , Font appelée à leur secours. La fausse métaphysique , la sensibilité niais<> et factice, sont à mon avis les deux terribles fléaux que la providence a tirés dans ces derniers temps des réservoirs de sa colère, pour châtier Torgueil du genre humain , le convaincre de folie , le dégrader , par le délire de ses systèmes , au-dessous de l'état sauvage (i).
M. Bautain , pour le besoin de son système, a fait à la philosophie moderne, au grand préjudice de la religion, toutes les dangereuses concessions que nous venons d''entendre , Tignorance de son clergé, son immobilité dans Tornière des vieux préjugés, au milieu de la marche toujours progressive des lumières du
(i) Sur ce point , j'entre parfaitement dans toutes les idées de M. le coniledc Yaublanc, dans ses Mémoires sur la Rn'ofiition française.
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siècle; bien enlendu que, lorsqu"'il s^igira de remonter à la cause de ce malheur, le mauvais état des écoles ecclésiastiques , le vice de leurs études philosophiques, théologiques ^ de leur méthode schoîastique , seront dans sa bouche.
Pour n'être pas dupe d^ine si grossière illusion, en convenant franchement du fait, allons droit au principe de cette grande plaie qu\i faite à la religion la révokition de 1789.
Il nVst que trop véritable, que le nouveau clergé est moins versé que Tancien dans les sciences divines et humaines; et c'est une des causes pour lesquelles nous autres vieux prêtres, qui avons connu Tancien temple, nous pleurons en voyant le nouveau, IMais il v îi un autre fait pour nous démontré, c'est que les études du sacerdoce, au fond les mêmes qu'autrefois, ne sont pour rien dans ce désastre ; et il est visible que nos ennemis nous reprochent ici le mal qu'ils nous ont fait. Après avoir dépeuplé le sanctuaire, démoli à grand coups de la hache révolutionnaire les école» savantes de l'Eglise , et fermé devant elle les sources de la science , l'impiété ne craint pas de dire avec insulte à la religion, cette veuve qu'elle a désolée, privée de sesenfans, dépouillée de tousses biens de science et de fortune : Voyez combien votre famille est pauvre, ignorante, déconsidérée;
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venez à nous-, mari-lic/, à cette lumière nouvelle que nous avons fait briller dans le inonde : c^esl Tunique moyen (jni vous reste de sauver un |)eu de crédit et de considération, dans le siècle où vous vivez. Allons au fait : notre clergé est moins savant que celui de l'ancienne France ; rien de plus étranger nus. causes de cette calamité , que la méthode scholastique. En voici la véritable , pour tout homme à qui les préjugés philosophiques n'ont pas fermé les yeux.
La révolution de 1790 trouva dans le clergé un nombre prodigieux de prêtres savans et instruits, capables de défendre la religion par de bons écrits , et de Thonorer par Tétendue de leur science et la variété de leurs connoissances. Tout à coup, en cette année de sinistre méluoire , les ordinations cessent , le clergé offre r image d'aune société où les générations s'arrêtent. Les savans furent plus que décimés parles rigueurs delà réclusion, delà déportation, de la proscription ; mais la science ecclésiastique fut plus profondément blessée par l'interruption des ordinations : elles cessèrent entièrement en 91, ne reprirent que foiblement en i8o3, et ne commencèrent à «*tre fécondes et productives qu'en 1810 ou iSii. Voilà donc une lacune de plus de vingt années^ pendant lesquelles la succession des savans s'est arrêtée ; et les savans
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ïHorls ii\)nt pas laissé après eux criiéritiers de ' leur science. En 1820 je vois les ordinations en pleine vigueur 5 mais c''est alors que les vétérans du sacerdoce ont versé des larmes, et que la nouvelle Jérusalem leur a apparu comme un sol dévasté, où tant de pépinières dans lesquelles se nourrissoient autrefois les savans , avant d''ètre transplantés dans le champ de FEglise, ont disparu peut-être sans retour.
Parmi ces conservatoires de la science que la révolution a enlevés a TÉglise, je mets au premier rang les universités. Ces corps savans avoient, comme les corps religieux, la vertu de se perpétuer et de se reproduire. Leurs principaux olliciers , recteurs, syndics, professeurs, étoient non-seulement docteurs, mais doctes en quelque sorte par office, étant par état consacrés à l%^tude des sciences; et Ton sait que le nombre de ces écoles savantes nVHoit pas petit, et que celui tle leurs docteurs étoit presque innombrable.
2" Les corps religieux étoient encore pour rÉglisedessanctuaii'esoù se conservoitla science. Plusieurs d*'entre eux étoient voués aux études savantes par l'esprit même de leurs règles ou de leurs instituts : on reconnoît à cette marqu.e les Pjénédictins; et en général la plupart des ordres reb"gieux tenoienl à honneur de former des sa-
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vans , cl les considéroient coniDie la [gloire el rornement de tout le corps. Lîi un homme ami de Tétude et apte à la science , que de secours et de ressources ne trouvoit-il pas dans ces maisons pour développer son talent, et se créer une place parmi les doctes! Vaste bibliothèque, écrivains renonnnés, jaloux, par religion et par esprit de corps, de former des successeurs, de les initier dans le secret de la science , de diriger leurs savantes recherches , de leur transmettre le riche héritage de leurs plans ébauchés , de leurs matériaux amassés, de leurs oeuvres commencées. Qui nous dira le nombre dessavans qui habitoient les monastères de Tltahe et de la France avant la fatale époque de 1790?
3" Les chapitres : grand nombre de leurs membres cultivoient les sciences avec succès , favorisés par de grands loisirs et de grandes ressources de fortune.
4° Les titulaires de bénéfices simples étoient innombrables, et un grand nombre étoient poussés vers les études de cabinet par goût et par attrait; plusieurs même, par le besoin de se créer une occupation, pour remplir leurs loisirs; ^ans parler de ceux qui n"'étoient pas insensibles à l'honneur et à la considération qui environne rhomme de lettres.
5" Les recteurs des paroisses : quel temps ne Irnuvoienl-ils pas alors pour vaquer à l'étude! et
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plusieurs d'entre eux ont mérité d"*ètre inscrits dans le catalogue des savans. Pauvre Église Gallicane ! tu as vécu jusqu^'ici sur un v ieux fonds , reste précieux de Fanciennc France ; ces hommes sont morts, et n'ont pas laissé de successeurs. A présent les jeunes élèves du sanctuaire , dès le moment même de leur ordination , sont en quelque sorte conscrits et enrôlés pour former la milice des pasteurs voués à la vie active du sacerdoce ; tous leurs momens sont absorbés par les œuvres saintes et matérielles du divin ministère : baptêmes, mariages, sépultures, administration des sacremens. Accordez-leur la plus rare pénétration dV^sprit désirable, il leur manquera toujours cette condition essentielle qui fait les savans, le temps. Je Fai dit, et c'est ici le lieu de le répéter, les railleries de l'impiété sur Pignorance du sacerdoce ne sont pas dVin bon ton , et ressemblent beaucoup aux jeux cruels de cet oppresseur, qui, après avoir spolié la veuve et Torphelin, se rit de leur misère. Je crois donc avoir assigné des causes plus réelles de la médiocre instruction reprochée, avec plus ou moins de justice, à notre jeune clergé, que le vice de la méthode scholastique. Un orateur chrétien vient de présenter, sous des formes oratoires, le fond de ces réflexions : «Depuis quand Téloquence » évangélique s'est-elie ailbibbe parmi nous? Il
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)> ny à pas (juaiitiile ans (Micore, (}ue nous avons » vu les chaires chrétiennes remplies par des )) orateurs dignes des premiers siècles du chris- » lianisme. Leur voix étoit celle des Nathan et des » Isaïe ; leur zèle celui des Paul et des Barnabe ; )i leur langage celui des Basile, des Chrysostôme, » des Ambroise : nous les avons entendus dans )) notre première jeunesse. Bientôt après nous » les cherchâmes des yeux ; qu'étoient-ils deve- » nus? Jérusalem , Jérusalem , qui tues les pro- » phètes et égorges ceux qui sont envoyés vers » vers toi, oseras-tu, les mains encore teintes » de leur sang, demander pourquoi ils sont » muets? Après avoir précipité le pontife, le » prêtre et le lévite dans un même tombeau , » est-ce à toi de reprocher à la tribu sainte » mutilée, le dépérissement et Tafibiblissement » de son éclat et de ses forces? As-tu droit d''exi- » ger que nous , les tristes restes de nos frères » morts , les foibles et derniers débris de cette )) Eglise de France, naguère si florissante et si » illustre, nous fassions seuls revivre toute sa ï) gloire, et soutenions tout le poids de son an- » tique renommée? Hélas! réduits à un petit » nombre , consumés de travaux , partagés entre » tant de fonctions diverses et de pénibles minis- » tères, attaqués par tant d'ennemis, abreuvés » de tant d"* amertumes , où. est notre loisir pour )) nous livrer aux méditations profondes dans