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fait la merveille de son temps , mais à cause de sa sainteté. Un saint étoit aux yeux de ces hommes si profondément religieux, ]\uni de Dieu , le confident de tous ses secrets: lui déplaire, c'étoit s"' exposer à la disgrâce du Très-haut, qui ne souffre pas qu'ion manque à ses amis , ni qu'on leur cause de la tristesse. Le progrès des lumières n'a rien ôté à ce respect des peuples pour le sacerdoce, dans les siècles chrétiens où brilloit la lumière des sciences et des lettres : la vie du prêtre a pu être, à ces époques , vite et abjecte; mais aux yeux de ces chrétiens éclairés de la double lumière de la religion et de la science, le ministère étoit honorable, alors même que le ministre étoit méprisable; et la boue qui lui couvroit la face, ne pouvoit effacer la majesté de Dieu qui brilloit sur son front. Mais donnezmoi un peuple de philosophes tel que le revoient déjà les fondateurs de la prétendue philosophie de nos jours; une contrée où sedécouvrece spectacle inconnu aux siècles païens, de peuplades entières sans culte, sans prêtre, sans autel et sans sacrifice. Pour ces hommes sans Dieu, qu'est-ce qu'un prêtre? C'est un homme qui fait le métier de prêtre ; un homme né de bas lieu , et qui vit de prières et de messes , comme d'autres de leur trafic et de leur travail mécanique. Le pasteur de cette paroisse, si (ow((;f<)i.s elle en a un , est
j)oiir ceux quiriiabitent le but de leurs dérisions, clans les réunions aux maisons de vin et de dé— bauche. S*'ils entrent dans l'Eglise, ils écoutent le prône du prêtre avec un dégoût et des préventions qu'ils ne sentent pas pour le charlatan qui les harangue du haut de ses tréteaux. Tout cela est suivi, conséquent; c"'est le résultat (le l'invincible nature, laquelle mettra toujours une conformité inévitable entre les idées et les jugemens , les croyances et les œuvres.
On me dira peut-être : En 1790, les grands et le peuple avoient déjà fait bien des progrès dans la philosophie , jusque là que la révolution est née de la philosophie; et cependant le clergé étoit honoré, respecté , ou beaucoup moins déconsidéré. Mais outre que la corruption des esprits n'étoit point alors à beaucoup près aussi générale et aussi profonde dans la multitude ; de plus , qu"'on le remarque bien, le rang civil du clergé étoit alors grand et élevé; ettel,quine révéroit plus le prêtre, respectoit encore en lui le citoyen titré , le magistrat préposé à la police de FEglise , à Texécution des lois de sa discipline, à la garde des registres des décès et des mariages. Quant à l'évêque , il en imposoit au peuple par les plus hautes dignités de l'Etat dont il étoit revêtu ; baron , comte, quelquefois même prince de la cité, conseiller du Roi dan? fous
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ses conseils, président né de toutes les asseml)Iées publiques. 11 m^estbien permis, sans qu^on puisse me prêter des intentions que je n''ai pas , de raconter ces faits historiquement ; de faire remarquer même que ces honneurs attachés à répiscopat, étoient à cette époque, dans les vues de la providence , des moyens humains destinés à soutenir cette considération nécessaire au sacerdoce , et si ébranlée alors dans Pesprit du peuple par les efforts de Fimpiété : c'est ainsi qu'un bâtiment avec des fondemens minés, et des murs qui laissent entrevoir des ouvertures menaçantes, tient encore et demeure debout^ par la force des arcs-boutans et des avant-murs qui lui servent d'appui. Au reste, on sait, sans que j'en fasse la remarque, que l'irréligion , à laquelle j'attache la cause de ces malheureux effets , se modifie diversement dans les esprits. 11 y a des athées de spéculation, il y en a de pratique; il y en a de tolérans, il y en a aussi de haineux envers Dieu et son culte ; il y a des chrétiens et des demi-chrétiens ; vous trouvez des philosophes indifférens, pour qui toutes les religions sont bonnes : tous ces hommes sont plus ou moins respectueux, plus ou moins irrévérens envers le sacerdoce catholique, à mesure qu'ils montent plus haut ou qu'ils descendent plus bas dans l'échelle qui sépare
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l'athéisme du vrai christianisme. D'après cet exposé , le lecteur judicieux aperçoit déjà la fâcheuse position du clergé, et Timpuissance où il est de recouvrer Testime de ce monde qui donne aujourd'hui le mouvement aux grandes affaires. L^impiété ne devroit pas lui adresser ce reproche, puisque c'est un mal qu*'e]]e a fait. Le peuple dontelle a entrepris Téducation, et qu'acné se glorifie d''avoir éclairé et conduit à la maturité de Tàge, par les lumières de sa raison et de sa philosophie, ce peuple est sans religion et sans foi ; les yeux de son esprit ne voient plus dans le prêtre rien de grand et de divin. Vu des yeux du corps , c'est un pauvre couvert de tout le mépris qui s\iltache à la personne du pauvre , et du pauvre sans crédit dans la cité, à qui sont contestés ses droits de citoyen, accordés sans dispute au manouvrier et à Thomme de peine. Après cela, pourquoi tant alambiquer son esprit, subtiliser, railiner dans le raisonn(ment, se perdre dans des considérations politiques, pour trouver à un effet des causes idéales et chimériques , quand on a sous la main les véritables, Tesprit athée et irréligieux de notre siècle ?
Je Taidit : notre position est fâcheuse; toutefois elle nVst pas sans ressource; un moyen nous reste pour retenir la considération publi-
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que, jusque dans ce royaume de léiièbres, où ne luit plus le soleil de TEvangile. Ce moyen, c'est la vertu vraiment chrétienne et sacerdotale ; cette charité qui souilre tout, qui supporte tout, qui au milieu des injures et des opprobres, des contrariétés de tout genre , ne se lasse jamais de travailler à la gloire de Dieu , et au bonheur des hommes. Si nous partageons avec le pauvre le pain de notre indigence , si nous volons au secours des mourans et des malades avec le courage intrépide du guerrier e( son mépris pour la mortdansun jour de bataille; si nous ne connoissons d^iutre parti que celui de Dieu et de Tordre ; si notre bouche ne prêche que TEvangile de la paix au milieu de nos discordes civiles, nous serons aimés du chrétien , respectés par le mécréant; et les ennemis de Dieu , témoins de notre vie irréprochable, sentiront la calomnie expirer dans leur bouche, et seront forcés de nous bénir au lieu de nous maudire. De violentes tempêtes s"* élèveront contre FEglise , Fheure de la persécution sonnera; et ce prêtre, condes- . cendant par charité, inflexible par devoir , sans intérêt comme sans passion, sera pour Firréligion une puissance c{ui lui en imposera ; elle n'osera le forcer dans cet asile impénétrable de sa conscience où il s''est réfugié , après avoir tout cédé pour le bien de la paix ; elle n''osera loucher à ce juste béni par le pniivre, et révéré
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(le tout homme lionuêle que la haine de Dieu u\i\eu{jle piis. Je laisse courir ma plume, je le vois bien ; mais je sens en même temps que je ne divague pas. On nous parle de la déconsidération du clergé, on nous en demande les causes; la fausse politique, Tesprit d'erreur et de système en allèguent de fausses : une philosophie vieillie^ une théologie surannée, un enseignement défectueux, la scholastique , méthode absurde et digne de pitié; j^issigne les véritables, je les développe , je les mets en vue, je les approprie à mon sujet : en tout cela je ne vois rien en deliors de la question, et qui mérite ({u\)n me rappelle à Tordre.
On nous j)ropose, pour remède à ce mal , une éducation plus libérale du sacerdoce , une refonte totale de l'enseignement de ses écoles, un clergé moins pourvu de théologie, mais orné de connoissances variées sur cette haute métaphysique qui explique les plus impénétrables mystères deTame; sur la politique, les arts , le commerce , l'agriculture , Téconomie financière et rurale. A la place de tant de prédications sur lajustice,surla charité chrétienne, le pardon des injures , les devoirs ré^^iproques d'amour, d'obéissance, de respect, de fidélité, qui font les bons époux, les enfans soumis, les domestiques fidèles,lescitoyenspaisibles; au lieu de ton tes ces choses, on voudroit ({uehjaes prônes sur les droils de
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rhojniiie, les droits respectifs des souverains et des p(niples, des instructioîis propres à diriger le villageois dans la culture des terres, la vente des denrées, l'éducation des bestiaux, le ménage, la taille des arbres, la bonne tenue des jardins. A la place de cette vie sérieuse, retirée, partagée entre la prière, l'étude, la visite des malades^ Tinstruction des enfans , ces visites cordiales et affectueuses du pasteur dans les maisons de sa paroisse, tempérées par la gravité de son ministère; au lieu dVmevie si exemplaire, des apparitions plus fréquentes du prêtre dans ces repas de réunion , dans ces cercles de la cité où la joie est si vive et la parole si libre , sauf à lui à s^ montrer coulant sur les propos grivois et irréligieux. Nous pensons que tous ces conseils que nous insinue M. Bautain, par la bouche de son apologiste, ne sont pas bons à suivre. Je m'avise à mon tour d^exposer des plans de réforme , un remède plus approprié à la grande maladie du genre humain , et qui va à la guérir dans sa source : la religion chrétienne, la foi catholique, ces deux institutions qui régénèrent riiomme jusqu''au fond des entrailles, créent en lui un autre esprit, un autre cœur, un homme entièrement nouveau , ami du vrai, zélateur de tout bien. Et puis mettant un pied dans la politique, je me hasarderai jusqu'à dire à un légis-
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lateursage et judicieux : Vous estimez la relif»^ion chrctienue une auxiliaire utile à la société , et vous gémissez sur cette déconsidération du sacerdoce qui le rend inutile à ce but; essayez de ce moyen dont on vous a parlé avant moi; vous le pouvez sans toucher aux choses essentielles à la révolution. Rendez au clergé catholique les registres de naissance et de mariage ; le pasteur en deviendra plus respectable aux yeux du peuple. L''ouvrier athée et le laboureur irréligieux qui le fuient, seront forcés de s'en approcher dans ces grands actes de la vie civile. Sa personne vue de près , leur paroîtra aimable ; Foccasion sera belle pour lui de faire arriver jus(]u''à leur cœur quelques paroles de paix et de vérité : d'autant plus que, vous le savez peut-être, ces archives publiques confiées à d'ignorans maires de village, ont laissé quelquefois entrevoir des lacunes fiicheuses, des vides effrayans pour les plus grands intérêts des familles; et des enquêtes, des confrontations avec les registres mieux tenus de la paroisse , ont été ordonnées. Si cet expédient vous semble un beau idéal, dangereux , impraticable ; je ne décide rien : j'eniets une opinion ; prenons, si vous le voulez , que je n'aie rien dit; jV consens.