A L'APPIT DE CETTE DISSERTATION
Les philosnjihcs disent que l'Evangile suffit , mais les anciens Pères cle l'Eglise, qui connoissoient à fond l'Evanj'.ile , et qui en furent les plus fermes appuis , ont cru que la dialectique en étoit la liaie , le rempart et la défense. Est, dit S. Clément d'Alexandrie , yjc/- .vc ipsam perfecia, et niitlis indigens, doctrina Salvatoris, utputejacultas et sapienlia Dci. Pnnv Grœca p/iilosoiJ^ia ad eam accedens , non potentiorem facit veritalem , sed s(,phislicain cnhcrsàs eam impressionem imbecilleni rcddciis , propulsansque dolusas contra veritatcm insidias , congrueiis vineœ sepimentum et vallum dicilur. (Stromat. lib. 2.)
Saint Basile en pairie à peu près dans les mêmes termes : Jac allas dialectica mûri instar est dogmatibns , qitod ca non sinit facile diripi , et qiionimlihet incursioni paterc. (In cap. 2 Isai. )
Saint Augustin ne faisoit pas moins d'état de la dialectique. Voici ses paroles : Disputalionis disciplina, ad ouutia gênera quœstionum , quœ in litteris sanctis snnt , plnriniiun valet. (DeDoct. christ, lib. 2 , n. 48.) Per hanc scientiatn, Jides saluberrinia , quœ ad verani heatitjidincm diicit , gignitttr , niilrilur , défend itiir , roboralur. (DeTrinit. lib. 14, n. 3. ) Dans ses livres contre Cresconius Donatiste , {lib. 1 , cap. 13 , n. 16, etseq. ) il s'étend assez longuement sur les avantages de cette science, surtout dans les controverse>j avec les hérétiques.
Arnobe le jeune lui allribue une "autre prérogativ<:. Ars dialecticU , dit-il, in rébus obscuris ingreditur , ut vidvutur
i(H. TJiMOIGiNAGES.
esse rciKiii , (juod veiuiii est. (Coiifl. ( uni Serap. de Deo trirto et iino. )
Ecoutons saint Anibroise : (Jaw sunl Apostnlorum , qiiœ laxan jubcnlur , rctia? nisi vcrhoniin complcxwncs , cl quasi ({iiiJain orationis sinus, et (lisjjutanonurn rccessus , qui cos quns ceperinl non aniittant. ( In Luc. lib. 4. )
Enfin saint Givgoiic de Nazianze , dans, l'éloge qu'il a fait de saint lîasiK-, exalte par-dessus tout son habileté dans l'art de la diaUctlque: In quaadco cxccllnil , dit-il , ul iis , qui cuni 00 dispulahant , facilius csset è laùyrintho sese extricarc , quàm argumcntoruin ejus laqueos cjj'ugere , si quando res ila posUilaiet. ( Or. 20. }
Quelle présomption ne forme pas en faveur de la dialecti(|ue et de la théologie scliolastique, l'opposition qu'ont ]irofessée contre elle les hérétiques des derniers siècles? Wiclef, dans ses articles condamnés par le concile de Constance , prétend cjue la tliéolojjie , tanliun prodcst Ecclesiœ , quantum prodest diabolus. Luther (1) appelle les écoles de théologie , satanœ lupanaria , et donne à saint Thomas le nom de phiala irœ Dei. Calvin ne s'est pas moins décliaîné contre elle dans ses Institutions , et Mélanchton dans son apologie. Les hérétiques de Witemberg et les Anglicans , ont poussé la fureur contre elle , jusqu'à l'assembler un grand nombre de livres scholastiques, qu'ils mirent sur une bière , pour les jîorter ainsi j)ar les rues , et les brûler sur les places publiqvies qu'ils faisoient retentir de chants lugubres (2). Jansénius ne s'est pas montré plus respectueux envers la théologie et ses raisomiemens, cju'il appelle, depuratas Aristotclicœ nietaphysicœ eliquatiuncs , philosopliicas tricas, et ineplms à classibus dia-
[i] Lib. 2de ahrog. Missœ. — (2) Surius, in Ajipcnd. ad Xaiider. Chroiiic. — Sauiier. de Schism. Angl, lib. 2.