TEMOIGNAGES
hcticurnin peliuis (1). L'abbé de Saint-CviaM , le père Quesiiel et leurs disciples, n'ont pas lait voir moins de dédain pour tout ce qui sent la scholastique. Aussi se vantent-ils <le traiter la théologie par le moyen de la tradition des Pères , et font-ils profession de n'employer que le langage des saints docteurs. Tout ceci démontiti suflisamment que si l'Evangile, la tradition et les Pères nous fournissent l'essentiel de la doctrine , la théologie n'en est pas moins la haie qui protège la doctrine elle-même contre les assauts des ennemis.
Muzzarelli , qui, en rapportant ces témoignages , fait les réflexions qu'on vient de lire , y ajoute les considérations suivantes :
Depuis cjuelque temps , la théologie a banni de ses écoles la plus grande partie des recherches inutiles , pour s'appliquer aux questions plus nécessaires. Je le sais , et je ne ciains pas de l'avouer , parce que je mets la vérité avant tout ; on pense anjovutl'hui à s'écarter de la voie droite , et l'on voudroit , ce semble , céder au destin de toutes les sciences , qui après avoir atteint le plus haut point de prospérité , déchoient rapidement pour aller s'engloutir dans l'abîme de l'ignorance, je dirois presque du néant. Anciennement on a abusi' de la forme scholastique ; on a abusé du génie et de l'art : dans la suite on a corrigé ces abus en grande j)artie , et la théologie s'est trouvée réduite à un état intermédiaire entre une trop grande sécheresse et ime parure exx^essivc. Aujourd'hui on ne veut plus du tout de la forme ni de la progression dialectique des argumens; mais on cherche juscpie dans la théologie, l'aménité, le ])laisir tt la familiarité. C'est là le moveu de perdre la
(i) Tom.lF, lib. pioccvi. cup. 8 : Vih. do G'ralia priini horn. cap. ull . lih. 2, (le Suilu nui. Ifipfœ, cap. •'>; loin. I, lib. (>, cap. iS.
]oo. ti:moignagf.s.
vc-rilt' , t't (le si- laisser séduire par le serpent insidieux qui se tache sous la verdure et les fleurs. Mais à qui la faute, encore une fois , sinon aux philosophes? qni a livré au ridicule la méthode scholastiquc , sinon eux? qui a ouvert re sentier dangereux et y a marché le premier? La logique avoit conservé les traces des défauts qui l'avoient si longtemps défigurée : quelques-uns perdoient peut-être trop de temps dans des questions puériles et insignifiantes ; et là-dessus , le siècle a lancé une sentence générale qui condamne au feu une pareille logique I I\Iais n'eûl-ilpas mieux valu la réformer dans les défauts qui lui restoient? Il eût mieux valu se taire , sans doute ; mais cela n'étoit pas conforme ù la suhlimilé de l'esprit philosophi(jue , qui 'souhaite de voir anéantir tout ce qui est défectueux. C'est ainsi que la logique elle-même a voulu se parer comme une jeune mariée qui s'embarrasse le sein de fleurs odoriférantes. La logique n'est plus l'art de raisonner. Quand vous entrez en logique , on préltnd vous apprendre en quelques jours à raisonner avec justesse, et l'on offre à l'avidité de votre es])rit , ce qu'on auroit dû réserver pour la métaphysique. Encore , ces matières , ne fait-on que les effleurer , et cela si superficiellement et avec tant d'afféterie, que les dames mêmes ne dédaignent pas d'écouter un professeur bien maniéré. Avec de pareilles inepties en tête, que voulez-vous que pensent les étudians qui passent de là à l'étude de la théologie , et deviennent eux-mêmes en peu d'aimées maîtres et docteurs? Osent-ils s'écarter tant soit peu de ces manières gracieuses? on les Vegartle aussitôt comme de froids pédans , des espi its simples qui se sont laissé influencer, des ennemis uiortclsde la vérité. C'est donc avons seuls, ô philosophes , qu'ils faut altribuer* tous les défauts de la théologie, ainsi rjue ceux dont on accuse les scien<es les plus subliiues. ïl fan! donc al'soudrc