‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 20 sur 52 · RDE DU POT-DB'FER-SAIKT-SULPICE · texte numérisé non relu

RDE DU POT-DB'FER-SAIKT-SULPICE

AVAIVT-PBOPOS.

Avant que de commencer cet écrit, je dois décliner le nom de mon adversaire, son titre, ses qualités. C'est un professeur de théologie, un docteur même de cette écolethéologique créée par Bonaparte en 1807; mais indépendamment de ce grade, il se présente à nous sous des rapports encore plus avantageux : c'est un prêtre estimable par son savoir, médiocre dans le fond, mais précieux dans le malheureux temps où nous sommes ; un prêtre d'une vie austère, irréprochable dans ses mœurs, et qui, après une longue carrière utile au pubhc, l'afflige aujourd'hui par le délire de sa doctrine et le scandale de ses assertions calomnieuses contre tous les ordres de l'Eglise de France. Ce fougueux théologien, qu'on me pardonne ce familier langage, s'en prend à tout le monde.

Il attaque : 1® toutes les écoles théologiques,

connues sous le nom de séminaires : Leurs rtudes sont légères et superficielles ; il n'en sort que des hommes incapables d'occuper un poste important ;

2*^ Le corps entier des pasteurs et des dispensateurs du sacrement de pénitence, par le même vice de la faiblesse de nos études : Rien de moins commun parmi eux que la science appelée commune et suffisante; un grand nombre ne la possèdent pas;

3" L'épiscopat en masse : Le roi des Français, vu l'état des études en France, est dans l'impuissance deprésenter au saint Siège des évéques pourvus de cette profonde science nécessaire, suivant le concile de Trente, pour remplir un poste si important. De là cet étrange cas de conscience : Un confesseur qui voit à ses pieds un pénitent évêque qu'il sait iîicapable, quelle conduite doit-il tenir ? Suit la solution de ce cas. // doit par ses interrogations, c'est-à-dire par un examen sérieux, s'assurer que ce prélat possède toute la science insérée dans le prospectus du docteur Abelly, au chapitre de la science suffisante des évêques. J'imagine qu'il invitera le prélat à s'asseoir, car un pareil examen, subi à genoux et dans l'attitude d'un pénitent, ne serait pas soutenable. Tout cela est très-sérieux : lisez depuis la page 327 jusqu'à la page 350.

Après une si violente agression contre le corps entier des évêques et celui des prêtres, il en prend

plusieurs à partie, et certes ce ne sont pas les moins considérables qu'il entreprend : parmi les évêques ce sont messeigneurs de Bellai, du Mans, de Rennes, monseigneur Rey, prélat à demi français et que la France envie à la Savoie. Les prêtres, ce sont des pasteurs, des hommes de lettres de la ville de Lyon qu'il désigne nominativement, et il combat avec eux corps à corps.

4" Il attaque le tribunal du Saint-Office, et ici encore il distingue plusieurs consulteurs, et il lutte contre eux, et Dieu sait comment il les traite : La doctrine calvinienne a •pénétré dans ce corps, et a infecté toute l'Eglise romaine; elle a pénétré jusqu'au saint Siège, où se garde l'unité de la foi.

5'' Il attaque toute l'Eglise de France, il la couvre en quelque sorte de boue par ses injurieux reproches : L'ignorance, la cupidité, l'orgueil ont envahi tout son clergé.

6^ Enfin il attaque l'Eglise tout entière, et les conséquences de sa doctrine ne vont à rien moins qu'à nier sa visibilité et son indéfectibilité.

Après ces préliminaires, on aperçoit que les séminaires, les pasteurs et les prêtres approuvés, tous les évêques en corps, des prélats et des prêtres pris distributivement, le Saint-Office, l'Eglise romaine forment l'honorable clientèle que j'ai à dé-

fendre dans cet écrit. Et chacun de ces illustres accusés va fournir un chapitre à cette dissertation. C'est pourquoi je la divise en cette manière: 1° défense des séminaires ; 2" des prêtres et des pasteurs, dispensateurs du sacrement de pénitence; 3° apologie de l'épiscopat en corps; 4« un mot sur les évêques et les pasteurs désignés nominativement par le docteur Pages; 5'^ défense du Saint- Office et de l'Eglise romaine, où l'on explique le sens des dernières décisions émanées du saint Siège sur le prêta intérêt, et de l'autorité dont elles doivent jouir dans les églises particulières; 6° la visibilité et l'indéfectibilité de l'Eglise universelle, défendues contre les accusations erronées du môme docteur. Vaste champ ouvert devant moi et sur lequel je ne puis que courir : pour creuser et approfondir il faudrait composer un livre, et le petit nombre de lecteurs sur lesquels je compte refuseraient de m'y suivre.

On me dira peut-être : Pourquoi ces grands frais d'une réfutation en forme contre un livre qui se réfute par ses propres excès, que tous les libraires repoussent, se renvoient l'un à l'autre, et dont les feuilles, après avoir passé du magasin de M. Périsse à celui de M. Sauvigné, n'ont pu s'arrêter nulle part, et sont venues s'entasser dans la cave

ou au grenier de l'auteur? Pourquoi réveiller cet ouvrage de son sommeil, lui donner en quelque sorte une nouvelle vie, après qu'on a dit de lui : Il est mort? Et plût à Dieu que ce fait fût véritable. Mais, par un concours malheureux de circonstances, ce prétendu mort est encore en vie : le libraire, avant de le reléguer dans ses magasins, lui avait donné une publicité supérieure à celle d'un débit rapide. Dans un ambitieux prospectus, il en avait publié la table tout entière; elle forme à elle seule un pamphlet de seize pages. Là, toutes ces assertions non moins erronées que calomnieuses sont posées comme autant de thèses, elles brillent aux yeux, elles entrent dans l'intelligence d'un esprit irréfléchi, mal disposé, et y obtiennent un accès plus facile et une plus dangereuse influence qu'un laborieux écrit ; elles deviennent pour lui autant de propositions démontrées par un docteur célèbre, et après lesquelles on ne conteste plus. Tiré à cinq mille exemplaires, ce calomnieux libelle a propagé l'erreur dans une sphère immense de lieux et de personnes où l'ouvrage n'aurait pu arriver ; il a eu cinq mille lecteurs, et ce lourd et indigeste volume n'en aurait pas eu cent. Laissez-le sans réclamation : les ennemis de la religion ne vont-ils pas s'en emparer, et ce langage ne pourra-t-il pas

venir dans leur bouche : a Ces pasteurs, ces évê- )) ques de l'Eglise soi-disant catholique, qu'est-ce » autre chose qu'une plèbe ignorante, orgueilleuse? » Il n'y a parmi eux qu'ignorance, orgueil^ cupidité; » voilà ce que disent leurs docteurs les plus éclai- » rés, comme autrefois les augures de l'ancienne » Rome, dans les communications franches et fa- » milières de leurs conversations; c'est dans leur » intérêt qu'il faut forcer leurs élèves à fréquen- » ter nos lycées, à venir y puiser quelques lumiè- » res : sans cela on ne verra parmi eux que l'obs- » curantisme, la nuit et les ténèbres. »

Et si l'on m'oppose que laisser percer une division entre les défenseurs de l'Eglise est un mal plus grand qu'il n'y a de bien dans le meilleur des écrits, je réponds que ce mal n'existe pas, que le fait est notoire, constaté par la solitude de l'auteur. Enfin voici un dernier avantage qui m'attache à cette publication, c'est que le livre de M. Pages, peu digne de réfutation en lui-même, me fournit un motif suffisant, et tout à la fois une occasion favorable de communiquer à notre clergé quelques pensées utiles, lesquelles, sans cette rencontre, n'auraient pas vu le jour, et parmi elles je compte mes éclaircissements sur les dernières décisions de Rome relatives à l'usure. Je ne déses-

père pas de couvrir par l'utilité des détails la pénurie du sujet que je traite.

Je prie mon adversaire de croire que je n'entre pas dans cette controverse sans mission. Elle est consignée dans une lettre que m'écrivit, à la première apparition de son livre, un respectable prélat, dont les désirs sont pour moi des ordres. Je n'y entre pas avec plaisir : il me coûte de contrister un prêtre, possesseur jusqu'ici, à bien des titres, de l'estime publique. Mais il en est des guerres du Seigneur comme de celles des Etats : c'est dans les premières encore plus que dans les dernières que l'on oublie les personnes; l'amitié, la parenté même disparaissent en présence du bien public. Amiens Plato, sedmacjis arnica veritas, a dit un auteur païen; les connaissances, les amis mêmes de ce docteur diront volontiers ici : Amiens PagèSy sed magis amicœ religio et pietas.

DEF.EWSE

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