‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 26 sur 52 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

L'ouvrage que j'offre en ce moment au public, faute d'autre mérite, aura toujours celui de l'à-propos. 11 est, qu'on me pardonne cette expression (elle n'entre pas dans mon vocabulaire ordinaire, mais elle coule ici pour ainsi dire d'ellemùme de ma plume, tant elle est appropriée à ma pensée;, il est tout palpitant d'un intérêt actuel. JSatan, qui conduit la guerre faite en ce moment au christianisme avec cette profondeur de malice remarquée par saint Paul, a dressé toutes ses batteries contre le dogme qui> je défends. 11 sait bien que, maître de ce retranchement avancé de la cité de Dieu, il y entrera à main armée, il y régnera en souverain ; c'est donc vers ce point central de son attaque, que doit se porter aujourd'hui tout le fort de la défense, c'est-à-dire de la polémique chrétienne et catholique.

L'p]glise était réservée à cette dernière épreuve, de voir des ennemis, avec le projet avoué de la détruire, s'annoncer comme ses protecteurs, comme les conservateurs de son œuvre; et, sous ce religieux prétexte, envahir toutes les prérogatives de sa hiérarchie divine, pour les faire servir à sa destruction et à sa ruine. Victorieuse dans ce dernier combat, elle va pouvoir défier, avec plus d'assurance que jamais, les puissances de l'enfer de prévaloir contre elle ; les caractères de divinité, dont elle est environnée, vont briller d'un éclat plus vif; et ceux-là seuls pourront les méconnaître, qui se mettront un bandeau sur les yeux.

Toutefois, avant de commencer mon travail, on me pardonnera bien de laisser échapper cette plainte, qui pèse sur mon cœur. Pourquoi faut-il que dans un royaume, où le catholicisme est la religion de la majeure partie du peuple souverain, je me voie forcé de prouver un dogme tutélaire de tous nos dogmes, et hors duquel on n'a pas 1 idée de l'Eglise catholique ; de le prouver, d'en faire une thèse, de l'appuyer par des arguments de toute espèce, puisés dans les sources de la science divine?

En 1790, époque d'une fraîche date, l'erreur que je combats a été notée, par le saint Siège, comme une hérésie, comme une sorte d'analyse de toutes les liérèsics; et cela dans l'un des plus solennelsjugemenls inscrits dans les registres de l'Eglise catholique ; son nom de consitutionnelle est, pour tout catholique, comme un signe de réprobation sur le front. lîonaparte, le restaurateur du culte catholique en Irance, a professé le dogme contraire; il l'a proclamé avec solennité au moment où il ac-

ceptait avec complaisance les titres de nouveau Cyrus, de restaurateur (lu temple (te Dieu. Depuis, il a tiré i'épée contre cette mi^me Kglise, la seule puissance qui osAt alors, en Europe, se porter pour souveraine indépendante de son pouvoir. Toutefois, alors même, il n'a pas dit : L'Eglise catholique nest pas une puissance souveraine; mais il a dit : Je suis son protecteur; je dois la protéger contre elle-mùme quand elle va se précipiter dans sa ruine. Quel a été son sort.^ 11 n'a pas brisé cette pierre; mais il s'est brisé contre elle.

Les évéques de plusieurs grands royaumes, séants et réunis en concile à Paris, lui ont tenu ce ferme et intrépide langage : Nous sommes vos sujets dans l'ordre temporel; mais dans l'ordre spirituel vous êtes vous-même sujet de cette Eglise, dont nous sommes les représentants. Tout pouvoir vous est donné de nous emprisonner, de nous tuer même; mais si vous proposez à 1 Eglise catholique d'abdiquer la souveraineté des choses divines, dont elle a été investie par Dieu lui-même, nous vous répondons en son nom : A César ce (jui est a César, à Dieu ce qui est à Dieu ; et s'il faut opter entre ces deux pouvoirs, juyez vous-même s'il est juste et équitable d'obéir aux hommes plutôt qu'à Dieu. Qu'on me cite un temps, une époque, un moment où la suprématie de l'Eglise, dans l'ordre spirituel, ait été méconnue par un prince qui se disait catholique.

En 1826, un ministre de la couronne a énoncé cette vérité catholique au sein de nos parlements; et les législateurs de nos deux chambres assemblées y ont reconnu le dogme fondamental de la religion de l'Etat. Qui sait pourtant si, en le défendant, en essayant de le prouver en forme, je ne passerai pas, aux yeux de plusieurs, pour un obscurant, un retardataire dans la voie du progrès? Nous autres, vieux théologiens de l'ancienne France, nous ne comprenons rien à un certain langage, malheureusement trop familier à notre jeune France ; nos oreilles en sont déchirées. Le quod ubique, quod semper de saint Vincent de Lérins nous avait paru jusqu'ici une sorte de devise de l'Eglise catholique : et voilà qu'on nous fait un crime de croire que des vérités, enseignées par le Fils de Dieu lui-même, et qui n'ont rien moins que dix-huit siècles d'antiquité et d'universalité, puissent varier avec les mois et les années, et qu'il n'y ait pas plus de consistance et de stabilité dans la parole de Dieu, que dans celle des hommes. A ces personnages, placés à cette hauteur de principes anti-catholiques, je dirai volontiers : La liberté de la presse, qui vous permet de blasphémer contre Dieu, m'autorise à défendre sa religion. Je pourrais m'en tenir à cette apologie, elle mesulTirait; mais j'en puiserai une plus directe et plus invincible dans Tordre légal, en disant : Je défends le saint Siège. Or, notre gouvernement entrelient avec lui des relations si pacifiques, si amicales ; il fait une profession si ouverte de reconnaître, dans les croyances professées par l'Eglise mère et maîtresse, sa religion et celle du peuple français, qu'un ouvrage, entrepris pour la défense de sa foi. ne saurait lui déplaire.

Voici donc un aperçu de cet écrit ; il se divise en deux parties : dans la première je fais l'iiistoire de l'iiérésie constitutionnelle; dans la seconde, toute dogmatique, je la combats par des preuves de cinq espèces dilîérentes, selon les diverses sources de la théologie d'où je les lire . 1" l'Ecriture sainte; 2" la raison, et ses raisonnements sur les principes de la tliéologie. Si je ne craignais pas de contrevenir aux préceptes de modestie dans le début, tant de fois recommandés à un auteur par les maîtres de l'art de bien dire, je promettrais ici au public de débarrasser mes arguments de l'aridité et de la sécheresse qu'ils ont dans les livres de l'Ecole. Ma théologie, pour paraître dans le monde, ne dédaignera pas d'emprunter à l'art oratoire quelques-uns de CCS ornements graves, qu'il réserve pour les objets sérieux, et dont l'austère dignité de la science divine n'aura pas à se plaindre : mes moyens, pris dans la saine politique, seront courts et précis, et, je l'espère, en harmonie avec le titre.

Ma polémique sur la tradition de lEglisc a besoin d'être ici expliquée un moment, pour que le lecteur n'en perde pas le fil ; elle est comprise dans les deux propositions suivantes : 1° l'Eglise durant les siècles apostoliques, et jusque sous le fer des tyrans, a possédé toutes les attributions de sa constitution divine ; 2" elle ne les a pas perdues par la conversion des Césars au christianisme. Ceci me mène à parler avec un certain détail de la constitution de l'Eglise : c'est une monarchie mêlée d'aristocratie ; la monarchie se montre dans le Pape avec toute la plénitude de sa puissance : l'élément aristocratique qui s'y mêle, je le trouve dans le pouvoir souverain des évêques. Quant aux prêtres, ils n'appartiennent pas dans l'Eglise à la souveraineté, mais à l'administration; c'est-à-dire quils ne sont ni princes ni souverains, mais juges, magistrats et administrateurs; et voilà la belle part d'honneur et de pouvoir qui les sépare du simple peuple. La monarchie du Pape, je la trouve : 1'' dans l'Ecriture ; 2° dans la tradition des trois premiers siècles de l'Eglise. Je prouve de la même manière le pouvoir souverain et aristocratique des évêques ; ceux-ci exercent ce même pouvoir : 1" individuellement, et dans le territoire de leur diocèse ; 2" collectivement, dans leurs assemblées appelées conciles : et là je fais observer que les conciles font partie de la constitution de l'Eglise, qu'ils en sont un des ressorts, ou, si Ion veut, des organes principaux. Cette controverse me donne lieu de combattre le presbytéranisme, erreur qui depuis plus d'un siècle lève la tête au sein de la catholicité, et qui vient de faire une levée de boucher dans notre Eglise de Erance, par un écrit dont la réfutation sera l'appendice ou le supplément de celui-ci. Toutes ces preuves sont précédées d'un argument préjudiciel tiré de la Charte et de la liberté des cultes.

Ma seconde proposition est celle-ci : L'Eglise n"a pas perdu son pouvoir souverain à l'entrée des Césars dans le christianisme. Le système constitutionnel porte sur cette supposition, savoir, que le pouvoir des princes, lié sous les empereurs païens.

a été délié sous Constantin. Cette supposition tombe par cela seul qu'elle n'est pas clairement énoncée dans l'Ecriture; mais pour la détruire jusque dans la racine, il n'y a qu'à prouver que Constantin, loin de se porter dans l'Kglise pour son souverain, n'y a pris d'autre position que celle d'un sujet ; sujet à la vérité puissant et élevé, mais qui n'aspirait à d'autre honneur que celui dun protecteur, d'un évéquc du dehors, auquel on a pu appliquer ce noble langage de Fénelon : Le prince fait la garde autour du sanctuaire, inais il n'y entre pas. Ceci nous mène à examiner le règne de Constantin avant et après le concile de Nicée, pure discussion de fait débarrassée de toutes les épines de la science théologique.

Enfin la dernière section raisonne sur plusieurs faits de la révolution française, postérieurs à l'année 1790 ; ils sont au nombre de quatre : 1" l'Assemblée constituante, tenue à cette époque, et ses décrets sur la constitution civile du clergé ; 2" Bonaparte, et son concordat avec Pie Vil de sainte mémoire ; 3" le couronnement de cet empereur, fait à Paris i>ar le même pontife ; h" les discours prononcés en plein parleuient par le ministre du roi Charles X.

Quant à cette hérésie, je l'appelle constitutionnelle, parce qu'elle sert de base, de fondement, de principes rationnels à la constitution civile donnée au clergé en 1790 ; qu'elle est sortie en quelque sorte toute armée du cerveau des Treilhard, des Camus, des Martineau, personnages appelés à cette époque les pères de la susdite constitution civile du clergé. Je pourrais ajouter que tous les prêtres qui y adhérèrent par serments reçurent le nom de constitutionnels.

Les faits que je révèle dans mon histoire offriront un grand intérêt aux catholiques persécutés en Allemagne, en Pologne, en Russie ; ils y verront le récit de leurs souffrances pour la justice. Ecs Français ne les liront pas avec indifférence ; car, à nous catholiques, la foi nous découvre des frères dans tous les pays reculés où la carte nous indique des chrétiens. Ces faits sont pour la plupart inédits, cachés : ceux-là seuls peut-être en connaissent toute la grandeur qui les souffrent. La Providence ma mis en main des documents précieux sur des persécutions inouïes en Europe depuis l'ère des martyrs. Je crois servir utilement Ihumanité en perçant le voile des ténèbres dont on s'efforce de les couvrir. La liberté de la i)resse nous fait tant de mal que nous devons lui tenir compte d^ ce faible moyen de défense qu'elle oppose aux ades arbitraires du despotisme.

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