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DF, I.'oBir.IXE ET DES PT\OGlli:s DE LA THÉOLOaiE SCHOI-ASTIQTJE.
La scholastique , à n'en considérer que le fonds et la substance, est aussi ancienne que ri^glise. Toujours on a senti le besoin de montrer l'accord de la f<)i avec la raison , avec cette philosophie des sages de l'antiquité souvent appelée j)ar nos saints docteurs une belle aurore de la révélation chrétienne. Plusieurs Pères de rÉglise invoquent presque autant l'autorité de Platon, que les théologiens scholastiques celle d'Aristole -, ils ne dédaignent pas de s'engager
dans (]es (jiicstions subtiles pour le besoin de la vérité. La plus baute niétapbysique et la plus fine dialectique se déploient souvent dans leurs écrits. L%îcole d"* Alexandrie se présente ici à nous. Ori[jène étudia la pbilosopbie païenne pendant cinq ans, pour devenir capable de combattre avec j)lus (Pavantage les païens et les infidèles que la curiosité anienoit à ses leçons. Ses prédécesseurs, dans Fintérèt de la reli.nion cbrétienne, s\'toient préparés au même ministère par des études semblables.
Des pbilosopbes babiles, subtils, pleins de sagacité pour démasquer les artifices de Terreur, pour la suivre dans les faux-fuyans où elle se cacbe, pour démêler les replis tortueux où elle s"'enveloppe , l'Eglise a toujours eu des liommes de ce caractère; toujours elle a encouragé ce genre de mérite: et sans cela, comment auroitelle pu proportionner la défense à Tatlaqne? car enfin ce seroit bien mal connoître le génie de Fbérésie, que d'ignorer le parti immense qu'elle tire de la dialectique et de la fausse pliilosopliie contre la vérité. Tantôt elle tend les filets de la plus fine métapliysique ; tantôt elle s'environne de l'appareil d'une forme géométrique , pour déguiser Terreur, et la cacher, pour ainsi dire, dans la nue. Quel dommage ne souflrira pas la foi, si ses défenseurs ne savent pas suivre Tennemi
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dans tous les détours où il se perd et se cache, manier ses armes, tourner contre lui les batteries qu'il dresse contre la vérité ? Je ne m'étonne pas que Bossiiet ait censuré sévèrement le docteur Dnpin pour avoir imputé comme un tort à saint Cyrille , ce talent bien plus digne de louange que de blâme, de savoir tour à tour varier le ton de la controverse, accabler son adversaire d\autorilés, le j)resser par les argumens de la logique, le prendre dans les pièges qu'il tend aux simples par les procédés d'une dialectique déliée et subtile, démêler les questions abstraites et métaphysiques dont il embarrasse la matière de l'Incarnation ; marchant en cela sur les traces de saint Basile, disputant contre les Eunoméens. La dialectique a été jugée dans tous les temps un auxiliaire si nécessaire à la théologie, c'est-à-dire à la science divine, que Sozomène remarque que les Pères dn grand concile de rs'icée avoient introduit dans leurs rangs plusieurs laïques exercés à la dialectique, pour venir au secours des évêques catholiques , la plupart plus versés dans les saintes lettres, que dans les sciences humaines. (Fleury, Hist. eccl. liv. Xî , art. 6.)
Quant à l'analyse et à l'argumentation , exercices aussi méprisés et abandonnés par nos réformateurs modernes, qu'ils sont estimés et prati-
G iJl.S.SEliTATION
qués clans nos écoles ecclésiastiques^ je crois en voir des vestiges précieux dans l'école d'Origène déjà citée. Ce grand docteur, ditFleury, « ne se » contcntoit pas de donner à ses disciples des » instructions stiperllcielles; il creusoit et péné- » troit leurs sentiniens ; il les interrogeoit , et >i écoutoit leurs réponses; il les terrassoit quel- » quefois par des (juestions socratiques qui les » surprenoient. Enfin, ayant découvert en eux )) un bon naturel , il n^jmetloit rien pour culti- )> ver, pour dompter ces esprits encore fiers... » Les ayant ainsi préparés et excités à s^instruire » par un enchaînement de discours engageans, )) il en vcnoit aux instructions solides de la vraie )) philosophie; i" de la logique, en les accoutu- )> mant à ne recevoir ni rejeter au hasard les )) preuves, mais à les examiner soigneusement, » sans s'arrêter à l'apparence ni aux paroles, dont
)) l'éclat éblouit, ou dontla simplicité dégoûte ;
» à juger de tout sainement et sans prévention. » Après ses leçons sur la logique, il appliquoit » ses disciples à la physique, aux mathématiques, )' à la géométrie, à la morale; et après ces étu- )) des préliminaires il les menoit à la théologie. )' H les exhortoit à ne s'attacher à aucun philo- ^) sophe , quelque réputation qu^il eût, mais à )) Dieu seul et à ses prophètes. » ( Hisf. ccc/cKs. liv.\ , art. JJ.)
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Pour ce qui est de la réunion de toutes les parties de la théologie en un seul corps d'ouvrage, cette œuvre si éminemment utile de la sclîolastique n^a pas été tellement inconnue à Pantiquité , qu^on ne puisse , en Texaminant d\ni œil plus attentif, y découvrir quelc[ues productions analogues, et dont les auteurs peuvent, sous bien des rapports , être considérés comme les précurseurs des scholastiques du moyen âge. Taion , évéque de Saragosse, composa au septième siècle une Somme deThéologie, recueillie des écrits de saint Grégoire pape, et de saint Augustin. Au siècle suivant, Touvrage de saint Jean Damascène remplit le même but, avec une ])lus grande étendue de vues, de savoir et de doctrine. Tout ce livre, distribué en quatre parties, traite de Dieu, de son essence, de ses attributs, du monde, de la prédestination et même de Tincarnation. Ce docteur est, dit-on, à peu de chose près, le saint Thomas de Féglise d"'Orient. Ses décisions y sont révérées presque à Téffal de celles de V^nsrc de l'Ecole chez nous : et Ton peut dire qu'il a préparé les voies à ce genre d'ouvrages publiés en si grand nombre par les scholastiques, sous le nom de Sommes ou Cours complets de théologie.
Mais pour parler à la rigueur, la théologie scholastique n\i commencé quVnviron \ers la
Hn (lu onzième siècle; c''est alors qu'elle a pris sa forme , et en qnel({ue sorte sa physionomie caractéristique. Hilclebert, évêque du Mans et puis archevêque de Tours, composa une théologie digne de servir de modèle aux enseignemens de Técole. Hugues de Saint-Victor, Abailard, et plusieurs autres professeurs célèbres de Tuniversité de Paris , marchèrent sur ses traces. Enfin Pierre Lombard j évêque de Paris, usa de cette méthode avec tantde succès, et avec une autorité si supérieure à celle de ses devanciers , qu'on peut le regarder comme le fondateur et le père de la théologie scholastique. Le nom de Maître des Sentences, qu'il porte, dit assez, que les scholastiques suivans ont tenu à honneur d'être ses disciples. Le premier , il rangea dans un nouvel ordre les dogmes et les mystères de la foi , posa sous chacune des grandes divisions par les- (juelles il partagea la science divine, une suite de thèses et de questions théologiques; écrivit au-dessous de chacune d"* elles les passages et les sentences de TEcriture , des Pères, des conciles de TEglise, qu'ail estima les pins propres à leur servir de preuves. C'est de là que lui est venu le nom de Maître des Sentences. Ce nom fait son éloge; il prouve son bon esprit^ son respect profond pour les anciens, son application à ne puiser la théologie que dans les bonnes sources.
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son éjoignement des abstractions de la métaphysique, qui conimcnçoit déjà à envahir le domaine de la théologie, et à corrompre la simplicité de la foi. Son ouvrage, au plus fort de ces ténèbres de Tignorance et de la barbarie , dans un temps où la rareté des livres égaloit le peu de goût et d''aptitude des esprits à les lire, fut d^un grand secours. Il devint , pour les maîtres et les disciples, une sorte de bibliothèque universelle, où PÉcriture et la tradition en racourci passoient sous les yeux du lecteur sans aucun travail, ou plutôt avec un travail tout fait d"'érudition , et de recherches si nécessaires à ces maîtres ignorans de la science dans son enfance.
Hugues de Saint-Victor avoit fait le même essai; mais Pierre Lombard le surpassa par un bien plus grand succès. Les scholastiques venus après n^aspirèrent pas à une autre gloire, que celle de bien saisir sa jDensée ; et si nous exceptons la Bible, on n'avoit pas vu jusqu'alors d''ouvrage illustré par un plus grand nombre de commentaires. Et pour le dire en passant, c'est Tépoque où la science commença à devenir plus compli- (juée ; aux Sentences de Pierre Lombard , vinrent se joindre les commentaires de ses disciples, et puis tout Pattirail de questions substiles, d^abs- ^ tractions métaphysiques , d'opinions théologi-
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([lies (jiril Jour plut de remuer à 1 occasion tlu texte (le celui qu'ils appeloicnt leur Maître. 11 falloit cet aliment à ractivit(Wle ces esprits vifs et pénétrans • resserrés clans un cercle étroit, ils étoient (Fautant plus forcés de creuser , d'approfondir un petit nombre de questions, cju'ils ne pouvoientserépandrealorsdansle vaste champ ouvert aujourd'hui à la théologie, les recherches de Téiudition, les discussions de la critirjue.
Eniin parut saint Tlionias : ce grand docteur semble avoir commencé dans la théologie scholastique connue une i^re nouvelle. Génie aussi vaste que profond, non moins subtil et pénétrant, que concis et serré dans sa manière, il fondit dans sa Somme la substance de tous ses autres écrits; il en lit le cours de théologie le plus étendu, le plus complet, le plus fort de raison et d\iutorité qu\jn eût vu avant lui. Ce grand scholastique mérite sous un autre rapport d'être appelé le fondateur et le père de la théologie qui porte ce nom . 11 applicjua à la théologie la dialectique d'Aristote, il la revêtit de la forme géométrique: sous sa direction, les argumens de la théologie ne procédèrent plus qu'avec un appareil de formes dialectiques et péripatéticiennes. Saint Thomas, et saint Bernard son devancier, semblent avoir été suscités de Dieu connue deux astres ardens et luisans, pour briller dans la nuit
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du moyen âge, pour l'éclairer, Téchaufter par l;i lumière de la science et les ardeurs de la charité. La théologie de saint Thomas y est demeurée comme une mine inépuisable , que ses successeurs ont exploitée , comme une source intarissable où ils ont puisé ; et Ton sait que jusqu^'i ces derniers temps , les cours de théologie se sont annoncés sous le titre de commentaires des écrits deV^/igc de U Ecole. Le refrain ordinaire des prétendus philosophes contempteurs de la scholastique , et des novateurs de la double école que je combats en ce moment, est celui-ci : Le clergé doit marcher avec le siècle, écarter ce reproche qu'on lui fait d'être retardataire et immobile en €|uelque sorte dans ses vieilles idées et ses ibrmes surannées , au milieu du mouvement qui entraine les hommes et les choses vers la perfectibilité. Pourquoi , ajoutet-on encore, ne pas approprier renseignement des écoles aux nouveaux besoins de la religion, au dernier état des erreurs du temps, et à la nouvelle position qu "'elles ont prise à son égard ? Je dirai volontiers à ces prétendus savans : Avec ime connoissance plus approfondie de Fhistoire (.lu moyen âge, vous verriez que la théologie scholastique fut réellement amenée par les besoins de ces siècles nébuleux et obscurS;, et qu'acné est dans une harmonie parfaite avec
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Télat de Ja société civile et religieuse (jui lui coirespond.
A cette époque, les écoles venoient de s'ouvrir : or, des écoles, des professeurs, des livres élémentaires, des abrégésdela science, ne sontce pas là des choses corrélatives? Mais reprenons les choses de plus haut.
Dans les plus beaux siècles de l'Eglise, et niômc dans les suivans où s'opéra la décadence des sciences et des lettres , avant le douzième siècle, on n^écrivoit pas sur la théologie pour le seul plaisir en quelque sorte d'en parler et d'en écrire , ou même dans les vues plus hautes dV^claircir d'obscures questions de dogme ou de morale. Une hérésie se montroit, un novateur essayoit de corrompre la doctrine; TEglise le condamuoit : un docteur prenoit la plume^ défendoit la foi , les jugemens de TEglise , et ré[)anlioit une plus grande abondance de lumières , sur ce point de la foi catholique obscurci et mis en problème. En un mot, on n"'écrivoit, dans l'origine, que pour le besoin de la foi , et nullement pour occuper ses loisirs , encore moins pour faire montre de science. Mais au douzième siècle, où Pou ouvrit des écoles, la force des choses dut amener des cours de théologie, des opinions humaines, des questions siîbtiles pour .aiguiser Fesprit des étudians, et Fexcrcer à la
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défense de h\ foi par les combats simidés de l'école. Mais les formes de la mélhode scholaslique, et les questions plus curieuses qu^jtiles qui s'y mêlèrent souvent, tiennent à une cause plus élevée, et sont encore d^ine manière plus marquée , le produit forcé du temps et des circonstances-, et ici, pour être mieux compris, nous avons une seconde fois besoin de reprendre les choses de plus haut.
On sait que, dans la nuit du moyen âge, les sciences et les lettres jetèrent de foibles lueurs chez les Arabes ; que les mathématiques , la physique , la médecine, la philosophie furent cultivées avec quelque succès sous le règne de leurs califes en Egypte et en Espagne. Or, il est aisé de voir que dans ces siècles ignorans, et par cela même plus près de la simplicité de la foi , plus loin de ces égaremens de la raison, malheureux fruit de Torgueil de Fesprit et de Tenflure du savoir; dans ces siècles où les hérésies furent si rares , le mahométisme a dû être la matière ordinaire des écrits des théologiens, et de leurs ouvrages de controverse. Or, ces ennemis du Christ professoient la plus haute estime pour Aristole. Après le Coran, ils ne connoissoient pas d\iutorité plus vénérable, plus décisive même, en matière de philosophie et de religion, que celle de ce philosophe. Ses écrits étoient
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coiiiiuc le (;ran(l arsenal on ils alloiiiiL puiser leurs nio\eiis fPaUaqiie contre le christianisme. Comment raisonner avec ces inticlèlesV les ar- (jumens de TEcriture et de la tradition étoient à leur égard impuissans et sans force ; ils n'a- \oient que du mépris pour la polémique des chrétiens, tant qu\dle n'empruntoit pas, pour les coniLaltre, les preuves de la raison et les ar- {Tumens de la dialectique. Ce l'ut alors que les théologiens chrétiens sentirent le besoin de lire beaucoup Arisloti; , poin- soutenir avec avantage une lutte aussi redoutable ; de montrer l'accord de la foi avec la raison , sa conformité avec la doctrine d^Aristote le premier des philosophes ; de raisonner suivantles formes de sa dialectique; d'opposer argumcns à argumens, syllogismes à syllogismes. La théologie ne connoissoit pas alors de meilleurs moyens pour défendre la vérité contre l'erreur.
Abailard fut le premier à essayer cette tactique, à mettre la main sur ces nouvelles armes. Les revers qu'ail essuya dansce genre de combat jusquelà inusité, ses chutes dans ces routes nouvelles ne sont ignorées de personne. Avant lui, saint Anselme, non moins subtil dialecticien quMl étoit profond raisonneur, avoit mêlé à ses discussions sur Dieu , sur le mystère de la Trinité, un grand nombre de preuves prises dans celte métaphysique
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rationnelle qui avoit alors beaucoup de vogue. I.e so|3bis(.e lloseeliu , Guillaïune de Cliampeaux maître dWbailard, Gilbert de la Pcsirée, enseignèrent aussi avec beaucoup d''éclat selon cette inétbode , dans Técole de Paris. Otlion de Frisingue la mit en bonneur en Allemagne.
L'esprit curieux et raisonnein* sur nos mystères , est trop voisin de Terreur pour ne pas cbanceler, et tomber quelquefois dans un terrain si glissant ; et ces scbolastiques bardis , ponr avoir osé pénétrer trop avant dans les profondeurs (ie Dieu, furent éblouis par les rayons sortis de la nue où se cacbe la divine majesté, et terrassés par Téclat de sa gloire. Tant de censures des ]\apes, des conciles, de la faculté de tbéologie elle-même, d\in si grand nombre de propositions enfantées parfinquiète curiosité des esprits de ce temps, attestent à la fois et la vigilance de PEglise sur le dépôt sacré de la saine doctrine, el le danger de cette intempérance du raisonnement qui dépasse les bornes posées par la foi. Malgré ces écarts, cette méthode prévalut par sa supériorité et ses avantages, surtout depuis saint Tbomas, et ])ar le lustre que lui donna la liante réputation de ce saint docteur. Profondément versé dansla doctiine d'Aristole, et dans tous les secrets de sa dialectique, il allecta d^q^puyer tous ses invincibles raisonnemens sur la doc-
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(rine de ce grand philosophe, et de les présenter sous la forme de sa logique, pour conduire plus sûrement îi la foi ses aveugles admirateurs. On est étonné de le voir se proposer une foule d'objections, que les foibles yeux de ses adversaires n^avoient point aperçues, pour montrer, par sa facilité à les résoudre d'après les principes d''Aristote, combien la cause du christianisme est invincible, à n"'en juger même que parla doctrine de ce philosophe. Après avoir ainsi tracé l'histoire delà scholastique , c''est-à-dire, de la dialectique d"'Aristote appliquée à la science divine et à la philosophie humaine, il s"'agit de montrer les avantages de cette méthode, que nous estimons grands, et bien supérieurs aux inconvéniens dont elle n''est pas exempte, comme toutes les choses humaines.
DES AVANTAGES DE LA SCHOLASTIQtE.
Avant de commencer cette apologie de la théologie scholastique, posons nettement Tétat de la question : sans cela on court le risque de se débattre contre des fantômes ou des monstres inventés à plaisir , pour jeter de vaines terreurs dans les aines.
Au seul nom de scholastique, de prétendus
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savans , et la jeunesse imprudente qui les suit, se figurent des compositions informes, bizarres, moustrueuses à l'é^ral du Polvplième de la fable; inonstiiun]iorrendiun , ingens, ciù lumen adeniptum.Cestle mot \'^nusousla plume d'un savant théologien (i), au souvenir de celte fascination des esprits en Allemagne et en France. L\^tonnement irest pas médiocre ^ quand on apprend que cet horrible monstre n''est autre chose que la science de TÉcriture et de la tradition, expliquée, développée selon les règles de la bonne logique ; car la théologie des écoles modernes, et sa méthode telle qu'elle a été corrigée et réformée dans ces derniers tems , ne sont pas autre chose. Lisez les Théologies de Habert, deTournely, d*" Antoine, de Liguori , de Liebermaun , et autres publiées en France, en Italie, en Allemagne ; qu'y verrez-vous? un exposé sommaire et abrégé des hérésies anciennes et modernes, les décisions de l'Eglise, et les vérités qu''elle a converties par ses définitions en articles de foi catholique , posées en thèse , prouvées par les textes de TEcriture , par les passages des Pères , les décrets des Conciles , les constitutions des Papes. QuV verrez-vous encore ? Les principes de la théologie combinés avec ceux de la
(i) Licl)crmanii, l'icfaco de sa Tlu'olo'^ip.
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r.iison ; les opinions théologiques nées à roccasion (les principes de la foi, discutées, examinées quand elles sont propres à les éclaircir-, les subtilités, les abstractions métaphysiques élevées snr ces fondemens par les anciens scholastiques , éliminées ou montrées succinctement et par forme denarration historique; et toutes ces controverses exprimées dans un latin clair, facile, pur, el ([uelquefois élégant : voilà la théologie de nos écoles modernes, en voilà le fond, la matière, la forme.
Sa méthode, la voici : Poser avec clarté Pélal de la controverse, la dégager avec une scrupuleuse attention de toutes les questions étrangères, que Part du sophisme s'efforce d^y mêler pour Pobscurcir et la dérober aux yeux du lecteur; la diviser en des membres visibles, palpables, et tout à la fois distingués, séparés, comme les bornes qui divisent les terres ; bien délinir les termes pour écarter Téquivoque, cette mère i\u trouble et de la confusion dans le langage ; faire précéderla discussion, de principes clairs, incontestables, semblables à ces fanaux qu\)n place à rentrée des routes pour éclairer la marche ; déduire ses preuves et ses moyens, les étendre, les resserrer, en résumer tout le fond et la substance en un syllogisme net et précis ; les développer avec ordre , en [)i(»uvanl (our à Jour la majeure
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<it la mineure; exposer Jes ol^jections avec autant de clarté que de force, les pousser jusqu\a leurs ])lus exactes précisions par une gradation d^'nstances qui vont toujours croissant, jusqu'à ce que la difficulté soit arrivée à son dernier période ; leur opposer des raisons claires et précises : quY a-t-il, dans tous ces procédés, qui ne soit clair, méthodique, propre à débrouiller les questions les plus épineuses, à y répandre la lumière, à opérer dans les âmes cette conviction profonde qui en bannitjusqu^à Fombre du doute? Que le lecteur équitable juge, et qu''il prononce; n'avouera-t-il pas facilement , que cette scholasîique, qu''on lui avoit montrée sous des couleurs si noires, dans cet état où Tout mise aujourd''hui la marche du temps et le progrès des lumières, iiY^st autre chose que la science divine, exposée selon les règles de la bonne logique , de cette sage dialectique qu'on retrouve dans toutes les discussions politiques, philosophiques, littéraires , et même dans tous les discours oratoires dignes de louange. Ces règles sont plus marquées, plus apparentes, plus tranchées en <[uelque sorte dans les livres élémentaires à Tusage des cours de philosophie et de théologie , <'t dans les leçons des maîtres qui y président; il le faut bien. (]es ouvrages sont des cours pratiques de dialectique et de raisonnement ap-
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pliqués à la pliilosopîiie et à la théologie, et aux importantes questions dont ces hautes sciences s''occupent. Or, un maître qui veut initier ses élèves dans l'art qu^'l enseigne , qu\i-t-il de mieux à faire que d'en pratiquer les règles en leur présence, de leur en montrer par le délai! tous les prt)cédés , de les y exercer par des essais où la pratique rigoureuse en est exigée , sauf à faire remarquer qu^inc grande lihertc leur sera donnée dans les compositions littéraires, sinon de s^en affranchir entièrement, du moins de les cacher, de les masquer en quelque sorte sous des formes plus rapides et plus oratoires. Et ici je pourrois appeler en témoignage les plus célèbres rhéteurs qui ont analysé les préceptes de Vart de bien dire, et montrer au lecteur la rhétorique donnant la main à la dialectique, et par contre-coup à la scholastique.
Après ces préliminaires , qu'il me soit permis de décharger mon cœur en présence du public , par une plainte qu^il n^estimera point injuste ni déraisonnable. On connoit la funeste influence qu^ont sur la multitude les mots vagues et mal définis ; point de ha^ine et de prévention qu^on ne puisse faire pénétrer dans son esprit par ce méchant artifice. La religion et la société, dans tous les siècles , et surtout depuis quarante ans, en ont fait une désastreuse expérience.