SUR LA THEOLOGIE SCHOL ASTIQUE
Les mots de Guelfes et de Gibelins, di Aristocrates, de Girondins, de Fédéralistes, ont plus servi les sinistres desseins des factions insurgées contre Faulorité , que les armes de la guerre. Au seul nom de philosophes et de réformateurs de la philosophie, on s'attend îi voir des hommes graves, austères, dont la langue est celle delà i'roide raison, de l'impartiale sagesse, de l'iiiflexihle justice -, des hommes ennemis irréconciliables de tout ce qui porte la moindre apparence d\artifice , de violence , de cabale pour opprimer la vérité et la justice : et, quaud on voit ces mêmes hommes recourir à des. moyens odieux et déshonorans , par cela seul qu'on peut les appeler révolutionnaires, on ne peut s''empècher de crier au scandale , pour Thonneur de \a philosophie et de la saine raison. Et cependant, je le dis à regret, le mot de scholastique, dans la bouche et sous la plume de nos beaux esprits, n*'est autre chose qu'un fantôme noir et hideux élevé dans le champ de la philosophie , comme ceux qu'on aperçoit dans nos jardins , pour servir d'épouvanlail. La foule innombrable des demi-savans qui marchent à leur suite, est pour eux comme un vil peuple , qu'ils méprisent assez pour espérer de le conduire par des mots , vers les fins cachées d'un orgueil avide de nouveautés et lie ré (ormes.
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Après celte digression , (jue le besoin de ma cause rendoit nécessaire, je rentre dans mou sujet , et je fais observer (jue , d'après cet état de la controverse, je ne me constitue pas ici le défenseur de la théologie du moyen âge ni de sa méthode. La première est chargée d'un amas de questions subtiles, abstraites, inétaphysi(|ues, plus curieuses qu\itiles, entièrement étrangères au véritable but de la science divine, qui est d^édilier la charité j^ar un exposé clair et simple des dogmes de la foi, ou de rectilîer la conscience par une détermination précise des devoirs de la morale ; Jinis prœccpli est charitas de corde puro , et conscientia hona , etjide non Jicta (i). Sa méthode est un attirail de formes lourdes, pesantes, incommodes, embarrassantes ])Our fécrivain -, comme seroit poiu' le voyageur des masses de plomb destinées olïicieusement à le soulager dans sa marche. Quant aux théologiens de ces mêmes âges, je ne partage ni l'admiration, ni le mépris quV)n leur a prodigués tour à tour. Je ne me dissimule pas les défauts qu'on leur reproche avec justice ; un style sec et décoloré, une manière lâche, diffuse, fatigante, à cause du besoin qu'elle sent de tout dire, d'épuiser les matières, de se perdre dans un la-
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l)yrinllie de (juestions étrangères, au lieu de se piesser vers le but par une lujirelie rapide ei serrée. Mais donnex-moi ua esprit grave, sérieux , qui estime peu les orneniens et les mots , au prix des choses, cVst à-dire ties bonnes raisons -, que d'or et de matières précieuses ne Iroiivera-t-il pas au milieu de ces sables? que de recherches curieuses au milieu de ces matériaux informes (i)? Au sortir de la lecture de quelques chapitres de Suarez et de saint Thomas, Fesprit se sent plus rempli de lumières , plus enrichi d''idées, qu^iprès celle d'un millier de ces écrits de toute sorte, enregistrés chaque semaine dans le journal delà librairie. Je me figure d''un côté un repas solide et des mets succulens , et de Tautre des viandes creuses qui gonflent Testomac et ne le nourrissent pas, ou plutôt des poisons subtils qui le flattent , lecorrom[)ent , et le tuent. Plusieurs de ces grands théologiens, tant méprises par nos prétendus beaux esprits, j)Ourroient sans usurpation être appelés de grands hommes-, ils apparoissent dans le moyen âge, comme ces grands monumens élevés alors par Tarchitecture gothiqiie ou plutôt arabesque: on oublie volontiers les figures informes, les
(l) Eii lisant ("iri;iia(l(> , lîodri^jntv, le P. S.imL-Jurt>. on est «■toiiiu- (le Iciii-s \;!St(>s coimoissiuiccs dans l'antiqiiif(; j-vrolau':.
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oiiieiiieiis laux et recherches tloiil ils sont surchargés, pour admirer ces colonnes si hautes, ces voûtes si hardies et si élevées, et toute ]"'iiiimensité de l'espace enfermé dans leurs vastes proportions. Nos petits esprits, en méprisant jusqu'à l'insulte ces savans personnages, ressemblent à ces nains bien parés et bien vêtus, (|u'on verroit sourire de pitié , en traversant le pont Louis XVI ^ à la vue des statues colossales de nos vieux guerriers, de leur costume antique, de leur énorme stature. Ce sont encore ces jeunes étotu'dis, sur lesquels le vieux Sully , vêtu à la Henri IV, jette un regard de dédain et de colère, en entrant dans le cabinet du roi, pour v traiter de grandes allaires. La vue detantde suflisance , mal justifiée parle savoir, me met au cœur cette parole , pour leur dire : La première condition rigoureusement nécessaire poin* juger ave(tant de sévérité la théologie et les théologiens scholastiques, c"'est d'être versé dans cette science et d'en avoir lu les ouvrages. Le talent d'écrire avec facilité ou élégance, ne sufFiroit pas à un écrivain , eût-il même quelque connoissance sur la philosophie et les sciences naturelles , pour traiter avec hauteur et juger avec mépris les Cujas , les Barthole, les Domat, les Delvincourt et autres commentateurs anciens ou modernes de nos diflérens codes de jurisprudence.
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L'incompétence des beaux esprits que je com- Ijals , à parler et à prononcer sur la théologie des écoles catholiques, n''est pas moindre. M. de La Mennais lui-môme , avec le mérite d'un esprit plus vaste , d^me imagination plus forte, dVm style plus vigoureux; quels titres a-t-il pour s'ériger en censeur, en juge , en réformateur de la théologie et de ses écoles? Et s'il veut se faire justice à lui-même , ne sera-t-il pas obligé de convenir, que la théologie est une science positive, qu'on n^invente pas, qu^on ne crée pas d^imagination , mais quMl faut prendre toute faite, telle qu'elle est dans l'Écriture, et dans la tradition , expliquée , interprétée par les Pères, les conciles et les décrets de FEglise; toutes choses qu'on ne rencontre pas , qu''on ne devine pas en méditant dans un cabinet, et en jetant sur le papier avec un style brûlant, les rêves qu"'on y a faits , rédigés sous les inspiralions dVme imagination en feu et d'un cerveau en ébullition. Des esprits si fougueux , quand ils ne sont pas domptés par fhumilité chrétienne, ou contenus j)ar Tautorité de rÉglise , courent le risque de tomber des paradoxes de IVrrevntlans les excès de l'impiété en délire.
Je finis par une remarque (ju'on a faite avant moi. Les abus de la scholastiqu<; ont été le malheur des temps et des siècles, encore plus