‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 31 sur 52 · ET SON INFLUENCE OCCULTE SUR LA POLITIQUE DE · texte numérisé non relu

ET SON INFLUENCE OCCULTE SUR LA POLITIQUE DE

L'EUROPE jusqu'à L'ANNÉE 1790.

La philosophie du xviii'' siècle est née de la Réforme : il y a longtemps que les plus éclairés d'entre les ministres protestants en ont fait l'aveu. De son temps, Jurieu ne craignait pas de dire qu'en Hollande la Réforme, par la liberté illimitée qu'elle laissait à tous les écrivains de penser, de parler et d'écrire, était grosse de l'indifférence des religions; et Bossue t, tout le temps qu'il a tenu en France la plume au nom de cette illustre Église, n'a cessé, dans ses controverses, de jeter en quelque sorte à la tête des ministres protestants cette sèche vérité, que la conclusion ultérieure de leur doctrine, sur la matière de l'Église, n'était rien moins que le pur athéisme.

En 1 790, la philosophie tint ses grandes assises et ses états généraux à Paris ; là, elle saisit en main la suprématie spirituelle, elle l'éleva, qu'on me pardonne ce langage mathématique, à sa plus haute puissance : car elle y déploya ce qu'on appelle en politique le pouvoir constituant, et elle se crut compétente pour substituer à la divine constitution de l'Eglise, ce qu'on appela sa constitution civile.

Cette grande œuvre, elle la méditait depuis longtemps, elle la portait dans son cœur, elle la mûrissait par la réflexion. Les états généraux de 1790, et la suite de leurs opérations, lui parurent une époque favorable pour la produire au grand jour, l'appliquer au gouvernement de la France avant que d'en faire le régime coDStitutionnel de toutes les puissances de l'Europe dans leurs rapports avec l'Église.

Ses représentants, séants, réunis en comité dans la capitale, formaient un corps et une sorte de pouvoir occulte, directeurs invisibles de toutes les affaires de l'Europe : maîtres de toutes les réputations, ils disposaient de toutes les gloires de l'esprit; maîtres du pouvoir, un grand nombre de places hautes, moyennes et basses étaient à leur disposition; ses initiés, ses affidés, gouvernaient tous les cabinets de l'Europe en qualité de ministres, sous des monarques faibles et peu habiles; l'indépendance de l'Eglise catholique était leur grande aversion; s'a soumission au pouvoir civil, la grande affaire qu'il fallait préparer avec sagesse. Les maires anti-chrétiens de ces palais chrétiens ne disaient pas tout leur secret; le peuple religieux et catholique de ce temps n'était pas capable de le porter.

Rien n'était changé dans les formes de leurs relations diplomatiques avec le saint Siège ; elles, continuaient d'être filiales et respectueuses : tout cela n'était que le manteau sous lequel on cachait le poignard et les coups qu'on méditait contre la juridiction spirituelle de l'Eglise. Ces procédés avaient un nom, connu des initiés, et que l'impression de leurs correspondances secrètes nous a fait connaître : c'étaient des salutations à l'infâme avant de frapper des coups sur sa tête ; et par là on préparait la grande révolution qui se tramait, et tout ce grand tapage que verrait la postérité, aux termes de l'oracle de Ferney. Effectivement, il ne pouvait qu'être grand le bruit des trônes et des autels tombant les uns sur les autres. Les événements auxquels je fais allusion, je les ai indiqués dans mon préambule, je dois les répéter ici, sous peine de laisser une lacune dans ce précis historique. J'ai parlé de la cour de Naples, et de ses tracasseries, au sujet de la haquenée, hommage appuyé sur des titres incontestables, et dont les vices, s'il avait pu eu avoir, étaient couverts par la possession de tant de siècles. Le pouvoir des empêchements dirimants du mariage fournissait au ministre Tanucci la matière d'un différend, dans lequel la foi catholique, détinie par le concile de Trente, ne laissait entrevoir aucun accommodement. Les idées, les procédés hétérodoxes du fameux Carvalho, en Portugal, sur l'inslilulion canonique des évêques, n'étaient rien moins que le plus souverain des actes de la suprématie au spirituel du pouvoir civil. En France, la juridiction épiscopale était paralysée et réduite au néant par les entreprises des parlements, faiblement

réprimés par les arrêts du Conseil d'État. En Allemagne, Joseph, son collège philosophique, et tant d'idées inquiètes et bizarres sur les vœux monastiques, sur l'éducation ecclésiastique^ la juridiction épiscopale, née dans la tête inquiète et remuante de cet empereur philosophe ; Febronius, l'évéque de Pistoie en Italie, la théologie presbytérienne et républicaine de ces écrivains censurables et censurés : voilà uii sommaire des opérations préparatoires du parti philosophique à la révolution de 1 790, à la constitution civile du clergé, à l'asservissement de l'Eglise à l'Etat, et à tout ce que nous avons appelé l'hérésie constitutionnelle. Toutes ces querelles, suscitées au saint Siège par le parti philosophique, avant de déposer son masque en 1 790 et 1 793, et de frapper à grands coups de marteau sur l'édifice du christianisme, toutes ces querelles ont abreuvé d'amertume Pie VI de sainte mémoire, provoqué le voyage à Vienne de ce pèlerin apostolique, et rempli ce calice amer qu'il a bu et épuisé jusqu'à la lie depuis la première année de son pontificat jusqu'à sa mort dans la dure prison de Valence.

V. — LA SUPRÉMATIE SPIRITUELLE DD POUVOIR CIVIL CONSIDÉRÉE EN 1790 ET SOUS BONAPARTE.

Nous l'avons dit, en 1790 la philosophie tint ses grandes assises à Paris, proclama en plein parlement ce

secret qu'elle n'avait dit jusque-là qu'à l'oreille de ses adeptes, savoir : que la souveraineté de l'Eglise, en matière spirituelle, était une chimère; que la religion ellemême n'était qu'une institution civile, subordonnée, comme toutes les autres, au pouvoir politique. Ce principe, elle l'expliqua, le développa par une suite de décrets ou articles constitutionnels connus sous le nom de constitution civile du clergé. Je n'en dis pas davantage, parce que je dois faire, dans la troisième section de la partie dogmatique, un chapitre à part pour réfuter cette erreur, appelée par l'Eglise le venin de toutes les erreurs.

Enfin Bonaparte vint. Ce guerrier comprit, à la lumière d'une raison forte, que le gouvernement d'un peuple athée est une œuvre impossible à la politique, que la rehgion est nécessaire au corps social, comme le principe de vie au corps humain.

Durant le passage du Fils de Dieu sur la terre, les démons proclamèrent de leur bouche impure sa divinité. Le concordat de 1802, signé entre Bonaparte et le saint Siège pour rouvrir les temples du Fils de Dieu en France, malgré la distance qui sépare ces deux événements, présente à un judicieux observateur assez de ressemblance pour y voir la matière d'un rapprochement semblable. Le sage lecteur saura bien l'arrêter à sa juste borne, sans trop presser les points de comparaison. Bonaparte, dont la foi à l'Evangile était au moins douteuse, confesse en frémissant, que Jésus, le Fils de

Marie, est ce grand roi par qui seul régnent les rois, seul capable d'affermir le trône et d'assurer l'obéissance aux lois. Avec son bras de fer et six cent mille hommes à ses côtés, il se reconnaît impuissant pour gouverner une nation athée; et, dans l'intérêt de son amour pour la domination et le pouvoir, on le voit, malgré les réclamations de son armée, de ses Chambres, de ses conseils d'Etat constitués par l'impiété, s'obs»tiner à vouloir que les temples de l'Eglise catholique soient rouverts, et il encourage le peuple français à reporter en triomphe sur leurs chaires ses légitimes pasteurs.

Mais bientôt il s'aperçoit que son concordat le mène trop loin, que la souveraineté du Pape , qui y est si formellement exprimée , lui enlève la souveraineté de la religion et tous les avantages que le pouvoir civil peut en tirer en faveur de la politique. La pensée d'un sacerdoce asservi à ses ordres, à l'égal du clergé russe, lui sourit beaucoup ; il songe donc à reprendre ce qu'il a donné; et, lors de la solennelle publication du concordat, le clergé français s'étonne de le voir altéré par un corps de lois appelées organiquesj, lesquelles, sous le spécieux prétexte de compléter, d'organiser cet acte, le corrompent, le dénaturent, jusque-là que le débonnaire et le pacifique Pie Vil, qui l'a signé, n'y retrouve plus son ouvrage, et se croit obligé de réclamer, de le déclarer infecté de tout le venin de l'hérésie constitutionnelle, et, après s'être acquitté de ce grand devoir de l'office de Pierre, il se tait, et l'Eglise catholique l'entend et le comprend .

Sommes-nous à la fin de cet ordre de choses où la liberté des cultes sera écrite sur le frontispice de toutei les chartes, pendant que la servitude continuera d'être le partage du culte catholique, et que cette religion, en retour de tant de bienfaits dont elle n'a cessé de combler les nations, sera traitée par elles comme un malfaiteur, digne, par ses méfaits, d'être surveillé parla loi, et spécialement recommandé à la surveillance de sa police? Sommes-nous à la fin d'un ordre de choses si déplorable? Non, je ne puis le croire, quand je vois la persécution contre le catholicisme se réveiller dans la Prusse, la Russie, le Danemark et dans les contrées du Nord, avec autant de fureur que sous les siècles païens; et le Pape, accablé de tant de dégoûts par des princes qui se disent catholiques, qu'ilenvie à Rome le sort du pontife suprême des Musulmans à Constantinople. 0 Dieu! qu'elles doivent être épaisses ces ténèbres, que tant de leçons données d'en haut à la terre et en 90 et dans le demi-siècle qui l'a suivi, n'ont pu dissiper ! Ici je me vois dans la nécessité de nommer deux princes, lesquels ne régnent pas sans honneur et sans mérite dans leurs Etats. Ces deux monarques, en qui on loue des qualités si estimables, ont un bandeau assez épais sur leurs yeux, pour inscrire leur nom dans cette liste des persécuteurs de l'Eglise catholique, qui commence à Néron et finit à Bonaparte. Pourquoi faut-il que ces estimables monarques aspirent, au dix-neuvième siècle, au triste honneur de faire des paartyrs?

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