‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 34 sur 52 · REGNE DE MARIE · texte numérisé non relu

REGNE DE MARIE

Nous voici arrivés à une troisième époque de l'erreur constitutionnelle en Angleterre. Je sais que sous le règne de Marie elle se cacha, s'éclipsa ; néanmoins elle se fortifia, s'enracina comme le chêne durant la tempête, et son histoire serait incomplète si j'omettais cette période de temps.

A Edouard succéda la reine Marie, tille de Henri VIII. On sait que cette reine professait la religion Romaine. Les débuts de son administration se firent remarquer par beaucoup de modération et de prudence ; son conseil était composé d'hommes sages; elle en suivait scrupuleusement les avis. Elle maintint le culte Anglican^ réserva le culte

catholique pour sa maison et pour sa chapelle ; proclama par ordonnance la liberté de conscience, et se contenta de proscrire, par la police de ses règlements, les injures d'hérétiques, de papistes, adressés aux membres de sa religion. Peu à peu les esprits se calmèrent; la masse de la nation, naturellemeot catholique, revint à la religion de ses pères, où elle était née. Le parlement continua à se montrer, en matière de doctrine, instrument passif sous la main de son souverain; il ne fallut qu'un signe de tête de la Reine pour le déterminer à abolir toutes les religions promulguées sous le règne précédent, et pour réintégrer les catholiques dans la possession des temples, et la messe dans la liturgie du rit Romain. Une année de préparation suffit à la cour pour amener les esprits de son parlement, mobile comme la paille, à venir présenter à la Reine le vote unanime de la nation, et tout à la fois sa trèshumble prière de mettre fin à la séparation qui divisait l'Angleterre du saint Siège, d'interposer sa médiation auprès du Pape, afin d'obtenir la révocation des censures prononcées contre la nation britannique, de la faire rentrer dans le sein de l'Église catholique, d'où elle était sortie. L'année était à peine finie, qu'on vit le parlement lui-même recevoir à genoux, au nom de la nation anglaise, par la main du cardinal Polus, l'absolution des censures encourues pour fait de schisme.

Marie ne jouit pas longtemps de la joie inespérée qu'elle dut ressentir après la consoramaton d'une si grande œuvre. Les trois dernières années de sa vie furent pour elle pleines de chagrin et d'amertumes ; elle avait épousé.

par les insinuations de l'empereur Charles-Quint, son oncle et son conseil secret, Philippe II, roi d'Espagne. Ce mariage avait choqué la nation ; il était en quelque sorte antipathique avec les intérêts politiques de la Grande- Bretagne et son esprit national. Le caractère dur, altier de ce prince, ses projets ambitieux, achevèrent de lui aliéner l'esprit des Anglais. Les mauvaises doctrines y avaient laissé dans les âmes des germes funestes, des semences de discorde qui s'aigrissaient, qui fermentaient de plus en plus dans tous les esprits; l'irritation était portée à son comble ; des symptômes de révolte se manifestaient de toutes parts ; et, pour comble de malheur, l'orgueilleux Philippe, loin de les apaiser, semblait mettre son honneur à les braver, à les pousser jusqu'aux derniers éclats par ses manières violentes et acerbes. La politique de Philippe était précisément le contraire de ce mélange de douceur, de modération, de for<"e et de sagesse, avec lequel il convenait de manier en ce moment des esprits si difficiles et si prévenus contre sa personne. Les lois pénales, appliquées à l'hérésie, étaient bien loin d'avoir pour elles l'opportunité du temps et des circonstances. Appuyée sur le bras fort d'un mari dominateur de l'Europe , Marie se crut assez puissante pour en presser l'exécution : deux cents hérétiques en furent, dit-on, les victimes, et périrent sur l'échafaud. La postérité s'est montrée sévère envers cette princesse. Les écrivains protestants n'ont pas épargné sa mémoire, et ont inscrit son nom parmi ceux des persécuteurs de l'Eglise. Des historiens catholiques ne l'ont pas jugée exempte de

blâme, et ils lui ont même adressé des reproches dont je ne me charge pas ici de la justifier. Mais il me semble qu'on n'a pas assez apprécié certaines circonstances atténuantes, qui la justifient, sinon de tout, au moins de la plus grande partie du vice de celte mesure. On oublie que les chefs des hérétiques conduisaient, dirigeaient ces conspirations, ces révoltes, ces rassemblements armés ; ils y figuraient toujours comme acteurs, et souvent comme chefs, conducteurs, agitateurs ; ils en étaient l'àme invisible. Qui ne sait que le fanatisme de plusieurs d'entre eux en vint à cet excès de démence, où on les entendait prier à haute voix, jusqu'au pied de l'autel, Dieu de délivrer son peuple du grand fléau de la Reine et de son administration anti-chrétienne. Enfin, une dernière excuse, et qui me semble la meilleure que Marie oppose à ses détracteurs, est celle-ci : Ces lois pénales, dont elle a pressé l'exécution contre des hérétiques condamnés comme tels par une église présumée à tant de titres infaillible dans son esprit, ces pénalités n'étaient pas le fait de ses ordonnances ; elles n'étaient rien moins que le droit public du temps, et une législation dont la manu tention lui était confiée et dont elle croyait faire une juste application. La statistique exacte de ses jugements rigoureux justifierait que les sentences de mort émanées de son tribunal ne sont pas comme un à dix, comparées à celles des règnes précédents ; et peut-être que si de ce nombre de deux cents prévenus, punis de la peine capitale pour crime d'hérésie, on ôtait les factieux, les séditieux coupables du double crime d'hérésie et de révolte, ce

même chiffre subirait encore de nouveaux retranchements.

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