‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 5 sur 52 · G DIS.SEHTAT · texte numérisé non relu

G DIS.SEHTAT

que !<' Lort Je rÉjjIlse et de ses écoles ; son influence ne servit qu'à les .'idoiblir, les atténuer, les diminuer. Cest de l'ordre ecclésiasti(jue (jue sortirent ces foihles lueurs du bon ^oùt <jui brillèrent an niilieu des ténèbres du moyen à{je. Cléman{|is, secrétaire du Pape d'Avignon, Benoît XIll, écrivoit à la lin du {juator/.ièn)e siècle dans un latin i)ur, cicéronieu , liégagé des formes de Pecole. La découverte de Timprimerie, qui sur\ intpeu après, opéra dans les lettres la grande révolution (jui en cbangea entièrement la face. Ce soulèvemetit général qui se fit alors dans le inonde littéraire, contre les formes rigcmreuses et incommodes de l'école, ne vint pas des Protestans : ils s'en sont fait bonneur avec plus de jactance que de justice; ils ne firent que suivre un mouvement , dont les [)remières inqudsions tenoient à ce grand nombre de beaux génies (jui faisoient alors fornement du clergé et du sacré collège ; les Bembe , les Sadolet, les Polus , les Melcbior Cano , et Erasme lui-même , (jue les Protestans ont tort de revendiquer comme un desleurs. ; ; ■ -Ai ■/r.'. ■...". ::;:. vl ; ;; •■

Ces préliminaires étoient nécessaires [)our saisir le véritable sens de l'exposé que nous allons faire des avantages de la théologie scholastique.

SUll LA TiiEOLOtllIi SGIlOLASTIQUli. 2^

raKMIKR AVANTAGE.

Les Soimiies , ou ("ours couiplcts de Tiicologie.

Et (.rabord ii'esL-ce pas un iiiimeiise ser\'ic(' lenclu à la science, que la réunion de toutes les parties de la théologie en un seul et unique corps d^ouvrage? Ce service est vraiment d\in prixincai culable : nous en jouissons comme de Tair et de la lumière, sans songer à tout le bien qui nous en revient; il est tel néanmoins, qu^il n'a pu nous arriver que parle laps du temps. Cest un héritage continuellement agrandi par les travaux des savans et des docteurs qui nous ont précédés; huit siècles entiers n''ont cessé d\ apporter le tribut continuel de leurs veilles et de leurs travaux. Arrêtons-nous ici un moment pouf mieux comprendre cette vérité. On saitqu^'l n'\ a pas , dans notre sainte religion , un dogme, un mystère , contre lequel la raison humaine ne se soit révoltée. Incapable, dit énergiquemeni Bossuel, de porter tout le poids du secret divin, elle a toujours cherché à en ôter quelque chose, à le rabaisser à sa foible portée. L^Eglise sans cesse vigilante, et dont les oreilles attentives sont en quehpie sorte toujours dressées au moindre vent de Terreur, n\i fait grâce à aucune nouveauté profane. Elle a parlé autant d<-

(ois (jiu; rcncMii' a élevé la voix, opposant loiijoiiis , par les décrets de ses papes et de ses conciles, des déclarations nettes et précises de la foi de tous les temps et de tous les siècles , à ces doctrines d'aujourdliui qui n'étoient pas hier ; accablant la nouveauté ])ar le poids tle tous les àjîes passés, de leurs traditions, de leurs ensei- .^jnejnens, de leurs croyances. Les docteurs, dans leurs savans ouvra(5es , ont étendu et développé ces courtes définitions de sa foi, ont montré leur conformité avec la doctrine des siècles précédens , lenrs admirables convenances avec les vues de la raison; et par là ces dogmes, ces vérités, plus étendus, plus développés, ont passé de la foi implicite, divine, à la foi explicite et catholique. C^est par suite de ces hérésies toujours condamnées par les décrets de TEglise, de ces dogmes toujours mieux éclaircis, mieux développés parles ouvrages de la tradition, que la foi catholique est justement comparée à une source toujours pleine, toujours continue, qui traverse les âges et les siècles en grossissant, en fournissant de nouvelles eaux , et qui devient ce fleuve majestueux , dont le cours non interrompu dans le temps, va se perdre dans Féternité. Supposez à présent un théologien dépourvu des secours que lui donnent nos Théologies élémentaires , poiu' discerner les

SUlî T,A THEOLOGIE SCHOLASTIQUK. 29

ori'curs des sit'cles passés, les moyens de défense ([lion leur ;i opposés , et les déerets de l'E^rlise qui les ont IVappés de mort; autant de pièces recueillies et enregistrées, à mesure qu'elles paroissent dans ces mêmes abrégés : que ce pauvre théologien est à plaindre! il va à la recherche de ces mêmes vérités dans les écritures des deux Teslamens , où elles sont renfermées; dans les ouvrages des Pères, où elh^s sont éparses et disséminées : quel chaos , ou plutôt quelle mer sans fond et sans rives! Par les travaux des théologiens dont je parle , les eaux de cet océan sont en quelque sorte resserrées dans un canal où chacun peut entrer; toutes ces richesses amassées et accumulées par les siècles précédens, sont réunies comme dans un trésor où tous peuvent puiser.

On a dit souvent, qu\ui enfant élevé dans um^ école chrétienne possédoit sur Dieu^ ses perfections, la cause première de l'univers; sur Phomme, son origine, sa destinée; sur le souverain bien, sur toutes les vérités de la religion et delà plus haute philosophie, plus de connoissances que n"'en ont jamais eues les sages dePantiquilé, en réunissant ensemble toute la science de leurs écoles. A qui devons-nous ce bien inappréciable? à nos abrégés de doctrine, connus sous le nom de Catéchismes. Nos abréoés de

3o niSLiLUTATlON ...

tliéologie scholastique ont opéré des eilets sinon égaux, du moins analo{;ii<\s etsend)lal)lt'S à ceuxlà; et je maintiens qu'un jeune théologien (jui comprend, qui possède l)ien les Théologies éléinentaires enseignées dans nos écoles, quoiqu'à une dislance immense des Origène , des Atiianase, des Chrvsoslôme pour ce qu"'on appelle élévation de pensées, pénétration d^esprit. pro f(mdeur de vues, force de génie, a néanmoins, sur un grand nombre de vérités éclaircies j)ar la dispute, fixées par lesdéfinitions de TEglise, des idées sinon plus grandes, plus élevées, du moins plus nettes, plus précises que ces grands doc- Jeurs; j'ajoute môme, que la somme de ses connoissances théologiques surpasse la leur. Et voilà le premier avantage delà théologie scholastique ; la science immense des vérités dogmatiques ou morales, utiles à Fédification de la charité et à la réforme des mœurs , resserrée dans un cercle étroit où un médiocre esprit peut les voir et en nourrir son ame.

SECOM) AVAM^AC.E DE LA SCHOLASTIQUK.

Plus d'ordre et de clarté dans les idées de celui qui captive de bonne heure son esprit à en suivie les formes.

La forme scholastique est vraiment une contrainte salutaire, qui force l'esprit à arranger

sur. LA 'IFIKOLOCli: SCHOLASTIOn;. 3!

les idées selon leur suite naturelle, ('^esL-à-dirc selon renclminement qui les lie d;uis Tordre de la nature; et avec Tordre, cette métliode amène la elarté, car la clarté vient de Tordre; avec Tordre dans les idées commence la lumière, avec leur cou fusion , Tohscuriîé. Voyez ce tas délivres sur le [)avé, cVst le chaos ; mettez-v de Tordre , plaçant les livres d'histoire , de science , de littérature, de {grammaire, séparés dans les rayons d^ine hihliotlièque; avec Tordre, la lumière luit sur tous ces ohjets, Tesprit les discerne et les démêle , et classe chacun dans son genre et son espè(!e. Il en e.-tde même dans Tordre intellectuel : un discours est un amas d"'idees; vous v verrez, naître la clarté ou la confusion , selon que vousclasserez ces objets tout spirituels, dans leur ordre naturel. Or, ce bel ordre père de la lumière , lucidus ordo y est un fruit précieux de la méthode scholastique. Il est vrai, cet esprit d'ordre cVst la nature qui le donne. La clarté sort (Tuu esprit net, comme une eau limpide d\aie source ])ure. Toutefois Téducation et se? moyens artificiels peuvent venir ici au secours de la natun^ , la soulager dans Tenfantement de< idées, et dans le travail qu'exige leur disposition convenable: or, paiinices moyens il faut surtout conqiter la forme scholastique. Il est impossible de la suivre dans un discours, sans (pie h's idées

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ne sV voient ii kin- phue , el qu'elles ne soient

comme forcées de se vanjjer selon l'ordre de la

nature.

Le moyen souverain, dit-on, dVxlaircir une idée obscure dans l'esprit, cVst de Técrire. Tant queTesprit porte dans son entendement une idée confuse, mal digérée, la main ne peut se résoudre à récrire; mais aussitôt qu'elle s''épure et se clarifie par la réflexion , dans l alambic de l'esprit, elle coule et distille, pour ainsi dire, sans peine par le canal de la jjlume. Pareillement voulez-vous ranger une suite, une masse d''idées dans leur ordre naturel? travaillez, faites effort pour les classer dans votre esprit selon la méthode scholastique , et pour les réduire à la forme qu'elle affecte. Tant que vos idées s"*} refusent , c'est une preuve manifeste qu'elles ne sont pas encore suffisamment éclaircies dans votre entendement. Essayez de poser avec clarté Tétat de la question, de la réduire à sa plus simple expression, de partager la matière, derenfermer par de bonnes divisions dans ce cercle de Fétendue où il vous plaît de la circonscrire, de la resserrer, de la résumer en syllogismes, de Fétendre et de la développer en prouvant successivement majeure et mineure, de mesurer de Tœil les objections principales et tes réponses qu'on peut y faire; si vous ne pos-

SUR I-.\ TMKOl.OGlli SCHOL ASTIQUE. 33

sédez \yc\s la matière, si vous n''en êtes pas assez le niaitre pour la plier clans tous les sens, l'envisager sons toutes les fiices , la reproduire sous toutes les formes, jamais vous ne parviendrez à la soumettre à cette rigueur de la méthode scholastique , que nous venons d"'exposer. Il est donc visible que le travail que coûte à Tintelligence l'observation plus ou moins stricte des formes de la scholastique, tourne entièrement au profit des compositions de l'esprit, de ce bel ordre qui en unit toutes les parties; car, je ne me lasse jamais de le. dire , Tordre et la clarté sont deux choses aussi connexes que Teffit et la cause. Ici je me représente un jeune homme abondant dans ses idées, d\nie imagination aussi féconde ([uVlle est vive et impétueuse; à peine est-il entré dans la méditation dVm sujet, qu"'ilse voitcomme assailli par une foule dMdées, elles s\TCCumulent dans son esprit, s^ croisent et s'y embarrassent; un chaos se forme dans sa tète. C^q^ti^ez-le, pendant tout le cours de sa philosophie , sous le joug des formes de la dialectique d'Aristote; qu'il soit obligé de les pratiquer avec rigueur dans ses compositions ou dans les disputes de Técole; c''est par là que vous dompterez sa fougueuse imagination, quevous le forcerez à digérer ses idées, à les classer dans ce bel ordre qui en fait la lumière et la force: dégagé de ces entraves, IVsprit n'anra

rien perdu de sa vigueur, Tiinagination de son éclat; mais ses compositions seront plus sages, mieux ordonnées; elles sortiront de son cerveau, comme Minerve de celui de Jupiter, tout armées, c''est-à-dire , avec tout le degré de lumière et de force dont elles sont capables. Voyez ce coursier fougueux et indompté, il s^élance avec une impétuosité que rien n^nrète, à travers les ravins et les précipices ; apprenez-lui par les exercices du manège à connoitre le mors et la bride , et bientôt vous le verrez courir, s'arrêter, se tourner à droite, à gauche, galopper, se tenir au pas, se mtettre en ligne, selon que la trompette sonne la retraite ou la charge. On reconnoit là quelque chose de la méthode selon laquelle Origène se plaisoit à former ses disciples dans Tecole d''Alexandrie.

TROISIÈME AVAjSTAGE DE *LA SCHOLASTIQUE.

L'espril d'analyse.

L'esprit d"'analyse est un autre fruit bien précieux de la méthode scholastique. Le talent de Fanalyse n''est pas moins nécessaire à l'esprit pour apprendre, que l'instrument à Touvrier pour travailler. Sans Tesprit d"'analyse , les dons de Timagination et de la mémoire sont presque perdus, et à peu près inutiles: lectures, conver-

SUR L\ THÉOLOGIK SCHOL ASTIQUK. 3;')

salions, rien ne profite à un esprit lâche et diftus; il ressemble à un manvais estomac qui reçoit tout, et ne digère rien ; cVst une constitution d^esprit vicieuse, semblable à un tempérament incapable de convertir par les opérations chimiques de la digestion les ahmens en chyle ou en sang. Avec cet esprit d'*analyse, les livres lus et médités laissent dans Tesprit un petit nombre d"'idées principales, qu'ail s** incorpore en quelque sorte comme un fonds qui lui devient propre , et où il ira puiser la matière de ses productions. Otez cet esprit d^analyse , la lecture , Tétude , la réflexion, ne mettent dans Famé autre chose que ces images fugitives dont parle saint Jacques , que Fesprit a vues, et qui ont fui sans y laisser aucune trace de leur passage. L"*esprit d'analyse, nécessaire au philosophe, ne Fest pas moins à Forateur; c''est par là qu''ii étend ou resserre ses idées, qu'illes développe et les met dans un beau jour, ou les concentre dans un foyer de lumière ; qu'il serre son adversaire et le presse , ou se donne plus de large pour le combattre. Cest Fesprit d*'analyse qui a découvert le syllogisme; invention admirable, au moyen de laquelle Fesprit enferme des discours et quelquefois des livres entiers dans le cercle de trois propositions, qui sont comme un mur contre lequel il dresse ses batteries dans Fndaque, ou

<Mii est son rempart (l;ii)s la défeiise. Or, pour appli(pier ceci à noire sujet , la scholaslifjue estelle autre chose ({ue la j)ratiquc de l'anal\ se ?jus- (jue là qu^elle en porte le nom, et qii%)n Tappelle indistinctement méthode analytique ou scholastique. ^.

QUATRIÈME AVAISTAGi: DH I.A HCIIOLASTIQUK. Plus (le priicision dans les idées.

Une manière plus briève et plus précise est encore le fruit précieux de la méthode scholasli([ue. Fleury(i) conteste ici en matière claire : le squelette est moins vokimineux que le corps vivant •, le résidu laissé par l'alambic au fond du vase , y occupe moins de place que la licpiem- ([ui le rempht ; et il est visible que Pesprit accoutumé à réduire le discours à ses idées principales, ces idées à leurs termes les plus simples, acquerra par là une précision dans ses pensées et ses jugemens, que ne connoit pas Thomme étranger à ces procédés , qu\)n pourroit appeler la chimie intellectuelle des esprits.

Je dirai môme, chose plus étonnante ! que la rectitude des idées elles-mêmes gagne et profite dans la pratique de la méthode scholastique. Je le sais : il en est des esprits de travers, connue

(i) CiiKniitme Discours sur l'Histoire Ecclésiastique.

sur. LA TiitoLOGib; scholasïiquh:. 37

(les corps bossus et tortus ; Fart iVest pas moins iiiipuissaoL pour corriger les uns que les autres: mais si quelque chose peut diminuer ce défaut de Tesprit mal conformé, le redresser en quelque sorte, rectifier les idées plus ou moins fjiussées par le mauvais esprit du jour, c^est encor<' la pratique de la méthode scbolastique cpii obtiendra ce but salutaire. Pourquoi? c^est que les idées fausses sont par cela même inégales, irrégulières dans leur forme; elles résistent à l'esprit qui veut les ordonner, les classer dans un plan sagement conçu; elles ressemblent à ces pierres informes et mal polies , que le maçon sent le besoin de tailler, de couper, avant que de les aligner dans le mur qu''il édifie : et je ne crains pas de dire qu\in bon esprit, par la seule peine qu^il éprouve à ranger ses idées en ordre, est averti qu'elles manquent, par quelque endroit, de vérité, de justesse , d''exactitude. Au reste , on ne s^écarte jamais impunément de ces règles de Fart de bien raisonner et de bien dire. LV^cole que je combats en a fait Texpérience, et elle en a porté la peine; elle a méprisé la scbolasti(|ue , et la scbolastique s"'est vengée en lui ôtant le mérite delà bonne logique. Ses productions sont sans lien, sans suite, sans aucmi plan llxe , morcelées, bacbées en ([uelque sorte eu paragraphes isolés et détachés; on v désire parloul

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ce bel ordre , celle marche simple et lumineuse, qu'on admire dans les bons ouvrages de la littérature française.

CINQUIÈME AVANTAGt; DK LA SCIIOL ASTIQUE.

Son efficacité pour d<;inéler les ailifices de l'erreur.

Je ne connois point d'armes plus puissantes, de batteries, en (juelcpie sorte, plus redoutables à Terreur, que lascholastique réduite aux termes de la bonne logique , telle que nous la défendons ici. Les armes de Terreur sont la fausse éloquence et la fausse logique. Donnez-moi un bon dialecticien, habile à se servir des procédés de la logique, et il aura bientôt désarmé son adversaire , et démonté, pour ainsi dire, toutes ses pièces. Mettons la chose en scène; elle nous apparoîtra d'une manière plus vive et plus sensible. Je me figure ici en présence un sévère dialecticien , et un sophiste éloquent et habile. Le sophiste a la parole : il débite une plaidoirie où se déploie tout ce que l'éloquence peut fournir de ressources pour pallier le vice dVine mauvaise cause; digressions agréables, tours adroits, figures vives et animées, élocution brillante et ornée, mélange de la vérité et de Terreur fondues avec tant d'artifice , qu''elles semblent n\ivoir plus qu'un même corps et une même couleur.

SUR LA THÉOLOGIE SCHOLASTIQUE. 3g

Son adversaire reprend froidement sa harangue, en résume tout le fond et la substance en quelques syllogismes, nie les majeures et les mineures, prouve ses dénégations en termes concis , serrés, pleins de sens et de lumière ; ne laisse aucune place aux digressions, en posant nettement la question ; démêle les équivoques par des distinctions claires et précises. Uami de la vérité , qui assiste à ces discussions, se réjouit bientôt, comme le voyageur au sein de la nuit quand il voit une lumière a ive qui perce la nue. Le sophiste essaie-t-il de couvrir, de masquer Terreur, sous les formes de la fausse dialectique ? fausses notions, fausses définitions, principes louches et équivoques, divisions, sous-divisions où il cache l'erreur et Penveloppe comme dans des recoins et des replis? le scholastique exercé reprend , oppose syllogismes à syllogismes , définitions à définitions , suit l'adversaire dans tous les défilés où il se sauve. Ce qu'il y a de bien sûr, c'est ({ue , depuis la prétendue réforme de Luther et de Calvin , toutes les innombrables sectes qui en sont sorties, au milieu de tous 1 .; dissentimens ou divisions qui les ont, dit énergiquement Bossuet après saint Augustin, partagées et rompues en tant de morceaux, se sont réunies dans ce point unique et comme fixe , le mépris de la théologie scholastique; même aversion pourceHe

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méthode de la part de tous les novateurs en philosophie, en pohtique, en littérature. Ne seroitce pas que les corrupteurs du vrai, sont ici unis par un même lien , la haine de leur ennemi commun , la vérité (i) ? » .

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SIXIÈME AVAINTAGK ]JK LA SCHOLASTIQUE. .

Elle facilite le succès des leçons du inailre (jui enseigne, et du disciple qui écoule.

- Je ne balance point à le dire ; la méthode scholastique est éminemment propre, dans la bouche d'un habile professeur , l\ abaisser les plus hautes matières à la portée des esprits les plus {grossiers. Et ici encore ne nous écartons pas de la marche précédente, et mettons, par des exemples, la vérité, pour ainsi dire, en scène. Voilà deux professeurs qui enseignent chacun de leur côté, selon cette double méthode, oratoire ou scholastique , à la manière d'Aristote ou de Platon. Le premier expose son sujet avec clarté, le simplifie tant qu^il peut, disant à ses élèves : Il ne s''agit pas de cette question ou de cette autre; ce n''est que pour brouiller qu'ion les mêle ici ; le point précis en litige, le voici : suit la position de la thèse , en une proposition simple ,

(i) \ovcz à la fin, \(}& /cinoi^/iagcs (|ui justiiieiil celte assertion.

SUR LA THÉOLOGIE SClIOLASTIQUiî. /\L

claire et intelligible. 11 poursuit : Dans le cours de cette discussion nous emploierons souvent tels ou tels mots ; j'y attache tel ou tel sens ; les principes préliminaires que voici , jeteront beaucoup de jour sur la matière. La question peut-être envisagée sous des faces bien différentes ; je la divise de cette sorte , et je ne sortirai pas de ce cercle ; je puiserai mes preuves dans les principes de la foi , dans ceux delà philosophie humaine , puis nous passerons aux objections. Je résoudrai les principales , et j''y en ajouterai d** autres qu\)n ne fait pas. Il s'assure, par des interrogations claires et précises, s'il a été compris ; il exige de ses élèves un résumé ou une analyse écrite de ses leçons. Viennent, après cela, les objections a%ec leurs instances, auxquelles les élèves ne peuvent répondre sans appliquer les principes dans tous les sens , ou les tourner sous toutes les faces. Suivent, entre les jeunes étudians, les combats simulés de Targumentation , où ils font preuve d'iial^ileté, par leur subtilité à attaquer, ou leur solidité à répondre. Voilà la méthode appelée scholastique. D'autre part, le professeur qui la méprise et qui ne la suit pas, débite en présence d'une classe plus ou moins nombreuse, une suite de discours que je siq:;pose sages et bien prouvés. Lequel des deux a mieux atteint le but de l'en-

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seignerncnl , qui est de former des élèves savaus ou instruits sur la matière ? L'*examen de la fin de l'annôe décidera; il discernera, comme le jugement de Dieu, non pas les bons d'avec les médians , mais les élèves capables d^ivec les ignorans. D^ni côté, on verra jusque dans les foibles sujets, science et connoissaiice de tout ce quM y a d\itiie et de pratique dans la matière, et dans les forts une connoissance ample et étendue du sujet , exprimé, développé avec une facilité et une abondance de langage dont les savans euxmêmes seront étonnés.

Entrons à présent dans Técole anti-scholastique. Les esprits intelligens ou plus ou moins pénétrans auront puisé, par des notes prises en courant sur ces beaux discours , cette demi science souvent inférieure à Tignorance, ii cause de la présomption qui Taccompagne. Quant aux foibles, ils ne sauront rien, et se tiendront devant un examinateur, comme le muet qui n'a pas une parole dans la boucbe. Si j'en crois à des relations véridiques , ce n'est pas une fiction que je viens de raconter, mais une réalité, quelquefois vérifiée par Texpérience dans les écoles que je combats.

Je comparerai volontiers ces deux professeurs à deux maîtres qui enseignent les arts ou Thisloire naturelle. Le premier conduit ses élèves dans un jardin divisé en carrés : les statues , les chefs-

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