II. DES CONCILES, VERITABLE AUTORITE CONSTITUEE
DANS l'Église.
En traitant de la constitution de l'Eglise, je ne dois pas omettre les conciles; ils en sont une partie intégrante, cela est vrai surtout des conciles provinciaux; je crois voir en eux un organe, un ressort essentiel du gouvernement, et, pour parler le langage du jour, de la machine gouvernementale de l'Eglise. A la rigueur, ils n'y sont pas un tribunal permanent, puisque leur tenue n'a pas une date fixe, un retour périodique; néanmoins, dans les beaux jours de l'Eglise, la convocation de ces assemblées était assez déterminée pour que l'appel et le recours y fussent praticables; elles étaient liées à de certains faits, objet d'une prévision certaine : par exemple, la vacance d'un siège, etc., et le droit nommait un genre d'affaires dont ils étaient les seuls juges compétents, et ce tribunal avait, comme les autres, son for déterminé par la loi. Eusèbe, le plus ancien de nos écrivains ecclésiastiques, ne craint pas de dire, dès le iv*" siècle,
ces propres paroles (1) : «l\ n'est pas possible de régler » les grandes affaires de l'Eglise, autrement que par » des conciles, » et je lis textuellement dans le concile de Nicée : « Il a été jugé convenable que tous les ans deux » conciles s'assemblent dans chaque province pour traiter )) en commun les questions graves. » Le concile d'Antioche renouvelle, au canon 10, le canon du concile de Nicée sur la tenue de deux conciles par an.
Quant aux conciles œcuméniques, on peut les appeler dans certains cas extraordinaires, indéterminables, une des nécessités de l'Eglise ; et j'ai lu, dans les actes publics de l'ancienne Sorbonne, des thèses ainsi posées : Concilia ceciimenica quandoqiie necessaria. L'affaire de la rebaptisation nous en offre un exemple. La foi de l'Eglise universelle était alors devenue si obscure, au milieu de cette dissidence entre les docteurs et les docteurs, entre les martyrs et les martyrs, les conciles et les conciles; saint Cyprien d'un côté, le Pape saint Corneille de l'autre ; l'embarras et la conirariélé de tous ces faits avaient amassé autour de la foi générale de l'Eglise des nuages si obscurs, qu'il ne fallait rien moins, au dire de saint Augustin, que le jugement d'un concile plénier pour lui rendre la clarté du jour. Au fort des progrès du luthéranisme, je crois voir l'Eglise dans une position semblable ; et le concile de Trente n'était pas moins nécessaire, que ce concile plénier désigné par saint Augustin, pour calmer Tagilalion des esprits, et en fixer les incertitudes par une écla-
(1) Eusèb., De Vita Constant., lib. 1, cap. 51.
tante manifestation de la foi de l'Eglise universelle.
Un concile œcuménique, c'est, au jugement du grand Bossuet, l'armée de l'Eglise avec le développement de toutes ses forces, rangée en bataille pour combattre l'hérésie; car telle est la pensée qu'il exprime dans ce passage , avec une grande magniflcence de langage : « Mais » si les scandales s'élèvent, si les ennemis de Dieu osent » l'attaquer par leurs blasphèmes, vous sortez de vos » murailles, ô Jérusalem! et vous vous formez en armée » pour les combattre; toujours belle en cet état, car » votre beauté ne vous quitte pas; mais tout à coup » devenue terrible, car une armée qui paraît si belle » dans une revue , combien est-elle terrible quand on » voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées » contre soi ! Que vous êtes donc terrible ! ô Eglise sainte, » lorsque vous marchez, Pierre à votre tête,... abat- » tant les têtes superbes et toute hauteur qui s'élève » contre la science de Dieu, pressant ses ennemis de » tout le poids de vos bataillons serrés, les accablant » tout ensemble et de toute l'autorité des siècles passés, » et de toute l'exécration des siècles futurs! ».
C'est au concile œcuménique, que s''applique à mon avis ce langage si hardi et si figuré; toute l'Eghse est là, elle est présente par ses légitimes représentants. La discussion s'ouvre, les blasphèmes de l'erreur sont exposés, un cri unanime s'élève de toutes parts : anathème à ces propositions ! Jamais on n'a ouï dans l'Eglise rien de semblable ; voici, au contraire, ce que l'Eglise croit à présent, ce que nos Pères ont toujours enseigné, ce que
nos successeurs croiront toujours. Un pareil langage, venu à la suite d'une discussion savante et animée, où le livre des Ecritures a été ouvert , ses passages les plus lumineux, les plus significatifs de la foi catholique allégués, la tradition des siècles précédents discutée : voilà bien de quoi accabler l'erreur de toute l'autorité des siècles passés, et de celle du siècle présent, de l'autorité des âges à venir ; la charge d'une armée qui tombe de tout son poids sur l'armée ennemie, est -elle moins redoutable?
Depuis cette division de territoire, appelée Véquilihre de l'Europe^ les conciles œcuméniques étaient devenus à peu près impossibles; on en sent la raison : l'assemblée de tous les représentants de l'univers catholique en un même lieu exige l'absence des évêques hors du royaume; leur réunion dans un pays toujours étranger, quelquequefois hostile ; la rivalité des nations , des églises ellesmêmes, la jalousie de leurs distinctions et de leurs préséances; tous ces intérêts, si difficiles à concilier, avaient lié, paralysé la volonté des Papes les plus favorables à la tenue du concile œcuménique ; tant cette matière , par sa nature mixte, exige le concours et la coopération d'un pouvoir unique et dominateur sur tout l'univers ! Au moyen âge la difficulté pouvait être vaincue par ce qu'on appelle la temporalité du Pape et sa juridiction temporelle, non moins souveraine, en plusieurs cas, dans Tordre même temporel, que celle des Constantin et des Théodose. Depuis le changement introduit sur ce point dans le droit pubUc des nations, et le retour de l'Eglise à cet
ordre de choses d'où elle n'était sortie que pour le bien de l'humanité , les souverains pontifes ne songeaient plus à tenir des conciles œcuméniques ; mais au moment flaj^rant de rhéré«iie de Luther, où le concile j^énéral était réputé, par la voix publique, le remède unique et nécessaire au mal de l'Eglise, la Providence ne lui manqua pas. La puissance de Charlcs-Quint acquit une telle prépondérance, que l'équilibre de l'Europe faillit en être rompu pour toujours ; il prit à l'égard des autres souverains les airs, les manières, le langage des anciens empereurs romains ; et il ne fallut rien moins que l'omnipotence de son pouvoir, pour rendre possible le concile de Trente. Il s'assembla à l'ombre de la dictature impériale, et l'on sait avec combien d'obstacles et d'embarras, de séparations et de reprises, qui firent dire aux amis de la religion : Le doigt de Dieu est là. La rareté des conciles provinciaux, dans les temps modernes, doit être attribuée à la môme cause. Toutefois, les assemblées périodiques du clergé de France en tenaient lieu; elles ont pris si souvent connaissance des causes relatives à la foi et à la discipline, que plusieurs les ont appelées le concile permanent des Gaules.
ni. LA CONSTITUTION DE l'ÉGLISE AVEC LA MONARCHIE
DU PAPE ET l'aristocratie DES ÉVÊQUES PROUVÉE
par la tradition des trois premiers sikcles de l'Église.
Pour saisir le fil de cette première tradition dès sa première origine , je la commence par ce fait puisé dans l'Evangile :
Depuis que Pierre , par la glorieuse confession de la divinité de Jcsus-Clirist, a mérité d'être déclaré par sa bouche chef du collège apostolique, depuis ce moment il entre en quelque sorte en possession de celle divine prérogative, et il ne se traite pas dans le collège apostolique une affaire importante, que Pierre n'y intervienne comme le premier de tous et le représentant de tout le corps.
Nous l'avons vu le premier à pratiquer la foi; il est en outre le premier à pratiquer le grand commandement de l'amour, le premier qui voit Notre Seigneur ressuscité d'entre les morts , le premier qui confesse son nom en présence de la nation juive , le premier à présider à l'élection d'un nouvel apôlre, le premier qui confirme la foi par des miracles, le premier à convertir les Juifs, le premier à recevoir les Gentils, à les incorporer dans le sein de l'Eglise.
La prédication du saint Evangile commence; la parole de Dieu prêchée à Jérusalem par les apôtres y crée cette
Eglise^ laquelle, par l'union et la charité de ses membres, a réalisé chez les chrétiens le fabuleux âge d'or des païens.
Le christianisme , sorti de Jérusalem , après avoir franchi les bords de la Judée , est prêché aux Gentils. Une Eglise se forme à Antioche ; Pierre en est le premier évêque. L'Egypte, bénie et sanctifiée par la présence de Jésus enfant, en récompense de l'asile hospitalier qu'elle a fourni à ce divin proscrit, entend la divine parole; la chaire de saint Marc est fondée à Alexandrie. Pierre, par Antioche et Alexandrie , arrive à Rome ; il y annonce l'Evangile , il y meurt ; il dépose, sur le tombeau qu'il a choisi dans ce centre de la gentUité, les clefs du royaume de l'Eglise que son divin maître lui a confiées. Piome païenne, la mère de l'idolâtrie, devient la mère et la maîtresse de toutes les éghses chrétiennes ; et elle deviendra plus illustre par la chaire que ce pêcheur y a fondée, que par le trône que les Césars y ont élevé. La parole de Dieu a retenti aux extrémités de l'univers. La race des chrétiens, au sein de la gentihté, se multipUe avec autant de rapidité que celle des Hébreux en Egypte ; les nations frémissent, méditent contre l'Eghse de noirs complots ; le sang des martyrs est répandu comme l'eau; l'ère des martyrs commence.
Plusieurs se représentent l'Eghse, dans ces premiers âges, comme prisonnière , osant à peine sortir des cavernes où elle se cache, des catacombes où elle célèbre ses divins mystères, et on se dit à soi-même : Comment,
dans un pareil état, est-elle capable d'exercer le moindre acte de sa souveraineté, de déployer sa juridiction ecclésiastique , d'assembler les conciles pour y régler en commun, Pierre à sa tête, la bonne administration de ses sacrements, l'enseignement convenable de sa doctrine, la procédure de ses jugements ecclésiastiques, et tout le bon ordre de sa discipline ?
A la vérité, si l'on considère l'Eglise dans le feu des persécutions et au fort de la pleine exécution des édits sanguinaires, dans ces mauvais moments, TEglise, comme société, n'était guère visible dans le monde, ou ne l'était que par la profession éclatante de sa foi, et le témoignage que lui rendaient jusqu'à la mort ses martyrs sur les échafauds. Dans cet état, l'Eglise souffrait une sorte d'éclipsé aux yeux de ce qu'on appelait alors, et même aujourd'hui, le grand monde. Mais la persécution, semblable à la fièvre , avait comme elle ses accès, son redoublement , son délire furieux et poussé jusqu'à la rage ; à ces transports furibonds succédaient des moments calmes, lucides, durant lesquels les chrétiens goûtaient la douceur d'un profond repos ; et l'on n'est pas peu étonné en lisant, dans les annales de l'Eglise, quelle large mesure de liberté, dans son culte, elle osait s'approprier pendant ces relâches. C'étaitvraimenl le grain de blé mort et enseveli pendant Ihiver, ressuscité et reverdi au printemps. Alors elle se montrait telle qu'elle est, telle qu'elle a été, telle qu'elle sera toujours, une société au milieu de la société païenne, qui avait ses lois, ses
magistrats, sa police, son frouvemement, ses assemblées délibérantes, et surtout sa religion à part. Ce sont ces siècles que nous allons parcourir, et nous y verrons l'Eglise chrétienne en plein exercice de toute sa souveraineté dans Tordre de la religion.
Commençons par la monarchie du Pape. La grande question des cérémonies légales se présente ici à nous ; elle donna lieu au concile de Jérusalem , le premier de nos conciles, la forme et le modèle de tous ceux qui l'ont suivi ; il fut convoqué , présidé par saint Pierre : voilà pourquoi je le cite à bon droit comme un des premiers actes de la monarchie de l'Eglise de Rome, dès le berceau du christianisme. Une courte notice sur le sujet, l'occasion, la cause de cette grande querelle me semble utile, nécessaire même pour une plus ample intelligence de la matière. L'irritation et l'exaspération des esprits était à ce degré, qu'il n'y avait qu'une voix parmi les gens de bien pour appeler le concile, et l'invoquer comme le seul remède au grand mal du schisme prêt à envahir, el à diviser en deux partis irréconciliables l'Eglise naissante. Les Juifs convertis croyaient l'observation des cérémonies mosaïques nécessaire ; les Gentils les repoussaient comme un joug inutile, pour ne rien dire de plus, un joug dont le chrétien était atïrancbi par la liberté de l'Evangile. Les Gentils ne comprenaient pas que la justice chrétienne pût émaner d'une autre source que de la bonté des œuvres, et leurs sages, qui les avaient pratiquées jusqu'à l'héroïsme, sans connaître
ni la loi ni ses œuvres , ne leur paraissaient inférieurs en rien aux enfants de l'alliance. Quel scandale ! s'écriaient les Judaïsants, de croire que le pacte fait avec Abraham, dépositaire des promesses, soit abrogé, et que la circoncision, qui en était le sceau, ne soit plus qu'une cérémonie indifférente? les Judaïsants se prévalaient de l'autorité de saint Pierre, les Gentils alléguaient en leur faveur celle de saint Paul ; la discorde était parvenue à sou comble. Qu'on en juge par le fait suivant. A Corinllie, un Judaïsant fanatique, et qui se mêlait de prophétiser, excita parmi les siens une sédition furieuse, et exalta leurs esprits jusqu'à les pousser à se ruer sur les Gentils convertis, afin de les contraindre par la force à judaïser. La conduite, la pratique même contraire et opposée, tenue publiquement au fort de ce démêlé par les deux chefs de la religion, augmentèrent l'aigreur des esprits, et enflammèrent parmi eux le feu de la discorde. Tout ce qu'écrivit depuis l'apôtre des Gentils de grand, d'élevé^ de mystérieux et de profond sur le fond de cette doctrine, saint Pierre ne l'ignorait pas ; mais il pensait devoir user de tous les ménagements possibles envers les Juifs convertis, condescendre à l'infirmité de leur foi, et il opposait à saint Paul sa propre parole, faisons-nous tous à tous Juifs avec ks Juifs. Toujours est-il que l'excès de charité de ce premier pasteur avait de très-mauvais effets, et que les Judaïsants en prenaient acte pour se roidir avec plus d'opiniâtreté dans leur erreur sur la nécessité de ces observances. Le zèle ardent de saint Paul
ne put tenir en présence de ce mal; il éleva la voix, il
osa résister en face de son supérieur, et le reprendre publiquement parce qu'il était répréhensible. Tout cela n'était pas sans mystère; il fallait donner la forme et le modèle aux pasteurs de tous les siècles à venir, et leur montrer l'humilité dans les plus hautes places, comme un relief qui les rehausse bien davantage aux yeux des peuples, que ces magnifiques prérogatives du pouvoir, qui en sont l'apanage. Le progrès toujours croissant de ces divisions faisait dire aux hommes de paix, que le concile général était en ce moment le vrai remède au grand mal de l'EgUse : il se tint donc à Jérusalem. Saint Pierre, saint Jacques, saint Paul, saint Barnabe y assistèrent. La postérité en a conclu cette maxime qui avait déjà pour elle le suffrage de la raison : c'est que la présence de tous les évèques du monde chrétien n'est pas nécessaire au concile œcuménique, et que si un petit nombre de députés peut être la représentation légale d'une grande nation, un petit nombre d'évêques peut suffire à celle de l'Eglise. Pierre y présida, après l'avoir convoqué, comme on le croit communément; il parla le premier, posa la question mise en délibération, y énonça son avis en forme de jugement; les suffrages, à l'unanimité, y furent conformes, et ces suffrages étaient des jugements. Saint Pierre, par sa conclusion, les convertit en un décret; il y mit le dernier sceau de l'autorité par la publication qu'il en fit ; les plus notables de l'assemblée furent commis pour en porter les décrets partout où la parole divine avait déjà retenti, c'est-à-dire en tous lieux; et on sait que ces mêmes décrets furent qualifiés, non de jugements hu-
mains, mais de décisions prononcées au nom du Saint- Espri(. Tel fut le premier concile tenu à Jérusalem; ceux des âges suivants l'ont pris pour leur modèle, et il nous autorise à dire que la monarchie de Pierre et sa qualité de souverain s'y montrent dès l'origine même de l'Eglise. Après la grande question des cérémonies légales, celle du jour exclusivement réservée à la célébration de la Pâque chrétienne ne fit pas moins de bruit, et ne causa pas dans les esprits moins d'agitation et de secousses. La religion, ses dogmes, son culte, ses cérémonies, voilà, durant ces beaux jours, les grandes affaires, les grands intérêts, qu'il fallait remuer pour ébranler fortement les esprits. Faut-il célébrer la Pâque au jour où les Juifs la célébraient, ou au dimanche qui suit le quatorzième de la lune de mars ? Voilà le sujet en litige. On se remue, on se divise, on se partage ; de toutes parts on convoque, on tient ce grand nombre de conciles dont nous parlerons bientôt. Cependant tous les regards se tournent vers Rome; le grand saint Polycarpe, depuis martyr et déjà la lumière de l'Eglise, se transporte dans celte cité déjà révérée comme la mère et la maîtresse de toutes les Eglises ; c'est pour y interroger Pierre, que l'on croit toujours vivant dans la personne de ses successeurs; et il semble à cet évêque, qui a ouï la tradition de la bouche môme des apôtres, que son sens privé ne pourra que l'égarer s'il le suit, sans auparavant l'avoir confronté avec celui de ce grand maître, à qui il a été ordonné de confirmer tous ses frères dans la foi. L'Eglise Romaine, par une coutume reçue de saint Pierre, son pre-
mier évêque, célèbre la Pâque au dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune de mars. La tradition de Rome sert de règle à toutes les Eglises d'Occident. L'Orient en suit une autre, et se conforme à la coutume dont Jean paraît être le premier auteur. Mais, nous venons de le dire, le grand tribunal élevé à Rome est celui auquel tous font appel. Le saint Siège se reconnaissait si bien pour le juge suprême, cl en dernier ressort, de cette grande cause, que, dans le cours de celle fàcbeuse querelle, le Pape Victor menaçait d'excommunier les Orientaux tenaces de leur tradition. Ceux-ci ne croyaient pas devoir s'en départir, tant elle semblait vénérable à leurs yeux ; une série de martyrs, dont le nom était vivant dans la mémoire de tous, s'y étaient conformés, lis disaient encore : « Elle a été pratiquée par deux apôtres : » saint Philippe d'abord, mort à Hiéropolis, laissant après » lui trois fdles vierges, dont nos anciens ont pu recueillir » le témoignage ; car elles sont mortes en odeur de sainteté » et dans un âge très-avancé. Et puis, ajoutaient-ils » en outre, saint Jean, plus grand que lui, s'y est con- » formé ; saint Jean, qui a fondé un si grand nombre » d'Eglises, qui a porté la lame d'or sur celle même poitrine^ » qui a reposé sur le cœur de Noire-Seigneur, et il a fini » par s'endormir martyr et docteur à Ephèse. » Nonobstant un si grand poids de raisons et d'autorités, il ne fallut rien moins que la prière persévérante du grand saint Irénée pour empêcher le chef de l'Eglise de punir par l'excommunication la résistance de ces grandes et illustres Eglises. Combien de faits, dans ces deux premiers siè-
clés, s'offriraient ici à moi si j'essayais d'en parcourir la durée î
A Corinthe, parmi les prêtres qui ont vu \otre-Seigneur, des divisions se forment, elles éclatent avec bruit à l'oreille des fidèles. Le Pape saint Clément, un des premiers successeurs de saint Pierre, à la demande des Corinthiens eux-mêmes, en sa qualité de pasteur universel, chargé de la sollicitude de toutes les Eglises, en prend connaissance ; et, pour les apaiser, il adresse à ces prêtres discordants cette admirable lettre, révérée dans l'antiquité presqu'à l'égal des écrits des apôtres.
Au même siècle, ?\Iarcion, déposé par son évêque, croit devoir à sou honneur de faire annuler cette sentence ; il ne voit devant lui d'autre tribunal, élevé dans l'Eglise au-dessus de celui des évêques, que celui de Rome.
On connaît les chagrins et les amertumes qui ont affligé le long épisi'opat de saint Cyprien, couronné par le martyre. Rien n'égalait la force et la vigueur de son âme pour conserver la pureté de la discipline ; elle était affaiblie et énervée par un abus que son zèle ne pouvait souffrir, jusque dans la personne des martyrs et des confesseurs de la foi, qui en étaient les fauteurs. Us avaient pour chef le martyr Lucien. Pleins d'une fausse confiance en euxmêmes (car, hélas ! le martyre n'est pas une garantie contre les surprises de l'orgueil), ces confesseurs de la foi s'avisaient d'accorder aux tombes pendant la persécution, des billets à valoir pour la dispense de la peine canonique décernée contre le crime d'idolâtrie. Leur titre à
l'exercice d'un si élrange pouvoir, ou le cherchait, et on ne le trouvait nulle part. Saint Cyprien avait beau prêcher contre ce relâchement, dont les suites lui paraissaient désastreuses, ces opiniâtres confesseurs persévéraient dans leurs pratiques; le peuple prenait parti pour eux, et la paix publique n'en soulVrait pas un médiocre dommage. C'est à ce sujet que saint Cyprien écrit à l'Eglise Romaine, pour lui soumettre ce différend, cette belle lettre qu'on peut hre dans les actes des conciles, et qui dépose, avec un égal avantage, en faveur de l'éminence de son zèle et de la suprématie de l'Eglise Romaine sur toutes les Eglises.
Que de querelles fâcheuses, chagrinantes, ont encore suscitées à ce martyr évêque les novateurs de son temps, un Novat , un Novatien , un Félicissime ! A toutes ces attaques, dirigées contre sa personne, contre son autorité, contre la saine doctrine, sa grande défense ne fut jamais autre que celle-ci : L'Eglise Romaine, où se garde le dépôt de la foi catholique, et son autorité tutélaire de celle de toutes les EgUses. Je ne connais pas à l'Eglise Romaine de titre plus incontestable de sa primauté juridictionnelle, que le témoignage de ce grand évêque, souvent invoqué comme patron par nos presbytériens modernes. Les autres témoignages des saints docteurs de ces beaux siècles ne sont pas moins favorables à la monarchie du Pape, que les actes de leur administration. L'autorité de saint Irénée est surtout célèbre en cette matière : les âges suivants ne fournissent pas à l'Eglise de Rome un titre plus précieux de sa primauté. Ce grand docteur, voulant prouver que l'Eglise confond toutes
les hérésies par la tradition, relève par ces termes magnifiques la grande autorité de l'Eglise Romaine : « Dans l'impuissance où nous sommes de déployer aux » yeux des hérétiques la tradition de toutes les Eglises, )) nous nous bornons à marquer la tradition de la plus » grande et de la plus ancienne, connue de tout le monde, » et établie à Rome par les glorieux apôtres Pierre et » Paul. C'est par cette foi, conservée dans cette Eglise )i par la succession de ses évêques, que nous confondons » toutes les sectes, produit malheureux des passions hu- » maines. Car c'est avec cette Eglise que toutes les Egli- » ses doivent s'accorder, confronter leur foi avec la » sienne; c'est là que la tradition des apôtres s'est con- » servée dans sa pureté. » Et la raison qu'il en allègue, c'est la primauté de puissance qui lui a été donnée. Ce formulaire de foi modèle, avec lequel celui de toutes les Eglises doit être confronté en témoignage de son orthodoxie, ce symbole est-il une règle de foi moins immuable que la confession de Pierre ? Je pourrais transcrire encore le bel hommage de saint Jérôme envers la chaire de Pierre ; tout formel qu'il est, il est moins significatif que celui de saint Irénée.
l'autorité des évkques, élément aristocratique de
LA constitution DE l'ÉGLISE, PROUVÉE PAR LES FAITS ET LES TÉMOIGNAGES DES SIÈCLES APOSTOLIQUES.
Deux faits, avoués et reconnus, ou du moins irrécusables pour tous nos adversaires^ dominent ici cette grande controverse relative à la prééminence de juridiction des évêques sur les simples prêtres.
1° Dans les siècles apostoliques, nous trouvons une distinction marquée, tranchée, entre les évêques et les prêtres; 2° une hiérarchie de pouvoirs entre eux, dont le diaconat est le premier degré et Tépiscopat le sommet. On dira peut-être que cette distinction n'a pour objet qu'une prééminence d'honneur, un pouvoir d'ordre supérieur, mais qu'elle n'emporte avec elle ni supériorité de juridiction dans l'évêque, ni devoir d'obéissance dans le prêtre ; mais un œil attentif y reconnaît facilement une supériorité de juridiction réelle : car si je la considère dans le livre du Pasteur^ on sait qu'Hermas, qui passe pour en être l'auteur, était disciple des apôtres, et contemporain du Pape saint Clément. Il reconnaît les trois ordres que nous venons de nommer : des ministres, c'est-à-dire des diacres, et puis des pasteurs et des évêques. Il les appelle les pierres angulaires de l'édifice, el il
en distingue ainsi les fonctions : les évêques gouvernent, gessenint episcopatum (i) ; les diacres servent dans le ministère, minislraverunl (2), et les prêtres enseignent, docuerunt (3). Ces dernières paroles font allusion à la fonction d'instruire les catéchumènes, de les préparer au baptême, de prêcher la divine parole, dont les évêques chargeaient particulièrement les prêtres.
Saint Clément, dans la lettre qu'il écrivit aux fidèles de Corinthe, et dont nous avons déjà parlé, énonçant en termes plus précis la distinction dont nous venons de parler, la caractérise par les termes qui suivent, où il est facile de reconnaîlre de vrais rapports d'autorité et de dépendance entre ces deux ordres : Autrefois, soumis à vos évêques et rendant aux prêtres l'honneur qui leur était dû, vous appreniez aux jeunes gens à mener une vie honnête et sage; suhdiii j)t\vposùis vestn'Sj, et honorem debitum semoribiis veslris tribuenteSj juvenibus ut moderata et honesta cogitarent^ mandabatis (4). Et ailleurs : Respectons nos évêques, prœposilos noslros revereamurj et honorons nos prêtres, seniores nostros honoremus (5). Saint Ignace d'Antioche, dans sa lettre adressée à saint Polycarpe, s'exprime ainsi ; Que rien ne se fasse dans l'Eglise sans votre volonté, comme aussi vous ne faites rien sans la volonté de Dieu; uihil sine tua volunlate fial^nequc iu quidquam sine volinUale Dei qgas (C).
Archélaus, évêque asiatique du ni*' siècle, dans la
ii)Past. lib. vis. 3 11. à. — (2)Id. — (3) Id. — (4)N. 1.—
relation qu'il a écrite de sa dispute avec Manès , reconnaît tant de supériorité dans l'évêque sur le prêtre, qu'il le fait parler ainsi : Laissez-moi disputer avec Tryphon; pour vous, qui êtes évoque, vous avez une dignité supérieure. Sine me cum Tryphone contendere; tu enim me, mm sis episcopus, dignitale superas (1). Cette plaisanterie manquerait de sel, de sens et de raison, si le prêtre était, en autorité et en juridiction, l'égal de l'évêque. Saint Cyprien^ dans le même siècle, dit, dans sa cinquantième lettre , que les ordres de l'Eglise sont des degrés à l'épiscopat, qu'il appelle faîte du sacerdoce (fasligium sacerdolïi), et dans sa seizième lettre il enseigne que les prêtres sont soumis aux évêques en vertu de la loi évangélique. (( Comment ne pas reconnaître une grave offense » envers Dieu, en voyant des prêtres, au mépris des de- » voirs de leur place et du jugement de Dieu, ne faire » aucun cas de l'évêque leur supérieur, l'insulter, l'ou- » trager, désordre inconnu à nos prédécesseurs? Tant » que ce mépris n'est tombé que sur mou épiscopat, j'ai n pu dissimuler, mais la dissimulation ne m'est plus per- » mise à présent que l'insulte retombe sur tous mes » frères dans l'épiscopat. Et dans la dix-septième lettre, il en appelle de ce désordre à l'Evangile lui-même. Je ne dois pas omettre le titre de successeurs des apôtres, réservé exclusivement aux évêques^ les soixante-douze disciples auxquels les prêtres oùt succédé n'étaient pas les égaux des apôtres.
L'enseignement et la pratique de ces beaux siècles
(1) Apud S. Epiph. Hser. 66. n. und.
nous démontrent les prérogatives suivantes comme des attributions de l'épiscopat, incommunicables aux prêtres et au second ordre du sacerdoce : 1" d'être la source de toute juridiction dans le diocèse, et de tous les pouvoirs juridictionnels qu'exercent les prêtres. La chose était visible et palpable dans le premier âge, et surtout dans les premières années de l'Eglise ; alors on pouvait la voir de l'œil, la toucher de la main; il n'y avait dans chaque église, si je puis parler ainsi, qu'un temple, une chaire et un autel ; les prêtres formaient le sénat et le conseil de l'évêque ; ils obéissaient à ses ordres comme les soldats à ceux du centurion dont parle l'Evangile. Il disait à l'un : Allez là, prêchez la divine parole dans cette station; administrez dans cette autre le baptême et le divin sacrifice (1). 2° Qu'on nous montre dans toute l'antiquité l'exemple d'un évéque jugé, condamné, déposé par un simple prêtre ; et nous nous ferons fort de démontrer cet ordre légal, constant et perpétuel, selon lequel l'évêque a toujours été le tribunal de première instance où le prêtre a été jugé, et dont il n'y a jamais eu appel qu'à un tribunal supérieur présidé par d'autres évêques. A quoi bon entasser ici les faits en matière si claire?
Nous apprenons de TertuUien la peine de déposition prononcée par l'apôtre saint Jean contre le prêtre faussaire et prévaricateur des faux actes de sainte Thccle (2).
(1) Voyez de l'Autorité des deux puissances, toin. 2, seconde édition, pag. 14^5 et 146.
(2) Tertul, de Bapt. c. 17.
IMarcion fut déposé par son père, qui était évêque ; Arius le fut par Alexandre , évoque d'Alexandrie : ce sont là des faits de notoriété j)iiblique. Que ce fût là le droit commun, les constitutions apostoliques l'énoncent clairement par ces paroles : A l'évêque seul le droit de déposer les clercs j seul il ne peut déposer un évêque; episcopus deponil omnem clericum dignum qui deponattir;... soins deponere episcopum non polest (1).
Combien de milliers de prêtres déposés dans tout le cours de la durée de l'Eglise ! qu'on en nomme un seul dont la déposition ait été prononcée par un simple prêtre, par le seul pouvoir de son ordre. Si l'on disait qu'à tous les jugements les prêtres assistaient comme des conseillers nécessaires avec voix délibcrative, ce serait l'erreur presbytérienne que nous réfuterons dans l'Appendice de cet ouvrage.
3'' Le droit de prononcer sur la doctrine en qualité de juges. Les prêtres, dit le Pontifical Romain, reçoivent, par leur ordination , le pouvoir de remettre les péchés, d'offrir le saint sacrifice, de bénir, de présider au service divin, de prêcher, de baptiser; et les évêques celui de juger, d'interpréter, de consacrer, episcopum oportel judicare, etc. Je renvoie le lecteur qui désire les preuves de ce fait au livre de VÂulorilé des deux puissances, déjà cité : il y en trouvera d'assez nombreuses pour être satisfait, aussi enclin qu'il puisse être au presbytérianisme (2). Point de partage, conclut-il, parmi les doc-
(l)Const. Apost.,1. 8,cap. 28.
(2) Tom. 2, pag. 149, 150, 151, 152.
leurs catholiques sur cette doctrine; je la retrouve dans le clergé de France, dans Bossuet, dans Fleury, dans Tilleraont, dans Gerson, dans tous les auteurs les moins soupçonnés de prévention en faveur de l'épiscopat.
4° Le droit de l'évéque, de lier les consciences par des canons de discipline, qui obligent dans tout le diocèse, n'est pas moins fondé sur l'antiquité. J'en accumulerais ici les preuves ; mais elles seraient, aux yeux de plusieurs de mes lecteurs, l'étalage d'une érudition banale, et j'aurais flonné moins d'étendue à cette matière, si je ne voyais de bons esprits alarmés par quelques symptômes de presbytérianisme qui se manifestent en plusieurs lieux; il ne manquerait que ce dernier malheur pour accabler l'Eglise, et mettre le comble à sa désolation. Est-ce bien à ces prêtres le moment de se désunir, que celui où, par une sorte de signal de détresse, elle les invite à serrer leurs rangs, à marcher unis comme un seul homme, sous la conduite de leurs chefs, pour combattre des ennemis qui en veulent à son existance elle-même, à ses temples, à ses autels, pi'o ans et focis ? Je dirai à ces prêtres : Je n'entamerai pas ici une polémique avec vous, la matière est épuisée; vos erreurs et vos sophismes ne sont qu'une triste répétition des dires de Fébronius^ du concile de Pisloie et de ses ayants cause, et des canonistes gagés par les Pombal et les Tanucci, pour défendre cette mauvaise cause. Je vous renvoie aux excellents écrits publiés sur celle matière, depuis environ soixante ans, en Italie, en France et en Allemagne (î). (1) Depuis que cet ouvra^jc est éi rit, et pendant son impres-
Je viens d'appeler rallenlion du lecteur sur la conslilulion de TEglise. A mesure que nous approfondirons davantage toute la beauté de cette œuvre divine, nous y trouverons de nouveaux motifs de vénération, de respect, envers l'épiscopat; et nous verrons, avec clarté, que c'est dans cette institution divine que gît le nerf, la force, la vigueur du gouvernement de l'Eglise; que c'est surtout par elle que se maintient l'ordre, la paix, la tranquillité dans la société chrétienne. L'Eglise est une monarchie, mais une monarchie qui embrasse, dans son étéhdue, la terre tout entière, et qui n'a d'autres bornes que celle de l'univers. IMesurez de l'œil tout l'espace du globe, vous n'y verrez pas dans ses mers une île, dans ses déserts une région si inconnue, dans sa population une nation si barbare, qui n'appartiennent à ce royaume de Dieu. Non, il n'y a pas sur la terre un homme sauvage, une àme vivante qui ne soit une brebis du bercail de Pierre; et si elle n'en est pas, il a ordre de la chercher pour l'y faire entrer. Or, je le demande à tout homme raisonnable, quel moyen peut avoir le monarque d'un si vaste empire, du centre où il est placé, pour embrasser, dans sa surveillance, un si immense ter-
sion, l'ouviage des frères AUignol est tombé entre mes mains; j'ai senti le besoin de réfuter tant d'assertions si erronées, où respire le pm- presbytérianisme. Je l'ai fait dans un appendice ou supplément nécessaire de cet écrit. C'est ici le lieu d'exphquer au lecteur le grand dommage que souftie l'EgUse de la moindi-e brèche faite par le presbytérianisme à l'autorité légitime des évèques.
ritoire?Peut-ou dire de son œil, comme du soleil ; Il n'y a pas de coin si reculé dans l'univers qui puisse se dérober à sa lumière? C'est ici qu'on ne peut assez admirer la profonde sagesse du fondateur de l'Eglise et de Tauteur de sa constitution divine, d'avoir placé à l'extrémité de tous les rayons de ce cercle, qui a pour circonférence le monde tout entier, des princes^ des souverains qui le représentent, qui veillent, surveillent, agissent et gouvernent en son nom, d'avoir préposé à toutes ces principautés, connues sous le nom de diocèses, un chef, un prince investi de tous les droits de la souveraineté; de telle sorte qu'au premier signal du chef de l'Eglise, tout marche en concours, et le mouvement se communique jusqu'aux extrémités de l'univers.
Le Pape prononce des jugements sur la foi en dernier ressort, mais Tévêque juge la cause en première instance; c'est sur les lieux, sous sa direction et son autorité qu'elle est discutée, examinée, jugée et souvent élouiTée dès son commencement. Si elle fait des progrès, là cause est portée au tribunal supérieur du métropohtain, assisté des évèques de la province; si ses partisans croissent en nombre et s'obstinent dans leur contumace, elle arrive au tribunal suprême de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les Eglises. Voilà Tordre des jugemculs ecclésiastiques; le vœu de l'Eglise est qu'on le suive, et si les circonstances s'y opposent, elle regarde cet'e rencontre comme fâcheuse. Le Pape prononce des jugements en matière de discipline; mais les anciens ont dit, et nous le répétons
avec eux : c'est dans les affaires majeures et par appel ; et si tous les chrétiens ou les prêtres sont autorisés par l'usage à décliner le jugement du juge ordinaire des lieux, si instruit et si éclairé sur la cause, pour l'évoquer à un tribunal qui en est séparé par des montagnes, des mers, et souvent par un continent tout entier, quel sujet de joie pour la fraude et le mensonge ! Tout est dit sur ce point, saint Bernard a épuisé la matière ; et il n'est pas suspect de partialité et de prévention contre le saint Siège. Il faut fermer les yeux pour ne pas voir que le Pape et son administration sont impuissants pour surveiller les paroisses et leurs paroissiens , les diocèses et leurs pasteurs du second ordre. Il est donc visible que c'est sur cette classe de pasteurs du premier ordre, appelés les ordinaires,([ue reposent l'ordre dans l'Eglise, et la beauté et la sainteté de sa discipline ; il est visible encore que c'est saper la religion par le fondement, que de chercher à amoindrir, à déprécier, à ruiner l'autorité des évêques; et si le zèle pour le maintien de leurs droits légitimes est appelé un délit, je m'en reconnais coupable, et je confesse que je manque de volonté pour m'en corriger.
11 fut un temps où les hommes d'un certain parti, dont nous ne voulons plus nous souvenir qu'autant qu'il donnera de nouveaux signes de vie, aimaient à couvrir leur insubordination, je dirai presque leur révolte contre les évêques, par les démonstrations d'un respect affecté et même exagéré envers l'Eglise de Rome. Aveugles, de ne pas voir que le saint Siège leur savait très-mauvais gré de ce zèle, qu'il le tenait môme
à injure; et dans le vrai, quand le Pape est humilié, captif, ou chargé de chaînes, tous les évêques disent avec saint Avite, pontife illustre de noire France : Pleurons et gémissons; tous les membres ne sont -ils pas blessés par le même coup qui a frappé le chef? Et réciproquement, quand les évéques souffrent l'exil «u la captivité, celle parole de saint Paul n'est-elle pas à la bouche des Pie VI, des Grégoire XA I : (^ui de vous souffre, que mon cœur ne soit dans la souffrance ?