‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 7 sur 52 · SEPTIEME AVANTAGE DE L\ SCIIOLASTIQUE · texte numérisé non relu

SEPTIEME AVANTAGE DE L\ SCIIOLASTIQUE

TMiis (l'exaclitude et de précision dans l'enoiice' de la doctrine.

Le premier devoir, ce me semble , de Forateur comme de récrivain , c^estde parler avec justesse et exactitude sur la science qu^il traite , de ne rien dire ni écrire qui puisse en choquer les maximes ou la doctrine; et c^est néanmoins en théologie , Tinconvénient inévitable à tous ces contempteurs de la scholastique. Malheur à eux, si leurs productions tombent sous la censure d^m théologien exact et instruit : que de méprises à corriger! que de pages à supprimer! Mais c^est dans la prédication évangélique surtout, que cette ignorance mène à des suites plus fâcheuses. Combien de prédicateurs , avec de In vogue, et même une réputation distinguée, avancent en chaire des propositions fausses, inexactes, où le dogme se confond avec fopinion ; des propositions mal sonnantes, favorables à rhérésie , scandaleuses , sinon pour les oreilles pieuses, au moins pour celles qui sont théologi({ues! Avec une connoissance plus nette, plus précise de la théologie , et des traités qui en expli{juep.t ies dogmes et les mystères, ils auroienl évilé ce défaut..

^Q DISSIZRTATION

On iTci pas éludiéla tlié(jlo{]ie inorale, on n'en a que celte connoissance que donne le simple bon sens ; et ])ar suite de cette ijjnorance , on tombe dans un défaut non moins grave que le précédent, qui est dVxagérer la morale. Exagérer la morale, c''est un tort souvent reproché aux prédicateurs, et malheureusement avec quelque justice. Et où vont ces exagérations de la morale? à créer dans les âmes le vice de la fausse conscieuce , cause malheureuse et inépuisable de fautes et d*'erreurs. Un prédicateur qui a du feu, de l'imagination , de Téloquence, s'il a des connoissances précises et exactes de la morale , peut se livrer sans danger à son beau talent. Et pourquoi? c'est qu'au fort de ses sorties contre le vice, il verra les bornes posées par la vérité, et il s"*}' arrêtera ; mais s'il est vide et dépourvu de science, emporté parla fougue de son imagination, il dépassera ces bornes du vrai: écueil malheureux , et néanmoins si commun , que le plus éloquent de nos orateurs chrétiens , sous le rapport du style et de Télocution , n^i pas su, diton , Féviter. Des juges éclairés ont cru voir dans les plus beaux discours de Massillon , je ne sais quelle tendance à Fexagération , k envisager ses sujets du côté terrible, à ne jamais laisser apercevoir dans les vérités de l'Evangile ces sages tempéramensqueîa loi de Dieu y a mêlés, et qui

SUR LA TIlÉOLOGIli SCHOLASTIQUE. 4?

font dire au disciple bien-aiiné, que les commandeniens de Dieu ne sont pas impossibles (i). Ces critiques allèguent en preuve de cette accusalion le fameux discours de ce grand orateur sur le petit nombre des élus. Aux termes d'une théologie exacte , ce nombre est grand , et trèsgrand en lui-même, quoique petit et très-petit comparé à celui des réprouvés ; et je me figure que dans cet immense auditoire, que la haute réputation de ce grand orateur attiroit à ses discours, du haut de sa chaire, il pouvoit apercevoir à ses pieds plusieurs centaines d'âmes pieuses , timorées. Ces âmes portoient le mystère de la foi dans une conscience assez pure, assez innocente, pour participer toutes les semaines ou tous les quinze jours au mystère deTautel, et pour réciter tous les jours avec une ferme confiance cet acte de notre religion : a Mon Dieu , » j'espère de votre bonté infinie, votre grâce en ce )) monde , et votre paradis dans l'autre. » Dire à toutes ces âmes, avec le poids et l'autorité d'un ambassadeur de Jésus-Christ, que leur espérance est vaine , si elles comptent , en persévérant dans la voie où elles marchent , arriver au salut , et que si un ange descendoit en ce moment du ciel pour faire le discernement des élus et des réprou-

(i) Mandata r/iis ^rwin non .unit. T. Jonii. v. 3.

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vés , pas une crelles, dans l'état où elle est, ne seroit reçue du côté où sont les prédestinés ; une si terrible morale étoit, ce me semble, capable de renverser le sens de quehju'une de ces âmes luibles et inlirmes dans la loi. Je ne crains pas (!<' le dire, Massillon , avec ])liis de connoissance de la bonne tbéologie , sur la matière^ à la place de celte figure fausse et exagérée, en auroit employé une autre propre àjeter dans ces âmes cette crainte salutaire, qui n'est pas le désespoir, puisqu'*elle est, au jugement du Saint-Esprit lui-même, le commencement de la sagesse. Bourdaloue , cet autre maitre de lacbaire française , n^i pas heurté contre le même écueil. Ses compositions sont plus multipliées que celles de IMassillon -, comme lui il entre dans de nombreux détails sur les devoirs delà morale; il est souvent très-véhément dans ses sorties contre le vice; et néanmoins on ne trouve pas dans ses écrits la moindre proposition dont la science la plus exacte de la morale puisse se plaindre. Lisez son sermon sur la Natwilé : un orateur élevé à Técole de M. de L. IM. avec son mépris pour la théologie scholastique et son penchant à Texagération, auroit renforcé toutes les déclamations de la philosophie révolutionnaire contre les riches, par les analhêmes lancés dans TÉvan- «ile contre les richesses, et rétréci la voie du

Sl'U I.k THliOLOGIK SCHOLASTIQUi:. 4*)

L-iel jusqiies à en fermer Tentrée aux favoris de Ja fortime. Bourdaloue amené sur ce terrain par la nature de son sujet, après avoir canonisé la j)auvreté, consolé les pauvres, et leur avoir appris à chérir leur condition , relève le courage des riches, leur montre les égards marqués que Dieu à eus pour les grandeurs et les richesses, dans le mystère de sa naissance , où les riches sont reçus, aussi bien que les pauvres, à venir présenter leurs offrandes à un Dieu pau\re; mais pauvre volontaire , issu d\ine extraction royale , et qui, loin de réprouver les riches, a en quelque sorte besoin d''eux , et des dons de leur opulence, pour accomplir les desseins de sa sagesse et de sa miséricorde envers les hommes.

IIUITIËME AVAISTAGE DE LA SGIIOLASTIQUE.

Elle est une pir'paratioii utile, nécessaire nièine, à l'étude des Pères et des Docteurs de l'Ejjlise.

Nos réformateurs aiment à dire à la jeunesse : Pourquoi vous morfondre dans la lecture des scholastiques, vous traîner dans les vieilles ornières de Técole? étudiez la science dans les sources, c"*est-à-dire , dans les Pères et les conciles de FEglise. Et voilà un jeune théologien, qui avec un esprit vide dMnstruction , prend en main lai in-f<)ii(>, sur lequel il pâlit sans rien coinorcudre; ou bien il se noie dans une confnsion

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(!<> clioses (|iii lie préseiilt'iil à son esprit aucune i(l<'M- bien déterminée; tout cela, ponr ne pas suivre ce conseil, cpie le savant Pape Benoît XIV^ <î()une à la jeunesse : Eussie/,-\ ous la xocalion (lu (aient pour lire les Pères, coniinencez. j)ar lire les scholastiques. Cet avis est motivé sur de noml)reuses et graves raisons. La première, c'est que, pour faire des progrès dans une science , il faut commencer par en étudier les élémens el les premiers principes. Faute de cette provision d'idées élémentaires, on ressemble, dans Tétude des sciences, à un négociant cjui entre dans le commerce sans fonds et sans capitaux. Ces principes, ces axiomes, reçus de confiance sur la loi pidjlique , sont comme les premiers fonds que Ton met en œuvre dans le négoce de l'étude. Une foule d''idées accessoires entrent dans Tamc à la suite de ces idées premières; au contraire, la science est dans Pâme de celui qui nianque de ces premiers élémens, comme une chaîne brisée, ()ui laisse je ne sais quoi de vide dans Tespril , par son défaut de continuité. De plus , et c'est la seconde raison (jui parle en faveur de la scholastique ; la science des Pères est obscure et compliquée par elle-même, à cause des digressions qu'on rencontre dans leurs écrits; digressions (jui ont (Ml leur utilité dans le temps, mais (jue nous ne pou\ons apprécier, à cause de

SUH LA 'i!îHOLO(Ui; HCHOLASTlQUli:. 5l

rijjnorance où nous sommes tiVine foule de c'irconsUuices temporaires, loenles el historiques qui 8""^ rapportent. Or, la théologie scholastique est \in abrégé où Ton trouve le fond et la substance de tout ce qui est contenu dans les ouvrages des Pères; on y lit un exposé sommaire des hérésies qu^ils ont combattues, des causes qui les ont fait naître, des preuves que ces saints docteurs leur ont opposées. S"'engager dans letude des Pères sans ce secours préalable, c^est entrer, sans avoir consulté la carte, dans une région inconnue , pleine de pas diliiciles et de déhlés dangereux. L'expérience Ta prouvé; il manque toujours quelque chose à ces hommes qui parlent sur la théologie sans en avoir suivi les écoles. Fleury, dont le profond savoir et Férudition exquise sont à bon droit révérés dans l'Kglise, a commis dans ses écrits diverses erreurs, qu^on ne peut mienx excuser que par son éducation plus parlementaire qu'ecclésiastique, par son absence totale des exercices de nos écoles , laquelle avoit eu pour cause son entrée tardive dans le sacerdoce. 11 y en a qui ont porté sur lui un jugement plus sévère, en disant (jue si sa piété et son vaste savoir Tout |)réservé de Thérésie, son esprit un peu frondeur et tr(jj) enclin à la censure ne Tapas toujours sauvé de l'erreur. Pounjuoi cette hardiesse à fouler sous les nieds loules les idée s i'(cu<\s, à

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renverser loutes les bornes posées par nos pères, justement reprochée à M. de L. INI. et autres écrivains que je ne nommé pas ? c^est que ces esprits ibu^ueux et indociles n'étoient ])as en (juel(pie sorte nés dans l'Eglise, et n'avoient pas |)uisé dans leur éducation certains principes qui s^identifient avec la nature, et qui sont pour l'esprit comme des barrières qu'il n^ose franchir dans ses plus grands écarts.

LV.xpérience, cette grande maîtresse de la vie, vient ici ji notre secours, et je puis l'appeler en témoignage. La méthode scholastique a exercé une heureuse influence sur tous les ouvrages d'esprit qui ont illustré ces derniers àjj^es. Dans le parallèle souvent établi entre les anciens et les modernes, les plus grands admirateurs de Tantiquité ont été forcés d'avouer, (pie les modernes a voient une supériorité mar- (piée sur les anciens, du côté de Tordre, de la clarté, de la méthode. On connoît la fameuse dispute émue sur ce point dans le beau siècle de Louis-le-Grand. Le célèbre Boileau, qui tenoit la plume au nom de tous les défenseurs des anciens , ne croyoit pas pouvoir défendre la prééminence du siècle de Louis XIV sur celui d'Auguste , sans faire cette concession ; que si ce l)eau siècle ne pouvoit se glorifier d'à voii' produit des orateurs et des poètes comparables à Cicéron

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