‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 8 sur 52 · SUR LA THÉOLOGIE SCHOLASTIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA THÉOLOGIE SCHOLASTIQUE

i'A à Virgile, l'antiquité «"'avoil rien à offrir en compensation des chefs-trœuvre de raisonnement et de dialectique , dont les écrits des Arnauld, des Nicole et de Técole de Port-Royal étoient de si beaux modèles. Or, ce bel ordre , cette admirable clarté, par où nos temps modernes se glorifient d'une supériorité marquée sur les (emps anciens, prennent leur origine dans cette éducation plus philosophique donnée à tous les esprits dans nos écoles. Je me rappelle ici que le cardinal Maury, au plus fort de ses succès de tribune dans la trop fameuse assemblée de 1790, au milieu d^uie allocution , disoit alors aux élèves du séminaire de Saint -JMagloire : Appliquez-vous de toutes vos forces à i\tude de la théologie-, cV^st dans Fexercice de Targumenlation que vous acquerrez cette méthode serrée, cette logique vigoureuse qui fait le nerf de 1 eloquence.

DKS REPlïOr.llES Ql 'on lAIT A ].A !M ÉTHODE SCIIOLASTIO t K.

Ces reproches, je les trouve réunis dans le passage qu"'on va lire, et que j\q)j)ellerai volontiers un violent uuuiifeste contre la méthode des écoles ecclésiastiques ; rien n\y est onns, sans en excepter le sarcasme et Finjiu'e.

« Ce n'est point le lien d'cNiJoser en drl;til

54 niSSEIiTATION

» rcnsci-gneinciiL scliolaslique de nos jours; il )' sufïit de reconiîoitre son point de départ, pour » s"'expliquer son état de lan^jueur, son impuis- » sance. Cest un rationalisme mesquin , l)ien » plus étroit que celui de Fécole Ecossaise, )) puisqu'il renferme TlionHue non pas dans la » sphère de sa conscience, où il y a encore beau- » coup à voir , mais dans le cercle resserré de sa » raison , dans la fornude du syllogisme. La » pensée, dit-on, voilà Fattribut distinct de » rhomme, sa grande prérogative; etc^estpour- .< (|uoi ou le dclinit un animal raisonnable, et » son ame une substance pensante. Or, Fopé- » ration la plus éminente de la pensée , c'*est le > raisonnement ; et la forme nécessaire du rai- » sonnement , c''est le syllogisme. LV^sstîutiel esl (.( donc de bien connoitre l'artilice du raisonne- » ment, la construction et la déconq)osition du » syllogisme: donc le syllogisme est la meilleure » méthode pour acquérir la science de Dieu , » de rhomme et tle la nature ; comjne r.ussi la » vraie manière de counnuiiiquer la science ou » de convaincre, cV^st la dialectique, l'argu- » mentation. Toute vérité se trouve au bout n d'un bon syllogisme , (excepté sans doute celle » qui en fait la majeure.) 11 suit de là , que fen- » seignement philosophitpie de cette école se ré- » duit à la logique , et encore à la parti*' la plus

SUJi L\ TIlIiUliOGIE «CllOLASTlQUK. 55

» teclinique de la logique; les problèmes les plus » importaus sout résolus à coups de syllopis- »> ines(i), elles majeures des argiimens dans les- » quels sout contenues les conclusions qii^on veut » obtenir, sont reçues de conliance, soit connue » évidentes par elles-mêmes , soit comme appar- )> tenant au sens commun, soit comme vérités » traditionnelles; car ici tout est mêlé et con- 11 londu. On suppose le plus souvent ce qui est » en question ; car la raison ne pouvant se faire ') des principes à elle-même, est bien obligée » d'en supposer ou d^en admettre qu^elle ne fait » pas. Voilà ce que Ton appelle de la pliiloso- » phie, dans la scbolastiqiie moderne; là, le plus » grand philosophe est celui qui dispute le plus » intrépidement à tort ou à raison ; ou plutôt » c*'est celui qui débite le mieux les argumens » tout faits que lui fournit son livre, ou que son » maître lui dicte. Il ne s\agit point , dans ces » écoles, de traiter à fond les questions ; il s^igit )) de raisonner pour ou contre ; c'est pourquoi

(i) Je liens ([iic la lonnc du s^Iiojjisnie est une tics plic^ belles iiivenfioiis de res])rit luiiuain, et mè'nie une des plus t cuisidérables. (?est une espèce tle nialhéinaiique universelle, (loiil l'iniporSance n'esl pas assez connue; et l'on penl dire riu'uue sorte d inlaillibilité y est contenue , ponnn qu'on sache bien s'en servir. (Leibniz, Noitvrdtix F.ssai.i suvl' l'.nlcnflcini'iil /iinnai/i , p.ijj. ,iji(>.) Oue le leeleur équilalde |iionnnce entre ces deux aulDiilés . l-eilmiz et M. [{,iii(.iiii .

5() DISSEUTATION

» on sVMilomc (]\iii grand attirail de dialectique )) qui cache le vide , et on suj)[)lée par rani)a- )) reil des formes , au manque d"'idées, de science )) et de vérité. Aussi, quoi de plus aride, quoi )) de plus stérile, quoi de plus fastidieux que cet » enseignement , au dire même de ceux qui » sont obligés de le suivre (i)? » ^ ,.

Avant de répondre pied à pied à cette suite d'accusations, où le lecteur aperçoit dt-jîj plus d^issertions gratuites, injurieuses ou hasardées, que de raisons même apparentes, je dois faire précéder ma réplique d'une observation assez péremptoire pour me dispenser à elle seule de toute autre.

Cette méthode d'enseignement, sur laquelle cet écrivain verse à pleines mains le mépris et le ridicule, a lormé au raisonnement les Malebranche , les Arnauld, les Nicole, les Bourdaloue , et tous ces grands hommes que le célèbre Dagues- *eau indique à son iWs comme les modèles tie la bonne logique. Bossuet, malgré sa modestie, sembloit croire que -personne , dans les siècles précédens, ne Favoit égalé pour ce qui est d(; la force du raisonnement et de Thabileté à manier les armes de la controverse. Cet Hercule de la théologie avoit consacré dix ans de sa carrière à s'exercer aux disputes théologiques selon la

(i) De l'Ensei^ncniciit tic /aP/u'losoj/hic, pai ra!)l)é i^atitaiii,

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