SUR LA THEOLOGIE SCIIOLASTIQUE
méthode scbolastique; car il ne falloit rien moins que demeurer dix ans entiers sur les bancs de Técole pour arriver an doctorat. Le clergé de France a été illustré par une suite de docteurs, de théologiens, d'orateurs , de philosophes , que la postérité a inscrits dans le catalogue des grands hommes; qui sait si tous les autres États réunis ensemble, fourniroient une liste semblable ? Tous ces hommes avoient pris leurs grades, c'est-àdire, fourni pendant cinq ans un cours d'études sans cesse animé parla guerre de Fargumentation ; ils avoient soutenu des thèses, et fait des preuves de science, à la suite desquelles on n'accordoi( la palme qu'à la supériorité de la dialectique. Le beau siècle de Louis XIV se présente aux regards de la postérité, avec cette suite imposante de grands personnages qui en sont l'ornement et la gloire. Tous ces hommes, sur les années de leur éducation , en avoient consacré deux à un cours de philosophie, bien plus scbolastique et plus asservi aux lois de la dialectique d'xiristote , que celui de nos écoles. N'est-ce pas l'honneur et en quelque sorte le triomphe de cette méthode , d'avoir subi avec tant d'avantage l'é- [)reuve de l'expérience ? Tant qu'on l'a suivie, les ouvrages d'esprit ont été marqués au coin du bon sens et de la bonne logique; dej)uis qu'on s'en écarte , la déraison et le non-sens
sonl, pour ainsi dire, à Tordre du jour. L(3 siècle de Lonis-le-Grand ne s^estpas appelé avec faste, le siècle de la raison et des lumières; mais Téquitable postérité lui a donné ce nom , que IVige suivant s^est arrogé avec plus d^orgueil que de justice; et jamais la phdosophie scliolastique n^a été plus en honneur, que dans cette belle période de temps, où Téloquence et la bonne logique ont prêté tant de force à la vérité. Les réformateurs que je combats vantent beaucoup Texpérience, se glorifient de toujours marcher i\ la lumière de Texpérience; hé bien ! prenons fexpérience pour juge. L^ordre moral a ses expériences comme Tordre maléri(il; tous ces grands hommes formés au raisonnement par la scliolastique, ne sont-cepas là autant de vivantes expériences de la bonté de cette méthode (i)? Si j'en crois à une chronique assez véridique , Texpérience n'a pas été favorable au nouveau système de Técole que je combats; elle a envoyé ses plus habiles professeurs faire Fessai de son enseignement dans un diocèse que je ne nomme
(i) ]M. 13ai\t;iin se débarrasse tle cette observation fjiii semble décisive, ])ar celle réponse commode et expéditive : Tous CCS hommes sont dc^'ciius grands , mafi^ré l(i schn/asticinc. 3Iauvaise i)!aisanl(Mie , i|ui retombe sur ces bommes cébV ])ros , unanimes à réjuindi-e. qu'ils sonl de\eiuis ijiaiul.s par le secours de la scbolasli(pio.
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])as. Les bons élèves ne lui ont pas manqué , dans cette contrée des bons esprits. Les plaintes unanimes des étndians , la nullité de leurs progrès ont ouvert les yeux à l'autorité, et elle a prié les nouveaux docteurs de se retirer, avec tous les égards de civilité dus à leur réputation de savoir et de mérite.
Mais reprenons pied à pied toutes les diverses parties de cet étrange discours.
)) Ce n''est pas le lieu d''exposer en détail Ten- » seignement scholastique de nos jours; il sulïit > de reconnoître son point de départ, pour s'ex- » pliquer son état de langueur, son inq)uissance. » CVstun rationalisme mesquin, l)ien plus étroit » ([ue celui de Fécole Ecossaise, puisqu'il ren- )) ferme Thomme non pas dans la splière de sa » conscience, où il y a encore beaucoup à voir, » mais dans le cercle resserré de sa raison, dans )' la formule du syllogisme. »
Qu^est-ce que tout cela veut dire ? la sphère de la conscience, large, étendue , et où il y a beaucoup à voir pour la philosophie Ecossaise; la raison, ce champ dans lequel s'étend la [)hil()sophie scholastique, et qu'elle parcourt tout entier , cercle petit , mesquin , étroit. Mais qu^n dt»nc? les phénomènes de la conscience ne sontils [>as soinnis à l'examen de la raison? n^est-cc pas elle qui les vérifie, les lie, les enchaîne , en
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compose les théories? et le cercle tout enlier (le la conscience, n''est-il j)as enclos dans celui (le la raison ? Cet auteur a-t-il donc niesur(î de r(t>il toute la sphère de la raison ? Dans son immense circonférence qu"*il estime si étroite, elle embrasse toutes les choses visibles et invisibles; les esprits, les corps, le temps, Tespace^ Tinfini, Péternité ; la terre et toutes les merveilles qu**elle étale à sa surface; le ciel et toutes ces sphères immenses qui roulent dans le vide de ses espaces , et dont la {grandeur épuise les calculs des plus vastes génies. Le corps humain, que notre auteur a, dit-on, étudié, est à lui seul un abrégé du monde , qu'on ne peut voir sans entrer en extase et chanter des hymnes à la louange du Créateur. Le botaniste, le géologue, Tastronome se perdent dans un monde de merv eilles , oii Toeil , soutenu par les instrumens de Part, en découvre toujours de nouvelles. Le physicien élargit beaucoup cette sphère si étroite, lorsqu''il va saisir la foudre jusqu^iu sein de la nue, Famène à ses pieds pour la décomposer jusque dans ses premiers élémens. El si delà ph)si(]uenous entrons dans la métaphysique , quelle sphère immense s^'ouvre devant nous! Tabsolu , le relatif, le contingent, le nécessaire, le possil)le, l'imposble , le fini , l'infini.
Mais voici une bien plus gra\c ac(Hisalion :
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Jascholastiqiie, après avoir enfermé Tesprit dans ce cercle niescjuin, étroit, de la raison, le resserre dans une prison exiguë, étroite, qu'on ne soupçonneroit pas dans la formide du syllogisme; et Fauteur continue: « La pensée, dit-on, » voilà Tattribut distinctif deriiomme, sa grande » prérogative.... Or, l'opération la plus éminente )> de la pensée, c'est le raisonnement; et la forme *) nécessaire du raisonnement c'est le syllogisme; » l'essentiel est donc de bien connoître l'artifice » du raisonnement , la construction et la décom- » position du syllogisme. Donc, la syllogistique » est la meilleure méthode pour acquérir la » science de Dieu, de l'homme et delà nature. )> Je commence par dire à l'auteur, que toutes les propositions qu'il vient de nous imputer par cette tirade si étrange, sont niaises, absurdes, impertinentes. Je le somme et l'interpelle de nous apprendre le nom du philosophe, du scholastique qui a jamais dit ces choses, ou autres d'où on puisse les induire par les conclusions les plus éloignées; et puisqu'il est équitable, il doit sentir l'obligation où il est de fournir des preuves , après avoir accusé en matière si grave. Et pour mieux lui faire sentir son tort , mettonslui devant les yeux la portée du discours qu'il nous attribue. La forme nécessaire du vaisonnemenl c^est le s)llogisme; le nioyet} luiique d'arrii'er a
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/(i vérité, (le la cunununiquer, c'est d'açoir bien saisi la construction et la décomposition du syllogisme. Donc , loat discours qui ne se présente pas sous la forme du syllogisme, est faux , erroné. Or, ily a infiniment ])eu des\ llogismes dans les œuvres de Bossuet, de Fénelon , de saint Augustin, de saint Allianase, de saint Jean-Chrysoslônie. Ce n''esl pas tout encore : après avoir effacé loute la tradition, notre auteur devra passer un Iraitsur toutesles divines Ecritures; car ily a trèspeu de syllogismes dans l'ancien et le nouveau Testament, si toutefois il y en a. Je dis donc hardiment à Tau leur, que je suppose un |)eu confus de nous avoir imputé une pareille folie, je lui dis au nom de tous les scholastiques , qui ne me démentiront pas : Il n''est pas vrai que la forme nécessaire du raisonnement soit le syllogisme ; (ju^'l suffise, pour bien raisonner, de construire fargument qui porte ce nom; qu^'i lui seul se terminent tous les moyens de connoitre la vérité, ou de la communiquer aux autres. On peut trèsbien raisonner, et ignorer la composition et la décomposition du syllogisme, très-mal raisonner en la connoissant parfaitement. L^une raisonne <;omme le corps marche , par un de ces instincts inaperçus de sa nature, dont elle ne se rend pas compte. On peut très-bien raisonner, sans connoitre ces invisibles opérations de Tentendement
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(jiii compare ai (\m j'ige, «lont Arislole a fait une disseclioii si subtile, et une anatoniie si parfaite; comme on peut très-bien marcher avec une ignorance profonde de cette mécanique merveilleuse , qui , par le jeu des muscles et des nerfs , im])rime le mouvement h la machine de notre corps.
L^iuteiir continue : Toute vérité se troiwe au bout d'iui hon syllog'isme. Autre sottise , qui donne lieu à un scholastique de dire à Fauteur: Il est bien aisé de convaincre un homme de fiiux, quand on le fait raisonner î\ sa manière, et qu'on invente des imaginations folles auxquelles il n'a jamais songé, pour le fliire déraisonner à son aise. Toute vérité se troui^e au bout d'un bon syllogisme ! Ce n'est pas là notre pensée; mais bien celle-ci : Toute vérité comme toute erreur peut se trouver au bout d'un bon syllogisme , bon selon sa forme : tout dépend de sa matière et de ses prémisses; si elles sont vraies, la vérité est au bout; si elles sont fausses, c'est l'erreur qui y est par manière de déduction.
11 suit de là que V enseignement de cette école se réduit à la logique , et à la partie la plus techniqne de. la logique. Ici l'apologiste de l'école sera peut-être tenté un moment de hausser le ton , et de dire à cet écrivain : Avez-vous ouvert un li\r(' élémentaire de philosophie? Si cela est,
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VOUS avez, dii } voir le conli'ain; de vofiv assertion. Des trois parties dont se compose la pliilosoi)lue scholasti(|iie , Ja logicpie est la moins étendue et la moins considérable : la partie te(lnii(|ue de cette science, où l'on expose la composition et la décomposition du syllogisme, de renthymème et autres arguinens en forme dialectique, cette j)artie occupe à peine soixante pages dans nos Cours de Philosophie.
Avant de tracer une (;s({uisse de la dialectique d'Aristote, réputée dans toute l'antiquité un prodige de sagacité et de profondeur, la logique des scholastiques combat le scepticisme, prouve successivement, et un il un, la certitude des divers motifs de nos jugemens, reconnus par tout funivers comme des criteriiiin de vérité, Pévidence, le sens intime , auquel nous ajoutons le témoignage des hommes , sur lequel porte , comme sur sa base, avec la véracité des monumens historiques , la religion et la société humaine. La métaphysique traite de l'esprit; de Dieu dans la théodicée; de Tame humaine dans la psychologie. Les preuves de Texistence de Dieu , exposées jusqu^ici avec tant d'avantages par Descartes , Clarke, Fénelon, sont la matière des thèses qu'on y établit. Suit un traité des attributs et des perfections de D>eu : là se voit un beau commentaire du mot de FExode : Ego ,sum qui siim,- et
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loutes les perfections de Dieu y paroissent comme un dérivé, une conséquence de Félernité et de la nécessité de son être. La psychologie marche avec circonspection à la recherche de la nature (le Pâme , et recueille avec discernement tout ce que Texpérience nous révèle de ses invisihles opérations, cachées à nos yeux sous un voile impénétrable. Sa discrétion augmente à mesure qu'acné entre dans la nuit obscure qui couvre l'origine de nos connoissances, les phénomènes de Timagination et de l,i mémoire. Au chapitre des pro[)riétés de Famé, la psychologie prouve son immatérialité, sa liberté, son immortalité, contre les matérialistes, les fatalistes, les déistes. Arrivée à la morale, la philosophie de nos écoles descend jusqu^à la première pierre sur laquelle elle porte, qui est la i-eligion, commençant par la preuve de ce premier principe, qu"'il y a une vertu, que le bien et le mal ne dérivent pas d'une convention arbitraire ende les hommes, mais dVme loi éternelle intimée à nos âmes, i" parla raison , placée au sein de notre ame connue un glol)e de lumière pour éclairer tous nos [)as ; 2" par la nature, cVst-à-dire, par ce sentiment invincible comme elle, qui prend le nom de conscience; loi vraiment naltnelic , dont saint Pau! a dit, que Dieu favoil gravée de son propre doi{]l dans notre cœur; loi (ui'on redouve à Rome
comme à Paris; à Pékin et surIesl)()r(lscUiGan{»^e, comme à Boston et sur les rives de l'Amjizone -, et (jne Cicéron a célébrée dans cet élixnient langajje (|ui n\ist ignoré de personne. Puis on entre dans les détails des devoirs que nous impose cette loi, le culte intérieur de Vamoiir, de la confiance, de la prière; le culte extérieur, cérémonial pratiqué dans le palais du lloi du ciel , comme dans celui des monarques de la terre , et qui prend le nom de religion : devoir qui pèse sur les uations ellesmêmes, et dont elles ne jieuvent s'aflranchir sans commettre le crime de lèse-maj(;sté divine envers celui de qui relèvent les empires, et qui transporte le pouvoir et la domination d\in peuple à im autre peuple, comme on change de place un
chandelier. Devoirs envers nous-mêmes : ne ja-
mais attenter, par le suicide, à notre propre existence, ni sortir de la vie sans le congé de celui qui nous Fa donnée, et qui nous en a rendus comptables envers lui et envers la société. Devoirs envers cette même société; où Ton prouve que Pinsurrection contre le gouvernement établi , sous quelque forme quMl nous apparoisse , est un crime envers Dieu, lequel nous appelle à la vie sociale, et proscrit tout ce qui compromet son repos et son existence. Le voilà ce cours de philosophie, où Padversaire n^» vu autre chose (jue la partie technique de la logique, qui expose
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le mécanisme des arjjumens et de rargumentation. J''ajoute que notre logique est toute pratique : semblable à ce maître, qui, pour apprendre l'art à son élève , lui en présente les modèles , en exige de lui des copies , des essais , et les corrige en sa présence. Notre logique est la dialectique d''Aristote, appliquée, sous les yeux d^un maître habile, aux plus hautes questions de la religion , de la morale , comme nous venons de le voir.
Suivons notre auteur dans les nouvelles preuves qu'ail va nous donner de parler sur le plus haut ton de ce quMl n'entend pas. « Ses problèmes » les plus importans sont résolus à coups de syl- » logismes ; les majeures des argumens dans les- )) quelles est contenue la conséquence qu'ion veut
» obtenir sont reçues de confiance On sup-
)» pose le plus souvent ce qui est en question
)) Là le plus grand philosophe est celui qui dis- )' pute le plus intrépidement à tort ou à raison, )• ou celui qui récite le mieux son livre. 11 ne » s'*agit point, dans ces écoles , de traiter à fond » les questions, mais de raisonner pour ou contre. » On s'entoure d'un grand attirail de dialectique, » qui cache le vide; on supplée, par l'appareil » des formes, au manque d'idées, de science et » de vérité. »
En preuve que nous ne sommes pas émus de cette diatribe, et que n(ms possédons noire nme
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dans ic calme , nous iillons dans notre leponse procéder en forme, et montrer à cet écrivain (ju'il oublie à notre égard les règles i" de la bonne logique, a" de la modestie, 3" de la justice, 4" tle la boinie dialecti(|ue.
Cette tirade injurieuse, est-ce autre cliose que Téternel sopliisme qui conclut du particulier au général , qui identifie Tindividu avec tout le corps ? Il peut y avoir eu des professeurs dignes de ces reproclies ; mais les rejeter sur tous, encore un coup , c^est tomber dans le sopliisme que nous venons de nommer, lequel, dans le cas présent, n''est pas exempt de présomption et d''in- ^justice. Dans tous les temps, des hommes distingués ont enseigné la philosophie -, plusieurs d''entre eux ont pris place parmi les grands hommes , et dans ce moment encore , nombre de jeunes gens pleins de feu et de talent remplissent ce ministère. Seroit-ce blesser les convenances, que de dire ii notre auteur : Quels sont vos titres? quel est votre nom dans le monde littéraire, pour prendre de pareils airs de supériorité sur vos collègues dans le professorat, pour les traiter d''ignorans , d'hommes niais et sans jugement, qui savent à peine distinguer la main droite de la main gauche? Et en convenant que tous les professeurs des écoles ecclésiastiques ne sont pas égaux en mérite, pouvez-vous nier, sans
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blesser également la vérité et la justice , qu^il n'y en ait parmi eux, qui loin dp supposer toujours ce qui est en questio7i , posent la question avec netteté, la prouvent, non pas a coup de sflloffismeSy comme il vous plaît de le dire, mais par de solides raisons; qui, sans toujours louer comme un grand philosophe celui qui crie fort, qui dispute intrépidcineTit à tort et à raison , 7je s'appuie que sur le paralogisme , ne dit que des mots ^ savent rabattre la fausse confiance, dire d%ni ton sévère à un jeune présomptueux , avec le célèbre Leibniz : Puisque vous criez si fort, il y a toute apparence que vous avez tort(i). !l y a des professeurs qui traitent les questions à fond, qui apprennent à leurs élèves à les traiter de même , qui sont pleins de discernement pour distinguer cette facilité flasque, abondante en mots, et vide d'aidées; cette hardiesse qui ne doute de rien , répond à tout à tort et l\ travers, «■( fait bonne contenance avec des sons et des paroles; cpii savent distinguer tout cela, de ce
f i) Leibniz liipjioiU; l'Iiisloiie iVun lion |)a\saii alleiiiaiid , qui assistoit à des tliôscs ilc ])hilosopliic. liilcnof^é par un obsoivalcur judicieux, sur la cause de sou allenliou à des discussions si élevées au-dessus de sa portée, il réjioudit : Je rer>ardc leux «jui ont lorl; el (pii sonl-iis ceux qui oui. tort.' Ce soûl «eux qui cricnl le plus fort ; et ce! lia])ile philosophe Imie le «ri'and scn< de ce ivnsaii.
sens tlroil (run jeune homme judicieux et modeste , dont Tair et la physionomie témoignent qu^il sent une difficulté, qu'il en pénètre toute la force; qu^on voit hésiter, s"* arrêter, quand il n^iperçoit pas le principe de solution. Ces habiles maîtres encore sont plus avares que prodigues de louanges , ne font jamais grâce à un élève d'*une idée qui n''est pas juste, d'une preuve peu concluante , d''une réflexion étrangère à la matière •, enfin il y en a qui , en distribuant la louange et le blâme, savent dire : Celui-là a beaucoup de jugement, de pénétration, de suite, de force de raison; celui-ci n'a que la mémoire, qui récite son lii>re ou son caliier, mais au fond peu de conception ou de jugement.
Et quand fauteur ajoute : Quoi de plus aride, de plus stérilç ^ de plus fastidieux que cet enseignement, au dire même de ceux qui sont obligés de le suivre? il nous autorise à lui répondre : Toujours votre sophisme , qui conclut du parlicuUer au général. Qui sont-ils ces élèves qui tiennent les propos que vous leur prêtez? Des esprits vains, légers, foibles de raison et de ju- 5;ement; et dans le siècle où nous sommes, on les rencontra dans tous états , sous la robe du philosophe et sous la toque du magistrat. Quant aux esprits forls , solides, connus par des succès (huis les dillérentcs professions de la vie, vohm-
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tiers nous les prendrions, dans ce différend, pour ju[>es et pour arbitres; et on les entendroit raconter les grandes obligations dont ils se reconnoissent redevables à leur coursde philosophie; c'est là qu'ils ont ouvert les yeux sur les avantages de ce bel ordre , de cette bonne disposition de toutes les parties d'un discours , d'où naissent l.i clarté et la force; ils diroient que le cours tie philosophie est pour eux une réminiscence agréable. Le grand Condé se rappeloit le jour où il avoit soutenu ses thèses de philosophie, avec le plaisir qu'éprouvoit Villars au souvenir de celui où il avoit remporté des prix au collège. Plusieurs de ces hommes capables ont témoigné hautement que c'étoit aux exercices de l'école, qu'ils dévoient ce talent de discussion qu'on admiroit en eux (i), dans les questions les plus conqdiquées de comptabilité, de finances, etc.
(1) M. de Villarct, évèqiic d'Amiens, puis de Casai, mort cil iSa/j, avoit brillé dans le comité des finances de l'Assemblée constituante, après avoir paru avec le même avantage aux Etats de la Haute-Guyenne. Comme on s'étonnoit de la clarté et de la netteté qu'il savoit mettre dans les discussions les plus compliquées en législation et en finances, il répondoit : <> J'ai » enseigné la philosophie et la théologie en qualité de maiUe " (le conférences à Saint-Sulpice, et j'ai pris mes grades en » Sorbonne. » Le Brun , q^ui avoit été témoin de son talent > étant devenu consul avec Buonaparte, le désigna à celui-ci pour répijcopat , eu 180.Î.
y?. DISSEUTATION
El, (libons-le eu passant, une excellcule pieriT tle touche pour discerner les esprits, c'est le cours de philosophie. Avec de la mémoire, avec quelque vivacité dans Tesprit, on réussit dans les langues, on en loge les mots dans sa tête, on saisit le mécanisme des vers, on narre avec facilité dans une amplification latine; en un mot, on brille dans les humanités. Mais ces mêmes jeunes gens laissent bientôt apercevoir le tuf, et le foible de leur esprit dans le conrs de philosophie et de théologie , genre d"'études où le jugement et la force de raison peuvent seuls faire les frais, et mériter la palme. Que si on insiste sur les questions subtiles, souvent remuées en philosophie ou en théologie, sur le langage sec et aride, les formes pédantes et embarrassées de Técole; il fut un temps où nous aurions pu faire ijuelques concessions là dessus : niais, vu Pétat de la question , tel que je Fai posé en commençant cette Dissertation , je me borne à dire à nos censeurs : Ce fantôme hideux de la scholastique, ouvrage de votre imagination, irest autre chose, (•onmie nous Tavons souvent fait observer, que la science de TEcriture et de la tradition, exposée selon les lois tracées par Aristote à la bonne dialectique , plus marquées dans les livres de théologie ou de philosophie à Tusage des écoles, que dans le reste des ouvrages polémiques; toutes
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choses qu'on peut concilier, et qui se concilient |)arfaitenient, chez plusieurs d'entre eux, avec la pureté du style, la force deTexpression, la vigueur du raisonnement, et avec ce bel ordre dans la disposition des parties du discours, qui est, dans les pensées de Fesprit, ce que sont, pour les objets matériels, la clarté et la lumière. ^ ;
Nous voici arrivé à un reproche qu'ion retrouve, dans la bouche de plusieurs honnêtes {>ens du monde, avec une politesse et une modération inconnues aux censeurs que nous avons en tète. L'école scholastique, aies entendre, est immobile au milieu du mouvement des esprits ; Pécole Ménaisienne seule en a reçu une impulsion légère. « Nous nous conqjlaisons dans une « ignorance profonde des systèmes modernes , <( ne voulant ])as même nous en occuper; et cVsl (( un spectacle singulier, au dix-neuvième siècii-, « au milieu du progrès général des sciences hu- <( maines, de voir la scholastique garder ses an- <i ciennes allures, son vieux langage, ses formes K usées; ne marchant plus avec le siècle, ne K voulant se mêler en aucune façon avec lui. » {Pag. 37.)
L'école de Voltaire et de Rousseau , avec son esprit de dénigrement et de haine contre la leligion catholique, nV-st phis aujourd'iiui d'un l)on ton. L'impiété plus moderne fléchit un mo-
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nient le ycnuu , et salue le Christ, avant que de lui insulter et de lui cracher au visage. Le christianisme a eu son temps, il a passé sur la terre en répandant quelques bienfaits : mais aujourd'hui ses dogmes, ses mystères, son sacerdoce, ses écoles ne sont plus en harmonie avec le siècle et le progrès de ses lumières; ce sont des institutions surannées, arriérées, des monumens gothiques demeurés debout au milieu d'une révolu lion , laquelle, après tant de bouleverse mens opérés , continue de marcher, de changer, de renouveler toutes choses sur son passage. Des faux frères, des prêtres, qui semblent vouloir, comme autrefois les faux Lévites envoyés à Samarie, mêler et confondre ensemble le culte de Dieu et celui des idoles, le catholicisme et la prétendue philosophie du siècle, ces hommes, sans applaudir à Tensemble de ces discours, estiment qu'ils ne sont pas sans fondement, en font la matière de leurs perfides et ignorantes concessions.
Comme une réponse complète à ce reproche d'immobilité, ou de retard dans la voie du progrès, fait au christianisme, me mèneroit trop loin; pour me renfermer dans le cercle de la philosophie et de la théologie de nos écoles, je soutiens à ces vains discoureurs, qu'on y remarque tout l'avancement et le progrès, voulus