‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 12 sur 20 · PRIÈRES POUR LES MORTS; PURGATOIRE · texte numérisé non relu

PRIÈRES POUR LES MORTS; PURGATOIRE

XXXIX. J'avois réuni dans un même article le Purgatoire et la prière pour les morts , parce que Tusage de prier pour les morts suppose évidemment la croyance d'un lieu intermédiaire entre- le Ciel et l'Enfer; et qu'en démontrant cette pratique dans la primitive Eglise, c'est démontrer, par ce seul fait, qu'elle croyoit à cet état intermédiaire où les âmes sont purifiées de toute souillure avant d'être admises au séjour de l'innocence conservée ou recouvrée. Que fait M, Faber ? il sépare la prière pour les morts du Purgatoire, afin de leur ôter leur appui naturel, et de les attaquer isolément avec moins de désavantage. Vous verrez qu'il ne s'en lire pas plus heureusement. Mais il faut convAiir que dans ces deux chapitres brille davantage l'art sophistique , qu'il exerce habituellement et toujours avec un ton de confiance qui en impose à des lecteurs incapables de l'apercevoir. Il débute, selon sa tactique accoutumée, par me faire dire ce que je n'ai pas dit, et voudroit même m'en faire honneur, a L'Evêque convient avec ingénuité et droi- » ture que nous n'avons reçu aucune révélation de

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» Jésus-Christ sur le Purgatoire. » Non, Monsieur, je n'ai mis ni droiture, ni ingénuité dans cet aveu , car je ne l'ai point fait; et celui qui veut bien m'en complimenter doit savoir que je maintiens précisément le contraire en ces mots, à la fin de la page 248 , volume 2 : « Allons. plus loin, et disons hardiment » que Jésus-Christ a lui-même approuvé et recom- » mandé à ses disciples cette pratique » (de prier pour les morts).

J'ai dit : « Il doit nous rester, pour la plupart , » beaucoup à expier dans l'autre monde. Mais où ? » dans quel endroit et de quelle manière ? S'il avoit »été nécessaire pour nous d'être instruits sur ces » questions , Jésus*Christ nous en auroit sans doute » révélé la connoissance. Il ne l'a pomt fait. Nous ne » pouvons donc forme^r que des conjectures plus ou 2> moins probables. » M. Faber supprime les interrogations , et , ne rapportant que la réponse , il conclut : « Donc la doctrine du Purgatoire n'est point » une matière révélée , de l'aveu de l'Évêque ; et , » de son aveu encore , nous ne pouvons décider, S) par l'enseignement de Jésus-Christ, si elle est vraie » ou fausse. » (Page 186. ) Il me fait parler de l'existence du Purgatoire , tandis que je parlois de sa localité. Dans sa note de la page suivante 187, il va faire à peu près l'inverie. J'ai dit dans la note, page a43 , volume 2 : « Vous admettez les Limbes » parce que l'existence vous en est prouvée, quoi- » que la position vous en soit inconnue. Qu'il vous » suffise également d'être assuré de Vexistence du » Purgatoire , sans vous inquiéter sur sa position

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» locale? » Mais M. Faber tourne luon raisonnement ainsii : « Vous croyez l'existence des Limbes quoi- » que sa position locale ^ous soit inconnue. Restez s donc assuré de l'existence du Pu rgatoire^ quoique J9 nous n'en puissions désigner exactement la place.» Est-ce là ce que j'ai dit? Un homme de bon sens a-t^l jamais raisonné de même ? M. Faber avertit gravement ses compatriotes qu'il ne s'agit pas de la localité^ mais de l'existence du Purgatoire , comme si je venois de parler de la première et non de la seconde ! J'espère , Monsieur, que vous plaindrez le sort de la Discussion Amicale d'être tombée dans des mains qui le sont aussi peu.

XL. A la page suivante , je retrouve son expiation méritoire. Il n'en finit pas. Sans doute il s'est per^ suadé qu'à force de me l'attribuer il la feroit passer sur mon compte i et qu'à force de la reproduire , de fausse il la rendroit authentique. Quelle misère ! et qu'il faudroit de patience pour endurer cette suite d'imputations mensongères jointes à des infidélités si constamment répétées! Vis-à-vis d'un habile et franc antagoniste, j'aurois eu , sans doute, des points d'érudition à éclaircir, d'importantes difficultés à résoudre. Mais certainement je n'aurois pas entendu parler de ce qui m'a été donné à démêler dans cette troisième partie ; et nous n'en sommes pas encore au bout, nous en verrons bien d'autres.

XLI. J'ai montré la prière pour les morts antérieure au Christianisme par le livre des Machabées, deutero-canonique , et non pas, comme le dit M. Faber, apocryphe ) car le troisième Concile de Car-

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thage s'appuyant de la Tradition , Saint Augustin , Innocent I, Gélase avec soixante-dix Évêques le mettent au rang des Écritures Divines. J'ai dit que, si l'on avoit douté quelque temps de sa canonicité , jamais sa véracité comme histoire n'avoit été suspecte. Certes c'en est asse? pour montrer la prière pour les morts en usage chez les Juifs avant Jésus- Christ , qui n'auroit pas manqué de les en détourner s'il avoit jugé cet usage mauvais et superstitieux-

J'en suis fâché pour M. Faber, mais puisqu'il rejette d'un ton si leste et si tranchant ce que j'ai exposé sur cette matière, et qu'il voudroit bonnement persuader à ses lecteurs que l'usage de prier pour les morts date de TertuUien , il faut bien que je lui fasse faire la leçon par un des premiers théologiens de son Eglise, qu'il connoîtroit mieux que moi, s'il s'étoit sérieusement occupé de ^théologie , et qui va lui apprendre brièvement ce que j'ai développé dans mon article du Purgatoire, Disc. Amie. , vol. II. «De plus, dit le doc. Taylor, nous appre- » nous par l'histoire des Machabées que les Juifs » prioient et faisoient des offrandes pour les morts. » Quoique notre J^auveur, ce qu'il importe surtout »de remarquer ici, réprouvât ce qu'il y avoit de » mauvais dans leurs doctrines , leurs pratiqués et pleurs traditions; quoiqu'il leur parlât souvent des » morts et de la résurrection , il ne blâma jamais en )>rien cette pratique, il la laissa telle qu'il l'avoit » trouvée; ce qu'assurément il n'auroit pas fait, lui » qui étoit venu leur révéler la volonté de son Père,

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» si cette coutume n'avoit pas été innocente, pieuse » et charitable. Elle fut universellement suivie dans » la primitive Église, comme il est clair par Tertul- » lien , Cyprien et autres. De nos jours elle est encore » observée par les Juifs (i). »

J'ai ensuite montré cette pratique dans la primitive Église avec de célèbres docteurs de la vôtre , par les témoignages de Tertullien, Saint Cyprien, Saint Ghrysostome, Saint Épiphane, Saint Jérôme, Saint Augustin; j'ai fait voir qu'Origènes, Saint Cyrille de Jérusalem , Saint Grégoire de Nysse avoient reconnu nommément un endroit intermédiaire, où les âmes, avant d'entrer au ciel , dévoient être purifiées de toute souillure. Que répond M. Faber ? i*^. Il leur oppose le silence des Pères Apostoliques , comme si , dans le petit nombre d'écrits qui nous en sont parvenus, ils avoient pu traiter tous les points de doctrine, et comme si leur témoignage négatif poùvoit détruire l'attestation positive des autres, a". Il observe que la plusrancienne de Inès autorités ne remonte qu'à la fin du second siècle, à Tertullien, trop éloigné des Apôtres pour qu'il soit aujourd'hui raisonnable, dit-il, de fonder sur lui une tradition Apostolique. J'observerai à mon tour que M. Faber m'a lui-même opposé Tertullien , quand il le croyoit

(i) Jérém. Taylor's Liberty of Prophesying , pag. 345. Je trouve ce passage cité dans un ouvrage récent qui fait le plus grand honneur au savoir et au talent d'un des plus anciens et illustres Seigneurs de 1* Angleterre , Reasons for not taking the Test,, pag. 162 , by J. Talbot , Earl of Schrewsbury.

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pour lui : alors il touchoit aux jours Apostoliques. Au surplus, ce n'est pas à l'autorité de Tertullien que je prétends en appeler ici , mais uniquement à son témoignage. Tertullien , mort en 216, à l'âge de quatre-vingt-quatre, ans, devoit être né vers iSa; élevé à Rome où il étudioit le droit, menant alors une vie libre et dissolue , et tournant les Chrétiens en ridicule, comme il nous l'apprend lui-même, il entre par curiosité dans l'examen du Christianisme, l'embrasse, endevienl un illustre défenseur contre les Païens et les Hérétiques , et se trouve mêlé aux grandes affaires de l'Église. Quel témoin plusinstruit, plus sévèrement intègre peut-on désirer sur ce qui se pratiquoit alors dans les Églises? Il parle de la prière pour les morts comme d'une pratique unir verselle, et la range entre les objets enseignés par la Tradition. Or, que vous semble d'un usage généralement établi et venu de tradition moins de soixante et douze ans après Saint Jean? Peut-il, je vous le demande , n'être pas Apostolique ? Et se trouvera-til parmi nous un homme de sens qui se persuadera ^ sur le dire de M. Faber , et contre celui d'un si grave témoin du deuxième siècle, que cet usage, loin de teniràla Tradition, venoit d'une erreur nouvellement éclose , à une époque où , de l'aveu de la Réforme , la doctrine fleurissoit dans son intégrité et sa pureté native ?

XUI. Yenons à un argument décisif et sans réplique , qui va couper court à tout l'entortillage dans lequel M. Faber enveloppe avec lui ses lecteurs, et démontre que la prière pour les morts n'est pas ce

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qu'il appelle uue/antaisie creuse j sortie de l'ardente imagination deTertuUien. Toutes les Liturgies mises au jour depuis le Concile d'Éphèse jusqu'au seizième siècle) Catholiques, Nestoriennes , Eutichéennes , celles de Malabar^ de la Chaldée, de l'Egypte, de FAbyssinie^ d'Ethiopie; celles de Constantinople, des Grecs 5 dfes Syriens Orthodoxes ou Jacobites j celles de Saint Basile^ de Saint Chrysostome , celle de Saint Jacques^ expliquée au quatrième siècle par Saint Cyrille de Jérusalem; celle enfin des Constitutions Apostoliques écrite avant les autres au troisième siècle , toutes sont uniformes sur la prière pour les InertSi J'en ai donné des extraits dans mon Appendlx^ vol. II, p. â5g. M. Faber n'en dit mot : il fait semblant de ne les avoir point aperçus. Mais demandes^lui, s'il vous plaît, d'où proviedt cette uni-fqrmité dans les Liturgies des Églises séparées au cinquième siècle? A son défaut, tous les théologiens instruits voiis répondront avec votre Évéque Bull : «ToiUes les Églises de l'univers Chrétien, quelque » éloignées qu'elles fussent les unes des autres, s'accor- 9 dent dans la pHère de l'Oblation du sacrifice Chré- » tien (et dans celle pour les morts) au Sacrement » de la sainte Eucharistie : accord vraiment merveiU » leux! Les anciennes Liturgies sont unanimes dans » la formule de cette prière : elles nous la présentent » presque dans les mêmes termes, au moins parfai' » tement semblables pour le sens, l'ordre et la mé- » thode. Quiconque réfléchira mûrement sur cette «uniformité, restera convaincu que cette formule »de prière dut être communiquée à ces différentes

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» Églises^ aux jours mêmes de leur première fonda-* » tion (i). »

M. Faber dira que les Liturgies ne plaçoient pdini les âmes dans ce que nous entendons par le Purga-* toire : car il aime à épiloguer. Eh bien ! qu'il chicane autant qu'il lui plaira sur cette dénomination dePui^ gatoire, qu'il a prise en grand déplaisir. Certes les anciens ne prioient ni pour les habitants du ciel ni pour ceux de l'Enfer; Où étoient donc les âmes pôUf lesquelles ils prioient ? dans quel lieu ? Il lui don-^ nera tel nom qu'il jtigera à propos : nous ne tenons pas au mot 7 mais à la chose. Qu'il prie à la maniéré des anciennes Liturgies ^ et dise avec celles des Gon^ fttittitions Apostoliques : « Daignez, ô moh Dieul » jeter un regard sur votre serviteur que vous avea j» fait passer à une autre condition. Pardonnez-lui s'il 3» a péché volontairement , ou sans le vouloir. Pla-* ^ cez-le au rang des Patriarches , des Prophètes , des » Apôtres, de tous ceux qui ont eu itci-bas le bom ;& heur de vous plaire. » Qu'il fasse sincèrement cette prière: nous ne lui en. demandons pas davantage pour le moment.

XLIIL M. le bachelier m'objecte à la page 191 un passage de Saint Gyprien , et à la page aoô un texte 4e TertuUien. Voici celui de TertuUien : « Au jour » anniversaire nous offrons poiir les morts et lesNa* » tivités. » M. Faber a fort bien vu que les Nativités marquent les jours où les martyrs et les saints en mourant au monde sont nés à l'immortalitév Mais il

(i) L'Éréque Bull, Sermon xm. v. i. Nouy. Mt.

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n'a point vu que Tertuliien a distingué les morts des Nativités , c'est-à-dire ceux qui avoient perdu naturellement la vie de ceux qui favoient perdue en recevant la couronne du martyre. L'Oblation étoit là même y dit M« Faber : nul doute ; car c'étoit et ce sera toujours i'Obiation du sacrifice de la Loi Noutelle, sanglant sur l'arbre de la croix , non-sanglant sur nos autels. Elle est donc nécessairement une... Mais les prières qui l'accompagnent étoient et seront toujours différentes pour les saints et les trépassés olrdinaires. On faisoit mémoire des élus de l'un et de l'autre Testament, pour remercier et glorifier Dieu dans leurs personnes; et en général de tous ceux qui avoient cessé de vivre , pour demander à Dieu de leur pardonner , et de les placer au Heu de la lumière , du repos , du bonheur. Toutes les Liturgies de l'antiquité le marquent uniformément. M. Faber en veut-il une preuve tirée de Tertuliien même? Qu'il lise le n* lo du livre de la Monogamie. Tertuliien parlant de la femme qui survit à son mari, veut que désormais dans le veuvage, ce elle prie pour l'âme 9 de son époux, qu'elle sollicite son rafraîchisse- » ment et qu'elle offre tous les ans au jour de sa )»mort. Pro anima ejus (mariti) or et, refrigerium » intérim adpostulet , et offprat diebus dormitatiO' » nis ejus. » Dormitationeseyn^vïmoienX, les morts naturelles, Natalitia , le^ naissances des martyrs et des Saints à l'immortalité. « J'ai connu ^ dit encore Ter- » tullien au livre de TAme^ n* 5i , une femme née » de parents Chrétiens^ morte à la fleur de son âge » et dans sa beauté, peu après son mariage. Conunc

DIE, LÀ. DISGUSSIOIT AMICALK. SOQ

» elle s'ét oit endormie dans la paix du Seigneur, avant »que l'on procédât à son enterrement, et au mo^ » ment où le Prêtre commençoit les prières (T usage ^ » on la vit croiser sur sa poitrine ses mains, qui ne » retombèrent sur les côtés qu'après le baiser de » paix donné entre les assistants ( les prières étant » finies). » On voit par les cérémonies indiquées que cette femme passoit pour morte. TertuUien pense qu'elle ne Fétoit qu'en apparence. Car il ajoute : tf U » n'y a point mort, si elle n'est entière. Où reste queU » que chose de l'âme il y a vie : la mort ne se mêle » pas plus à la vie que la nuit au jour (i). » Ce fait montre assurément l'usage établi alors de prier pour les trépassés. « Nous entendons par Enfer , dit ail- » leurs TertuUien à la fin du livre de l'u^meylsL prison » dont parle Jésus-Christ dans son Évangile ; et par » le payement de la somme entière jusqu'à la der- » nière obole, nous entendons également ime faute » en apparence légère qui doit être expiée avant la i> résurrection. » Dire qu'en attendant la résurrection des corps, les âmes doivent expier les moindres fautes, n'est-ce pas admettre le Purgatoire, ses peines,

(i) « Scio fœminam quandam vemaculam Ecclesîse , forma et » aetate intégra functam , post unicuni et brève niatrîmoDium ; » cùm in pace dormisset , et morante adhùc sepulturâ , intérim » oratione presbyteri componeretur , ad primum bab'tum ora- » tionis , manus a lateribus dimotas in habitum supplicem con—

w formasse , rursùmque conditâ pace, situi suo reddîdisse

M Mors , si non semel tota est^ non est. Si quid anîmae remanserît , M yita est. Non magis vîtae miscebitur mors , quàm diei nox. » Lib. de Anima y c. 5 1 .

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se« soufiranceft ? M. le bachelier se reprochera sans doute d'avoir mis foUanent TertuUien en contra^ diction avec lui-même et avec les Liturgies , que certainement il n'a cessé de fréquenter depuis sa couversion au Christianisme.

Il se fera bientôt, je l'espère y le même reproche vis-à-vis de Saint Cyprien, qui, dans le passage cité à la page 191, débute par ces paroles : «Une fois hors » de la vie il n'y a plus lieu au repentir, plus lieu à ]a » Satisfaction. » Ce dernier mot a dû coûter beaucoup à M. Faber : la main lui aura tremblé en l'écrivant. Je suis fâché d'avoir encore à le lui reproduire : « Que veulent-ils , dit ce Père à ceux qui » reconcilioient les pécheurs avant le temps, si ce » n'est que Jésus-Christ soit moins appaisé par des 3» prières et des Satisfactions? si ce n'est que les 3» péchés ne soient plus rachetés par de justes Satisréfactions.... ? Que toute plaie profonde ait un trai- » tement long et soigné : que la pénitence ne soit » pas moindre que le crime. » Et encore : « Voici la » plus grande plaie du crime , voici la plus grande » des offenses : avoir péché et ne point satisfaire ; » avoir offensé et ne pas verser de larmes (i). » Mais c'est trop fatiguer l'oreille de M. Faber par ces mot désagréables, satisfaire ^ satisfaction.Revenons à la contradiction qui résulteroit entre le texte cité et expliqué par M. Faber, et celui que j'ai rapporté

(i) Lettre 55* au Pape Corneille : « Ecce majora peccatî vul- M nera , ecce majora delicta ; peccâsse nec satisfacere ; delîquisse » nec flere. >»

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dans la Discussion amicale. Voici le miea : « Leg » Ëveques nos prédécesseurs ont depuis longi^tempi » ordonné que , si quelqu'un nommoit par Test^» » ment un Prêtre pour tuteur , on ne priât point >i pour lui, et Ton ne célébrât point le sacrifice pour » le repos de son âme.» Et il ajoute que «Victor ayant » contre cette loi nommé pour tuteur. le Prêtre Fausr » tinus , non est quodpro dormitione ejus apud vos ^fiat oblatio^ aut deprecatiq aliqua nomine ejus in » Ecelesiafrequentetur? » Il est de toute évidepea que cette loi et son application à Victor siippote l'Usage, antérieur même à Saint Cyprien^ de prier pour les morts. Mais M^Faber prétend que, selon la doc trÎM de cet illustre Primat, il n'y avoit ajlrès la vie qii# le Paradis ou TEnfer. Cela posé, il seroit égatlement de toute évidence que ce grand homme se contredit luir même.

Rassurons-nous peur l'honneur de Saint Cyprîen, La contradiction est entièrement le fait -de son in* terprète. Les œuvres de pénitence et de satisfactiqo n'appartiennent qu à la vie présente ; elles sont étrai>gères à l'autre monde ; le Purgatoire no les connoît pas. Ce séjour est celui des expiations douloureuses l on achève d'y être pqrifié par les souffrances. Cepen'* dant qui ne s'estimeroit heureux ici-*bas, s'il étoit assuré de s'y trouver après la mort? Saint Cyprien auroit donc eu raison de dire , dans le cas même où il resteroit à satisfaire dans l'autre monde, que l'on passe de celui-ci à une heureuse immortalité* Veut" on que, parTheureuse immortalité, il ait entendu le Paradis? £h bien! il est incontestable qu'après

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avoir fait sur terre, comme il le demande ailleurs et le suppose ici; une pénitence égale aux péchés que Ton a eu le malheur d'y commettre , on passe immédiatement de la mort au bonheur éternel. Mais ce que je viens de dire ne regarde que les Chrétiens , et ce n'est point à eux que s'adresse ici Saint Cyprien , je l'avoue. Il écrit à un Païen du nom de Démétrius. Que dirons-nous donc? Il veut l'attirer au Christianisme; il lui expose les dangers de différer sa conversion , et il lui met devant les yeux les effets salutaires de la foi^ qui du repentir et de la confession conduit nécessairement au Baptême , et ouvre ainsi la porte du ciel à ceux qui viennent de recevoir la grâce de la régénération.

Vous voyez que le passage objecté n'est nullement incompatible avec le Purgatoire, et qu'en admettant ce séjour d'expiations passagères, Saint Cyprienauroit pu s'exprimer comme il a fait, soit que vous étendiez ses expressions aux Chrétiens qui auroient ou n'auroient pas entièrement satisfait dans cette vie à la Justice divine, soit que vous les restreigniez au Païen Démétrius; et puisque l'on ne sauroit douter, après ce que j'ai cité de Saint Cyprien, que, de son temps et bien avant lui, la prière pour les morts étoit en usage , il faut absolument admettre une explication qui l'accorde avec lui-même , avec la pratique de son Église, et avec les Liturgies Apostoliques. M.Faber a vraiment bonne grâce quand, à la page 204)11 s'en vient nous dire avec un air tout satisfit de lui-même : « Quant à Cyprien, je l'ai déjà » expédié : Cjprian I hâve abready disposed of. »

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XLIV. Interrogez, je vous prie , Monsieur, votre savant Thorndyke ; il vous dira : « Un sujet de ré- » formera mon avis, seroitde rétablir la prière pour » les morts, selon le sentiment primitif de FÉgiise » Universelle; et je maintiens que supprimer cette » prière n'étoit pas retrancher un abus, mais tran* » cher dans le vif même (i). » Écoutez les Évêques Forbes, Barrow , Sheldon , Blandford , etc. (2). Comparez vos théologiens actuels avec leurs prédécesseurs, et vous verrez qu'au lieu de retourner à l'antiquité, ils s'en éloignent tous les jours de plus en plus. Ils vous ont instruit à croire que la mort rompoit toute communication entre ceux qui restent sur la terre et ceux qui l'ont quittée. Vous avez donc accompagné de vos larmes vos proches et vos amis jusqu'à la tombe; mais la pierre une fois fermée sur eux, vous les avez laissés à leur sort. Vous avez , il est vrai, souhaité qu'ils fussent heureux, mais sans oser en faire la demande au Souverain Juge. Votre affection pour eux ne s'est point éteinte avec leur vie, j'en suis persuadé; mais elle a été stérile pour eux et de nulle utilité. Élevé dans les tristes principes d'une sombre et désolante croyance ^ vous n'avez pas encore connu ce qu'il y a de douceurs , de calme et de résignation dans la pensée que l'on peut servir les siens au-delà du tombeau. Entrez aujourcFhui dans cette consolante et solide croyance. Fûtelle imaginaire, fût-elle illusion, encore seroit-elle

(i) Ëpit., pag. 337.

(2) Voyez Discussion AmicàU, vol. n , pag. 264, 255 , 256.

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délicieuse, et la Réforme cruelle, qui prétend vous Tinterdira! Mais elle est incontestable et de Tradition priiqitive; mais vous venez de la voir fondée sur l'enseignement des Apôtres, et par conséquent sur celui de leur Divin Mattre. Fermez donc Toreille aux dur» et ignorants sophistes qui s'efforcent de vous enlever une ressource aussi précieuse pour ceux qui sont condamnés à survivre. Faites-en désormais usage; liyrez-vous à elle avec assurance : elle sera pour vous , j'ose vous raffirn^er, une source d'espérance, de tendres sentiments , et d'émotions pieuses.

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