INVOCATION DES SAINTS
XLY. Le chapitre xv de M. Faber est une suite de fautes, de méprises et d'infidélités qu'il seroit trop long et trop fastidieux de relever pièce à pièce. Il vient de me blâmer d'avoir donné TertulUen pour témoin de la doctrine primitive ; et ici, lui-rméme veut que l'on juge de cette doctrine primitive par le témoignage du seul Épiphane, venu deux siècles plus tard. J'avois dit qu'Astérius demandoit à Pho^ cas IHntercession qu'il avoit lui-même sollicitée et obtenue des Martyrs, et il me fait dire qu'Astérius deii)andoit que Phocas, dans la plénitude de sa puissance (mots ajoutés par M. le bachelier), lui accordât les bénédictions dont il jouissoit. J'ai cité pour l'Invocation , Irénée , Origène , Athanase , Eusèbe, Épbrem , Ambroise et les Conciles d'Éphèse, de Calcédoine , c'est-à-dire les beaux sièclea admis par les plus habiles Protestants ; et il m'w fait un
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reproche! et il ne comprend pas que ces grandf Docteurs, ces savants Évéques, révérés par la Ré-* forme même comme des Saints, ne purent donc pa« être des idolâtres ! Et il ne rougit pas de les accuser d'idolâtrie, en leur attribuant des sentiments qu^la n'eurent jamais ! QuHl me suffise de' lui répondre que les témoignages de ces grands et antiques pév* sonnages valent un peu plus sans doùte^ pour établir TApostolicité d'un usage dogmatique ^ que la haute autorité de M. le bachelier pour la renverser.
XLYI. Il va maintenant nous démontrer^ page a3i, que l'idolâtrie des premiers siècles a passé de main en main dans l'Église Catholique , où elle régne encore en souveraine.il tire pes citations dès Heures k l'usage de Salisbury, et ses preuves du Commentaire que nous en a laissé le sage et véridique Buf^ net. Il commence par nous apprendre que ces ^«i^eip furent imprimées à Paris même en i5ao; et, par une puissante logique, il conclut de cette date Parisienne qu'éndemment elles durent avoir l'^pprohs^tion de tous les Ëvéques de la Catholicité. Ne l'arrêtons pas sur l'évidence de sa conclusion. Sans se donner la peine de rechercher la vieille rubrique de Sarum^ il n'avoit qu'à ouvrir tout simplement nos bréviaires et les livres liturgiques dont nous nous servons; il y auroit trouvé les mêmes hymnes , les méines invocations à la Sainte Vierge et aux Saii^ts; et avec l'honnête et charitable industrie qu'il prepd plaisir à exercer, il auroit facilen^eqt changé ^os pri^r^^ en une idolâtrie détestable.
Youlez-vous savoir, Monsieur, comment il s^y
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prend pour convertir en idolâtrie nos dévotions? Il détache quelques strophes, quelques paroles, supprime celles qui précèdent ou qui suivent; et, par ce simple et honnête procédé, il réussît à leur donner un sens qu'elles n ont point. Dans Fhymne à la Sainte Vierge, qui le révolte davantage, il supprime cette strophe : a Monstra te esse nujUrem ; sumatper 9 tepreces, qui pro nobis natus , tuUt esse tuus : » Montrez-vous mère; que par dous il reçoive nos I» prières, celui qui pour nous a daigné devenir votre » Fils. Bonacunctaposce : Demandez pour nous tous 9 les biens (i ) ; » par conséquent ceux exprimés dans les strophes isolées que M. Faber rapporte. Ainsi les mots qui servent d'explication à tout le reste sont adroitement enlevés par lui. Il ne laisse appercevoir que les strophes qu'il lui a plu d'extraire, à l'imitation du fidèle Bu met son maître; et voilà l'hymne entièrement couvert d'un éclatant vernis d'idolâtrie.
(i) Qu'il examine nos Hjmnes pour les fêtes de la Sainte Vierge , il y verra partout son intercession demandée : « ^er nostra nato vota ; tristem non patitar genetrix repulsam ; » ou bien encore :
« Qnae Regina sedes proxima Ghristo , Alto de solio vota tnoram Andl ; namqae potes flectere natoni Virgo mater : amas nos qnoqae natos. »
Le silence des Temples Protestants sur la plus humble , la plus pure des Vierges et la première des Créatures , m'a toujours at— triste. Pas un mot n'y retentit en son honneur ; pas un mot à sa louange : et c'est £lle qui a donné au monde son Sauveur ! Dans les Églises Catholkjués seules se vérifie , depuis qu'elle a été
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Vous concevez sans peine que M. Faber s'est bien donné de garde aussi de faire paroitre les versets et tes oraisons qui suivent cet hymne et tous ceux que nous adressons à la Sainte Vierge. Voici un des versets : a Priez pour nous , Sainte Mère de » Dieu , afin que nous devenions dignes des pro- » messes de Jésus-Christ, d Dans les oraisons qui suivent , vous trouverez l'intercession exprimée en propres termes ; Intercedente Sanctissimâ Dei génitrice; BeatcB Virginis Mariœ intercessio gloriosa nos protegat ; genitricis filii lui intercessione saicemur, etc. M. Faber auroit voulu apparemment que !e mot intercession fût répété à chaque strophe. M. Faber n'est point poète, je le vois: pour peu qu'il le fijt, il sauroît que le rhythme ne s'accommode pas de cette exactitude dogmatique , et que les petits vers de nos hymnes repoussent les mots de cinq syllabes. Qu'il veuille donc être moins exigeant envers nos Poètes Sacrés, leur passer quelques licences en faveur du mètre et de la précision ; et au lieu d'arrêter leur marche libre et rapide, aidera la lettre, en supposant partout ce que partout ils sous^ntendenl.
Mais au contraire, il est tellement aveuglé par la manie de ne voir en nous qite des idolâtres , qu'il ii'apperçoit pas l'intercession de Marie tracée de sa propre main, dans les prières même qu'il cite retoù il prétend que nous invoquons sa Toute-Puissance.
prononcée , la prt^bélie de cette Mère de Dieu , <i £x hoc beatam medicent omnes genemUonei- »
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« Par votre pieuse intercession ^ lavez-nous de nos iniquités ^ By thypious intercession ivash away our » sins 9 ( pag. a3a , lig. 5 ). « Excusea-moi auprès 9 du Christ, votre Fik, Hâve me excusedwith Christ^ » thy son » ( ibid. , lig. 1 1 ). « Priez pour votre peu- » pie , Prayfor ihypeople. Intéresses-vous au Clcr- » gé j Interpose in behalfof the Clergy. Intercédez » pour le sexe dévot; Intercède for the devoutfemale $ex 3» (pag. a33 , lig. a , 3 et 4 )- ^ attribue la prière où se trouvent ces dernières paroles à la rubrique de Salisbury , et ne se doute guère qu'elle est mot pour mot tirée de Saint Augustin , d'une prière admirable composée par ce beau génie , et que le bachelier auroit horreur de dire et de rapporter.
Pour nous, Monsieur, nous avons été instruits par la pieuse et savante antiquité à invoquer la plus Sainte des Créatures , Marie , Mère de Notre Sauveur , et tous les Saints ; et ils sollicitent pour nous. Notre invocation se fait sur la terre > leur intercession dans le ciel. Ainsi s'entretient un commerce continuel et religieux entre les habitants de l'un et de l'autre robnde , entre les heureux qui jouissent de la béatitude céleste , et les mortels exposés aux écueils d'une vie orageuse. Voilà ce que nous appelons la Comtnunion des Saints , dogme consolant , source de charmes et de pures délices , que vous goûteriez avec nous si vos tristes , vos sèches doctrines ne vous en avoient fait un épouvantail chimérique.
XLVII. Nous avons dit cent fois à vos Théologiens, et nous ne cesserons de le leur redire jusqu'à ce
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qu'enfin il et) tre dans leur tête que l'idolâtrie ne noiia est pas moins odieuse qu'à eux-mêmes , que nous en repoussons l'idée loin de noas dans nos prières | que nous tiendrions pour blasphèmes de dire aux plus Saintes Créatures ce que nous disons à Jésus- Christ y et à Jésus-Christ ce que iious dirions aux Créatures Bienheureuses ; témoins nos Litanies j où ndus répétons à la Vierge Marie et aux Saints : « Priez pour nous j » et à Jésus-Christ : « AyeE [)ltié » de nous y délivrez«nous , exaucez-nous, d £n un mot j quelque fortes que soient les expressions poétiques de nos hymnes , pour nous l'intercession y est sous-entendue nécessairement et de droit , quand elle n'y est point répétée* Mj Fabel* âYôit très-judifcieusement observé, page x de là préface , que « charger un Catholique d'une opi- » nion qui n'est pas la sienne, et réfuter sérieuse- » ment celle que, plus sérieusement encore, il désa- »youe, est un procédé non moins indigne qu'inu- » tile. » Et voilà que lui-même emploie cet inutile et indighe procédé ! ^b ore tuo te judico. Qu'il ces^e donc de se contredire, de se condamner lui-même , et de nous charger d'une idolâtrie que nous ne cesserons de repousser avec toute 1 énergie dont nous sommes capables.
Au surplus, qu'il sache ( car il a oublié ce qu'il a dû lire dans le livre qu'il a pris pour texte de Sa réfutation), qu'il sache que si nous admettons l'Invocation des Saints comme utile et profitable , nous ne la tenons point pour nécessaire , suivant la décision du Concile de Trente. Que prétend-il donc
alors par la conclusion ^ page a 34 j qui termine sa note, et les citations qui, au lieu d'appuyer sa thèse, la renversent ? Que signifie cette question qu'il propose à ses lecteurs avec tant d'assurance , d'un ton emphatique et complètement ridicule : «Avec depa- » reils Rituels , je le demande , une réforme étoit- » elle ou n'étoit-elle pas nécessaire ? » Et moi j'ai à lui opposer une question tout autrement fondée. Qu'il y réponde ; la voici : « Ce tracas, ce bouleversey> ment religieux et politique étoient-ils donc néces- » saires pour abolir ce qui ne Tétoit pas ? » (i)
(i) Je prie mon lecteur de jetter les yeux sur ma leUrexiy*, vol. II , Discussion Amicale , où , après avoir écarté les foibles objections des Protestants , j'entre dans les preuves qui justifient notre Invocation des Saints , en montrant l'enseignement et la pratique dans l'Eglise universelle aux quatrième et troisième siècles , sans que l'on en puisse marquer l'origine. J'y ai cité des prières que les plus grands docteurs adressèrent aux Saints , et que nous trouvons tant de cLarmes à répéter après eux.
J'ai peine à comprendre l'aversion des Anglicans contre cette pratique. Ils ne doutent point, même ils conviennent, que nos amis couronnés dans le ciel intercèdent pour nous auprès de Dieu : et ils se donnent bien de garde de les en re* mercier ! Et c'est un crime à leurs yeux de se montrer sensible à leur intercession secourable ! à leur en demander la continuation ! Mais où va-t-on prendre de pareilles idées? Comment ne voiton pas la fausseté d'une doctrine qui érige l'ingratitude en principe ? Pour peu qu'il y refléchisse , le Chrétien généreux et raisonnable repoussera loin de lui ces fausses, ces tristes notions, et, tout entier aux sentiments de reconnoissance , il en goûtera les douceurs et les consolations en répétant du fond de son cœur avec l'antiquité et avec nous: « Saints du Ciel, priez pour moi pauvre pécheur ! »
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