‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 15 sur 20 · SIGNE D£ LA CROIX · texte numérisé non relu

SIGNE D£ LA CROIX

Mais la vue de l'oracle qui siège en Durham, pénètre plus avant encore dans la nuit des siècles. Allez Je consulter à Long-Newton; demandez lui d'où vient qu'au second siècle les Chrétiens marquoient leur front du signe de la Croix, en se levant, en se couchant , avant le travail , avant et après les repas , etc. Demandez-lui-en la raison ; il vous la dira; fiez-vous à sa parole , n'écoutez pas TertuUiên. Ce dernier convient que cette coutume, fidèlement observée , ne provenoit pas d'un précepte Évangélique, mais uniquement de la Tradition. Vous comprenez parfaitement jusqu'où doit remonter une boutume établie de Tradition au second siècle. Mais M. Faber a décidément prononcé qu'elle n'en venoit pas. 11 entend et veut qu'elle ne soit pas plus vieille que Tertullien ; qu'elle et lui aient fait leur entrée dans le monde à peu près ensemble. Il est évident qu'il possède des notions plus certaines que n'en avûit le savant Africain, sur ce qui se croyoit , se pratîquoit soixante - dix ans après Saint Jean l'Évangéliste. Heureuse l'Église Anglicane de nourrir dans son sein une lumière si vive , je dirai même miraculeuse. Oui, sur ma parole, plus j'y pense, plus je me le persuade, ce Monsieurdoit être inspiré, et je le prouve; car, sans cela, pourroit-il lui-même s'imaginer qu'il connoît mieux le second siècle que l'homme le plus admiré de cette époque ? Sans cela oseroit-il bien donner le démenti à ce célèbre per-

])E LA DlSCtJSSIOir AMCCALE. ^(kS

sonnage^ et sur un fait encore si notoire de sa nature , puisque les vieillards d'alors savoient parfaitement si ceux de leur jeune âge faisoientou non des signes de Croix. Quoi donc ? TertuUien atteste que Fusage de se signer au front venoit d*une coutume plus ancienne et traditionnelle , et voilà que M. Faber lui dit équivalemment : « Cela n*est pas ; elle a » commencé dé vos jours ; vous l'avez vue naître; » et je suis tenté même, de l'humeur étrange et hary> gneuse dont vous êtes , cvith your évident pee- » vishnessy de soupçonner que vous pourriez bien » en avoir été vous-même l'auteur. » Ce langage démontre de deux choses l'une, ou l'inspiration , ou un petit grain de folie. Or , assurément , un grave et sage recteur ne sauroit être soupçonné d'une pareille infirmité : donc il faut reconnoître en lui l'inspiration.

Je remarque à la fin des Difficultés du Romanisme, que M. le bachelier n'admet plus que l'Écriture Sainte. S'il n'y voit en toutes lettres ce que vous lui opposez, il vous accuse sans façon d'ignorance grosssière et de superstition , mère unscriptu* rai superstition. Au commencement il étoit plus poli , plus respectueux, même pour les Traditions orales et primitives. Il leur rendoit hommage; il en reconnoîssoit l'î^utorité. Plusieurs fois il a prétendu s'en étayer contre mes assertions ; on a vu avec quel succès il s'en étoit tiré. Quoiqu'il en soit, je me borne ici à observer que , sur llnvocation des Saints , sur les Reliques , sur le Signe de la Croix, il ne se soucie plus des Traditions primitives et des

aa5 DiFimsE

autorités qu'il se plaisoit à citer , quand il s'imagn noit qu elles lui étoient favorables. Cette bigarrure d'esprit et d'opinions n'est point précisément de l'insanité. On auroit tort de le penser ; ce n'est que caprice et versatilité de principes.

L. £n commençant sa réfutation par ma troisième lettre ,. après avoir annoncé dans sa préfacé qu'il alloit me suivre pied à pied, M. Faber m'a donné à croire qu'il jugeoit plus prudent de ne pas entrer en discussion sur les deux précédente^* Je ne me doutois pas de ce que j'ai apperçu plus tard en avançant dans ma réponse qu'il avoit rejeté l'examen de la première au deuxième chapitre de son second livre, page 309. n ne trouve rien à redire contre le précis historique par lequel je débute , sur l'établissement de l'Église Anglicane. Il s'en prend aux conséquences que j'en ai déduites ^ et ne les affoiblit aucunement. Elles restent dans la plus stricte justesse, et mes raisonnemens dans toute leur force (i).

(i) M. Faber n'a point d'idée nette sur la juridiction et le caractère d'un Évêque. Il confond l'un avec l'autre dans ce qu'il i^pelle pouvoir é^ ordre, La consécration donne le caractère ; la mksion dotase la jurisdiction qui se perd par le schisme , tandi» que le caractère reste , parce qu'il est ineffaçable. En supposant valide la consécration de Parker , il auroit reçu le caractère , mais non pas la juridiction , que ne pouvoient avoir , ni par conséquent lui donner ses quatre consécrateurs , en révolte avec l'É— glise. Lorsque , parlant de la soumission due au successeur de Pierre , au chef de l'Eglise universelle , M. Faber se permet de la désigner avec dédain par soumission à un Et^^que d^ Italie , à un Prélat Italien, il ne fait qu'ajouter une insulta méprisaUe à upe mauvaise défend d'une plus mauvaise cause,

DE hk Biscussjosr AMICALE. 3a7

T»i fondé la nulliké de votre établissement ecclé^ slasiique , non sur le caractère d'Elisabeth ^coo^me M. Faber le suppose , mais sur son défaut radical de compétence. Le seul moyen qu'il avoit de me réfuter étoit de prouver qu'Elisabeth avoit droit d'effectuer le changement qu'elle a opéré par violence ; et il n'a pas niéme essayé de le démontrer. Mais 9 au contraire, vous allez voir qu'il me fournit lui-même une nouvelle preuve de l'incompétence de la Reine. <c Supposez, dit-il page 3i47qiio nous 2> venions à être privés de notre établissement ac^* » tuel et légal ; qu'en résulteroit-il ? Perdrîons^nou» » notre autorité comme Évêques ou Prêtres? NuUe- » ment, à mon avis; notre autorité spirituelle uç » dérive assurément pas d'Elisabeth* D'où il suit » que cette autorité ne peut nous être enlevée par » aucun souverain d'Angleterre présent ou futur. » Il est certain que les puissances temporelles n'ont droit de reprendre que ce qu'elles ont donné* Il est également certain qu'elles n'ont jamais pu donner l'autorité spirituelle , ni, par conséquent, la retirer. Donc Elisabeth n'a pu l'enlever aux Évêques Catholiques qui occupoient leurs sièges avant qu'elle occupât le trône. Donc ils ont conservé leur autorité } donc les successeurs qu'elle leur a donnés ne furent que des intrus, sans pouvoir, sans juridiction ; en un mot, Elisabeth avoit sans doute le droit d'ôter aux Évêques Catholiques leurs privilèges , leurs distinctions , leurs places dans sa chambre haute; car ils tenoient ces avantages temporels de la couronne. Mais leurs pouvoirs spirituels n'en veoQioiont pas.

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ainsi que M. Faber le soutient avec toute justesse. J'ai donc eu raison de dire, et il est forcé d'après ses principes d'en convenir : « Sans droit pour abattre, » sans droitpour reconstruire, son entreprise (d'Éli- » sabeth) est frappée de nullité dans le principe (i). »

LI. Au chapitre III®, page Sig*, M. Faber entre dans une longue dissertation qui ne répond à aucune des miennes. Il la dirige contre la Primauté du Saint-Siège, et commence par justifier la séparation faite sous Elisabeth, sur le droit qu'il attribue à toute Église nationale de se donner le gouvernement qu'elle juge convenable , comme s'il pouvoit être convenable de s'en faire un différent de celui que notre Sauveur a tracé pour l'Église universelle. M! Jewel, dans son Apologie , fonde le schisme sur la nécessité de sortir d'une Église dégénérée , défigurée ^ar ses innovations, son idolâtrie, ses erreurs sur la présence réelle ; appelant ainsi innovations , erreurs , idolâtrie , les dogmes que vous avez vus enseignés et pratiqués par l'Église primitive.

M. Faber passe ensuite à la Primauté contre laquelle il renouvelle de vieilles attaques cent fois repoussées, et dont, pour cette raison, je ne m'occuperai pas ici. Je ferai seulement quelques ré-

(i) Voyez page 12 , toI. i" de la Discussion Amicale, un passage très-frappant de Dodwell que j'ai cité en note. Il semble avoir été écrit pour démontrer la nullité de votre établissement ecclésiastique, par défaut de compétence dans la Reine et son Parlement. Vous le trouverez encore dans la première partie , ch. i", n° 2 de ma Défense.

DE LA DISCTTSSIOîT A]\nCALE. 3^g

flexions rapides sur certaines allégations de ce chapitre. Selon l'auteur, et contre le sentiment général de tous les partis , Pierre n'est plus le premier Évêque de Rome mais Linus. La preuve qu'il en fournit est précisément celle du contraire. Car il insiste sur * ce que Linus fut choisi d'un commun accord par Saint Pierre et Saint Paul. Mais avant l'arrivée de Saint Paul à Rome , Pierre en avoit fondé et gouverné l'Église pendant quelques années. Donc il est le premier Évêque , et Linus en a été appelé, comme Ignace à Antioche, le premier Évêque après Saint Pierre. C'est pour cela qu'Irénée , -en parlant de l'élévation de Clément au siège de Rome , dit qu'il en a été le troisième Évêque depuis la mort des Apôtres (i).

Irénée s'exprime ainsi sur le siège de Rome : « ^d » hanc Ecclesiam y propter potentiorem principale » tatem , necesse est omnem conifenire Ecclesiam ; » hoc est, eos qui suntundiquè Fidèles. » M. Faber traduit, page 345 en note : « A l'Église romaine, eu » égard à la supériorité de son autorité, il faut que »' toute Église ressortisse , c'est-à-dire ceux des Fi- » dèles qui demeurent autour d'elle. » Il n'y a pas dans le texte , ceux des Fidèles qui demeurent au-tour d'elle; mais des Fidèles qui sont de tous côtés. Il venoit de dire toute Église ; donc aussi tous les Fidèles. Et, en effet, du temps d'Irénée, l'Église de Smyrne, celle de Corinthe avoient déjà eu recours

(i) Post Anaclelum y tertio loco abApostolis, Episcopatum sortitur Clemens. Irénée , cité par M. Faber , p. 337 , à la fin.

33o DifESSE

à Rome dans des affaires importantes. Il est à remarquer que le mot ressortir, que M. Faber préfère à celui que nous employons s'accorder ^ rend avec énergie la prééminence Romaine; car l'on ne ressort qu'à l'autorité supérieure.

Tertullien, qui s'est converti à Rome vers le roilieu du second siècle, et qui depuis a vécu sous les Primats d'Afrique, donne à l'Évéque de Rome le titre que nous lui donnons encore de Souverain Pontife. M. Faber en convient; mais il épilogue sur Saint Gyprien, et il ne prouve autre chose sinon que ce savant et illustre Primat de Carthage n'admettoit point d'infaillibilité dans le Pape , non plus que Firmilien , les Églises des Iles et d'Afrique. Il est très-faux qu'il ait contesté au Pape Etienne d'être successeur de Saint Pierre. <c Corneille vient d'être » fait Évéque de Rome , écrivoit Saint Cyprien à An- » tonianus^ la place de Fabien, c'est-à-dire celle de » Pierre , et le degré de la chaire sacerdotale ayant 2> vaqué. » Rien sans doute de plus clair, à% plus précis.

Le texte de Saint Cyprien, que M. Faber prétend tourner contre le Saint-Siège , devient en sa faveur plus fort , plus décisif par l'explication même qu'il lui donne. Vous le verrez en note dans son livre, page 348* « Cyprien parle d'une chaire fondée sur » Pierre par l'ordre du Sauveur. Cette chaire n'est » point celle de Rome , dit M. Faber d'après la te- » neur de l'Épître, mais la chaire de l'Épiscopat en- » tier collectivement uni. » S'il en est ainsi, il est évident que non-seulement la chaire de Rome, mais

DB LA DlSCUSSIOJf AMICALE. 3Sl

toutes les C^ires Éplscopàles sont foiidées sur Pierre^ et par conséquent sur ses successeurs. Il est impossible d'en dire plus pour la Primauté uni« verselle de la Chaire Romaine. Voilà comme Terreup s'est elle-même trahie.

Les Grecs ont reconnu la Primauté de Juridiction

dans le Saiiit Père au Concile de Florence, plus

anciennement dans celui de Lyon ; comme ils l'a-

voient fait depuis l'origine du Christianisme jusqu'à

Photius. C'est pour cela que les représentants du

Saint Siège présidèrent d'un commun accord au

premier Concile de Nicée^de Constantinople^etc.

C'est pour cela que Polycarpe , à l'âge de quatre-

yingt-dixans, traverse les mers, et va rendre compte

au Pape Anicet des raisons qui attachoient les

Églises d'Asie à l'usage de célébrer la Pâque le qua-^

torzième de la lune. C'est encore pour cela que les

Corinthiens envoient une députation, noo. pas à

Clément, qui n'étoit pas encore sur le siège de

Pierre, comme paroît le croire M. Faber, mais au

Pape Anaclet , afin de l'engager à interposer son

autorité pour étouffer le schisme qui meuaçoit leUr

Église.

LII. Je priift'ai M. Faber de nous déclarer par quel motif, efl discutant par l'Écriture Sainte lestiti^sdu Saint Siège à la Primauté, il lui a plu de passer sous silence le fameux texte : « Paissez, mes agneaux; » paissez, mes brebis. » Voilà bien certainement la surveillance et la juridiction universelle donnée à Pieri^, et dans sa personne à ses successeurs» Si M* Faber veut être compris dans le trou(>eau de

332 DÉFEITSE

Jésus-Christ, il faut qu'il reconnoisse le Pasteur mis à sa tête par notre Divin Sauveur. Que s'il s'obstine à ne point le reconnoître , il se sépare volontairement des brebis et des agneaux qui appartiennent à Jésus- Christ. Je l'invite sérieusement, lui, ses lecteurs et' les miens, à méditer et s'appliquer à eux-mêmes cette effrayante conséquence.

LUI. A mon grand étonnement, la page 355 me représente un Plénipotentiaire accrédité auprès de l'Église Anglicane pour procurer un réconciliation entre elle et nous. L'on me fait parler au nom de l'Église Catholique : je fais des promesses, des concessions; j'engage sa parole. Ceci me rappelle'ce que milord Chesterfield écrivoit à son fils, et queje recommande à M. Faber : « Voyez ce que vous voyez; » lisez ce que vous lisez. » Il n'a point lu ce qu'il lisoit; il a lu ce qu'il ne lisoit pas et ne pouvoit lire dans mon livre, attendu que je ne l'y ai point mis. Néanmoins je ne saurois guère lui en vouloir, puisque quelques-uns de mes compatriotes ont donné dans la même méprise, si j'en crois les rapports qui m'en sont revenus. Il faut rectifier l'erreur des uns et des autres. J'ai donc avoué que, si la foi est invariable, la discipline ne l'est pas; que s'îl étoit impossible de faire des concessions sur la première , on le pouvoit sur la seconde; et entre cesconcessicns, j'en ai nommé quelques-unes, à l'exemple de M. Bossuet, choisissant comme lui celles qui seroient plus agréables aux Protestants. Mais autre chose est de dire que telles ou telles concessions pourroient être faites; autre chose les faire soi-même. Il y a ici deux ques-

tions, dont la première peut être décidée par qui que ce soit, la seconde par l'Église seule. Quels sont les articles de discipline susceptibles de changement ? Tous. Quels sont ceux qu'il seroit expédient de changer pour obtenir le retour d'un peuple séparé? A l'Église seule appartient le droit de le déclarer.

J'ai souhaité vivement y depuis bien des années j le retour des nations sorties de l'unité. Depuis bien des années il m'a semblé que les moyens de les y ramener n'étoient pas impossibles; et mes lectures, mes réflexions, comme mes désirs, se sont tournés spontanément vers ce but, souhaité par les bons esprits de toutes les Communions.

J'ai cru que l'époque où nous vivons présentoit plus de chances favorables àla réunion des Chrétiens. D'une part, trois siècles de commotions, de bouleversements, de vives controverses, de guerres intestines et sanglantes ont fatigué la terre ; de l'autre , le monde est effrayé par le nombre de sectes que le principe de la Réforme a fait éclore, et, àleur suite, l'Incrédulité qui a déjà suscité tan t de révolution^ , et menacé les peuples et les souverains d'en susciter de nouvelles (i). On ne sauroit se dissimuler que, si

(i) u Les divisions religieuses, quand elles sont multipliées , sont des sources d'athéisme. Bacon le disoît ; et jamais on ne l'a tant vu que de nos jours.

u Par tant de paradoxes les fondements de notre religion sont » ébranlés , les principaux articles sont mis en doute , des héré- » sîes entrent en foide dans les )^glises du Christ , et le chemin

554 DiFCirsË

des intérêts temporels ont autrefois porté les Puissances à adopter la Réforme , des intérêts temporels bien supérieurs , leur propre existence même , devroient aujourd'hui les convaincre qu'il n'y aura de repos, de sûreté pour elles qu'à l'abri tutélaire de l'unité et d'une autorité supréâne en matières révér lées. Les Chrétiens, me suis-je dit bien des fois à moi-même , n'écouteront-ils pas enfin leur propre expérience? Voudroient-ils donc se condamner euxmêmes à passer leurs jours dans les dissensions , les troubles, et léguer ce funeste héritage à leur postérité? Rachetés par le même sang, régénérés par le même Baptême , appelés aux mêmes espérances , à la félicité d'un autre monde, ne se donneront-ils jamais la main dans celui-ci? Et les verra-t-on éternelle ment séparés de communion,de prières et de culte ? Le Dieu Sauveur a dit qu'il ne vôuloîtsur terre qu'une bergerie, un troupeau, un pasteur; et ils pourroient, contre son ordre, se rassurer et se complaire dans une multitude de troupeaux et de bergeries ? Non ; il faudra bientôt une fin à ces désordres, ou un terme aux choses humaines.

Au milieu de ces réflexions , je sentois bien que, pour amener les hommes à la même croyance , le premier pas à faire étoit de leur en prouver la vérité. Je ne me suis pas dissimulé la difficulté d'une pareille entreprise; je n'aurois pas même essayé de la vaincre, si je n'avois compté que sur mes forces.

M s'ouvre à TatliéîsiDe. » Slurmer , Ratio imundœ concordia , ann. iS'jg^ p. 2.

DE LA DlSCUSSIOlS^ AMICALE. 335

Ma seule confiance a été dans celui qui depuis longtemps m'en inspiroit la pensée et la résolution. Je n'ai cessé d'implorer son aide et sa grâce toute-puis* santé dans le cours de mes recherches et de mon travail. J'en ai ensuite soumis le résultat à des amis éclairés. J'ai souhaité qu'il fut mis sous les yeux de personnes instruites parmi les Communions étrangères. Il l'a été , et non pas toujours sans approbation et sans quelque effet. Un antagoniste s'est enfin levé, auquel assurément il ne manque ni pénétration d'esprit, ni Éacilité de langage, ni élégance de style; que ne puis-je ajouter : ni sincérité , ni amour de l'union, ni expérience dans les matières théologiques! Tour à tour il loue le caractère de l'auteur qu'il ne connoît pas , et outrage le livre qui est dans ses mains, lia tort dans l'un et l'autre cas; dans ses éloges, que malheureusement l'auteur ne mérite aucunement; dans sa critique de la Discussion Amicale^ que cette réponse a placée , je pense , au-dessus de ses atteintes. Il décompose mes preuves, il ajoute ou retranche, change mes i)aroles, me prête les siennes, substitue ses propres raisonnements aux miens; et, ce qui est plus coupable, il ne connoît pas plus de réserve vis-à-vis des Pères de l'antiquité. Il est d'une hardiesse inouïe à leur faire dire ce qu'ils ne disent pas, et même le contraire de ce quilis disent; oui, le contraire; je suis désolé d'avoir à lui Élire un si grand reproche. Je ne me serois jamais attendu à trouver de tels procédés dans un Anglois. 3'en ai connu un grand nombre pendant les treize ans que j'ai séjourné parmi eux, et n'ai rencontré

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personne de cette trempe. Il est permis sans doute à l'écrivain le plus spirituel de n'être pas théologien ^ jamais de n être pas honnête.

A la page 370, il prétend que mes reproches contre la Réformation retombent sur le Christianisme , et ne voit pas que le parallèle qu'il établit entre eux tient du blasphème. Cependant il sait que la Révélation Chrétienne est descendue du Ciel; qu'elle s'est présentée au monde avec les preuves de sa Divinité ^ que les Apôtres , leurs disciples , leurs prosélytes ont attiré les hommes par leurs vertus et leur céleste doctrine ; qu'ils ont soufïert avec résignation sans faire souffrir personne ; qu'ils n'ont versé d'autre sang que le leur, et qu'ils ont prié pour leurs persécuteurs. Il sait enfin que la prédication de l'Évangile s'est faite par l'ordre de Dieu, et que l'établissement de l'Église est une œuvre toute Divine. Mais les Réformateurs, que furent-ils? Us vous l'ont dit eux-mêmes. Étoitce, je ne dis point par l'ordre de Dieu, mais simplement pour sa gloire , qu'ils annonçpient leur doctrine ? « Cette » querelle n'a pas commencé pour l'honneur de Dieu , »elle ne finira pas aushi par lui, » s'écria un jour Luther (i). Ont-ils supporté les contradictions avec

(i) A la dispute de Leipzig , an iSig , ordonnée par le prince George de Saxe , entre Ëckius d'Ingolstat , Carlostadt et Luther (yojezV Histoire de^o ans , à dater de i5oo , par Laurent Surius, chartreux, trad. pard'Ëstourmeaux, 2* édit. , 1572), Paris. Ëmser, témoin auriculaire , reprocha ce propos à Luther, qui ne le nia point.

DE LA DISCUSSION AMICALE. SSy

une humilité Chrétienne , et prié pour ceux qui condamnoient leurs prédications? Luther s'épuisoit en menaces contre le Saint Siège et l'Église Romaine (i); Calvin appeloit monstres ceux qui s'opposoient à sa doctrine, et vouloit qu'on les traitât comme il ayoit traité Servet (2) ; Zwingle, à la tête de ses troupes, reçut la mort qu'il vouloit donner à ses ennemis. Et où conduisoient leurs principes? A . la ruine de nos Mystères, au renversement de la religion (3). Qui donc a suscité la Réforme , et de

(i) « C'est de ma main que le coup de la mort lui sera donné, écrivoit Luther en i520 ; ma doctrine dominera, et le Pape clierra (tombera). Il a refusé la paix ; il aura donc la guerre : nous verrons qui sçra plus tôt las , ou le Pape ou Luther Assaillons , assaillons avec toutes sortes d'armes, dont nous pourrons nous aviser , ce maître de perdition , ces Papes, ces Cardinaux, et toute cette canaille et ordure Romaine ; lavons nos mains dans leur sang. » £t dans sou épître à ceux de Strasbourg il témoigne rt qu'il ne s'est pas engagé si avant dans cette querelle pour l'amour de Christ , mais pour la haine qu'il porte au Pape , auquel il dénonce une guerre à feu et à sang. »

(2) Rappelez-vous ici sa lettreau marquis de Poet que j'ai citée plus haut. ' — « Calvini discipuli , ubicumque invaluerunt , im« » peria turbavere , » dit Grotius contre Rivet.

« Le Calvinisme devoit nécessairement enfanter des guerres civiles , et ébranler les fondements des Etats Il n'j a point de

pays où la* religion de Luther et de Calvin ait paru sans faire couler le sang. » Voltaire, Siècle de Louis XI y, ch. 33.

(3) * De ta doctrine et de celle de tous tes complices et sectateurs » renaissent toutes les hérésies jadis condamnées , et tout le ser^ >» vice de Dieu est abâtardi. Quand jamais furent faits plus de » sacrilèges des hommes consacrés à Dieu qu'on a fait sous ton » Évangile? En quel temps la rébellion contré le magistrat a été .

<jui dirons-nous qu'elle a été l'œuvre ? Répondez

vo^is-meme.

jLiy. Je ne connois rien de pire qu'un homme d'esprft et en même temps de mauvaise foi ; il flétrit à son gré ce qu'il touche , et présente à ses lecteurs sous l'air séduisant de la vérité ce qu'il sait lui-même être faux. Combien de fois n'ai-ie pas çu la douleur d'appliquer cette réflexion au recteur de Long-Newton ? Il entreprend, page 072, note 2 ,dç me peindre aux yeux de ses compatriotes» comme le partisan, l'ami de l'Inquisition ; et, afin qu'ils ne piîîssent douter de sa sincérité, il a l'air de leurtrafluîre la note que ie vous prie de lire dans mon se- ^qnd volume, pages 41^7 4^7* Il supprime et ajoute à son gré , de manière que les paroles qu'il me prête expriment assez bien lé contraire de ce que j'ai exprimé, a Je n'entreprends pas , dis-je en commenh çant, de justifier les tribunaux de l'Inquisition » en théorie et en principe. » Il a fort bien lu cejte première pjirase, puisqu'il prend soin de la

>» plus fréquente que durant ton Évangile? Quand a-t-on vu plus » de pilleries des Eglises , plus de larcins et voleries ? En quel » temps est-ce que Wittemberg a eu plus de moines défroqués » qu'en ce temps ici ? Quand est-ce qu'on a osté les femmes à » leurs maris , pour les donner à autres , comme on a fait en » ton Évangile? Quand est-ce qu'on a commis plus d'adultères » que depuis que tu as osé écrire , que si un homme ne peut en- » gendrer de sa femme , qu'il aille à une autre , de laquelle il » puisse engendrer , et que le mari soit tenu de nourrir l'enfant » qu'il aura d'icelle procréé , et que la femme en fasse autant » envers son mari? etc. , etc, , etc. » Réponse du prince George de Saxe à Luther , en i526.

DE LÀ blSarSSIOJDT AMICALE. ^Sq

Bjupprlmer; et quoique j'avertisse que je ne défendrai pas l'Inquisition , il me donne pour son défen* seur. « On les accuse , et plût à Dieu que ce fût avec » moins de sujet ! d'avoir poussé la rigueur jusqu'à V l'injustice et la cruauté.» Cette exclama^on est-elle d'un homme qui applaudit aux rigueurs, aux injustices j à la cruauté de ces tribunaifx ; ou qui en gémit profondément? Les reconnoître de cette n)^nière , est-ce en prendre la défense ? n'est-ce pas plutôt les condamner avec l'accent de la douleur ? c< Que n'ont-ils imité ceux cV Italie l sans se souiller » du sang innocent ^ ils auroient obtenu le succès quq » les souverains attendoient de leur vigilance. » JVJ. le recteur a lu cette phrase , et il la supprime. E3t~P9 défendre l'Inquisition d'Espagne , que de lui ^dr^r 3er ce reproche ? et M. le recteur l'auroit-il exprimé plus fortement que je ne le fais par ces paroles supprimées à dessein par lui : sans se souiller d^ sang innocent? Après avoir rappelé, avec des écrivains dignes de foi , que le nombre des victimes innocentes avoît été fort exagéré , j'ajoute : « Ne » l'eût-il point été , l'Espagne , en se reprochât » toutes ces cruelles et injustes exécutions , n'au- » roit point à regretter le sort des autres États qu » les guerres religieuses ont fait couler à flots le » sang humain , etc. » M. le recteur mç fait dire ; <c L'Espagne heureuse et bénie pcf,r VlnquisiUoni » but Spain blessed mth the Inquisition. » Cette petite intercalation se trouve placée fort à propos pour colorer l'accusation que m'intente M. le bachelier, et mettre en évidence toute sa candeun

34o 1)£FENSK

Il voudroit que j'eusse franchement déclaré quelles furent selon moi les victimes innocentes , quels furent les coupables. Rien assurément ne m*y obligeoit. Qu'il en fasse le partage comme il lui plaira; je ne m'y oppose point. Cela n'entre aucunement dans mes vues. Je ne fais point l'histoire deTInquisition. Tai annoncé que je ne défendrois ni ses tribunaux, ni ses exécutions injustes et cruelles; que j'examinois uniquement ses conséquences générales , relativement au sort de l'Espagne , ainsi que l'a fait Fauteur Anglois que j'ai cité. Durant mon long séjour en Angleterre, je n'ai pas rencontré un homme instruit et de bonne foi qui se chargeât de justifier dans son principe et ses moyens la révolution de i688y mais plusieurs qui s'applaudissoient de ses conséquences pour la prospérité actuelle du pays : injuste dans son origine, ils la trouvoient avantageuse dans ses effets. C'est à peu près ainsi que j'ai envisage l'Inquisition , qui , en maintenant l'Espagne dans l'unité de la foi , l'a sauvée de nos jours d'une ruine certaine et totale.

a Je puis me tromper, dit M. Faber , p. 874 , maïs » j'ai toujours compris que l'objet de l'Inquisition » étoit de connoître de ce que l'Église Latine ( il a » voulu dire sans doute , Catholique ) prononce être » hérésie. » Il sera bien aise, je pense, de savoir ce que nous apprend là-dessus un homme auquel nous pouvons tous nous en rapporter, l'abbé Fleury, Instit. au Droit Eccl. vol. 11, in-12, p. 86 et qo. Paris, 1763. « On fait remonter l'origine de l'Inquisi- » tion à Théodose-le-Grand, contre les Manichéens.

DS LÀ DISCUSSIOir AMICALE. 34 1

» Sa loi de l'an 3 82 est adressée au Préfet de TOrient, » En 1224 y TEmpereur Frédéric II porta quatre édits » avec ordre aux juges séculiers de poursuivre et » punir par le feu les hérétiques obstinés , condam- » nés par l'Église... En France , elle commença contre » les Albigeois y à Toulouse, en 1229; en Aragon en » 1233, mais fort foiblement, jusqu'à ce que Ferdi- » nand ayant chassé les Maures, et voulant affermir » les conversions simulées des Maures et des Juift » qui obtenoient de rester en Espagne en se faisant » Chrétiens, demanda au Pape Sixte IV, en i483,une 9 bulle pour nommer le Cardinal Turre-Cremata » Grand Inquisiteur, Président du conseil del'Inqui- » sition... C'est ce conseil qui fait les règlements, qui » juge les différends entre les Inquisiteurs particu* y) liers y qui punit leurs fautes et celles des ministres » inférieurs , et qui reçoit les appels. Ce conseil ne » dépend que du Roi. »

Au surplus, si j'appartenois à l'Église Espagnole dont M. Faber fait si bien les honneurs , je lui dirois : Vueillez bien. Monsieur, vous occuper un peu plus de la vôtre. Songez à l'illustre et pieuse foiir datrice de votre Église Établie j à la Suprême Gouvernante dans les choses spirituelles, autant que dans les temporelles ; songez aux lois si douces, si débonnaires qu'elle publia contre ceux de ses sujets qui ne vouloient pas renier avec elle la religion.de leurs pères; songez aux recherches, aux visites domiciliaires faites par ses ordres pour découvrir les moindres traces du culte Catholique et de ses ministres , à l'acharnement avec lequel on pour-

auivoit les Prêtres, à la joie barbare qui éclatoît jusque dans la capitale , toutes les fois que Ton eu avoit découvert sous lears déguisements , ou dans leurs retraites cachées. Songez aux instruments de supplice qui les attendoient dans. leurs prisons, aux machines ingénieusement inventées (i), auxquelles

(i) ■ ÂtrociorapœnaruniiDgeaia. » Terlul. , de laRésurr. de la Chair, n'a, p. 6i.

Voici les divers genres de tortures principalement emplojés dam la Tonr :

1". Ce que l'on nommoit spécialement ■ laqaettion, » étoit un large diâans de chêne élev4 sur quatre montants à trob pieds du sol : le prisonnier étoit couché dessous , sur le dos ; on l'attachoït par les poignets et les coude— pieds avec des coi'des , à deux rouleaux placés aux deux extrémités du chilssis ; ces rouleaux étolent mus par des leviers dans des directions opposées , jusqu'à ce que le corps se trouvât élevé de niveau avec le châssis. On proposoit alors les questions , et si les réponses n'étoient pas satisfaisantes, le patient étoit tiré de plus en plus , jusqu'à ce que les os quittassent leurs articulations.

7.°. " ha fille du houeur » étoit un large cercle de fer, composé dedeuKpartiéSjjointesl'uncàrautre par une charnière. On placent leprisonnieràgeuouxsur lepavé, et on le contraiguoit àseploj'er dans nn aussi petit espace que possible. Alors le bourreau s'age- Douilloit sur ses épaules après avoir introduit le cercle sons ses jambes , et comprimoit la victime sur elle-même , jusqu'à ce qu'il pût accrocher les extrémités vers les reins. L'espace de temps alloué pour ce genre de torture étoit d'une heure et demie , durant laquelle il arrivoït communément que l'excès de la compression fai'soit jaillir le sang par les narines , souvent même , à ce qu'os croit, par les extrémités des pieds et des mains. (Voyes Barlûli.aSo.)

3°.Des>|V)nte/etj(&^/-jHqueronpoavoit contracter aumoyen fl'MnA vis. Ils servoient à comprimer les poignets et i suspendre

DE LA mSCTJSSioir AMICALE. 34^

on les appliquoit avec une froide férocité; songez aux cris de douleur, aux gémissements prolonges

les prisonniers en l'air à deux points d'une poutre. On plaçoit le patient sur trois pièces de bois posées Tune sur l'autre . et (pie l'on retiroit successivement de dessous ses pieds quand ses mains étoient attachées. « J'éprouvois, dit F. Gérard , qui endura cette soufiFrance , la principale douleur dans ma poitrine , mon ventre ^ mes bras et mes mains ; il me sembloit que tout mon sang s'étoil retiré dans mes bras et commençoit à sortir par les extrémités de mes doigts. C'ctoit une erreur ; mais mes bras se gonflèrent jusqu'à ce que les gantelets fussent entrés dans la chair. Après être resté ainsi suspendu pendant une heure , je m'évanouis ; et lorsque je revins à moi , je vis que les bourreaux me soutenoient dans leurs bras : ils replacèrent les pièces de bois sous mes pieds ; mais dès que je fus un peu remis ils les retirèrent encore. Je fus suspendu ainsi pendant cinq heures , durant lesquelles je m'évanouis huit ou neuf fois. » ( Apud Bartoli , 4iB. )

4®. La quatrième espèce de torture étoit une petite cellule , nommée <( la petite aise. »» Elle étoit d'une telle dimension, et tellement construite , que le prisonnier ne pouvoit se tenir debout , ni marcher , ni s'asseoir , ni se coucher : il étoit forcé de s'accroupir , et restoît ainsi pendant plusieurs jours.

J'ajouterai ici quelques lignes tirées du journal de Risthon j afin que le lecteur se fasse une idée de ce qui se passoit à la Tour.

Le 5 décembre i58o plusieurs prêtres furent amenés de différentes prisons.

Le 10 décembre , Thomas G)ttam et Luc Kirbye (deux de ces prêtres) fui-ent comprimés dans la fille du boueur pendant j)lus d'une heure. Cottam perdit beaucoup de sang par le nez.

Le i5 décembre Ralph Sherwine et Robert Johnson , prêtres, furent violemment torturés à la question.

Le i6 décembre Ralph Sherwine fut torturé une secondé foi» à la question.

Le 3i décembre John Hart , après oyoït iié encHiunS pendant

344 dMfehse

des yictimes innocentes et résignées , aux flots de sang qui f aillissoient sous la pression du fer , de leurs membres disloqués; et après ces horribles tortures y songez à Fexécution qui terminoit leur martyre et leur vie , lorsque traînés de la prison au champ de mort, le bourreau les attachoit un instant au gibet , les en descendoit encore vivants, leur ouvroit le corps , arrachoit leurs entrailles palpitantes y et les jettoit dans un brasier, sous les yeux et aux acclamationsforcenées d'une multitude triomphante. Lisez l'histoire de cette époque si fidèlement écrite par votre immortel Lingard, que vous placez avec raisoii à la tête de vos historiens. Allons , Monsieur, lisez et soyez du moins plus réservé dorénavant dans vos déclamations contre les étrangers. Mais non , joignez-vous plutôt à moi. Tirons ensemble le voile sur ces scènes d'horreur ; gémissons sur nos siècles de barbarie, sur les erreurs de l'humanité. Quel peuple n'a pas eu les siennes? L'Inquisition, après s'être long-temps adoucie, a tout-àfait disparu parmi nous. La vôtre s'est beaucoup relâchée dans ces derniers temps : faites donc enfin

cinq jours au plancher, fut mis à la question, ainsi que Henri Orton , gentilhomme laïque.

Le 3 janvier ]58i Christophe Thompson, prêtre âgé, fat amené à la Tour , et mis à la question le même jour.

Le i4 janvier Nicolas Roscaroc, gentilhomme laïque, fut mis à la question.

Cela continue ainsi Jusqu'au 21 juin i585 , époque où l'écrivain fut déchargé de ce travail. Voyez son Journal , à la fin de son édition de Sanders.

qu'elle disparoisse aussi , et rendez au repos , au bonheur, à la patrie huit millions de vos concitoyens que vous en privez impitoyablement depuis trois siècles, en punition de leur dévouement inébranlable à la religion de vos aïeux.

LV. Dans ce dernier article , et vingt autres précédents, vous avez dû, Monsieur, admirer la dextérité avec laquelle M. Faber change, tourne et contourne mes expressions, leur donne à son gré le sens qui lui. plaît, substitue à la place de ce que j'ai dit, ce qu'il veut me faire dire. Il possède cet art à un suprême degré : je n'en reviens pas ; je n'aurois . jamais été chercher un talent de ce genre en Angleterre; vous n'y en trouveriez pas un second semblable, j'aime à le croire. C'est surtout dans les dernières pages de son livre qu'il se surpasse lui-même. Par exemple, il s'est mis en tête de me faire passer aux yeux de ses compatriotes pour un homme intolérant, et voici comme il s'y prend, page 378. « Il ne man- » quoit plus à l'Évêque, dit-il, après avoir fait l'a- » pologie de l'Inquisition , que de se déclarer ronde- » mentcontrelalibertédesCiiltes.»Etils'attached'un air fort sérieux et de très-mauvaise humeur à réfuter uneopinion qu'il m'attribue le plus gratuitement du inonde. Car il sait dans son âme et conscience que je ne parle aucunement de \di Liberté des Cultes , bien loin de faire, comme il le prétend, un crime à son Église de l'accorder à ses dissidents (i). Il a trop

(i) Pag. 409 , 4*^ j "^'^l* Il 9 J^i^cussion amicale. Voy. aussi vol. I ^pag. i4g7 i5o, 162, i63.

346 DEFEKSE

cTesprit pour ne pas sentir la différence de ces deux phrases : « Le serpent que fomente l'Église Anglî- » cane , et qui pour prix d^avoir été nourri dans scm » sein lui donnera la mort, est la liberté du culte re- » ligieux; » et celle-ci : «Je vois que FÉglisè Établie )» porte dans son sein le principe de sa destruction Ddans cette liberté de se faire une religion et un y> culte y qu'elle ne sauroit dorénavant contester à » personne , après se l'être accordée à elle-même. » Cette dernière phrase est de moi, la première de M. Fàber, qui la substitue finement à la mienne, afin de la mettre sur mon compte ; mais qu'il là reprenne au -sien, je l'en conjure. Elle est toute à lui, et assurément je ne lui ferai pas le tort de m'approprier ce qui lui appartient. Je doute au reste que sa ruse lui fasse grand honneur à vos yeux et à ceux d'une nation aussi généralement équitable et généreuse que la sienne.

M. Faber fait sonner bien haut la tolérance de son Église. Il est vrai qu'elle est presque entière pour les sectes sorties comme elle du principe fondamental , qui substitue le sens privé à l'autorité de FÉglîse Universelle (principe que j'ai signalé comme la cause d'une mort inévitable pour votre Église ). Maïs jusqu'à ces derniers temps sa tolérance a été huile pour les Catholiques , pour cette race héroïque de Confesseurs de la Foi , qui depuis trois siècles ont souffert tant de maux de père en fils , et souffrent encore tant de privations jpour avoir constamment refusé cle sacrifier Funité au principe antichrétien de divisions et de schisme. £t xxxhiûçi éïibore, !ors-

qu'en 1791, le gouvernement anglois voulut bien leur permettre de célébrer leur culte à porte ouverte , il sut bien les en punir d'un autre côté j3ar le refus prolongé indéfiniment de leur rendre leurs anciens droits civils et politiques. Est-ce ainsi que notre France, si intolérante au dire de M. Faber, a traité et traite ses sujets protestants? Rappelez-vous Sully, Turenne , le maréchal de Saxe ; et de nos jours vous voyez les Protestants de diverses communions admis à tous les emplois de l'armée ^ de la marine , de l'administration , siégeant dans l'une et l'autre chambre , et même dans le conseit du Roi. Si M.Faber veut trouver une tolérance complète , qu'il sorte de . son île et passe en France. Certes il y a plus que de la maladresse à iious vanter sous le rapport de tolérance sa patrie aux dépens de la nôtre.

L'Église Établie , qui en dépit de ses Trente-Neuf Articles, des injonctions royales et des actes parlementaires ne sauroît empêcher les sectes de pulluler à ses côtés et à ses frais , ne peut prétendre aucun mérite à leur laisser pleine liberté de culte. Elles sont nées, comme elle, d'un seul et même principe, quoiqu'à des époques diverses. Elles composent ensemble une même famille, et sont sœurs. Il est vrai qu'elles font à la plus avantagée une guerre à mort, ce dont je ne les loue aucunement. Je n'aime point les hostilités, et celles qui sont intestines, moins queles autres. Je ne puis néanmoins méconnoître les titres et les droits que leur (lorine une origine commune; ils sont incontestables vis*a-

348 DiFEBTSE

vis r Église Établie. Elles en usent et en useront; elles la minent et la mineront , j'en ai grand'peur , jusqu'à ce qu'elles la voient expirer au milieu d'elles d'épuisement et d'inanition.

a Cette liberté de Culte que l'Évéque consacre » dans l'Église Anglicane , poursuit M. Faber, est » un principe que'' l'Église Romaine a toujours ab- » horré. » Il est donc écrit que M. le recteur de Long- Newton aura tort jusqu'au bout. Qu'il écoute: « Sur » toutes choses, ne forcez jamais vos sujets à chan- D ger de religion. Nulle puissance humaine ne peut 9 forcer le retranchement impénétrable de la liberté ]» du cœur. La force ne peut jamais persuader les » hommes , elle ne fait que des hypocrites. Quand » les Rois se mêlent de religion , au lieu de la pro- » téger ils la mettent en servitude. Accordez à tous » la toléranw cii^ile, non en approuvant tout comme » indifférent ^ mais en spufFrant avec patience tout » ce que Dieu souffre , et en tâchant de ramener les » hommes pafr une douce persuasion. » Ce conseil ^ donné par un illustre Évêque Catholique au prétendant , fils de Jacques II, seroit encore aujourd'hui suggéré dans l'occasion par les Évêques de France. Je n'en connois pas un seul qui ne se fît honneur d'y souscrire. M. Faber, s'il étoit appelé à délibérer sur la question Catholique, adopteroit-il la décision que vous venez de lire ? S'exprimeroit-il dans les mêmes termes en faveur de ses compatriotes opprimés, les Catholiques des trois royaumes? S'il étoit consulté par le banc des Évêques à la prochaine session, leur conseilleroit-il de tenir haute*

ment ce langage dans la chambre des pairs? Que ses lecteurs en jugent par ses Difficultés du Roma' nisme. Eh bien! qu'il ne fasse donc plus trophée de sa prétendue tolérance, et qu'il reconnoisse ouvertement que les Protestants ont trouvé et trouveront dans nos Évêques une tolérance que les Catholiques n'ont pu jusqu'ici obtenir du clergé Anglican (i).

Dans une note, page 879, M. Faber cite un passage du savant et pieux Évêque Walmesley sur l'irrévocabilité des articles de Foi, et deux phrases analogues de la Discussion Amicaîe.ii Ainsi s'expriment, » ajoute*t-il , deux Ecclésiastiques modernes. » Et il s'en étonne. Il faut lui montrer, et même par l'auteur célèbre auquel il me renvoie dans sa conclusion , page 38 1 , que cette doctrine est celle de la prîmiti{fe Église. « La règle de Foi est essentielle- » ment une, dit Tertullien, seule immobile, seule » au-dessus de toute réforme!.... Pendant qu'elle

(i) On feint de redouter les entreprises des Catholiques, s'ils étoient une fols émancipés. Outre les protestations si souvent répétées par eux à ce sujet , on ne voit pas quelle si grande influence , quelle autorité pourroit leur procurer l'émancipation. Voulez— vous vous assurer mieux encore de leurs dispositions futures? Je dirai : soyez d'abord justes à leur égard ; rendez-leur les droits que vous leur avez enlevés. Soyez ensuite généreux ; accordez-leur l'exemption d'un impôt quelconque en indemnité du -passé. Vous aurez plus de prise sur eux par les bienfaits que vous n'en avez eu par vos rigueurs ; vous les encbaînerez par la reconnoissance. Son effet est souverain sur des cœurs nobles , nés dans le malheur et long-temps nourris d'humiliation et d'amertume.

36f> BEFEBTSB

}t 4etùenrç intacte , le reste , qui n est que de discip plin^ j peut être modifié sous la directioa de la » prâce; qui exécute et achève son œuvre (i). »

LVI. Enfin M. Faber va se résumer à la fin de son ouvrage. Mais dans quels termes? ma plume $'indigne et frémit en les transcrivant. « L'ÉvéquC; dit-il )» page 38â, nous presse de nous unir ou plutôt de 5 nous soumettre à son Église. Mais en qualité d'a- » vocat conséquent aux principes de cette Eglise, il » iustifie l'idolâtrie, flétrit la Réformation (a), se fait » le défenseur du massacre de la Saint-Barthélemi (3), p rejette le blâme de la persécution sur les persécu-f tés , et censure la liberté religieuse des cultes. >> Bas un piot dans ces lignes qui ne soit de la plu^ insigne fausseté ; pas une de ces accusations qui ne soit diamétralement opposée à mes principes, à mes sentimen|;s, à mes expressions. Il est cruel, en vérité,

(i) « Régula quidem fidei una omninÀ est, sola immobilis et

irrefragabilis Hâc lege fidei manente, cxtera jam disciplinae

et conversatlonis admittunt novitatem correctîonis , opérante soilicet et proficiente usque în finem gratiâ Dei. » De f^irginihus n)elandis, n° i , page 490»

(2) C'est elle-même <jui s*est flétrie ; je n'ai eu qu'à la laisser parler.

(3) En parlant des calamités que l'Europe n'auroit jamais connues sans la Réformation, j'ai dit page 4^4 > ^®^* ^^ : « Et la » France n'auroit pas eu la bonté de cette épouvantable nuit de » la Saint-Bartbélemi ; » et le cbaritable recteur de Long-Newton imagine tout exprès un contre-sens pour cbanger une expression d'horreur en apologie du massacre exécuté à la faveur des ténè* bres!

DE LA Discussion AMICALE. 3Sï

c|6 se voir représenté sous des traits aussi odieux devant: une nation que j'honore , et chez laquelle j'ai constamment reçu des marques d'estime, de protection, de bonté. Toutefois, je ne ferai qu'unç répopse aux calomnies de M. Faber ; elle sera courte , la voici : je prie ses lecteurs et les miens de les lui pardonner comme je les lui pardonne rapi-raéme devant les hommes et devant Dieu.

LVII. J'ai achevé la tâche que j'avois acceptée à votre sollicitation. Vous pouvez maintenant, I^on<^ sieur, juger mon antagoniste, dans lequel vous aviez pris confiance. Il est devant vous, non tel san§ doute qu il s'est d'abord inontré à voç regards, mais tel qu'il ^st dans la réalité. Vous pouvez à présent apprécier son mérite en science théologique , sa vé-r racité en citations , sa justesse en raisonnements , son amour pour le vrai , son goût pour la paix, son 4ésir pour la réunion , sa sincérité en éloges , sa loyauté en accusations. Donnez-lui , à U bonne heure, de la faciUté, de l'adresse à manier la plume; donnez-lui , j'y consens, l'art de tronquer unpas« sage , de substituer ses idées' propres à celles d'un adversaire , et par cet honnête procédé de jetter de l'odieux sur sa personne, de lui enlever l'estime publique ; enfin l'art de colorer le faux et de parer Terreur des apparences de la vérité. Joignez-y, sivousle voulez encore, l'affectation de la candeur, àl'instant même où il va la mettre de côté; l'habileté d'accréditer par de vains compliments l'insulte réelle qu'il médite; l'assurance dans les prétentions, le tranchant dans les assertions les plus mensongères. Ce

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