BI^ENSE
jugement résulte de la réponse que vous venez de lire ; et je ne vois pas qu'il soit possible de lui accorder d'autre mérite sans lui attribuer ce qui ne lui appartient pas (i).
Toutefois je vous prie d'observer que je ne parle ici que de l'écrivain , et non de la personne : je ne prétends juger que l'auteur des Difficultés du Romanisme^ et nullement le révérend Pasteur de Long- Newton , auquel je suis loin de refuser le zèle pastoral et affectueux 9 toutes les qualités aimables et sociales. Que n'ai-je eu le même bonheur dont se félicitent, j'espère, ses paroissiens, celui de les rencontrer dans son livre comme ils peuvent les goûter dans ses homélies , et de reconnoître pour l'Église-Mère le sincère et tendre intérêt qu'il témoigne sans doute à son Église de Long-Newton ! Peut-être aura-t-il cru , en écrivant pour sa cause, devoir dissimuler ses vrais sentiments sur la solidité de mes preuves. Auroit-il fait à la DiscusHon JlmicaleXhork' neur de la regarder comme dangereuse à son parti? Et auroit-il pensé qu'il falloit à tout prix la perdre elle et son auteur dans l'opinion publique?
Quoi qu'il en soit, je me suis vu forcé dans ma réponse de défendre la doctrine Catholique contre ses injustes attaques. Je n'ai pu le faire sans relever ses fausses allégations , ses citations fausses , ses faux raisonnements , ses ruses , ses indignes artifices. Pourquoi s'est-il abaissé à les employer? Il m'a bien
(i) Quelquefois je suis tenté de croire q[a'il a fait son apprentissage à récole de Voltaire^
fallu malgré moi les révéler au grand jour. Je me suis acquitté de ce triste devoir, sans haine, sans passion , et plutôt avec un sentiment continuel de pitié. Ah ! combien ma patience a été mise à l'épreuve! Combien tout ce travail m'a paru ingrat et rebutant ! J'en ai subi le dégoiit une fois : je ne le supporterois pas une seconde. Aussi , je le déclare d'avance ; qu'il écrive désormais tant qu'il lui plaira , je n'en lirai pas une ligne. J'ai profité de l'occasion qu'il m'a donnée; j'ai mis pour vous en évidence les erreurs de sa croyance et TApostolicité de la nôtre. J'ai insisté avec plus de force et de clarté sur nos dogmes Eucharistiques , parce qu'il les a présentés comme le principal sujet de division entre nous. De la conformité de notre foi avec celle des premiers siècles , vous avez dû conclure que la doctrine de votre Église est essentiellement opposée à celle de l'Église Primitive , à celle des Apôtres et de Jésus* Ghrist.
LVIII. Eh bien! me direz-vous, que faut-il donc que je fasse, moi et ceux de ma communion qui placent au-dessus de tout le salut de leur âme ? Je vous répondrai avec franchise, avec une entière conviction. S'il avoit existé une seule raison qui justifiât là séparation du seizième siècle , ou s'il en existoit une seule qui pût justifier l'éloignement et le schisme actuel des sociétés Protestantes, je vous dirois : restez dans la vôtre. Mais je vous dis , non-seulement je n'en connois aucune; je vois même trèsckirement qu'il ne sauroit y en avoir une seule Mettez ensemble tous les écrits publiés par la Ré-
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formé depuis troid siècles ; réunissez ensemble tous les hommes éclairés qui existent dans son sein, vous ne tirter^ls jamais des uns et des autres cette raison unique^ cette taison valable et péremptoire qui ait ^u dans le temps autoriser l'origine du schisme, on qui puisse aujourd'hui en autoriser la continuation. Sorte*-en d&uc, Monsieur. Vous êtes à présent trop bien averti, trop éclairé pour que vous puissiez être excuisable d'y persévérer. Vous mettez avec grande raison le salut de votre âme au-dessus de tcMitfc Eh bienl je vous le déclare , vous ne l'obtiendrez que dans l'unité , dans l'Église-Mère, gardienne fidèle de la foi primitive , seule héritière dies promesses, toujours pure dans sa doctrine, incorruptible dans ses dogmes , pieuse dans son culte. Si Tbus avez remarqué dans ses enfants quelques abus (et où ne s'en trouve-t*il pas ? ) , sachez que s'ils étoient pernicieux elle seroit la première à les condamner ; que s'ils ne le sont pas , elle les tolère pour la paix-. Faites de même, et ne vous croyez pas oblif é à des pratiques minutieuses quelle ne commanda jamais, qu'elle souffre sans les approuver, comme aussi sans les prohiber. Ne vous laissez pas arrêter par de pareilles misères, attachez-vous à l'essentiel. Entrez dans l'unité, hors de laquelle le martyre même ne vous sauveroit pas. Croyez-moi, Monsieur, croyez-moi; vous n'avez pas à balancer. Si je vous tenois un langage différent je mentirois à ma conscience et tromperois la vôtre.
LlX. Au surplus , Monsieur, je suis loin d'exiger que vous vous en teniez à mon avis. J'ai à vous of-
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frir, si vous le voulez, des autorités plus cjjgnes dl^ VOU5 , plus faites pour vous déter^iiuer. Je Ips pr^ur drai au sein même de la Réforme. Je ^'ei^ connais pas que Ton puisse opposer sur les quçstioi)^ qpe l)ous traitons à Grptius et à Leibnitz, VbopneqF et l'admiration de leur siècle comme ils 1q SQi^t 4u notre, et le seroQt de la postérité. Vpus pouvez les regarder hardiment ici comme les deux plu^ forteii têtes du Protestantisme, pourris dans les préjugée de leurs Communions , attachés pendant de longues années, le premier aux opinions Calvinistes, le second aux Luthériennes , ils s'en affranchirent par I4 force de leur génie. L'un se trouva long-temps engagé dans le feu des disputes religieuses, l'autrç dans de graves discussions théologiques ; tous les deux firent des études approfondies sur l^s niatièreis çoptro versées, portèrentun œil curieux etpénétr^pt dans l'antiquité Chrétienne , et finirent l'un et l'autre par élever à la vérité de nos dogmes un moni]imeu t itfiroortel. Dans son Fœupour la paix y la dernière dp ses productions polémiques, l'incomparahle Grqtiu^ conclut sur tous les articles qui nous divisent en &?? veur de la doctrine Catholique; et J^ibnit^^, dap^ ^QQ admirable Système théologique, fruit de trente années de recherches et de méditations, ainsi qu'il l'écrivoit à d'intimes amis ^ prouve et établit la Foi Catholique sur les mêipes sujets, avec iji^q ^rudj^r tion , une profondeur et une justessaqui n'auroient pu appartenir qu'à lui ou à Bossuet. Après ces illustres défenseurs , donnés par la Réforme à l'Église Catholique, il n'y a plus d'autorités humaines à cher^
cher. Où en trouveroit-on qui pût balancer celle de ces deux génies supérieurs? Rangez-vous donc de leur côté ; pensez comme ils ont pensé ; croyez comme ils ont cru; et, plus heureux que l'un et l'autre, commencez à pratiquer avant que la mort vienne vous surprendre.
Ce n'est pas moi qui vous donne ici ce conseil , bien que très-conforme à mes principes : il vous vient encore d'un Protestant fort célèbre dans ces derniers temps, digne de marcher, quoiqu'à une grande distance, à la suite des deux premiers, a Comme il est impossible, dit M. le baron- Stark, » de retirer le Protestantisme de dessous ses ruines, » ainsi que je vous l'ai démontré , que restera-t-il à » ceux qui ont conservé de l'attachement pour le » Christianisme ? ... Que de se réunir avec l'Église Ca- » tholique, qui, de l'aveu même des Protestants, est » la conservatrice des principales et fondamentales » vérités du Christianisme. Ce Christianisme étant » entièrement détruit parmi les Protestants, ceux » qui l'aiment et le désirent encore sont obligés ab- » solument de le chercher dans le seul asyle où l'on » soit encore sûr de le trouver (i). »
(i) Entretiens philosophiques sur la réunion des différentes Communions Chrétiennes y page 286 de la traduction , par Itf. L. de Kentz, et pag. 220 , 221 de l'original allemand.
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