‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 2 sur 20 · AMICALE · texte numérisé non relu

AMICALE

N° I. L/A première met sous les yeux du lecteur un précis historique de l'établissement de TÉglise anglicane. On y voit Elisabeth, autorisée par son parlement, chasser de leurs sièges les évéques qui, à l'exception d'un seul, s'opposoient à leurs entreprises, et les remplacer par des hommes complaisants et serviles, choisis dans le second ordre du clergé, dux feminâfacti. Cependant il est hors de doute que Jésus-Christ a confié le gouvernement de son Église ainsi que l'enseignement de sa doctrine aux Apôtres^ à leurs successeurs, et nullement aux puissances de la terre ; il est donc vrai qu'un défaut radical de compétence frappa de nullité l'œuvre d'Elisabeth et de ses deux chambres y qui dressèrent

ensemble 9 si vous le voulez, une Église parlementaire et royale; mais canoniquement chrétienne, non (i).

n. Appliquez encore avec moi, Monsieur, au malheureux schisme de iSSg ce que votre savant Dodwell écrivoit contre celui de 1689 et ce qui auroit dû , s'iLavoit été conséquent , le révolter à meilleur droit contre l'attentat d'Elisabeth. Écoutez cet habile théologien : «Un décret fut fait par un sénat » laïque , portant que les évéques qui se refuse- » roient au nouveau serment , seroient déplacés » de leurs sièges. Les Pères qui s'y étoient refusés D se virent dépouillés des propriétés et des hon- » neurs attachés à leur dignité épiscopale. Jusqu'ici A nous ne fîmes pas entendre de plaintes... Que e'il y> plaît au bras séculier de retirer à lui les dons qu'il » avoit faits à l'Église , qu'il les retire , à la bonne » heure 2 les évéques en pâtiront au temporel; mais » la conscience des sujets ne sauroit en souffrir ; » car Jésus-Christ ne nous a point imposé l'obliga- » tion de défendre contre le magistrat les droits ci- » vils des évéques, mais bien assurément les droits » qu'il a lui-même accordés à son Église pour la pré- » server dans les persécutions ; droits qu'aucune » puissance humaine ne lui donna jamais , et ne peut » même jamais lui donner. Et pourtant nos adver- >» saires ont poussé la violence jusqu'à les lui ravir ! » Nos révérends Pères furent donc enlevés à leurs

(i) Humanam conati sunifacere ecclesiam, rediroit ici saint Gyprien, Ep. 52.

» troupeaux , aux soins des âmes ; des autels furent » élevés contre leurs autels. Pendant qu'ils viroient > encore, leurs églises furent occupées; leurs sièges » eurent des successeurs, avant qu'ils fussent vaïi cants, avant que les prédécesseurs en fussent des- » cendus, avant qu'ils eussent été privés de leur ju« » ridiction spirituelle par sentence d'évéques, k qui » le droit appartient de la porter.... D'après ces con- » sidérations , nous avons jugé que nos liens de dé- » pendance vis-à-vis de nos évêques restoient tou- » jours dans leur force, que nous leurdevionsVobéis- » sance que nous leur avions due avant, et qu'il ne » nous étoit pas permis de la transférer à des intrus y> gui par le seul /ait ai^oierU rompu Tunité cathth » liqu€y renoncé au Christ même ^t à toutes ses gré' » ces (i). » Telle est mot pour mot l'histoire du lamentable bouleversement opéré en i SSg. Ainsi tttt- Toîent dû parler avec respect, mais fermeté, l6os ceux qui éui^nt le malheur d'en être les témtmis. Ce langage est celui de tout homme éclairé , qui cou*noit leâ principes vraiment canoniques, la distinction des deux puissances et leurs limites; ce qui appartient à Tune, ce qui est du ressort de l'autre. Il sera toujoui*s la condamnation manifeste d'Elisabeth et de son parlement. M. Faber paroît l'avoir senti , dès qu'il n'y a rien trouvé à redire. Il a fait honneur à sa prudence et à son jugement, en gardant le silence sur les conclusions qui terminent ma première lettre. Seules elles doivent suffire pour ramener au-

(i) Dodwell, on thelate Schism, Lond., i7o4> p* 4"^*

8 X>£ÏEVSE

jourd'hui l'Angleterre à l'unité. Dès que rétablissement de son Église est trouvé nul dans son origine, il le sera éternellement. Deux siècles et demi sont déjà passés sur l'état de choses actuel; dix autres passeroient encore, qu'ils ne rendroient pas légitime et valide ce qui au premier jour ne le fut point: on ne prescrit pas contre le ciel.

III. Après avoir raconté l'origine de votre Église établie et en avoir montré le vice essentiel , je passe , dans ma seconde lettre , à l'examen de la doctrine. Le but ultérieur de toute ma discussion est de montrer i** qu'une nécessité absolue plus forte que toutes les répugnances , tous les obstacles, oblige de mettre un terme au schisme par le retour à l'Église mère ; »• de prouver que tous les prétextes, les griefs allégués pour séparer d'elle les peuples ou les retenir dftiis l'éloignement , loin d'avoir leur fondement >dans rÊcritare ou là tradition primitive , leur sont bien certainement opposés. Je commence donc par démontrer (l'expression n'a rien d'exagéré) que l'Eglise est essentiellement une; qu'il ne peut jamais y avoir un motif de rompre avec elle, et que sortir de l'unité, c'est par le fait même sortir de l'Église de Jésus-Christ. Ici tous les genres de preuves se réunissent, et portent au plus haut degré de certitude cette vérité fondamentale, entièrement décisive entre nos frères séparés et nous; ici, dis-je, se réunissent toutes les grandes preuves , et les lumières naturelles de l'esprit humain, et le dessein, les préceptes de noire Sauveur, père et créateur de ces mêmes lumières , et l'enseignement de tous les Apo-

DE LA DlSOUSSIOir AMICALE. Q

très (ij; et celui de leurs disciples , docteurs ou évéqiies, tant dans leurs écrits particuliers que dans leurs décisions portées en concile , et la pratique de l'Église, et Tordre de son gouvernement suivi dès l'origine y et enfin les témoignages de ceuxlà même qui au seizième siècle rompirent l'unité ; de ceux encore qui, pour maintenir la réforme particulière dans laquelle ils naquirent, n'ont cessé de tonner contre les dissidents qui n'en vouloient plus (a).

(i) Dieu n'est point un dieu de dissension , mais bien de paix , ainsi que je l'enseigne dans toutes les Eglises , dit l'Apôtre saint Paul (Cor. XIV, 33) , et tous les Apôtres comme lui , puisque leur enseignement étoit le même , et que sur cet article saint Jude le témoigne expressément de tous.

(2) J'ai cité ces différentes autorités dans ma seconde lettre ,

de la page 53 à 60. J'ajoute ici aux célèbres tbéologiens de votre

Église les suivants : « Tbe king (sa js Gasaubon of James tbe first)

» plainly believes wîtbout fallacj or deceit tbat tbere is but one

» true cburcb , called catbolick or universal , out of irhich be

}> bolds tbat no salvation istobe expected. He detetts those wbo ,

» in old times and afterwards , either departed from tbe faith of

» tbe cburcb , and so became beretics ; or, departing from ber

» communion , became scbîsmatics. » Peut-on parler si bien et ne

point faire l'application de ses principes à ce qui venoit de se passer

sous le règne précédent? Comment Jacques I*' n'a-t-il pas senti

l'obligation stricte de travailler francbement à renouer le lien

d'unité ? Que lui sert d'avoir porté dans le scbisme , s'il l'a connu ,

unesi ricbe et si noble couronne durant une vie mortelle ? « Tbe ark

» out of wbicb ail perisbed (says Mr. Perkins) an emblem of tbe

) militant cburcb, out of wbicb ail are condemned, out of tbe

> militant cburcb tbere being no means of salvajtion , no prea—

« cbing , no sacraments , and by conséquence no salvation. » On

he Rei^elat, p. 3o8.

10 ^ DléFENSE

IV. J'ai rassemblé sur cette grande question, dans ma seconde lettre , nombre de textes qui me semblent bien propres à faire une impression ineffaçable sur mes lecteurs. Oui, Monsieur^ si je ne me fais illusion à moi-même, quiconque de vos compatriotes cherche de bonne foi la vérité y verra clairement, j'ose le lui assurer, qu'elle ne pourra jamais se ren-* contrer dans la séparation et le schisme. Vous rappellerai-je seulement ici ces paroles répétées à deux reprises par notre divin Sauveur , dans l'admirable prière qu'il fit à son père au milieu de ses Apôtres, la veille de sa passion ? « Qu'ils soient un , dit - il , » afin que le monde sache que vous m'avez envoyé ; » c'est-à-dire, que tous ceux qui croiront un jour » à ma parole , et à la prédication de mes Apôtres , » soîçnt un entre eux , comme nous le sommes vous » et moi , mon Père , afin que , par Faccord de leur y> foi, par leur adhésion aux mêmes pasteurs, leur » persévérance dans la même Église, ils prouvent à M tous lés fidèles que ma mission venolt de vous ; » car vous seul, ô mon Père ! pouvez commander » aux esprits et aux cœurs, vous seul les amener à » l'unanimité de croyance et les y retenir. A ce spec- » tacle inconnu jusqu'ici sur la terre, les infidèles » sentiront votre puissante, votre douce influence, » et viendront vous adorer aux pieds des mêmes au- » tels. Qu'ils soient donc «n, afin que\e. monde con- » noisse que vous m*avez véritablement envoyé. »

Vous persuaderez-vous jamais , dites-le-moi , Monsieur , que l'on puisse aimer notre aimable et adorable Sauveur , et rester insensible à cette prière si

DE LA DlSCUSSIOir AMICALE. 1 1

touchante ? que Ton puisse s'intéresser à sa gloire ^ et se complaire aux divisions , mettre obstacle à Tac» complissement de ses voeux ? que l'on puisse désirer que son royaume s'étende , et en arrêter les progrès par ses discours et son exemple? souhaiter que Fétroite union de tous les siens fasse éclater sa mission divine 9 et par de laborieux efforts retenir les chrétiens dans Téloignement les uns des autres^ et par des inculpations téméraires^ souvent calomnieuses, les empêcher de se donner religieusement la main , et de redevenir entre eux ce qu'ils furent aux jours de paix et de confraternité ?

V. 3'invile sérieusement mon révérend antagoniste à peser dans son cœur et devant Dieu les considérations qui naissent de la sublime prière de notre Sauveur. Je le prie encore d*arréter quelques moments sa peqsée sur ces paroles du célèbre protestant Claude au docteur Henchman , évéque de Londres, en 1680, à l'occasion des dissidente de ce grand diocèse (1 ) : « Evidemment, lui écrîvoît-il , leur » conduite équivaut à un schisxneposixlî , crime déteS" » table en lui-même , et à Dieu et aux hommes. Ceux » qui s'en rendent coupables, soit en l'établissant les » «premiers , soit en continuant de F entretenir paiTni » les autres^ doivent s'attendre à rendre un compte » terrible au grand jour du jugement. » Et Claude

(i) tt Is the church of Rome (sajs Tillotson, t. 6, p. 245) be » the catholick church , it is necessary to be of that communion , » because , ont of the catholick church , there is no ordinary » possibilitj of «alvalion. »

ne s'aperçoit pas que lui-même est à la tête d'un parti de dissidents ^ dont Forigine et le schisme datoient de Calvin ! il ne s'aperçoit pas que lui - même continue de l'entretenir ce schisme parmi les siens ! et il ne s'applique pas ce qu'il a dit avec tant de justesse de ses pareils^ présents et à venir, qu'ils doivent s'attendre à un compte terrible ! O aveuglement ! et comment le concevoir , à moins qu'il ne vienne d'en haut ? Mais pourquoi faut-il que ce malheureux Claude trouve après lui et de nos jours des imitateurs ? pourquoi faut-il que nous ayons encore la douleur de voir un habile écrivain partager son inconséquence , proclamer comme lui rénormité du schisme , et comme lui prendre la plume ou élever la voix pour y attacher de plus en plus les peuples? Qu'il leur prouve donc en même temps, où qu'Elisabeth et son clergé n'ont point rompul'unité, ouque hors de l'unité et dans le schisme on peut opérer son salut i mais ni lui, ni qui que ce soit au monde , ne prouvera jamais l'un ou l'autre.

Je dois cependant remarquer à sa louange , et c'est pour moi une consolation de le publier , qu'il paroît avoir senti la force des preuves qui remplissent ma seconde lettre; s'il avoit trouvé à y redire, il ne lui auroit pas fait grâce d'une objection. Je prends acte de son silence , et me crois autorisé à dire que , sur la question décisive de l'unité, nous sommes d'accord l'un et l'autre. Ce que je trouve de vraiment déplorable , c'est qu'admettant le principe avec toutes les communions protestantes , il en rejette avec elles la conséquence essentielle et immédiate, lui qui

DE Ul discussion AMICALE. 1 3

se pique d'une logique exacte* Cette conséquence auroit du depuis long-temps ramener elles et lui à ce tribunal de création divine que Jésus - Christ a élevé dans son Église , pour maintenir les fidèles dans Tunanimité. L'établissement de ce tribunal , et l'obligation jde s'y soiunettre, sont le sujet de la lettre suivante.

YI. Quand une fois il a été démontré et reconnu par tous les partis que le précepte de l'unité est indispensable , de la plus grande rigueur pour tous les chrétiens, il faut bien croire et se persuader que le divin législateur leur a donné im moyen quelconque de l'observer. Or ce moyen , depuis que l'inspiration personnelle a cessé , ne sauroit être autre pour nous tous que l'établissement d'un tribunal suprême, qui ait droit de déclarer ce qui est révélé, ce qui ne l'est pas, et qui, à l'abri de l'erreur , nous en garantisse , lorsqu'il nous soumet à ses décisions. Si ce moyen n'existe point, il n'en existe aucun pour nous d'obéir à Jésus-Christ sur ce point capital. Sans ce tribunal , il est impossible que nous restions jamais unis; avec lui , impossible que nous ne le soyons pas toujours dans la foi. Le nouveau Testament n'eût- I jamais été écrit , nous devrions croire à l'institu- :îon de cette éminente autorité ; l'admettre comme 'effet nécessaire d'une cause connue, comme la conéquence évidente d'un principe avoué : ils sont inéparablement liés l'un à l'autre , par une chaîne im« lalpable , mais indestructible.

Le bachelier ne goûte aucunement cette manière le raisonner; il en ayoit une, et c'est la seule, de la

l4 . ]>:Éf£NSE

réfuter : il devoit prouver que, sans reconnoitreune autorité infaillible, les Chrétiens peuvent rester toujours unis dans la croyance. Mais ni lui , ni qui que ce soit sur la terre , ne découvrira cette preuve ; les passions de l'homme et l'expérience des siècles s'y opposeront éternellement. Comment s'y est-il donc pris pour nous donner sa réfutation ? D'abord il fait semblant de ne point apercevoir le rapport et la liaison intimes du précepte de l'unité avec l'existence nécessaire du tribunal infaillible. Il prend l'infaillibilité à part f persuadé apparemment qu'en l'isolant de l'unité, il l'attaquera avec plus d'avantage. U laisse donc de coté ma seconde lettre comme la première , et entre tout bonnement en discussion par la troisième ; nous verrons bientôt si le succès a rempli son attente; mais il est assez curieux d'observer qu'après avoir souvent répété qu'il alloit prendre mon ouvrage pour son texte, il en passe sous silence les cent premières pages.

VIL U est vrai pourtant qu'il jette plus tard un coup d'œil sur le premier raisonnement de ma troisième lettre , et qu'à la page 39 il a bien voulu en dire quelques mots sans le blâmer ; à l'entendre ici , il trouveroit mauvais que l'on sepermili-de dire, par exemple : « Dieu nous ordonne de garder l'unité en » religion ; donc il nous en a fourni la possibilité. » Cette façon de conclure a priori lui paroît trop hasardeuse , trop aventurée. Cependant personne ne se livre plus librement que le bachelier à' ce que lui dicte sa propre raison ; il se plait fort souvent à mettre en forme des pages entières de mon

livre; à les réduire comme il l'entend , en syllogismes qui lui conviennent ^ et tournés tout exprès pour amener ce qu'il se proposoit de m'objecter. Il y a plus, et dans le même chapitre , à la page 38 ^ le bachelier oublie ce qu'il venoit de blâmer , et plaide lui-même en faveur des raisons théologiques : « Nous >y introduirions le septicisme universel y dit-il /si nous » refusions à l'homme le droit de former un juge» v ment particulier sur des questions non ambiguës... » Sur ces matières et autres semblables , je tiens qu'un » jugement particulier est strictement permis, et je » me persuade que l'évêque d'Aire n'en disconyien- » droit pas avec moi. » Eh bien, Monsieur, trouvez» vous quelque ambiguité dans les propositions que que j'ai avancées , sur la nécessité absolue d'une autoritésupréme ? Ne sont-elles pas , au contraire , d'une clarté lumineuse ? j'ai donc eu droit, selon le bachelier même , d'en tenir compte , et lui tort de m'en blâmer.

YIII. Au surplus, après avoir exposé ce que la raison suggère sur la nécessité d'un tribunal suprême , j'arrive aux autorités qui en démontrent l'existence réelle. C'est Jésus-Christ qui' nous l'enseigne; ce sont les apôtres , leurs successeurs ; c'est la conviction qui aaime toujours l'Église , et qui dirige ses déci* sions dogmatiques dans les conciles. Ces preuves réunies démontrent que de fait ce tribunal , dont le bon sens avoit porté la convenance jusqu'à la certitude, a été très-positivement établi par Jésus- 21hrist. Je prie ceux qui ont entre les mains les Difficultés du Romanisme de vouloir bien comparer

l6 DEFENSE

le deuxième chapitre du premier livre avec ma troisième lettre. Le bachelier a bien yu le développement et la force des preuves que jy ai rassemblées , et il n'essaye pas même de les entamer; il se contente d'avancer que je ne raisonne pas d'après les promesses et les expressions de Notre-Seigneur , mais d'après les interprétations que je leur donne. Soyez, en juge 9 Monsieur, ne sont-ce pas des déclarations claires et positives que les paroles suivantes : ce Allez, 9 enseignez toutes les nations , leur apprenant à ob- » server toutes les choses que je vous ai commandées. » Voici je suis toujours avec vous jusqu'à la fin du » monde (i). » Qu'est-il besoin ici d'interprétations arbitraires? Et comment ces paroles seroient-elles susceptibles d'expositions (2) opposées ? Jésus-Christ promet à ses Apôtres , et à leurs successeurs jusqu'à la fin du monde de les assister, quand ils enseigneront les préceptes qu'il leur a donnés; entre-t-il dans une tête sensée que l'erreur puisse corrompre l'enseignement quand notre Sauveur le dirige, et lorsqu'il leur dit : «Je prierai mon père, et il vous don^ D nera un autre consolateur. Quand celui-là sera » venu, savoir l'Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité?» Où l'Esprit-Saint réside et enseigne toute vérité, peut-il y avoir quelque mélange pernicieux à redouter dans la doctrine ? Que manqué-t-il à la clarté de ces magnifiques promesses ? Qu'ont-

(1) Malth. , c. 28 , traduct. protestante de Beausobu.

(2) Voyez Bossuct , Corollaire de la Défense du cierge GalL, § 8 ; et Dissertation prélim, ^ § 21 •

DE LA. BISCnSSIOir AMICA.LC. fj

elles besoin d'être interprétées? Et comment surtout voudroit-on les interpréter en sens opposés ? Véritablement il y a des esprits malheureux pour lesquels le langage humain n'a rien d'assez clair. Ditesleur encore, avec saint Paul, que l'Église de Dieu est la colonne qui porte et soutient la vérité: ils nous répondront que sans doute il en étoit ainsi au temps des Apôtres, que de nos jours au contraire nous voyons cette colonne surmontée par un groupe d'erreurs. Eh quoi ! les portes de l'enfer auroient donc prévalu contre l'Église ? Jésus- Christ auroit donc cessé d'être avec elle? Il lui auroit donc retiré son Esprit Saint , et manqué lui même à sa parole ? Non , non, Monsieur; loin de nous un pareil blasphème. Nous savons, vous et moi , que le monde passera , et que sa parole ne passera point. Tenons ferme à ses brillantes promesses. Plaignons toute communion qui les rejette, qui se targue de leur être étrangère; et par cela seul se retranche elle-même du corps de Fésus-Ghrist. Plaignons l'aveuglement de ceux-là , :]ui n'imaginent des interprétations opposées aux 3roDfiesses données à l'Église, que parce qu'ils sont Icterminés, quoi qu'on leur prouve, à ne jamais renrer dans son sein.

IX, a Que l'infaillibilité soit le privilège de l'Eglise catholique, déclare le bachelier en commençant sa discussion, pag. lo, c'est ce que l'on soutient fortement. Où est donc le quartier qu'elle habite? Ici les avis se partagent; les uns la logeijt dans le chef de l'Église, les autres dans le concile général. Si elle appartient au corps de Vi^glise, ajoute-t-il

SI

J 8 1>iF£]f S£

9 page I a y nous devons chercher sa résidence ailleurs »quedanslapersoqDedupape(i).i> Vérité saillante , s'il en fut jamais, et que je ne me sens aucune envie de lui disputer. Mais qu'il écoute un reproche , qu'il mérite très-souvent. Il débute par dire et redire qu'il choisit la Discussion amicale pour son texte , et qu'il va la commenter d'un bout à l'autre. £h bien ! à la page aa4 du premier volume, j'expose en détail cette difficulté et sa solution. Il n'en tient aucun compte. Il a oublié son engagement avec le public et moi. Je ne sais plus à qui il en veut. Il trouvera bon que je le renvoyé lui et ses lecteurs à mon livre. Je me borne à résumer ici ma réponse en deux mots, a L'acceptation générale des évéques dispersés nous » garantit qu'un concile est réellement œcuménique ; 1» c'est par elle aussi que nous sommes certains que p le pape a prononcé ex cathedra. Ainsi nous, catholi- » ques, nous accordons-nous tous dans le même » principe ; et , en dernière analyse, nous attachons de » part et d'autre le sceau de l'infaillibilité au consen* » tement universel. » En voilà, je pense, autant qu'il faut sur cette terrible objection.

X. Le sentiment de ceux qui placent l'infaillibilité dans le concile reconnu pour œcuménique seroit assez, ce semble, du goût de M. le bachelier. Malheureusement la fidèle, l'incorruptible histoire, ditîl , lui représente les conciles généraux , opposés

(i) « If the prerogallve of înfaillibility belong to the cburch, » yre must seek îts résidence elsewhere than in the'person of the m P<^. » Pag. I2«

D£ LA BlSCUSSIOir AMICALE. IQ

entre eux , et lui en retrace les décisions contraires sur le dogme, et sur la pratique. Il n'est pas le seul qui Fait avancé; mais à coup sûr, il seroit bien le premier qui Tauroit prouvé. Il est curieux de le voir procéder dans sa démonstration. Il prend deux con^ ciles, dont l'un a été dès l'origine rejette de tout l'Occident I bientôt après de l'Ëglisè universelle; et l'autre n'a point tardé d'en obtenir l'approbation. U s'émerveille de les trouver en opposition , comme s'il s'étoit bonnement attendu à les trouver d'accord* En vérité, j'ai pitié de voir cette misérable objection reproduite de nos jours. Nous n'avons pas d'élève dans nos séminaires qui ne sache que le conciliabule de Constantinople en 764 n'a jamais été reconnu (i). Toute difficulté I une fois éclaircie, doit être condamnée à l'oubli : il est indigne d'un homme instruit d'en reparler. Elle pourra faire illusion à ceux qui ne le sont pas; mais elle finira toujours par décréiiter dans les deux partis celui qui s'est imaginé 30Uvoir encore en faire honneur au sien.

A l'appui de la prétendue opposition entre conciles

(i) Comment est-ce un concile œcuménique qui n'a été ni eçu ni approuvé , mais anatbématisé par les évéques des autres Iglises ; où n'a point concouru le p^>e de Rome , ni les évéques uî soDt auprès de lui » ni par des légats, ni par une lettre çirulaire , suivant l'usage des conciles ; qui n'a point eu le con— mtement des patriarches d'Orient , d'Alexandrie, d'Antioche , e Jérusalem, ni des évéques de leur dépendance? (Extrait de . réfutation de ce conciliabule, lue dans la sixième session du îuxième concile de Nicée. Voyez Fleuri, HîsU eccl.y édition

-4''> vol* *3t, p, 546-)

généraux ) dont Texemple est si malheureusement choisi, j'apperçois de longues notes historiques, auxquelles il ne manque, je suis fâché de le dire, que la justesse et la vérité. Le bachelier découvre , au midi de l'Espagne, dans la petite ville d'Elvire, un concile de dix-neuf évéques qui font défense de peindre laDivinité sur les murailles de leurs églises; et, par un procédé fort anti-logique concluant deux fois du particulier au général , de cette défense il tire deux conclusions fausses ; la première : qu il étoit défendu de peindre sur les murailles toute espèce d'images; la seconde, qu'aux premiers siècles du christianisme non-seulement le culte des images étoit inconnu , mais encore que leur introduction dans les églises étoit défendue. Le baehelier auroit différemment raisonné s'il avoit pris pour guide saint Jean Damascène , si fameux dans la grande querelle sur les images. « Nous savons , dit-il , ce qu'il est possible et j> ce qu'il est impossible de représenter par des images. y» Comment pourait-on faire une image de celui qui 9 n'a point de corps? Mais depuis qu'il s'est fait x> homme, vous pouvez faire l'image de sa forme hu- »maine, de sa naissance, de son baptême, de sa «transfiguration, de sa croix, sa sépulture, sa ré- » surrection, son ascension. Exprimez tout cela par » les couleurs aussi bien que par les paroles ; ne » craignez rien. » La première conséquence que le bachelier tire du concile d*£lvire est donc fausse. Lasecondeleseroit-elle aussi? Prenons saint Basile pour juge. «Je reçois les Apôtres, écrivoit*il à Julien , »les Prophètes et les martyrs. Je le$ invoque afin

DE LA DISGUSSIOir AMICAtE« 2 1

» quWs prient pour moi, et que, par leur entremise, » Dieu me soit propice et me pardonne mes fautes. » C'estpour cela queye réitère et honore leurs images , » vu principalement que nous y sommes instruits » ( ceci s'adresse à M. Faber ) a par la tradition des » saints j4pôtres j et que ^ bien loin de nous être défen^ y> dues y elles paraissent dans nos églises(i). » Le docteur a lu ce passage, et plusieurs autres, dans la Discussion amicale (t. a, p. 364) ; il les passe tous sous silence : il ne veut pas les faire connoitre à ceux qu'il s'est chargé d'instruire.

En voici un de la plus haute antiquité que je veux retracer à mes lecteurs, premièrement parce qu'il a jugé prudent de le dérober aux siens : quand on se donne pour éclairer les hommes, il n'est pas bien de leur cacher la vérité. TertuUien, poussé aux excès du rigorisme par l'inflexibilité de son caractère , re» proche aux catholiques d'accorder l'absolution aux adultes, et d'autoriser cette indulgence par la pa- . rabole du bon pasteur, représentée en peinture ou ?n relief sur les calices. «Produisons à présent, re* > prend-il, la peinture des calices (a).» C'étoit à la

(i) En 8i49 Léon l'Annénieiiy fauteur alors dissimulé des

conoclastes , convoqua plusieurs évéques pour les amener à briser

ss images. Ëutbymius , métropolitain de Sardes , prenant la

tarole : « Ecoutez , seigneur , dit-il : depuis plus de 800 ans que

Jésu5-Ghrist est venu au monde , on le peint et on l'adore dans

son image ; qui sera assez hardi pour abolir une si ancienne

tradition ? » Qui? le recteur de Long-Newton. Voyez Fleury,

fis t. eccl. , vol. X, in-4°> Pg« ^69.

(2) Liv. sur la Pudicit. , ch. vu.

fin du second siècle qu'il parloit de cette imagé peinte ou gravée, comme d'un ornement ordinaire. Sera-ce une présomption trop hardie d'en faire remonter l'origine aux temps apostoliques? Dans les siècles orageux des persécutions renaissantes , l'Eglise , n'ayant ni temples ni oratoires, n'auroit pu fixer des images sur les murs ou les autels, comme elle fit plus tard ; elle en avoit de portatives , celle entre autres peinte ou gravée sur les calices, les seules qui convinssent à sa position incertaine et flottante. Le mot de TertuUien , jeté en passant et sans dessein, me parut en i8ia un trait de lumière pour tious. J'ai eu depuis la satisfaction de voir le même apperçu saisi par le génie le plus pénétrant, le plus' universel de la Réforme, par Leibnitz (i).

XI. Je me vois encore forcé malgré mol de rétablir ici un fait tronqué sous la plume fidèle et modeste de mon antagoniste, qui se permet de louei* dans un évêque de Marseille ce que blâme en lui Grégoîre-le^Grand , et de blâmer avec mépris la décision d'un des plus beaux génies qui aient gouverné l'Eglise. Cet oubli de toutes les convenances auroit quelque chose de révoltant , s'il n'excitoit encore plus la pitié. Lisez, je vous prie , Monsieur ^ et dites-

(i) « Et quamquàm sub initio christîanismî , aut nullas, àut » perraras fuisse imagines , probabilius vîdeatur ( unius eniiA itnan ginis Ghristi , sub habitu boni pastoris ovem errantem requi- M.rentis , sacris calîcibus insculpti mentio reperitur apud Tertul- >» lianum), paulatim tamen fuisse receptas negarî nonpotest. » SysU theol. , p. i32,éd. Paris, iStq»

DE Ul discussion AMICALE. a3

moi si vous tne trouvez moi-même trop sévère. « J'ai

» appris , écrit ce grand pape à Sérénus , que voyant

j» quelques personnes adorer les images de Téglise ^

» vous les aviez brisées; je loue votre zèle pour em*

» pécher que ce qui est fait de main d'homme ne

» soit adoré; mais je crois que vous ne deviez pas les

ïi briser, ces images: car on met dans les églises des

» peintures » ( remarquez Tusage général) a afin que

» ceux qui ne savent pas lire , voyent sur les mu*

D railles ce qu'ils ne peuvent apprendre dans les li*

» vres. Vous deviez donc les garder , et détourner le

» peuple cie pèche t en adorant la peinture.... » Et,

dans une seconde lettre : « Montrez au peuple par

» l'Ecriture sainte qu'il n'est pas permis d'adorer ce

» qui est fait de main d'homme : ajoutez que , voyant

» l'usage légitime des images tourné en adoration ^

» vous en avez été indigné et les avez fait briser. Si

» vous voulez, ajoutez ensuite, avoir des images dans

» l'église pour votre instruction, pour laquelle on

» les a faites anciennement^ je vous le permets vo.

» lontiers.... Si quelqu'un veut faire des images , ne

ï> l'empêchez pas , défendez seulement de les adorer;

» la vue des histoires doit exciter en eux la componc-

o tion ; mais ils ne doivent se prosterner que pour

t> adorer la sainte Trinité. Je vous dis tout ceci par

» l'amour que j'ai pour l'Eglise; non pour affoiblir

> votre zèle ; mais pour vous encourager dans votre

> devoir (i).» Peut-on tracer un avis plus sensé, et

(i) La première lettre de Grégoire le Grand k Sérénus, évér" [ue de Marseille , em Tan 5^ \ la seconde , l'an Çog,

a4 DEFENSE

en même temps plus paternel ? et voilà pourtant ce que le recteur de Long-Newton n'a paslionte d'appeler une décision pitoyable et insensée : wretchedly injudicious ?

XII. Je m'estime heureux d'avoir à lui présenter un juge qu'il ne récusera pas sans doute ; c'est Leibnitz lui-même qui va parler; je regrette de ne pouvoir pas rapporter au long le jugement de ce grand homme sur les images (i). « Quant au culte des ima- » ges , on ne peut nier que les chrétiens ne s'en 3> soient long-temps abstenus par la crainte de la su- » perstition , lorsqu'ils étoient mêlés avec les païens. » Enfin 9 lorsque le culte des démons eut été dé- » truit dans la plupart du monde connu et civi- 3» Usé...., les hommes graves eux-mêmes ne trouvè- 2> rent plus de raison pour exclure du culte divin les » images 9 qui sont l'alphabet des gens simples, et » un puissant motif d'exciter à la piété le peuple gros- » sier.... Il faut observer que l'on rend aux images » un double honneur : l'un, qui est propre à l'image ^ » comme lorsqu'on la place dans un lieu remar- » quable et honorable , qu'on y ajoute des orne- » mens, qu'on l'environne de cierges allumés, qu'on » la porte en procession ; et en cela je ne vois pas de » grandes difficultés... : l'autre honneur est celui qui '» se rapporte à l'original... , lorsque, par exemple, on » la baise , on se découvre la tête en se présence , on » fléchit le genou, on se prosterne, on fait des priè- » res , on adresse des vœux ou des louanges ou des

(i) Voyez son Syst, theol, , p. I2i.

DE lA DISCUSSION AMICALE. iS

» actions de grâce. Mais, en vérité y quoique Ton ait » coutume de dire que Ton rend des louanges à Ti- 3> mage y ce n'est réellement pas la chose inanimée » et qui n'est pas susceptible d'honneur , c'est l'ori"» A ginaly que l'on honore devant l'image (i). Personne » de bon sens n'ira dire et penser : «Donne-moi, ô 3) image, ce que je te demande ; et toi , marbre ou » bois, je te rends grâce;»mais: a C'est vous. Seigneur, )) que j'adore , et de qui je publie les louanges.... » Je i) ne vois pas quel mal il peut y avoir à se prosterner » devant l'image du crucifix, et ^ en le considérant, » d'honorer celui qu'elle représente : mais l'avantage » en est évident , puisqu'il e^ constant que cette ac-> » tien excite merveilleusement les affections ; et nous » avons vu que c'étoit l'usage de saint Grégoire le » Grand. » ( Nous l'avons vu aussi de S. Basile. ) « Ceux » qui suivent la confession d'Ausbourg ne sont pas » entièrement opposés à cette coutume ; et certes , » s'il n'étoit connu qu'il y a eu autrefois dans le culte » des images de grands abus qui ont rendu suspecte » une chose bonne en elle-même , si nous ne savions » les vives disputes qui se sont élevées à cet égard , » et encore de nos jours ; personne , peut-être, ne w s'àviseroit de soupçonner dans le culte rendu de-

(i) u SIl'onpouYoit, dans le langage bumain, s'exprimer avec me précision rigoureuse , au lieu de culte des images , il faudroit lire le culte des saints devant leurs images. » Disc, amie, ,t. ii y ). 348. Que l'on prenne la peine de rapprocher ma leUre seizième ivec Leibnitz , ebl'on verra que j'ai eu le bonheur de me reDConrer avec ce profond penseur.

a8 DEFENSE

ajouter : a Je suis de la même croyance , qu'il faut » adorer les images d'une affection relative , réser^ 9 vant à Dieu seul la foi et le culte de latrie ; » et tout le concile proclame hautement qu'il étoit du même avis ? lorsque l'on en tendoit dans la cinquième session ce passage de Févéque de Thessalonique en réponse à un païen : <£ Ce n'est pas les images que » nous adorons 9 mais ce qu'elles représentent; et n encore ne les adorons-nous pas comme des dieux , V à Dieu ne plaise ! mais comme les serviteurs , les n amis deDieUy qui le prient pour nous?» et ce passage d'un dialogue où le chrétien répondant à un juif converti y mais scandalisé des images : « L'Écriture » nous défend d'adorer un dieu nouveau et d'adorer » une image comme Dieu. Les images que vous » -voyez chez nous servent à nous faire souvenir de 3» Fincarnation de Jésus-Christ ^ en représentant son » visage; celles des saints nous rej^résentent leurs 9 combats et leurs victoires. En lea adorant nous inyo- 2> quons Dieu : Béni soyez-vous! ô Dieu de ce saint » et de tous les saints ? )> lorsque enfin à la dernière session ) on lisoit dans la décision du concile ces paroles : (c On doit rendre à une image le salut et Ta- » doraiion dhonneuTy non la véritable latrie , que fi demande notre foi, et qui ne convient qu^ à la na^ y> ture dii^ine. Mais on approchera de ces images 7> l'encens et le luminaire, comme on en use àl'égard » de la croix et des évangiles ; le tout suivant la » pieuse coutume des îmciens: car l'honneur de l'i- » mage passe à l'original , et celui qui adore l'image » adore le sujet qu'elle représente?» Ces dernières

expressions sont citées par le bachelier, qui tait celles qui précèdent , et se ^arde bien de rapporter les passages ci-dessus, comme aussi les sentences sui- Tantes prononcées parTévêqued'Ancyre, première session : « Je reçois les vénérables images de Jésus- 3) Christ 9 en tant qu'il s'est fait homme pour notre » salut y celles de sa sainte mère, des Anges , des » Apôtres f des martyrs , de tous les saints. Je les em- » brasse et leur donne F adoration d'honneur. Je » rejette de tout mon cœur le faux concile nommé » septième 9 comme contraire à toute la tradition de » FÉglise.n Lui-même avoit souscritpar la crainte des persécutions; le remordsleramena, ainsi que plusieurs autres^ aune rétractation soleuinelle.

On sait^que le mot adoration s'employoit dans l'Orient pour marquer un simple témoignage de soumission et de respect , tandis que dans les Gaules il n'étoit en usage que pour exprimer l'hommage rendu à l*Etre-Suprême. N'est-il pas d'une injustice absurde de ne vouloir lui donner que cette dernière signification dans la bouche des Orientaux ? C'est donc en vain qu'ils distinguent eux-mêmes deux espèces d'adoration , celle d'honneur et celle de latrie ? En vain , qu'ils avertissent que la première est pour les imagesdes saints, la seconde pour Dieu seul ! Ils auront beau dire que l'honneur et l'adoration passent de l'image à l'original ; ils ne persuaderont point certains esprits indisposés et opiniâtres. On leur soutiendra, en dépit de leurs déclarations, que le mot a Jorer n'est susceptible que d'une seule signification , qu'en conséquence ils ne peuvent lui

3o D^FENSK

en attacher une autre ; on leur soutiendra qu^en priant devant une image, ils n'en veulent (car on le sait mieux qu euxrraêmes ) qu'au marbre , au bois , à la toile, que leur pensée ne va pDint au-delà, et que , par conséquent , ils ont été , sont encore et seront toujours des idolâtres , eux et leurs adhérents. Qu'y faire ? Quel parti prendre? Plaindre et laisser à eux-mêmes ces esprits chagrins et contentieux.

En résumé , les Pères de Nicée, ceux de Paris, de Francfort, s'accordoient sans le savoir, dans la même doctrine. Le sentiment des Orientaux mal interprété durant quelques années , mieux éclairci ensuite , a été trouvé conforme à celui des Gaules , de la Ger* manie, de l'Italie, à celui de l'ancienne tradition. Il a fini par prévaloir exclusivement en prient , sous le règne de l'impératrice Théodora : voilà dans l'exacte vérité ce qu'il faut penser des vicissitudes occasionnées par lesempereurs iconoclastes. J'en suis fâché pour le bachelier , qui a pris tant de plaisir à nous énumérér les variations prétendues d'une église qui se croit , avec raison , invariable dans sa foi, et qui, même par sa constitution divine, ne peut absolument point ne pas l'être.

XIV. Après avoir essayé d'ébranler notre tribunal infaillible en nous présentant des conciles opposés l'un à l'autre , et avoir complètement échoué dans cette première tentative, le bachelier sera-t-il plus heureux en les mettant en contradiction tour à tour avec l'église primitive et avec l'Écriture sainte? Il s'est persuadé qu'il alloit triompher du quatrième concile de^Latran, tenu en 121 5. sous Innocent IIL

DE LA DISCUSSION AMICALl::. 3l

Il s'offense du terme transsubstantiation employé dans le premier chapitre , pour rendre le changement de substance dans Teucharistie. Il prononce que le mot et la chose sont en opposition manifeste avec la croyance et l'enseignement des cinq premiers siècles. Le bachelier s'exprime d'un ton tran* , chant et dogmatique , comme un homme sûr de son fait, et il ne se doute pas qu'il est complètement dans l'erreur. Il en verra la preuve certaine au chapitre suivant. J'y établirai la proposition précisément contraire à la sienne ^ c'est-à-dire l'exacte conformité de la doctrine des cinq premiers siècles avec celle du quatrième concile de Latran. Vous conviendrez avec moi, j'ose m'en flatter, que le bachelier n'a pas saisi l'esprit et l'enseignement des Pères sur l'eucharistie , qu'il prend en sens inverse leur doctrine (j'en dis autant de Tillotson et de tous les sacramentaires ) ; d'où il arrive qu'il les met en contradiction , non-seulement les uns avec les autres, mais aussi avec eux-mêmes. Je jetterai un nouveau jour sur cette matière , et il faudra bien qu'il convienne que ce qu'il appelle mes raisonnemens subtils et captieux, my shrewd arguments , présente , dans la plus exacte vérité, la seule clef qui puisse mettre à découvert le sentiment des Pères , et les sauver de toute contradiction avec eux-mêmes et les uns avec les autres.

XV. Je passe aux oppositions prétendues de nos conciles généraux avec l'Écriture-Sainte. Mais avant de répondre aux exemples qu'il en rapporte, il faut que je lui remontre , puisqu'il l'ignore ou feint de

3a DEFENSE

l'ignorer, à quelles marques se reconnoissent et l'œcuménicité des conciles, et leurs décisions dogmatiques ou réglementaires. Il est étrange que, voulant, dit-il, réfuter pas à pas mon ouvrage, il le laisse là, et s'en aille,^ je ne sais où , chercher de quoi éplucher. 3'ai droit sans doute , dès qu'il m'attaque, d'exiger que ce soit sur mes principes et nullement sur ceux d'autrui. Or , j'ai posé pour base , avec tous nos habiles théologiens , que l'acceptation générale des évêques dispersés, juges de la foi, pouvoit seule nous faire connoitre si tel concile étoit réellement oecuménique , tel décret pontifical prononcé ex cathedra , et si, par conséquent, la décision du concile ou du Souverain Pontife appartenoit à la foi. Sur ces principes, il vous est facile de juger. Monsieur, que tout ce que le bachelier raconte depuis son chapitre 1 1 jusqu'à la fin de la page 17 est absolument étranger et sans application à la doctrine catholique. Il auroit fait très-sagement de s'épargner à lui-même la peine d'en grossir son livre, et à nous, celle de lire des articles qui ne peuvent nous intéresser.

XVI. On se tromperoit beaucoup si on prenoit , comme le fait le bachelier, pour décisions et articles de foi tout ce qui se trouve dans les décrets , les chapitres ou canons des conciles généraux. On y voit souvent des sentences introduites pour servir d'explication ou prévenir une difficulté, d'autres, qui sont à peine effleurées, ne sont là qu'en passant, et n'appartiennent donc point au sujet principal de la décision. Ces sentences incidentes ne concernent aucunement la foi, et ne portent aucune obIiga«

tion de les croire , d*y donner son assentiment (i). Prenons, si vous le voulez, pour exemple un des canons objectés par le bachelier (p. a6), le vv du second concile de Latran , Fan i iSq, afin de dis. cuter le second concile avant le troisième, avec la permission du docteur qui les prend à rebours. c( Decernimus ut ii qui in ordine subdiaconatus , » et supra, uxores duxerint, aut concubinas habue- » rint, officio atque ecclesiastico beneficio careant.», Voilà le décret de discipline tout entier. Voyons ce qui suit : « Cum enim ipsi templum Dei , vasa Do« » mini , sacrarium SpiritusSancti debeant esse et dici, » indignum est eos cubilibus et immunditiis deser^* » vire. » Cette phrase suit la décision et n'y entre point-, elle est ajoutée par manière d'explication pour justifier la défense portée et aller au-devant des objections : en un mot c'est une réflexion , et non pas un décret. C'en est assez, je pense , pour appaiser l'esprit du bachelier , qui a pris feu mal à propos sur la réflexion des Pères de Latran. Qu'il se calme donc, et n'aille plus s'imaginer, qu'en devenant catholique, il fût obligé d'admettre comme article de foi ce qui l'a tant exaspéré.

Je ne vois cependant pas la grande peine qu'il de- .^roit avoiràFadopter,pourpeu qu'il y réfléchisse. Si, lans la loi de Moïse, le prêtre qui avoit connu sa emme étoit regardé comme impur , et ne pouvoit :e jour méïne entrer dans le sanctuaire ; n'est-il pas

(i) Melcbior Canu5, De Loc* TheoL , célèbre théologien da [>ncilc de Trente.

34 DÉFCNSE

très-convenable que le prêtre de la loi nouvelle , obligé chaque jour d^administrer les sacrements ou de célébrer les Saints Mystères^ se tienne absolument éloigné des obligations conjugales? Que le bachelier veuille bien se replacer devant les yeux les embarrâSy les inquiétudes , toutes les suites qu'entraînent les devoirs d'époux et de père; qu'il considère le premier berceau que la Providence a destiné au genre humain 9 et je doute qu'il lui prenne envie de reprocher de l'exagération aux paroles dont s'est servi le Concile pour motiver la prohibition de mariage faite aux ecclésiastiques; et cependant, quelque rigoureuse et générale qu elle soit, il pourroit se rencontrer des circonstances où ^ pour amener un plus grand bien , l'Église jugeât à propos , comme à Nicée , de laisser à des prêtres l'état et l'usage du nitariage. Au reste , le bachelier a tort de prendre contre nous la défense du mariage en général; il doit savoir qu'il est plus honoré par l'Église catholique que par la sienne. Pour lui, pour tout protestant, le mariage n'est qu'une cérémonie civile; pour nous, cette cérémonie civile est encoi'e relevée par le sacrement.

Il est piquant de contempler, aux pages 27, 28, le triomphe imaginaire du docteur, et de suivre la chaîne pompeuse de syllogismes et de dilemmes qu'il déroule pour mettre le concile en contradiction éifidente avec l'Écriture. Luther, voulant jadis prouver que les œuvres importoient peu au salut, avança, sur l'autorité de saint Paul, que l'homme étoit sauvé par la foi seule. On s'écria de toutqs parts que le mot seule n'étoit point dans l'Apôtre. En effet,

DE LA DISCUSSION AMfCALE. 35

il n'y a jamais été; mais il reste dans la citation de Luther pour égarer les simples et les ignorants qui le lisent. A l'exemple du vérîdique patriarche de la Réforme , le bachelier va nous citer aussi saint Paul {aux Hébr. xiii. 4*) ^^^c la même fidélité : « Le ma- D riage est honorable dans tous les hommes^ quils 9 soient clercs ou laïques. » Ne croyez-vous pas , Monsieur, que ce texte marqué en gros caractères et en lettres italiques est réellement de saint Paul ? Eh bien ! coupez- le en deux, et ayez la bonté den restituer la grande moitié à notre bachelier : sur les douze mots anglais , les sept derniers sont de kii. « Marriage is honorable iu ail men whether they be 91 clerks or laies. » Saint Paul dit seulement : « que ï> le mariage soit honorable en tous. »

JeCfaduis, que le mariage soit, et non , le mariage est y comme le bachelier. Il dira que sa Bible angloise traduit de même : il est vrai; et alors , au lieu d'un j'en trouve deux en faute : elle et lui ont tort. En effet 9 dans ce chapitre l'Apôtre donne des préceptes de morale, et toujours à l'impératif, v. i, Let brothertlylove^ etc. ; v. 5, let yowr conversation , etc.; V. 7, remember^ be not carried aivajr. Ainsi de suite aux versets i3, i5, 17, 18, 21, aa, a3, ^4, enfin le dernier porte en latin : gratia Dei vobiscum ; dans votre Bible : grâce be ivithyou. Il falloit donc traduire honorabile connubium in omnibus : let marriage be , ou marriage be honorable in ail. Ce qui achève de le démontrer, c'est qu'en traduisant le mariage est honorable en tous, la proposition f ainsi énoncée dans le sens afûrmatif et gêné*

36 DiFENSE

rai , seroit de toute fausseté : car certainement le mariage n'est ni honorable, ni honoré dans les époux qui manquent à leur promesse mutuelle. En voilà bien long sur le monosyllabe est is; mais il a fallu achever de vous mettre à portée de juger si votre bachelier a eu droit de conclure ^ « De là il est » évident... , et de là évident encore... , et tout cela yy par des faits indubitables. » Le langage humain n'a rien déplus fort et de si follement prodigué que ce mot éi^ident. Voyez à présent, s'il vous plaît , où eii est la double éi^idence du bachelier, dans sa critique du second concile de Latran. Je me flatte au moins qu'à votre jugement la certitude est de mon côté.

XYII. Il semble que mon antagoniste en veuille particulièrement à ce qui s'est fait autrefois dans l'antique basilique de Latran. Nous aurons plus tard à défendre le quatrième concile contre ses attaques. Ici c'est au troisième qu'il s'en prend; et de quelle manière, je vous prie? Vous allez admirer comme moi ce que le zèle pour la vérité, ce que la bonne foi ont de plus généreux , de plus magnanime. En effet, il tombe sur le seizième chapitre ; il en choisit et tire à part la phrase suivante : « Car ce ne sont » pas des serments, mais des parjures, ceux qui se » font contre l'utilité ecclésiastique et contre lés » statuts des Saints Pères. »0n sent que cette phrase isolée peut se prêter au beau commentaire et à l'indignation du bachelier. Le chef-d'œuvre de sa tactique est de l'avoir détachée de ce qui la précédé, de ce qui la suit, et, par là, de lui avoir donné un sens indéfini et général, qu'elle n'a point dans Fin-

tention du concile. Il faut que je vous produise dans son intégrité ce chapitre xvi, intitulé Des Règle* ments des Eglises. « Parce que dans toutes les Égli- » ses, ce qui a été approuvé en majorité par les an- » ciens confrères doit être observé sans délai; ceux- » là méritant d'être réprimandés qui , en petit nom* » bre, et moins par raison que par humeur, s'oppo- » sent à ce qui a été réglé par plusieurs, et arrêtent » ainsi le cours du règlement ecclésiastique : c'est «pourquoi nous statuons, par le présent décret, » qu'excepté le cas où la raison et la vérité seroient » du côté de la minorité, il faut toujours que la dé« » termination prise en chapitre par la plus nom- » breuse et la plus saine partie soit exécutée , non- » obstant tout appel. Et que notre décision actuelle » ne soit point éludée , lors même qu'un des mem-* •) bres se prétendroit obligé par serment à conser-

> ver telle coutume de son Église ; car ce ne sont » point des serments, mais des parjures, ceux qui se ) font contre l'utilité ecclésiastique et les statuts

> des Saints Pères. Que si ce membre s'avise de mé*

> priser des avis conformes à la raison et aux insti-

> tutions saintes, qu'il soit soumis à une pénitence ' convenable, et jusque là privé de la participation

au corps de notre Seigneur. » Il est clair que ce rè- [lement regarde les chanoines de cathédrales, où ?.s statuts capitulaires se font à la majorité des voix. )n y suppose le cas où la majorité est d'avis d'abolir n usage devenu préjudiciable : il plaît à un des lembres de s'y opposer, sous prétexte qu'il a juré e l'observer. «Vous l'avez juré, lui dit-on, lorsqu'il

étoit en vigueur. Aujourd'hui Tautorité qui Favoit établi n'en veut plus. Votre ancien serment est par là même annulé. Vous obstiner à le garder, seroit aller contre les statuts de nos pères, contre Tavan* tage de notre Église : votre serment deviendroit par<^ jure. » Rien de plus simple, de plus vrai.

Mais que fait le docteur? il détache une phrase à son choix ; il la présente isolée. Aux Églises cathé* drales il substitue l'Église catholique, et ses gouver* neurs aux chanoines des chapitres. Il part bravement de là pour se déchaîner contre les vues politiques et ambitieuses de Rome. On ne peut pas dire, vous en conviendrez, Monsieur, que sous ses heureuses mains le plomb se change en or.

Sa violente sortie contre la politique et les projets d'agrandissement de la cour romaine, est amenée par un pompeux étalage sur l'inviolabilité sacrée du serment quel qu'il soit , puisqu'il n'en excepte aucun , pas même celui qui auroit été fait contre l'in^ térêt d'un particulier, d'une famille, contre les règlements d'une société; car, s!il ne va point jusque là, le bachelier est hors delà question; le bachelier ne dit rien qui vaille , attendu que le concile ne déclare parjures que les serments faits contre l'usage de l'Eglise et contre les statutsdes Saints Pères.

On ne se seroit guère attendu à voir arriver ici Jean Huss. Le bachelier, qui a si ingénieusement commenté le seizième chapitre, fait paroître sur la scène le bûcher de ce malheureux comme une conséquence de la doctrine qu'il a prétendu y découvrir. Selon lui, l'Empereur avoit fait serment de

DE LA DISGDSSIOIf AMICALE. 39

donner la vie sauve à Jean Huss; mais ce sennent jugé contraire aux intérêts de l'Eglise , fut annulé , dit-il, par les Pères de Constance. Eh bien! Monsieur, voulez-vous savoir ce qui en est au vrai ? Sigismond n'avoit poit fait de serment; et par conséquent le concile ne l'annula point. L'empereur avoit fait expédier un passe-port à Jean Huss, qui vouloit aller défendre sa doctrine a Constance. Elle y fut condamnée, et il fut déclaré hérétique par son obstination à n'y point renoncer. La loi, malheureusement en vigueur alors sur le continent comme en Angleterre, fut exécutée sur lui. Sigismond avoit si peu juré de lui garantir la vie, qu'il déclara dans le concile même, que si Huss ne se rétract oit pas, lui, empereur, seroit le premier à mettre le feu à son bûcher (j). Il faut le dire: s'il est honteux pour un controversite de rebattre une objection cent foiis réfutée solidement, il est bien fatiguant d'avoir encore à la réfuter comme si elle ne l'avoit jamais été. XVIIL Qu'il est triste et pénible d'avoir encore à relever le faux exposé que vous fait le bachelier du chapitre vingt-septième du méme^concile ! Où donc cherchera-t-on désormais l'équité, la bonne foi, si elles ne sont plus dans la bouche et sous la plume d'un ecclésiastique? Le bachelier ose avancer que par ce canon vingt-septième , l'obligation de détruire

^) Le protestant historien du concile de Constance nous apprend que Jean Huss , Jérôme de Prague , furent livrés aux flammes par l'ordre même de Sigismond. Lenfant , livre m 9

cî'^oî? 1 tc-i- îrrpasêe «rx £i>:Ses« qui sont teî::25 Dcîse &? r*:^ -«rcss. se^ra h:i, ca de remplir

qî:-? nous œ^-jcs esitrv j» iSioiJ^as dc^^matîqaes qai cocnsas^d'zzil z nscas. ik f jî ifs chr^fieiis^et les ord<HiiiLi::ces de difcîy =*? q-:£ pK&Kit arec les circonstiXDces qui !ie-rr iTv^kîiiî c rEz>f !:-«;- Lie bacbdîer iTa pu ignorer q-^'x rtp>;r^ 3?d £ p*^? ^ deux puîssamoes apfîso:-?!:! de ce^c^rt , et que le concile ne £ii5o:t qu^appuTer fiLuîrrEtê t?n:porelIe, en pressant à sa recomrr:ini.i:îioa les peuples de marcher contre des sectes harixires et redoutables. Le badielier n*a pu iirnorer q^je îe cv>:icîle, loin d'ordonner la destruction des bêrvîiques en ciénwaly marque très-distinctement ceux dt>nt il entend parler; qull les distinpie et par leur noms d*AlbigeoiSy Bulgares, Cathares* Publicainsy issus des Manichéens orientaux « et parles excès « les raTages qu'ils commettoient dans lltxlie , dans tout le midi de la France et jusque d^ins FEspapie : » Ils exercent, » dit le concile dans ce même canon ringt-septième, » une telle cruauté sur les Chréti^^isque* sans égard » pour les églises et les monastères, ils n'épargnent » ni les Tcuves, ni les orphelins, ni losTieillards, ni 9 les enfants, ni Fàge ni le sexe ; mais détruisent et B dévastent tout, à la manière des païens. » Enfin le bachelier ne peut pas ignorer qu'à Tégard de toute autre espèce dliérétiques, FEglise n'a jamais connu et ne connoîtra d'autres armes que la persuasion et la prière.

DE LA DTSCTTSSIOV AMIGA.LE. 4 1

Franchement, Monsieur , je ne reviens pas de la confiance avec laquelle votre savant s'applaudit d'avoir appuyé sur des faits ses arguments contre l'infaillibilité de l'Eglise. Sans doute les faits the nakedfactSj comme il les appelle, tirent leur mérite de leur propre fond ; ils n'ont que faire d'ornements étrangers. Toutefois leur nudité a besoin d'un vêtement qui U couvre, et ce vêtement indispensable est la vérité. Vous avez reconnu qu'elle manque absolument à ce qu'il vous a donné pour des faits , ces nakedfacts qu'il vous a présentés avec une apparence de candeur. Vous avez vu les raisonnements qu'il a prétendu en tirer s'évanouir avec eux au plus léger examen. En vérité, si j'appartenois à votre Eglise , je demanderois ( je le dis avec peine ) qu'il fût interdit à tout apologiste d'entreprendre sa défense avec de pareilles armes ; car c'est montrer à l'univers que l'on n'en a point de solides à manier pour sa cause.

XIX. En disant à la page 3i ces mots : « I/é- » vêque argumente en dernier lieu, etc. , » j'ai pensé que le bachelier alloît rapporter et réfuter mes preuves ultérieures sur l'infaillibilité. Point du tout : il n'en dit rien ; il les dissimule à ses lecteurs , et leur substitue des raisonnements qu'il tire je ne sais d'où. A cette occasion , je fais ici une observation qui ne s'applique que trop souvent ailleurs. 3uand il lui prend fantaisie de résumer en peu de ignés des pages entières de mon livre; mes idées, nés paroles , mes preuves se métamorphosent sous ia plume. Je ne me retrouve point; ce n'est plu§ à

4a J>ÉfESSE

moi, mais à quelque autre qu'il paraît en vouloir. C'est pourquoi je prie ses lecteurs de confronter iqoq texte avec celui qu'il me prête. Je leur demande notamment ici de comparer ma troisième lettre avec son chapitre second. Us verront alors, qu'au lieu de rapporter mes preuves , il supprime les plus frappantes et m'en suppose qui ne sont pas les miennes. Je puis certiûer que si l'on ne connoît mon ouvrage que par les Difficultés du Romanisme , on n'aura qu'une idée incomplète et souvent très-fausse de la Discussion amicale.

Dans toutes les questions que j'y traite, la marche que j'ai constamment suivie a été de prouver notre doctrine par l'Ecriture-Sainte et par la tradition de l'Eglise primitive, ces deux principes étant généralement admis et reconnus par les théologiens protestants. Je n'oserois cependant pas trop assurer qu'ib le soient aussi par M. Faber; car lui-même ne paroît guère savoir à quoi s'en tenir sur la tradition. Quelquefois il sembleroit assez en être partisan, et quelquefois ne l'être aucunement. A la page 8 de sa préface, il exige que l'on lui produise d'époque en époque une suite non interrompue de témoignages jusqu'aux Apôtres eufx-mémes; ailleurs il imaginera de nous mettre en opposition avec l'Eglise primitive par quelques passages détachés du troisième ou du second siècle. A la page 33 , il nous dit que si les Chrétiens du second siècle pouvoient aisément donner la main à ceux du premier, aujourd'hui nous ne le pouvons plus , séparés, comme nous le sommes^ du siècle apostolique par une distance trop

morme ^ pour franchir sûrement un espace de dixluit siècles , et du dernier anneau de la chaîne itteindre le premier. Mais de la page 7 1 jusqu'à a 81, il cite contre nous plusieurs passages des ^ères, dont Clément d'Alexandrie est le plu3 incien. A la page 35 il n'admet d'autre doctrine* [ue celle qui est clairement fondée sur l'Écriture- >ainte; et à la page 49 ^ soutient que le précepte de saint Paul : « Gardez la tradition que vous avez apprise, soit par nos paroles , soit par >nos lettres, » n'a eu de force qu*à Fépoqueà )eu près où il le donnoit aux Thessaloniciens. ^lais à la page 18 , il se fait fort de prouver que es cinq premiers siècles sont contre la transsubantiation. A la page 3a, il approuve le raisonnement de Tertuliien et d'Irénée, dont nous nous ervons encore pour montrer l'apostolicité d'un logme ou d'une pratique quelconque.

XX. Entre les incertitudes et les variations du )achelier, il ne trouvera pas mauvais que j'adopte ;elui de ses sentiments le moins défavorable à la radition. Je m'y sens d'autant plus porté que ce era l'accorder lui-même avec les plus célèbres héologiens de son Église, qui professent une entière léférence pour les Pères et les conciles des cinq premiers siècles (i), et avec les grandes lumières,

(i) <« Tenons-noufi-en à la décision de TaDlIcjuité , et embrassons , comme s'il partoit d'un oracle , ce principe des pères de Nicëe , que les anciennes coutumes soient observées» » L'évêque ïontague, préface à V Essai sur les Origin, eccL

m Tandis que certaines gens s'efforcent d'appeler le discrédit

44 DliFENSB

les savanls personnages de cette admirable et pieuse époque. J'en ai cité plusieurs témoignages dans la lettre IV* de la Discussion amicale. Vous y verrez , Monsieur, des passages auxquels il m'eût été facile d'ajouter cent autres de saint Augustin , de Vincent de LérinSy des trois cent dix-huit évéques du grand

» sur les anciens Pères et les Églises primitives, ils perdent eux- » mêmes Tinfluence après laquelle ils courent , et jettent , au- » tant qu'il est en eux , plusieurs articles de la religion dans une » monstrueuse incertitude. » L'év. Overald , livre sur la Conr sécration , pag .191.

« Quoique l'Écriture soit la plus certaine règle de la croyance , » cependant la véracité ne se trouvant pas moindre sur la langue » que dans la main , dans les prédications que dans les écrits des » apôtres ; et même , selon Tertullien , le discours étant aidant » le Iwre, la pensée at^ant lestjrle (la plume) , les Apôtres ont w prêché avant d'écrire , et planté des Églises avant de leur » adresser des épi très. D'après ces motifs je ne me fais aucun » scrupule d'accorder que les traditions vraiment apostoliques , ne » sont pas moins que les écrits apostoliques , le fondement de I* notre croyance ; et que la fidélité des communications nous » garantit également dfae si tel écrit est apostolique , telle tradî- » dition ne l'est pas moins. » Hammond , Disc. ofHeresjr,

« Si l'on venoit à découvrir que d'autres articles y que notre » Église n'a jusqu'ici ni reçus ni pratiqués , l'ont été universel— » lement dans l'antiquité , je soubaiterois de tout mon coeur, je » le déclare , qu'ils fussent adoptés parmi nous. Car je suis très- » convaincu qu'à dater de la prédication évangéiique jusqu'au M concile de Nicée , et même cent ans après , l'Église catholique » s'accordoit sur toute la terre dans la doctrine , la discipline et » le culte. nBrett's Introduction to tke Independ. ofthe Churchy

« Durant les cinq premiers siècles j l'Eglise alors pure y floris-

concile de Nicée, de Chrysostome , d^Épiphane, de élément d'Alexandrie, de TertuUienidlrénée, qui ous sont décisifs sur Tautorité de la tradition.

XXI. Arrêtons-nous au second siècle , et montrons >ar les contemporains , qu alors la doctrine et la praique de l'Église étoient les mêmes que celles du pre*

santé , enseignoit sans mélange la foi que les ap6tres a volent préchée. » Withaker, on Antéchrist , pag. 5i (*).

tt Nos profonds et judicieux protestants en appellent en gé« néral à l'Église des quatre premiers siècles et demi , et leur accord condamne assez les calomniateurs qui osent attribuer aux protestants du mépris pour l'antiquité : ici même la ville de Rome reçoit des hommages de leur part. Il j a plus ; et la règle commune aux protestants est de s'en tenir sur tous les points au jugement de l'antiquité jusqu'à la moitié du cinquième siècle. Nous accordons même aux Romanistes le cin-> quième et le sixième siècle , ainsi qu'ils le reconnoissent euxmêmes. » Morton's Cath, appecd for Protestants , pag. 44^» 54 , 573 , 574.

« On ne sauroit douter , dit le savant Ussher, que saint Patrick n'eût une vénération particulière pour l'Église de Ronie, d'où il avoit été envoyé pour travailler à la conversion de notre île ; et moi-même , si j'avois été de ce temps, je me serois rendu aussi volontiers au jugement de cette Église qu'à celui de toute autre dans l'univers ; tant est sacrée l'estime que je conserve pour l'intégrité de cette Église dans ces heureux jours. » L la fin Ussher , Relig, of the Irish, , pag. 87 du cinquième de , époque de la mort de saint Patrick. ) C'est assez : vous trou- Tez trente autres autorités dans le Dr Wix , Réflexions, etc. leuxième édition; Londres, 18 19.)

'*) Ja5qa*à Whitaker les passages traduits par moi sont tirés Wia*s Retions. Ceux qal sairent sont pris du 3' cbap. de Protestant JpoL for hoUAs.

mier(i). Clément d'Alexandrie témoigne que « qiiel- » ques-uns de ceux qui a voient succédé immédiate- » ment aux Apôtres et conservé la tradition de leur » doctrine avoient vécu jusqu'à lui, pour répandre et » cultiverla semencede la vraie foi. » Ce que Clément témoigne pour FÉgypte, l'analogie nous permet de le supposer pour plusieurs autres églises, telle, par exemple, que celle de Smyrne, dont l'évêque Polycarpe, centenaire , martyr en i66, avoit été disciple de saint Jean. « Dieu , dans des vues de protec-

(i) Il me seroit facile de prouver par vos meilleurs théologiens que la doctrine des Apôtres a été enseignée diuid son intégrité jusqu'au cinquième siècle inclusivement. Outre les passages d'Ussher, Morton, Whitaker, que vous venei de lire, j'en pourrois citer beaucoup d'autres rapportés par le Dr Wix. Le sentiment commun de vos habiles théologiens est que l'on doit recevoir les quatre premiers conciles généraux et tenir pour apostolique la doctrine de la même époque. Cette observation renverse le premier principe que M. Faber pose dans sa préface, où il exige pour preuve d'apostolicité une suite de témoignages non interrompue jusqu'aux Apôtres même. Je pourrois le forcer par l'autorité supérieure de ses propres maîtres en théologie , depuis le premier apologiste de votre réforme Jewel , jusqu'aux docteurs de notre temps , d'admettre comme venue des Apôtres la doctrine des troisième , quatrième et cinquième siècles. Je veux bien ici ne pas user avec rigueur de mes droits vi»-4h-vis de lui : il doit m'en savoir gré. Je m'en tiens à une de ses opinions , cdle de sa page 32. Il y avoue que la doctrine du second siècle étoit vraiment celle des Apôtres : soyons contents , et tachons qu'il le soit aussi. Parmi les témoins de ce siècle , je compte Gyprien , né vers l'an igo , converti par le vieillard Gécilius ; Origènc , né vers i65 ; Tertullien, vers i6o; Clément Alexandrin, vers i5i ; Irénée, vers 120 , Tbéophiled'Autioche, ver9 ii5i Justin,, ea io3.

n tion sur son Église , disois-je p. 194 v. i de la Dis* » cussion amicale^ permit qu'au milieu des persé- » cutiotis et des dangers , quelques-uns de ces pre- » miers et saints évéques poussassent leur carrière à » un âge très-avancé; et, comme jadis , dans l'ancien » monde , les patriarches , à la faveur de leur lon«- D gue existence , transmirent plus aisément à la pos- » térité ce qu'ils avoient appris de leurs père« sur » la création du monde , sur les dogmes de la reli- » gion^et sur les principaux traits de l'histoire anté- » diluvienne ; ainsi , dans le Christianisme ^ ces vieil- » lards vénérables servirent à témoigner que la foi » présente étoit exactement la même qu'ils avoient ï^ reçue des Apôtres ou de leurs disciples. »

TerluUien nous fait connoître par quel moyen la doctrine apostolique se conservoit dans les Églises. Je ne puis m'erapécher de vous en rapporter à ce sujet un passage fort curieux. « Suwant l'ordre près-' » crit , de 4:outes les Eglises , il s'assemble dans cer- » tains lieux de laGrèce des conciles où se traitent en «commun les affaires les plus importantes, et cette » représentation de tout le nom chrétien obtient » parmi nous la plus grande vénération (i). » Cest de cette institution que provenoit nécessairement cette espèce de consanguinité de doctrine qui existoit, dit-il avec son énergie ordinaiire d'expression , entre

(i) Traité sur le Jeûne , ch. xin. C'est aux conciles dont parle ici Tertullien , que votre savant Beveridge rapporte avec autant de sagacité que de justesse les plus anciens canons apostoliques. Vojez ce qu'il en dit dans Cotelier , n° 8 , tom. i , pag. 43o.

48 PÉFENSE

toutes les Églises du inonde chrétien- Ne renvoîe-t-il pas encore ceux qui vouloientconnoitre la tradition des Apôtres aux Églises fondées par eux, telles que celles de Corinthe, d'Éphèse, etc. ? Voyez, ajoute- » t-il , ce queRome a appris, ce qu'elle enseigne , et la » parfaite harmonie de sa doctrine avec celle* des » Églises Africaines. On demande , dit-il ailleurs, s'il » ne faut admettre de tradition que celle qui est » écrite?» (Voilà bien la prétention que M. Faber affecte quelquefois; en voici la réfutation : ) « A com- » mencer par le baptême, au moment d'entrer dans ^ l'eau f nous protestons dans l'église et sous la main » de l'évéque que nous renonçons à Satan , à ses » pompes, à ses anges^ de là nous sommes plongés à » trois reprises y répondant quelque chose de plus » que ne l'a prescrit notre Sauveur dans l'Evangile. 3» Retirés des eaux, nous goûtons un mélange de » lait et de miel, et de cette heure pendant une se- »maine, nous nous abstenons du bain journalier. » Le sacrement d'Eucharistie , ordonné par le Sei- » gneur au temps du repas , et à tous , nous le pre- » nons dans nos assemblées avant lé jour, et seule- » ment de la main de celui qui préside. Nous offrons » pour les morts, nous célébrons annuellement la » naissance des martyrs. Que si'vous me demandez 9> sur ces usages et autres semblables, quelque loi » des Écritures , vous n'y en trouverez aucune; mais » on vous offre la tradition qui les ajoute, la coutume » qui les confirme , et la foi qui les pratique (r). »

(i) Liv. de la Cour, du soldat, n'» 3-4'

DE LA. msoussioir amicale. 4d

Tertullien exaltoit, avec raison sans doute, la foi des Églises fondées par les Apôtres, lorsqu'il adressoit quiconque vouloit connoître la doctrine révélée à celles des Églises dont il se trouvoit plus voisin. Mais Irénée avoit avant lui rendu le plus glorieux hommage au siège de saint Pierre, éminent par-dessus tous les autres, lorsqu'il déclara (i) «que » toutes les Églises du monde dévoient s'entendre et » s'accorder avec celle de Rome, où se conserve dans » son intégrité la tradition venue des Apôtres. » Ainsi les conciles particuliers qui , d'après le premier passage deTertuUien , se tenoient dans la Grèce, selon la règle établie depuis les Apôtres , et l'enseignement de l'Église Romaine , centre de toutes les Églises, suivant Irénée , étoient les puissants motifs qui retenoient tous les fidèles dans l'unité de la foi et du gouvernement épiscopal.

Je terminerai cette digression sur le second siècle par Hégésippe , qui , dans sa vieillesse , écrivoit à Rome en 176, sous Elheutère, qu'il avoit vu diacre d'Anicet et qui succéda à Soter, Hégésippe qui, de .Judée, avoit voyagé dans la Grèce et les îles, avoit conversé avec grand nombre d'évêques, et témoigne dans un fragment conservé par Eusèbe , Histoire ecc/., liv. vi, « que dans chaque Église on te- » noit la même doctrine qui est contenue dans la » Loi dans les Prophètes et dans la prédication du «Sauveur.»

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