‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 3 sur 20 · XXII. Quoique M. Faber reconnoisse, page Sa · texte numérisé non relu

XXII. Quoique M. Faber reconnoisse, page Sa

(1) Liv. III , ch. III. cont. les hérésies.

5o DEFENSE '

la doctrine du second siècle pour apostolique , j'ai cru devoir en remettre sous vos yeux d,es preuves décisives, des témoignages irrécusables. Tai pensé qu'ilfalloit fixer vos idées et les affermir sur ce point important j d'autant plus que celles du bachelier sont vacillantes , et que s'il paroît , à la page 3a , admettreFautorité du second siècle , il semble ailleurs rejeter totalement la tradition de l'Église primitive. Sans aller plus avant, à la page 35, il ne veut entendre parler de décisions, ni «le Rome, ni des conciles. Il assigne pour le seul juge des controverses l'Écriture Sainte. « Comme il n'existe pas, dit-il , » d'autre dépôt de la révélation , il est évident que D toute doctrine qui n'est point clairement fondée D sur la Bible doit être mise à l'écart. » Ainsi la tradition apostolique n'est plus ici comptée pour rien; mais l'explication de la Sainte Écriture, à qui appartiendra t-elle? Sera- t-elle- livrée au sens privé, au jugement isolé de chaque individu ? Luther l'a voit ainsi résolu. La liberté qu'il s'étoit arrogée , il la proclama pour tous. Sans cette liberté, sa réforme n'auroit jamais fait un pas en avant. Il ne fut pas longtemps à goûter les fruits amers qui lui en revinrent. Il tonna, il rugit contre les scissions qui se firent parmi les siens, et ne les arrêta point. Elles n'ont cessé depuis de se succéder les unes aux autres , de déchirer le Protestantisme et de le mettre en pièces. Toutes sont venues du même principe et en sortent incessamment comme des champignons hors de terre, suivant l'expression du bachelier. En un mot, ce principe , qui a donné la vie et l'accroissement à

la 'Réformation , a progressivement amené sa décadence et doit infailliblement lui causer la mort. Le bachelier le voit et en maudit les funestes et inévi* tables effets ; prenons acte de cet aveu. Plût à Dieu que ses confrères , ses supérieurs élevassent avec lui la voix, pour donner le même avertissement à l'Angleterre. Mais quand un principe est reconnu si monstrueusement abusif ^ il ne suffît pas de le déplorer; il faut avoir le courage de renoncer à ses conséquences. La première , sans parier ici des autres , a été le schisme. Que V Église Établie rentre donc au plus vite dans l'unité. Il le faut , sinon les sectes sorties de son sein épuiseront bientôt leur mère.

XXIIL Le bachelier nous assure que le principe du sens privé ne fut pas celui de Parker et de ses collègues. Comment donc sont-ils parvenus à la tête du gouvernement ecclésiastique? N'est-ce pas contre la discipline généralement établie , en opposition à leurs supérieurs spirituels , en révolte manifeste contre eux et les canons de l'Église ? Ce fut donc en élevant leur opinion particulière ; leur sens privé audessus de la doctrine universelle. Le bachelier appelle sages et vénérables ses réformateurs , qu'il voit néanmoins assis sur les sièges non vacants, occupés encore de droit ( car la violence ne l'ôte ni ne le donne ) par des évéques qui sacrifioient leurs intérêts temporels aux devoirs de la conscience, aux lois divines et ecclésiastiques du gouvernement épiscopal. Le bachelier est en admiration devant la conduite de ces intrus (page 4^)) il la prend; lai

5a DÉTE^rsc

propose poar modèle , de préférence aux décrets des conciles généraux (i). Une chétiveet and-canonique conTocation de quelques, âmes rampantes devant la puissance temporelle, et rebelles à l'Église, fait autorité pour lui ; et tous les évéques de la catholicité nVn ont aucune à ses yeux ! Concevez-vous , Monsieur ', un tel aveuglement , un semblable délire ? Le renversement de la raison peut-il aller plus loin? Quelle nest donc pas la force d'une première éducation, celle de Famour-propre , de Fesprit de parti et des préjugés, même sur des hommes instruits et cultivés? Mais, ô mon Dieu/ que répondront-ils un jour à votre tribunal , les ministres qui auront égaré vos peuples par dépareilles instructions?

Quoi qu'il en soit, voyons ce que firent ces sages et vénérables réformateurs ^ ces grands modèles de M. Faber, à leur convocation de iSôa: Selon lui,* quand 1 Ecriture Sainte ne leur donnoit pas assez de lumière, ils recouroient à la primitive Église. Je sais parfaitement, moi, qu'ils n'en firent rien. I^impôrté , ' passons cette assertion au bachelier , et puisqu'il veut que l'on suive cet exemple supposé, nous voici ramenés encore par lui à la primitive Église. Tâchons à cette fois de l'y retenir luimême. Après les répugnances qu'il a trop souvent montrées contre elle , il paroit y revenir tout de bon

• (i) « Rien ne doit être plus vénérable en terre que la décision » d'un véritable concile œcuménique. » Leibnitz , Lettre à ma^ dame la duchesse de Brunswick, 2 juiUet 1694*

maintenant, malgré lui ce semble, mais entraîné par une force irrésistible. Â la page 4^ 9 il nomme entre les docteurs de la primitive Église , Justin , Clément d'Alexandrie , Tertullien , Origène et Cyprien , il ajoute : « Ces divers écrivains , quoique en » petit nombre , ne laissent pas de former une 2> chaîne qui touche à saint Jean et aux Apôtres. De s>là, s'il existe pour nous une certitude morale, » nous devons être assurés que dans l'exposition de j> l'Écriture , du moins quand il s'agit de points imji portants, ils procèdent par l'autorité même des » Apôtres , ou du moins qu'ils rendent le sens uni- » versellement connu de la doctrine apostolique (i). a Et plus bas : « Lorsque dans les monuments que 2>nous possédons encore, l'Église primitive parle y> clairement, nous devons , autant que j'en puis ju- » ger par la droite raison , nous soumettre à ce qu'elle » décide (a). »

Il est donc prouvé, convenu et arrêté entre nous que la doctrine du second siècle étoit conforme à celle du premier , et qu'elle nous est connue par les écrits de Cyprien , Origène , Tertullien , Clément d'Alexandrie , d'Irenée, de Justin. Il n'en faut pas davantage pour que vous puissiez , Monsieur , prononcer avec sûreté sur la question qui nous divise ; car si vous prenez la peine de jetter encore un coup d'œil sur la Discussion amicale , vous verrez que les preuves traditionnelles des dogmes et des pratiques

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(2) Page 44.

54 Dirairss

que je défends arrivent pour le moins au second siècle y par quelques-uns des auteurs même que le docteur vient de désigner , et que je regarde avec lui comme témoins irrécusables de ce qui se croyoit et se pratiquoit de leur temps. Vous en concluerez que s'il eût raisonné conséquemment à lui-même , il se seroit vu forcé de tomber d'accord avec la Discussion amicale , puisqu'il convient que toute doctrine ou pratique qui , sans origine connue postérieurement j remonte au deuxième siècle doit être apostolique.

XXIV. Mais de grâce expliquez-moi , Monsieur , ce que veut dire votre bachelier, car je ne l'entends pas quand il prétend que la preuve de tradition n est plus dans ma bouche qu'illusion et tromperie manifeste ( J ) ; et quand il suppose que je veux por^ ter ou traîner la chaîne traditionnelle depuis les ^apôtres jusqu'à nous^ sur une étendue de dix-neuf sièdes (2) , je vous avoue que je ne le conçois pas. Rien de plus simple que mon raisonnement , qui est a]> solument le sien , et celui de tout homme de sens. En effet, qu'ai-je à prouver ? la conformité de tel ou tel dogme avec celui de la primitive Église ; par exemple, la prière pour les morts, la confession , la satisfaction , ou le signe de croix. Eh bien , Mon-

(i) But as employed by the bîshop of Aire , the argument is a mère fallacj; the détection of whick is not verj dîfficult. P. 33.

(2) It will readilj be perceîved that the bishop's mode of settling différencies varies from mine in the important article of extension. He would carry the chain down to the présent time: I deem it more prudent to stop in the primitive âges. P. 4^.

DE Lk DlSCCSSIOir AMICALE. J^S

sienr, îraî-je perdre mon temps à extraire et accumu- 1er témoignages sur témoignages , de siècle en siècle depuis le nôtre jusqu'aux Apôtres ? Assurément je n'en ferai rien , et pour deux raisons : i® parce que la croyance des quatorze et quinzième et derniers siècles ne m'est point contestée; mais plutôt taxée de nouveauté et de corruption ; a® parce .que me» preuves ne tirent point leur force des générations intermédiaires , mais bien des primitives. Ma croyance doit être fondée sur celle des temps apostoliques , et la certitude qu'ils n'ont pu être trompés fait Is mienne. En conséquence, laissant en arrière ce qui ne m'est point disputé, je marche droit au cinquième siècle ; et par les Pères témoins de la doctrine de leur temps, je prouve que tel article était cru et enseigné alors. Je passe avec la même méthode au quatrième siècle, qui abonde, comme le précédent, en monuments ecclésiastiques. Je procède toujours de même, et je m'élève au troisième siècle , à la faveur des autorités qu'il me présente et qui, quoique moins nombreuses, le sont assez. J^arrive ainsi à Cyprien, Origène, TertuUien, Clément d'Alexandrie, Irénée, Théophile d'Antioche, Justin; appuyé sur ces éminents personnages, j'entre triomphant dans le second siècle, et me repose enfin avec le bachelier à la source d'une doctrine pure, et toute apostolique. Que voit-il dans cette marche, et que peut-il y voir de louche et de fallacieux (i)? Si-dana

m I II ■ — — — 1— «——■■ — ■ !■ Mi^.— — — —

(i) In thîs manner we can reason even at this day; md can tbereby make Ireneus's and TertulliaD's argument car own ;

56 BJÊFENSE

la Discussion amicale j'ai souvent cité en témoignage les troisième, quatrième et cinquième siècles, c'est qu'alors je raisonnois avec les habiles théologiens de votre communion, qui comprennent les cinq premierssièclesdansl'Égliseprimitive.Ilapluaurecteur de Long-Newton de la mutiler, de la borner de son autorité privée au second siècle. Je me prête maintenant de la meilleure grâce possible à cette fantaisie nouvelle, dont au reste je pénètre assez la cause. Sans doute il s'est aperçu, et j'avoue qu'il a vu juste, qu'il suçcomberoit plus violemment sous le poids des autorités, que* les siècles retranchés par lui présentent en foule pour la croyance catholique et contre la sienne.

XXV. Nous voici au IIP chapitre , dans lequel le bachelier s'est proposé de répondre à deux de mes lettres, et ne répond à aucune. Il présente un résumé de quelques raisonnements qu'il suppose les miens , et qui me sont étrangers. Si je voulois relever 'tout ce que je vois de défectueux dans ce chapitre , il me faudroi t consommer cent pages pour les cinq dont il est composé. Je me bornerai à maintenir contre le bachelier ce que j'ai écrit sur l'article VI , de la convocation de 1 56a. Il en prend la défense ; et oubliant encore qu'il vient de reconnoître l'autorité de la tradition apostolique, au moins jusqu'à la fin du second siècle, il soutient ici avec ceux

provided we hâve first proved, that the faith we contend for, is tbe very same that ohtained in the churches of that âge. /iPa— terlandj on holy Trin. P. 38o.

DE LA. DISCUiSlOir AMICALE. 5j

qu'il appelle sçs profonds et ^ges réformateurs , que l'Écriture Sainte renfernae tout ce qui est essentiel au salut. S'il en est ainsi ( puisque Ton m'oblige à des redites ) , que devient la nécessité du baptême pour les enfants, et la sanctification du di* manche ? l'Écriture n'en parle pas; et néanmoins le bachelier admet avec nous l'un et l'autre. Que devient l'authenticité de l'Écriture même? car elle ne se prouve que par le témoignage de la primitive Église ; et vous verrez bientôt M. Faber forcé d'en convenir malgré lui, admettant ainsi dans la même page la tradition, et la rejettant en faveur du VP article de ses profonds et sages réformateurs.

Le malheur de ceux qui se placent dans une position fajiisse est de se voir inévitablement assaillis de tout^côté gar des difficultés; la tradition en opposoit d'inextricables sur plusieurs points aux chefs de laRéforme, et ils ont dit : Plus de tradition ; l'Écriture, l'Écriture seule; et ils ont rédigé leur VI* article. Ils n'ont point vu, et le bachelier qui prend leur défense ne voit pas davantage , qu'il en résulte contre eux des objections nouvelles et insolubles. En effet, ils y posent en principe fondamental que l'Écriture contient tout ce qui est nécessaire au salut. Ce principe, s'ils ne l'ont pas tiré gratuitement de leur cerveau, doit Tavoir été de l'Écriture. Eh bien , que le bachelier nous le prouve ; qu'il nous produise un seul texte où quelqu'un des auteurs sacrés enseigne que nous pouvons nous borner pour la croyance et la pratique à ce qui est écrit ; un seul endroit où il déclare que l'Écriture rapporte

59 pifENSB

tout ce que les Apôtres ont enseigné , ou , si vous le voulez ; tout ce qui importe au salut. Mais où le prendra-t-il ce passage, puisque le passage absolument contraire s'y trouve mot à mot ? « Demeurez V fermes j et conservez les traditions que vous avez » apprises, soit par nos paroles, soit par notre » lettre. » Vous le voyez , l'Apôtre distingue ses instructions verbales de ses instructions épistolaires ; il prescrit aux Tbessaloniciens de conserver les unes et les autres, d'observer les enseignements qu'il leur avait donnés de vive voix et ceux qu'il leur avoit donnés par écrit.

XXVI. « C'étoit bon alors , réplique le bachelier; » à l'époque où l'Apôtre donnoit ce précepte aux » Tbessaloniciens , à peine le quart du nouveau » Testament avoit été publié. A mesure que les autres » écrits inspirés virent le jour, il est à présumer que » toutes les instructions verbales des Apôtres furent » confiées à l'écriture. On peut donc raisonnablement » croire qu'une fois complété, le Nouveau Testament )^ renferma tout ce qui étoit nécessaire au salut. » Ce subterfuge n'est point sans subtilité, sans adresse, si vous le voulez (i); c*est dommage qu'il manque absolument de solidité ; il trahit l'embarras du bachelier, et ne l'en tire que pour le jetter dans des

(i) Il est emprunté du Dr SUllingfleet, l* Écriture et la Tror^ dition comparées^ du Dr Patrick , évêque d'Elj , Discours sur la Tradition; et du Dr W^illiams, évêque de Ghichester, Examen des textes, etc. Voyez Preser^ati^e against , Popery, v. i, edit. IJsmii 1738, in-fol.

DE LA DISCTTSSIOlf AinCALE. Sg

contradictions avec les Pères, avec les meilleurs théologiens de son Eglise et avec lui-même.

Les saints Pères avoient, comme nous, le Nouveau Testament dans les mains, et n'ont pas laissé d'insister sur la nécessité d'admettre les traditions apostoliques et d'en fonderie précepte sur le passage même de saint Paul auxThessaloniciens. Saint Chrysostome le commente ainsi: « Nous voyons par là que les Apôtres n'écrivoient pas tout, mais qu'ils ensei* » gnoient plusieurs choses de bouche seulement. De 9. quelque manière qu'elles nous viennent d'eux, 9 nous sommes également obligés de les croire. «Croyons la tradition de l'Eglise; il doit nous suf- » fire pour cela que ce soit une tradition (i).» « Le » jour me manqueroit, dit saint Basile, si je vouloîs » vous raconter tous les mystères transmis à l'Eglise » sans écriture. Parmi les dogmes de l'Eglise , il y en » a qui sont contenus dans les Écritures, et d'autres » viennent de la tradition ; et les uns et les autres ont » une égale force par rapport à la piété, car ce seroit » porter un coup mortel à l'Evangile , que de re- » garder les traditions comme des choses qui ont peu » d'autorité (2). » C'est pourtint ce que fait monsieur le bachelier ; il porte selon saint Basile un coup mortel à l'Evangrfe, en mettant de côté tout ce quï ne s'y lit point. « Nous ne trouvons point tout dans » FÉcriture, dit saint Épiphane j parce que les Apôtres

(i) S. Christ. , sermon sur le ch. xi de la ti* ép. aux Théss. (2) Du Saint-Esprit , cb. xxvn , sur le même passage de saint Paul.

6o DÉPENSE

«qui nous ont laissé plusieurs choses par écrit D nous en ont aussi laissé d'autres par tradition (i). » Saint Epiphan^ étoit donc bien loin de nous enseigner que toutes les instructions verbales avoient fini par être rapportées dans le Nouveau Testament, et entre autres instructions , celles qui dévoient être observées suivant le précepte de saint Paul. Rappelezvous ici, Monsieur, le plus illustre, exemple de l'antiquité, celui du concile de Nicée. Eusèbe, qui en avoit été membre , témoigne « que les évêques y> opposoient aux fausses subtilités des Ariens les » grandes vérités de l'Écriture , et V ancienne créance » de r Eglise f depuis les Apôtres jusqu alors ; » et Gélase nous apprend a qu'après avoir long-temps , » mûrement et pleinement considéré ce sujet ado- » rable ( la divinité de Jésus-Christ ) , il parut à tous » les nôtres ensemble que la consubstantialité du » Verbe devoit être définie de foi , de la même ma- » nîère que cette foi nous ai^oit été transmise par » nos saints Pères après les Apôtres.

XXVII. M. le bachelier et son article vi ne s'aocordent pas mieux avec vos habiles théologiens, qu'avec les trois cent dix-huit évêques du concile de Nicée. « Celui qui refuse de se soumettre aux té- » moignages réunis des anciennes liturgies, des » Pères et des conciles remettroit en question- » ( sans parler de plusieurs articles reçus de tout

(i) Hères, lxxv , où vous voyez les traditions verbales distinguées des traditions écrites , long-temps après la publication du Nouveau Testament.

DE LA. DlSCUSSlÔir AMICALE. 6 1

» temps dans FEglise ) l'autorité divine des écrits » inspirés, le baptême des enfants, l'épiscopat, le » jour. du 'Seigneur, et même la divinité de notre «Seigneur et Sauveur Jésus-Christ; ruineroit ainsi » de fond en comble la foi et l'Eglise catholique (i). • » C'est dans l'histoire ecclésiastique , et là unique- » ment je puis le dire , que se trouve la décision de 3» tous les points controversés en théologie , soit de » dogme, soit de discipline , car ils se doivent déter- » miner tous par le fait. Il ne s'agit pas de raffiner , » de critiquer, de se forger des notions sur les choses, » niais de savoir quelle a été dans le principe la foi «donnée aux Chrétiens; question de fait, qui doit » se régler par témoignages; et. quand on dispute Bsur un texte du Nouveau Testament, le meilleur » témoignage est celui des Pères qui vécurent au » siècle apostolique , et reçurent la foi de la bouche 9 même des Apôtres, tels que les saint Clément, saint » Ignace, Polycarpe; et après eux celui de leurs dis- » ciples, et ainsi de suite de siècle en siècle jusqu'au «nôtre. Où se réunissent ces témoignages, là doit » être Ja vraie doctrine, et le vrai gouvernement de » l'Eglise; rejetter cette règle, c'est mériter d'être «soupçonné, c'est même être convaincu d'avoir » dévié de la vérité (a). Ceux qui admettent le canon «des Écritures, sur le témoignage des Pères, se- » roient fort embarrassés de dire pourquoi ilsne vou- « dloient pas de ce même témoignage sur le gouver-

. (i) DrHick's , sur le Sacerdoce chrétien , cité dansM« Wix. (2) Dr Leslie , préface à YHist, ecclés,^ pag. 23.

Cfl DÉFENSE

«nement de TEglise; admettre le témoignage des 9 Pères dans un cas^ et le rejetter dans un autre, » dest jouer pour et contre , c'est se conduire sans sprindpçs (i). Sur la matière dont il est question, » Yoici ce que je crois : i^ que dans le cas d'une y opposition manifeste entre l'Ecriture et la tradition; » il faut suivre l'Écriture, a** que cette opposition » ne sauroit exister quand la tradition est antique » et générale ; 3^ que la tradition est nécessaire pour » expliquer les passages de V Écriture susceptibles de » doute et de dispute ( et de quoi les hommes ne dis- » putent-ils pas ? ) , et que sans cette auxiliaire l'on » ne peut démontrer la nécessité du baptême des en- »fants, celle de garder le dimanche; 4'' que sans »la tradition nous ne prouvons point que le » Vieux et le Nouveau Testament sont la parole de i> Dieu, etc. (2) ; admettre la tradition comme preuve » secondaire y n^est pas déroger à l'autorité de l'Écri- » ture: c'est plutôt la corroborer par des témoigna- » ges collatéraux 9 sous plusieurs rapports (3). A » peine y auroit-il le moindre doute que cette doc* » trine de l'Écriture sur le sacrifice fut venue des » Apôtres, et qu'il faille par conséquent s'y attacher, » lors même que l'on ne trouveroit pour elle, aucun » raotdans les écritsdes Prophètes et des Apôtres. Car

( i) Dr Rceves , préface sur V Usage qu'on doit faire des Pi/pJf pag. 16.

(2) G)llier*s, yindicat.

(3) Waterland, on koljr Trinity. Ges passages et un grand nombre d'autres se trouvent dans Wis'sMefiections*

DE LA DISCnSSfOlf AMICALE. 6S

» le précepte de saint Paul est général : Mes frères » soyezfermeSy tenez aux traditions que vous avez ap* yt prises soitparnos discours , soit par nos épttres ( i). » Je suis aise de pouvoir citer à M. le recteur de Long-Newton, le docteur même duquel il a emprunté ce que j'ai appelé un subterfuge; vous allez donc entendre le docteur Patrick , évéque d'Ely. Les paroles suivantes sont prises de son discours sur la tradition : « Du consentement de tous les Chré- » tiens 9 quoi que ce soit qui nous vienne de Jé- » sus-Christ de la part de Dieu son Père, ou des 9 Apôtres de la part de Jésus - Christ , doit être ac- )» cueilli et fermement retenu; qu'il soit écrit ou »non, n'importe, cela ne fait aucune différence » x> pourvu que nous soyons assurés qu'il nous vienne 3» de lui , ou d'eux. Car ce que nous lisons dans » l'Écriture ne tire point son autorité de ce qu'il 3>est écrit; mais bien de ce qu'il nous arrive de »Dieu. Si Jésus-Christ a dit une chose, il suffit; » nous devons nous y soumettre ; mais il faut que » nous sachions qu'il l'a dit. Quel que soit le moyen » qui nous fasse connoître qu'il l'a dit , nous l'adopte- 3> rons. » Et à la fin de la première partie de son discours : « Tout ce qui nous a été enseigné par notre » Seigneur ou ses Apôtres, nous le recevons comme 30 la parole de Dieu , qui nous paroît suffisamment D déclarée dans les Saintes Écritures. Que si cepen- » dant l'on nous prouvoit avec certitude qu'ils nous » ont encore enseigné quelque autre article, nous le

(i) Dr. Grabe , sur «a passage de saint Zrénée.

64 DISFENSE

» recevrions également. Toute controverse seroît » bientôt finie ; car nous sommes prêts à l'adopter dès » que l'on nous l'aura fait connoître. Il y a plus, et >)nous avons tant de vénération pour les succes- » sjBurs des Apôtres que sur toute matière douteuse » nous recevons, sans aller plus loin, ce qu'ils nous

» déclarent unanimement En im mot, nous rece-

»vons les traditions, non tout ce que l'on appelle » ainsi, mais celles qui se présentent avec une au- » torité suffisante, et non toutes celles que l'on you- » droit nous imposer , par l'autorité seule d'une » Église particulière, qui s'arroge la domination sur » les autres. » On voit clairement que ce dernier-trait est lancé contre l'Eglise particulière de Rome, « avec 3» laquelle néanmoins doivent s'accorder toutes les » autres, disoit Irénée, à cause de sa prééminence » et autorité reconnues. » Il ne s'agit pas uniquement ici de Rome; et le docteur Patrick pouvoit bien s'épargner le tort de se montrer hostile et injuste à^son égard. Il demande, avant de se croire obligé d'admettre une tradition, la preuve de soh apostolicité ; il a raison. Celle que Tertullien, saint Basile, saint Augustin et^aint Vincent de Lerins, donnoient aux hérétiques de leurs temps, nous la donnons à nos frères séparés d'Angleterre et d'ailleurs. Lorsqu'ils voyoient un article de foi, de discipline ou de pratique généralement étabU dans l'Eglise, ils en attribuoient l'origine, pourvu que l'on ne lui en connût aucune plus récente, à renseignement apostolique. En effet, il est impossible d assigner une autre cause à cette unanimité.

BS LA BlSCUâSIOV AMICALE. 65

XXYin. Monsieur Faber a la bonté de me pro* mettre que lui et son Église se rendront volontiers à mes désirs^ pourvu que je lui démontre que les traditions de l'Église Latine et moderne sont identiquement celles qui sont sorties mot pour mot de la bouche de Saint Paul (i). Il me permettra de lui dire que sa réflexion laisse à désirer un meilleur fond de théologie , i" parce que l'Église Latine actuelle n'admet et ne peut même admettre d'autres traditions apostoliques que celles qui étoient admises au siècle de saint Augustin, a"^ parce qu'il n'est pas conforme aux notions théologiques de dislinguer, dans la prédication des Apôtres , l'enseignement de Saint Pierre , celui de Saint Paul , celui de Saint Matthieu et des autres. Qu'il interroge ses anciens maîtres; et il apprendra du docteur Stillingfleet, entre autres , que les Apôtres , mus et guidés par la même inspiration , celle d'un seul Esprit-Saint , ont dû y chacun de son côté, prêcher la même doc^ trine (p). Cette identité d'enseignement est la source des traditions orales et apostoliques; c'est à elle qu il faut attribuer ce qui se trouve d'uniforme dans

(i) Let lus lordUhip prove tkat the tradiitioiis of the modem Qiurch are the identioal verbal traditions of S. Paul , and the Anglican Church , I feel assured , will forth\rith receive them ^ pag. 5o.

(2) We hâve ail the reason în the world to belîeve that the Apostles deliver'd one and the same faith to ail the churches , havingthe same infaillible spirit to direct them. V. Stilling— fleet , bish. of Worcest. , Sermon on Tradition.

toutes les litui^es chrétienDes du cinquième siècle, la prière pour les morts, la confession, la satisfaction, etc. : j'en ai développé les preuves d^ns la Discussion Amicale.

Souffrez encore, je vous prie, une dernière citation ji la suite de celles que j'ai déjà tirées de vos propres théologiens. Peut-être vous paroîtra-t-il pi> quant d'entendre le premier de vos apologiste, le célèbre lewet , s'exprimer sur la tradition. « Si nous » sommes sortis d'une Eglise qui se dit catholique..., » il nous suffit à nous de n'être sortis que d'une » Église... qui s'est écartée visiblement des Saints X Pires.... et de l'Église primitive et Catholique. Au- « tant qu'il nous a été possible, nous nous sommes «rapprochés de l'Église des Apôtres, des anciens «évéques, des Pères catholiques, de l'Égl^ qui vétoit alors une vierge parfaite et sans tache, suia vaut l'ezpresùon de Tertullien (i). > Il résulte de oe passage que votre église Établie est sortie de la nôtre, qu'elle a fait schisme avec nous. Et pourquoi ? Parce que selon Jewel , noti-e Église s'étoit TÎsiblement écartée des Saints Pères et de la primitive Eglise. Donc selon lui, comme selon moi, il faut s'attacher non-seulement à l'Écriture, mais aussi , et suivant le précepte de Saint Paul , aux traditions orales connues par l'enseignement des Saints Pères ; il faut s'éloigner de ceux qui s'éloignent de la foi et de la pratique de l'Église primitive. C'est pré-

(i) Jewel , -*po&y., p«g. t2^~i35.

DE LÀ DI9Cn99IOir AMICALE. 6^

ciséiîient ce que je maintiens contre M; le bachelier, tandis qu'il soutient, contre Jewel et moi, qu'il suffit de se régler exclusivelnent sur l'Écriture.

Dans son Êimeux sermon prêché à la Croix de Saint-Pàul^ en iSSg, trois ans arant la publication de l'Apologie, Jewel s'écrioit ainsi : «Saints Pères 1 » que faisons-nous que vous défendre?.... Grégoire, «Augustin, Jérôme, Ambroîse, Cyprien, Basile...., » si nous nous trompons, c'est vous qui noiis trotn- » pess;.... nous marchons sur vos pas .• si nous nous » égarons, c'est en suivant vos traces. » Faisant ensuite une longue énumération des points controversés sur l'Eucharistie, il nie que dans les six premiers siècles on ait jamais enseigné la présence réelle, le changement de substance , l'adoration de Jésus- Christ présent sous les espèces du pain et du vin^ et il poursuit en ces mots : «S'il se trouve quelqu'un » de nos adversaires, en quelque lieu du monde qu'il ,» soit, je n'en eicepte aucun , qui puisse défendre toun seul de ces articles par un seul passage, une » seule sentence de l'Écriture , des conciles gêné- » raux , ou de quelqti'un des Pères qui ont véctl

itdans les premiers siècles '. (Dieu sait, ines

«frères, que je ne parle point par hyperbole j «mais siiftplement et sincèrement); si, dis*je, il » peut citer une seule ligne , un seul passage , une » seule autorité des auteurs que je viens de nom- »mer, je m'engage solemneltement de souscrire » à tout le reste de la créance des Papistes, et je prie » ceux de cejarti qui ont le plus de capacité de sa- » tisfaire à ma demande ;• ils ne sauroient me faire

»iin plas grand plaisir, ainsi qu'à toute TAngleterre.» Est-ce là, je vous prie, le langage d'un homme qui croit que l'Écriture Sainte contient tout ce qui est nécessaire au salut? M. Faber le tiendroit-il, ce langage? lui qui a lu dans la Discussion Amicale des textes si nombreux et si clairssur la présence réelle, le changement de substance et Tadoralion, prendroitil avec moi l'engagement de souscrire, sur un seul témoignage des Pères, à tout le reste de la doctrine catholique? A la place du docteur Jewel, n'auroit-il pas dû s'exprimer à peu près comme il suit ? «Lais- » sez là vos importunes citations des Pères; montrez- » moi vos mystères Eucharistiques dans TEcriture. 3» Vous n'en trouverez pas une sjliabe dans tout le » Nouveau Testament. Ce silence absolu prouve » deux choses : i^ que vous l'entendez mal de la pré* » sence réelle, puisque ces conséquences immédiates » ne s'y rencontrent nulle part; a® qu'elles ne peui>vent, dans aucun cas, exiger notre assentiment, 9 puisque tous les articles de foi doivent se lire dans » rÉcriture , et qu'elles ne s'y lisent pas. » Mais le docteur Jewel parle tout autrement. Un docteur catholique ne s'exprimeroit pas plus énergiquement que lui sur une matière de pure tradition orale, avec plus de vénération sur l'autorité des Saints Pères. Il n'étoit donc pas dans les sentimens de ceux qui , deux ans plus tard, dressèrent le vi*" article. Jewel, à la vérité, siégeoit dans leur assemblée : il en devoit même être l'âme, comme le plus habile de tous. Comment a-t-il souffert cette rédaction ? comment a-t-il pu souscrire? Je ne me charge point

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de le concilier avec lui-même (i), mais je me flatte qu'il ne prendra plus envie au bachelier, ou à tout autre, de défendre ce vi* article, et d'en soutenir la doctrine.

(i) M. le bachelier paroît fort mécontent de l'anecdote que j'ai citée surl'évêque Jewel, pag. i35, ii*vol. de Isl Discussion Amicale. Il ne la croit pas digne de foi. Je lui observerai qu'elle est racontée par le docleur Smitb , évdque de Calcédoine , qui l'imprimoit en i6549 à Tâge de quatre-vingt-sept ans; né par conséquent en 1567 , trois ans au moins avant la mort de Jewel , 22 septembre iS^ i. Ce docteur Smith , vénéré de tous ceux qui le connurent , laissa , après la longue et sainte carrière qu'il avoit parcourue , une réputation singulière de vertu et de piété. Un pareil caractère ne sauroit être soupçonné de mensonge. Il avoit imprimé pour la première fois la même anecdote en 161 4- Alors vivoient encore les deux seigneurs titrés et Catholiques qui la lui avoient apprise ; et alors vivoit aussi le docteur médecin Twin , qui l'avoit rapportée à ces deux Lords , sur le récit qui lui en avoit été fait par le chapelain même de Jewel , Genebrand , auquel l'évêque mourant en avoit fait la confidence. ~ C'étoit en 161 4 qu'il eût été facile et convenable de s'inscrire en faux contre ce récit. Le bachelier Faber arrive beaucoup trop tard aujourd'hui pour le révoquer en douter il manque absolument de preuves pour balancer l'autorité du pieux et vénérable Smith y et pour le taxer, soit d'imposture , soit au moins de légèreté 9 à croire et à répandre une calomnie de ce genre. Au reste Jewel , élevé dans le Catholicisme , devint Protestant caché sous Henri VIII , ami déclaré du Zwinglien Pierre Martyr sous Edouard VI , Catholique sous Marie pendant peu de temps , Zwinglîen dans son séjour en Allemagne , Épiscopal enfin sous Elisabeth , de laquelle il consentit à recevoir le siège de Salisburj. Il avoit beaucoup d'instruction , eu égard à son siècle et à la brièveté de sa vie. On a dît de lui , d'après ses écrits et sa conduite ^ qu'il avoit beaucoup de mémoire et peu de jugement,

KXDL. Ce qui paroit embarrasser et chagrinep davantage M. Faber,. c'est de se voir obligé de re^ courir à la tradition au moment où il vient d'en dér darer l'inutilité. En effet, forcé bientôt de s'exprimer sur le ççmQn des Écritures, voici ce qu'il dit : «Au D jugement de l'évêque, la Tradition est tellement 9 nécessaire que le canon des Écritures en dépend : » donc en rejetant la Tradition de l'Église J^afme^ » nous ébranlons , suivant l'évêque , l'autorité des » Écritures.» Admirez la candeur de M. Faber. Sans qu'il y paroisse, il me fait adroitement substituer la Tradition de X Eglise Latine y de laquelle je n*ai pas dit un mot, à la Tradition générale de laquelle seule il est question entre nous, a Messieurs nos frères » Latins , àjoute-t-il , imaginent apparemment que 3) nous ne connoissons pas les écrivains ecclésiasti- » ques des premiers siècles. » Non , monsieur , nous n'imaginons rien de pareil : ils sont^ntre vos mains. Nous nous plaignons uniquement de ce que vous lea abandonnez. N'est-ce point, je vous prie, de leurs écrits , de leurs témoignages que se compose la Tradition primitive? N'est-ce pas de leurs mains que vous avez reçu le canon des Écritures ? Vous allez nous l'assurer vousrmême. « Nous n'avons que faire ^ de recourir là-dessus au siège de Rome et à ses dé- »crets dogmatiques ,» dites-vous d'un ton d'aigreur et d'impolitesse, plus fait pour les seizième et dixseptième siècles que pour le nôtre, «c nous avons » toutes les garanties nécessaires dans les documens D de la primitive Église. » Sans doute , et voilà ce que je YOHS ai squvent représien^é. Il fallo^t 4Qnc aban-

DE LA Discussnnr amicale. j %

donner prudemment votre vT article : il ne falloit pas débuter par soutenir que FÉcriture seule suffîsoit au salut, et que les instructions verbalement données par les Apôtres avoient ensuite été insérées dans les écrits subséquemment publiés par eux; il ne falloit pas dire, au moment où vous êtes contraint d'observer vous-même le précepte de Saint Paul , qu'il étoit devenu sans application pour nous, et même peu après qu'il avoit été donné. Enfin il ne falloit pas maintenir avec autant d'assurance que l'Écriture suffit à tout, au moment où vous venez chercher les instructions apostoliques dans les Pères , et hors de l'Écriture , pour en prouver Fauthenticité. Sauvez-vous comme vous pourrez de la contradiction, et cherchez, s'il vous plaît , quelque autre que moi pour vous mettre d'accord avec vousmême.

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