‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE PREMIER, SUR l'ecchabistie · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER, SUR l'ecchabistie

Je wl étais imaginé, en recevant la lettre que M. Faber m'adressa le 20 décembre 181 5, que f allois trouver en lui un savant versé dans la science tbéologique , dans la lecture y la doctrine des Pères de FÉglise ; un ecclésiastique ami de la paix , déplorant comme moi la séparation fatale effectuée au seizième siècle par une politique non moins aveugle qu'intéressée; un pasteur disposé à joindre, ses efforts aux miens pour rapprocher des Chrétiens trop long-temps divisés, et ramener au sein de l'unité des cœurs faits pour s'entendre, s'aimer, et pour affermir conjointement sur la terre le règne de notre divin Sauveur. Espérances flatteuses, charitables projets, pourquoi vous êtes-vous si tôt évanouis? Pourquoi faut-il qu'à la première lecture , l'écrit dé ' mon antagoniste ne m'ait présenté qu'un amas de difficultés imaginaires , mises sur le compte de ce qu'il appelle Romanisme ? pourquoi tant de fiel versé sur la Discussion Amicale , et mêlé à tant d'éloges peu mérités sur la personne de son auteur, qu'il ne

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connoit pas? M. Faber est habile écrivain , je le pense; prédicateur suivi , je le crois sans peine; mais controversiste judicieux et pacifique, non sans doute : j'ose l'affirmer ; et vous allez, Monsieur, vous en convaincre en suivant avec moi sa discussion sur rEucharistie.

1^. Il commence par établir la question comme il l'entend : a L'opposition de l'Église d'Angleterre et de a> l'Eglise de Rome , dit-il page Sià^ au sujet de la Sainte » Eucharistie , vient surtout du mode appelle Trans* » substantiation; c'est en cela , si je ne me trompe, » que consiste principalement l'opposition des deux 30 Églises.Quant au dogme de la présence réelle, l'une » et l'autre le maintiennent. » Si le docteur parloit de la doctrine enseignée en Angleterre cent ans de suite à peu près, depuis la réforme d'Elisabeth jus<qu'en 1661, je serois volontiers de son avis : alors la présence réelle étoit la doctrine dominante. « Le » roi , témoignoit l'évéque Andrews au cardinal Bel- » larmin , parlant de Jacques P'' , le roi reconnoit » Jésus-Christ véritablement présent dans TEucha- » ristie, \érit2ih\einent adorable. ..Tfonsadoronsayec » Saint Ambroise la chair de Jésus-Christ dans ses » mystères. » ( M. le bachelier vous tiendroit-il ce langage?) « Les Protestants les plus sensés, disoit » l'évéque Forbes, n'hésitent point à adorer Jésus- D Christ dans l'Eucharistie; car, en la recevant, on »doit au Christ une véritable adoration de latrie.... » Je trouve monstrueuse l'erreur de ces rigides Protes- » tans qui ne permettent pas d'y adorer Jésus-Christ » pardes actes extérieurs, tels que des génuflexions,

I» OU toute autre posture*du corps.» (M. le bachelier Fabér n'ëst-il pas obligé , selon la rubrique actuelle , d'enseigner cette erreur monstrueuse?) «On m'ac* » cordera bien , disoit le savant Thorndike , que Ton B doit adorer le corps et le sang de Jésus-Christ par^ 2> tout où ils se trouvent. La présence du Christ dans iB l'Eucharistie n'offre-t-elle pas une juste occasion » d'y exprimer par des témoignages extérieurs d'a- » dération » (Gardez-vous de le penser, s'écrieroit ici M. votre bachelier ) « le profond sentiment d'hon- «iieur que nous portons à notre Seigneur Jésus- 1» Christ comme Dieu ? d Je pourrois vous citer encore ici Ridley, Hooker, Casaubon, Montagne, Taylor, Cosin (i). Telle étoit alors la doctrine des plus célèbres théologiens de TÉglise Anglicane : ils adoroient Jésus-Christ dans l'Eucharistie paix^e qu'ils l'y croyoient présent.

II. Avec l'année i66a s'ouvre une nouvelle époque. Votre Église proscrit solemnellement l'adoration dans l'Eucharistie (a) ; et, par une conséquence nécessaire de cette proscription sacrilège, le sentiment Calviniste s'introduit dans le royaume; il retentit dans les écoles, se fait entendre dans les chaires de l'Église Établie. Et en effet, si Tadoration suppose nécessairement la présence, de quelque manière que l'on Fexpilique, la présence commande aussi

(i)Yojez Discussion Amicale, tom. i, pag. 314) 3i5, 3i6;

Essajr towards a proposai for a Cath. Comm,, eh, v, Lond. , 1 80 r .

(2) L'aTertûaeiiieiit qui termine la rubrique de la Cowmumiom

DB LA DiaOUSSiOlf AMICALE. fj&

Fadoratîûn (i). Dès quil n'est plu^ permU 4*adorer , il n'est plus permis de croire Jésus-Cbrist priM^nt à l'Eucharistie. Il faut passer avec M. Faber à ce changement dont il nous entretient avec complaisance , à ce changement moral qui consacre, il est vrai, le pain et le vin à une cérémonie religieuse , mais lef laisse exclusivement à leur substance ) il ne faut plus vqir dans le sacrement que des symboles vid^a et matériels, ne plus parler que de figure inanimée,

(i) Christum In actione cœnae T«ré et substantîaliter prssentem in spîritu et veritate adorandum nemo negat , niai qui cum lacrasientariis vel negat vel dubitat de praesentia Christi in cœnâ, l^emnitins, tom. ii, edit. Francof., pag. i5o, n* 4* JEjpom* conc. Trid, ,

En 1670 les ministres de Strasbourg , réunis en corps y présentèrent aux magistrats une requête par laquelle ils demandoient, entre autres articles, qu'on obligeât ceux qui approchoient de la Gène k la recevoir k genoux. Us apportoient pour exemple la coutume des Églises de Saxe , et pour motif la foi de la pré»sence réelle ; ajoutant que si , selon l'expression de Saint Paul , t( tout genou doit fléchir au nom de Jésus , » à plus for^e vaison devant sa personne.

Zwingle ne comprenolt pas comment ceux qui croient Jésus- Gbrist présent peuvent éviter de pécher en ne l'adorant pas (in Exerc, Euch, ad Luther.) Calvin déclare hautement , et après Im Bèze , qu'il lui a toujours paru très-concluant de dire que si Jésus-Christ est dans le pain, il faut l'y adorer. « lioa semper V sic ratiocinati sumus {çontr, Luther.) si Chris tus est in pane, » esse sub pane adorandum. » Or, ni Calvin et ses disciple^, ni le bachelier Faber et les Anglicans modernes , ne l'adorent dans la Gène : donc ils ne l'y croient pas présent , quelque fortes , et pour ainsi dire Catholiques , que soient les expressions dont ils aiécteat souvent de se servir.

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sans réalité^ sans vie;car, une présence figurée, qu'estelle autre chose y je vous prie, qu'uiie absence réelle? Vous qui avez rejette avec votre Église l'adoration de Jésus-Christ dans son Sacrement , vous qui la condamnez avec elle comme une honteuse idolâtrie , comment venez -vous nous dire que vous êtes d'ac* cord avec nous sur la présence réelle? Âh! Monsieur, si vous étiez persuadé de cette présence, vous seriez saisi de tremblement à Fapproche de la Table Sainte ; vous vous anéantiriez devant votre Dieu , voilé sous les espèces , mais découvert à votre foi ; vous le recevriez avec tous les témoignages d'une profonde et vive adoration; et après l'humble Gente* nier de l'Évangile, vous diriez avec vosancêtres,avec tous les nôtres , avec nous : «Seigneur, je ne suis D pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais 30 dites seulement une parole , et mon âme sera gué- » rie. » Ce langage fut pendant onzecents ans celui de votre patrie. Il ne vous est plus possible de le tenir et de la prononcer avec le sentiment et l'attitude d'adorateur. Hélas! pour vous il n'existe , je ne dis pas sur l'autel , puisque vous en proscrivez l'idée et le nom , mais sur la table du Souper Dominical , il n'existe pour vous que du pain et du vin. Le corps de Jésus- Christ, dites-vous^ est devenu , depuis qu'il est au ciel, étranger à la terre et à ses habitants délaissés. L'adoration seroit donc pour vous une véritable idolâtrie. AinsiM. le bachelier Faber se trompe quand il assigne la Transsubstantiation pour sujet fondamental de l'opposition entre son Église et la nôtre. C'étoit le dogme de la présence réelle qu'il devoit

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assigner y en réduisant la première et la principale question entre les Catholiques et les An^icans modernes aux termes suivants : Le corps de Jésus-Christ est-il ou n'est-il pas présent en réalité dans l'Eucharistie ? Cette question tient encore le premier rang par sa plus haute importance. En effet , la persuasion de la réalité donne à la foi du vrai Catholique un essor sublime; de là elle le ramène au sentiment de sa bassesse j de sa profonde indignité , et le concentre dans une adoration muette. Elle est pour lui une source d'émotions délicieuses^ et en même temps un principe de force , d'amour , de joie , de consolation y et d'espérance : enfin ^ elle le transporte audessus des choses rampantes, et en quelque sorte le divinise sur là terre. Franchement , Monsieur , la triste et froide opinion de la figure a-t-elle jamais produit , et pourra-t-elle jamais produire quelque chose de semblable ?

Il est assez étrange qu'un homme persuadé de l'absence réelle de Jésus-Christ dans le Sacrement ^ prenne grand intérêt a la Transsubstantiation. Se tourmente-t-on à rechercher le mode d'existence d'une chose qui n'existe point pour nous ? A quoi bon disputer sur la manière dont s'opère le prodige de la présence réelle , quant on la tient pour nulle ? lors même que le bachelier réussiroit à démontrer aux Catholiques que le changement de substance dans l'Eucharistie est inadmissible , il n'auroit point prouvé par IJi que la réalité de la présence l'est aussi. Il lui resteroit encore à combattre et renverser l'opinion Luthérienne; caria réalité de la pré-

sence est cmtendue de deux manières , soit par le changement de la substance du pain en la substance du corps, comme le veulent les Catholiques, soit par la jonction ou l'union des deux substances, comfne le prétendent les disciples de Loither. Au contraire , les mêmes preuves qui établissent le dogme de la Transsubstantiation , démontrent celui de la réalité. Dès que la substance du corps a pris la place de celle du pain , il faut nécessairement croire et ado* Ter Jésus-Christ sous la figure et la forme du pain , sous les qualités sensibles d'une substance qui n'est plus* Vous voyez. Monsieur, que la principale différence , la plus forte opposition qui eidste entre notre Église et la vôtre , consiste dans la présence réelle. La Transsubstantiation n'en est qu'une secondaire ; elle naît du dogme de la réalité , le soit et ne le précède jamais. En la plaçant en première ligne, le bachelier a fait une méprise qui seroit bien surprenante dans un théologien ; il a mal posé la question, parce qu'il a mal conçue l'Eucharistie : il paroît n'avoir sur les rapports de nos mystères que des idées confuses ; c'est pourquoi il n'a point vu la principale opposition des deux Églises où elle est : il l'a placée où elle n'est pas.

in. J'arrive enfin à deux pages consolantes, pleines de réflexions sages et judicieuses (i). Je les ai lues et reines avec satisfaction , et j'en ai beaucoup à le déclarer hautement. Que ne s'en rencontre4-il plus

(t) Pag. 54-55.

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souvent dans l'écrit auquel je réponds ! S'il e^t vrai« ment pénible , quand on aspire à réconcilier deux partis, de trouver dans l'un des dispositions hostiles f des difficultés suscitées arbitrairement ^ il est doux de les entendre exprimer ensemble les mêmes sentiments sur une question quelconque. Ici , M. le bachelier Faber blâme avec nous la témérité de ces théologiens qui y enflés d'une vaine science , abusés par une raison présomptueuse , s'imaginent apercevoir des conséquences absurdes et contradictoires dans les dogmes de la présence réelle et du changement de substance (i); il semble adresser à ces esprits chagrins et vaniteux ces paroles de Ditton : (c Qu'ils laissent là leurs chicanes et leurs disputes*. , » et qu'ils prennent tout ce qu'ils trouvent claire- » ment révélé..., ne perdent jamais de vue que, bien » que la sagesse et la bonté divines ne puissent , en » aucun cas y les obliger de croire une chose réellej» ment absurde et contradictoire...^ ils peuvent néan- » moins être obligés à croire... bien des choses que 9 d'opini&tres préjugés leur représentent comme ab- 9 surdes... y mais qui ne leur paroissent telles, que » pour s'être d'eux-mêmes trop accoutumés à juger 9 des voies de Dieu par celles des hommes (2). )»

Avec l'évêque de Durham Cosin , le bachelier re-* connoît la possibilité de la présence en plusieurs

(i) On sent assez qu'il fait allusion à plusieurs docteurs connus en Angleterre , entre autres à Tillotson.

(2) Humphrej Ditton ^ part, i , sect. i4^ on Resur.

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lieux; avec le docteur Forbes, celle du changement de substance.

Voici comment s'exprime le premier : « Nous con« » fessons ^ avec les Saints Pères , que la manière de » la présence est aussi inaccessible à nos pensées » qu'à notre langage ; c'est - à - dire qu'elle ne doit » point être sondée par la raison humaine , mais 3» crue par la foi. Quelque incroyable qu'il nous pa- » roisse qu'à une si énorme distance , la chair de » Jésus-Christ puisse arriver jusqu'à nous et deve- I» nir notre aliment , encore faut-il ne jamais oublier » combien la puissance du Saint-Esprit est au-dessus » de notre portée y et quelle folie ce seroit de vou- » loir mesurer son immensité à notre foible intelli* » gence. Que la foi donc admette ce que notre rai' » son ne conçoit pas (i). » Vous allez maintenant entendre le second : «Il y a trop de témérité et de 7i danger dans l'assertion de plusieurs Protestants qui » refusent à Dieu le pouvoir de transsubstantier le 3» pain dans le corps du Christ Tout le monde con- » vient, il est vrai, que ce qui implique contradic- D tion ne peut se faire; mais comme personne en » particulier ne connoît avec certitude l'essence de » chaque chose y et par conséquent ce qui implique y> ou n'implique pas contradiction ; c'est une témé- I) rite évidente à qui que ce soit, de poser des D bornes à la puissance de Dieu. J'approuve i'opi- » niori des théologiens de Witteraberg, qui ne crai- » gnent point d'avouer que Dieu est assez puissant

(i) Hist. de la TranssuBst., pag. 36.

» paur changer le pain et le vin au corps et au sang » de Jésus-Christ (i). »

Ces principes y qui ne sont pas moins ceux de M. le bachelier que des évéqucs Forbes, Cosin^ sont aussi très-conformes à ceux de Grotius , de Lei«* bnitz^MolanuSy et de vos plus savants compatriotes qui auroient tous répété cette belle invocation d'un de vos évéques : « O Dieu incamé ! Comment peux- » tu nous donner ta chair à manger et ton sang à » boire ? Comment ta chair est-elle véritablement >> nourriture? Et comment ^ toi qui résides au ciel , » peux-tu être présent sur nos autels? Ma raison s'y » confond , ne peut l'entendre ni l'expliquer; et pour- » tant je crois fermement tous ces points^ parce que 3> toi-même tu nous les as dits. Je me repose avec » confiance sur ton amour pour nous, et ne douterai » jamais que ta toute-puissance ne sache bien ac* » complir ta parole ^ quelque incompréhensible que » soit pour moi la manière dont elle s'y prend (2). »

IV. Depuis cette invocation religieuse et à la fois très-philosophique 9 la théologie a subi un terrible échec dans votre Église. L'évêque Ken et lé bache-^ lier Faber ont été nourris dans une doctrine entièrement opposée sur l'Eucharistie; le premier, dans les principes de la réalité ; le second y dans ceux de la figure y qui, loin d'inspirer à ses froids partisans la sublimité de foi de l'évêque, ne permet pas même au bachelier de l'admirer. Félicîtons-le du moins d'avoir

(i) L'évêque Forbes , Epist. , 1. m , c. v.

(2) Dr Ken , évêque de Bath , Exposition,

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rejeté comme téméraires les conséquences que plusieurs de ses confrères ont imputées au dogme Catholique, et d'avoir blâmé les déclamations dont îls ont fait retentir les chaires avec ce ton affirma-» tif et tranchant qui en impose aux esprits incapables d'approfondir les questions métaphysiques.

Le bachelier Faber, j'aime encore à le reconnoitrci a vu la difEculté avec beaucoup de justesse , lorsqu'il l'a réduite à cette simple question dé fait : a Le changement de substance a-t-il ou n'a-t-il pas été révélé par Jésus-Christ?» Mais bientôt il substitue^ sans s'en apercevoir, au dogme de la Transsubstan** tiation celui de la présence réelle : car la plupart de ses raisonnemens portent contre la réalité. Je l'observe ici, moins pour lui en faire le reproche que |>our relever le défaut de précision dans ses idées; car au fond il est évident que , s'il n'y a point réalité de présence, il ne peut y avoir changement de sub* stance dans l'Eucharistie. Voyons donc ses preuves contre la réalité de présence. Jusqu'ici la marche suivie par les théologiens a été d examiner la pro^ messe faite par Jésus-Christ, avant son exécution. Telle n'est point celle du docteur : il revient encore à la méthode qui lui est Êimilière , d'intervertir l'or* dre des idées. Il entame la discussion de l'Écriture par les paroles de l'institution, sauf à nous entrete* nir plus tard de la promesse qu'en avoit faite notre Sauveur long-temps auparavant. Il nous permettra de replacer les choses dans leur ordre naturel : nous le suivrons ensuite dans là marche inverse qu'il a jugé à propos d'adopter*

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