CHAPITRE SECOND
PREUVES BS KOS.^DOGMES EUGHAEISTIQUES PA& ïliCEU»
TURJB sAiirrs.
I. Vous me dispenserez , je pense, de vous rapporter au long les raisonnements que j'ai développés dans mon premier volume , page a 5o jusqu'à la page. 2179. Veuillez bien prendre la peine de relire cette^ partie de la Discussion Amicale, Je me borne à vous présenter lesquisse sommaire des motifs qui prou<r vent que Jésus-Christ avoit promis de nous donner^ non la figure , mais la réalité de son corps.
i^. Il commence par rappeler aux Juifs le grand miracle de la multiplication àes pains, qui s'étoit passé sous leurs, yeux la veille, et qui seul auroit du lui attirer toute leur confiance; il leur reproche leur lenteur à la lui donner , et fait valoir ses droits à l'exi* ger de leur part. Que signifie cet exorde et cetta manière de ne s'ouvrir qu'à demi etpar degrés?P'où vient qu'il leur rappelle- à reprises consécutives la nécessité de la foi due à son caractère , à ses miracles ,, à son origine céleste , à sa Divinité ? A quoi tendent ces recommandations , ces précautions préliminaires? Où en veut-il venir? Et que pense-t-il à leur proposer ? Quelque chose de fort étrange sans doute ,
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et d'une extrême difficulté à recevoir. Écoutons : « Je suis le pain vivifiant. Quiconque mange de ce » pain vivra éternellement; et ce pain que je don* y> nerai , c'est ma chair, laquelle je donnerai pour la » vie du monde (i)« » Cette déclaration si étrange , si éloignée des idées humaines , ne sauroit convenir à une manducation figurée , qui n'a* rien que de simple. Le sens naturel des paroles que les Juifs viennent d'entendre étonne et confond leur esprit. Us jugent qu'il leur sera impossible de manger la chair de Jésus. La manière charnelle que leur présente cette manducation suppose évidemment la réalité , et non moins évidemment exclut la figure. C'est donc la réalité qu'ils ont comprise. * * 2?. Loin de les désabuser, en expliquant ses paroles au sens de la figure , notre Seigneur répète six fois de suite sa première déclaration avec des expressions toujours plus fortes. Les paroles énergiques dans lesquelles il s'est énoncé effarouchent plusieurs disciples mêmes : ils prononcent qu elles sont pour eux d'une dureté intolérable. Donc elles portoient le sens de la réalité, incompréhensible à l'esprit humain, et nullement celui de la figure, si conforme à nos idées.
3*. Jésus ajoute que, s'ils sont scandalisés de ce qu'il vient de leur dire , ils le seront bien plus quand ils le verront monter où il étoit avant; c'est-à-dire que l'accomplissement de sa promesse leur paroî-^ troit beaucoup plus incroyable quand il ne seroit
(i) S. Jean , ch. vi) vers. 5l-52.
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plus présent à leurs yeux. Or, la manducatîon figurée devient encore plus facile après son ascension ^ cette éclatante preuve de sa Divinité, et la réelle beaucoup plus incroyable, pour vous surtout, Messieurs, qui nous répétez sans cesse qu'il y a aussi loin de nos autels à son corps que de la terre au ciel. Ce n'étoit donc point une manducation figurée, mais bien une réelle qu'il avoit annoncée.
4^. Cependant, afin d'écarter de leur imagination la crédulité d'une manducation charnelle, Jésus ajoute qu'il ne faut point juger de ses paroles selon la raison humaine, mais selon les lumières de l'Es* prit Saint, a Car c'est l'Esprit (Saint) qui vivifie; la » chair (ou la raison humaine) ne sert ici à rien (i). » » Mais non , s'écrie M. le bachelier Faber : le Sauveur avertit par là les Juifs et les disciples que ses paroles doivent être prises dans un sens figuré. » Et moi , je reprends : Cela n'est pas, et ne peut être : car si le Seigneur avoit averti par cette sentence que son discours devoit s'entendre dans un sens figuré, les Juifs, qui s'éloient révoltés à l'idée grossière d'une manducation réelle , et ses disciples , qui l'avoient trouvée d'une dureté insoutenable, se seroient apai*ses à l'instant; ils se seroient réconciliés avec le discours de leur maître , et n'en seroient restés que
(i) '( Spîrîtus est qui vivificat , caro non prodest quidqnam. » Quôd indicat ista Spiritus sancti auxilio intelligi opportere. Garnem cnim (hoc est ration em humaham) in hisce divinis rébus nihil prodesse (hoc est caligare et ineptire). Centur. Lutheren cent. I , cap. ly.
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plus attachés à lui. Eh bien ! c'est précisément sur ce dernier avertissement quMls s'éloignent, Tabandonnent , et ne reparoîssent plus. L'avertissement n'indiquoit donc pas le sens figuré.
5^. Jésus reproche aux disciples de ne pas croire à sa parole. S'il s'étoit expliqué dans le sens figuré , ils y auroient cru ; aucun n'auroit mérité le reproche d'incrédulité. Il ajoute que personne ne peut croire à ce qu'il a dit, s'il n'en a reçu la grâce par son Père. Or, pour croire une manducation figurée, il n'est pas besoin de grâce.
6*. La doctrine de Jésus sur la manducation promise empêcha beaucoup de Juifs de croire en lui , et porta plusieurs disciples à l'abandonner. Or, notre doctrine sur ce point empêche bien des Chrétiens d'adopter notre croyance , et en porte quelques-uns i la quitter. Au contraire, la doctrine actuelle de votre Église lui attache généralement les siens, et retient ceux qui seroient portés à venir à nous. C'est donc notre doctrine, et non la vôtre, qui est conforme à celle de Jésus-Christ.
7^. Enfin (et remarquez bien, s'il vous plaît, ce dernier trait) plusieurs discipless'éloignèrent de leur maître, même après l'avertissement qu'il vient de donner , plutôt que de s'en rapporter à sa parole sur la manière d'accomplir ce qu'il promet j les Apôtres s'attachent à lui, et, fondés sur sa Divinité, ils s'en remettent à sa puissance sur l'exécution de sa promesse. Or, les premiers n'auroieut point abandonné un tel maître pour ne pas croire une chose aussi simple qu'une manducation, expliquée, sdbn AL lebft»
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chelier, dans le sens figuré; et les seconds n'aoroient pas eu besoin, pour la croire, de s'appuyer sur aa Divinité et sa toute-puissance. Donc ni les uns ni les autres n'ont pu entendre cette manducation dans le sens figuré du bachelier; donc celui de la réalité est le sens véritable, le seul qui puisse expliquer la conduite opposée de ses disciples et des Apôtres (i).
(i) M. Faber veut absolument que les anciens Pères aient entendu comme lui ce verset 64* « Afin , dit- il page 87, que Ton puisse voir à quelle énorme distance l'ëvéque d'Aire se trouve des anciens , je place ici l'explication de saint Atlianase ; » et il en donne une traduction plus qu'incorrecte , ainsi qu'il sera facile d'en juger par la version latine des savants bénédictins que voici : « De seipso dixit Gbristus, Filius kominis, et Spiritus s ut ex illo , 1^ quse corpus suum spectarent ; ex spiritu verè , spiritualem M suam et întelligibilem , verissimanique divinitatem declararet.» "Et ajHrés avoir rapporté les versets 62 , 63 , 64 de Saint Jean : « Nam hic etiam utrumque de se dixit , carnem et spiritum : et » spiritum à came distinxit , nt non solùm quod apparet , sed » etîam quod invisibile est credentes, disoerent ea qus ipse loqu^ w retur non esse camalia , sed spiritualia , Quod enim kominibus •> corpus satis esset ad esum , ut illud totius mundi fieret alimenw tum ? Sed idée meminit ascensionis Filii hominis in coelum , ut M a corporali cogitatione ipsos retraheret ; atque bine ediscereat -» câmem , de quâ locutus fuerat , cibum è supemis , cœlestem et M spiritualem alimoniam ab ipso dari. « Nam quae locutus sum » vobis , inquît , spiritus et vita sunt t n quod perinde est ac si dîn ceret x Qudd ostenditur , et datur pro mundi salute , caro est , « quam ego gesto : sed hœc 'Vobis cum ejus sanguine a me spiri— M tnaliter esca dabitur : ita ut hœc spiritualiter unicuique tribo- » tatur, et fiât singulis tutamen in resurrectionem vitae setemae. m (Ep.iv, adSerapion., episc. Tbumitannm.) Remarquez ces mots : mais cette chair a^c son sang vous sera donnée par moi ^une
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IL Je vous le demande à présent ^ Monsieur , quelle impression profonde, ineffaçable, ne dut point faire sur les Apôtres la longue et mémorable scène de Capharnaûm ! Dans quelle attente ne dut pas les suspendre une promesse tellement extraordinaire et merveilleuse qu'elle n'avoit pu être conçue et annoncée que par Dieu même! Il ne fallut pas moins que les miracles journaliers dont ils étoient témoins , et la conviction entière delaDivinité de leur maître, pour les tenir assurés qu'il réaliseroit un jour sa promesse , quelque inintelligible que fût pour eux la
nu^nière spirituelle. Cette doctrine est exactement la nôtre. Il est bien différent de dire que la cLair et le sang sont 4onnés d'une manière spirituelle , et dire qu'ils sont donnés en figure. Un corps en figure n'est pas un corps , mais un corps spirituel est réel : c'est celui des élus dans le ciel. Seminatur corpus animcde, surgel corpus spirituale. Le bachelier a pris d'un bout à l'autre le pai^ sage de Saint Âthanase à contresens.
Dans la Discussion Amicale, pag. 263 , 2649 2* édit., vol. i, je dîsois : « En annonçant son ascension aux disciples , Jésus^ Christ leur insinuoit et leur donnoit assez à comprendre que dans la mandacatîon de sa chair il n'y auroit rien pour les sens , comme ils se l'étoicnt figuré , et que sa présence n'y seroit ni palpable ni visible* Puisque , selon cette présence naturelle , ils le verroient disparoître et s'élever dans les cieux , il les averll»soit encore qu'ils ne dévoient pas juger de son corps comme des autres corps humains , incapables par eux-mêmes d'un essor semblable ; que le sien devoit être d'une trempe divine ; sa chair , celle du Fils de Dieu , à laquelle il pouvoit imprimer une vertu toute-puissante , et qu'il sauroit bien convertir et donner dans un état surnaturel. » Je remercie M. le bachelier de m'avoir appris que , sans connoître le passage de Saint Athanase , j'avois eu le bonheur de rencontrer en partie les idées de ce grai^d évéque.
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manière dont il Texécuteroit. Cette scène inouïe dut revenir fréquemment à leur mémoire , mais surtout au moment où, après la cène pascale et le lavement des pieds 9 replacés à table par son ordre, et le Toyant poser ses mains vénérables sur le pain , le bénir, élever en prière les yeux au ciel, ils l'enten* dirent proférer solemnellement ces paroles : Prenez et mangez; ceci est mon corps. Ces mots sont un trait de lumière pour eux ; leur attente est remplie ; leurs espérances, leur foi couronnées; et nousmêmes, Monsieur, quoique aune si grande distance de l'événement, nous y assistons en idée , nous participons au banquet de notre Sauveur. Nous venons de l'entendre comme auparavant nous l'avons entendu dans la synagogue de Capharnaûm. Ici , comme alors, nous entrons dans les sentiments des Apôtres; avec eux nous saisissons à l'instant le rapport qui se trouve manifestement entre Tannonce du bienfait et son accomplissement , entre la nourriture promise et la nourriture accordée , entre la chair que le Seigneur devoit leur donner à manger et celle qu'il leur donne à manger actuellement. Nous comparons le récit de Saint Jean avec celui des autres Évangélistes; ces paroles du premier, Le pain que je donnerai est ma chair^ que je donnerai pour la vie du monde , s^vec les paroles de Saint Luc , Ceci est mon corps qui est livré pour vous. Dans l'un et l'autre le fonds est le même ; là , comme ici , même sujet , même mystère , même vérité. Nous remarquons de plus que cette grande merveille, signalée d'avance dans des termes précis et expressifs , est à présent énoncée
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par tout ce que le langage humain a de plus simple , de plus clair ; et nous disons : Jésus*Christ a prononcé les paroles de Finstitution, dans le même sens que celle de la promesse. Or, très-sûrement ilavoit pro«noncé celles-ci dans le sens de la réalité ; nous venons de le voir. £t encore : les Apôtres ont dû donner aux paroles de Finstitution le sens qu'ils avoient donné à celles de la promesse : or, le sens qu'ils avoient donné à celles de la promesse étoit certainement celui de la réalité : c'est donc celui qu'ils donnèrent aux paroles de l'institution.
m. Faut-il néanmoins, pour vous complaire^ reprendre la marche rétrograde que le docteur a suivie, et de l'institution remonter à sa promesse? Qu'ainsi soit; j'y consens volontiers.Mais qu'y gagnera votre docteur du sens figuré? Voyons. Que les paroles de la promesse passent les premières ou qu'elles n'arrivent qu'à la suite de celles de l'institution , je ne vois de différence que dans le renversement d'ordre. Le rapport intime des unes aux autres les rend inséparables. Elles ne souffrent pas d'isolement, elles veulent être rapprochées ; tant est étroite la liaison qui les unit! Le bachelier doit en convenir. Il se sert lui-même du verset 64, chapitre vi de Saint Jean, pour détourner, s'il étoit possible, ces mots , ceci est mon corps, au sens de la figure. Il ne sauroit donc me contester le droit d'employer le même chapitre pour montrer que les paroles de l'institution emportent la réalité.
11 est d'ailleurs indispensable pour tout commentateur de réunir ensemble les idées qui durent alors
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^'emparer ensemblef des Apôtres. Qui peut douter que cette étonnante scène de Capharnaûm ne fût à ce moment présente à leur mémoire? Certes, nous sommes fondés à croire qu'un discours aussi étrange que celui tenu par notre Sauveur dans cette circon* stance, suivi et inculqué par lui avec autant de persévérance que de force y adressé , tantôt aux Jui£i , tantôt aux disciples , et toujours avec énergie , dut hisser dans le souvenir des Apôtres une impression profondément gravée. Jugez-en, Monsieur, par Saint Jean. Soixante et dix années environ s'étoient écoulées, lorsqu'il retraçoit cette scène entière avec Une plume si animée, une telle précision de détails, une telle assurance de mémoire, qu'en la relisant il semble qu'elle se passe sous vos yeux. A combien plus forte raison devoit-elle , au bout de quelques mois , se retracer au souvenir des Apôtres ; au moment surtout où, préparés à quelque chose d'extraordinaire, et l'attention fixée, arrêtée sur leur maître, ils entendirent sortir de sa bouche ces paroles, a Prenez^ mangez; ceci est mon corps qui sera lii^ré y^pour7?ous / » Ah! voilà donc, durent-ils se dire à eux-mêmes, ce qu'il nousavoit annoncé; voilà ce pain dont il nous parloit, ce pain descendu du ciel pour donner la vie au monde, La voilà donc réalisée, cette déclaration mystérieuse: « En vérité, en x> vérité, j e vous le dis , si vous ne mangez la chair » du Fils de l'Homme et ne buvez son sang, vous n'ati- » rez point la vie en vous... Qui mange ma chair et » boit mon sang, aura la vie éternelle... Ma chair est » iéritablement nourriture, et mon sang ^ritable^
» menthveay^ge. Qui mange ma chair et boit mou » sangy demeure en moi^ et moi en lui. » Ces paroles dévoient alors retentir vivement aux oreilles des Apôtres. De bonne foi j Monsieur, dites-nous si ce langage 9 cette affirmation répétée, peuvent s'allier avec un sens métaphorique, s'ils n'excluent pas nécessairement une acception figurative ? ITest-il pas vrai que ces mots , ma chair est iféritablement nour^ riturcy emportent rigoureusement la réalité? Car enfin , une chair en figure seroit tout au plus une nourriture figurée ; mais une nourriture vérit^le , jamais. Il est donc manifeste que les paroles de la promesse portent le sens de la réalité; et puisque celles de l'institution ne sauroient être susceptibles d'une signification différente , il faut donc y recon« noître aussi la réalité de présence.
Irai-je encore plus loin? Je consens, si l'on l'exige, à détacher ces mots , ceci est mon corps ^ et à les considérer isolément. Je maintiens qu'il faudra toujours y voir la réalité de la présence. Autrement, au lieu d'interpréter les paroles de Jésus^hrist, on les changeroit ; on lui feroit dire le contraire de ce qu'il a dit. Car s'il ne nous laissoit que la figure, il s'ensuit que ce qu'il a dit être son corps ne l'est pas; le signe n'étant pas l'objet, mais simplement sa représentation. Donc, au lieu de ces paroles positives , ceci est mon corps, il faudroit lui faire dire au moin$ équivalemment : Ceci n est pas mon corps , ce n'en est que la figure. De plus , ne nous auroit-il pas égarés lui-même, si ces mots, le pain nvantj le pain des^ cendudu ciel, la chair véritablement nourriture^ le
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corps qui sera lit^réjqne nous lisons dans son Testament , ne dévoient exprimer que l'erreur; tandis que les nàots de signe , de figure ^ qui ne s y lisent nulle part, doivent seuls nous ouvrir le véritable sens des Écritures ( i ) ?
(i) J'ai dît à la page 298 de*môn premier volume , « qu'avant l'institution de l'Eucharistie le pain n'avoit jamais été pris dans t usage pour signe de quoi que ce fiit. » Le bachelier répond que dans le Vieux Testament le pain est donné quelquefois pour signe du corps de Jésus-Christ : je le sais. Le bachelier doit savoir aussi qu'un signe marqué dans quelques endroits du Vieux Testament ne prouve pas qu'il soit employé dans l'usage ordinaire, dans le langage de la conversation , dans le commerce de la vie : et c'est là ce que j'ai dit , ce qu'il me suffisoit de dire ; si l'on refléchit surtout qu'avant la descente de l'Esprit Saint , les pauvres Galiléens , les Apôtres ne pouvoicnt pas être familiers avec les livres de l'Ancien Testament.
Le bachelier observe dans sa note page gâ , que , suivant les anciens Pères ^ le pain et le vin dans l'Ancien Testament sont signes et figures du corps et du sang de notre Sauveur ; donc , conclut— il , ils doivent aussi l'être dans le Nouveau. Donc y auroit conclu tout autre , ils ne pouvoient pas l'être dans le Nouveau. Car les figures du Vieux Testament n'ont pas été répétées , mais remplies par notre Sauveur. Si le paiiî et le vin ne sont encore que figures dans le Nouveau Testament , le bachelier, qui le prétend, auroit dû dire que dans le Vieux Testament ils étoient figures de la figure du corps ou du sang de Jésus-Christ.
J'en dis autant des pains de proposition , figures des pains consacrés sur nos autels. Si les nôtres ne sont que ce qu'iîs étoient jadis , il n'y a que figure dans le Vieux et le Nouveau Testament 9 réalité dans aucun.
' Au chapitre xi de Jérémie j'apperçois. un exemple bien plus frappant : <i Et moi , tel qu'un agneau paisible que l'on porte
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ly • M. Faber a vraiment bonne grâce de me donnei: pour un ennemi des métaphores ^ prêt à détruira d'un seul coupleur nombreuse faxnille. Non| Mon-;
» au sacrifice , je n'ai point connu leurs complots eobtre moi« » Ajustons le bois contre son pain , ont-ils dit ; retranchons^le » de la terre des vivants , et que son nom n'y soit plus entendu. » Les Pères , les interprètes , les dateurs appliquent cette prophétie à notre Sauveiur, dont Jérémie. éloit la figure. Le bois signifie la croix, le pain notre Sauveur. Étendons ton corps sur la troix y <m mettons son corps en croix , tel est le sens du complot formé contre le Messie ; mais si le pain n'est dans l'un et l'autre Testament que figure de son corps , le complot 'reveaoit à ceci • « MettQUs en croix la figure de son corps ; » et assurépient les Voilà bien avancés les conspirateurs , qui par ce suppliée se pro» jposoient de le retrancher de la terre des vivants (^) I En résumé ,
• {*) « Omniara Eoclesianun iste «st oonsensos ^ at , snb peraoni JeremÛB , a » Christo haec dici intelligant , qaod «i Pater moastraverit, ^omodà eum »«i>pporteat loqui , et ostenderit illi stadia Jadaeomm ; et ipse quasi agaua
» dactns ad Tictimum, non aperiens os sam, et non cognoyerit et
s àixeiint : Mitlamiu lignum in panem ejus, cmcem Tidelicét in corpus Sal- » valons. Ipse enim est qoi ait : Ego sum panis qui de cœio descendi; «t » eradioemns sire conteramos etim de terra viventinm. Hoc enim soeliu in
• animo cogitaveiiHit , nt nomen ejns dderent in perpetonm. » S. Hier. , t. ur, p. 585, edit. Bened., in Jerem. eap. xi. JTolMerverai ici en passant ^pM la veroion Protestante Ângloise traduit : « Abattons Tarbre et son fruit , n ssn opposition à toutes les Églises anciennes, qui, selon le témoignage de Saint Jérômf , traduisoient : « Mietamus lignum in pan f m ejus, » Je conseille à M. Faber de retourner k l'interprétation primitiTe de ce passage , s'il ne veut pas que son ami Tertullien lui applique, comme autrefois à Marcion ,* les paroles suivantes : « Cur autem panem corpus snum appellat (Oiristus), » et non magispeponem, quem Marcion cordisloco habuit, non intellîgens » veterem ftiîsae istam fignram corporitf Giristi, dtoentis per Hfercmiam^ » Adversum me cogitaverunt cogitatum, dicenties : Yienite, eonjiciaimiB U**
• gatim ia panem ^aa ; sdlicct cmcen in oorpn» t\vm ? » Ady, Marc^ lib, iv, O^'^o^p. aS5.
DE LA DJSCasaOV AMICALE. qS
sieur, je ne suis point leur ennemi; j'en connois trop le prix et le mérite dans le discours pour sou* haiter de les en bannir. Mais parce qu'il faut les 'accueillir quand elles s'annoncent sous des traits reconnoissablesy est-ce à dire qu'il faille les admettre quand elles en sont dépourvues? J'en vois une dans ces mots y Je suis une porte j ou bien^ye suis un cep. Les explications qui les suivent développent les métaphores , qui d'ailleurs n'étoient pas nouvelles. Mais ces mots , ceci est mon corps y ne sont suivis d'aucune explication; pour leur en trouver une on doit recourir au chapitre vi de Saint Jean, et nous avons vu que loin de donner l'idée de figure, il porte visiblement à la réalité. Eu voilà bien assez , je pense, sur les raisonnements pour et contre la présence réelle , tirés du Nouveau Testament; surtout en y joignant ceux que j'ai développés dans les lettres vt et VII de la Discussion jdmicale. Tout me semble éclairci sur cette matière , la question décidée , et la réalité solidement établie par l'Ecriture Sainte.
d*ime part les passages du Vieux Testament où le pain est donné pour figure du corps , ne prouvent pas qu'il le fût dans fusage ordinaire , ce que j'oi simplement avancé ; mais , de l'autre » ils prouvent que le pain , figure du corps de Jcsus-Christ dans le Vieux Testament , devoit devenir, est devenu son corps même dans le Nouveau Testament. Et voilà , Monsieur, ainsi que vous le voyez, comment les prétendues objections du bachelier tour* nent en preuves nouvelles de la vérité Catholique.
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