‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 6 sur 20 · PREUVES DE ISOS DOG3IES EUCHARISTIQUES PAR LA · texte numérisé non relu

PREUVES DE ISOS DOG3IES EUCHARISTIQUES PAR LA

TRADITIOir.

I. Un théologien ^ un philosophe , tout homme accoutumé à mettre de l'ordre dans ses idées, ne manquera jamais de les ranger sur le papier avec la même méthode et la même clarté. Le bachelier dédaigne de se traîner servilement sur les pas des savants disserta teurs qui l'ont précédé ; il s'écarte de la route battue, s'en ouvre une nouvelle , selon que ses idées l'emportent d'un sujet à l'autre. Après avoir essayé , dans son chapite iv, de tourner en figure les paroles du Sauveur qui expriment sa présence réelle avec une sublime simplicité, il quitte tout à coup l'Evangile, passe brusquement aux écrits des anciens Pères , qu il abandonne au chapitre sui7 vant pour reprendre l'Écriture Sainte, qu'il laisse enfin totalement au chapitre vi, où il revient à l'examen des Pères, qu'il avoit commencé, sans pouvoir l'achever. Je n'admire point ce désordre ; je poursuivrai la marche régulière que je me suis prescrite. J'en ai assez dit pour établir la vérité de nos dogmes par l'Écriture Sainte : je vais entrer dans la Tradition ; les preuves qu elle me fournira rem-

DE LA BISCnSSIOlV AMICALE. 97

pliront ce troisième chapitre. Dans la troisième partie , je ramasserai péle-méle les méprises et bévues, les petites contradictions et réticences méditées ,' les infidélités et les imputations fausses dont tout Tou* vrage du bachelier est parsemé : je glisserai aussi légèrement que possible sur ces objets divers, parce qu'ils sont d'une moindre importance ^ et pour la plupart me regardent personnellement.

Je m'étois flatté, je vous l'avoue , Monsieur, que mes trois lettres sur les preuves générales et particulières de la tradition , auroient trouvé grâce auprès de M. Faber : il n'y voit qu'une argumentation adroite et subtile y des rapprochements captieux , capables de faire illusion, mais à des yeux peu éclairés. Ce n'est pas ainsi qu'elles ont été jugées ailleurs par d'habiles théologiens de diverses communions , de la sienne même. Je veux le forcer aux mêmes aveux que ses confrères , ou du moins au silence. Et certes j'y réussirai, si je parviens à lui présenter ces preuves avec la force et la clarté qui leur appartiennent. Je commence par mettre sous ses yeux, et sous les vôtres , une analyse de ces trois lettres qui parut dans un de nos journaux, à l'époque où la Discussion >^/mV?a/(? fut apportée de Londres à Paris.

II. Le secret universellement observé pendant les cinq premiers siècles sur les mystères de l'autel est l'objet principal sur lequel roule le travail dé l'auteur sur l'Eucharistie , et comme le pivot de sa démonstration ; il en a vu le précepte porté au point que les Pères ne balançoient pas de dire qu'il vaudroit mieux donner son sang que publier les

mystères y et qu'en effet plusieurs le yersèrent plutôt qu* de les dévoiler. Il a tu que cette discipline re^ montoit nécessairement aux Apôtres y et après avoir ittîs ce point d'iiistoire hors de doute , il se demande : que pouvoit donc couvrir le secret sur les mystères de Tautel? Cedevoit être, ou la figure du Sacraimen* faire , ou la réalité du Catholique. Dans le premier cas , nulle raison de garder le silence , puisque avec la figure il n'est plus de mystères; et non-seulement alors la loi du secret auroit été établie sans motifs valables , mais même contre les moti& les plus forts de parler. On calomnioit les assemblées des Chrétiens , on les chargeoit de crimes inouïs, on mettoit ces fidèles à la torture pour en arracher l'aveu de ce qui se passoit clandestinement entl*e eux. Eh ! que n'ouvroient-ils donc toutes les portes ? Que n'eicposoient-ils à la lumière l'innocence de leurs rits religieux ? Que n'invitoient-ils les Païens à venir s'assurer par leurs propres yeux qu'il ne s'y prenoit qu'un peu de pain et de vin , en signe d'union mutuelle et en mémoire de leur Sauveur ? La raison , Ja charité , l'intérêt personnel leur en auroient fait lobligation. Le secret qu'ils persistèrent à garder est donc absolument incompatible avec la croyance du Sdcramentaire.

Dans celle du Catholique, au contraire, qui ne Toit la convenance , la nécessité même de cette discipline ? Les hauteurs de nos dogmes sont si fort au-dessus du sens humain , qu'au premier mot les Païensles auroient traités de folie et d'extravagance; 41s auroient lancé contre eux mille propos injurieux,

DE LA DISâCJâSÎOlf AMICAL£. ^

bkspliématoires. Leurs préventions se seroient accrues contre cette religion ^ à laquelle cependant il lalloit les amener par degrés. Ainsi ^ d'une pati;, le i^espect dû aux mystères du Seigneur; de l'autre^ tes ménagements conseillés parlacharitépoUriafoibksM des Païens^ auroient commandé, dans la croyance Gsh tholique^ de taire soigneusement de pareils dogmes, et de n'en venir à les découvrir qu'après de longttfgs instructions > et les enseignements préparatoires au Baptême. Lisez à présent les Pères } lisea les motifs qu'ils assignent à la loi du secret , et vous reconnoU trez qu'ils sont précisément les mêmes que je vienft de nommer. La conformité des motifs démontre la ^conformité de croyance. Nous exhortons fortement lios lecteurs à suivre dans la huitième lettre cette pre^ mière preuve générale assignée par l'auteur. Dans le développement dé'cette intéressante discussion , on saisit à la fois le rapport, la convenance évidente de la discipline du secret avec la réalité Catholique ^ et ison incompatibilité non moins évidente givec la fi^gure Sacramentaire.

Au reste, ce qui, dans lalettre huitième, pourrôR ne paroître à certains esprits prévenus qu'une induction saisie avec plus de sagacité que de certitude , se change dans la lettre suivante en fait positif, et '^n acquiert la force irrésistible» En effet, que couwrùiVen partie le secret des Chrétiens? Ce qui se pratîquoit dans leurs assemblées religieuses, ce qui sO passoit à l'autel : et que s'y passoit-il ? Interrogea les Hturgies,- elles vont vous répondre. Vers lés temps du concile d'Ephèse, elles paroissent pour la pre^

lOO BlÉFEirSE

mière fois aa joar; jusque là elles avoient été confiées à la mémoire des évéques et des prêtres; car le danger de trahir le secret avoit empêché de les transcrire ; mais à cette époque , le Christianisme ayant pris le dessus, et n ayant plus à redouter le Paganisme , chaque Église mit en écrit sa liturgie. Que nous font-elles connoître ? Toutes nous présentent lautely Toblation du sacrifice, la présence réelle par le changement de substance , Tadoration.

Nestoriens, Eutichiens, Jacobites, s'accordent ici entre eux et les Catholiques. Tous , malgré le schisme et Thérésie , malgré la distance et leloîgnement , malgré les différences de rits y de prières , de solemnités ; tous , dans lltalie et l'Afrique , dans les Espagnes , les Gaules , la Grande-Bretagne , comme dans la Grèce et ses îles, dans TAsie-Mineure et les Indes, l'Egypte et l'AbyssiniQ^^t&us nous retracent les mêmes mystères , les mêmes dogmes ; tous professent la même foi , proclament la même doctrine. Un accord si merveilleux , une si admirable uniformité ne sauroit provenir que d'une seule et même cause, et il est impossible de la trouver ailleurs que dans l'enseignement Apostolique. Telle est en substance la seconde preuve générale que nous développe la neuvième lettre.

En voici le rapport avec la preuve précédente. Le secret des Chrétiens cduvroitles mystères de l'autel , les liturgies écrites les dévoilent; elles nous mon- .trent la présence , le changement de la substance , l'adoration; donc, ces mystères étoient réellement enveloppés sous le secret; les faits parlent, et les

DE LA DlSCUSSIOir AMICALE. lOI

liturgies primitives démontrent par leur accord y la justesse de nos apperçus et de nos raisonnements; mais le secret remonte aux Apôtres ; l'essentiel de la liturgie en vient également, et l'un et l'autre ëtoient communs à toutes les Eglises du monde. Voilà donc des preuves générales et certaines de TApostolicité de notre doctrine sur l'Eucharistie.

Il y a plus , et les preuves particulières se rapportent admirablement aux preuves générales. En effet, ce que les fidèles célébroient à l'autel, ce qu'ils déroboient soigneusement à la connoissance des noninitiés , se communiquoit pour la première fois aux néophytes à la sortie du Baptême, et avant la table de Communion. On lesretenoit pour leur expliquer ce qui leur avoit été caché jusque là , et ce qu'ils àlloient recevoir. Eh bien ! que leur enseignoit-on ? Quels dogmes, quelle doctrine entendoient-ils ? Étoit-ce la figure du Sacramentaire ou la réalité du Catholique ? Ouvrons les Catéchèses ; elles nous retracent les instructions qui leur étoient alors données; toutes développent si ouvertement nos mystères, qu'il nous seroit impossible aujourd'hui d'exposer en termes plus précis, plus clairs, plus énergiques, et l'oblation du sacrifice, et le changement de substance , et la réalité de la présence avec l'adoration qu'elle exige. Nous voilà donc assurés une seconde fois par les Catéchèses , que cette su-^ blime croyance étoit cachée sous le secret.

Veut-on la rechercher et la voir dans les anciens Pères ? il ne faut jamais perdre de vue qu'ils parlèrent ou écrivirent constamment sous la loi du se

10$ bilTBKSS

cret 5 que dan$ les discours prononcés devant les pon initiés, dans les écrits destinés au public , toutes les fois enfin qu'il y avoit du danger de trahir la discipline y ils durent se servir d'expressions obscures et ambiguës ; qu'en conséquence il ne convient pas de s'arrêter aux écrits de ce genre , si l'on .veut se faire des notions claires et certaines de ce qu'ils crurent et enseignèrent sur l'Eucbaristie ; car il seroit contraire au bon sens de chercher la clarté où l'obscurité étoit commandée. Par cette observation, tombent d'un seul coup toutes les objections tirées des divers passages des Pères ; mais lorsqu'ils adressoient uniquement la parole aux fidèles y ou qu'ils écrivoient pour eux seuls , alors , affranchis de gène et de crainte , ils pouvoient parler sans détour des mystères ; ils y étoient absolument obligés par leur ministère^ toutes les fois qu'ils avoient ^instruire les nouveau-baptisés : voilà les discours ^ les écrits que nous devons aujourd'hui consulter pour connoitre leurs véritables sentiments, leur croyance intime sur Ifô mystères; or, nous y trouvons en toute lettre et à découvert nos dogmes Eucharistiques.

in« Ainsi , tout s'explique et se comprend , tout se lie et s'enchaîne dans ces trois dissertations : du secret, des Liturgies, des Catéchèses, résulte une harmonie complète, et une preuve irréfragable de l'Âpostolicité de notre doctrine sur l'Eucharistie.

IV. M. le bachelier, qui paroît avoir senti et redouté la force de cette triple alliance , s'applique à }'fl^Qiblir^et^ s'il Ip pouvoit, à la rompre ; il détache

DE LA DISCUSSION AMICàLE. Iq3

les trois parties l'une de l'autre, et les attaque wc^ çessivement. Je dois donc les fortifier tour à tour ^ et resserrer les liens qui les unissent. Il commença pai' condamner avec moi l'opinion extravagante de ceux qui fixent au quatrième siècle l'origine du secret sur nos mystères. Comment en effet concevoir que TEglise eût entrepris d'enlever en un jour , à tout ce qui n'étoit pas Chrétien , la connoissance de4 mystères universellement répandus la veille ? Com« mept concevoir que l'on fut venu à bout d'exéouteip une pareille mesure ? M. Faber reconnoit avec moi la folie de cette supposition ; mais bientôt , par un caprice bizarre y en avouant que le secret vis-à-vif des Païens remonte aux Apôtres , il en recule rétablissement à l'égard des Catéchumènes jusqu'au mi* lieu du second siècle. Quel fait, queldécret^ quel mo^ nument historique en apporte«t-il ? Aucun. £n quel lieu 9 par quel ordre la connoissance communiquée jusqu'alors aux Catéchumènes leur a-t-elle été sous* traite ? Pas un mot. Le bachelier nous jette en avant la conjecture , sans l'étayer d'un seul témoignage; il s'est figuré que Saint Paul j plein d'admiration pour le secret dont les Païens enveloppoient leurs mystères , avoit eu quelque idée d'environner ceux du Christianisme d'une sauvegarde semblable , et ^lue^cent ans plus tard, l'Eglise s'en étoit fait une loi vis-à-vis des Catéchumènes. Il marque , sans les citer, les passages des Épîtres qui lui paroissent avoir trait à cette discipline; je les ai vérifiés ces passages : pas un seul qui puisse justifier sa conjecture. Mais de plus , les Catéchumènes n étoient , avant

1 04 JxèFENSE

le Baptême y que des Infidèles Juifs ou Païens y venus librement se soumettre aux épreuves , et demander les instructions par lesquelles ils dévoient passer avant d'être jugés dignes du Baptême. S'il n'y avoit pas eu de secret à leur égard avant cette époque , il s'ensuit que dans les jours primitifs ^ l'Eglise oubliant le précepte reçu du Divin Législateur, jettoit devant les pourceaux les perles précieuses de sa doctrine ; car , selon le langage de la Tradition , les perles sont les mystères 9 les pourceaux désignent les Infidèles. Enfin y ceux qui dans ce beau siècle étoient devenus Chrétiens avoient commencé par être Catéchumènes , et le nombre de ces derniers, depuis les Apôtres jusqu'au milieu du second siècle , est incalculable sur une aussi grande multitude ; il est moralement impossible que plusieurs, attirés d'abord par curiosité , et même par de meilleures dispositions , ne se soient dégoûtés, n'aient abandonné le cours fatigant et austère des épreuves et des instructions, et ne soient retournés à la religion de leurs pères. Ils auroient donc emporté avec eux dans le monde la connoissance des mystères ; ils l'auroient communiquée à leur parents , à leurs amis , à tous ceux qui leur aurqient témoigné l'envie d'en être informés. Dès lors plus de secret nulle part , ni pour les Catéchumènes , ni pour les Païens eux-mêmes. Vo'ilà /Monsieur , où nous conduit la supposition arbitraire et peu réfléchie du bachelier; laissons -la donc pour ce qu'elle vaut ; regardons -la comme non-avenue ; car ce qui tranche d'un mot la question contre M. Faber , c'est que toutes les liturgies antiques

D£ LA DISCUSSION AMICALE. 1o5

éloignent les Catéchumènes avant la célébration des mystères. Cette règle est générale : donc Apostolique.

PRSMIÈRE PREUVE GIENERALE; DISGIPUNE DU SECRET.

I. Je passe maintenant à la preuve générale que j'ai fait sortir de la discipline du secret; non sans doute que j'aie jamais prétendu que l'Eucharistie en fût le seul objet, l'objet exclusif ovl même principal. Le bachelier me le fait dire dans son livre , quoiqu'il sache que je ne le dis point dans le mien ; il le répète à satiété, comme pour me montrer en défaut à ses lecteurs , et jouir d'une victoire aussi facile qu'imaginaire. Qu'il s'en applaudisse , j'y consens ; je ne troublerai point son triomphe; j'en ambitionne un plus réel , plus solide ; je veux le fonder sur des monuments incontestables. Sanslesproduire tous, je vous en présenterai plusieurs , et si par leur nombre je vous fatigue , veuillez bien vous en prendre à celui qui m'y oblige. Vous allez voir la discipline du secret en vigueur , depuis l'époque du concile d'Éphèse, en 43 1, jusqu'à celle des Apôtres.

II. Cinquième siècle. J'ouvre la marche par le célèbre président de ce concile ; voici les paroles de Cyrille d'Alexandrie , dans son livre septième, contre Julien. Il évite de produire les objections de cet empereur contre le Baptême , et se contente de dire «que ces mystères sont si profonds, si relevés , qu'ils » ne peuvent être compris que par ceux qui ont la » foi : qu'il n'entreprendra donc point de parler sur

fo6 véfEnsE

» ce qu'ils renferment de plus admirable , de peilr x>. qu'en découvrant les mystères aux non-initiés, il » n'offense Jésus-Christ, qui défend de donner le^ » choses saintes aux chiens > et de jeter les perles » devant les pourceaux. » ( Remarquez y Moqsieur , que selon ce savant patriarche , le précepte du secret vient de Jésus*Christ même : et n'oubliez pas., je vous prie , cet important témoignage qui nous fournira plus tard la solution d'une difficulté que le bachelier se figure insoluble ). Après avoir touché quelque chose du Baptême , il ajoute : « J'en dirois )» bien davantage si je ne craignois d'être entendu des » nôn-initiés , parce que l'on se moque pour l'ordi* » paire de ce que l'on ne comprend pas, et que les » ignorants j ne connoissant pas même la foiblesse a de leur esprit , méprisent ce qu'ils devroient le » plus admirer. »

« Il faut y dit saint Isidore de Veluse ^ avoir dans » le cœur le zèle et l'amour de la vertu, pour man- » ger dignement la Pâque véritable et dinne. Ceuxr »là comprennent bien ce que je veux dire, qui, 30 suwant la sanction du Législateur^ ont été initiés » aux mystères. » C'étoit donc par l'ordre du divio Législateur que l'on ne parloit clairement qu'aux initiés sur ks mystères , et ceux de TEucharistie y étoient compris.

a Je ne puis, écrivoit Innocent I à l'évêque De? » centius , vous transcrire les paroles (la forme de » la Confirmation), crainte de paroitre plutôt ti*ahir » que de répondre à votre consultation.., et ensuite, j» quant aux choses qu'il n'est point permis d'écrire»

DE LA DISOUSSIOK^ AMICALE. f 07

fi je* pourrai vous les dire quand vous serez arrivé, » Dans le premier de ses trois dialogues , Théodore! introduit l'orthodoxe parlant ainsi : « Répondes- » moi, s'il vous plaît, en paroles mystiques et ohs^ D cures ; car il y a peut-être ici des gens qui ne sont y pas initiés aux mystères. L'Éraniste : Je vous en* ]» tendrai et vous répondrai dans cette vue. » Et plus bas' : a Vous avez prouvé clairement ce que vou9 )» vouliez y quoiqu'en paroles mystiques. » Dans le second dialogue : « Comment, demande TÉraniste, » appelez-vous , avant fin vocation sacerdotale, le 9 don que l'on offre ? Il ne faut pas, répond i'ortho<vdoxe, le dire ouvertement, parce qu'il peut se » faire que nous soyons écoutés par des personnes y> qui ne sont pas initiées. Parlez donc à mots cou<- » verts et énigmatiques : une nourriture faite de » telle semence. »

Le même Théodoret, dans sa préface sur £zé« chiel, fait remonter la discipline du secret au pré^ cepte de Jésus-Christ. < Les mystères divins sont si • augustes que nous devons les garder avec la plus » grande réserve : et pmir me servir des paroles du 9 Seigneur, ces perles ne doivent jamais être jetées » devant les pourceaux. Car, au vrai , on finit par » mépriser une possession facile à obtenir. »

Saint Augustin ne manquoit pas, dans ses discours prononcés devant les Catéchumènes, ou dans les écrits qui pouvoient tomber dans leurs mains, de dérober à leurs regards ou à leurs oreilles le mys« tère de l'Eucharistie ; sa phrase ordinaire étoit : c Jjes »Jldèies le sapent, n Dans son sermon quatrièmes WV

Io8 DlêFEIfSE

Jacob et Ésaû, en parlant de ce mystère, il n'ose pas l'appeler le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ , mais seulement, « le sacrement connu des fidèles y fait de froment et de vin, » Dans son épitre au Catéchumène Honorât, il dit : « Nous ren- • dons des actions de grâces à notre Seigneur Dieu »dans le grand Sacrement, dans le sacrifice de la » nouvelle loi : une fois que vous aurez été baptisé , •vous saurez où , quand et comment il est offert. » En parlant de la manne au traité douzième sur Saint Jean : « On sait, dit-il, ce que les Juifs reçurent; et » les Catéchumènes ignorent ce que reçoivent les » Chrétiens. »Et dans le traité précédent : «Deman- » dez, dit-il à un Catéchumène , s'il mange la chair du y> fils de l'Homme et s'il boit son sang ; il ne sait ce » que vous voulez lui dire. Les Catéchumènes ne sa- )) vent pas ce que reçoivent les Chrétiens... C*est une » chose voilée pour eux que la manière dont on » mange la chair du Seigneur. Qu'y a-t-il de ca- » ché, de non connu du public dans l'Église ? dit-il » aiî premier discours sur le psaume io3; les sa- » crements de Baptême , et de l'Eucharistie : les » Païens voyent nos bonnes œuvres , et non les » Sacrements. Mais c'est précisément des choses » voilées à leurs regards que partent celles qui lès )) frappent. » Et au sermon x* sur Saint Jean : « Ceux » qui connoissent les Écritures entendent parfaite- )) ment ce que Melchisédech ofErit à Abraham ; nous » ne devons point en faire ici mention , à cause des )) Catéchumènes : toutefois les Fidèles le reconnois- » sent. »

m. Quatrième siècle. Saint Chrysostome , à Foccasion du Baptême^ s'exprime sur le secret des mystères en général de la manière suivante , homeL 4o , sur la i'* aux Coiinth. c Je voudrois parler ouverte- » ment ; mais je n'ose à cause de ceux qui ne sont » pas initiés. Ces personnes nous rendent les expli- » cations plus difficiles ^ en nous contraignant, ou )) de parler obscurément y ou de découvrir les choï) ses secrètes; et pourtant je m'efforcerai de m*ex- » pliquer autant que possible en termes couverts et » voilés. Gardez-vous de donner le Saint aux chiens, )) et de jeter les perles devant les pourceaux, » dit-il au livre premier de la componction du cœur ; il part de ce précepte divin pour s'élever contre les abus d'accorder le Baptême à des Catéchumènes mal disposés, et d'envoyer à la Table Sainte des Chrétiens impurs et corrompus. Dans la lettre où il rend compte au souverain pontife Innocent I , du tumulte excité contre lui dans son église , il raconte que les séditieux, entre lesquels se trouvaient plusieurs non-initiés , ont forcé le passage à l'endroit où les choses sacrées étoient disposées y ont vu tout ce qui s^y troupoit , et que le sang très-saint de Jésus- Christ a été répandu sur leurs vêtements. Palladius racontant la même sédition dans la vie de Saint Chrysostome, se borne à dire que les symboles ont été répandus. Vous voyez ici la différence d'expressions: le patriarche s'exprime sans détour dans une lettre confidentielle au chef de l'Églife ; Palladius avec réserve, et à mots couverts , dans une histoire destinée au public. Pour abréger, je vous répéterai ces

paroles de votre savant Casaubon : ^ Est-il quel- D qu'un assez étranger à la lecture des Pères pour D ignorer la formule usitée , dont ils se servent sur \> les Sacrements : ces initiés sauent ce que je dis. 9) Elle se rencontre cinquante fois au moins dans les ^ écrits de Ghrysostôme seul , et autant aussi dans » ceux d'Augustin. »

« J'ai honte de voir qu'après avoir vieilli dans les >) épreuves, disoit Saint Grégoire de Nysse à un vîeil- ^) lard Catéchumène , vous vous laissiez encore ren- 0) voyer avec les Catéchumènes comme un petit gar- » çon imbécile qui ne sait pas garder ce qui lui est D confié; joignez-vous au peuple mystique j et sa- » chez enfin nos dogmes secrets. ».

• Saint Grégoire de Nazianze dit que la plus grande partie de nos mystères ne doit pas être exposée aux étrangeirs... et encore : « qu'il vaudroit mieux don- •» ner son sang que de les publier.» (Orat. i^'X , p. 35.)

«Nous recevons, disoit saint Basile, les dogmes » qui nous ont été transmis par écrit, et ceux qui » nous sont venus des Apôtres, sous le voile et le » mystère d'une tradition orale... Les paroles de Tin- )) vocation , dans la consécration du pain et du ca- » lice Eucharistique : qui des Saints nous les a laissées » par écrit ? Les Apôtres et les Pères ,• qui ont pres- » crit dès le principe certains rits à r Église, ont su » conserver aux mystères leur dignité par le secret » et le silence où ils les ont enveloppés ; car ce qui » est porté à l'oreille et aux regards ne sauroit plus »être mystérieux. C'est pour cela que plusieurs » choses nous ont été transmises sans écritures , de

DE LA BlSCtJSSlOlf AHIOALC. lit

» peur que le vulgaire^ trop familiarisé avec nos dog^ runes ^ ne passât de raccôutumance au mépris. » Autre chose est un dogme , autre chose la prédica«^ Âtion... belle et admirable discipline! Car ce qu'il » est défendu aux non-initiés de contempler^ corn* » ment conviendroit-il d'en écrire , et de le faire cir^ » culer dans le public? » Sur le Saint Esprit, liv. 27 •

Écoutez le synode d'Alexandrie, parlant des Eu^ sébieiis ennemis d'Athanase'an 34o. Ils n'ont point honte de célébrer les mystères devant les Catéchu"mènes, et peut-être devant des Païens, oubliant ^uil est écrit « de celer le mystère du Roi ^ et au » mépris du précepte du Seigneur qu'il ne faut point D présenter les choses saintes aux chiens , ni les per^ )> les aux pourceaux ; car il n'est point permis de » montrera décout^ert les mystères aux non*initiés; » crainte que, par impéritie, ils ne s'en moquent, et o que les Catéchumènes ne viennent à être scanda^- > lises par une curiosité indiscrète (i). »

Saint Epiphane (aux Cor. n* 37), voulant prouver qu'il faut rejeter les allégories d'Origène et croire des choses dont on ne voit pas toujours la raison , cite en exemple l'Eucharistie^ «Nous vbyoné, T» dit-il, que notre Seigneur prit une chose entre ses » mains, comme on le lit dans l'Évangile; qu'il se

(i) Ces motifs n'ëtoient pas moins forts au premier siècle , où le bachelier conjecture gratuitement que les mystères éloient découverts aux Catéchumènes. Le synode rendit compte à tous les évêques de la catholicité de la condamnation qu'il avoit portée contre les Eusébiens.

» leva de table , qu'il reprit les choses , et qu'ayant » rendu grâces ; il dit : Ceci est ceci mien y Hoc 9 meum est hoc. » Ce tour singulier d'expression et de réserve ne disoit rien à qui n'étoît point initié; mais ne dcvroit-il point parler très-haut à M. Faber? Qu'en pensez-vous , Monsieur ? Cette réticence vat-elle à l'opinion de la figure ? Du premier coup ne devinez-vous pas le mot de l'énigme?

Saint Jérôme répondant à Évagrius qui l'avoit consulté sur un passage obscur de l'Âpôtre touchant le sacrifice de Melchisédech : a Ce n'est pas, n dit'il, que Saint Paul ne se fût aisément expliqué » lui-même; mais le temps n'en étoit pas venu; il » cherchoit à persuader des Juifs et non des Fidèles, » à qui le mystère pouvoit être livré sans réserve. »

Saint Cyrille de Jérusalem s'exprime comme il suit (Catéch. G , n. 29) : « Nous ne parlons pas claire- »ment devant les Catéchumènes sur les mystères, » mais nous sommes contraints d'user souvent d'ex- «pressions obscures, afin que, pouvant êire enten- » dus des Fidèles instruits, ceux qui ne le sont point 9 n'en puissent être blessés. » Et dans la Catéchèse 18, n. 3:^, 33: a Aux approches du saint jour de «Pâques... vous serez instruits, avec la grâce de « Dieu, de tout ce qui est convenable que vous sa- «chiez; avec quelle piété, dans quel ordre vous « devez entrer dans le bain delà régénération... avec » quelle révérence vous devez procéder du Baptême » au saint autel de Dieu , pour goûter les Mystères «spirituels et célestes qui s'y distribuent... Après le )) saint et salutaire jour de Pâques... vous entendrez,

1)£ tk DlSCUSSIOir AMICALE. 1 1 3

1i s*il plaît à DieU; d'autres Catéchèses... et sur les » mystères du Nouveau Testament qui se passent à I) l'autel, et qui ont commencé dans cette cité; tout D ce que nous en apprennent les divines Écritures , D comme aussi quelle est leur force, leur puissance; n enfin comment il faut s'en approcher, et quand j> et comment ils doivent être célébrés. )> Bien ne marque plus fortement l'importance du secret, que ravertissement placé par Saint Cyrille à la fin de sa préface en tête de ses Catéchèses, dont les cinq der* nières découvrent les mystères du Baptême , de la Confirmation et de l'Eucharistie ; le voici, a Donnez » à lire ces Catéchèses, faites pour leur instruction, D .à ceux qui s'approchent du Baptême , et aux Fidè>- » les qui Vont déjà reçu. Mais pour les Catéchumèsines et ceux qui ne sont pas Chrétiens, gardez^ » vous de le leur communiquer; autrement, saches D que vous en rendrez compte à Dieu. Que si vous » en transcrivez un exemplaire , faites-le , je vous » conjure, comme dans la présence du Seigneur. »

Gaudence, évêque de Bresse, contemporain de Cyrille, parlant aux Néophytes à leur retour du Baptême , leur disoit : a Dans la leçon de l'exorde Dque vous venez d'entendre, je choisirai les en* » droits qui ne peuvent s'expliquer en présence des » Catéchumènes, mais qu'il est nécessaire de découy> vrir aux Néophytes. » Ailleurs, il annonce que la nuit éclatante de Pâques exigeoit de lui qu'il se conformât moins à la suite du texte qu'au besoin de la circonstance, en sorte que les Néophytes apprissent la règle établie pour manger le Sacrifice Pascal ^ et

ti4 ]»imrsE

ktf Fidèles instruits la reconnussent. (Traité 5^ sur

lIBxode.)

Saint Ambroise au livre des Mystères , ch« i ^ n. a : M Le tem|>s nous avertit de traiter des Mystères , et > d'expliquer les notions des Sacrements ; que si , savant le Baptême et l'initiation ; nous avions songé ta vous eu parler, nous aurions moins paru les

• expliquer que. les trahir. »

(f II n'est pas donné à tous de contempler la pro* V fondeur de nos mystères, l^os lévites en défendent •l'abord y afin qu'ils ne soient point vus de ceux s quine doivent pas les voir, ni reçus par ceuic; qui ne »aauroient les garder. » Au liv. premier des Offices: «Tout mystère doit rester caché , et couvert d'un si- » lence fidèle , crainte qu'il ne soit témérairement

• divulgué à des oreilles profanes. » Et sur ce verset du Ps. 1 1 8 : « J'ai renfermé vos paroles dans mon êéme^ afin de ne point pécher contre vous : Celui-là

• pèche contre Dieu, qui a divulgué à des indignes » les-mystères qu'on lui avoit confiés. Le danger n'est •pas uniquement de dire des faussetés , mais encore

• des Yérités , si l'on se permet de les insinuer à qui

• l'on devroit les taire. » Et il oppose à cette indis*crétion le mot de Notre Sauveur : « Gardez-vous de •jeter vos perles devant les animaux immondes. »

IV* Troisième siècle. Zenon, évêque de Vérone, dans- un discours sur la continence , exhorte la femme Chrétienne à ne point épouser un Infidèle , de peur qu'elle ne trahisse vis-à-vis de lui la loi du aecret, ne sis pràditrijc legis.u Et ne sais-tu pas,

• ajoute'^t-tl, que le sacrifice de l'Infidèle est public, le

1)£ LA BISÔVaatOK AMICALE. t i S

» tien secret ? Que qui que ce soit peut approcher du » sien librement , tandis que pour des Ciurétieiis > même, s'ils ne sont consacrés^ ce aeroit un saoilégo 1 de contempler le tien ? t Dans un discours sur le Ps. laô^ nous lisons ces paroles : c La coutuioe O; » donné le nom de maison de Dieu ou de lempleau • lieu de nos assemblées qui sont environnéesde mil' 9 railles y afin d'assurer le secret à la célébratton de^ » nos Sacrements* »

Cyprien commence ainsi son livre contre le proconsul d'Afrique : « J'avois jusqu'ici méprisé les im- » piétés f les sacrilèges que ta bouche Tomit sans » cesse contre le Dieu unique et Yéritahie. t U ajoute que s'il avoit gardé le silence^ ce n'ayoit pas été sans Tordre du divin Maître^ « qui défend de don<« »ner les choses saintes aux chiens et les perles aux » pourceaux. » Il se contente d'établir l'unité de Dieu, sans dire un mot de la Trinité et des Sacrements de l'ÉgUse.

' Origène^ dans l'homélie xni* sur l'Exode^ se disposant à traiter du mystère de l'Eucharistie : c Je » cumins, dit-il ^ et je doute fort que je trouve des an-' »dlteurs convenables^ et qu'alors l'on ne me de- » mande compte des perles du Seigneur, ou com- »ment et devant qui je les ai produites. » Dans une homélie sur le Lévitique : c Ne vous arrêtez pas^ »di&il,au sang de la chair (des agneaux et des boucs B.dont parle Moïse) , mais apprenez plutôt k discer- »ner le sang du verbe; écoutez-le lui-même i Ceci itest mon sang qiù sera répandu pour vous. Quicon- »que est imbu des Mystères] connoit la chair et le

Il6 DÛFKNSÊ

9 sang du verbe de Dieu. Ne restons donc point sur » le sujet connu des initiés , et que les non-initiés ne » doivent pas connoitre. »

L'auteur très-ancien des Constitutions Apostoliques, Ut. 3, ch. 5, avertit, c qu'en parlant des choses vrajjStiques il faut se garder d*élre indiscret, et s'ex- » primer prudemment^ se souvenant des paroles du » Sauveur : N'allez pas jeter vos perles devant les » pourceaux, crainte qu'ils ne les foulent aux •pieds. »

Clément d'Alexandrie au premier livre de ses Stromates : c Je passe à dessein , dit-il , plusieurs » choses, craignant de mettre par écrit ce que je me » suis bien gardé de dire , de peur que ceux qui » viendroient à lire ces écrits ne prissent mes paroles »dans un autre sens qu'il ne faudroit, et que l'on »ne nous accusât d'avoir mis, selon le proverbe, » une épée entre les mains d'un enfant. Il y a de cer^ » taines choses que l'Écriture Sainte me montrera , » quoiqu'elles n'y soient pas ouvertement expri- »mées... Il y en a qu'elle touchera seulement; mais «elle tachera de les dire en les voilant, de les êé" » couvrir en les cadbant, et de les montrer en les » taisant. »

TertuUien, voulant détourner sa femme d'épouser en secondes noces un Infidèle , lui dit entre autres raisons : «Par là on tomberoit dans cette faute, que »lesPsaens viendroient à connoitre nos mystères... » Votre mari ne sauroit-il pas ce que vous goûtiez en 9 secret y avant toute nourriture, et s'il aperçoit du > pain , ne s'imaginera-t-il pas que c'est celui dont il

DE LA BISGUSSIOir AMICALE. 1 1 7

»est tant parlé? » Le secret couvroit donc les Mys* tères de l'Eucharistie.

Dans la liturgie dite des Apôtres, et plus tard de saint Chrysostôme y le prêtre et le diacre inclinés et tenant chacun une partie de Fhostie sainte, font ensemble une admirable confession, qui commence ainsi : « Je crois , Seigneur, et je confesse que vous » êtes le Christ, fils du Dieu Vivant, qui êtes venu » dans le monde pour sauver les pécheurs dont je » suis le premier; faites-moi participer à votre Cène » mystique ije ne révélerai pas le mystère à vos e/i- » nemis. » Les mystères Eucharistiques étoient donc couverts sous le secret (i).

L'auteur des Récognitions ^ très-ancien puisqu^il a été traduit par Ruffin au quatrième siècle , prouve comme il suit la difficulté de prêcher à une multitude. <x Car ce qui est, ne sauroit être dit (a) à tous, » tel qu'il est, à cause de ceux qui prêtent une » oreille captieuse et maligne. Que fera donc celui » qui porte la parole à une foule de gens inconnus? » Cachera*t-il le vrai ? Mais alors comment instruira- 3» t-il ceux qui en sont dignes? Si cependant il étale

(i) Cette liturgie est encore suivie de tous les Grecs qui sont en Occident, à Rome, dans la Galabre, dans la Fouille, par les Géorgiens , les Bulgares , les Russes et les Moscovites ; par tous les Gbrëtiens Melchites modernes sous le patriarche d'Alexandrie résidant au Caire, sous celui de Jérusalem et celui d'Antioche résidant à Damas. Voyez le père Lebrun , Cérémonies de la Messe , tom. iv, \nrSp,

(2) Livre xxx*.

1 1 8 jyiVENSB

» la vérité toute pure devant ceux à qui le salut est ïi indifférent, il manque à celui dont il est Tenvoyé, » et duquel il a reçu' Tordre de ne point jetter les » perles de la doctrine devant les pourceaux et les j) chiens qui se déchaîneroient contre elle en argui> ments ht en sophismes^ Tenvelopperoient dans la » fange de leur intelligence sordide , charnelle, et', » par leurs aboiements, leurs répliques dégoûtantes, X- romproient et fatigueroient les prédicateurs de » Dieu. »

V. Deuxième et premier siècles. Le secret des pre* miers Chrétiens sur les dogmes Eucharistiques est démontré par les indignes calomnies répandues et accréditées dans le monde païen contre leurs assemblées, par les supplices employés pour arracher aux Chrétiens l'aVeu de ce qu'ils y pratiquoient , et par l'origine de ces calomnies , de ces cruautés qui datent du premier siècle.

I*. Tertullien , dans son Apologie, lorsqu'il repousse les accusations d'infanticide et d'impureté : a Qui sont ceux , s'écrie-t-il , qui ont fait connoître » au monde ces prétendus crimes? Serôit-ce ceux » que l'on accuse? Mais comment cela pourroit-il » être , puisque c'est la loi commune de tous les mysy> tères de les tenir secrets ? S'ils ne se sont pas décou- » verts eux-inêmes, il faut que ce soit des étrangers; » mais comment en auroient-ils eu la connoissance, » puisque Von éloigne les profanes de la vue des » mystères les plus saints , et que l'on fait choix de » ceux que l'on en rend spectateurs ? » Les Païens ne ^ayoient donc pas ce qui se passoit dans les assem-

DE LA DlSC08SiaV AMICALE. 1 19

blées Chrétiennes ; et cette ignorance suppose évi^ demment le secret que gardoient les Fidèles. C% secret tomboit sur le pain Eucharistique ^ sur les mystères de l'autel. Car eux seuls avoient pu don^ ner lieu aux calomnies, en même temps que la vue en étoit interdite aux profanes et permise seulement à des spectateurs choisis. Ces rapports indiquent manifestement le Sacrement du Corps et du Sang de Jésus-Christ.

Ecoutons le Païen Cécilius dans Tintéressant et

curieux dialogue de Minutius-Félix , que je tous ei^

horte à lire. « Souffrirons-nous des hommes d'une

faction infâme et désespérée s'attaquer impuné»

» ment aux Dieux , et ramassant une populace igno-

» rante , des femmes crédules, les instruire à une

» société profane , pour ne pas dire à une conspirsk

p tion qui ne se fait point par quelque sainte oérér

» monie, mais par des sacrilèges, des assemUées

» nocturnes, des jeunes solemnels et des viandes

» horribles : gens qui aiment les ténèbres et qui

» fuient la lumière , qui ne disent rien en public^

9 et ne cessent de parier quand ils sont ensemble,.*.

» Cette mauvaise secte s'augmente tous les jours ;

» c'est pourquoi il faut travailler à extirper cette

9 exécrable société. Us s'entr&'Connoissent à de ceri-

3» tains signes cachés, et s'entre-aiment presque avant

» de se connoître. La luxure fait une partie de leur

» religion : ils s'appellent communément frères et

» sœurs , pour faire , par ce nom sacré, d'une simple

» fornication un inceste , tant ces malheureux se

» plaisent aux crimes; et certes, s'il n'en étoit quel-

qae chose, le bruit n'en seroit pas si grand. La cérémonie qu'ils obsenrent , quand ils admettent quelqu'un à leurs Mystères, n'est pas moins horrible qu'elle est publique. On met devant ce nouveau venu un enfant couvert de pâte , afin de lui cacher le meurtre que l'on veut lui faire commettre. Là dedans il donne par leur commandement plusieurs coups de couteau. Le sang coule de toutes parts; ils le sucent avidement, et le crime commun Qst le gage commun du silence et du secret. On sait aussi quels sont leurs banquets; et notre drtensis en fait mention dans sa harangue. Us s'assemblenttousenun joùrsolemnel, hommes, femmes, enfants, frères, sœurs, de tout âge et de tout sexe , et après avoir bien bu et bien mangé , comme la chaleur du vin et des viandes commence à les échauffer et les provoquer à la luxure , ils jettent quelque chose à im chien qui est attaché à un chandelier, et le jettent si loin qu'il ne peut y atteindre , afin qu'en sautant il renverse le flam« beau. Ainsi, s'étant défaits du seul témoin de leurs crimes, ils se mêlent au hasard, et, par ce moyen, sont tous incestueux de volonté s'ils ne le sont pas tous d'effet, puisque le péché de chacun est le souhait de toute la troupe. Je passe plusieurs choses à dessein ; aussi bien n'en voici que trop. Et certes , les ténèbres qu'ils cherchent pour leurs Mystères sont des preuves assez évidentes de tout ce que nous disons, ou du moins de la phis grande partie. Car pourquoi cacher tout ce qu'ils adorent? On ne craint point de publier ce qui est honnête :

DE LA DISCUSSION AMICALE. lai

» ce sont les crimes qui demandent le secret et le » silence. >

Monsieur Faber n'auroit pu avoir ici aucun motif pour craindre de communiquer ouvertement à Cécilius son opinion de manducation figurée et changement moral dans la substance du pain , d'absence réelle de Jésus-Christ. IjC Chrétien Octavius n'a rien de pareil à répliquer. Il ne découvre pas ce qui se croit, ce qui se passe; il se contente de repousser les infâmes calomnies. « Je voudroisbien maintenant,

• répond-il, parler à ceux qui disent ou qui croient

> que le meurtre d'un enfant est la cérétnonic de » l'introduction à nos Mystères. Croyez-vous donc 9 possible qu'un pauvre en&nt, un petit corps si » tendre, soit destiné à mourir sous nos coups, et

> que nous fassions couler le sang d'un être nouveau-

• né encore informe et à peine homme ? Que ceux- -là le croient, qui seroient assez cruels pour le » faire. C'est vous qui exposez vos enfants aux bétes » féroces et aux oiseaux au sortir du sein de leur »mère, et qui les étranglez et les étouffez. Il y en a » même qui, par des breuvages cruels, les meurtrisx> sent dans leurs entrailles, et les font mourir avant » que de naître. C'est ce que vous avez appris de vos

» Dieux Ceux-là ne sont pas encore éloignés de

»ce crime qui mangent les bêtes farouches au sortir 9 de l'amphithéâtre , encore toutes sanglantes et » pleines de ceux qu'elles viennent de dévorer. Pour

• nous, ri ne nous est permis ni de voir des meurtres, »ni de les entendre; et le sang nous fait tant d'hor- >reur, que nous ne mangeons pas seulement celui » des bêtes. Pour ce qui est du banquet incestueux ,

f c'est un ecalomnie que les Démons ont inventée • pour souiller la gloire de notre chasteté, et dé- 9 tourner les hommes de notre religion par Fhor- 9 reur d'un si grand crime. Aussi y ce qu'a dit Yotre » orateur Cirtensis est moins un témoignage qu'une » injure : et certes vous êtes coupables d'incestes » plutôt que nous... Ainsi^vous nous accusez de faux » incestes , et ne vous souciez point d'en commettre 9 de véritables. Mais les Chrétiens ne mettent pas lâ 39 chasteté uniquement au dehors ; ils la mettent dans 9 l'esprit y et ne s'étudient pas tant de parottre chastes

3» comme de l'être Que si nous sommes chastes

9 dans nos assemblées, nous ne le sommes pas moins 9 ailleurs. Plusieurs gardent la sainteté du célibat » jusqu'à la mort sans en faire gloire : et nous sommes »si éloignés de l'inceste, que quelques-uns même » ont honte des plaisirs légitimes.

7> Que si l'on demande à nos accusateurs , disoit 3» Athénagore , s'ils ont vu ce qu'ils disent , il n'y en y> aura pas d'assez impudents pour l'assufer... Com- 39 ment peut-on accuser de tuer et manger des » hommes , ceux qui , comme on le sait, ne peuvent fi souffrir la vue d'un homme que l'on fait mourir, 39 même justement? Ceux qui comme nous ont re- 9 nonce aux spectacles des gladiateurs et des bêtes, 3» croient qu'il n'y a guère de différence entre re- » garder un meurtre et le commettre.

<c Ceu^ qui nous accusent de ces crimes, disoit » Justin (i) , les commettent eux-mêmes et les attri-

(i) Steoode ÀpoL adreM^e à Marc-Aarèle, en i66«

DE LA. DISCUSSION AMICÂ.LE. |a3

» buent à leurs dieux. Pour nous , comme nous n'y y) avons point de part , nous ne nous en mettons V point en peine , ayant Dieu pour témoin de nos » actions et de nos pensées... Nous vous prions que I» cette requête soit rendue publique , afin que l'on Dconnoisse ce que nous sommes , et que nous puis» »^sionsétre délivrés de ces faux SQupçons qui nous » exposent aux supplices. On ne sait pas que nous » condamnons ces infamies que l'on publie de nous, ]> et que c'est pour cela que nous avons renoncé aux » dieux qui ont commis ces crimes et en exigent de » semblables. Si vous l'ordonnez , nous exposerons » nos maximes à tout le monde afin qu'il se conver^ » tisse, s'il est possible. y> Remarquons qu'il ne dit point : nous exposerons nos mystères à tout le monde.

VI. 7?. Supplices employés pour arracher aux chrétiens le secret sur ce qui se passoit dans leurs assemblées. Eusèbe nous a conservé la lettre admirable que les Églises de Lyon et de Vienne avoient écrite à celles d'Asie et de Phrygie, sur la persécution qu'elles venoient d'essuyer dans les Gaujes. Nous y voyons les passages suivants. « On prit quel- » ques-uns de nos serviteurs qui étoient Païens , et » qui, remplis de l'esprit du démon , appréhendant » aussi de souffrir les tourments qu'ils avoient vu » souffrir aux Fidèles, déposèrent faussement , parla » violence des soldats, que nous faisions des repas » de Thyeste, que nous prenions des 'plaisirs d'Œ^ >dipe, que nous commettions des abominations n qu'il n'est permis ni de penser ni de dire , et aux-

ia4 DifFEifâs

» quelles nous ne saurions croire que personne ait 9 jamais voulu se porter. Lorsque ces noires calom* » nies furent répandues dans le public , tout le » monde s'irrita avec une telle fureur contre nous^

> que nos proches qui nous avoient autrefois traités

> avec quelque modération, devinrent les plus em* » portés... Le nombre et la cruauté des tourments » que les saints martyrs souffrirent sont au*dessus » de ce que nous en pourrions dire... Cette bienheu* D reuse fille ( l'héroïque servante Blandine ) repre- » noit de nouvelles forces toutes les fois qu'elle re- » nouveloit sa profession de foi , et trouvoit du 3» soulagement et du repos à répéter : Je suis Chré^ 3» tienne , et on ne fait point de mal parmi nous. )» Sanctus supporta aussi les tourments avec une 3» constance plus qu'humaine , et lorsqu'au milieu 9 des plus cruels supplices, les impies l'interro- » geoient dans F espérance d'en tirer par la violence y> de la douleur quelque parole indigne de lui^ au 3) lieu de répondre à leurs demandes... il ne répon- » doit autre chose que: Je suisChrétien... Le démon, » qui croyoit avoir tout-à-fait vaincu Bibliade parce 3» qu'elle avoit renoncé à la foi comme quelques » autres, voulut couronner sa condamnation par 39 la calomnie , et la fit tourmenter de nouveau , afin 3» que , toute affoiblie qu'elle étoit de sa chute, elle 30 déposât contre nous. Mais cette violence ne servit .» qu'à la réveiller de son profond assoupissement. » Les supplices que les bourreux exercèrent sur elle » la firent souvenir du feu de l'enfer, et elle leur Tf> dit : Comment les Chrétiens mangeroient'ils des

DE LA DlSC08SiOlf AMICALE. laS

» enfants^ eux à qui il rC est point permis démanger » le sang des bétes? Elle confessa ensuite qu^elle » étoit Chrétienne , et fut mise au nombre des rnar* » tyrs... Ceux qui avoient renoncé à la foi furent » enfermés dans les prisons aussi bien que ceux qui » l'avoient confessée... Bien loin de tirer aucun fruit » de leur apostasie , ils furent arrêtés comme des » criminels , des homicides , et tourmentés plus » cruellement que les autres... Ils étoient outre cela » méprisés des Païens comme des lâches qui âvoient D renoncé à la qualité glorieuse de Chrétiens pour » s'accuser eux-mêmes d'homicide... Attalus ayant j» été mis sur la chaise de fer et brûlé, dit en latin » au peuple 9 en montrant la fumée insupportable 2> qui sortoit de son corps: C'est véritablement mon- » ger les hommes que défaire ce que vous faites^ n mais pour nousj nous ne les mangeons point ^ ni D ne commettons aucun autre crime, (i) »

^i) Outre cette lettre écrite par les témoins qui avoient eDoore sous les yeux la sanglante et glorieuse tragédie, j'avois cité un fragment assez court d'Irénée, conservé par ÉcuméniuSy auteur du dixième siècle. M. Faber s'attache exclusivement à ce fragw ment , et , pour raisons à lui connues , ne dit pas un mot sur la lettre originale des Églises de Lyon et de Vienne. Je joins ici l'ancienne version latine du fragment , afin qu'en la comparant à celle du bachelier l'on puisse juger de son rare talent pour traduire et de son extrême exactitude jusques dans les moindre» choses. La voici : « Gum Graeci servos horum Ghristianorum in » divinis mysteriis edoctorum apprehendissent , deindè vim infer- » rent, ut videlicèt arcanum quidpiam ah his de christianîs

J)mf^ lu seconde Apologie que Ju&tîn adressoit en a.^.à Marc-Aurèle, je lis ce qui suit : « Mais tuez- 1» . vo^^ douç tpu&9 nousdirG2*youS| et vous ça ailes 10^ t^rpavf^ Dieu y sans nous embarrasser^ dayautage f de VUS perspnues. Justin leur répond que la foi f ^qu'ils, ont eu la Providéace ne leur permetpas de ^ le faire ; et il ajoute que» pour autoriser les c^filonvp nies répandues contre les Chrétien^ , on mettoit à ^;la quqftion-des esclaves^ des enfants^ de$ fenu^es; 9 on. leur iaisoit souffrir des tourments horribles. ».pour extorqfuer d'eux la confession des incestes

» discerent; cum Hî. servi non liaLerent quomodo vim inferen— 9 tîbus ad delectatîonem et gratiam loquerentnr, prxterquàm i> quod à dominîs andîerant, dîvinam partîcipationem edse san— % gnînem et corpus Chrîstî ; existimantes ipsî cpiod'verè sanguû 4», et caro ^aset, hoc responderant inquirentibus. Illi verd id » sumentes t^nquàm reipsâ Koc perageretuç à Christianjs y id )i aliis quoque manifestabant Graecis ; et martyres Sanctum , et n Rlandinam tormentis id fateri cogçbant. Quibus libéré et scitè » Blandina locuta est , dicens : qnomodo hoc ferrent , qui ob » divintUn stadium ac meditatibnem ne conoessîs quidem camibus w Teflcnntur ?»

Le fcagmcat et la lettre parlent de la même persécution ; la lettre nomme avec détail plusieurs Martyrs ; le fragment la seule Blandine. La délation dans l'un et l'autre vient des serriteuia $ les inculpations portent sur un forfait semblable; ici du sang komain , de la chair humaine , là des repas de Thyeste. Les ré-i ponses respirent les mêmes sentiments , la même horreur, u €!oni« ment lÎN'oient-^ils ce que vous dites , répond Blandine ^ ceux qoi par pîété et en vue de Dieu s'abstiennent des viandes même pepmises? » «Là , s'écrie Bibliade^ comment les Chrétiens mange^ roient-ils des enfans , eux à qui il n'est pas permis de manger le

DE tA DiSGUSSIOSr AMICALE. I ^'J

9 et des repas de chair humaine dont on accusoit les » Chrétiens. Ceux qui nous accusent de ces crimes 9 les commettent eux-mêmes , et les attribuent à » leurs dieux. Pour nous, comme, nous n y avons D poiut de part 9 nous ne nous en mettons point en » peine 9 ayant Dieu pour témoin de nos pensées et V de nos actions. »

Pline le Jeune, gouverneur de Bythinie^ rendant compte à Trajan sur les Chrétiens à l'occasion des bruits qui en couroient au dehors , dit qu'il s'étoit décidé, à prendre les moyens de s'assurer de la vé«

sang des bétes? » Et Attalus : « Pour nous, nous ne mangeons point les hommes ni ne commettons aucun crime. «

Yenons à la traduction : « Existîmantes ^si (non pa» les Grecs , mais les serviteurs ) quod verè sangois et caro eaiset ^ » dit la version latine ^ « The tormentors , dit M. Faber ^ fancying ihai 0a^ littéral blood and flesh, » Xi</eraZ hlood , littéral Ûesh y littéral bodj reviennent sans cesse dans son livre. On dît Lien cpi'un mot se prend à la lettre ou littéralement ; on dit une expL'cation littérale : mais qui jamais a ouï parler d'un pied , d'une main , d'un cœur, du sang d'un corps littéral? Je ne sache pas de langue qui le soufiVe. N'importe. Passons plus loin à ces mots: « Quibus libéré ac scilè Blandina locuta est. » « Blandina readiljf and boldlycmswered, » Boldljr ne rend point scitè^ Ce qu'Irénée admire dans la réponse n'en est point la fierté, mais la prudence , la sagesse , qui , en repoussant l'accusation , ne dévoile pas le secret. Demandez à votre bachelier ce que veut dire ce scitè^ pressez-le de vons en donnet*le sens : il ne le sauroit; car, pour me servir de son style, si les Chrétienr d'alors ne man*geoient que du pain littéral , ne buvoient que du vin littéral, Blandine le de voit déclarer tout simplement \ et en ne le faisant point) elle répondit non scitè , sed stolidè.

rite. < Cela m'a Êdt joger d'autant plus nécessaire 9 d'arracher la vérité par la force des tourments à 9 des filles esclaves, qu'ils disoien^ être dans le mi- 9 nistère de leur culte; mais je ny ai découvert « qu'une mauvaise superstition portée à Fexoès. • Yn. 3^. Ces calomnies, ces cruautés datent du premier siècle. Celse qui, écrivant en cheveux blancs dans les premières années d'Adrien , avoit dû naître entre Tannée 70 et 80 au plus tard, débute par le reproche de clandestin ité qu'il réitère souvent contre les assemblées Chrétiennes. Origène répond que la doctrine des Chrétiens étoit mieux connue que celle des philosophes, a II est pourtant vrai, ajoute-t-il, 9 qu'il y a certains points que l'on ne communique » point à tout le monde; mais cela est si peu parti* 9 culier aux Chrétiens qu'il s'observoit parmi les

9 Philosophes aussi bien que parmi nous C'est

9 donc en vain que Celse entreprend de décrier le 9 secret que gardent les Chrétiens, ne sachant 9 pas même en quoi il consiste (i). On diroit que 9 Celse a voulu imiter les Jui& qui, lorsque Von 9 commença de prêcher V Évangile ^ semoient de 9 faux bruits contre ceux qui Favoient embrassé ; 9 que les Chrétiens immoloient un petit enfant, et 9 en mangeoient la chair ensemble; que pour Êiire 9 les œuvres de ténèbres, ils éteignoient les flam- 9 beaux, et qu'alors chacun s'abandonnoit à Fimpu- 9 reté avec la première qu'il rencontroit (a).

(i) Orig., liv. I , n* 7 ; édit. des Bénéd., tom. 1.

(2) Ibid. , liv. VI , n* 28. — L'objection de Celse prouve

7> Pour moi , disciple de Platon , nous déclare Justin » dans sa première Apologie y lorsque j'en tendois dé- » noncer si indignement les Chrétiens, et que je les » Yoyois marcher avec intrépidité à la mort^ à tout » ce qu'il y a de plus terrible , non , me disojs-je à moi- » même j il n'est pas possible que de pareils hommes » vivent dans la dépravation du vice , dans la pour- » suite des voluptés infâmes. Est - il en effet un » homme assez esclave des jouissances voluptueuses, » d'une intempérance assez désordonnée pour trouj» ver le délice suprême dans ces repas de chair hu- » maine, et qui en même temps courre de gaieté de

• cœur au-devant des supplices, et aille se jetter » dans les braa de la mort , afin de se priver volon- » tairement de ce qu'il aime ? »

Au rapport d'Eusèbe, Saturnin et Basilide sorti* rent de Ménandre, qui lui-même étoit sorti de Simon : « Le Démon, qui ne se plait qu'au mal, ajoute* » t-il, se servit de ces monstres... pour donner sujet » aux Infidèles de décréditer notre religion... C'est »de là que sont venues ces noires calomnies que les

• Chrétiens commettoient des incestes avec leurs » mères et leurs soeurs, et qu'ils man^eoient des 1 viandes abominables (i)« »

«(On nous traduit, s'écrioitTertullien (2), comme

■ ■ ■ ■ I ■ I ■ ■ ■■ I I I ■ ■ Il ■■ M I ■ ■ I ' I I 11 « I ■ Il ■ . ■

rApostolicîté du silence mieux epcore que la réponse d'Origène ; car Celse avoit vécu trente ans dans le premier siècle , et , pour Tobserver en passant , avant l'époque à laquelle M. Faber rapporte l'origine du secret vîs-à-vîs des Catéchumènes.

(i) Eu«., Hist, eecLj liv. iv, cli. 7.

(2) TertuUien, Apol., cb. 7. •/

} 3? BEFEKSB

9 les plus scélérats des hommes ^ liés entre nous par »un ss^crement d'infantieide , coupables de nous re- ]| paître de la chair de l'enfant que nous venons 1 d'égorger y et dç nous abandonner ensuite aux in« I cesites 9 après que les chiens^ complices de nos àésbauçh^, nous ont procurés^ en renversant les # lumières, I^ faveur des téqèbres et Taudace des » forfaits.. «L'iogiputation de ces oeuvres date du règne \de Tibère, comme j'ai dit. Avec la haine contre elle 9 ç, commencé la vérité , détestée aussitôt que pro» I àfx\\f^ au monde. »

Eçfin Tacite nous apprend , en parlant de rincèndie de ïioçie y que .Néron en accusa des gens odieux par l^urs . crimes ^ et que le peuple appeloit Chrétiens... On prit «d'abord ceux qui avouoient; puîs> isur Içur rapport, une grande muhitude fut con- » vaincue f non pas tant de l'incendia de Rome que ;ide I^ h^ne du genre humain (i). » Ensuite il les traite encore de coupables qui méritoient lesr derniers supplices. Concevrion$*nous que Fon ait pu v<)uer à la haine du genre humain une société d'hommes, aussi purs , aussi parfaits , si nous ne cojpnoissions , par Ëi^èbe et Tertullien , les abominables calomnies que les émissaires Juifs avoienC ijépaïidues contre eux dès le règne de Tibère? - VUL Si vous avez donné, Monsieur, quelque attention aux passages des Pères que je viens de vous rapporter, sur la touchante et admirable disciplina du secret , il ne peut plus vous rester de doule sw

■PMta

(ï) Annal., liv. xv.

DE tA DlSCUSmOiDr AMICALE. l3l

Tun et Vautre de ces deux points ; i* que son origine date de la prédication Évangélique^ et qu'elle a été en vigueur dans toutes les Églises durant les qattpe premiers siècles ; 2^ que sous le secret observé pendant cette longue époque étoienk couverts les dog» mes Eucharistiques en effet.

i"". U &ut bien attribuer la discipline du secret k l'institution des Apôtres , ou dire que FÉglise ^ s^rès avoir Hvré les Mystères au public pendant un siède plus ou moins , s'est décidée tout à coup à lui ea soustraire la connoissance. Lui supposer une pareille décision seroit lui prêter une conduite extra* vagante et absurde^ ou plutôt s'accuser scÂ^méiae d'absurdité^ et s'en attire r le j uste reproche. Le secret i^i religieusement observé au quatrième sièck nous démontre par le fait seul ^ qu'il a dû nécessairement l'être jusqu'aux Apôtres (i). Les témoignaiges qui vienjient de passer, sous nos yeux en s(mt une preuve positive. Vous avez du remarquer que la plupart des Pères, dont j'ai cité les textes, et dont j'aurois pu augmenter beaucoup le nombre, kmt remonter la discipline du secret au précepte de Jésus^Christ : a Gardez-vous de jetter vos perles ojix » pourceaux. » De plus , nous venons de voir que les atroces calomnies répandues contre les Chrétieos étoient provenues de la clandestinité de leurs» as« semblées, et du secret inviolable sur ce qu'ils y pratiquoient ; et nous avons appris en même tempe

(i) Vous trouverez le développement de la preuve dans le vdL 2 de la Dùcussion Amicale, peg. 35o et suit.

que ces calomnies datoicnt du règne de Tibèi*e. Enfin^ c'est surtout ici que l'axiome si vrai de Saint Augustin trouve son application : « Ce que tient et » a toujours tenu l'Église Universelle, sans qiCil ait » été établi par des conciles y passe avec toute raison y>pour être venu de Tradition ^apostolique. » On ne connoit point de concile qui ait établi la discipline du secret*, et nous sommes assurés qu'elle a été suivie dans toutes les Églises de la Chrétienté, Nos témoins sont, pour Rome et l'Italie entière , Jules I, et Innocent I; pour le Milanais Ambroise; Ruffîn pour Aquilée; Jérôme pour la Dalmatie; Gaudence pour. Bresse ; Zenon pour Vérone ; pour Carthage TertuUien et Cyprien ;pourHyppone et l'Afrique entière le grand Augustin; Clément et Origène son disciple, lès patriarches Athanase et Cyrille pour Alexandrie; et le synode de cette fameuse métropole dans sa lettre encyclique à tous les évéques du monde ; pour Jérusalem et la Palestine le célèbre catéchiste Cyrille; pour Chypre et les îles de l'Archipel Épîphane; pour FEuphratésine Théodoret; pour la reine des cités orientales, Antioche, Jean Chrysostome; pour les villes de Nysse et Nazianze, les deux Grégoires; pour la Cappadoce et le Pont, Basile; Palladins pour Hélénopolis; et Sozomène, Isidore de Peluse pour Constantinople.

En un mot, si la discipline du secret n'avoit pas étjé observée dans une seule Église de quelque conséquence, bientôt elle n'auroit pu l'être nulle part. Supposez qu'à la fin du premier siècle, une des Églises fondées par les Apôtres ne se fût pas con-

DE LA DISGUSSIOir AMICALE. 1 33

formée à cette discipline, qu'en seroit-il résulté? Les Mystères auroient été divulgués de proche en proche par des personnes sorties de ce diocèse , pour voyager dans les contrées voisines, et dans peu de temps le secret auroit été éventé partout. Réunissez ensemble ces diverses considérations, et vous conviendrez avec moi que l'Apostolicité et Funiversalité de la discipline du secret sont au nombre des faits les mieux attestés de l'histoire.

2^. Il n'est pas moins certain que le secret de l'Église couvroit les dogmes Eucharistiques. M. Faber voudroit bien que cela ne fût point. Je lui en demande pardon , si je préfère à son opinion, à ses vues , les témoignages des Pères contemporains. Vous les avez lus ; presque tous le déclarent en termes si positifs, qu'il n'est pas possible de s'y méprendre. Ils vont même jusqu'à nommer, parmi ces mystères cachés aux profanes , l'Eucharistie , la Pâque Chrétienne , le sacrifice du pain et du vin , figuré par celui de Melchisédech. Et en effet, à quoi donc se rapporteroient les infâmes calomnies semées contre nos frères dès la lïaissance du Christianisme, si ce n'est aux Mystères Eucharistiques ? Ces enfants égorgés, leurs chairs qui servoient, dit-on, de pâture, leur sang de breuvage; ces repas de Thyeste enfin , à quoi pouvoient-ils faire allusion , si ce n'est au dogme de la présence réelle, à la manducation du corps de Jésus-Christ? Et ne voit-on pas claire* ment que ces abominables imputations furent entées sur la communion des Fidèles, travestie de la manière la plus révoltante par les Juifs ^ afin d'ex-

t34 néfsvsB

citer la haine et Thorreur du genre humain contre l'Église naissante?

IX. Et maintenant , Monsieur, que vous voyez ces deux points solidement établis, et l'Âpostolicité de kl discipline suivie dans toutes les Églises durant les quatre premiers siècles , et les dogmes Eucharistiques scellés sous le secret , adressez-vous, je vous prie, à monsieur le recteur de Long-Newton, Demandez au docteur du changement moral , de la présence figurée , de Fabsence réelle ; au champion <léclaré du pain littéral et du vin littéral ^ et conséquemmént à l'adversaire de l'adoration de Jésus- Christ dans l'Eucharistie ; demandez-lui comment une opinion si simple que la sienne , si conforme aux idées naturelles, a pu dans l'antiquité être rangée parmi les mystères ; comment les Pères ont pu enseigner aux Fidèles de leur temps qu'il dévoient verser tout leur sang plutôt que de l'avouer ; comment les nombreux martyrs de Lyon ont pu se laisser torturer, mettre en pièces plutôt que de la déclarer hautement , et comment la réponse de la magnanime Blandine a excité et excitera l'admiration de tous les siècles?

Ëhquoi! Monsieur, on répand de tous côtés d'horribles calomnies contre les premiers Chrétiens; pn les accuse d'égorger dans leurs assemblées secrètes des enfants nouveau-nés, de se repaître de leurs chairs palpitantes , de s'enivrer de leur sang, de se livrer ensuite en aveugles et en furieux à des excès inouïs sur la terre; on les dévoue comme une race maudite à Texéçration du genre humain et à des

I)£ LA DI9CITdSfO!r AMIGAXE. l3S

torturéis atroces; et ils n'ouvrent pas la boitçhe |>our exposer leur innocence ^ et du knoins pour épargner charitablement aux magistrats, et à la multitude, l'horreur de commaiider ou de conteiiipler -tant d'assassinats barbares et prolongés ! Par quel motif se seroient-ils interdit une défense innocente et naturelle? Que ne disoient- ils seulement à leurs concitoyens : « Mais venez donC à nos asj) semblées ; voyez ce qui se passe parmi nous. Nous » prenons un peu de pain et de vin en mémoire du » bon maître qui nous a retirés du vice et amenés à » la vertu. Lui-même nous a commandé cette touj> chante et simple cérémonie; venez, venefc appren- ]»dre à nous mieux connoitre, et vous saurez cte » que nous sommes. »

X. Il y a plus emiore : et si la foi , la pratique des premiers Chrétiens avoient répondu à la croyatice de M. Faber, si TEucharistie avoit été par eux envisagée comme elle l'est par lui, non-seulement dlè ne seroit jamais entrée dans la discipline du secret, mais encore elle n'auroit jamais donné lieu à la roià- . lignite de leurs cruels ennetnis, et ceux-ci, loiti de pouvoir accréditer leurd indignes calomnies , h'auroient pas même songé à les former et à les répandre (i). Monsieur, je le dis avec une entière et pleine conviction, il y a dans cette antique discipline Ûtx -secret je ne sais quel témoignage muet, mais per-

(i) Voyez à la pag. 363 , vol. i de la Discussion Amicale , la belle théorie des deux évêques Anglicans Pearce , Hoadly, et dû ,tthaB(itti€ Storgeé, sur la manière de présenter VEiiclniristié;

pétuel et décisif pour la présence réelle. Le Recteur a beau se débattre , il se sentira toujours terrassé par sa force irrésistible, et quelque içffort qu'il fasse pour s'en débarrasser, il ne s'en relèvera jamais. J^en dis autant de votre Église entière. Qu'elle assemble tous les siens , qu'elle déploie avec eux •toutes les ressources de l'iBsprit et du savoir (et assurément elle en possède beaucoup ) , elle ne vous rendra point raison de l'établissement du secret sur l'Eucharistie. 1\ sera pour elle à jamais un problème 'dont l'existence ne lui sera pas moins démontrée que la solution impossible. Il faut, pour la trouver, revenir aux principes Catholiques, et voir avec nous dans l'Église primitive la croyance de la présence réelle de notre Sauveur dans son Sacrement , objet céleste et ravissant de notre foi et de nos adorations. Alors on conçoit qu'en divulguant le Mystère et ses hauteurs inaccessibles à la raison , on auroit scandalisé les Païens , les Catéchumènes, et provoqué les railleries que n'auroient pas manqué " d'en faire des hommes qui n'étoient pas Chrétiens, puisque vous les entendez sortir sans cesse de la bouche même de vosithéologiens, de vos prédicateurs. Alors on conçoit qu'en parlant ouvertement de la présence réelle, du changement de substance, on auroit révolté l'imagination des Païens, et éloigné de la religion ceux que le devoir étoit d'y atti* rer. Alors on conçoit le précepte de Jésus-Christ et la défense faite par l'Église primitive, «de jetter les » perles devant les pourceaux, » Alora aussi on conçoit que, par obéissance à la loi du Divio Législateur^

DE LA BISCUSSIOlf AMICALE. iZ'J

au commandement de son Église, les Fidèles aient versé leur sang plutôt que de trahir le secret; alors on est ravi de la foi, de l'héroïsme de ces martyrs qui, sans dévoiler le Mystère, se contentèrent de répondre modestement, au milieu des tortures: a II ne se commet point de mal parmi nous. » Alors enfin tout se comprend, tout s'explique dans ces beaux siècles , et la règle de l'Église , et l'exacte con* duite des fidèles , et le dévouement de ses martyrs, et les affreuses calomnies et les tourments atroces dont ils furent les glorieuses viptimes.

Je termine par une dernière conclusion. La discipline du secret dans ces quatre premiers siècles est évidemment incompatible avec la doctrine actuelle de votre Église ; elle est parfaitement conforme à celle de la nôtre. J'ai donc eu raison de dire qu'elle étoit une preuve générale que, dans les quatre premiers siècles, les Chrétiens croyoient ce que les Catholiques ont cru, croient encore et croiront toujours, la réalité de la présence de notre Divin Sauveur dans le Très-Saint, Très-Adorable Sacrement de l'Eucharistie (i).

(r) A l'occasion dès indignités attribuées aux premiers Chrétiens , le Bachelier nous fournit un trait frappant de la oandeur de son âme et de la justesse de son esprit. Il sait parfaitement qu'en approchant de la Table Sainte nous sommes persuadés , comme on Tétoît généralement chez vous juscju'au règne de Charles II , que nous recevons , sous les espèces sensibles du pain, le corps de Jésus-Christ présent d'une manière surnaturelle y le corps spiritualisé , invisible , inficcessible à tous les sens. Tel est le mystère que nous croyons àur la parole du Dieu*-

i38 D^nsxrsE

SECONDE PREUVE GENERALE DE LA DOCTRINE CATHO- LIQUE SUR L EUCHARISTIE , TIREE DES ANCIENNES LI- TURGIES.

I. Dès que j'apperçus , à la première lecture des Difficultés du Romanismey te titre du chapitre th*,

Sauveur. Écoutez là-dessus le raisonnement du docteur. Le voici : tt Les Chrétiens étoient accusés de dévorer littéralement de la chaîr hùitiaine et de boire littéralement du sang humain. Or ils n'auroient pu avec vérité nier ces abominations s'ils avoieitt cru la présence réelle ; car alors ils auroient su en leur âme et conscience qu'ils étoient dans l'habitude continuelle de dévorer littéralement la chair humaine et de s'abreuver littéralement de sang humain. Ils ne croyoient donc pas à la réalité de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. » Est-il possible d'aveugler ainsi ceux que l'on devroit éclairer? Quel est le Catholique au monde qui puisse reconnoître ses setitiments dans ceux que lui prête le bachelier? Qui de nouf n'en seroit pas révolté? iSon langage répond à l'idée des Capharnaïtos, et l'on diroit qu'il nous arrive de leur synagogue (,*).

J'ai substitué à dessein présence réelle au mot Transsuèstan^ tîation employé par M. Faber, afin de vous montrer et vous faire sentir que son raisonnement porte de la manière la plus •tKrecte et en premier lieu contre le dogme de la réaMté. En général il affecte de ne raisonner que contre le changement de substatice , parce qu'ayant débuté par assurer que nos ÉgUses re^ pectives sont d'accord sur la réalité de sa présence , il craint de paroître se contredire. Mais, de grâce, faites- y attention, et TOUS verrez qu'il combat lîl présence réelle presque partmit où il nomme la Transsubstantiation.

(*) « Acccpinms îstad stnltè, carnaliter illud cogîtaverunt; et pntavenmt » qnod pnecisanis esset Dominns pàrticnlas qnasdam de corpore sao et dft- 4 tains ittb. n S. 4^ii^t, in Psal. 98.

D£ LA. DIÉM^TS^lôt AMICALE. Y 3$

je posai le livre sur ma table , et me demandai intérieurement : que va donc dire ici M. le bachelier? quel parti prendra-t-il sur nos antiques Liturgies? Toutes parlent uniformément , et dans les expressions les plus énergiques de nos dogmes. Toutes proclament à la (bis l'autel y l'oblation , le sacrifice non sanglant de la nouvelle alliance ^ la présence réelle de la victime , le changement de substance , et enfin Tadoratidn ; nous y voyons que tous les Chrétiens du monde , au moment de la communion, entendoient de la bouche du diacre ces mots : le corps de Jésus-Christ y et répondoient: il est vrai. Cet Amen répété par des bouches innom- 4)rables durant une suite de générations et de siècles est une admirable confession de foi, qui de l'Église primitive retentira jusqu'à la fin du monde sur la réalité de là présence (i). A cette voix puissante et universelle, M. le bachelier auroit-il alors opposé la tienne, et au lieu de Y Amen ^ répondu : «Je n'en vois que la figure , et rien de plus?» Les Liturgies s'accordent à nous présenter de vives invocations, pour demander à Dieu d'envoyer son Esprit-Saint sur les doiîs offerts, afin que le pain devienne le corps de Jésus-Christ, et ce qui eèt dans le calice devienne son sang, en les changeant par lit vertu de son Esprit-Saint (a). J^e recteur de Long-

■ ■■ ■ ■ ■ I.I..I I ■ ■■ !■ ■■■■Il ■■■■ .1 ■ I « ■ I II ■ ■■ Il I ■ ■ !■ I

(i) « Habet enîm magnam vocem Chrîsti sanguis in terra , ciiin eo accepte ab omnibus gentIbusrepondetur^/w^«. » August., Cont.Jaustuiriy lib. xii.

(2) Liturgie çUte des Apôtres, — Transmutet , et perfi*-

l4o DSFElfSE

Kewtoli auroit-il élevé sa voix discordante pour expliqiier ces invocations dans son langage favori de changement moral? £t nous soutiendra-t-il encore ici, qu'en suppliant la Tonte-Puissance divine de descendre sur les dons, c'étoit simplement pour les chan|[er, de l'usage commun et domestique , en un usage symbolique et religieux ? Les Liturgies nous représentent tour à tour le clergé et les peuples dans la crainte, le tremblement, dans l'attitude d'une profonde adoration , en participant à l'Eucharistie ; et leur mettent alors à la bouche des confessions de foi les plus animées sur une présence qui commande le culte de Latrie. Au milieu de ces ferventes assemblées, quelle eût donc été la contenance du bachelier en théologie? Auroit-il partagé l'-ardente piété , la terreur religieuse de ces humbles adorateurs de Jésus-Christ? ou plutôt ne va-t-il pas les envelopper avec nous dans l'inculpation d'idolâtrie? Ne va-t-il pas les accuser comme nous de rendre un culte sacrilège à la matière , et pour lui parler sa propre langue , à un morceau de* pain littéral?

Après avoir roulé quelque temps ces réflexions dans mon esprit , je reprends le livre en main , je parcours avec avidité le chapitre des Liturgies. Eh bien ! quelle réponse M. Faber y fait-il à leur autorité décisive? Aucune, Monsieur; à mon grand étonnement, aucune. Il auroit donc mieux fait de ne

ciat. Lit, sjrr., trad. par Renaudot. — Transmutante eâ te. Lit. nestorL , trad. par Renaudot.

DE LA mSCUSSIOir AMICALE. 1 4 1

point nommer les Liturgies en titre , puisqu'il n'en dit mot dans le chapitre. Sans doute il est sage de garder le silence sur des preuves que Ton ne peut attaquer ; il l'eût été davantage et plus franc, plus courageux de s'y rendre. Je veux essayer encore de mettre le docteur et les Liturgies face à face. En letf envisageant de près une seconde fois, peut-être en recevra-t«il une impression plus heureuse. Je l'augure de son silence même; car s'il avoit trouvé prise sur elles par quelque endroit, il l'auroit bien certainement saisie avec le beau zèle qui l'anime. Cependant j ne voulant pas interrompre les réflexions que je suis pressé de vous soumettre , je placerai à leur suite mes extraits des Liturgies. J'ai regret d'être forcé d'y revenir , et de grossir ma réponse k son livre par une longue addition, qu'il m'aiiroit épargnée s'il l'avoit voulu.

IL II doit être démontré pour vous, Monsieur, que la discipline du secret couvroit d'une ombre mystérieuse et inipénétrable les assemblées Chrétiennes , les dogmes que l'on y professoit , les prières qui s'y faisoient à Dieu, les rits qui s'y pratiquoient. Ces rits , ces prières , ces dogmes si long-temps inconnus aux profanes , les Liturgies les révélèrent au monde aussitôt qu'elles furent misés en écrit. Nous avons le bonheur d'en posséder un grand nombre, et de presque toutes les contrées où régnoit le Christianisme au cinqième siècle. Elles ne laissent pas l'ombre d'un doute sur les conséquences que nous avons déduites du secret , à l'aide du simple raisonnement ; elles en confirment la justesse , la vérité , et

mettent bos prenûères asserticoos en évidence. Elles nous introduisent dans l'int^ieur des oratoires , où les premiers Fidèles se réunissoient. Nous les voyons placés d^ns l'enceinte avec ordre , les hommes rangés d'un côté y les femmes de l'autre, les enSatn&plus frès du sanctuaire; là les Catéchumènes^ ici les Pé« aitents; et l'évéque, précédé de son clergé, s'avançant à l'autel. Avec eux nous assistons au service divin , le même dans tous les pays, du moins quant àiVessentiel ; avec eux nous participons aux prières, aux lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Bientôt après nous entendons ie diacre d'office élever la voix : oc Allez en paix, » s'adressant aux Catéchu-» mènes (i).

C'est alors que comraençoit l'office divin , la célé« bration des Saints Mystères. On se disposoit au sacrifice par des prières préparatoires; le pain: et le vin étoient transportés de la crédence à l'âuteL On invoquoit les grâces et les bénédictions de Dieu sur l'assemblée des Fidèles, sur l'Église Catholique, sur les souverains , les magistrats , sur l'armée , sur les évéqueset le clergé, sur toutes les classe.s des Fidèles, sur les ennemis et les perséciUeiirs, sur les Chré-* tiens prisonniers ou condamnés aux mines, sur la conversion des Gentils , le retour des Schismatiques

(i) Lit. des Const, Jlpost, — u Catëcliumènes , retîrez-vous ; qu'aucun ne s'arrête ici. « Lit. de Constantinople. — « Qu'il nV ail phis de Gatéchumèoes ni aucun de ceux qui ne sont pas inities Mix MjTstères ; que l'on se reconnoisse les uns les autres , et que Xqvl ffxàQ les portes. » Lit. de S. Jacques^

DE LA DlâCraSIOV AMICALE. ï^'i

et Hérétiques y sur la salubrité de l'air et la conseil nation des fruits de la terre. On faisoit mémoire des Patriarches , des Prophètes , des Apôtres y des Martyrs , des Confesseurs ; et l'on prioit pour tous ceux qui étoient morts dans la foi (i). Yenoit ensuite la préface y dont le commencement et la fin sont aujourd'hui les mêmes dans la notre. Elle servoit d'introduction à Faction principale du sacrifice , à ce que nous appelons 9 comme autrefois, le Canon, où l'on ne manquoit jamais de rapporter les paroles de Tinstitution de l'Eucharistie dans les mêmes termes que les ËY.fiUQgéliytes. On y joignoit, surtout en Orient, d'acbpfivrablea invocations pour supplier Dieu d'en* Yoyer sur les dons son Esprit Saint, témoin des souffrances du Seigneur Jésus , afin que, par sa préae^ce et sa vertu , le pain et le vin se changeassent au corps et au sang de Jésus-Christ. L'Oraison Domi* niçale et le: Symbole des Apôtres se récitoient ordinairement à la suite du Canon. La ferveur , excitée

(i) Depuis la naîssaDce de FËglIse jusqu'au seizième siècle on ne connoît point de Liturgie sans mémoire des Saints , sans prières pour les morts. « Nous irisons mémoire des Patriarches , des Prophètes , des Apôtres , des Mactyrs , afin que , par le mé» rite dç leurs prières , Dieu reçoive favoraj^lement la nôti^ ;. npiis prions ensuite pour les Saints Pères et les Évêques, et enfin pour tous eeux qui sont sortis de ce monde dans notre com^ munion , croyant que leurs âmes reçoivent un gi-and soulagement èes prières que nous offrons pour eux au moment où la victhne sainte et redoutable est gisante sur nos autels^ » S, Gjr. de jéms. , Cotée*, mjst. 5. Ab uno disce omnesi

par Faj^roche de la consécration, se sootenmt après : elle redoubloit même , et se portoit à une profonde adoration lorsque les diacres, distribuant aux Fidèles Tune et l'autre espèce, disoient à dbacun : c C'est le corps y cest le sang de Jésus-ChrisL » Celui qui recevoit répondoit Amen. De vives actions de grâces t^minoient cette scène touchante de dévouement et d^amour , digne des regards du ciel et de Fadmiration de la terre.

Œ. Telles étoient dans la primitive Église Tordre et la marche du service divin , que les Chrétiens celébroient à portes closes, et qu'ils taisoient au dehors avec une fidélité à toute épreuve. Nous les avons vus souffrir les tourmens et la mort, (dutôt que de divulguer ce qui se passoit dans leurs pieuses assemblées. La Liturgie étoit la représentation fidèle et détaillée de leur culte. Vous imagineriez donc bien qu'elle ne s'écrivent pas. Le secret auroitété exposé à trop de risques si chaque Eglise avoit mis la sienne en écrit. On avoit pris dès l'origine le seul moyen d'éviter les accidents, et de soustraire aux profanes la connoissance des Mystères; on avoit réglé que les prières liturgiques et celles de la consécration seroient confiées à la mémoire des prêtres et des évéques , ainsi que le Symbole à celle des fidèles (i). Cette sage précaution dura aussi long-

(i) (t Le symbole de notre foi et de notre espérance nous vient » des Apôtres 9 et ne s'écrit point. » S. Jérôme, Ép* àPammcupu. « Personne n'écrit le symbole \ on ne peut pas le lire ; repa&sçz-.

DE LA. DISCUSSION AMIGA.LE. l45

temps que les craintes qui l'avoient nécessitée. Mais enfin le Cbristianisme ayant pris le dessus, on n'hésita plus à mettre les Mystères à découvert. Cette heureuse époque fut à peu près celle du concile général d'Éphèse en 43ï. H est même à présumer que la détermination en fut prise par les Pères de ce concile; car alors les Liturgies s'écrivirent presque partout à la fois. Les sociétés Nestorienne et Eutichéene ne tardèrent point à imiter cet exemple^ et bientôt eu Orient toute TÉglise eut sa Liturgie écrite (i).

IV. Comment s'assurer, me direz^vous à présent, Monsieur , que les Liturgies écrites trois siècles et demi après les Apôtres en viennent originairement? Le voici : on ne sauroit raisonnablement douter que la première Liturgie fut dressée par les Apôtres, sur les instructions de leur Maître, et célébrée par eux dans les assemblées journalières qu'ils tinrent à Jérusalem avant leur dispersion^ Nous en avons même

» le en vous-même chaque jour , en vous couchant et en vous » levant ; que votre mémoire vous tienne lieu de cahier. Sit » vobis codex vestra memoria,^ S. Aug., aux Catéch,, tom. vi , pag. 548.

(i) On ne connoît que deux Liturgies écrites avant le concilç d'Ephèse , celle que je viens de citer , de Saint Cyrille , et celle de l'auteur anonyme des Constitutions Apostoliques; et l'une et l'autre porlent un avertissement énergique pour défendre qu'elles soient communiquées à des non-initiés , h cause des choses mystérieuses qui s'y trouvent. On étoit donc alors sous la discipline du secret.

i46 uÉjmxK

un témoignage positif. Le disciple de Poly carpe, Irénée 9 nous l'assure en ces mots : ic Notre Seigneur p enseigna la nouvelle oblation de son Nouveau j» Testament : l'Église l'a reçue des Apôtres, et la » présente à Dieu dans l'univers entier (i). » Cette déclaration établit le fait d'une manière décisive ; et nous concevons naturellement que les Apôtres, par^ tis séparément de Jérusalem, donnèrent la Liturgie, qu'ils y avoient tracée en commun , aux Églises qu'ils £9ndèrent dans leur course évaogélique.

Épiphane , quoique né en 3 1 o , deux cent dix ans après Saint Jean, ne laisse pas d'être ici un témoin précieux , parce qu'il joignit aux vertus d'un grand évéque.le savoir d'un théologien fort instruit. Or voici ce qu'il dit, après avoir rapporté les noms des douze : « Ils ont tous été élus Apôtres pour prêcher » le Saijit Évangile dans le monde avec Paul et Bar- » nabé et les autres; et ils ont été les ordonnateurs 9 des Mystères avec Jacques, frère du Seigneur, et » premier évêque de Jérusalem (a). » Nous voyons dans Hine (3) des traces, confuses il est vrai, de la Liturgie que célébroient les Chrétiens de son gou- ' vernement. Justin nous la représente plus distinctement dans le compte qu'il crut devoir rendre à l'empereur Antonin , sur ce que les Chrétiens prati- <]Uoient dans leurs assemblées secrètes. La descrip-

I '■ nnmmmmmmmmmmrmmmm-^fmmmmmm »n mm

(i) Contre les Hérés., liv. iv, ch. 32.

(2) Hérés, 79 , n« 3.

(3) Lettre à Trajan,

DE LA DiSOnSfitOV AMÎGALE. i^^J

tion qu'il fait de ce qui s'y passoit répond exacteiment à Tordre des Liturgies (i). l'ai rapporté d'aiv> très autorités dans ma lettre ix* et son appendix, à la fin du vol. i de la Discussion jàmicale; je vous engage à y jetter les yeux.

y. Je vois bien, me répondrez-vous, que lei Apô«tres composèrent entre eux une Liturgie; je conçois même qu'ils durent là communiquer aux Églises fondées par eux. Mais cette Liturgie Apostolique î où la trouver aujourd'hui ? Nous en avons un grand nombre qui nous présentent bien des différences entre elles. En supposant que celles-ci furent cal» quées sur la Liturgie primitive dressée à Jérusalem^ à quel signe pouvons^nous reconnoîtré ce qui vient des Apôtres et ce qui n'en vient pas ? J'en ai marqué le signe certain, indubitable, dans ma ix* lettre, où vous pouvez le voir avec les preuves. Le doigt des Apôtres se manifeste partout où les Liturgies pré* sentent un accord unanime. Ce caractère Aposto-» Uque a été reconnu, décrit par des hommes émi* nens de votre Église ) et, persuadé comme je dois l'être que leur jugement sera d'un plus grand poids que le mien à vos yeux , je veux vous le rapporter ici : «n seroit souverainement déraisonnable, nous » dit le docteur Waterland, de penser que tant d'É^ » glises diverses , différentes de climat et de langi^e, » aient pu se réunir dans les mêmes erreurs et s'é- » carter uniformément à la fois de la même règle.

(i) Première Apol,

I^g DEFEirSE

» Mais au contraire que toutes s'accordent dans la » même foi, cela se conçoit aisément, et s'explique » comme venant d'une source commune et d'une » même cause , laquelle ne sauroit être autre que la » tradition de la même doctrine , communiquée à » toutes les Églises par les Apôtres. Une pareille » unanimité ne sera jamais l'effet du hasard. Elle doit » avoir pour principe une source commune. Il est » donc certain que l'harmonie de doctrine est une » preuve saillante de sa propre vérité (i). »

«c Quant aux Liturgies attribuées à Saint Pierre , » Saint Marc et Saint Jacques , dit l'archevêque » Wake (2) , il n'y a point d'homme instruit, je » pense , qui les croie écrites par ces Saints Person- V nages , telles absolument que nous les possédons. » Elles furent à la vérité les Liturgies des trois , peut- » être même des quatre Églises t^atria^cales de » Rome, Antioche, Alexandrie, Jérusalem, fondées 2> ou gouvernées au moins par Saint Pierre , Saint 2> Marc , Saint Jacques ; au surplus , comme on ne » sauroit guère douter que ces saints Apôtres et » Évangélistes réglèrent l'administration de la Sainte y> Eucharistie dans ces Églises , il est raisonnable de 30 supposer que les Liturgies venues jusqu'à nous » sous leurs noms présentent encore quelques-uns » de leurs règlements, et que les prières rapportées » exactement dans toutes, sinon en propres termes ,

(1) L^ Importance de ta doctrine de ta Trinité ^ pag. 368.

(2) Disc, préliminaire à la traduction des Pères Apostol.

DE LA DISCUSSION AMICALE^ l49

» du moins pour le sens , furent originairement » prescrites dans ces mêmes termes , ou à peu près; » par ces Apôtres et Évangélistes. Il ne seroit pas s> difficile de donner à cette conjecture toute la force » d'une preuve, en citant les écrits des anciens Pères, » s'il étoit nécessaire de la produire. »

a Aux observations précédentes, c'est l'évêque » Bull qui parle (i) , j'ajoute l'accord de toutes le»

(i) Serm, on common, Prayer ^ serm. i3, v. i , new edit. J'avois remarqué que si l'évêque Bull avoit avec toute raison conclu des Liturgies la nécessité de reconnoître le sacrifice non sanglant de la Nouvelle Loi, un homme instruit comme lui auroit dû en conclure également la présence réelle de la Victime Divine , le changement de substance et l'adoration , puisque les Liturgies ne sont pas moins unanimes sur ces dogmes que sur le sacrifice. J'avois cité auparavant ces paroles très-orthodoxes du même évèque : a Si on imagine que tous les pasteurs de l'Eglise aient pu » tomber dans l'erreur et tromper tous les Fidèles, comment n pourra-t-on défendre la parole de Jésus-Christ , qui a promis » à ses Apôtres , et en leurs personnes à leurs successeurs , d'être » toujours avec eux? Promesse qui ne seroit pas véritable, puis- » que les Apôtres ne dévoient pas vivre si long-temps ,. n'étoit » que leurs successeurs sont ici compris en la personne des Apô- » très mêmes. » J'avois ajouté qu'avec un raisonnement aujssi juste , il auroit dû passer h l'Église Gatholicpie. Que répond M. le bachelier Faber à mes réflexions? Il m'observe que l'évêque Bull n'en est pas moins mort au sein de l'Église Anglicane. Je le savois , puisque je déplorois ses inconséquences. Que le bachelier les explique comme il voudra ) je me contente d'en gémir , et d'en laisser le jugement à celui qui sonde les reins et les con-r* sciences.

Au surplus . touchant les Liturgies je trouve dans votre Église

» Églises de l'univers Chrétien , quelque élolguiées » qu'elles fussent les unes des autres , dans la prière » de l'oblation du sacrifice Chrétien , au Saci*ement » de la Sainte Eucharistie : accord vraiment merveil- I» leux ! Les anciennes Liturgies sont unanimes dans » la formule de cette prière : elles nous la présen-^ % tent presque dans les mêmes termes y au moins » parfaitement semblables pour le sens, Tordre et » la méthode. Quiconque réfléchira mûrement sur » cette uniformité restera convaincu que cette for- « mule de prière dut être communiquée à ces diffé- » rentes Églises, dans les jours mêmes de leur pre- » mière fondation. » Je finis par Grotîus, honoré comme il le mérite, par tous les partis. « Je trouve , » dit-il ( Fatum pro Pace) dans toutes les Liturgies ;» Grecques, liatines, Arabes, Syriaques et autres, des » prières à Dieu , afin qu'il consacre par son Esprit » Saint les dons offerts , et quil les fasse le corps et » le sang de son Fils. Tai donc eu raison de dire » qu'une coutume si ancienne et si universelle qu'on » la doit croire venue des premiers temps, ne det yoit pas être changée.'

]» En matière de culte, disent Messieurs les mlnis- » très de Neufchâtel dans leur préface mise à la tête

des hommes aussi habiles et plas conséquents que Tévéque Bull. Whiston , Stephens et Grabe ont composé des Liturgies dans lesquelles fis ont fait entrer le Sacrifice non stmgldnt, raisonnor' Ble, la Présence réelle, le Changement de Substance y VAdo^ ration. Voyez Discussion Amicale , vol. i, pag. 426 , 2*. édit. Paris,

DE Lk mSCCnSîùlf AMICALE. I ^I

» de leur Liturgie , dédiée au roi de Prusse , en i '7 1 3 ; » en matière de culte, on doit avoir de grands égards » pour ce qui se pratiquoit dans les premiers siècles » de l'Église ; et il faut avouer que Ton trouve dans » les prières des anciens une simplicité et une onc- ^ tian toute particulière. Qui peut douter d'ailleurs » que ce qui se fiusoit dans ces temps-là et qoi étoit » établi par les successeurs des Apôtres, ne soit très- » conforme à l'esprit de l'Évangile, et ne doive être

* regardé avec respect par tous les Chrétiens? Il est ï> vrai que les coutumes des Églises varièrent beau* » coup dans la suite... Mais il est certain que le fond » et V essence de V ancien culte a été conservé dans ^presque toutes les Liturgies , et que si , en laissant ^ là ce que chaque Liturgie a de particulier, et ce » qui a été ajouté à mesure que l'ignorance , l'er* 3» reuret la superstition se répandoient dans l'Église^ » on retenoit ce qui a été dun usage ancien et gêné* » ral^ et en quoi toutes les Liturgies s* accordent à npeu de chose près ^ on auroit la véritable forme du « culte des premiers Chrétiens. Ce seroit là aussi un » des meilleurs moyens de parvenir à cette unifor- « mité, qui seroit si nécessaire pour la paix et Tédi*

• fication de l'Église (i). •

(i) On ne sauroit penser sur ce sujet pins sensément , ptitf vrai que messieurs Waterland, Wake Bull, et les ministre» de Neufchâtel. Us conviennent en théorie , et vos docteurs de même, que Ton devroit retenir ce en quoi toutes les Liturgies s'ûccot'^ dent. Malheureux ! vous te dites , vous l'enseignez , et vous n'en faites rien. Toutes les Liturgies vous ont présenti et vcnt VdWid

l5a DifENSB.

VI. Que si donc il arrivoit qu'au milieu des variations inévitables à travers tant de siècles , tant d'événements , d'idiomes et d'Église disparates ; s'il arrivoit, dis-je, que cependant toutes les Liturgies se rencontrassent pour le sens dans les prières qui pré* cèdent; accompagnent et suivent la consécration, et si ces prières exprimoient nettement la Présence réelle , la Transsubstantiation , l'Adoration et le Sacrifice ) il en faudroit conclure que cette uniformité, en marquant l'essentiel de la Liturgie, dénoteroit une origine Apostolique : car il seroit impossible de supposer à une pareille uniformité quelque autre cause que ce fût. On n'en voit aucune assez prépondérante , assez universelle pour réunir ainsi toutes les Églises du monde dans un même esprit, une adhésion parfaite à ces mêmes dogmes et une attention également scrupuleuse à les professer dans les mêmes circonstances. Il n'existe point de concile auquel on puisse attacher cette singulière unanimité; et encore le plus œcuménique n'y auroit-il pas suffi, parce que ces hérétiques n'enauroient jamais suivi les décisions , et que les sociétés schismatiques des

représenter ici l'autel, le sacrifice non sanglant, la présence réelle de la Victime Divine , le changement de substance , l'adoration , la prière pour les Morts ; et vous ne retenez pas ces dogmes sublimes ! et vous les foulez aux pieds ! Vous avez prononcé votre propre condamnation. Et vos contradictions ne vous ou-^ vrent pas les yeux ! Et elles ne les ouvrent pas à ceux qui vous écoutent ! Quoi ! tant de lumières pour voir le bien , et à la fois tant d'obstination à le rejetter I Grand Dieu ! n'en reviendront-ils donc jamais ?

VE Ul discussion AMICALE. 1 53

quatrième et cinquième siècles , aussi ennemies Tune de l'autre que de la Mère Église, ne se seroient jamais accordées pour emprunter des formules de prières et de profession de foi dressées par le concile. Il y n'a donc que l'institution des Apôtres et leur autorité j également sacrée pour tous , qui puissent rigoureusement rendre raison d'une pareille uniformité 9 si réellement elle existe dans les Liturgies Chrétiennes écrites aux quatrième et cinquième siècles. Or, je m'oblige de vous convaincre de la manière la plus palpable que toutes les Liturgies de ces temps sont usitées , non-seulement dans les Églises Catholiques, mais même dans le schisme et l'hérésie , et qu'elles s'accordent unaniment dans les prières qui précèdent, accompagnent et suivent la consécration; et quelles expriment de la manière la plus claire , la plus énergique , la croyance du Sacrifice, de la Présence réelle, de la Transsubstantiation. Il s'agit ici d'un fait le plus facile à dé« montrer , et qui s'établit par les citations authentiques tirées de toutes ces Liturgies. Je vais les rassembler pour vous, et les faire passer sous vos yeux.

EXTRAITS DES J)I£FiRENT£S UTURGIES.

a Nous VOUS offrons à vous, qui êtes Roi et Dieu, D ce pain et ce calice , suivant l'ordre de notre Sau- » veur, vous rendant grâces par lui d'avoir daigné » nous faire exercer le sacerdoce en votre présence; «nous vous supplions de regarder favorablement »ces dons en l'honneur de Jésus-Christ, et d'en-

l54 MvtKÏÏE

n voyer surce Sacrifice votre Saint-Esprit , le témoin » des souffrances du Seigneur Jésus-Christ , q^n u qu'il fasse que ce pain soit le corps de votre Christ y » ce calice son sang; nous vous offrons, etc. (i) » Les prières sont longues et très«beiles ; au moment de la communion, le peuple s'écrie : «c Hosannaau , » fils de David ! béni soit le Seigneur Dieu qui vient » au nom du Seigneur et qui s'est montré à nous! » La rubrique ajoute : « L'Évêque donne l'Eucharistie en disant : cest le corps de Jésus-Christ. Celui qui » la reçoit répond Amen. I^e Diacre donne le calice » en disant : c'est le sang de Jésus-Christ , le calice » de la vie 'y celui qui le boit répond , Amen. » Et après la communion le Diacre commence l'action de grâces en disant : « Après as^oir reçu le précieux » corps et le précieux sang de Jésus-Christ, rendons » grâces à celui qifi nous a fait participer à ses Mys- Dtères. » L'Évêque l'achève par une magnifique prière.

Dans la Liturgie, plutôt indiquée que rapportée au second livre , on lit simplement ceci : « La bé-* » nédiction est suivie du sacrifice , pendant lequel » tout le peuple doit se tenir debout et prier en si- » lence ; et après qu'il est offert , chacun en son » rang doit recevoir le corps et le sang du Seigneur, » et s'en approcher avec la réi^érence et auec la » ctaintedues au corps du Roi. »

u Nous vous prions , ô Dieu , qu'il vous plaise de

(i) Liturgie tirée du vnt' livre des Gonstitutions Apostoliques, écrites ma, (juatviôme siècle.

DE LA BlSCnSSlOir AMICALE. l55

j) faire que cette oblatlon soit en toutes choses hé» »nie, admise, ratifiée, raisonnable et agréable, » afin qu'elle deifienne pour nous le corps et le sang J> d&votre très^aimé Fils No tre Seigneur Jésus- Christ » Et après la consécration : « Nous offrons à votre Su* j> prême Majesté, de vos dons et de vos bienfaits, T> V Hostie pure ^ V Hostie sainte ^ V Hostie sans tache, r> le pain saint de la vie éternelle , et le calice du sa- » lut perpétuel. » Et au moment de communier, le prêtre incliné dans un sentiment ^adoration et d'humilité profonde , s'adresse à Jésus-Christ présent entre ses mains , et lui dit trois fois : « Seigneur, ^je ne suis pas digne que vous entriez dans ma » maison; mais dites seulement une parole , et mon » àme sera guérie. » Et donnant la communion , comme en la prenant lui-même, il déclare encore que c'est le corps de Notre Seigneur Jésus^Christ (i). Ainsi a'exprimoit la Liturgie qui fut portée dux Iles-Britanniques en SgS, et qui , jusqu'au seizième siècle, a été universellement célébrée dans les royau* mes d'Angleterre, d'Irlande, d'Ecosse, comme elle Fest depuis bien des siècles aussi en France, eti Allemagne, en Espagne, et dans tous les pays du monde où se trouvent des prêtres Latins. Il serolt superflu de produire ici Tancienne Liturgie d'Es* pagne, puisque nous Savons par le savant Isidore, entre autres, successeur de Léandre son frère sur le siège de Séville en 600 , qu'elle étoit conforme pour le canon et l'essentiel de 4a Messe à là Littir»*

(i) liturgie Romaine, Miivimt le SacrAaicttlaàre ^ Oâase.

1 56 . D^EENSE

gie Romaine dont nous venons de présenter uu extrait.

Nous n'avons malheureusement aucun manuscrit y aucun monument qui nous représente l'ancienne Liturgie des Gaules dans son étendue et sans mélange. Il nous reste une exposition abrégée de la Messe , composée par Saint Germain de Paris au milieu du sixième siècle. C'est à l'aide de ce petit Traité , et de ce qu'on trouve dans les ouvrages de Saint Grégoire de Tours , peu d'années après Saint Germain y qu'on parvient à connoître assez exactement l'ancien ordre de la Messe Gallicane y et que les savants lui découvrent plus de rapports et d'analogie avec les Liturgies Orientales qu'avec l'ordre Romain.

Or, Saint Germain, en parlant des dons portés sur l'autel, dit : « Le pain est transformé au corps , et /e » vin au sang... Le Seigneur ayant dit du pain , ceci » est mon corps ; et du vin, ceci est mon sang... l'obla- » tion est consacrée sur la patène. L'Ange de Dieu » descend sur l'autel, comme sur le monument, et » bénit l'hostie... Pendant que se fait la fraction, le » clergé, dansrune posture suppliante, chantera » l'antiemie : Daignez, nous vous en supplions hukn- » blement, recevoir ce Sacrifice le bénir, et le sanc- » tifier , afin quil deç^ienne pour nous une Eucha- » ristie légitime en votre nom, et en celui de votre » Fils et de votre Esprit Saint, étant transformé au y> corps et ausang de Notre Seigneur JésuS'Christ{i).

(i) Liturgie Gallicane , Messe de la Circoncision.

ic Que l'Esprit Consolateur de votre bénédiction , » votre Coéternel Coopérateur descende ^ ô mon » Dieu ! sur ces Sacrifices , afin que... cet aliment 1» transformé en corps , ce calice en sang, ce que » nous avons offert pour nos péchés , nous sauve » par ses "mérites. Ut translata fruge in corpore, » calice in cruore y proficiat meritis quod obtulimus y>pro delictis (i). Demandant par nos ferventes » supplications que Celui qui changea l'eau en vin » convertisse en sang le vin que nous offrons (2). »

Le Missel Gothique Gallican de la fin du septième siècle 9 contient une prière à Dieu en forme d'invocation, (c Afin que vous daigniez regarder d'un œil » gracieux ces dons portés sur votre autel , et que » l'Esprit Saint de votre Fils les couvre de son » ombre. » Et cette prière encore après la consécratipti : « Nous souvenant de la passion et de la » résurrection de notre très-glorieux Seigneur , nous » vous offrons, ô Dieu! cette Hostie sans tache, » cette Hostie, raisonnable y cette Hostie non san- » glante. » Encore cette prière avant la Communion : ik Remplissant les solemnités sacrées que nous vous » avons offertes suivant le rit du Grand-Prêtre Mel- » chisédech , nous vous demandons dévotement , 6 » Majesté Eternelle ! la grâce de recevoir ce pain » changé en chair par l'opération de votre vertu ; » ce breuvage converti en sangj et de boire dans le

(i) Messe de l'Assomption.

(2) A rÉpiphanie.

3f> calice le même sang qui a coulé de votre côté sur ]> /a croix. 9

Le Prêtre prend le pain, et dit de Jésus-Christ (i) : « Prenant le pain entre ses mains saintes , sans » taches y et immortelles; élevant les mains au ciel; » le montrant à vous, Dieu son Père , vous rendant » grâceSy le sanctifiant et le rompant , le donna k » nous SQS Disciples et ses Apôtres y en disant : Prev nez et mangez , ceci est mon corps qui est rompu » pour vous et pour la rémission des péchés. ( On 7i répond jàmen.) Semblablement après qu'il eut ^ soupe, prenant le calice et mêlant le vin avec de » Teau, regardant les cieux, le montrant à vous, » Dieu le Père, et rendant grâces, le sanctifiant, le j> bénissant, le remplissant du Saint-Esprit , le donna ï> à nous ses Disciples, en disant : «c Buvez-en tous, D c'est mon sang du Nouveau-Testament,, qui est y* répandu pour vous et pour plusieurs, et qui est » donné pour la rémission des péchés. » £t après : ^ Nous vous offrons, Seigneur, ce Sacrifice redouta- D ble et non sanglant. » Et ensuite : a Cet esprit Yi-^ » vifiant qui règne avec vous. Dieu Père, et avec » votre Fils Unique, qui a parlé dans la Loi et dans )» les Prophètes, et dans votre Nouveau-Testament; p qui parut et demeura en forme de colombe ^ur » Jésus-Christ Notre Seigneur au fleuve du Jourdain; p qui descendit en forme, de langues de feu dans le » Cénacle de la sainte et glorieuse Sion ; envoyez-le » présentement ce très Saint-Esprit sur nous et sur

tm^mmtmmmmmimm'm

(i) liturgie de Saint Jean ou de Jérusalem.

DE LA DJSC088IOV AMICALE. I^Q

» ces dons 9 afin que, par sa sainte, bienfaisante et » glorieuse présence , A fasse ce pain le saint corps D de Jésus- Christy Amen; et ce calice le précieux sang de Jésus-Christ y Amen. » Avant de communier 9 le Prêtre s'adresse ainsi à Jésus •* Christ sur l'autel: te Seigneur, mon Dieu, qui êtes le pain du ciel et la 3» vie de l'univers , j'ai péché contre le ciel et contre 9 vous, et je ne suis pas digne de participer à vos » très-purs Mystères ; mais par votre divine misé- 3» ricorde, faites que, sans encourir la condamna*- » tion, votre grâce me rende digne de recevoir votre » sacré corps et votre précieux sang , pour la remis- » sion de mes péchés et pour la vie éternelle. » A la communion du peuple le Diacre dit : a Appro- -9) chez^-vous avec crainte , avec foi et avec amour, y^ Le peuple répond : a Béni soit celui qui vient au » nom du Seigneur ! »

« Recevez-nous à votre saint autel, dit le ^i*étre D en faisant l'oblation, selon votre grande miséri^ » corde t faites que nous soyons dignes de vous » offrir ce Sacrifice raisonnable , non sanglant , » pour nos péchés et pour toutes les ignorances du 30 peuple (i). »Puis, après les paroles de l'institution , qui ne sont oubliées dans aucune Liturgie que je sache, le Pjrêtre incliné dit secrètement : « Nous » vous offrons ce culte raisonnable et non sanglant; » et nous vous supplions d'envoyer votre lîiprit » Saint sur nous et sur ces dons -.faites ce pain le

(1) Liturgie de Gonstantinople , dite des Apôtres , et plua tard de Saint Cbryso^tome.

l6o DEFENSE

9 précieux: corps de votre Christ (le Diacre répond 9 Amen)^ et ce qui est dans ce calice, \^ précieux » sang de votre Christ ( le Diacre, Amen) ; les chan» 9 géant par votre Saint-Esprit. Le Diacre , Amen , 9 Amen, Amen. » S'adressant après beaucoup de prières à Jésus -Christ, le Prêtre dit : a O Jésus- 9 Christ ! notre Dieu ! jettez un regard sur nous de » votre sainte demeure, et du trône de la gloire de 9 votre royaume : vous qui habitez dàos les cieux » avec le Père , et qui êtes ici indit^isiblement apec r^nous^ rendez -nous dignes par votre puissante » main de participer à votre corps trèspuretà votre » précieux sang , et de le distribuer à votre peuple. » Le Prêtre et le Diacre se tiennent en adoration , en disant chacun trois fois : « Ayez pitié de moi, pau- » vre pécheur. » Le peuple adore de même. Vers la communion : « Approchez-vous, jd dit le Prêtre au Diacre, lequel s'incline avec révérence devant le prêtre qui tient une partie de la sainte Hostie. Le Diacre dit : c( Donnez-moi , Seigneur, le saint et yi précieux corps de Dieu et notre Sauveur Jésus^ » ChrisL »

Le Prêtre le lui donne à la main, en disant : a Je » vous donne \q précieux , saint, et très^pur corps » du Seigneur Dieu , notre Sauveur Jésus-Christ. » Alors le Prêtre et le Diacre, inclinés et tenant la Sainte Hostie , font ensemble une admirable confession de foi , qui commence ainsi : <c Je crois , Sei- » gneur, et je confesse que vous êtes le Christ, Fils » du Dieu Vivant, qui êtes venu dans le monde pour » sauver les pécheurs ; dont je suis le premier ;

DE LA DISCUSSION AMICALE. i6l

» faites-moi participer à votre Cène Mystique. Je ne » révélerai pas le Mystère à vos ennemis ; et je ne » vous donnerai pas un baiser comme Judas; mais, » comme le bon Larron , je confesse ce que vous » êtes. » Je regrette de ne pas transcrire en entier cette confession qui finit en ces mots : « Seigneur » notre Dieu, pardonnez-moi tous mes péchés ^ vous » qui êtes la bonté même; et , par l'intercession de » votre immaculée Mère , toujours Vierge , faites » que, sans encourir la condamnation, je reçoive » votre précieux et très-pur corps. » Le Prêtre présente ensuite le calice au Diacre , qui dit alors : « Je viens au Roi immortel. Je crois, Seigneur, et je » confesse que vous êtes le Christ , Fils du Dieu Vi- » vaut. » Et le Prêtre dit : ce Serviteur de Dieu, Diacre » N. , vous communiez au saint corps , et au pré- » cieux sang de Jésus-Christ pour la rémission des » péchés et la vie éternelle. »

Le Diacre , en allant donner la communion au peuple, dit : « Approchez avec la crainte de Dieu et » avec foi. » Le chœur répond : « Amen , Amen , n Amen; béni soit celui qui vient au nom du Sei- » geur ! » En recevant dans une cuiller le pain et le vin consacrés , le communiant dit : « Je crois , » Seigneur, et je confesse que vous êtes véritable- » ment le Fils du Dieu Vivant. Stîrviteur de Dieu, lui » dit le Diacre , recevez le très-saint corps et le pré' » cieux sang de notre Sauveur Jésus- Christ. »

Cette Liturgie est suivie de tous les Grecs qui jsont en Occident, à Rome, dans laCalabre, dans la Pouille ; par les Mingrelins , les Géorgiens ; par

t6a DiÉFEirftS

les Bulgares y les Russes et les Moscovites; par tous les Chrétiens Melchiques, modernes, dépendant du patriarche d'Alexandrie résidant au Caire , du patriarche de Jérusalem , et de celui d'Antioche résidant à Damas.

Celles dont nous allons donner quelques. extraits (i) sont la Liturgie de Saint Marc , dite de Saint Cyrille; celle de Saint Basile, et celle de Saint Grégoire de Nazianze , les Cophtes Jacobites opposés au Concile de Calcédoine , en I^Si ^ ont continué de s'en servir, et s'en servent encore depuis douze cents ans.

Dans la prière de la préparation , le Prêtre dit : « O Seigneur! rendez-nous dignes, par la vertu de » votre Esprit Saint, d'accomplir ce ministère, afin » que nous ne tombions point en jugement devant » le trône de votre gloire , et que nous vous offrions » le sacrifice de bénédiction. » Voici quelques paroles de l'oblation : « Seigneur Jésus-Christ, Fils uni- » que. Verbe de Dieu le Père, bénissez ce pain , ce » calice que nous avons posé sur cette table sacerj) dotale : sanctifiez-les, consacrez-les et changez-lés » de manière que ce pain devienne votre saint corps, » et que ce qui est mêlé dans le calice denenne vo- » tre sang précieux. » Après avoir récité religieusement les paroles de l'institution^ le prêtre continue : «Nous vous adorons selon le bon plaisir de vo- » tre volonté, et nous vous supplions, ô Christ ! notre » Dieu ! nous pécheurs et vos indignes serviteurs, afin

(i) Litnrgie d'Alexandrie.

D£ LA Biscnaaiov amicale* ï63

» que votre Esprit Saint advienne sur noua et sur 31 ces dons proposés ; qu'il les sanctifie , et que de ce D pain il fasse le saint corps de notre Seigneur B même et Sauveur Jésus-Christ, qui est donné pour » la rémission des péchés et la vie éternelle à celui » qui le recevra (le peuple répond jàmen)} et de ce 9 calice il fasse le sang précieux du Nouveau Testa* » ment de Notre Seigneur même , Dieu et Sauveur » Jésus-Christ , qui est donné en rémission den pé- » chés et vie éternelle à qui le recevra. » Le peuple réppnd Amen. i> A la fraction du pain , le Prêtre dit : a Seigneur notre Dieu, vous qui avez sanctifié » ces oblations proposées , en faisant descendre sur » elle votre Esprit Saint. » A l'approche de la communion , le Diacre en avertit par ces mots : « Soyons » attentifs et tremblants devant Dieu. ^ Le peuple ; « Ayez pitié de nous^ Seigneur. » Alors le Prêtre j prenant en main la partie la plus grande de Thostie, il l'élève, puis il s'incline et s'écrie d'une voix forte: « Aux Saints les Choses Saintes! » Le peuple sq prosterne la face en terre. Vient ensuite la profession de foi que le Prêtre fait en ces termes ; « Le corps » saint, et le sang précieux, pur, vrai de Jésus*: 4 Christ, Fils de Dieu; Amen. Je crois, je crois, je % crois, et je confesse jusqu'au dernier souffle de » ma vie que , c^est ici le corps vivifiant de votre » Fils unique y Seigneur Dieu, et notre Saui^eur » JesuS'Christ : il le prit de Noire-Dame» Mère de » Dieu j de la bénite Sainte Marie ; et il le fit un p avec sa Divinité, sans confusion , sans mélange ni » altération. Il rendit de lui-même un bon témoî*

64 vâFESSB

goage devant Ponce Pilate, et se livra loi-même pour nous à Farbre de la croix sainte, par sa volonté seule , et pour nous tous. Je crois vraiment que sa Divinité ne fut jamais séparée de son Humanitéy pas une heure, pas un clin d'œil (i). Il Uvra son corps pour le salut, la rémission des péchés et la vie étemdle de qui le recevra. Je le crois ainsi dans l'exacte vérité (2). »

Les liturgies d'Ethiopie ou d'Abyssinie ont tant de ressemblance avec celles des Cophtes Jacobites ,

(i) Ces paroles ont un sens trëft-catlioliqae ; elles marquent Tnnion et non le mélange ; elles ne confondent point les deox na» tores comme Daûsoient les Ent jchëens. Et en effet les Jacdbites attachés à Dioscore rejettoient à la rérité le concile de Gdcé* doine qui l'aroît condamné ; mais ils disoient anathème également à Nestorins et Etttychès, snîyant Tédit d'union de l'empereur Zenon , qn'ils ont toujours reçu.

(2) Nous sommes redevables des lumières acquises sur 4e8 Gyphtes. Jacobites , aux voyages, aux lumières, et aux travaux du savant Yansleb. Né à Erfurt, il étudia la langue Éthiopienne sous M. Ludolff, qui engagea le duc de Saxe à l'envoyer dans le Levant , et jusqu'en Ethiopie , dans l'espoir qu'il y feroit des découvertes favorables au Luthéranisme. Ne pouvant parvenir jusqu'en Ethiopie , Yansleb s'attacha aux Liturgies Jacobites , les examina à fond , se convainquit par elles des erreurs de sa conw munion , se fit Catholique , puis Dominicain à Rome. Passé en France , il fut accueilli de M. Golbert. Ce grand ministre , qui ne caerchoit que des hommes capables de seconder ses vues vastes et noLles , le Tenvoya dans le Levant , avec ordre d'acheter tous les manuscrits orientaux qu'il trouveroit. Yansleb en envoya plus de cinq cents à la Bibliothèque du Roi. Après avoir vainement essayé de pénétrer en Ethiopie , il revint en 1676 en France où il mourut peu d'années après.

DE LA DISCUSSION A3fICÀLE. l65

qu'il suffira d'en citer quelques traits particuliers. La Liturgie intitulée des trois cent dix-huit Pères , exprime l'invocation de la manière suivante : a Nous 3> vous prions donc, et nous vous supplions, ô Sei« » gneur ! d'avoir la bonté d'envoyer votre Saint- 9 Esprit et de le faire descendre , venir et répandre » sa lumière sur le pain , afin qu'il deifienne le corps » de notre Seigneur , et que ce qui est contenu dans » ce calice se change et devienne le sang de Jésus- » Christ (i). » Une autre Liturgie, traduite en latin par M. LudolfF Luthérien , parle en ces termes : « Nous vous prions, Seigneur, et nous vous sup- » plions d'envoyer votre Esprit Saint , et sa force sur » ce pain et sur ce calice, afin qu'il en fasse le » corps et le sang de notre Sauveur Jésus-Christ , )» notre Seigneur dans les siècles des siècles. »

La Liturgie dite des Apôtres (2), après les paroles de notre Sauveur , continue ainsi : « Le peuple dit : » udmen, Amen^Amen^ nous le croyons, nous en D sommes certains : nous vous louons , Seigneur » notre Dieu. Cest vraiment votre corps j nous le » croyons ainsi; et après les paroles sur le calice, » le peuple dit : Âmen. C'est vraiment votre sang, » nous le croyons. » On voit ici avant la communion cette vive et forte profession de foi que j'ai rapportée dans la Liturgie Cophte : elle est ici placée avec les mêmes expressions. Le Prêtre donne la

(i) Traduction de Vansleb, Histoire d^ Alexandrie, chapitre de la Transsubstantiation.

(2} Traduction Latine de Renaudot.

oommuiiion au peuple , en disant : « Ceci est le »fam de la vie, qui desœnd du ciel; vraiment h «^nfciéi^jrco/pjd'Enunanuely notre Dieu.i>^(c^^ne7i,9 répond ie communiant. Le Diacre présente le calice en disant : « Ceci est le calice de la vie ^ qui descend » du ciel y et qui est le précieuse sang de Jésus-Christ» 9ijémeny jiàmen^n répond le communiant.

Les Liturgies ont été beaucoup plus multipliées parmi les Syriens ^ que parmi les autres Églises Chrétiennes; celle de Saint Jacques est regardée par eux comme la plus ancienne ^ la Liturgie la plus commune y celle qui contient tout Tordre de la Messe ^ auquel se rapportent les autres. J'en ai déjà cité quelques traits de la version Grecque ; je rais vous en produire quelques'^ins tirés de la version Syriaque. Â la préparation du sacrifice lepDiacre dit : « O Dieu ! qui dans votre miséricorde avez accepté i> les sacrifices des anciens Justes; acceptez aussi % dans votre miséricorde notre sacrifice ^ et daignez » agréer nos prières» »> Entre les paroles de l'institution et de l'invocation ^ qui sont ici les mêmes que dans la version Grecque , le Diacre annonce la des* cente de l'Esprit Saint sur les dons , par une moni'^ tion bien, fi*appante : « Que cette heure est terrible, » ô mes frères ! s ecrie*t-il ; qu'il est redoutable cet » instant où l'esprit vivifiant et saint va descendre » du plus haut des cieux, et s'abaisser sur cette Eu* » charistie posée dans le sanctuaire , et va la sancti- » fier; soyez en crainte et tremblement; tenes^vous » en prières ; que la paix soit avec vous , et la sécu- » rite de Dieu, Père de tous tatitque nous sommes.

DE LA BÎSCUSSIOir AMICALE. 167

• Crions trois fois , kyrie eleison. » Suit Finvocation telle que dans la version Grecque. I^e Diacre fait en^ suite une fort belle prière à voix haute. c< Bénis« »6ez-nous encore , et encore, ô mon Dieu! par » cette sainte oblation, par ce sacrifice propitia* » toire, qui est offert à Dieu le Père, qui est sanc* » tifié , complété et achevé par la descente dé TEs- » prit Saint et Vivifiant.... Ministres de l'Église , 9 tremblez ! Car vous administrez un feu vivant* hà » pouvoir qui vous est donné l'emporte sur celui » des Séraphins. Heureuse l'âme qui se présente à » cet autel avec pureté ! car l'Esprit Saint inscrit i> son nom et le porte au ciel. Tremblez , Diacres! à » l'heure sacrée où l'Esprit Saint est descendu pour j$ sanctifier le corps de ceux qui le reçoivent..., » Souvenez-vous des absents , ô mon Dieu ! Prenez 9 pitié de nous. Paix et repos aux âmes des dé^r » funts : pardonnez les pécheurs au jour du juge« » ment ; ceux qui sont départis et séparés de nous » par la mort. O Christ! mettez leurs âmes en paix 9 avec les Pieux et les Justes ! Que votre croix soit » leur appui , votre baptême leur vêtement : que » votre corps et votre sang soient pour eux le guide » qui les conduise à votre royaume. » Le Diacre s'a* dressant ensuite au peuple : « Inclinez vos têles^ dit» D il, devant le Dieu des miséricordes, devant l'autel y^ propitiatoire et devant le corps et le sang de p notre sauveur. » A la fraction , à la communion du Prêtre, c'est toujours le corps de Jésus-Christ qui est rompu^ qui est arrosé de son sang ; le corps saint , le corps vivifiant qu'il reçoit. Le Diacre , en

l68 DiBlENSE

l'administrant au peuple , dit : « Mes frères , l'Église «vous crie; recevez le corps du Fils, buvez avec

» foi son sang Ceci est le calice que mêla notre

« Seigneur sur l'arbre de la croix. Approchez, » mortels , buvez-en pour la rémission de vos » péchés. »

Voici l'invocation de la Liturgie Syriaque (i), dite de Saint Maruthas, Métropolitain de Tagrit en Mésopotamie, ami de Saint Chrysostome : « Ayez » pitié de moi, ô mon Dieu! qui aimez les hommes, » envoyez sur moi et sur cette oblation sainte l'Esprit » Saint, qui procède de vous, qui reçoit de votre » Fils, et perfectionne tous les mystères de l'Église, » qui repose sur ces oblations et les sanctifie. » Le peuple. « Criez. » Le Prêtre. « Exaucez-moi, mon » Dieu ! » Le peuple trois fois : « Kyrie eleison. » Le Prêtre élevant la voix, a Que ce pain simple^ il le fasse » par Transmutation ( transmutet atque ejyiciàt) le » corps même qui a été immolé sur la croix ! le » corps mênole qui a ressuscité avec gloire , et n a » point connu la corruption ! le corps qui prépare » la vie ! le corps du Verbe même de Dieu , de notre «Sauveur Jésus-Chrisi , pour la rémission des pé- » chés (Le peuple : j4men)) et le vin mêlé qui est » dans le calice, qu'il le fasse par Transmutation, » {^transmutet et perficiat^X^ sang même qui a été re- » pandu au sommet du Golgota ! Le sang même qui » découla sur la terre, et la purifia du péché! Le » sang même qui prépare à la vie, le sang du Sei-

(i) Sur la traduction Latine de Renaudot.

DE LA DISCUSSION AMICALE. %6q

logneur même, du verbe de Dieu et du Sauveur » Jésus-Christ^ pour la rémission des péchés et la vie «éternelle à ceux qui le recevront! »

A l'oÉfertoire le Prêtre dit (i) : a Que le Christ qui » a été immolé pour notre salut, et nous a ordonné y> de faire commémoration de sa mort et de sa résur- » rection ; que le Christ reçoive lui-même ce sacrifice » présenté par nos mains indignes ! » Et comme il avoit demandé le concours du peuple, on lui répond : « Que le Seigneur exauce vos prières, qu'il » ait pour agréable votre sacrifice , et daigne recevoir » votre oblation et honorer votre Sacerdoce!...» ce Que votre Esprit Saint vienne , ô mon Dieu! dit le » Prêtre, et repose sur Toblation de vos serviteurs ; ». qu'il la bénisse et la sanctifie !... ( Les prières de la consécration manquent dans le manuscrit.) A la fraction de Thostie, au mélange des espèces, la Liturgie ne parle que du corps, du sang de Jésusr Christ, le sang précieux, le corps vivifiant. A la communion , le Diacre s'écrie : « Approchons tous » avec tremblement. » Et puis encore : « Mes frères, » recevez le corps du Fils; l'Église vous crie : buvez }> son calice avec foi. » Et dans une action de grâce le Prêtre dit: « Le Christ noire Dieu, notre Seigneur, » Roi, Sauveur, nous a rendus dignes par sa grâce » de recevoir son corps et son sang précieux, par » lequel tout est sanctifié. »

tf Le cœur plein de crainte et de respect , appro-

(i) Liturgie Nestorienne. Celle des Nestoriens Ghaldéens dite des jip6tres. Traduction latine de Renaudot.

1^0 nÉrm&E

]» chons tous da Mystère , du corps et du sang pré-

» cieux de notre Sauveur ; et maintenant^ Sei-

Dgneur, que vous m'avez appelé à votre saint et » pur autel , pour vous offrir ce sacrifice vivant et » saint> faites-moi digne de recevoir ce don avec j> pureté et sainteté.... » Et encore le Pi'être dit à la communion : « Seigneur , mon Dieu, je ne suis pas » digne , et il n*est pas juste que je prenne votre y> corps et le sang de propitiation , ni même que je y> les touche; mais que votre parole sanctifie mon » Âme et guérisse mon corps ! i» Et dans les actions de grâce après la communion , le Prêtre dit : <c Affermissez nos mains qui se sont étendues pour * recevoirle Saint... Réparez par une vie nouvelle des » corps qui viennent de goûter votre corps vivant.... » Dieu nous a comblés de bénédictions par son Fils » Vivant y lequel, pour notre salut, s'est abaissé du »haut des cieux, s'est revêtu de notre corps, et j» nous a donné le sien , et a mêlé son sang vénérable » à notre 3ang; Mystère (îe propitiation (i). »

Après les paroles de l'institution , le Diacre dit à voix haute : « Silence et tremblement ! » Vient Tinvocation que le Prêtre commence ainsi , étant incliné : €c Advienne sur nous et sur cette oblation la » grâce de l'Esprit Saint; qu'elle descende et se fixe » sur ce pain , sur ce calice , les bénisse et les sanc- »tifie!... Que ce pain, par la vertu de votre nom, » qœ ce pain , dis^e , devienne le corps saint de

(i) Dans la Liturgie des £îet1«rieiis de MaUbar*

DE LA DISCtTSSlOïr AMICALE. i*Jt

» tiotre Seigneur Jésus-Christ, et ce calice le sang » de notre Seigneur Jésus-Christ (i).

L'invocation y est exprimée comme il suit :

« O mon Dieu ! que la grâce de TEsprit Saint arrive , » demeure et se repose sur cette oblation que nous » présentons devant vous; qu'il la sanctifie et la ï>/itsséj c'est-à-dire ce pain et ce calice , le corps et » le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, tes Transinformant vous-même ( Transmutante ea te) et les » sanctifiant par l'opération de l'Esprit Saint (a).

Dans le reste, cette Liturgie des Nestoriens et la précédente de Théodore ressemblent à la première intitulée des Apôtres.

A Toblâtion de la Messe des Morts , on lit ces paroles (3) : « Père saint, amateur des hommes, re- «cevez ce sacrifice en mémoire des Morts; placez » leurs âmes parmi les Saints dans le royaume ce- >» leste. Que par ce sacrifice, que nous vous offrons » avec foi , votre Divinité soit apaisée , et qu'-elte ac- » corde le repos de leurs âmes ! » Au Canon , le Prêtre dit de notre Sauveur : « Prenant le pain entre ses D mains divines , immortelles , sans tache , et qui 3^ ont la vertu' de créer, le bénit , rendit grâces , !e * rompit, etc. O Dieu! envoyez sur nous et sur ces

(i) Litur^e<de Théodore de Mopsueste sur la traduction Latine de Renaudot.

(2) Des Nestoriens. Tradtiction Latine de Renaudot.

(3) Liturgie Arménienne. Traduction latine de M. Pïdou de Saint -Olôn, évêque de Babylone, et la francise du Père

I^a DEFENSE

' » dons votre Saint-Esprit Coéternel et Gonsubstan- » tiel ( le Diacre s'incline au coin de l'autel ), afin que » y o\xs fassiez ce pain béni le corps de notre Seigneur » et Sauveur Jésus-Christ. » Et en tenant l'Hostie sur le calice , il ajoute : « afin que vous fassiez ce pain » et ce vin béni le vrai corps en propre chair, et le » vrai sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus- » Christ ; les changeant par votre Esprit... » Le Prêtre adore trois fois et baise l'autel , et dès lors il n'élève plus les mains sur les dons. Maintenant , les yeux, fixés sur eux y il les révère comme Dieu ^ et lui expose avec larmes ses désirs... Yer$ la communion, le Prêtre adore et baise l'autel en prenant le sacré corps , le trempe tout entier dans le précieux sang, en disant : « Seigneur notre Dieu , nous vous sup- » plions de nous rendre dignes de recevoir ce Sacre- » ment pour la rémission de nos péchés.» Le Prêtre, élevant humblement delà sainte table le sacré corps et le sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, se tourne vers le peuple , le lui montre en disant : « Goûtons saintement de ce saint, sacré et précieux » corps et sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus- » Christ , lequel descendant des cieux est distribué » parmi nous. » Il dit ensuite : « Je confesse et je » crois que vous êtes le Christ, Fils de Dieu , qui avez » porté les péchés du monde... O Jésus-Christ mon » Dieu ! je goûte avec foi votre corps saint et vi^fifio^nt 3» pour la rémission de mes péchés. O mon Dieu » Jésus-Christ ! je goûte avec foi votre sang puri- » fiant et sanctifiant pour la rémission de mes pé- » chés. » Puis faisant sur sa bouche un signe de

DE tA DISGCSSION AMICALE. 178

croix j il dit ces paroles de Saint Thomas l'Apôtre : ce Que votre corps incorruptible soit en moi pour la y> vie, et votre sang sacré pour la propitiation et la » rémission des péchés ! » Puis se tournant vers le peuple avec le calice : « Approchez-vous avec y> crainte^ avec foi , et communiez saintement. » Pendant la communion du peuple on chante un cantique où sont ces paroles : « Ce pain est le corps de » Jésus-Christ; ce calice est le sang du Nouveau Tes- » tament ; le Sacrement caché nous est manifesté, et » par lui Dieu se montre à nous ; c'est ici Jésus- » Christ le Verbe de Dieu, qui est assis à la droite » du Père ; il est sacrifié au milieu de nous , etc. »

VH. Après les extraits que vous venez de lire , Monsieur , permettez-moi de terminer l'article des Liturgies par une double hypothèse , qui vous sera personnelle , puisqu'elle va placer votre existence vers l'année 256, sous Decius. Je suppose donc qu'au milieu du troisième siècle , des motifs de curiosité ou d'affaires vous eussent appelé dans diverses contrées, et vous eussent fourni les occasions d'y assister au service divin ; vous auriez reconnu dans les pays divers la même Liturgie pour le fond. A Rome , à Carthage , à Alexandrie , à Jérusalem , à Éphèse ou Antioche , à Corinthe ou Athènes , dans les Espagnes, dans les Gaules, vous auriez entendu réciter les mêmes prières , les mêmes invocations , au moins quant au sens , pour obtenir le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus- Christ ; les mêmes professions de foi sur la présence réelle de la Victime Divine; vous l'auriez adorée sur

r^utel f en la recevant avec les Chrétiens vos frè* res ; et avec eux vous auriez puisé de ces dogmes sublimes une ferveur angélique et des sentiments au-dessus des terreurs du monde , un courage inébranlable , surhumain dans le feu des persécutions ^ à la vue du glaive et à la lueur des bûchers. Je supr pose f en second lieu , qu à la 6n de vos voyagea 9 arrivant dans une vaste cité, vous fussiez tombé dans une congrégation Chrétienne (hypothèse impossir ble néanmoins à cette époque ), où vous eussiez eatendu un vénérable ecclésiastique expliquer au peuple que ce que l'on appelle ailleurs sacrifice non sanglant n'est qu'une pieuse chimère; que l'autel des Chrétiens est un autel sans victime; que tout s'y passe en figure ; que la présence du Sauveur n*y est qu'en fiction, attendu que son corps,- étant au ciel , ne sauroit en même temps se trouver sur la terre; que le changement opéré sur les dons par la toute«puissance de l'Esprit Saint consiste à faire d'un aliment domestique un emblème religieux; qu'après la consécration les substances offertes sont ce qu'elles étaient auparavant , du pain littéral ^ du vin littéral^ et que conséquemment l'adoration du Catholicisme est une grossière idolâtrie. Quels auroient alors été vos sentiments ? Souffrez que je vous le demande, Monsieur, ne seriez-vous pas sorti de cette congrégation avec ^froi? N'auriez-vous pas fui ce prédicateur avec précipitation ? Vous vous seriez, je n'en doute point, attaché avec une nouvelle ardeur à la doctrine universelle. Eh bien! Monsieur , ce que vous auriez fait alors, fsdtes-le aujour»

DE LA BiaCUSSlOir AMICALE. ï 76

d'hui. Les antiques Liturgies sont encore celles des Catholiques ; la vôtre est nouvelle , Nationale , discordante. Le langage du prédicateur hétérodoxe est exactement celui du recteur de Long-Newton. L'un et l'autre déclament contre la foi de la primitive Église ; l'un et l'autre sont en guerre ouverte avec l'enseignement des Apôtres , avec l'oblation transmise par eux à l'Église. Revenez , Monsieui^^ revenez, je vous en conjure, à la doctrine, à la pra« tique des plus beaux siècles. Ce n'est pas tous uniquement, ce ne sont pas les laïcs seuls que j'interpelle très-sérieusement ici; ce sont tous ceux auxquels j'ai dédié ma Discussion Amicaie; c'est nommément le révérend M. Faber, les docteurs de vos universités, ceux de toutes les Communions qui, comme la vôtre, auroient des opinions manifestement opposées à la Tradition Apostolique , empreinte en caractères uniformes et ineffaçables dans les anciennes Liturgies ( i).

(i) Je ne saurois trop recommander à mes lecteurs l'ouTrage très-curieux du père Le Brun , où toutes les Liturgies anciennes et modernes sont rapportées. Cette lecture est surtout indispensable à la jeunesse cléricale , C[ui se forme à la théologie , dans quelque communion que ce soit. Je l'engage à j joindre celle de la dissertation de Schelestadt , de Disciplina arcani. Elle puisera dans ces deux ouvrages une instruction très-solide et même essentielle sur l'histoire , la doctrine et la pratique de l'Eglise primitirc.

|n6 DÉFENSE

TBOISli:]|IE PREUVE GENERALE DE NOS DOGMES EUCHA- RISTIQUES PAR LES CATECHESES.

I. Il est une remarque qui n'a dû échapper à aucun de ceux qui ont étudié les monuments de la Tradition sur l'Eucharistie. Tous auront sans doute observé une ^différence singulière dans les expressions dont les Pères se servent lorsqu'ils parlent du Sacrement de l'Autel. Tantôt ils s'expliquent avec toute la clarté imaginable sur la réalité de la présence de Jésus-Christ sous les espèces et sur le changement de substance ; tantôt ils désignent les dons offerts par les expressions de symboles , types , signes , figures , représentations y allégories du corps et du sang de Jésus-Christ. Cette diversité de langage se rencontre non-seulement entre différents docteurs, mais souvent encore dans le même Père; par exemple, dans Saint Chrysostome ou Saint Augustin. Les Catholiques s'attachent avec raison aux textes de la première espèce, et donnent à ceux de la seconde des explications satisfaisantes. Les Protestants Sacramentaires s'appuient sur les passages du second genre qui se prêtent à leur opinion ; ils glissent légèrement sur ceux du premier qui la renversent. Les uns et les autres conviennent que l'on ne sauroit accuser les Pères de contradiction entre eux, bien - mieux encore avec eux-mêmes.-Mais ni lès Catholiques, ni les Protestants ne se sont jamais demandé , que je sache, d'où vient cette différence de langage sur le même sujet? Pourquoi les Pères, après avoir

parlé tout-à-fait dans le sens de la présence, semblejnt en d'autres endroits s'çxprimer dans celui de la figure. Voilà cependant la demande que Ton doit se faire ; voilà le point qu'il faut éclaircir, si Fon veut dissiperjusqu'au moindre nuage, et faire ressortir dans tout son jour la véritable doctrine des Pères, la croyance réelle de la primitive Église.

IL La réponse à cette importante question n'est aucunement embarrassante ; et je suis persuadé , Monsieur, ^ue vous n'êtes pas arrivé jusqu'ici sans la pressentir de vous-même , sans que j'aie besoin de vous la suggérer. Les Pères , vous le savez , vivoient soUs la discipline du secret, et la maintenoient si strictement, qu'ils étoient prêts à verser leur sang, et les fidèles à leur exemple, plutôt que delà violer en trahissant les Mystères, entre autres ceux de l'Eucharistie; îAs pouuoienty sans crainte , en parler ouvertement avec les Fidèles , soit en conversation et en famille , soit à l'église dans les discours prononcés devant eux exclusivement ; ils deifoient les exposer avec toute la clarté possible aux Néophytes , avant de les admettre à la Communion et les jours suivants (i). En présence des non baptisés, au con-

(i) « La veille du grand jour de Pâques et de votre rëgénéra- » tion , nous vous enseignerons avec quelle dévotion il faut , au » soi*tir du Baptême , s'approcher de TAutel , et participer aux » Mystères spirituels et célestes que l'on y ofiFre , afin que votre » âme étant illuminée par nos instructions et nos discours , cha- » cun de vous connoisse U grandeur des présents que Dieu lui

|Mg nÉFENSE

traire , le secret étoit gardé scrupuleusement ; et iFouft concevez bien que^ s'il étoit défendu de faire la moindre confidence de ce genre à une seule personne non initiée , il devoit bien l'être davantage de s'expliquer clairement sur les Mystères dans des 4crits destinés au grand jour. « Ce qui n'est point » permis, dit Saint Basile , de laisser contempler à » ceux qui ne sont pas initiés , comment convien- ]» droit*il d'en répandre dans le public des notions «écrites?»

III. Que fera donc aujourd'hui celui qui voudra oonnoitre les sentiments des Pères sur l'Eucharistie? Quelle marche prendra-t-il pour y parvenir ? Ce seroit eti lui le comble delà déraison s'il alloit les chercher cbns les écrits où il ne leur étoit pas permis de les divulguer; dans ceux qu'ils publièrent contre les PsyenSy les Hérétiques de leur temps, ou dans des discours prononcés à portes ouvertes devant les Catéchumènes et les Gentils. L'homme de sens, qui désire apprendre à l'école des Pères ce qui a été ré- Mile sur l'Eucharistie, ouvrira les instructions qu'ils

I» fait (*). Nous ne parlerons maintenant que des choses qui ne » peuvent être expliquées devant les Catéchumènes y mais qu'il » est néanmoins nécessaire de découvrir à ceux qui ont été nou- - Tdlmcnfc baptisés (**). Dans celte sôknnité paschale , dîsoit » Saint Augustin y les sept cm huit premiers jours sont destinés à » instiuirc les enfants (les iiouve«ux baptisés) sur les Sacre«^ » ments (***). »

(•)Cyr. de Jér., Catëcli. i8. ~ (**) Saint Gaudence aux I^éophytes. — ("*)Dlscoar» «a cmqui^e jour àt Jaques.

DE LA DISCUSSION AMlCALK. IJ^

firent aux nouveaux baptisés. Il se placera y non parmi les Catéchumènes ^ devant qui Ton voiloit le» mystères , mais parmi les Néophytes, auxquels il falloit les exposer nécessairement. Tels sont en première ligne les écrits que consultera l'homme de bonne foi qui veut s'assurer de la doctrine des Pères; les Catéchèses avant tout, et même exclusivement , s'il veut s'épargner les recherches; car, avec elles, il est certain de connoître ce que left Pères ont cru , ce qu'ils ont enseigné ; et , par con^ séquent avec elles , il pourra s'éviter toute fatigue ultérieure.

Je lui conseillerois néanmoins d'y joindre un autre genre de monuments, desquels il retirent sans peine une singulière édification et une fer** meté de foi bien précieuse dans les jours mauvais de notre époque. Je parle des Liturgies, dont le rapport avec les Catéchèses est de toute évidence/ En effet , qu'enseignoient celles-ci aux Néophytes i Ce qui se passoit à l'autel. Et que décrivent lés Liturgies, sinon ce qui se passoit également à l'au^ tel? Elles contiennent donc nécessairement les unes et les autres les mêmes Mystères, la même doc« trine, la même croyance. Ce que les Catéchèses exposent en théorie , les Liturgies le montrent en action. Là, les principes, les motifs, les raisons de croire; ici, les sentiments de reconnoissance , d'à-mour et d'adoration qu'inspire la croyance; que^ si l'on ambitionnoit une connoissance encore pkis étendfle, on la puiseroit dans les sermons prêches çn présence des seuls Fidèles. Car alors Torateui»

l8o DEFENSE

n'éprouvoit aucun embarras de s'expliquer ouvertement lorsque son sujet l'amenoit à parler de FEucharistie.

lY. Mais , à la distance où nous sommes , comment démêler aujourd'hui , entre une si grande quantité d'homélies, de sermons ^ ceux auxquels n'assistoient que des initiés, et ceux auxquels assistoient aussi des personnes qui ne Fétoient pas ? Comment, après tant de siècles, distinguer si Tauditoire étoit purement composé de Fidèles, ou mélangé de Fidèles et de Profanes qu'attiroient quelquefois la réputation et l'éloquence de Forateur? La critique nous donne ici des règles certaines. Si le langage du sermon s'accorde avec celui des Catéchèses, si le prédicateur parle de l'Eucharistie aussi ouvertement que le Catéchiste, l'on peut conclure avec certitude que l'auditoire ne contenoit que des Chrétiens. Mais lorsque le prédicateur prévient , comme Théodoret dans son premier dialogue , qu'il s'exprimera en paroles mystiques , obscures y a parce » que peut-être il parle devant des gens qui ne sont j^pas initiés ; » lorsqu'il témoigne, comme Cyrille d'Alexandrie : « la cainte de découvrir les Mystères » aux non-initiés ; « lorsqu'il déclare, comme Clément d'Alexandrie, » qu'il tâchera de dire certaines choses en les voilant j de les montrer en les taisant; » ou qu'il se sert de cette expression si ordinaire à Saint Chiysostome et à Saint Augustin : * les initiés me comprennent j les initiés le savent; ou bien encore lorsqu'il emploie des paroles- qui semblent contredire celles qu'il emploie ailleurs devant les Fidèles ;

DE LA DISCOSSIOir AMICALE. l8l

alors 9 et dans tous ces cas, nous sommes assurés que des Profanes se trouvoient parmi ses auditeurs. V. Ces notions préliminaires ne vous paroitront point inspirées par des préjugés , j'aime à le croire, Monsieur, mais plutôt dictées par un esprit impartial et critique.; et s'il vous prenoit envie d'acquérir une connoissance exacte et approfondie de la doctrine primitive sur le Sacrement de nos autels , vous rechercheriez sans doute en premier lieu les discours élémentaires qui nous restent , pour l'instruction des Néophytes, ensuite les antiques Liturgies des églises Chrétiennes , et enfin les discours composéspour les Fidèles exclusivement. Quant aux sermons adressés indistinctement aux Chrétiens et à ceuxqui ne Tétoient point, ainsi qu'aux ouvrages destinés au public, dès que vous savez que la discipline du secret obligeoit d'y voiler les Mystères, vous vous dispenserez de les rechercher dans les écrits de ce genre ; et quand vous verrez vos théologiens s'y attacher par choix et en citer des passages avec complaisance, vous vous direz à vous-même : que signifie cette méthode ? Et pourquoi demander aux Saints Pères leurs vrais sentiments sur l'Eucharistie dans les circonstances où ils étoient forcés de les masquer? Ce qu'ils en dirent alors ne fut point destiné par eux à nous guider dans cette matière. S'obstiner à les y prendre pour juges contre leur intention connue , c'est vouloir se tromper soimême et tromper les autres. Je suis parfaitement du même avis. Chercher ce que pensoient les Pères sur l'Eucharistie dans les écrits où ils furent obligés

\ 821 T>iFESSR

de masquer leurs sentiments, et non dans ceux où le devoir leur faisoit une loi de les exposer à découvert , c'est bien assurément suivre la marche inverse du sens commun (i).

VI. Ouvrez donc ici avec moi les instructions adressées aux Néophytes, relisez-en les extraits que je vais remettre sous vos yeux ; et remarquez , s'il vous plaît , leur conformité de doctrine avec celle des liturgies. « Puisque Jésus-Christ, en parlant du » pain , a déclaré que c'étoit son corps ( c'est le vénérable patriarche Cyrille s'adressant aux Néophy- » tes de Jérusalem ) (a) , qui osera jamais révoquer » en doute cette vérité ? Et puisqu'en parlant du vin » il a si positivement assuré que c'étoit son sang, » qui jamais en pourra douter et osera bien dire » qu'il n'est pas vrai que ce soit son sang ? Qui ? (moi, » répondroit à Cyrille M. Faber. ) Autrefois en Cana » de Galilée, il changea de l'eau en vin par sa seule » volonté , et nous estimerons qu'il n'est pas assez » digne de croyance pour nous faire croire, sur sa » parole , qu'il ait changé du vin en son sang (3) (4).

(i) Remarquez à présent que vos théologiens, quand ils cora~ battent la présence réelle , ou le changement de substance , ou l'adoration de Jésus-Christ dans le Sacrement, ne raisonnent jamaïs d'après les Catéchèses , les Liturgies , les Sermons prêches aux seuls Fidèles. Tout au plus ils en citeront quelques phrases isolées ^ en masquant avec soin ce qui précède ou suit. Vous en verrez plus d'un exemple bientôt.

(2) Catech. Mjstag. iv, n° i et2.

(3)N''3, no6, n«9.

{E^) Après avoir cité |usque-l^ , le docteur s'arrête et dit en

BE LA DISCUSSIOM AMICALE. l83

» C'est pourquoi prenons-les avec une entière per- » suasion comme son corps et son sang; car sous » l'espèce du pain il nous donne son corps, et sous » l'espèce du vin il nous donne son sang, afin qu'étant »> faits participants de ce corps et de ce sang , vous » deveniez un même corps , un même sang avec lut. » Ainsi le corps et le sang du Christ, étant distribués » dans nos membres^ nous devenons Christophores^ » c'est^-dire participants de la nature divine, comme a> dit Saint Pierre (i). En conséquence, ne considéj» rez plus ces dons comme du pain , du viti com- )» rouns, puisqu'ils sont le corps et le sang de Jésus- D Christ, selon sa propre affirmation. Car quelque » chose que les sens vous rapportent , que la foi vous » affermisse ici. Ne Jugez donc pas de la chose par » le goût; mais que la foi vous assure, et sans le

notf , pag« 68 : « J'ai fait choix de ce paisagë , parce que , autant » que je jAc^^^l'aotiquité ue fournit riea de plus fort pour la » Transsubstantiation. » Quelle apparence de candetirl etcoin-ment les lecteurs n'y seroient-ils pas trompés ? Il sait précisément le contraire de ce qu'il dit. Car il voit dans la même page , il a vu dans mon liyre , les paroles que je vous rapporte à la suite ; et il a le front de les supprimer ! Je rougis de relever une si indigne supercberie. Comment un hoihme qui prétend pnmvef la Tcrité à ses compatriotes peut-il la masquer ainsi à lea|*s yeux? Indiquez-moi ^ je vous prie , des expressions qui puissent, sans tt^yp d'impolitesse , corriger comme elle le mérite cette honteuse infidélité. Je défie qui que ce soit, et avant tout le docteur de la figure et du changement moral, d^exprimer la Transsubstantiation plus clairement que le fait Saint Cyrille , dans les paroles que M. Faber a si artificieusement dérobées à ses lecteurs. (i) Ad illuminandos.

l84 DEFENSE'

D-moindre doute y que vousétes honorés parle corps » et le sang même de Jésus-Christ. Imbus de la foi la » plus certaine y croyez que le pain qui paroit à vos ^yeux ri est pas du pain , quoique le goût le juge » tel y mais que c^est le corps de Jésus^Christ y et que » le vin qui paroit à vos yeux n'est pas du vin, quoi^ » que le goût le Juge tel, mais que c'est le sang de » Jésus- Christ. » Et dans la Catéchèse suivante, où il décrit la Liturgie de Saint Jacques, en usage à Jérusalem de son temps, Cyrille prescrit en ces termes la manière de communier au calice : « Après }> avoir ainsi communié au corps de Jésus-Christ, » approchez-vous du calice du sang, non pas en » étendant les mains, mais en vous inclinant dans » l'attitude d'hommage et di adoration en répondant » Amen (i). »

VII. L'eau coula du sein d'une roche pour les Juifs, disoit Saint Ambroise à ceux qui alloient participer aux Saints Mystères. « Mais pour vous le sang » coule de même... Mais vous me direz peut-être : » Comment m'assurez- vous que je reçois le corps » de Jésus-Christ, puisque je vois autre chose? C'est » ce qui nous reste à prouver. Moïse tenoit un » bâton à sa main et le jeta sur terre , et il devint un «serpent.... Que si la simple bénédiction d'un* » homme à eu assez de force pour transformer »la nature, que dirons- nous de la propre consé-

•ml^

(i) Cat. V«. , myst. , Do 22. Celte adoration est la même que nous avons vue dans les Liturgies rendue à Jésus-Christ , sous les espèces , et par conséquent l'adoration de Latrie,

DE LA DISCUSSION AMICALE. l85

Dcration divine? La parole de Jésus-Christ ne D pouiTa*t-elle pas changer la nature des choses y> créées (i). Si la parole de Jésus-Christ a pu du » néant faire ce qui n'étoit pas encore , ne pourra- » t-elle point changer en d'autres natures celle gui » étoit déjà ; puisque l'on ne sauroit nier qu'il » soit plus difficile de donner Fétre aux choses » qui n'en ont points que de changer la nature » de celles qui ont déjà reçu l'être (a)? Pourquoi » cherchez-vous l'ordre de la nature dans la produc- 2> tion du corps de Jésus*Christ au Sacrement , puis- » que c'est aussi contre l'ordre de la nature que » ce même Seigneur est né d'une Vierge? C'est la

(i) Selon M. Faber, il faudrait dire : Moïse aura pu changer physiquement son bâton en serpent , à plus forte raison Jésus- Christ pourra-t-il changer moralement le pain en la figure de son corps ; ce qui signifie en bon françois , si Moïse n'étant qu'un homme a fait plus , à plus forte raison , Jésus-Christ étant Dieu, peut-il faire moins !

(2) Si la parole de Jésus-Christ a pu du néant faire ce qui n'étoit pas encore , pourquoi ne pourroit-elle point , dans certaines circonstances , substituer à l'usage domestique du pain , une destination toute religieuse? Ainsi devrôit raisonner , d'après le grand miracle de la création, celui qui dans le pain Eucharistique n'admet que le changement moral de M. le bachelier. L'absurdité du raisonnement est palpable. Saint Ambroise compare ensuite le miracle de la production de son corps au Sacrement avec celui de sa naissance d'une Vierge. Le bachelier , qui admet le miracle de cette naissance , veut-il bien nous dire où est celui de la production du corps au Sacrement ? Cette naissance physique et réelle fut certainement miraculeuse : mais une production mo* raie et figurée comment le seroii-elle?

l86 DÉFEKSK

» véritable chair de Jésus-Christ qui a été crucifiée, » et qui a été ensevehe. C'est donc ici , selon la véj)rité, le Sacrement de cette chair. Jésus-Christ. * dit décidément : Ceci est mon corps. Avant la con- » sécration opérée par les paroles célestes , on 3!) donne à cela le nom de son apparence {Species » nominatur) , mais après la consécration cela est » nommé le corps de Jésus-Christ. Il dit de même : » Ceci est mon sang. Avant la consécration , ce qui » est dans le calice s'appelle autrement; et après la » consécration on le nomme sang de Jésus-Christ. »Or, quand on vous le donne, vous répondez » Amen^ c'est-à-dire, cela est vrai. Croyez donc vérita- 2> blement de cœur ce que vous confessez de bouche; » et que vos sentiments intérieursjsoient confonpes » à vos paroles. Jésus-Christ nourrit son Église par » ses Sacrements , qui fortifient la substance de » notre âme. C'est un Mystère que vous devez con- » server soigneusement en vous-mêmes...., de peur » de le communiquer à ceux qui n'en sont pas di- » gnes , et d'en publier les secrets devant les Infi- » dèles par une trop grande légèreté de, parler. Vous 3) devezdoncveiller avec grand soin... afin de garder... » la fidélité de votre secret (i)- »

VIII. Ij'Évêque de Bresse, Saint Gaudence, va vous répéter ce qu'il disoit à ses nouveaux baptisés : « Entre toutes les choses qui nous sont marquées au

(i) Je demanderai encore ici où est le mystère et la nécessité fie garder le secret dans le système de la figure et du changement moral ?

DE LA DTSCnSSIOir AMICALE. 1 87

9 livre de l'Exode , sur la célébration de la Pàque , T» nous ne parlerons maintenant que de celles qui » ne peuvent être expliquées devant les Caté- » chumènes , mais qu'il est néanmoins nécessaire y^de découvrir à ceux qui ont été nouvellement j> baptisés. Dans les ombres et les figures de l'An*- » cienne Pàque , on ne tuoit pas un agneau seul , 3» mais plusieurs, un dans chaque maison; parce » qu'un seul n'eût pu suffire à tout le peuple , et s> que ce mystère n'étoit que la figure et non pas la ^ réalité de la Passion du Seigneur : car la figure » d'une chose n'en est pas la réalité , mais seule- » ment la représentation et l'image. Or maintenant »que dans la vérité de la loi nouvelle, Xin seul » agneau est mort pour tou$, il est certain qu'étant » aussi immolé par toutesies maisons, c'est*à-dire » sur tous les autels de F Église , il nourrit sous le » mystère du pain et du vin ceux qui Fimmolent... ïi C*est là véritablement la chair de l'agneau , c^est » là le sang de l'agneau ; car c'est ce même pain » viifant descendu du ciel qui a dit : Le pain que » je donnerai est ma propre chair : je suis la vraie » vigne. Il témoigne assez que le vin que l'on offre » dans l'Église en figure et en mémoire de sa Pas- » sion , est son propre sang... C'est donc le même » Seigneur et Souverain Créateur de toutes choses, » qui de la terre ayant formé du pain, forme de 30 nouveau de ce même pain son propre corps, parce » quHl le peut faire , et qu'il l'a promis , et c'est lui- » même, qui ayant autrefois changé Veau en vin, » change maintenant le vin en son propre sang....

1 88 DÉFESfSE

» C'est la Pâque du Seigneur, dit TÉcriture, c'est-à- » dire le passage du Seigneur, afin que vous ne pre- » niez pas pour terrestre ce qui a été rendu tout cé- » leste par l'opération de Celuiqui a voulu passer lui' » même dans le pain en le faisant devenir son corps » et son sang (i). Vous ne devez donc pas rejeter les 9> mystères de la Passion du Sauveur en considérant » cette chair, comme si elle étoit crue, et le sang » comme s'il étoit tout crû , ainsi que le firent les » Juifs , ni dire avec eux : comment peut-il nous » donner sa chair à manger? Vous ne devez pas non j> plus considérer ce Sacrement comme une chose » terrestre; mais plutôt vous devez croire avecfer- » meté que, par le feu du Saint-Esprit, ce Sacre- » ment est en effet devenu ce que le Seigneur assure » qu'il est : car ce que vous recevez est le corps de » celui qui est le pain vivant et céleste , et le sang de D celui qui est la vigne sacrée (a). Nous savons qu'en I» présentant à ses disciples le pain et le vin , il leur «dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Croyons donc à celui auquel nous avons déjà cru. D La vérité est incapable de mensonge.... Recevez D donc aussi bien que nous , avec toute la sainte jo avidité de votre cœur , ce sacrifice de la Pâque du

(i) Dans ce que vient de vous dire Saint Gaudence , vous n'apercevez pas , je pense , le changement moral de M. Faber. Ce qui suit n'y ressemble pas davantage.

(2) Dans le système du changement moral, il n' est point de pain vitrant, de pain céleste : il n'y a qu'un pain terrestre , inanimé, mort.

» Sauveur dumonde...^ lequel nous croyons être luU » même présent dans ses Sacrements. » Tout ce discours ^ pensez-vous^ Monsieur ^ que le recteur de Long^Newton l'ait jamais tenu à ceux qu'il a été chargé d'instruire pour la première communion? Pas plus que ceux de Saint Âmbroise et de Saint Cyrille. Un pareil langage ne peut se trouver que dans la bouche d'un Pasteur Catholique.

IX. Saint Grégoire de Nazianze (i) adressant la parole à ses Néophytes , applique à l'Eucharistie les préceptes de Moïse sur la célébration de la Pâque. « La loi, dit-il j vous met un bâton à la main^ afin » que vous ne veniez pas à chanceler dans votre âme, » quand vous entendrez parler de la mort de Dieu* D Mangez plutôt le corps sans hésitation aucune, et » buvez le sang , si vous soupirez après la vie. Ne » doutez jamais de ce que vous entendez dire de sa » chair; ne vous scandalisez pas de sa passion. » Tenez-vous fermes, résolus à ne vous laisser point » ébranler par les discours de vos adversaires^ ni » entraînerparleurs efforts; le pied surleroc, lecorps » appuyé sur la colonne du temple^ restez immo- » biles au faîte que vous occupez. » Quel langage ! Et qu'il doit sonner d'une manière bien étrange à Toreille de M. Faber ! Que signifient ces précautions et ces avertissemens ? Quelle hésitation j quel doute pourroit donc naître d'une manducation figurée? Un changement moral a-t-il de quoi effrayer l'ima-

mt

(i) Deuxième Discour» sur la Pique. Orat, ; Ifii

ipO DJEFEWSE

gination? £t pourquoi chanceler à Taspect du pain littéral?

X. Il seroit trop long de vous rapporter le DiscoUra Gatéchistique composé en quarante chapitres par Saint Grégoire de Nisse pour l'instruction de ses Néophytes: je vous en citerai quelques passages. « Lorsque ceux qui ont été empoisonnés veulent }» détruire la violence mortelle du poison, par un » remède qui le combatte j il faut que ce contre- » poison salutaire entre dans leurs corps ^ ainsi qu a » fait le poison y afin de répandre et insinuer sa 3 vertu dans toutes les parties que le venin a péné* » trées ; de même , après que nous avons pris le » poison funeste dupéché, qui détruit notre nature, 3 il est absolument nécessaire que nous prenions A un remède qui rétablisse ce qui'avoit' été cor- 3 rompu et altéré , afin que ce puissant antidote, » étant en nous y chasse et sépare par sa vertu con- » traire le mal que le poison a causé dans notre » corps par sa malignité et sa contagion. Et quel est » cet antidote ? Il n'en est point d'autre que ce corps, « qui a fait voir qu'il étoit plus fort que la mort 3 même, et qui ne peut pénétrer nos corps que par ]> le manger et le boire (i). jd he corps que nous mangeons est donc celui qui a souffert la mort, et en a triomphé par la résurrection. Mais ne suffiroitil. pas, selon Saint Grégoire de Nysse, démanger ce divin corps par la foi? Jugez-en par les paroles suivantes de ce grand Evêque : « Nous avons main-

(i)Ch. 37».

DE LA DlSCUSSIOir AMICALE. IQI

j» tenant , dit-il y à considérer comment il peut se » faire que ce seul et même corps , qui^ dans tout » l'univers, est constamment distribué à des milliers » de Fidèles 9 peut être reçu tout entier par chacun , » et reste toujoursentier lui-même ?» Question toutà-fait absurde y s'il ne s'agissoit que de manger par la foi. Vous ne l'avez sûrement ni entendue, ni lue dans votre Église, et certainement il ne viendra jamais à l'esprit de M. Faber de vous la proposer, d J'ai donc raison de croire que le pain sanctifié par » la parole de Dieu est transformé , changé au corps » du Verbe-Dieu. Le pain est sanctifié , comme parle » l'Apôtre, /?ar la parole de Dieu et par la prière; » non pas de telle sorte, qu'en mangeant et en bu* » vant il devienne le corps du Verbe : mais il est » changé tout à coup au corps par la parole , ainsi » que le Verbe a dit : Ceci est mon corps,. .G est ainsi » que, selon la dispensation de la grâce, il s'insinue » par sa chair dans les Fidèles , se mêlant et s'in* ]» corporant à leurs corps , afin que par cette union » avec l'Immortel, l'homiùe puisse participer à l'in* » corruptibilité. Voilà le don qu'il nous fait, lorsque 7i par la vertu de sa bénédiction il change ou trans- M forme en son corps la nature des espèces visibles. » Firtute benedictionis in illud corpus transmu^ » tatâ eorum quœ apparent nature. » Voilà des expressions qui me sembleroient un peu fortes,. si je ne voyois dans le pain Eucharistique qu'une sim^ pie transposition de la cuisine à la table du Seigneur, et de l'usage le plus commun à un changemient moral, à un emblème religieux... £n vérité, M. Faber doit étr« fort scandalisé de la doctrine

igs DEFENSE

que les anciens Pères de l'Église enseignoient à leurs Néophytes, ou plutôt il devrait abandonner la sienne et adopter la leur.

XI. Qu'il prête avec nous une oreille attentive aux instructions de Saint Chrysostome : « Les statues » des souverains ont souvent servi d'asile aux hommes » quis'étoient réfugiés près d'elles, non parcequ'elles y> étoient faites d'airain , mais parce qu'elles repréy> sentoient la figure des princes. Ainsi le sang de » l'Agneau sauva les Israélites , non parce qu'il » étoit sang, mais parce qu'il fîguroit le sang du » Sauveur, et annonçoit sa venue. Maintenant donc, » si l'ennemi apercevoit, non le sang de l'Agneau 3D figuratif empreint sur nos portes , mais le sang de » la vérité reluisant dans la bouche des Fidèles y il 3» s'en éloigneroit bien davantage. Car si l'Ange a » passé à la vue de la figure, combien plus l'ennemi » seroit-il effrayé à l'aspect de la réalité!... CÏonsidé- » rez de quel aliment il vous nourrit et vous ras- » sasie : lui-même est pour nous la substance de 3Dcet aliment (la substance du pain n'y est donc » plus), lui-même notre nourriture. Car, comme »une tendre mère, poussée par une affection ua- » turelle, s'empresse de sustenter son enfant de » toute la substance de son lait, ainsi Jésus-Christ » alimente de son propre sang ceux qu'il régénère. » La réalité de la présence peut-elle se peindre et se rendre par une comparaison plus touchante et plus énergique à la fois (i)?

(i) Homélie aux Néophytes , et à peu près de même dans une Homélie ^ur ^aiot Jçan ; daos h h^"" au peuplç d'Antioçhe.

DE LA DISCUSSION AMICALE. igS

ce Obéissons donc à Dieu en toutes choses (i), ne » contredisons pas, lors même que ce qu'il nous » dit paroît répugner à nos idées et à nos yeux, » Que sa parole soit préférée à nos yeux et à nos » pensées. Appliquons ce principe aux Mystères ; » ne regardons pas ce qui est exposé à nos yeux , » mais sa parole ; car elle est infaillible , et nos sens » peuvent nous faire illusion . Puis donc que le » Verbe a dit : Ceci est moncorpSyOhév&soxïSj croyons » et voyons ce corps avec las yeux de l'âme : car » Jésus-Christ ne nous a rien donné de sensible ; » mais^ sous des choses sensibles, des objets qui ne » s'aperçoivent que par l'esprit... Car si vous étiez » sans corps , les dons qu'il vous a faits auroient été )> simples ; mais parce que votre âme est unie à un » corps, sous des choses sensibles j il vous en pré- » sente qui ne le sont point. Combien n'y en a-t-il » pas qui disent à présent : Je voudrois bien voir » sa forme, sa figure , ses vêtements, sa chaussure; » et voici que vous le voyez , le touchez ; que vous » \e mangez lui-même. YousYoudriez voir ses vête- » ments! mais lui se donne à vous lui-même, non- » seulement pour être vu, mais touché, mangé,

» reçu intérieurement! La trahison de Judas.

» l'ingratitude de ceux qui le crucifièrent firent souf- » frir la mort au très-saint corps du Seigneur; et » vous, vous le recevez avec une âme impure et » souillée , après en avoir reçu tant de biens ! Car ,

(i) Homélie lx au peuple d'Antioche.

;i^ non content de se faire homme ^ ^e souffrir les ^ ignominies, il a voulu encore se mêler et s'upir 4 i> ypijfs 9 ç}e sorte qpe vous deveniez un même corps :^ ayec lui, e^ non -seulement par la foi ^ mais ejfec^ % tiifémentetdans la réalité même. » Entendez-vous, Tj^oiï^i^m ^ \\n pareil discours dans vos Églises? Yos prédicateurs vous parlent-ils ainsi? Us vous disent: qpe r.Qp pe reçoit Jésus-Christ que par la foi , et l^in}; jChryspstoi|ie enseigne que nous le recevons qtpn-rseulement par la foi, mais encore effectivemept et en réalité. Ecoutez , je vous prie encore , ce qu'ajqpte l'admirable Orateur d'Antioche.

|K De quelle pureté ne devroitdonc point être çe^ P \\x\ qui est fait participant d'un tel sacrifice ! (Com- » biep plus pure que les rayons du soleil ne de- 9 vrpit point être la main qui distribue cette chairt H Ifi I^ouche qui se remplit de ce feu spirituel, la M langue qui se teiqt de ce sang redoutable! Songez » ^ quel donneur vous êtes élevé, à quelle table 1» ypus êtes admis. Celui que les Anges tremblept }» d'apercevoir, et qu'ils n'osent contempler san^ » frayeur, à cause de l'éclat qui jaillit de sa personne, » (iqus sommes nourris de sa substance , nous me-- » lo^s la nôtre à la sienne y et nous devenons ayec » liii un même corps ^ une même chair* Qui racon- 9 tera Iqs merveilles du Seigneur ? qui fera digne- » ment entendre ses louanges ? Quel pasteur a jamais P nourri ses brebis de ses propres membres? Et que 3» parlé-je de pasteur ? Les mères elles-mêmes livrent » quelquefois leurs enfants à des nourrices étranr> gères, mais il ne souffre point que les siens soient

DE LA DiSCtJSSIOM AMICALE. igS

» traités ainsi: lui-même il les nourrit de son propre yi sang....

» JesuS'-Christ , qui opéra ces merveil}es ^utrefpi^ » dans la Cène qu'il lit avec ses Apôtres , est le même » qui les opère aujourd'hui. Nous tenons ici 1^ pl^CÇ » de ses officiers et de ses ministres ; mais c'est I^i » qui sanctifie nos offrandes et les change en son j> corps et en son sang. » Vous reconpoissez ici, Monsieur, le langage des Catéchèses , des Liturgies; ce sont, dans les mêmes termes, les méipes Mystères que l'on cachoit aux non-initiés. Donc il n'y en ^yoit point dans l'auditoire auquel s'adressoit ici Chrysostome. A quelle classe deFidèlesparloit-il? Écoutez-le.

(K Ce n'est pas seulement à vous qui participez aux 3» mystères , mais à vous aussi qui en êtes les dispen* » sateurs , que j'adresse mon discours. lËt vous, » laïques I lorsque vous approchez du Corps Sacré , D croyez que vous le recevez de la main invisible de » Jésus-Christ; car celui qui a fait plus, c'est-à-dire }> qui s'est posé lui-même sur l'autel, ne dédaignera » pas de vous, présenter son corps. »

Nous n'avons aucune des instructions dogmatiques que fit indubitablement Saint Augustin à ses Néophytes entre le baptême et la première commu* nion, a/in de leur faire connoitre la grandeur des dons que Dieu alloit leur accorder^ et les préserver de l'ignorance dont se rendent coupables, ditHesychius, ceux qui participent au corps de Jésus-Christ sans saifoir qu'il est le corps de Jésus-^Christ en vérité, n nous reste de lui plusieurs discours aux nou« yeaux baptisés j auxquels il explique 1|^ dispositions

qu'ils doivent apporter à la table sainte, les significations morales ou les rapports du pain et du vin avec le corps mystique de Notre Seigneur. Il ne laisse pas néanmoins d'y rappeler quelquefois les dogmes Eucharistiques, entre autres dans le passage que voici : « Je me suis engagé de vous faire un discours , » à vous qui avez été baptisés, pour vous expliquer » Je Sacrement de l'Autel , lequel vous voyez présen- » tement, et dont vous avez été participants la nuit » passée. Vous devez savoir ce que vous avez reçu » et ce que vous recevrez chaque jour. Ce pain que » vous voyez sur l'Autel, une fois consacré par la ii parole de Dieu , est le corps de Jésus-Christ ; ce » calice , ou plutôt ce qui est dans ce calice , ayant » été sanctifié par la parole de Dieu , est le sang de » Jésus-Christ. » Voilà le dogme de la réalité que Saint Augustin rappelle aux Néophytes, qui déjà le dévoient connoître, parce qu'ils avoient communié la nuit passée.

XII. Il suffit des citations que vous venez de lire, quoiqu'elles ne soient pas nombreuses. Une chose me paroît absolumenthors de doute, c'est que, dans les premiers siècles il n'a point existé d'Églises sans Catéchumènes, et par conséquent sans Catéchèses( i ).

(i) « Constat certè rem Christianam egregiè Loc sasculo ( sec^^ ) promovisse scholas ecclesiaslicas , non mode privâtes , quales in majoribus Ëcclesiis haberi solebant , sed et publicas sacris dogmatibus explicandîs destinâtes , usquè tune adversus Gentiles tune Haereticos vindicandis , sanctissimonim doctissimo->

rumque yironun corse et fidçi commissad. In bis principatum tenait

M LA BISCUSSIO]^ AMICALE. I97

Ilfalloit bien enseigner la religion aux adultes qui témoignoient le désir de l'embrasser : on ne pouvoit point les admettre au Baptême et aux autres Sacrements sans leur en avoir expliqué la grandeur et l'importance. Il étoit donc nécessaire de les faire passer par un cours d'épreuves préalables, afin do s'assurer de leurs progrès , de leurs dispositions , de leur piété ; de leur faire sentir la nécessité de |^ grâce , leur décrire ses bienfaits , avant d'en ouvrir les canaux pour eux. Ces diverses instructions formoient ce que nous appelons Catéchèses. Il est clair qu'il ne dut pas être plus permis de les mettre en

Alexandrina , quae jam îndè à priscîs temporibus , inqui't Eusebius , in eâ ci vitale fueral instituta. Velerem verô hanc consuetudinem à Marco Evangelistâ fuisse introductam diserte tradit Hyeronimus. Quod ut dilucidiùs fiât , res paulô altius repeteuda, T» Erat quidem Alexandriae , etiam ab ultimis temporibus , musaeum à Regibus Ptolemaeis intra ipsa regiae pomœria extruc tum, porticibus et exedriis omatum , pecuniis et reditibus auctum , in quo , teste Strabone (lib. i»^), bujus coUegii consortes ad com» munem mensam vescebantur , praefecto illis qui sacrorum curam gereret sacerdote , non nisi ab ipsis Regibus , ac posteà à Gaesari'* bus Romanis constituendo. Hue , tanquam ad publicum melioris litteraturae emporium , ex omni orbis terrarum parte confluebat litterata juventus , quibus grammaticœ , rhetoricse , poeticas , philosophise , astronomise , musicae , medecinac , aliarumque artium et disciplinarum rudimenta a suis qui busqué professoribus tradebantur (jusqu'au temps des Sarrasins).... Ad bujus gjmnasii imîtationem , ab ipsis nascentis Ghristianismi incunabalis scbola fidelium sacra à B. Marco Alexandriae est instituta , in quâ rudiores primis fidei elementis imbuerentur , adultiores reconditipribus fidei christianae mysteriis erudirentur, coDstitutiç ad id

écrit que les Liturgies , tant que dura la discipline du secret. Comme les unes et les autres contenoîent la même doctrine , les mêmes mystères , le danger de les trahir eût été le même , si par l'écriture , ori lès avoit iexposées au risque de tomber dans des mains infidèles. Aussi voyons-nous que Cyrille de Jérusalem prend la précaution de placer a la tête de ises Catéchèses un avertissement des plus graves, et presque semblable à celui par lequel l'auteur plus ancien des Constitutions Apostoliques termine sa Liturgie et son ouvrage. Nous pouvons donc regarder comme certain que dans l'antiquité toutes les Églises ont eu leurs Catéchèses , qui , comme les Li»

praestantissimis magistrls , qui, ut de Pantaeno loquîtur Eusebius, partim vivâ voce , partim scriptis , divinorum dogmatum tliesauros auditoribus suis exponerent , et Haeretîcorum objectiones et sôphismata refellerent. Et haec erat celeberrima illa Catecheseos scbola Alexandrîna , cujus frequens apud scriptores ecclesiasticos occurrit mentlo. Gui praefuerunt , et doctrinâ , moribus , scrîptisque ornarunt tôt Ecclesiae lumîna , Atbenagoras , Pantsenus \ Clemens , Origenes , Heraclas , Bionysîus , Pierius , ïtieognotus, Serapion , etc. » Vide D^^ CaveHistor. eccles, , t, i , n* 1 77 , pag. 7g-8o. deAthenagoTÛ.

« L'Ëcole d'Alexandrie , la plus ancienne et la plus illustre de toutes ^ et sur le modèle de laquelle toutes les autres furent forinées dans la suite, avoit été établie dès le temps de rÉvangéliste Saint Marc , gouvernée sons son autorité , et sous celle des évêques ses successeurs ^ par des docteurs ecclésiastiques, versés dans les lettres divines, témoigne Saint Jérôme, et dans les lettres humaines.... Le nom seul d'école de Catéchèses , qu'elle a toujours porté, nous fait parfaitement connoître à quelle sorte d'étude elle étott destinée. » Baltus, Défense des Pères ^i, i . p. 11,

DE LA BlSCÛSSIOlt AMIGA.tC. i^

tiirgies et aussi long-temps qu'elles, s'àppriretft et s'expliquèrent de mémoire. De celles qui furèhi écrites au cinquième siècle fort peu sont parvenues jusqu'à nous. Mais par le petit nombre que là Wo^ vîdencë nous en a conservé nous pouvons juger de toutes les aiitres, ainsi que nous j^eohs des LitUrgîes perdues par celles que nous possédons. Celles-d se ressemblent entre elles pout* l'essetitiel , et dôiveht égâlemëili avoir ressemblé à celles qui nous i^bni inconnues. Car, quelle que pût être la différèhcedit langage , dès expressions , des cérémonies dès diverses contrées , oh les employa partout J)our àrti^ ver â une seule et même fin , à l'unique sacrifice de la Nouvelle Loi. Ce raisonnement s'applique de liiU iriême aux Catéchèses, qui, n'ayant eu d'autre blit que d'expliquer la doctrine Chrétienne , bût toùijours du retracer les mêmes dogmes, lès mêmes préceptes, soùs quelqiie forme et dans quelque lâbgage qu'ils fussent exposés. L'expérience de nbtî*è temps doit noiis le £aire concevoir et nous en fcoil* vaincre. Rassemblez des Catéchismes Catholiqucè écrits en Anglais ou en Celtique , en Français bù ëti Allemand, en Portugais ou en Espagnol, eh Grec c«l en Latiii , dans quelque idiome enfin qui se parle siH' la terre; comparez ces divers exemplaires entre eiix, et vous y trouverez de l'uniformité dans les dogiàës; Rapprochëz-les ensuite de ceux qui nous restehl de l'antiquité , et vous les verrez tous corifoinnéi dans les principaux articles. Or, pour toiit hbmirië instruit , il est indubitable que les Catéchèises de Cyrille, d'Awbroise^ des deux Grégoire, de 04w^

aOO DEFENSE

dence , de Chrysostome et d'Augustin étoient semblables dans Tessentiel à toutes celles que connut rÉglise primitive. Il est indubitable que les Catéchèses des trois premiers siècles étoient foncièrement conformes à celles du quatrième et du cinquième , dans lesquels i^us lisons les mêmes dogmes , la même doctrine que nous lisons dans les nôtres, c'est-à-dire l'autel, le sacrifice , la présence de la Victime , le changement de substance et Fadoration. Ces dogmes ont donc été transmis à TÉglise par les Apôtres ; ils ont donc été révélés par notre Seigneur Jésus-Christ. En un mot, tous les Catéchismes Catholiques s'accordent sur les dogmes Eucharistiques avec ceux des cinquième et quatrième siècles; or, ceux-ci s'accordoient nécessairement sur ces mêmes articles avec les Catéchismes des trois premiers siècles : donc les nôtres s'accordent également avec eux ; donc nos dogmes Eucharistiques sont primitifs et Apostoliques. Ou bien encore , (puisque M. le bachelier en théologie se plaît tant aux formes syllogistiques ) les Catéchèses des trois premiers siècles s'accordoient certainement avec celles des quatrième et cinquième sur les dogmes Eucharistiques ; or les nôtres s'accordent avec ces derniers sur ces dogmes : donc aussi avec les premiers. La majeure et la mineure sont hors d'atteinte , et l'on ne sauroit en douter après tout ce que j'ai exposé jusqu'ici sur l'Eucharistie; et la conséquence tient inséparablement à l'axiome si connu : « Quœsunt eadem uni tertio y sunt eadem interse. » Donc l'argument est incontestable.

DE LA. DISCUSSION AMICALE. fkOl

XIII. A l'autorité des Catéchèses , et aux raisonnements qu'elles m'avoient suggérés dans ma Discussion Amicale y que répond M. Faber ? Ce qu'il m'avoit répondu sur la discipline du secret et sur les Liturgies : peu , et même rien qui exige d'être remarqué. J'avois demandé , et je redemande aujourd'hui , comment l'Église auroit pu prescrire un secret si rigoureux pour une chose aussi simple qu'une manducation figurée? J'avois demandé, et je redemande aujourd'hui , comment l'Église , si elle n'admettoit qu'un changement moral dans le pain et le vin , învoquoit dans ses Liturgies la descente de l'Esprit Saint sur les dons, afin de les changer et transformer au corps et au sang de Jésus-Christ ? Comment elle ordonnoit aux Fidèles de Xadorer dans le Sacrement, au moment surtout de la sainte communion. J'avois demandé, et je redemande aujourd'hui , comment les Pères . s'ils ne voyoient dans le pain qu'w/z type, c^un emblème, qu'w/i signe de Jésus-Christ absent, ont pu dire , dans leurs instructions aux nouveau - baptisés , que ce qui étoit pain avant la consécration devient après le corps de Jésus-Christ ; qu'il faut le recevoir comme tel , quel que soit le rapport des sens , parce qu'il est juste, raisonnable de se fier à la parole de l'Homme- Dieu plutôt qu'au jugement fondé sur le témoignage des yeux et du goût? J'ai défié, et je porte encore ici le même défi , de produire une seule instruction dogmatique des cinq premiers siècles , où le Catéchiste enseigne aux nouveau - baptisés qu'après la consécration le pain et le vin restent dans leur çs-

102 BEFENSS

sence ce qu'ils étoient auparavant ; que les învocâ-» tîons à l'Esprit Saint n'ont pour but que d'obtenir un changement moral du pain et du vin; de faire que, de l'usage commun, ils passent à un usage religieux; ou que le pain et le vin, figures du corps et du sangde Jésus-Cbrist dans l'Ancien-Testainent, le sont au même sens dans le Nouveau; ou que le corps de Jésus-Christ étant au ciel ne peut être icibas; et qu'ainsi l'adoration rendue à Jésus-ChrisI; dans son Sacrement seroit une grossière idolâtrie. À toutes ces demandes, qu'a répondu M. le Bachelier? 11 a l'aîr de ne les avoir pas entendues; il n'en tient compte , et se perd en conjectures étrangères à mes questions. Il essaie de balancer les preuves incontestables du secret , des Liturgies et des Catéchèses, par quelques témoignages des Pères, qu'il auroit pu multiplier, sans toutefois y gagner davantage, s'il avoit voulu puisera la source que j'avois moi-même indiquée. Ces passages sont, pour la plupart , tirés des écrits publiés contre les Juifs et les Païens , ou d'homélies prononcées devant des noiî-initiés. Dans ces circonstances, les Pères, ne pouvant s'expliquer clairement , envisageoieht lé pain et le vin Eucharistiques sous leurs rapports sensibles, et les dénommoient par les termes dé types , d'emblèmes , d'images , d'allégories , de figures j de Sacrement, sans ajouter que ces espèces visibles couvroient le corps et le sang de Jésus- Christ, ce qui eût été dévoiler et trahir le secret (i).

{\)k cette ocçasioa, voici ce cjue le recteur me fait TboQueur

I>£ LA BlSCtlSSlOir AMIGÂLS. 203

XIV. Jô Veux VOUS donner, Monsieur, la preuve de ce que j'avance , en vous faisant connoître , avec plus d'exactitude que ne l'a fait M. Faber, les principaux passages cités par lui. Les deux {>remiers que je vais produire sont de Clément d'Alexandrie et dé Théodoret , qui nous préviennent Furi et l'autre qu'ils sont obligés de masquer leurs sentiments sur les mystères. Dès que ce principe guidoit leur plume, vous penserez sans doute, Monsieur, qu'il seroit déraisonnable de chercher, dans leurs écrits sur les dogmes Eucharistiques , une clarté qu'ils annoncent n'y avoir pas mise (i).

de me dire : u ï hâve rarely met with a more singular expe- » riment upon the presumed obtuse intellect of a simple laie » than this which has been adventured by the learned Bishop of » Aire. j4n acknowledged symbol or image of a thing, if we may » crédit a very able divine of the Latin Ghurch , may be at once » both a symbol of the thing in question , aud yet the identical » thing itself, which it is employed to symbolise! pag. i3i et » i32. To imagine that a man of the bishop's attainments could » himself admit such a tissue of rhetorical absurdities , . . . • is )> perfectly out of question , » pag. i34- Ce sont là sans doute des balourdises absurdes. Je n'aurois jamais pensé qu'elles pussent venir à l'esprit de qui que ce soit. Le recteur fait semblant de les avoir vues dans mon livre. Je puis vous assurer , moi , que vous ne les trouverez que dans the DiJJiculties of Romanism, Que M. Faber ait pu les concevoir , s'appesantir quatre pages de suile, c'est un tour de force dont je ne Vaurois point soupçonné capable, ou l'illusion d'un délire dont je gémis charitablement de le trouver susceptible.

(i) Tertullien est de ce nombre : j'ai cité de lui assez de témoignages sur le secret des Mystères Eucharistiques. Saint Cyprien d^P3 le passage ijue produit Mt Faber, ne dit rien cpie nous i^g

2èo4 oiFENSE

disions nous-mêmes. On est frappé de voir le bachelier tirer à lui Saint Cyrille de Jérusalem ; cette liardiesse est effrayante : je n'en reviens pas. Il est pourtant vrai qu'à la page ii4 il en rapporte des paroles que je lui ai reproché d'avoir supprimées h l'endroit où la candeur , l'équité lui faisoient un devoir de les pro— duire. Au reste , il se contente , à la page 1 14 > d'avancer qu'elles sembleroient en effet établir la Transsubstantiation. Cela dit , il laisse là l'importun Cyrille ^ et passe à un autre plus accommodant.

DE LA DlSCUSSlOir AMICALE. ao5

Page 1