‹ Défense de la Discussion amicale, en réponse aux Difficultés du romanisme de m. Stanley-FaberChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

iCLAIROlSSEMENTS SUR QUELQUES PASSAGES DES PÈRES ; PREUVES PARTICULIÈRES TIRÉES DE CES MÊMES PÈRES ET AUTRES.

Clément d^ Alexandrie.

ce Je passe plusieurs choses à dessein , craignant » de mettre par écrit celles que je me suis bien » gardé de dire, de peur que ceux qui viendroient à 3» lire ces écrits ne prissent mes paroles dans un » autre sens qu'il ne faudroit, et que l'on ne nous » accusât d'avoir mis, selon le proverbe, une épée

» entre les mains d'un enfant Il y a de certaines

» choses que l'Écriture - Sainte me montrera, quoi- » qu'elles n'y soient point ouvertement exprimées ; » il y en a d'autres sur lesquelles elle insistera ; il y » en a enfin qu'elle touchera seulement ; mais elle » tâchera de les dire en les voilant, de les décou- » vrir en les cachant , et de les montrer en les taî- » sant (i). >i

Ce qu'il y a de plus remarquable dans les cita-

(i) StroQit , lib. I.

^o6 PEFENSS

tions que nous oppose ici M. Faber, cest la rare et particulière candeur qui a présidé à leur arrangement entre elles ; il nous les offre en ligne , à la suite Tune de Tautre. Les renvois qui les terminent pourroienty à la vérité, avertir suffisamment les lecteurs attenti£s et exercés ; mais la plupart ne l'était pas, doivent se figurer que les textes tiennent ensemble et marchent tout d'une venue dans l'original. Cependant il n'en est point ainsi. Entre le premier et le second je compte dix lignes ; entre le second et le troisième cinquante pages; entre le troisième et le quatrième une page et demie. Ce sont des sentences détachées de leurs places et artistement rapportées à côté les unes des autres de manière à présenter un sens suivi et assez naturel. Ce qui augmente l'illusion , c'est qu'elles se trouvent liées par les adverbes conjonctifs car ou donCj far pu ihen^ comme si elles étoient la preui^ ou la conséquence de la phrase précédente. Vous les auriez , je n'en doute point , supprimées. M. Faber a jugé plus utile de les conserver. L'intention .saute aux yeux. Dans le premier texte , il traduit aiUem ( mais ) par therefore {cest pourquoi) ; dans le second , Clément dit : « Ne quis vero alienum exis^ j» dmet , qy^od nos sanguinem Domini lac aUegoricè p Mcamus : annon vinum quoque aJlegoricè dicitur? » Qui lavai j inquity in vino vestem suam et in san- » guineuvœvestimeiUum suum. (Gen. 49-) M- Faber » traduit : Nor let any one think thàt we speak stran- 9 gely when wé say that milk is allegorically called » thebloodoftheLord^ybris not wine likewise aile-

DE LA DtSCUSSIOK AMICALE, %Ù'J

r> gprîcally callecl by the same appellation?» page 75, Et moi je traduis mot à mot : « Mais afin que l'on i^e » trouve pas étrange que nous appeliions allégori* ï? quement le sang du Seigneur du lait , n'est-il pas » aussi appelé du vin allégoriquement?Çw//a(^e,est: » il ditj, son manteau dans le vin, et dans le sang de » la vigne son vêtement. Deniandez , s'il vous plaît, » à M. le Bachelier, pourquoi il coupe brusquement )» la phrase en retranchant la preuve tirée de la Ge- » nèse? Je vous en donnerai la raison tout à l'heure.» The Scripture then , etc. , poursuit - il fièreipent , pomme si ces deux textes tenoient ensemble ^ quoiqu'ils soient séparés par cinquante pages. Clément prouve 9 par le passage de la Genèse , que le vin y étoit figure du sang de Jésus-Christ. M. Faber qqi, par le mot the Scripture then , donne à entendre que c'étoit dans l'Écriture, dans le Nouveau -Testapient peut-être , a fait semblant de ne pas voir le texte 4e la Genèse. Laissons-le argumenter à son ^ise avec ses suppressions^ ses conjonctions, et concluons, du passage même objecté par lui, que le vin ayant été dans le Vieux-Testament la figure du sang de Jésus-Christ , a dû le devenir réellement fians le Nouveau, qui a rempli et réatisé les figures de l'Ancien. Vous avez vu M. Faber supprimer le texte de la Genèse : voici qu'il va nous dédommager en nous montrant, dans la quatrième citation , qu'il $ait au besoin faire une addition utile dans ces trois mots , the consecrated liquor therefore , « c'est pourquoi la liqueur consacrée ; » le premier et le derpier lui appartiennent exclusivement. Il le$ a tiréi»

ao8 DETE^SE

non de Saint Clément mais de sa tête. On ne peut s'empêcher de remarquer que tout ce petit manège sur Saint Clément d'Alexandrie décèle un assez riche fond d'astuce , qui sera moins admiré en Angleterre qu'ailleurs.

ThéodoreL

XVI. Dans son premier dialogue, il introduit l'orthodoxe s'exprimant comme il suit: a Répondez- » moi 9 s'il vous plaît , en paroles mystiques et ob- » scures : car il y a peut-être ici des gens qui ne x> sont pas initiés aux Mystères, a L'Éraniste. a Je vous 9 comprendrai , je vous répondrai dans cette yue. » Et plus bas le même personnage dit : «c Vous avez » prouvé clairement ce que vous vouliez quoiqu'en 3> paroles mystiques. »

M. le recteur de Long-Newton ne peut jamais dire les choses comme elles sont: ou il supprime ou il ajoute, ou il donne aux termes un sens qu'ils ne peuvent avoir; il a passé sous silence ce que vous venez de voir du premier dialogue , et la moitié de ce que vous allez lire du second. « L'Éraniste. « Dites. » moi donc ; comment appelez-vous les dons offerts » avant l'invocation du Prêtre ? » L'Orthodoxe. » Ceci » ne doit pas se dire oui^ertement ; car nous poiir- » rions être entendus par des non^initiés. » L'Éraniste. a Répondez donc en mots cachés. » L'Orthodoxe, o Nous l'appelons un aliment yàiV de certains » grains, » L'Éraniste. a Et l'autre Symbole , quel 3» nom lui donnez- vous ? » L'Orthodoxe, «c Nous lui

DE LA DISGUSSIOir AMICALE. 209

» en donnons un qui désigne certaine boisson (i). » L'Éraniste. « Et après la consécration comment Tap- » pelez-vous ? » L'Orthodoxe. « Le corps de Jésus- » Christ , le sang de Jésus-Christ. » L'Éraniste. « Et » vous croyez que vous participez au corps et au j) sang de Jésus-Christ ? » L'Orthodoxe, a Je le crois » ainsi. » L'Éraniste. « Eh bien ! comme les Symboles » du corps et du sang de Jésus-Christ étoient difFé- » rents avant la Consécration du Prêtre, et qu'après Dils sont changés j de même, nous autres (Euti- » chiens), nous dirons que le corps de Jésus-Christ , » après son Ascension , se trouve changé en l'elssence » divine. » L'Orthodoxe. « Vous voilà pris dans vos » propres filets; car, après la Consécration, les Sym- » boles mystérieux ne perdent point leur nature; » ils retiennent la figure, l'apparence de lexxvpre^ » mière substance aussi visibles , aussi palpables » qu'auparavant ; mais on les conçoit da^enus ce j> qu'ils ont été faits : ainsi sont-ils crus, et comme » tels adorés (a). » Le raisonnement de l'Orthodoxe

( i) Vous souvient-il. Monsieur , qu'à la page 1 15 le bachelier soutient , en dépit de ce qu'il rapporte de Cyrille , que le changement de substance n'entroit pour rien dans les Mystères ^ pas même comme le plus petit secret^ le moins important du monde ?

(2) Il y a sur ce passage trois petites supercheries à relever dans M. Faber. 1°. Il évite soigneusement de rapporter les paroles du premier dialogue , et celles du second , qui montrent et l'embarras de Théodoret , et sa crainte de compromettre le secret , et l'accord des deux interlocuteurs de s'exprimer à mots couverts. 41 n'en laisse rien apercevoir et commence la citation par les deux dernières phrases^ 2^. Il fait dire à Théodoret que le

n'est pas celui que lui prête M. ]e bacl^elier. Ï4> voici : a Vous ete^ pris dans vos filiBjs : il y a bien » un changement dans le p^iu, mais non ()an$ s^ p nature sensible et extérieure ; p^r il conserve s^ j) figure , sa forme , sa c.quleur, spn goût, tqutes le* » qualjtjés de s^ substancje première, îr^orirpa;. Çepienr » 4?^nt nou^Ie concevons devenu ce q>*'il a été fait, » ]p jcqrps (Je ;f égus-Çhrist , auquel je vous ai dit qpe y nous participons, qui, par çpnséquent, s'y trouve » ^aps son essencp : nous \y croyons présent quoi- » qu'invisible, pt cfipirae tpl nqus Yadqf^ns. 3? Qe%t» réponse ruipoit tpi|t rEutiçhjanisme. Elle p^ontre

pain et le vin retiennent après la Consécration leur substance priginaire ) originaire est ici substitué par l'impartial et candide In&çhelier. Thëodoret ^i première, Trporcpaç , mot décisif qui sup- |K)|p ^vi46ipment qu'une seconde substance a pris la place de la preç[)i(ère j et autorise ain^i la traduction plus intelligi))le qu(e je donne ^ et dont au reste la phrase grecque est suscepti))!^. 3^. Au lieu de çomrnç tçls adorés, le bachelier traduit vénérés , san$ songer que les Liturgies , Saint Ambroise , Saint Augustin , etc., nous dUsent qu'après la Consécration l'on passoit au culte de Latrie. On adorqit donc dans toute l'énergie du mot. f)t qu'a4proitK)n? Certes, ce n'étoi^nt ni les espèçps visiblç$ , ni la substance dif p^in \ c'étoit donc celle du corps (le Jésu^-C^^istvQJj^esq^sles qua^itç^ yisibles di^ pain.

Il est assez piquant de comparer M. Faber avec le Df Cqsin. Admirpns le savoir-faire de l'un et de l'autre. Celui-ci, plus e^pédilif j supprime sans façon ces mots , et comme tçls o^or^j^* celui-là , plus rcÛéchi , à la place du mot qui le g^ne , ei) s^stituç i|n afi^r^ qui change le sens. Sur quoi , je n'ai qu'uqe sj^iple question à vous faire : lequel de ces deux messieurs vous parqit-il moi^trer plus de candeur et de bonne foi ?

DE LA mSCtJSSTOir AMICALE. ait I

que le pain est changé^ non pasen la Divinité, comme le supposoit rÉraniste^ mais de sa substance corpo^ relie en la substance du corps de Jésus-Christ. En un mot; les deux interlocuteurs admettoient un changement réel dans l'Eucharistie; l'Orthodoxe ce* lui du pain au corps de Jésus-Christ, puisque autrement il n'auroit pu participer à ce corps dans ce Sacrement ; TÉraniste celui du pain en la Divinité, puisqu'il ne reconnoissoit qu'elle en Jésus -Christ depuis que sa nature humaine avoit été absorbée par sa nature divine après son Ascension.

Je conviendrai sans peine que l'Orthodoxe et FÉraniste se sont assez tenu parole. Ils s'étoient promis de faire usage d'expressions obscures; elles le sont en effet au premier coup d'oeil. Mais avec quelque attention, ceux-là pénètrent le sens caché de leurs dialogues, qui sont initiés aux Mystères comme ils l'étoient. M. Faber, qui ne l'est pas encore, a tout lu, tout entendu et compris tout en sens inverse; pareil à ceux qui s'obstinoient à rester parmi les Catéchumènes, qui ne connoissoient ni les motifs ni les objets de la discipline du secret, et qui n'avoient par conséquent jamais assisté à la Liturgie, aux Catéchèses mystagogiques, ni aux sermons prononcés devant les seuls Fidèles.

Au surplus, l'ancienne métaphysique avoit un langage qu'elle n'a plus aujourd'hui. Par exemple , elle atta choit aux mots naturuy substantia^ oucrca, çvo-iç, un sens différent de celui que nous donnons à sub* jto/ic^, nature. Saint Pierre Chrysologue, parlant d'un corps qui devient glorieux, dit : « Ut hoc sic mu*

axa DÉFENSE

» tasse substantiam , non mutasse personam; » et Saint Augustin y faisant allusion àla chute derhomme, £i dit : ce Per iniquitatem homo lapsus est à substanxtiâ in quâfactus est. » On pourroit encore citer Aristote sur le mot substance ^ comme pour celui de nature y Cicéron, Virgile, Horace, qui la prenoient souvent pour les qualités, les propriétés des êtres. Autre chose , disoit TertuIIien , est substance , autre chose est la nature de la substance. La pierre, le fer, sont des substances ; leur dureté est la nature de leur substance ; « Aliud est substantia j aliud » naJtura substantiœ. Substantia est lapis ^ ferrum; » 4uritia lapidis etferri natura substantiœ. » Lib. de Anima, c. 32. M. votre bachelier les présente à ses lecteurs dans la signification que ces deux mots obtiennent parmi nous. Mais prenons, si vous voulez, le célèbre Leibnitz pour juge. « Gelase, Pontife de 9> Rome , donne à entendre que le pain se change au }» corps du Christ, tandis que la natih^e du pain de- » meure ; il veut dire ses qualités ou ses accidents : » car alors on ne s'exprimoit pas avec toute la pré- » cision et la rigueur métaphysique. C'est dans le 3>méme sens que Théodoret a dit que, dans ce » changement , qu'il appelle pïTa6o>»i , les Symboles » mystiques ne sont pas dépouillés de la nature qui » leur est propre. » Syst. Théot., p. aay. L'Orthodoxe de Théodoret s'explique dans les mêmes termes. a Le pain et le vin ne perdent point la nature qui » leur est propre ; ils retiennent leurs formes , leurs » figures , leurs qualités visibles et palpables. ï^ L'explication du mot nature une fois admise, toute

DE LA DISCUSSION AMICALE. ai3

difficulté disparoît dans les passages de Gelase^ de Théodoret, cités par M. le bachelier : il n'y reste plus que cette espèce de nuage mystérieux jeté à dessein d'un consentement mutuel entre l'Orthodoxe et rÉraniste. Loin d'être surpris de rencontrer cette légère obscurité , il seroit fort étonnant qu'elle n'y fût pas après avoir annoncé qu'ils la répandroient sur leurs discours , afin de voiler les Mystères aux non-initiés. Ce qui me paroît ici très-déraisonnable, je dirai même absurde , est de prétendre aujourd'hui découvrir clairement la doctrine d'un auteur par des dialogues où d'avance il nous a prévenus qu'il ne pourroit l'exposer qu'à mots couverts.

Saint Chrysostome et Saint Augustin ,

XVII. De l'aveu de Casaubon , ces deux Pères ont plus de quarante fois déclaré leur embarras de s'expliquer sur l'Eucharistie en présence des non-initiés. Toutes les fois qu'ils parloient aux seuls Fidèles-, ils s'exprimoient avec énergie dans le sens Catholique. Après ce que j'ai rapporté dans ma Discussion Ami-* cale de ces deux grands Évêques , je ne me serois pas attendu à les trouver parmi les autorités que m'oppose M. Faber ; je ne conçois pas qu'il ait pu se dissimuler à lui-même qu'ils sont l'un et l'autre contre lui, puisque, pour leur donner une apparence Anglicane, il lui a fallu tronquer les citations, supprimer des phrases au-dessus, au-dessous, et morceler impitoyablement les passages. Ce reproche est grave, je le sens , mais plus facile encore à justifier. Usuffît

il 4 ' DEFENSE

de rétablir dans kur intégrité les passages mutilés. A la page 76 , M. Faber cite une phrase tirée dii discours sur la trahison de Judas , et comme moi il a lu dans ce même discours les paroles suivantes ^ qu'il a soigneusement cachées à ses lecteurs: « Quand » j'entends nommer le corps de Jésus^Ghrist je con^^ 9 çois ce que Ton dit d une manière , et l'Infidèle le » conçoit de l'autre..* Quoique les Infidèles en en- » tendent parler ^ il ne semble pas qu'ils les entenvdent Mais les Fidèles ont l'intelligence que 9 donne le Saint-Esprit , et connoissent la vertu ^ la 9 puissance des choses qui y sont cachées... Jésus- )> Christ n'est pas moins présent à son Sacrement^ » que lorsqu'il l'institua : car ce n'est pas simplement » un hpmme qui fait que les choses offertes deviennent »le corps et le sang de Jésus-Christ, c'est Jésus- » Christ lui-même... C'est lui même qui d dit : Ceci » est mon corps ^ et c'est par cette parole que les )> choses offertes par les Fidèles sont consacrées, ly lia méiïle petisée se trouve dans son Homélie 83 ^ sur Saint Mathieu : «Nous remplissons l'office de ses 3» ministres; mais celui qui sanctifie les dons et les 9 change ( transmutât)^ c'est lui-même (i). d M. Faber

. (i) J'ai vrsâmeAt pitié de votre bachelier quantd je le toià détacher ces mots : « Car l'Eucharistie est nourriture spirituelle , » pour tourner Saint Ghrjsostome contré nous , et contre lui-même. Que n'a-t-il aussi détaché ces paroles , que vous allez lire : « Allez dduc à Bethléem , à la maison du pain spirituel ? » Ceà expressions sont Gaitholiques ; ùous nous en servons tous les jours ; et dans la bduche dit Patriarche , elles ont le même sens que dsfn$ If Itôire « éStfjs sîgn^^nt qae k eorps spkHuaflisé de HOf re Sail^

DE LA DisCtJSSiÔlSf AMICALE. 2 1 §

nbiis dîrdit-îl qrie cette tfansniulatiàri ii'est qu un Châtigéitient moral? Mais faûdrô'ît-il rînterveritiori de Jé^s- Christ pour Fôpérer ? î?e sufÔt-il pas de seà fiiîrtîsti'és pour doiinei* ufie destination pieuse aii Jjàin et au vîrt? If est ce pas ce que fait tout seul M. Fabèr, quand il administre le Sacrement à ses paroissiens? Son chaùgemetit hïoral n'est-îl pas ënêoré încôrtipatible àtec les textes suîvàhs?

« €k)nsidère, 6 homnie! k tible ftoyale est dres- »sée, les Anges y servent; le Roî liii-mêmè y est ri présent ^Qt t\i restés en uïie stupidè iiiciifférence ! i^Tes têtèmènts sont souillés, et tù n*én es pas eii ^ peirïé ! Mais ils sont purs ,' me diras-tù. Eh bien , rfddore et communie (hôm. 45). Ce corps gisant

^ dafts urie étable fut révéré par les Mages Ils

i âi'rîvoieiït des pays lointains, et V adorèrent ^y te »gra(ride crainte et trernblemerit... Ce n'est plus ô dains Fétable, mais sur Fautel que nous le voyons. » Montfons-lilî donc tihe vénération beaucoup au- >>' dessus de celle de ces barbares ( tiom. 24 )• Allez h ddtic à Bethléem, à la maison du pàiri spirituel... * Si toutefois vous vous êri approchez pour adorer h et non fouler afux pieds lé Fils dé Dieu... Garc^ezu^votisbîen d(e ressembler à Hêrode, de dire avec x^lui, afin que faille F adorer^ et n'y aller que pour » le iriettrè à riiort... Tremblons de nous donner l'air » de suppliants et A' adorateurs , et de nous montfër

veur se communique à nous pour être la nourriture , non de nos corps mais de nos âmes ; ut anima de Deo saginetur j dit Tertul- Ue» ; cette nourriture est donc spirituelle.

ai6 DiF£NS£

j> opposés par nos œuvres. » (Hom. 7, sur Saint Math). Je me borne à vous citer ce petit nombre de passages ^ parce qu'ils ne laissent aucun doute à tout homme de bonne foi sur les sentiments de Saint Chrysostome et de l'Église. L'adoration seule, si fortement exigée par l'éloquent Patriarche , ruine de fond en comble l'opinion de la figure, du changement moral; démontre le dogme de la présence réelle et par une conséquence ultérieure celui de la Transsubtantiation.

XVHI. En vérité, je ne reviens pas de l'intrépidité de M. Faber. Il m'oppose encore un des discours de Saint Augustin que j'ai cité en preuve de nos dogmes. Et comment s'y prend- il? Toujours à l'aide du même stratagème, qu'assurément il trouveroit lui*méme avec raison fort déloyal dans tout autre. Il tire à part deux ou trois phrases, et les présente détachées de celles qui précèdent et suivent. Réunies, elles excluent la doctrine Anglicane actuelle; séparées , elles s'y prêtent, et sembleroient la favoriser. Rapprochons-les les unes des autres, et l'illusion produite par leur isolement s'évanouira. Vous l'avez déjà vu pour Saint Cyrille de Jérusalem et Saint Chrysostome , vous allez le voir pour Saint Augustin. « Mais comment adorer la terre, quand l'Écriture » nous dit positivement : Tu n adoreras que le Seir ^gneur ton Dieu Et pourtant elle nous dit ici: » Adorez ï escabeau de ses pieds (i). Mais en m'ex- » posant ce que c'est que l'escabeau de ses pieds ,

(i) Sur le psaume 98,

» Dieu me dit : La terre est V escabeau de mes pieds y> (Isaï. chap. 66. v. i. ). J'hésite dans l'incertitude ; je 3> crains d'adorer la terre , et de me voir condamné » par celui qui a créé la terre et le ciel: D'un autre » côté je crains, si je n'adore pas l'escabeau des pieds » de mon Dieu , parce que le Prophète me dit : » jidorez V escabeau de ses pieds. Dans cette inquié* » tante perplexité , je me tourne vers le Christ , parce »que c'est lui que je cherche ici, et je trouve de » quelle manière la terre est adorée sans impiété j » et comment sans impiété est adoré V escabeau de » ses pieds. Car Jésus-Christ a pris la terre de la » terre, puisque la chair vient de la terre, et qu'il »a tiré sa chair de celle de Marie, et parce qu'il » a vécu dans le monde, et qu'il nous a donné cette » même chair à manger pour notre salut ;/?cr^o/î/2e » ne mangeant cette chair ^ sans T avoir premièrement » adorée. On trouve par là comment l'escabeau des » pieds du Seigneur est adoré ; et que non-seule- » ment on ne pèche point en l'adorant , mais que » Von pècheroit en ne V adorant pas. Mais est-ce la » chair qui vivifie (par elle-même)? Le Seigneur » même, en nous exaltant cette terre, nousdit que c'est » l'esprit qui vivifie , et que la chair ne sert de rien. » C'est pourquoi, en vous abaissant et vous proster- » nant devant quelque terre que ce soit ( quelque » part que vous receviez ce corps précieux), ne la » regardez pas comme terre ; mais regardez-y bien »ce Saint doïjt cette terre (ce corps) que vous » adorez est l'escabeau : car c'est à cause de lui que » vous V adorez. Les disciples trouvèrent fort : dur

» dé l'entèiidre dire : Celui qui ne mangera poirii V de ma chait n^aura point la vie éternelle: Us le

* prirent sottefnent à là lettre ; ils ne conçurent rîèfi

* (Jitfe de charnel , se figurant qu'il alloit couJ)e<' eh » iftoreëaui quelques parties de son corps et leà leai* »dofnAeh... Mdis notre Sauveur instruisit ses Apô- » tfes. (Ici commence la citation de M. Faber.) LeS ii paroles que je vous ai dites sont esprit et vîé.

* Entèiidez spîntuelleînent ce que j'ai dît. Ce n'cfst » pé>îiït ce corps , tel que vous le voyez , qtié vottS i^ tnangeréz^ ni ce sang, tel cju'il sera réparidil, que

* vous boirez. JPai en vue un certain! Sacretaent que

* je vous rècômtnanderai , et qui, entendu spirituelh léineiit, vous donnera la vie. Quoiqu'il doive être

* célébré lisiblement, il faut le concevoir sous un

* rapport invisible. Exaltez le Seigneur notre Dieti , » et adorez Fescâbeau de ses pieds J parce qu'il est » saint. » L'avant dernière phrase est toute Catholique et anti-Anglicahe. Pour l'Anglican moderne, il ii'y a dâhèle Sacrement que le pain maiteriel; doftc il doit le confcevoîr tel qu'il le célèbre , visiblement. Mais pfôtir le Catholique, le corps de Jésus-Christ est irivîsîblë sotiôles apparences; donc il célèbre visîWe- BftféÉit à catise des; apparences du pain , et le conçoit îflvîsiblèiriént à cause dé la présence réelle du cot|<s. .

M. Faber a cru prudent de ne rapporter que les ëix dernières lignes de ce passage (i); elles servent

(i) J'ofcserve qne dans la traduction ces mots as he had said , idénticàt (h'is) on the contrarjr^ n'appartiennent pas à Saint Augustin nttafo à l'ifhrentîf et fécond bachelier. Ils ajoutent aa te^te sans

DE LA Discussion AMICALE. fig

de comraefataire aux paroles que nôtre Sauveur Telioit de dire à ses Apôtres. A l'exemple de Saint Augustin y j'en ferai un fort court sur ces métnei» paroles : « La chair ne profite de rien ; c'est Vesprit » qui vinfie. » Comprenez spirituellement ce c|Ué je TOUS dis. Ce n'est point ce corps , tel que Voiià le toyez, que vous mangerea; cela vous feroit horreur, mais ce corps tel que vous ne le voyez pa^.- Il vous sefa présenté sous un certain sacrement que j'ai en vue. Vous le mangerez ainsi. Sans cela votiii n'aurez point la vie éternelle en vous; Pris intisl^ blement dans un Sacrement visible , il sera pouf Tos âmes une nourriture spirituelle, que vous ne prendrez point sans l'avoir auparavant adorée.

XIX. L'Anglican moderne ne reconftoît plus k cdfps de Jésus-Christ au Sacrement j il ne le miinge donc plus. Car manger en imagination , eïi figiK'e^ à vide , ce n'est pas manger j aussi' a-t-fl supprimé l'adoration. Où l'on ne voit qu'un pain matériel^ adorer seroit idolâtrie. Le Catholique^ plus confiant en Jésus-Christ qu'en Itii-inême, croit en la patold de son Sauveur sans hésiter, à sa présence invisible dansle Sacrement sansla comprendre; il l'adofe voilé sous l'apparence du pain , reçoit et mange son cWpè^ en réalité; non sans doute d'uiie manière crue et eàpharnaïque, mais céleste et spirituelle. Car il n'y à pas d'autre manière de manger un corps impalpà-* blej invisible, spiritualisé.

ajotrter à la difficulté. C'est se montrer tradueteur infidèle en pure pdrte;

2aO DJÉFEUrSE

XX. M. Faber ne manqueroit pas de chanter victoire, si je ne répondois point à l'objection que lui a suggérée le silence de Julien. Pour dernière ressource dans une cause désespérée , il invoque à son aise le fameux Renégat comme un témoin irrécusable as an unexceptionahle witness. Fier de la majesté impériale sur laquelle il s'appuie , il vient à nous avec l'air et le ton d'un triomphateur. Ne diroit-on pas qu'il a dans sa possession le grand ouvrage de cet empereur contre la religion Chrétienne et pour la défense du Paganisme? ne diroit-on pas qu'il l'a lu entièrement d'un bout à l'autre, quand on l'entend assurer d'un ton affirmatif que Julien n'a pas dit un mot sur la présence réelle, sur le changement de substance ? Eh bien , Monsieur, voulez-vous savoir ce qu'il y a de certain dans cette objection si vantée? le voici : ni le recteur dé Long- Newton, ni qui que ce soit au monde, ne possède et n'a lu l'écrit dans lequel il a placé son aveugle confiance. Il fut composé par Julien et par les philosophes qui le suivirent en Perse , lors de l'expédition qui mit un terme à ses projets , à son règne et à sa vie. Quelques-uns conjecturent qu'il étoit divisé en sept livres , d'autres en trois. On n'en connoît aujourd'hui que les citations du premier livre, que nous devons à la réfutation écrite par Saint Cyrille d'Alexandrie, cinquante ans après la mort du Renégat (i). On peut croire queTauteur avoit remis

(i) u Julien écrivit contre la religion Chrétienne un ouvrage divisé en trois livres , dont Saint Cyrille nous a conserré le

DE LA DISCUSSION AMICALE. aat

à parler de FEucharistie dans le second ou le troisième livre ; et alors il seroit fort simple que l'on n'en trouvât rien dans le premier. Je vais plus loin : veut-on absolument qu'il en auroit dû parler dans le premier? Eh bien , peut-être l'a-t-il fait ; qu'en saiton? Et qui prouvera jamais le contraire? On ne connoît ce premier livre que par sa réfutation; et nous sommes très-fondés à penser que Cyrille se seroit bien gardé de donner une plus grande publicité aux rail-

premier , dans la réponse qu'il y a faite. . . . Nous n'avons de l'ouvrage de Julien contre les Chrétiens , que ce que Saint Cyrille nous en rapporte pour le réfuter. » Tillemont , Hist. des Emp.

« Pendant'ce voyage en Perse , Julien écrivit son grand ouvrage contre la religion Chrétienne... Il étoit divisé en sept livres, ou selon d'autres en trois.... Saint Cyrille nous en a conservé une grande partie qu'il a insérée dans la réponse qu'il y fit depuis, n Fleuri, Hist. Ecc, t. iv. « Julien mourut avant qu'on eût le temps » de répondre à ses sophismes.... Il ne nous en resteroit rien , » si cinquante ans après Saint Cyrille d'Alexandrie , en ayant en- » trepris la réfutation , ne nous en avoit conservé une grande » partie. » Le Beau, Hist. duBas~Emp,,t, m. u Julian wrote an elaborate work against the truth of Christianity , of which some fragments only hâve corne to modem times. » Rees's Cyclopd.y art. Julien.

« L'ouvrage soigné , qu'il composa au milieu des préparatifs de la guerre contre la Perse , contenoit la substance des arguments qu'il avoit long-temps médités dans son esprit. L'impétueux Saint Cyrille d'Alexandrie , son adversaire , en a transcrit et conservé quelques morceaux qui oflrent un singulier mélange d'esprit et de savoir, de subtilité et de fanatisme. Gibbon , Hist. de la Décad. de VEmp, Rom. , t. iv , p. 36 , édit. in-8o.

Fabricius, Liber grac. 1. v, Lardner, Heathen Testim, ont compilé les fragments qui nous restent de Julien.

*2a4 D£F£NS£

tiennes étoit, vous le savez , ce que les Païens cherchoient avec plus d'ardeur à découvrir, à extorquer même par les tortures; et ce que les Fidèles cachoient avec plus de soin , de persévérance et d'intrépidité jusque dans les plus cruelles souffrances : vous en avez vu la preuve.

Il me prend envie de rétorquer ici son argument à M. le bachelier. Il est de fait que Julien ne parle point de la résurrection de Jésus-Christ. Certes , lui dirai-je avec autant de droit, cet esprit moqueur ne se seroit point refusé le plaisir de la tourner en ridicule, si les Chrétiens de son temps y avoienf ajouté foi. Que me répondroit le bachelier? Que sans doute il s'en étoit amusé aux dépens des crédules Chrétiens dans l'un ou l'autre des deux livres ^ qui ne sont pas venus jusqu'à nous. A la bonne heure; qu'il ne trouve donc pas mauvais que je lui aie fait la même réponse sur l'Eucharistie. Lorsque j'entends M. Faber faire sonner si haut le prétendu silence de Julien ; lorsque je l'entends conclure son terrible argument par ces paroles, page lai : (c Je puis me » trjomper sur le degré de force que j'y attache ; mais » il me frappe comme tout-à-fait irrésistible; » une seule chose m'étonne, je dois le dire : c'est la confiance à laquelle il s'abandonne en terminant son épisode. Elle doit, ce me semble, vous en inspirer bien peu dans son jugement.

XXI. Je crois avoir suffisamment répondu aux citations éparses sur l'Eucharistie dans les Difficultés du Romanisme. M. Faber en auroit pu grossir la

1)K LA, DÏSGtTSSiÔir AMICALE. àa^

liste en les prenant dans la Perpétuité de la Foi (i). Je me suis contenté d'y renvoyer dans ma Discussion Jmicale. En effet, que m'eût servi de les accumuler? Et que serviroit à M. Faber d'en faire un long étalage? Elles sont tirées d'écrits faits pour le public, ou de discours prêches devant des non-initiés , à qui les Pères s'adressoient plus souvent qu'aux Fidèles seuls. Ainsi l'obligation de couvrir les Mystères étoit plus fréquente que celle de les manifester. Il faudroit donc avoir la boime foi de mettre à l'écart des textes qui présentent une obscurité jetée à dessein^ Mais qu'à la place de ces textes et de ces phrases de circonstance , l'on produise enfin contre nous une seule Catéchèse. C'est alors que l'objection seroit grave : car tout le monde sait et convient qu'il falloit être clair , explicite dans les instructions faites aux nouveaux baptisés sur le Sacrement de l'Autel , qu'ils alloient recevoir. Là, et seulement là, se trouvera toujours sans nuage et traitée ex professa la vraie doctrine des Pères sur l'Eucharistie. Que l'on nous produise une seule de ces Catéchèses , où les Néophytes sont instruits à ne voir après la Consécration, dans les dons offerts , que de purs signes, que de simples types , que des figures de Jésus-Christ absent , ainsi que M. Faber l'affirme sans en pouvoir donner une preuve (a); que Ton nous la produise, dis-je, et

(i) Ouvrage célèbre de nos deux premiers controversistes , mettant toujours hors de ligne celui auquel l'on ne peut comparer personne , le plus beau génie qui ait paru dans l'Église : Bossuet.

(2) Apre» avoir dit à la page 129, que je cite volontiers bien

%%6 D^FEVSE

alors nous aurons à résoudre une difficulté vraiment sérieuse. Mais aller chercher les vrais senti- Bients y la croyance des Pères dans les discours et les écrits où ils ne pouvoient pas les mettre à découvert y où ils nous avertissent eux-mêmes de leur embarras à s'exprimer; voilà ce que j'appelle agir à eontre-senSy prendre une marche anti-logique, déraisonnable , insensée. Que Ion la suive par irréflexion ^ par routine 9 comme vos théologiens s'en sont fait une habitude depuis i66a, je le conçois; Qtais qu'après avoir été avertis par un développement de preuves convaincantes , ils s'obstinent à poursuivre la même méthode , à l'indiquer aux autres comme la véritable, c'est assurément préférer l'erreur à la vérité , vouloir de gaieté de cœur s'éga* rer soi-même, et entraîner les autres dans ses propres égarements.

XXIL Considérez sérieusement, je vous prie.

Monsieur, la méthode adoptée par M. Faber, et les conséquences qui en résultent, i^ Aux instructions exposées dans les Catéchèses avec la plus grande

des passages snr le diangcment des dons au corps et an sang de Jésufl^-Chrlst , le bachelier ajoute avec reproche que je ne parle point de ceux qui déclarent que ce changement est purement mo^ rml, et les éléments à&purs symboles, quoique les demiei*s passages expliquent tous ceux de la première espèce. Ma réponse est simple : je n'aî point efiFectîvement cité un seul' passage qui dise -tpi'il ne se ikit qu*un changement moral , que le pain et le TÎn ne •ont que de purs symboles , de purs emblèmes ; car je n'en con— nois pas un seul , et M. le bachelier n'en connoit pas plus que iBOt. Il n'en a produit et n'en produira jamais un senl.

]>E LA BiSCtJSSIOir AMrCÂLE. 2^7

clarté sur la présence réelle , le changement de çvibstance et l'adoration , quelle réponse nou$ doap^ il ? La même qu'à nos raisonneipents tirés 4e h ^ïftcipline du secret et des Liturgies* Il n'e1ltr^ pf|s directement en discussion : il donne le chang0 k sop lecteur, le dévoie et l'étourdit par des citations étrangères à celles qui lui sont objectées ; il oppose las unes ayx autres , et prétend que les siennes expliquent très-suffisamment celles que j'ai mise^ en gvant contre lui (i). Vos dogmes y pous dit-il, ne pp^voient être ni l'objet du secret j ni la dpctripe des Liturgies et des Catéchèses , s'il est vrai qu'ils furent inconnus à la primitive Église, et c'est précisément du secret, des Liturgies , des Catéchèses que sortent en foule des preuves irréfragables sur l'universalité et l'Apostolicité de nos dogmes; mais lui, ne pouvant ni les réfuter, ni les admettre, en détourne 1^ vue, se jette à l'écart, et s'imagine qu'il vg le» dér truire , ou tout au moins balancer leur poids, eu nous montrant ce que nous ne lui contestons aucunement , que les Pères ont en plusieurs endroits désigné les dons offerts, et même consacrés, par les mots de pain, de vin, de signe, sacrement , type, emblème, figure et mémorial; qu'ils en ont parlé comme d'aliments, de breuvage spirituel, de ma»ducation faite avec foi et par la foi. Ces expressions ne prouvent rien contre notre croyance, puisque

(i) Passages ofthislatter description fuUy explain ail passages of the/)rmer description, pag. i3o.

nous les employons nous-mêmes (i). Elles étoient d'autant plus familières aux Pères de l'Église que, tôns blesser la foi, elles servoient heureusement leurs vues, en désignant le Mystère par ce qu'il offre au dehorsuniquement. Les non-initiés s'y arrêtoient Bans rien imaginer au-delà , tandis que les Fidèles perçoient aisément le voile, et passoient de l'apparence sensible à la réalité qui ne l'est point.

Au reste , Monsieur, si vous prenez la peine d'examiner, vous trouverez que ces expressions appartiennent surtout, comme je ne puis me lasser de

(i) Nous disons le Sacrement de l'Eucbarislie , nons disons le type , le signe , mais sous-entendu signe visible du corps invisible. Au Canon de la Messe et même après la Consécration , nous disons : Panem sanctum vitœ œternœ et calicem salutis perpetuœ ; avant de prendre le précieux sang, le prêtre dit : Calicem salutaris accipiamj nous cbantons : Pauls angeliciufit partis hominum : dat panis cœlicus figuris terminum j nons opposons à l'idée des Capbamaites la manducation spirituelle.

Elle se fait cbez nous par la foi ; cbez vous nullement. Car quel si grand acte de foi faut-il faire , s'il vous plaît , pour se rappeler Jésus-Christ à l'aspect du pain et du vin posés sur la table de communion en mémoire de sa mort? A peu près le même que , pour nous souvenir de lui et de la sainte Vierge sa Mère , nousfaisons , quand nous entendons sonner la Salutation Angélique. Mais il faut une foi vive et ferme dans la parole du Sauveur pour le croire présent sous les espèces sensibles , quoi que nous rapportent le goût , la couleur , l'odorat. Cela est si vrai que lesSacramentaires ont rejeté nos dogmes parce qu'ils ne pouvoient prendre sur eux de faire cet acte de foi , et qu'ils opposent sans cesse l'autorité des sens ù notre confiance dans la parole de Jésus-

i Christ*

DE Là DISCUSSION AMICALE. 22g

l'observer, aux écrits que les Pères livroient au public, et aux discours qu'ils prononçoient devant les non-initiés. Ce seroit donc à dire qu'en cherchant dans les écrits de ce genre le vrai sens des Catéchèses, M. Faber supposeroit que les Pères s'exprimoient plus ouvertement sur l'Eucharistie devant les Catéchumènes , les Juifs et les Païens , que devant les nouveaux baptisés au moment de leur première communion ? Ce seroit donc à dire, selon lui, que l'Église prescrivoit une plus grande défiance vis* à-vis de ces derniers, et réservoit ses confidences les plus intimes aux premiers? Mais elle ordonnoit précisément le contraire ; vous l'avez vu , nous l'avons démontré. Cest donc une extravagance évidente de vouloir avec le révérend bachelier interprêter la doctrine qui devoit nécessairement être exposée dans toute sa clarté aux Néophytes parcelle qui nécessairement devoit être voilée devant les Infidèles ; nous expliquer ce qui devoit être manifeste par ce qui devoit rester couvert à dessein , c'est-àdire le clair par l'obscur, la lumière par l'ombre : première conséquence de la méthode que je combats.

XXII. 2*. Admettez un instant les principes et l'argumentation de M. Faber, et vous serez forcé de conclure que la primitive Église ne connut jamais d'uniformité dans sa doctrine et son enseignement, qu'elle ne nous présente aujourd'hui qu'une scène discordante et continue d'opinions opposées et contradictoires, une succession d'Évêques en guerre intestine sur les dogmes , enseignant le pour et le

a30 DEFENSE

contre, les uns la réalité de la présence, le changement de substance; les autres une présence figuréte, tine absence réelle, un changement moral , le pain , le vin retenant leur substance propre avec leurs qualités sensibles , et ne faisant que passer de Tusage commun à une destination religieuse. Parmi ces dernier^ il faudra ranger, si vous voulez en croire M. Faber, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Cyprien , etc., tandis qu'entre les premiers on ne peut s'empêcher de compter Ignace d'Antîoche, Cyrille de Jérusalem, Éphrem, Ambroise, Zenon, Gaudencé de Bresse , etc. , dont nous avons vu des témoignages qui ne laissent aucun doute sur la croyance Catholique : seconde conséquence.

XXIII. 3^. Et non- seulement les Pères seront trouvés en contradiction entre eux, mais encore Avec eux-mêmes. En voici quelques exemples. Selon M. Faber, page 68, il ne se passe rien de physique dans le changement du pain et du vin , dont parle Cyrille de Jérusalem (Catech. myst. 4); tout y est moral , par conséquent ne prouve ni présence réelle de Jésus-Christ au Sacrement, ni changement de substance. Mais Cyrille , qui savoit apparemment ce qu'il disoit, s'explique dans la même Catéchèse en ciBS mfots : « Croyez que le pain qui paroît à vos » yeiix n'est pas du pain , quoique le goût le juge % tel , mais le corps de Jésus-Christ , et que le vin » qui paroît à vos yeux n'est pas du via, quoique le «goût le juge tel, mais le sang de Jésus-Christ. » Selon M. Fabjer , Saint Chrysostome ne reconnoît qu'un changement moral dans l'Eucharistie , parce

DE LA mSCirSSIOlf iiMICALE. a3i

qu'il l'appelle aliment spirituel^ expression pourtant très-Catholique ; mais outre que j dans la même homélie sur la trahison de Judas et dans cent autres endroits dont j'ai déjà cité plusieurs j il établit clafa*^ ment nos dogmes , il suffit ici de vous dire qu'il eM considéré parmi les savants comme suscité par Dieu pour relever et exalter dans l'Église la grandeur et la sainteté de l'Eucharistie. Personne n'en a parlé avec autant de pompe et d'éloquence que ce grand Patriarche. Selon M. Faber^ Saint Augustin enseigna le simple changement moral dans rEuchgristie^lor»f qu'il déclare que les paroles de Jesus-Christ à m% disciples doivent être entendues spirituellemeni\ Mais s'il faut attacher à cette expression le sensqua lui donne M. Faber , Saint Augustin se contredit aveo ce qu'il vient d'établir un peu plus haut dans te même discours. Car il venoit de prouver que non^ seulement on peut adorer Jésus-Christ en le recevant dans l'Eucharistie , mais encore « que l'on pècheroit en ne l'y adorant point. » Voilà donc la réa* lité de sa présence démontrée par l'adoration , et rejetée quelques lignes au-dessous par le simple changement moral. Il faut raisonner de même sur Théodoret. Il n'est donc pas possible que les Pères se sauvent de contradiction avec eux-mêmes ^ si vous adoptez la méthode de M. Faber. Celle , au contraire, que nous avons déduite du secret, des Liturgies, des Catéchèses, les affranchit de tout^ contradiction avec eux-mêmes et entre eux ; ils s'expriment toujours comme ils doivent s'exprimer; ouvertement, quand ils le pouvoient; obscuréin^Ptf

j)3si DÉFEirSE

quand il le falloît; clairs devant les Fidèles, dogmatiquement explicites devant les nouveaux baptisés, réservés et couverts devant les Infidèles. Le tort de M. le bachelier et de tous les Sacramentaires est de chercher la doctrine des Pères où elle étoit nécessairement enveloppée , au lieu de la chercher où elle devoit être indispensablement explicite (i).

XXIV. 4^ Il y a bien plus; la méthode de M. Faber placeroit les Saints Pères dans une dernière et plus funeste contradiction. Déjà opposés les uns aux autres, puis à eux-mêmes dans leurs in*» structions , ils le seroient encore dans leur conduite; leur enseignement auroit condamné leur pratique, et la doctrine qu ils auroient débitée en chaire auroit détruit celle qu ils professoient à Tautel. Ces Hommes Apostoliques, ces pieux et fervents Évêques célébroient , aussi souvent que le permettoient les

(i) A la page i35 de son livre, M. le bachelier me fait dire que d'une part les Pères communiquoient aux nouveau— baptisés le grand secret de la Transsubstantiation , tandis que de l'autre ils dëclaroient aux non-initiés que les éléments du pain et du vin n'étoient uniquemeut (onlj) que des types , que des figures, que des représentations du corps et du sang de Jésus-Christ. « Par cet innocent stratagème , ajoute-t-il , et sans qu'il leur en » coûtât davantage qu'un mensonge bien pommé , les choses s'ar- » rangeoient à merveille. » Il y a effectiven^ent ici un double et très*^ros mensonge. C'est ce mot uniquement que l'on nous prête, qui n'est jamais sorti de la bouche des Pères ni de la mienne , en parlant du sacrifice de la Loi Nouvelle. Otez cet onljr, comme la vérité , la bonne foi et l'honneur l'exigent , et aloi*s nous sommes tous absous , les Pères et moi de mensonge , M. Faber d'im* posture.

DE LA DISCUSSIÛir AMIC3ALE. a 33

circonstances , le service divin à la tête de leurs peuples. C'est là que , réunis ensemble dans un profond recueillement , pasteurs et troupeaux , anéantis sous la Majesté Divine , adressoient au ciel des prières animées par le feu de la charité ; c'est là que le silence , annonçant ensuite l'approche du Saint Sacrifice , le célébrant élevoit au ciel ces sublimes invocations où il appeloit la descente de l'Esprit Saint sur les dons proposés, afin q\i ilyïnt changer, traiis^ former par sa toute-puissance le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. C'est là qu'avant de communier, tous faisoient entendre d'ardentes professions de foi sur la présence du Sauveur par le changement de substances. Enfin, c'est là que, s'avançant tour à tour vers la Sainte Table , inclinés en une adorationvaMçW^^ ils recevoient avec amour et tremblement le corps de notre Divin Sauveur, voilé sous les espèces. Voilà, Monsieur, ce que vous avez vu dans les antiques Liturgies de toutes les Églises Chrétiennes; voilà ce que M. le bachelier n'a pu s'empêcher de lire. Dans l'impossibilité d'y répondre , il en a tristement détourné son attention. Je ne blâme point son silence , car ni lui, ni qui que ce soit au monde n'offusquera jamais les clartés inaltérables des Liturgies. Ce dont je l'accuse, c'est de n'avoir pas eu la bonne foi et le courage de Tàvouer et de s'y rendre; ce dont je l'accuse, c'est d'avoir persisté dans sa méthode, d'avoir continué à supposer les Pères de la primitive Église contraires à eux-mêmes dans l'instruction et la pratique, découvrant le Mystère sans détour aux non-initiés , et

le voilant aux Néophytes ; apprenant aux nations que, dans la Nouvelle Loi comme dans l'Ancienne , le pain et le vin ne sont que des signes, que des figures de Jésus-Christ absent, et néanmoins portant par leur exemple les Fidèles à l'adoration de Jésus-Christ présent sous ces signes , sous ces emblèmes, sous ces mêmes figures. Ce dont je l'accuse enfin , c'est de supposer les Pères tour à tour Sacramentaires en théorie , Catholiques dans les fonctions sacrées du sacerdoce ; partisans du changement moral dans leurs écrits , leurs sermons, après s'être montrés à l'autel intimement persuadés du changement de substance; s'élevant au dehors contre l'idolâtrie du Paganisme , et dans leurs assemblées secrètes exigeant une idolâtrie nouvelle pour les Fidèles, et les obligeant, par leur exemple et à leur suite , de prostituer leurs vœux , leurs adorations à la matière.

XXV. Je me figure ici cette vénérable et nombreuse suite de Pontifes , de Docteurs, témoins de lie doctrine Apostolique , et nos vrais maîtres dans la Foi ; je me les figure ces illustres et saints personnages, secouant la poussière du tombeau, revenus à la vie, se plaçant entre nous et les Sacramentaires , adresser à tous ceux qui partagent la pro* fession et la théologie de M. Faber les paroles suivantes : « Vous qui semblez attacjier tant de prix et d'autorité aux traditions unanimes que nous vous avons léguées ,, et qui n'avez besoin , dites-vous, que de les connoitre pour les adopter , comment avez • vous pu prendre le change sur celles que

DE LA. DlSCnSSlOy AMICALE. !l35

nous avons fidèlement transmises des Apôtres à nos Églises diverses , touchant le plus auguste des Sacrements? Gomment n'avez-vous pas saisi ce que nous avons souvent exprimé dans nos écrits j et que nous allons vous répéter brièvement? Nous vous avons avertis que « les hauteura de TEucha- » ristie passoient tellement les bornes de Tintelli- » gence humaine que c'eut été folie réelle en nous y d'y ajouter foi ^ si elles ne nous étoient venues « la bouche même de notre Divin Fondateur. C'est » lui qui nous a dit : Ma chair est vraiment viande ^

9 mon sang vraiment breui^age 11 ne laisse au«

» cun lieu de douter de la vérité de sa chair et de

» son sang JN'est-ce point là la vérité pure? Que

» cela ne soit point vrai pour ceux qui nient que 9 Jésus^hrist soit vrai Dieu (i). >»

XXVI. Vous avez beau prétendre que vous ne vous laisseriez pas rebuter par les Mystères, que vous admettriez la réalité de la présence et la Titans-* substantiation , s'il vous étoit prouvé que nous les avons admises ; les preuves ne vous manquent point. C'est donc une illusion que vous vous faites.^ La vérité est que votre raison veut tout sonder^ tout pénétrer, et que , ne pouvant arriver au fond du Mystère, elle imagine un changement moral et de vains emblèmes pour échapper à tous nos té* moignages, et accorder sa croyance avec les sens, a Qu'entreprenez-vous , hommes audacieux ? N'est-ce

(i) SfdntHilaîre, livre v m, i€ Tfin^*

2l36 JI>£F£VSE

9 donc pas un excès de folie et de témérité à vous , 9 qui n'êtes qu'un peu de poussière liée ensemble y » de présumer que vous pourrez sonder cet abîme? » Participez au corps immaculé et au sang du Sei- » gneur avec une foi très-pleine (i). Pourquoi vous » efforcez-vous de sonder ce qui n'a point de fond? » Pourquoi tâchez-vous de comprendre des choses 9 incompréhensibles , et de pénétrer ce qui est im- » pénétrable? Croyons Dieu en toutes choses, et ne 9 le contredisons point , quoique ce qu'il nous dit 9 nous semble contraire à nos pensées et à nos yeux. 9 Puisque c'est sa parole qui nous dit : Ceci est mon 9 corps f soyons-en persuadés , croyons-le, et voyons- 9 le avec les yeux de la Foi {t). Je ne demande

9 pas de raison à Jésus-Christ Cest pourquoi,

9 que l'on ne me parle point d'argument quand on 30 me demande de la Foi ; que la dialectique se taise 9 dans les écoles. Mettez la main sur votre bouche ; 9 il n'est point permis de sonder les Mystères (3). 9 L'esprit brut et indocile , dès que quelque chose 9 le passe , le rejette comme une extravagance , 9 parce qu'il surmonte sa portée ; son ignorante

9 témérité le porte à un orgueil extrême lies

9 Juifs dévoient sans hésiter recevoir les paroles du 9 Sauveur dont ils avoient plusieurs fois admiré la 9 vertu toute Divine y et cette puissance invincible 9 sur la terre et les voilà qui profèrent encore

(i) Ephrem., contre la curiosité de sonder les Mystères.

(2) Ghrysostome , homélie xxiii , sur Saint Jean.

(3) Saint Âmbroise , sur Abraham.

DE LA DlSCUSSIOir AMICALE. aSy

» sur Dieu cet insensé Comment celui - ci pourra- » t-il nous donner sa chair à manger? comme s'ils » ne sentoient pas tout ce que cette façon de parler

V enferme de blasphématoire , dès que dans Dieu

t> réside le pouvoir de tout faire sans difficulté

» Que si tu persistes , ô Juif! à proférer ce comment, » à mon tour je te demanderai, moi: comment la » verge de Moïse fut-elle changée en serpent PCotù" j> ment les eaux furent-elles changées en sang? Il » convenoit donc d'en croire plutôt au Christ 9 et

:» d'ajouter foi à ses paroles Pour vous, en rece-

» vant les divins Mystères 9 ayez une foi exempte de 9 toute curiosité. Voilà ce qu'il faut 9 et ne point » faire entendre de comment aux paroles qui s'y » disent (i). » De bonne foi , Messieurs , trouvezvous que cette doctrine ait quelque chose de commun avec la vôtre? S'exprime - 1 - on de la sorte quand on ne voit 9 dans le pain et le vin Eucharistiques , que vos signes inanimés , vos figures mortes? Cette véhémence de langage ya-t-elle à votre changement moral? cette élévation de sentiments à votre pitoyable transition de l'usage domestique du pain à un usage religieux? Des idées aussi matérielles, aussi grossières , auroient-elles inspiré ce que vous venez d'entendre et ce qui nous reste à vous dire ?

Ecoutez :

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