TROISIEME PARTIE
I. J'entre péniblement dans cette ingrate et der* nière partie de ma défense. Qu'elle est triste la tâche qui me reste à remplir ! Au lieu de l'agrément et de la consolation que j'aurois trouvés à louet* l'exactitude, la droiture et la candeur d'un antagoniste, je me vois condamné à marquer les fautes dont fourmille son ouvrage : tantôt des infidélités dans les citations, du dessein dans les réticences j tantôt de la fausseté dans les allégations : ici des dis^ positions hostiles dans le ton simulé de la politeMe et des égards, la perfidie parlant le langage de là simple ingénuité ; là , la malveillance, le dépit s'eihalant en imputations calomnieuses. J'ai déjà eu occasion de faire ressortir plusieurs défectuosités repréhensibles , et je les ai quelquefois relevées avec sévérité, parce que je les regarde, en controverse religieuse, comme des prévarications. Je vais recommencer une lecture rapide des Difficultés du RomanismCj et j'effleurerai plus ou moins légèrement ce que j'y remarquerai de plus blâmable. ,
Je m^ suis étendu sur les questions qui remplissent mes deux premières parties, parce qu'elles sont d'un intérêt général pour les Protestants et les Catholiques, et qu'elles sont décisives contre la Réforme. Quant aux torts de l'auteur auquel je ré-
948 B^FElfSE
ponds , comme ils lui sont personnels , je sens qu'ils ne peuvent êtreque d'un foible intérêt pour le public. Je me serois donc épargné le désagrément de les mettre en évidence , si je n'avois crains l'impression funeste qu'ils auront pu faire sur des lecteurs peu instruits. Mon inclination naturelle , d'accord avec la charité , m'auroit porté à les couvrir d'un voile. L'intérêt de la vérité , le zèle pour le salut des âmes m'imposent le devoir de les exposer à la lumière (i).
(i) Après avoir laissé mon manuscrit reposer pendant dix mois , je viens de le relire. J'y ai quelquefois rencontré , et toujours à regret , une sévérité , une dureté de langage , qui ne me sont rien moins qu'habituelles. Je me suis demandé comment j'avois pu me laisser aller à des expressions aussi opposées à mon caractère qu'à mes principes. On se tromperoit , si on les crojoit inspirées par un esprit de rancune et de vengeance. Sans être insensible aux torts , aux injures qui s'adressent à ma personne , j'ai appris depuis long«>^ temps à les supporter. La réponse de David (liv. ii des Rois , ch. xvi ) est gravée dans ma mémoire , eX servira toa«jours , j'espère , de règle à mes procédés.
Mais avoir en tête un adversaire qui , chargé d'éclairer les peuples sur leurs intérêts étemels, paroît s'être fait un principe de leur masquer la vérité , de leur' peindre la doctrine de la primitive Église sous de fausses couleurs , de leur dicter des assertions trompeuses avec un ton affirmatif : un adversaire qui , ministre de celui qui n'est pas un Dieu de dissension mais de paix , souffle injustement la haine au lieu d'inspirer la réconciliation , enve^ nime les plaies au lieu de les fermer , irrite les esprits et les cœurs au lieu de les rapprocher ; voilà ce qui a quelquefois allumé dans mon âme , je l'avoue , une indignation que je me suis efforcé de comprimer , mais qui malgré mes efforts a peut-être trop percé dans quelqu'unes de mes réflexions. Quoique disposé
DE Ul Discussion AMICALE. ^49
IL A la page lo, ligne 17, de la préface, je lis ces mots : « Imputer au Latin (ou Catholique) ce » qu'il ne soutient pas , et réfuter sérieusement «dès opinions qu'il persévère hautement à désa- » vouer , est un procédé injuste et inutile à la fois. » Maxime fort belle parce qu'elle est juste. Si l'on se fait honneur à la mettre en avant, il faut convenir que Ton s'en fait bien peu à l'oublier , à la contredire, comme fait M. Faber dans ses attaques contre la satisfaction , l'invocation des Saints, le culte des Images et'des Reliques.
III. Je lis à la page 6 , ligne 1 7 : « Le but principal » de la Discussion Amicale y est évidemment de faire » des prosélytes parmi les Laïcs An glois.» Ce reproche revient sans cesse a la bouche de l'auteur. Il est répété avec affectation d'un bout à l'autre de l'ouvrage. Mon but est > selon lui , de faire illusion aux Laïcs, aux familles Angloises qui voyiagent sur le continent, ificapables par leur état de démêler la fausseté de mes assertions et de mes preuves. Or, cet ouvrage, destiné à opérer des conversions continentales, a été d'abord imprimé à Londres, et vendu en grande partie dans cette capitale. Mais voici ce qu'il y a de surprenant , c'est que dans la même page et quinze lignes plus haut, l'auteur venoit de faire cette observation : « Dans une Épître dédicatoire, »cet important ouvrage est adressé au clergé de
sincèrement à rendre justice, sous tout autre rapport , aux qualités de rhomme,'aux talents de l'auteur, je n'ai pas cru qu'il me fût permis de montrer plus de ïûénagement pour son ouvrage. — 6 juillet i8a8.
aSo ]>iF£NSB
» toutes les Communions Protestantes. » En effet rÉpître commence ainsi : (c Messieurs, je ne puis 9 consentir à la publicité que l'on demande pour » une discussion entreprise et conduite dans le se- » cret de la confiance , sans souhaiter qu'elle vous 3» soit directement adressée. Il me semble juste de la » présenter d'abord à ceux de la Réforme , qui, avec » plus d'intérêt à la connoître, ont aussi plus de lu- » mières pour en décider. Qu'elle aille donc et par- » vienne où je le désire : qu'elle subisse votre exa- »men, et reçoive de vous son premier jugement.» Et dans plusieurs endroits, je renvoie mon correspondant supposé aux docteurs de son Église. En voici un, page 8, vol. ii. « Vos théologiens ont ainsi. » que nous les Catéchèses entre les mains. Ils ne vous » auront jamais paru, j'imagine, fort empressés à » vous |es faire connoître. Demandez-leur qu'ils vous » les communiquent, et vous disent ce qu'ils en pen- » sent. Vous verrez qu'ils ne s'y prêteront pas de trop' » bonne grâce; et en vérité, à vous parler sincèrey> ment, il ne le peuvent guère non plus. » En voici un autre : « Au reste, je suis éloigné de vouloir sur- » prendre votre religion. Si vos doutes n'étoient pas » encore dissipés, s'il vous restoit quelque incertitude » sur l'enseignement des Pères touchant l'Eucha- » ristie, vous êtes fort le maître de communiquer » cette lettre, ainsi que les précédentes y à ceux de vos » docteurs qu'il vous plaira de consulter. » Et à la page 409 } vol. II , j'adresse exclusivement la parole à l'Église établie pendant deux grandes pages, en sorte que ma discussion commence et finit par provoquer l'attention et le jugement de vos docteurs.
DE LA BlSCUSSIÛlf AMICALE. ftSi
Voilà, je pense, une réponse suffisante aux pe* tites vues, à la misérable supercherie que M. Faber veut bien me prêter , quand il me suppose le projet de jeter de la poudre aux yeux des lecteurs incapa** blés de méjuger. Je pourrois attester ici vingt per* sonnes de vos compatriotes, que j'aipriées àdiverses époques de soumettre mon ouvrage à l'examen de vos premiers théologiens. Je l'ai toujours désiré, et je le désire encore : et si je ne craignois d'être indiscret, je nommerois des Anglicans d un savoir étendu, et d'un zèle , hélas ! trop rare pour la réunion , qui ont souhaité que la Discussion Amicale futrépandue sur toute l'Angleterre. Quant à moi, loin de redouter les vraies lumières , je les ai appelées, et les ap* pelle encore , pourvu qu'elles soient accompagnées de là bonne foi.
IV. C'est à la page 'lo que M. Faber nous introduit pour la première fois sa chimère favorite , cette conversion fnorale du pain Eucharistique, laquelle revient avec lui cent fois sur la scène , et toujours gauchement, et toujours excitant la pitié despei^ sonnes instruites qui la voient reparoître. M. le bachelier, entiché de son changement moral dans l'Eucharistie, se fait fort d'en prouver l'origine Apostolique, par les témoignages réunis, dit-Il, de Clé*ment Alexandrin , de TertuUien, Cyprien , Augustin, Athanase, Grégoire de Nysse, Théodoret, le pape Gélase, Facundus, Ephrem, etc., ainsi qu'il les place tant soit peu à contre-sens de l'ordre chronologique. N'importe, j'ai démontré précisément Tas^ sertion contraire, vous le savez, par l'autorité de ces mêmes Pères, soit dit en passant. Car ce
a 52 DÉFENSE
n'est pas de cela qu'il s'agit ici pour le moment. Ces mêmes Pères sont clairs , exprès et concluans sur l'invocation des Saints. Conséquemment je les cite avec confiance sur cette question. Que répond alors- M. Faber à la fin de la pag, a38 ? « L'Évêque » ne me produira jamais , pour son invocation des y> Saints , un seul témoignage du second ou du pre- » mier siècle. » Ces paroles sont écrites en caracter.es Romains , eii lettres majuscules et triomphantes. J'entends la tactique de M. le recteur : les Pères du troisième et quatrième siècles sont témoins irrécusa* blës quand il les croit favorables à son opinion. Lui sont-ils contraires? ils ne valent plus rien, il lui faut des Pères Apostoliques : voilà notre homme , son équité y sa logique : il est admirable , en vérité !
V. Les pages a5,a6, 27, sont consacrées à réfuter la défense faite aux Prêtres de se marier. A cette fois le bachelier n'y tient plus; il est tout rouge, et , pendant trois mortelles pages de suite , il jette son feu et sa bile aux très-révérends Pères du second concile de Latran. Il ne prétend pas moins que de les mettre en opposition avec Saint Paul, J'ai déjà prouvé qu'il n'en étoit rien , je vais ici plus loin, et, d'un seul mot, je veux montrer la conformité des plus fortes expressions du concile avec celles de la divine Écriture. Les voici : « Indignum est eos sacerdotes cubilibus et immunditiis deser^ nre. » Paroles qui ont si furieusement courroucé M. Faber contre les Pères de Latran. Mais qu'il se calme un instant , s'il est possible. Je le prie , lui et mes lecteurs , de jeter les yeux sur les quatre premiers versets du chapitre XIV de l'Apocalypse.
DE LA BISCtTSSIOïf AMICALE. a 53
Saint Jean , ravi de l'admirable harmonie qu'il vient d'entendre, nous apprend que le cantique céleste a été chanté par cent quarante-quatre mille bouches , et n'avoit pu l'être que par elles. Cette glorieuse prérogative, M. le bachelier et bien d'autres que lui se seroient en vain flattés de pouvoir la par- . tager. Mais de quelles bouches partoient donc ces voix harmonieuses ? Quelle étoit cette classe de chantres privilégiés ? Écoutez bien M. Faber. a Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. » Hi sunt qui cum mulieribus non sunt coinquinati; virgines enim sunt. Criez à présent , criez haut et très-haut contre Saint Jean , car voilà qu'il a partagé les hommes en deux classes , celle des vierges et celle des immondes ou personnes souillées, coinquinati (i). Il faut prendre votre parti; si vous n'êtes plus des premiers, vous êtes nécessairement des seconds. Eh bien ! ne valoit-il pas mieux vous épargner une sortie virulente et
(i) En empruntant de Saint Jean l'expression immondes ou penonnes sonillées , coinquinati, je suis loin de vouloir insinuer que TApôtre bien-aimé , dans le passage de l'Apocalypse que je yiens de citer , ait attaché quelque ignominie au mariage ; j'ai voulu seulement prouver que la virginité étoit lin état plus parfait , et que Notre Seigneur avoit daigné la récompenser par des privilèges et des honneurs auxquels les personnes mariées ne pourroient prétendre ; par conséquent que les Pères du Concile de Latran ont pu employer le mot immundiliis , qui répond à celui de coinquinati de l'Apôtre Saint Jean sans flétrir le mariage , et pour désigner la pureté que l'Eglis'e Catholique exige des Ministres des Autels.
tt54 DJÉFfNSB
scandaleuse ? Ne valoit - il pas mieux vous taire et baisser respectueusement la tête devant vos supérieurs de Latran qui en savoient plus que vous ?
YI. Au chapitre III, sur la Tradition , page 46| l'injure s'adresse à moi personnellement. c< Un exact » observateur ne lira pas les réflexions de l'Évéque » sans être frappé Ae% faussetés étranges dont elles 9 sont entremêlées. » Et il cite ma lettre quatrième^ où j'établis la nécessité de la Tradition par la doc-> trîne de l'Église primitive. Que fait M. le bachelier? A l'Église primitive et universelle, dpnt je parle, il substitue l'Église Latine dont il n'est point question. Il part de cette adroite substitution pour argumenter plus à l'aise contre le raisonnement qu'il me prête. Ouvrez , je vous prie , Monsieur, ma quatrième lettre : vous verrez que je tire mes pi*euves 4e Clément Alexandrin, Basile, Chrysostome , aussi bien que de TertuUien , Cyprien , Augustin , Yincent de Lérins ; et , en première ligne , du Concile de trois cent dix-huit Évêques , du premier Concile de Nicée dans l'affaire de la Rébaptisation et dans la condamnation d'Arius. P/eut-on , je vous le demande, marquer plus magnifiquement l'Église universelle et primitive, que par ce grand et antique concile, accepté dans le temps par toutes les Églises, et célébré depuis par tous les siècles Chrétiens? Et cependant M. Faber a bien le front de dire à ses lecteurs que mes preuves se bornent à l'Église Latine ï Et; dans ses prétendues réponses, il ne voit que l*Église Latine y dont il se moque ayec tant de goût et de bon ton. C'est ainsi qu'à Faide d'une substitution de mot frauduleuse, il trompe ses lecteurs
DE lA BISGTTSSIOir AMICALE. a 55
et s'attache à réfuter ce que je n'ai point dit. Je vous ai vu persuadé que M. Faber étoit un terrible théologien. Jugez*-le maintenant par ce seul trait ^ et convenez qu'il n'est pas même, ce que vous appelez dans votre pays a /air honestman, un homme droit et franc , un honnête homme. Ce langage n'est point celui de la politesse , j'en suis vraiment peiné ! le moyen , s'41 vous plaît , d'exposer poliment une si indigne manœuvre ?
Au même endroit, n° i , vous lisez ces paroles t
• L'Église lAitine, nous le savons , a transmis jusqu'à »nos jours diverses doctrines, diverses pratiques. » Quelques-unes ont été reçues , d'autre rejettées par »les Protestants, Or, ce procédé est censuré par l'É- » vêque, et selon lui nous aurions dû, pour être çonséyquents, recevoir ou rejetter toute la masse. » Voilà ce que me fait dire M. le bachelier : toujours l'Eglise Latine au lieu de l'Église Universelle. Voici ce que j'ai dit à la page 196, vol. i, mentionnée par luî. Plu- » sieurs s'apperçurent déjà (dès les premières con- »troverses) que dans le parti on avoit poussé les » choses trop avant. Ils commencèrent d'entrer en » composition sur le principe , voulant bien admettre »la tradition sur certains points, et pourtant la re- » jettantsur les autres pour l'honneur de la Réforme.
• Ces concessions premières en ont amené de plus » franches et de moins limitées. Des esprits sages, » fort éclairés , venant à considérer de sens rassis les
• préceptes de l'Apôtre, l'esprit de la primitive Église, » et la confiance que l'on ne pouvoit refuser à la » piété, à la ferveur des premiers siècles, à la déposi- » tion, au témoignage de tous ces Saints Évéques, ces
a56 DEFENSE
» ilustres Martyrs de Jésas-Christ ont senti la force » invincible des preuves, et ont adopté franchement » Les idées et le langage de l'antiquité sur la Tradition . » Parlé-je dans ce passage de l'Église Latine seule , ainsi que M. le bachelier le donne à croire à ses lecteurs? N'est-ce pas de l'Apôtre, de l'Église primitive, des premiers siècles en propres termes ? Et en propres termes encore de tous leurs Saints Évéques, de leurs illustres Martyrs? Ne voyez-vous dans tout cela que l'Eglise Latine? Et peut-on sans la plus indigne fausseté faire semblant de n'y appercevoir qu'elle seule, qui ne s'y trouve ni nommée ni désignée exclusivement ? N'ai-je pas eu raison de dire que l'autorité des premiers siècles, décrits ainsi que je l'ai fait, devoit être admise dans toutes les questions , et qu'il ne pouvoit être permis de la rejetter sur quelque^ dogmes , quand on a été forcé de l'admettre sur d'autres.
VII. Vous allez voir la même infidélité reproduite par M. le bachelier à la page 5r. a Au jugement de » l'Évêque , dit-il , la Tradition est d'une telle impor- }» tance, tellement essentielle, que le Canon même » des Écritures en dépend. Donc en rejettant la tra- » dition de l'Église Latine nous ébranlons l'autorité » des Écritures. ».Eh! bon Dieu! Qui lui parle de la tradition de l'Église Latine ? Je n'ai parlé que de la tradition universelle et primitive. Voici mes paroles, page 177, vol. I : « Très-positivement vous » êtes redevables des Écritures à la Tradition ; sans » elle vous ne sauriez comment vous y prendre » pour démontrer leur authenticité; car on ne sau- » roit prouver qu'un livre soit de tel Apôtre ou de
DE ZJL BTSCUSSIOir AMICALE. a £7
» tel Évangélîste, que parce qu'il a été reçu et lu comme » tel dans les Églises. » Expression générale qui comprend à la fois toutes les Églises fondées par les Apôtres et leurs successeurs ^ celles de l'Orient non moins que celles de l'Occident , les Églises de la Chrétienté. Il est clair que je fonde sur leur témoignage Tauthenticité de nos Écritures , et non sur Tunique autorité du siège de Rome> ainsi que me le fait dire mon véridique antagoniste, on tfie naked dogmatical authority qf the see of Rome. Il savoit fort bien que cette opinion n'étoit pas la mienne 9 car mon livre étoit sous ses yeux. Mais il lui conyenoit de le faire accroire à ceux qui ne peuvent me Ure. C'est la troisième fois que, dans le même chapitre , il trompe ses lecteurs par la plus odieuse supercherie. Ou j'ai mal connu le caractère anglois, ou M. Faber ne se fera point honneur dans l'esprit de ses compatriotes par des manières aussi malhonnêtes, des procédés si fort au-dessous d'un galant homme.
Vni. Dans son chapitre iv, page 56 , à la fin , M. le bacheliei: enseigne que les paroles ; Ceci est mon corps, se peuvent entendre dans le sens de l'Église Catholique et dans celui de l'Église Anglicane, dans le sens littéral en principes de grammaire, dans le sens figuré en principes de rhétorique ; et là-dessus il entre 6n explications embrouillées. Parlons clair. Un corps qui n'est présent qu'en figure est absent en réalité ; or, selon le sens de votre bachelier, le corps de Jésus-Christ n'est présent à rSucharistie qu'en figure : donc, selon lui , il est ab-
iâ8 DÉfÈx^sfi
ieot en réalité ; et il s'efforce partout de le prouVer. A la bonne heure. Mais puisqu'il est doué d'une Vue assez perçante pour appercevoir claire-^ inentdans Ceci est mon corps Tabsence réelle de ce même corps, comment a-t-il pu commencer son chapitJre par nous dire que les deux Églises, la nôtre et \à tienne , admettent la doctrine de la présence réelle ? a La grande différence entre Tune et l'autre > consiste principalement dans la^Transsubstantia- 3» tioil... Quant à la doctrine de la présence réelle, » toutes les deux la maintiennent , (vith respect to * the doctrine ofthe real présence^ thej both holdit.n Comment! l'une croit en la présence réelle de son Sauveur^ l'autre en son absence réelle, et toutes les deux tiennent la même doctrine? Les Catholiques rejettent la figure pour embrasser la réalité, les Anglicans ftiodernes ont mis la réalité à l'écart pour s'attacher à la figure , et pourtant les uns et les autres maintiennent le dogme de la présence réelle, chacuh de son côté! Quelle extravagance! quel galimatias! A*t*on jamais pensé , a-t-on jamais rien dit de pareil? Est-il permis de se contredire ainsi soi-même , et de aie joUer de ses lecteurs à ce point?
IX. A la page 66, ligne i3 , il est curieux de l'entendre encore : « Si nous trouvons , dit-il , dans * l'espace de plusieurs siècles l'interprétation figurée » adoptée par l'Église Primitive et Catholique, nous *> obtiendrons de sa vérité une certitude morale. » Vous voyez bien ce que M. Faber cherche dans l'Église Primitive; il court après son sens figuré , il réut vous en prouver la certitude morale. II ne
1>Ê LA DlSCiUSSIOlS' AMICALE. iS^
disoit doîiti pfts vrai lorsqu'il cléclaroit qu'il sâ4iMent Cdmtne tiotis le dogme de la réalité. Il étëdd i«{ l'Église Primitive à un espace de plusieurs siècteb^ el il a raison; ailleurs, il la bortie au second sièdë, et' il a tort. Vous le voyez, Monsieur , il ne faut qtié 4« rapprocher de lui-même pour le placei* en conthà*diction entre lés notions opposées qu'il ad6pte t^ur à tour»
X* Dans la note, page 71 , le passage de Saint Grégoire de Nysse présente quelques exemples de chaiigements internes qui n'en laissent appercevoî!^ aucun à l'extéri^îur : telle la pierre des autels consacrés, qui n'en conserve pas moins ses quatlEéd sensibles ; tel le Laïc, qui, parla consécraltion et l'onction de l'huile sainte, est changé en I¥étfie, sM§ que l'homme ait cessé de paroître ce qu'il éteSt atl d^oris; telle l'Eucharistie où le changenfieWf dui pain ne se fait pas sentir à l'extérieur. Sous oe ra^po^t,elle esttrès-justement classée avec les autres exemples^ et pourtant, parce que à la différence des change* metits rapportés, celui du pain Eucharistiqtre tombô sur la substance, Saint Grégoire a soin de le dédaref expressément , crainte sans doute qu'en n'y voyant rien au-delà des objets comparés , on ne donnât à son sentiment une interprétation erronée. C'est 'J>récisément ce qui est arrivé à M. le bachelier ^ et qu'il auroit évité s'il avoit pesé ces paroles <Ju*ii transcrit sans les avoir comprises. « Mais après la • consécration il (le pain) déifient, est appelle le » corps de Jésus-Christ. » Voila le dogme rendu par tine expression décisive, il déifient; it becomes the
^So DJSfËEfSB
bodjr of Christ. M. Faber a tracé ce mot de sa main ; sa langue ne le prononceroit pas. Si elle y consent , Dieu soit loué! Je ne lui en demande pas davantage ici. Au reste je le .remercie de m'avoir fourni une nouvelle preuve dans le texte même qu'il a cité en objection contre moi.
XI. Serez-vous de mon avis , Monsieur ? Je pense que j dans les matières importantes du salut , il est soiiverainement criminel de présenter le mensonge k ses lecteurs avec l'assurance qu'un galant homme mettroit à leur présenter la vérité. Ouvrez, je vous prie y à la page 73 , et lisez en tête cette sentence dogmatique à double partie : « Toutes les fois que » les Pères condescendent à nous donner une défi- »nition précise et explicative (sur FEucharistie), »ils nous disent nettement, et nous le répètent »à reprises réitérées , que les éléments consa* ncrés sont, uniquement les types, ou les figures,
• ou les symboles, ou les images allégoriques du » corps et du sang du Christ (première partie de
• la sehtence); et comme s'ils avoient à cœur de » nous ôter toute possibilité de méprise , ils nous 9 avertissent assez souvent que nous ne mangeons » point à la lettre le corps, et qu'à la lettre nous ne » buvons pas le sang ^e Jésus-Christ, quand nouspar- » ticipons à l'Eucharistie. » (Seconde partie.) Manger le corps et boire le sang à la lettre , c'est boire et manger à la Capharnaïte ; manducation charnelle et barbare, en horreur à tous les siècles et à tous les peuples Chrétiens , et dont par conséquent il ne saui*oit être question entre nous. Mais comment les
DE tk DlâCÛâSlOlf AHICALE. 261
iPères auroient-ils enseigné qu'après la consécration il n'y a que des types ou des figures dans la sainte Eucharistie , eux qui nous apprennent qu'elle étoit adorée par tous les fidèles avant de la recevoir? Eux qui nous disent que ceseroît pécher que de ne Tadorer pas? Eux qui l'adoroient toutes les fois qu'ils célébroient la Liturgie à la tête des Fidèles ? Vous avez vu , Monsieur , les preuves multipliées et démonstratives de la croyance des Pères sur la réalité du corps et du sang dans le Sacrement de l'Autel. La vérité est donc que dans leurs Catéchèses , ils l'ont enseignée avec autant de clarté et d'énergie que nous pourrions le faire , et qu'ils en ont parlé sans déguisement quand ils l'ont pu faire saris trahir le secret. Le mensonge est que j même en couvrant le Mystère , ils soient allés jusqu'à dire que , dans les éléments consacrés ^ il ne se trouvoit que des types, ou que des figures j ou que des symboles du corps de Jésus-Christ. Jamais , non jamais ces expressions exclusivement négatives ne sont sorties de leur bouche; jamais leur main ne les traça. Très-certainement elle les auroit tracées mainte et mainte fois , et leur bouche les auroit mainte et mainte fois prononcées , si elles avoient répondu à leur croyance. M. Faber nous en auroit alors victorieusement rapporté les nombreux passages. Mais ni lui ni qui que ce soit ne les a trouvés; ni qui que ce soit, ni lui n'en a pu encore produire un seul, et ne le produira jamais. Et cependant ce malheureux homme a bien osé dire d'un ton affirmatif à ses compatriotes et devant Dieu que les écrits des Pères étoient remplis
de pareik passages. Que je plains les lecteurs! Car naturellement ils ajoutent foi au ministre qui défend leur croyance, et leur présente avec la plus grande a^urance des assertions dont ils ne peuvent soupçonner ni découvrir la fausseté. Oh ! s'il m'étoit donné de faire éclater ma voix sur toute TAngleterre, je dirois à ses généreux habitants : Soyet nos juge^. Prononce» entre une doctrine qui ne peut être attaquée que par des; outrages continuels à la vérité, et celle qui ne peut être défendue que par d'aussi indignes artifices.
XII. Si M, Faber se gêne si peu avec les Saints Pèreà , et prend la liberté de leur faire dire ce qu'ils n'ont ni pensé n} dit , je ne dois pas m'étonnner qu'il se permette avec moi la licence de supprimer, dé changer mes paroles et de me mettre les siennes à la bouche» H est vrai que , pour faire passer ce genre habituel d'impolitesse, il a soin de l'accompagner bien vite de quelque épi thè te gracieuse, ou bien d'ajouter, comme à la page xoo, que mon argument lui paroit manié avec assez de dextérité , tandis qu'il meparoît,à moi, dans l'exposition qu'il vient d'en faire, d'une maladresse et d'une gaucherie insup*portables. J'ai eu souvent occasion de noter quel- 4]ues endroits de mon livre, qu'il a travestis à sa manière.
Il seroit fastidieux de le suivre dans tous ses détours, et de mettre à découvert toutes les ruses qu'il se passe en ce genre; pauvre et misérable ressource de ceux qui veulent à toute force défendre une cause désespérée , et qui n'auraient rien de
DE LA DISCUSSîOir AMICALE. J^
raisonnable à répondre , s'ils ne comïpençoiwt par défigurer les raisonnements qu'ils entreprennent: de réfuter.
Xin. Mais voici un tour de sa façon' qui méritfi d'être exposé, car je conviens que seul il suffiroit. pour faire la réputation de son auteur par la hardiesse de mensonge qui le distingue. « La théorie 4^ » l'Évêque, dit-il page 98, peut se réduire , d'après I^ » tendance de son livre , à ce qui sjûit : U discipline ji secrète de lancienne Église a eu pour cause unique » le dogme de la Transsubstantiation ; car, dans la 9 nature des choses, elle n'a pu avoir absolurnent tune autre cause que celle-là; d'où il suit que le « grand, l'unique secret, le secret spécial des IVÏystè- »res Chrétiens, étoit la doctrine de la Transsubstan- » tiation. » Autant de faussetés que de mots. Je parle de la présence réelle ; M. Faber lui substitue laTrans- 3ubstantiation. Je dis que le secret, relativement k X Eucharistie y a eu et n'a pu avoir que la réalité ppuf cause : il me fait dire que la discipline, secrètç dç l'ancienne Église a eu pour cause unique le dogme de la Transsubstantiation. De ce qu'il vient d'avancer en mon nom, il me fait conclure que le grand ^ l'exclusif secret, le secret spécial, des Mystères Chrétiens étoit la doctrine de la Transsubstantiation. Ce dernier mot se trouve deux fois dans ses deux phrases, et une seule dans tout mon chapitre. Je me borne aux Mystères de l'Eucharistie , et il fait croire que je comprends tous les mystères du Christianisme.
M. Faber, s'adressant surtout à ceux de ses com-
^64 IxtFESSE
patriotes qui ne lisent pas le françois , se donne on grand air d'impartialité à leurs yeux , en citant une phrase de mon livre , qui prouve que je dis vrai et lui faux: la voici telle qu'il la rapporte en note, page ^ : «Or, je me flatte à présent, Monsieur, que vous » voyez clairement que la discipline du secret sur • FEuchariêtie a eu effectivement le dogme de la » réalité pour cause, et n'a pu en avoir d^utre. » Ten appelle à tonte personne qui entend le françois. Cette phrase est-elle susceptible du sens que lui donne M. Faber ? Qui peut y voir la Transsubstantiation ? Je ne parle que de la présence réelle. Qui peut y voir les Mystères du Christianisme? je ne parle que de la présence réelle ; je la donne pour cause du secret sur rSucharistie ; car de la réalité sortent toutes les hauteurs qu'enferme cet auguste Sacre^ ment. Mais cette conclusion qu'il m'attribue, où M. le bachelier l'a-t-il prise , je vous prie , sinon, avec le reste , dans le délire d'une bizarre et fougueuse imagination ?
C'est encore là seulement qu'il a pu lire que la réalité est ^la seule cause de la discipline du secret. Cette assertion n'est pas de moi. J'ai précisément écrit l'assertion contraire, vol. i , p. 344? lig- 3» 4> en ces mots : a Je me propose d'approfondir avec » vous la discipline qui regarde le secret inviolable , » que les Fidèles observoient sur les Sacrements et » spécialement sur celui de l'Autel. » Je savois bien aussi qu'elle couvroit encore , vis-à-vis des Païens , les Mystères de la Trinité et de l'Incarnation. J'aurois donc pu dire qu'elle s'étendoit à l'un et à l'autre
DE LA BISCtTSSIOir AMICALE. a65
de ces Mystères comme à tous les Sacrements. Je ne Tai point dit , par la raison fort simple que je n'écrivois point l'histoire générale de cette discipline; mon but étant de ne la considérer que sous le rapport de l'Eucharistie , j'ai dû me borner à mon sujet , et non me jeter impertinerament dans une digression diffuse sur chacun des objets compris sous la loi du secret.
XIV. A la page i oo, M. le bachelier revient encore à dire que tout mon argument porte sur ce fondement ruineux ^ « que la doctrine de l'Eucharistie » étoit le secret exclusif àes Mystères du Christia- » nisme. » Il soutient avec raison le contraire. Que m'importe? et à qui en veut-il? Je n'ai rien avancé de pareil. Il soutient ensuite que non-seulement l'Eucharistie n'étoit pas le sujet exclusif de la discipline du secret y mais même qu'elle n'en étoit pas le sujet principal. Et que m'importe encore ? A qui donc en veut-il ? Il n'y a pas une syllabe de tout cela dans mon livre. Il lui a convenu apparemment de me prêterles expressions secret exclusif, secret prin^ cipal; mais encore un coup Je n'en veux point; elles ne sont pas à moi , elles appartiennent exclusivement aux Difficultés du Romanisme^ nullement à la Discussion Amicale. Au nom de Dieu , que chacun reprenne son bien où il le trouve.-
XV. M. lebachelier entre ici dans l'exposition des Catéchèses de Saint Cyrille, dont les dix-huit premières étoient pour les Catéchumènes , les cinq dernières pour les Néophytes. Les premières roulent souvent sur la Trinité , et ne présentent qu'une
^6Q DÉFESSE
courte, mais forte allusion à TEucharistie (i), développée plus tard aux nouveau-baptisés dans deui^ des cinq Catéchèse^ qui leur étoient destinées. .Tout le monde sait que le Baptême se confère au nom de la Très-Sainte Trinité. Cela posé, on sent ce que l'observation de M. le bachelier a de niais, XI est tout surpris qu'U soit si souvent question de la Trinité devant ceux qui dévoient être baptisés en son nom, et tout surpris qu'il n'y ait pour eux qu'une simple, allusion à l'Eucharistie , que la loi obligeoit de. leur cacher jusqu'après le Baptême. Nouvelle preuve d'érudition d'un autre genre : M. le bachelier remarque que, dans la dernière des Catéchèses , il est liait mention de la prière pour les Morts, « EUe comipençoit à cette époque, observe-t-il très-savamment page io5, à s'introduire dans le monde, mais non sans une grande opposition, » Il ne savoit donc pas encore qu'elle est, dans toutes les Liturgies, pireuve certaine de son Apostolicité. Quant à sa
■yi I .id
N (i) La Toicî : « Si le Seigneur vous en juge digne , vous saurez M plus tard que le corps du Christ , conformément à l'Evangile, w supporte le type ju pain. » M. Faber ne sait trop ce que cela veut dire , à mpias , ajoute-t-il , qu'il ne signifie que le pain est Iç type ou la fi^re du très-précieux corps. C'est prendre exactement l'inverse de Saint Cyrille : voilà ce que l'on appelle un eoQtresens. Pour tout initié , la phrase est claire : la substance divine soutient l'apparence du pain , ses qualités sensibles , soutient la figure, le type, la représentation du pain. Dans Saint Cyrille c'est le corps de Jésus-Christ qui représente l'image du pain : dans M. Faber c'est le pain qui représente le corps de
J^i|M]hrist*
DE LA DisGus&ioir AMICALE. a€y
grande opposition dans le quatrième sièdei c'e^t pure fiction ; car on ne doit compter pour rien un Arius, un Vigilance y condamnés alors par toutes le^ Églises du monde.
XVI. Après unp loftgue digression sur le dogm^ de h Trinité, qui n'a rien de commun avec ma Dis^ cussion ^micalej M, Faber conclut victorieusement que FEucharistie n'étoit ni le jsecret unique qi le secret j9r«/?ci/3fl/ des Chrétiens. Grand bien lui £ai3ae; je &uis étranger aux dix mortelles pages de cette dissertation. Mais à la page 1 1 5 il arrive enfin au fait ; il annonce que la présence réelle (la Transsubstantiation , selofx lui, car il met toujours un mot pour l'autre) n'entroit absolument pour rien dans le ^cret, Oh ! ceci ipe regarde. J'espère que vous savez piaintenant à quoi vous en tenir sur cette question; et je m'assure quç M. le bachelier s'avisera plus sagement , s'il revient dans la suite à la traiter* Je lui livre mes preuves, à lui, au^ théologiens de sop Église, à.tou^ceux des Communions Protestantes qui partagent son opinion contre la présence réelle de Notre Divin Sauveur dans son Très^Saint Sacrement de l'Autel. Ils ne les détruiront pas,
M. Faber présente et admire av^c raison 1^ discipline du secret comme un des sujets le^ plus c\xv\ç\ai de l'antiquité ecclésiastique. H ne paroît cependapt point l'avoir trop approfondie. Elle lui auroit suggéré 4es réflexions bien différentes des siennes. Je je soupçonne même de l'avoir bien peu connue av4nt la Discussion jimicale. Cette vénérable et antique loi du secret., scellé^ par te sang d^ plu^ieuriS M»r-
a68 DÉPENSE
tyrs y est une raine féconde en preuves sur des points très-importants , révoqués en doute par l'ignorante témérité de ces derniers siècles. Je suis loin dePavoir épuisée : d'autres y pénétreront plus avant. J'applaudis de loin à leurs succès j heureux de leur en avoir signalé la route, et de les avoir mis sur la voie. XVII. Dans ma Discussion Amicale j'avois interpellé sérieusement tous les Sacramentaires ; je les interpelle encore aujourd'hui, M. Faber à leur tête, et aVec lui tous ses confrères de l'Église Anglicane depuis 16621, de nous déclarer franchement pourquoi l'Église primitive avoit ordonné un secret inviolable sur l'Eucharistie. Donnons-leur le temps de bien méditer leur réponse. Il s'en passera beaucoup, j'en ai peur, avant qu'ils nous en donnent une satisfaisante. Tout le monde sait et convient que l'Église primitive avoit prescrit strictement de cacher aux Infidèles ce qui se disoit, ce qui se passoit dans ses assemblées , loin des profanes. Après tant de siècles, comment connoître ce que les Fidèles y ont si longtemps pratiqué entre eux, à l'insçu des noa-initiés? Les Liturgies , en paroissant au jour, l'on manifesté à l'univers. Elles ont dévoilé à tous les regards l'intérieur de ces saintes assemblées. Elles nous retra* cent encore aujourd'hui les prières , les actes de foi, d'espérance , de charité, les actions de grâces qui précédoient, accompagnoient et suivoient le sacrifice non sanglant de la Nouvelle Alliance. J'en ai donné le détail assez étendu dans ma neuvième lettre , depuis la page 388 jusqu'à celle 445 de mon premier voliune. M. Faber fait mention de cette
DE LA DlSCnSSlOir AMICALE. 269
lettre ; il Ta du moins parcourue : et qu^en a t-il dit? Rien y Monsieur. Il n'ose fixer les Liturgies; leur éclat blesse la foiblesse de son organe ; il en détourne ses regards, et courtise jeter sur des lieux communs. Vous en avez vu la réfutation dans ma seconde partie.
XVni. J'avois remarqué que les Pères découvroîent le^fond du Mystère aux Fidèles et le masquoient aux non-initiés. M. Faber me reproche ^ page i35, d'avoir attribué aux Saints Pères de la duplicité en principes et en conduite : il m^accuàe de les avoir fait mentir. « Admirable stratagème , s'écrie-t-il , que » l'Évéque a trouvé là ! Aux initiés ils déclaroient le » grand secret de la Transsubstantiation » (delà réalité y aupoit*il dû dire : il se trompe toujours de root, et met l'un pour l'autre ) ; ce aux non-initiés ils assu- » roient positivement que les éléments consacrés » étoient seulement les types 9 les emblèmes du Corps » de Jésus-Christ. » Cette dernière assertion est de toute fausseté ; le gros mensonge est dans le seule^ ment , Vonljr de M. Faber ; je l'ai déjà montré. Je ne veux ici que justifier le procédé des Saints Pères , et les absoudre de mensonge/ en m'appuyant d'une décision de Saint Augustin , qui apparemment en ssivoit bien autant eu niorale que M. le recteur de Long'Neivton. « Quiconque , dit ce grand homme ( 1 ),
(i) tt Qui simplex cor babere appétit , non débet sibi reus vi- » deri , si aliquid occultât quod ille , cui occultatur , capere non » potest. Nec ex eo arbitrandum est licere mentîri. Non enim » est consequens , ut cùm verum occultatur , falsum dicatur. m ^ugust. } co/i^ra Mendacium, cap. 10,
an 2 DEFENSE
que vous voulez être Catholiques' en Angleterre comme nous le sommes en France.
XX. a Certes, ajoute peu après mon auteur, nous » honorons Luther, Zwingle et Calvin à cause de
» leurs œuvres , sans toutefois nous croire, obli-
» gés d'accorder entre eux ces trois Éminents étran- » gers. » Il faut donc que je mette les lecteurs au Élit sur les trois héros auxquels il prodigue avec ses hommages le titre ai Éminents. Ceci va devenir un peu long, mais est nécessaire. Le pas est à Luther. « Je brûle , disoit-il , de mille feux dans une chair inj» domptée. Je me sens poussé vers les femmes avec 9 une rage qui va presque à la folie. Moi , qui devrois » être fervent en esprit, je ne le suis qu'en impu- » reté (i). Fort de mon savoir, il n'est ni Empereur, » ni Roi, ni Diable à qui je voulusse céder, non pas » même à l'univers entier (a). » U connoissoit si bien son immoralité, nous apprend son disciple chéri, qu'il souhaitoit qu'on l'éloignàt du ministère de la prédication (3). « Je tremble, écrivoit Mé- » lanchton , quand je songe aux passions de Luther. » Elles ne le cèdent point en violence aux emporte- » ments d'Hercule (4)* » « Cet homme , dit un de ses » contemporains réformés , est absolument furieux. j> U ne cesse de combattre la vérité contre toute » justice, même contre le cri de sa propre con-
(i) Luth. , Entretiens de table.
(2) Resp, ad maled. Reg, Ang,
(3) SleîdaD , liv. 11, an iSao.
(4) Lettre à Théodore,
DE LA DISCUSSION AHIGAt£. 37 S
3» science (i). » ccll est enflé d orgueil , d'arrogance ^ » et séduit par Satan (2). » <t Oui , Satan s'est rendu » maître de Luther au point de fa^re croire qu'il en » veut à la possession de cet homme tout entier (3). » « Il a écrit tous ses livres par l'impulsion et sous la » dictée du Démon , avec lequel il eut affaire, et qui, » dans la lutte, paroît l'avoir terrassé par des argu- » ments victorieux (4). » « Véritablement Luther est » fort vicieux , disoit Calvin. Plût à Dieu qu'il eût » pris soin de refréner davantage l'intempérance D qui bouillonne en lui de tous côtés! Plût à Dieu » qu'il eût songé davantage à reconnoître ses vij!> ces (5). » Oh ! l'honorable , l'éminent personnage que voilà !
XXI. Que le second paroisse sur la scène. « Je ne » saurois , dit Zwingle de lui-même , dissimuler le feu » qui me brûle et me pousse à l'incontinence , puis- » qu'il est vrai que ses effets ne m'ont déjà que trop » attiré de reproches déshonorants^parmi les Égli- » ses (6). » ce Luther déclaroit franchement que D Zwingle étoit une progéniture de l'enfer » (quelle origine pour l'honorable et éminent personnage de M. Faber!), « un associé d'Arius, un homme
(i)Hospîmen.
(2) OEcolampade.
(3) Zwingle.
(4) La Chr. de Zurich cont, ta confess, de Luther, pag. 61.
(5) Cité dans C. ScLlussenberg.
(6) In P arènes ad'Hçl^et, , foj. 4» •
» qui ne méritoit pas qu'on pri&t pour lui (t). 9 a Zwingle , écrîvoît Luther, est mort et damné , "h touiant comme un larron et séditieux contraindre 3 les autres, à force d'armes, à suivre son erreur (a), ^ Brentius , celui que Tévêque Jewel appeloil le grave » et sa van t vieil lard , déclare que les dogmes des Zwin- 9 gliens sont diaboliques , pleins d'impiétés , de dén pravationset de calomnies; que Ferreur de Zwingle n sur rEucharistîe(celle de la figure, si chère àM, Fajh ber) en entraînoit beaucoup d'autres encore plus » sacrilèges (3). i» « Heureux qui n'a point assisté au » conseil des Sacramentairesl » (ce sont les parti* sans du sens figuré , tels que les Anglicans modernes ) ; ce heureux qui ne s'est pas arrêté dans la voie 3^ des Zwingliens , et ne s est point assis dans la chaire )> des Zurichois ! Vous entendez ce que je pense (4). » Telétoit dans sa doctrine, dans ses faits et gestes, ce Zwingle aujourd'hui si honorable, si éminentaus, yeux de M. Faber.
IXn. Terminons Fesquîsse du noble et pieux Trtunrvirat par quelques traits surCalvin. « Ne faites 9 Eatite, écrivoit-il à un de ses amis puissants, de
9 défaire le pays de ces zélés fanatiques qui veu-
» lent faire passer pour rêverie notre croyance. » Pareils monstres doivent être étouffés comme fis • (je) en l'exécration de Michel Servet, Espagnol. A
(i) Tome 2, fol. 36 , cité dans Florimond*
(2) Ibid.
(3) Brentîus, in Recogn, Prophet, et Apost,, in fine.
(4) Luther , Epist, ad Jacoh,'^pre^t,
DE LA BlSCUftdlOII AHICALE. 9|$
9 rdvfsnfr, ne pensif (jç) pas que per^o^po $'avisf!ilQ 9 faire chose semblable. » u Calvin , je le s^is^ efit yip» »lpnt, il e^t pervers; tant miéuf. Voilà Tbomma t qu'il noi»^ faut pour avaqççr îiQ» ^faires ( i .). ji ^ » Calvin, a dit Bucer , est un vrai chien enragé. Cet 9 h.oa)m9 est mauvais ,,et juge de9 gens suivait qu'il n les aime pu les hait. » ^ 1 5S8 parut à Londres un écrit approuvé par les Évéques Aqglicans (a) contro la secte Calvinienne. Calvin et Bèze y sont dépeints comme des gens orgueilleuse , intolérants , qui» par révolte ouverte contre leur prince légitime i avpient fondé leur Évangile, et prétendoient dominer les Eglises avec une tyrannie plus odieuse que eelle reprochée si souvent par euic auic Souverainis Pontifes. Les Évéques Anglicans protestent , devant le Dieu Tout-Puissant, que, $ parmi tous les textes » de l'Écy:iture cités par Calvin ou ses disciples en f faveur do l'Église de Genève contre celle d' Angles 9 terre (qui alors croyoit à la présence réelle)^ il » ji'en 0ât pas un seul qui ne soit détourné dans un • sens inconnu à l'Église et k tous les Pères depuis » les Apôtres (3); en sorte que, s'ils revenoîent à la
(i) L'ÂUemand Wolmar, qui , en lui donnant à Bourges des loçoBs de 6ree et d'Hébreu , l'aroit farci des nouvelles doctrinefl de la Germanie.
(a) jé Survey oj ihe preteç^ded holy discipline , hj Rishqç Bancroft. A cette é(W)que l'Église Anglicane professoit U dogn^ç de la présence réelle, qu'elle n'abandonna que soi;i&ai|t<B-qua«T tl^Tip ans plus tard.
(3) U^^^t ^^n^arqu^le que ks V^ç^ i^t^i paf XtîV^m £iH^
^^6 i^éÉsmt&È
» yic , ils s*émcrveilleroient qu'au monde ait jamais » pu se rencontrer un homme d'une audace assez > débordée pour oser abuser ainsi de la parole de , » Dieu y de soi-même, de ses lecteurs et de l'univers » entier. »
à Heureuse , s'écrie l'Évêque Bancroft, mille fois » heureuse notre île j si jamais Anglois ou Écossois » n'avoit mis pied à Genève , s'il n'avoit jamais » connu un seul de ces docteurs Genevois ! • t Cal- » vin disoit que Luther n'avoit rien fait qui vaille... 9 qu'il ne faut pas s'amuser à suivre ses traces , être • Papiste à demi ; qu'il vaut mieux bâtir une Église » tout à neuf, (i) •
Vous savez , maintenant , Monsieur, à quoi vous en tenir sur ces fameux Triumvirs ; ils alloient au même but chacun de son côté; ils se connoissoient k fond. Il y auroit donc une souveraine injustice à suspecter le jugement qu'ils ont porté l'un sur Tautre et sur eux-mêmes. M. le bachelier surtout ne sauroit se dispenser ici d'ajouter foi à ses honora^ blés et éminents personnages ; il ne le pourroit sans se contredire. Du reste , il accordera , comme il jugera à propos j son opinion sur ces Messieurs avec celle qu'ils nous ont laissée d'eux-mêmes. Pour
croft sont précisément ceux que M. Faber s'est permis de citer en témoignage pour son changement moral, son sens allégorique et purement figuré : ces Pères sont Ambroise^ Jérôme, Augustin , Gbrysostome , etc.
(i) Vojez dans mon i«' volume, page 77, l'Âppendix où se tteuve ce que ces Réformateurs ont pensé et écrit de plus yrai.
VQUS9 je me flatte qu'en reconnoissant la justice qu'ils viennent de se rendre mutuellement , vous leur rendrez celle de ne plus les croire sur tout autre article.
XXllI. Ainsi , quand ils vous diront que Jésus- Christ n'a point établi les Apôtres et leurs successeurs pour maintenir les Fidèles dans l'unité de sa doctrine et de son Église j qu'il ne leur a pas promis d'être avec eux, et de diriger leur enseignement jusqu'à la fin du monde , vous ne les croirez pas- Quand ils vous diront que le droit d'interpréter son Testament a été laissé par Jésus-Christ aux Fidèles individuellement 9 ou même à quelques docteurs particuliers , vous ne les croirez pas , et d'autant moins que vous voyez aujourd'hui dans votre patrie le Christianisme déchiré , exténué par une multitude de sectes nées de cette absurde prétention. Quand ils vous diront que , dans la Très-Sainte Eucharistie , il ne se fait aucun changement de substance , ou que notre Sauveur n'y est point présent en réalité , et qu'il ne s'y trouve qu'un type , ou emblème ou figure de son corps , vous ne les croirez pas. Quand ils vous diront que la confession faite au Prêtre, utile en certains cas, n'est jamais nécessaire dans aucun, et que vous pouvez toujours obtenir le pardon de vos fautes sans recourir au ministère de ceux à qui seuls Jésus-Christ a donné le pouvoir de les remettre , vous ne les croirez pas. Quand ils vous diront que la satisfaction de notre divin Sauveur vous dispense de toute satisfaction personnelle ou dans ce monde ou dans l'autre , vous
he lefc c^dî^ez pas. Qiiatid ils voliâ dîi'ottt qu'âil ttioment du tiépsis, les âtnes encore tachées de ceê légères souillures que le ciel ne sauroit admfetthîj seront sur-le-champ précipitées en enfer, vous né les croirez pas. Et quand ils vous diront que les prières pour les morts, usitées dès l'origine dil Christianisme, ne leut* peuvent être d'aucun soulagetnent, vous ne les croirez pas , etc.
XXlV. Mais , bon Dieu ! me répotideîs-vôu^ , tous ces pOihts de doctrine sont exactement les nôtres, t^^ous seroielît-ils donc venus de ces hommes dépravés! Si vous vous en rapportez à M. Faber, queî- (cjuë ressemblance que Ton apperçoive entre la doctrine Anglicane et celle des trois réformateurs , il ne peut s'y trouver tout au plus qu'un faux air de famille; car l'Église établie ne reconnoît poUr ses auteurs et ses chefs que les sages, les vénérables Évêques qui , dans la convocation de ïSôa, rédigèrent leur doctrine d'après l'antiquité , là foi, la pratique de h primitive Égliise. il n'est pas beau de renier ses pères. On peut rougir de les avoir , mais hôn les déSavôUer. L*hîstoire'à la msAùy forçons M. le bachelier à faire remonter d'un degré plus haut sa filiation qui , néanmoins , n'en sera pas plus noble. Demandez-lui à
quelle source les Evêques d'Elisabeth avaient puisé leur théologie Réformée? Depuis plus de quarante ans les doctrines nouvelles étoient accréditées en Suisse, en Allemagne. De ces contrées elles s'éloient introduites en France, en Hollande. Dès Henri Vllt, elles avoient pénétré clandestinement , avec le trèsrévélrerid tramner et sa femme, en Angletèri^e j ^,
DE LA BTSCtrSSlp;} AHIGALE. Ma
saus le jeune Edouard ^ elles y répandirent plus libren^ent leur bonne odeur. Arriva Marie à la coi;ronne, et alors les, ecclésiastiques , déjà séduits Q^ infectés, allèrent chercher asile à Genève , en Suisse, dans divers états de l'Allemagne. C'est de là qu'après avoir bu à longs traits dans les sources Luthériennesa Zwingliennes et Calvinistes , ils retournèrent dans leur patrie tout imprégnés des nouvelles opinions qu'ils apportèrent ensuite en trente neuf articles, et assaisonnèrent au goût du pays dans la sainte et vénérable convocation de 1662. Telle est la yérité historique; telle est la cause de la ressemblance filiale que vous avez judicieusement remarquée entre les Pères de la fameuse convocation et les immortels Triumvirs du continent. Je sens tout ce quç cette descendance religieuse a d'humiliant pour ^'Église de la Grande-Bretagne; mais il y 4 toujours moyen de s'en sauver : c'est de la briser et d'en sortir à la bâte (1).
XXV. A la suite de la même note , M. Faber a l'air de trouver mauvais que j'aie présenté, pa^e 333,
(i) MM. les ProteàtmitB, Luthériens 4»t Gtlviaistesufiectont de s'appdier ikujoiiixl'bui Évangfiliques et Réformés, 4:0111016 s'^ sofiisoit de renoncer .au nom sans renoncer À la doctrine. Nous pouvons leur dire ce que TertuUien dLsoit des .Yalentiniens : « Nous connoissons à merveille leur origine ; nous savons pour— » quoi nous leur donnons le nom de Valentiniens, bien qu'ils le » désavouent. En s'éloignant du Patriarche de la secte , Î4s n'ont » point anéanti le premier titre de famille, et.ils se condamnent » par le changement même qu'ils ont apporté à certains articles » de sa croyance et au nom qu'ils ont porté Ipng'tçinps. »
vol. i^ comme favorable au dogme de la Transsubstantiation, les docteurs Forbes, Montague, Thorndy ke , Parker. « Ils n'ont enseigné , dit-il , que ce 9 qu'enseigne notre Église , ce que j'ai moi-même » déclaré. » Il est vrai que M. Faber a énoncé les sentiments que je rapporte ici du docteur Forbes^et je lui en ai marqué ma satisfaction. Mais consenti* roit-il bien aussi à dire y avec le célèbre Thorndyke, que'â les éléments sont réellement changés d'un » pain et d'un vin ordinaires en le corps et le sang » de Jésus-Christ mystérieusement présent comme » dans un Sacrement, et cela en vertu de la Consé- » cration et nullement par la foi de celui qui re- » çoit (i). ï> Déclareroit-il bien avec l'Évêque Montagne , d'après Saint Cyprien , Saint Cyrille de Jérusalem , Saint Basile , Saint Ambroise , que ce changement a produit par la consécration des » éléments s'appelle transmutation, transélémenta- » tion (2) ? » Reconnoîtroit-il , avec l'Évêque Parker, y> que les anciens Pères ont maintenu une présence » réelle et substantielle nommée par les Latins, » d'accord avec les Grecs , cont^ersio , transmuta^ » tio y transformatio , transilimentatio , et enfin » Transsubstantiatio ; et que , par ces diverses expres- » sions, ils n'ont voulu marquer ni plus ni moins » qu'une présence réelle et substantielle dans l'Eu- » charistie (3) ? » Que M. Faber adopte franchement la doctrine et le langage de ces savants théologiens,
(i) Epit. liv. III, c. 5.
(2) Appeal. ch. i.
(3) Reasons for Âbrog. the Test.
DE Ul discussion AMICALE. a8l
et alors je le citerai lui-même à leur suite avec beaucoup plus de joie que je n'ai ressenti de peine à réfuter sa triste invention de changement moral et l'opinion de la figure qu'il fait semblant de voir dans l'antiquité avec les Anglicans modernes, depuis qu'en x.662 ils l'ont empruntée tout simplement aux écoles de Zwingle et de Calvin.
M. Faber termine sa longue note par relever avec humeur la liberté que tout controversiste de, bon sens auroit prise à ma place , de lui opposer ses propres théologiens , Montagne j Thomdyke et Parker, si favorables à la Transsubstantiation. Ce procédé si simple, si juste, il le taxe de stratagème indigne de rÉvéque d'Aire; et cela, ajoute^t-il, dans un livre de controverse adressé directement aux laïcs Anglais. M. le bachelier a la mémoire bien courte ; il oublie sans cesse qu'il a lui-même annoncé que ma Discussion jdwicale étoit adressée , jQon pas aux laïcs , mais au clergé de toutes les Communions Protestantes dans une épitre dédicatoire en tête de l'ouvrage.
XXYI. Dans son chapitre ix , sur la confession , M. Faber effleure à peine les preuves que j'ai développées dans soixante-six pages de. suite. Dès qu'il a jugé convenable de laisser mes raisonnements et mes autorités sans réfutation , je me contenterai de prier ses lecteurs de vouloir bien comparer ma lettre onzième avec son neuvième chapitre. J'ai montré par les raisonnements que m'ont suggérés les textes du Nouveau Testament , et par les témoimoignagesque m'ont fournis les Pères del'antiquité.
oêik nÉnsfSB
que* la confession auriculaire est d'institution divine; qu'elle est indispensable pour obtenir le pardon de nos fautes , et qu'elle exige le dénombrement de toutes celles dont nous nous sentons coupables. M« le bachelier a lu ces raisonnements, ces témoi* gnages; et ne voilà-t-il pas qu'il me signifie qu'il voudroit bien savoir de quelle confession auricu* laire j'entends parler? Si c'est de celle qui commande rénumération particulière des fautes, ou de celle qui se contente d'une déclaration générale d'avoir péché? U auroit bien dû, ce semble, s'épargner cette question tout au moins superflue, après ma discussion sur cette importante matière.
Il en vient ensuite à comparer la confession , qui dans notre Église se fait en détail, avec celle qui se £ût en gros dans la sienne ; et comme on le peut aisément présumer, il donne la préférence à cette dernière. Il est curieux de voir sur quelle raison il la fonde. Il a découvert avec une finesse toute particulière, et 11M rare sagacité d'esprit, qu'avec le plus minutieux détail, un hypocrite peut tromper son confesseur sur les dispositions de son âme. Assurément, on ne lui contestera pas sa supposition , car l'homme ne sauroit kre dans le cœur d'un autre homme. Mais n'ai- }e pas le même droit de supposer que le pécheur de M. Faber peut bien aussi être un hypocrite auquel il prend * envie de masquer ses dispositions actuellesP II lui sera même d'autant plus facile d'y réussir , qu'il n'aura point à subir d'épreuves, et ,qu'il a moins de faits à déclarer , moins de paroles à dire, que signifient ces pauvretés , et que peatKin
DE Ul DISCn^StDJf AMICALE. à^%
conclure de ces hypothèses imaginaires èeMtê te dottrs habituel et volontaire du Tributiat de là Péiii^ tence?
XXVII. M. Faber fait peut de cas des confessions entière!^. Il sUfHi; que le pécheur ayouë to géiiérd avoir offensé Dieu grièvement dans la vie^ et cju*!! s'en déclare repentant au fond de ton âmfe. Il ne pa^ roît guère se douter dû miriistère (Jue doit êièrceir un confesseur. Ce ministère ne consiste pas uniquement â donner ou refuser l'absolution, mais à s*y déterminer judicieusement en connoissaiice dfe cause : c'est déjà vous faire concevoir que le PrêtVfe doit étudier les dispositions actuelles de son pénttent; s'assurer, avant de l'absoudre, si son l'ep^nth* est véritable , ou simplement l'effet d'une émotibfa passagère : il aura donc recours aux délais, Mfx. épreuves convenables. Dans l'intervalle, il le rappelle à lui de temps à autre, l'examine sûr «es inclinations dominantes, le prémunit contre les tentations auxquelles il le voit plus exposé. Il insisté, dam le cas où le pécheur auroit porté dommage au prochain, sur la nécessité de réparer les torts qu'il lui àUfa causés dans sa réputation ou sa îortuhe; enfin îl doit lui montrer la sollciituded'un Père , latendriMSe d'un ami, la prudence d'un juge éclairé : ou , si votts aimeiE mieux vous le représentei* souà titié image plus frappante , je vous dirai que l'art du directeur spirituel est d'appliquer- aux âmes flétries oti Iftttguîssantes les secours et les remèdes qui leur coitvîennenl avec l'attention et le zèle dont un hafoSe médecin les applique aux maladies du corp*. Le 5fté-
a84 OFFENSE
rite de cette comparaison va devenir plus sensible par l'hypothèse suivante : veuillez bien me la pardonner.
XXym. Je supposerai donc (ce qu'à Dieu ne plaise!) que AL Faber se trouve saisi d'une grave incommodité. * On appelle un médecin, il arrive. Qu'avez-vous , mon cher Monsieur ? vous me p^roissez bien accablé : où souffrez- vous ? — Je suis fort mal ; ma souffrance est extrême. — D'où vous étes-elle venue ? et où la ressentez-vous ? — Ah ! Monsieur y j'ai eu de grands torts : je m'en accuse , et j'en suis profondément pénétré de regret : si vous saviez tout ce que je sou£firQ ! — Mais parlez donc , ..est-ce à la tête, à l'estomac, au côté? Instruisez-moi, mettez-moi au fait. — Mon mal m'oppresse cruellement ; je n'en puis plus', et ne saurois vous en dire davantage. Le médecin a beau insister pour en arracher quelques éclaircissements, quelques aveux particuliers sur son état , il n'en peut obtenir. Ne sachant alors quels remèdes lui prescrire , et craignant de lui donner la mort , au lieu de la guérison , quod eiUm ignorât, medicina non curât j il laisse le malade à lui-même, à ses amis désespérés d'une obstination qui va lui coûter la vie. — Mais non , Monsieur, rassurez-vous; M. Faber n'adoptera pas pour la guérison de son corps le régime qu'il vous conseille de suivre pour celle de votre âme. Il ne cachera rien à son médecin : il lui manifestera la cause, le siège et le genre de sa maladie ; et les moindres circonstances, pour peu qu'elles lui paroissent aggravantes , il ne manquera pas dé les lui confesser
DE LA DlSCUSSÎOlf AMICALE. 3^
scrupuleusement. Éclairé par ses révélations , le médecin ira droit au mal , et en triomphera par des remèdes convenables. Peut-être M. Faber éprouverat-il de loin en loin quelques rechutes; mais il s'en relèvera, en recouY'ant promptement au docteur, dont l'excellent régime achèvera de le conserver long-temps au bonheur de sa famille , de ses amis et de ses chers paroissiens. Je ne serois pas même surpris qu'en réfléchissant sur sa propre expérience, il ne finît par trouver que ce n'est pas si mal fait d'assimiler le confesseur au médecin , le pécheuf au mala'de , les infirmités de l'âme à celles du corps ; et que sais-je encore ? Par essayer peut-être sur luimême , sur son âme, la méthode curative qu'il condamne aujourd'hui si légèrement dans les Catholiques.
XXIX. Ce qui me frappe le plus dans l'ouvrage de M. Faber, c'est une certaine méthode particulière qu'il a constamment suivie, et que voici. Quand il s'apprête à réfuter une de mes preuves de raisonnement, au lieu de la rapporter dans mes propres paroles, il en fait un résumé à sa façon,' et dit : « Toute sa preuve réduite en forme revient au syl- » logisme suivant. » Et alors il attaque avec assez de succès son propre résumé ; et ma preuve , nullement. Si je produis la croyance de l'Église primitive et universelle, il lui substitue bien vite celle de l'Église Latine ; par cette manœuvre il échappe à la première, et insulte à plaisir la seconde. Ai-je à raisonner sur la présence réelle ? Il méfait raisonner, lui, sur la Transsubstantiation, qui à la vérité la suppose^
jpMh cepeod wt »'est poiot elle. -r-En parlant du secre( sur r Eucharistie , je dis que la présence réelle jeg était la seule cau»e ; et lui , déclare k &es lecteurs: l"" Qqe, selon moi, la transsubstantiation étoit la seule qau^a du secret, ^"^ qu'elle étoit seloa moi la pau3^ unique y exclusive du secret sur le^ My9tère3 ; 3"" et que , s^elon moi , elle étoit la cwise principale def la discipline générale du secret : et il réfute longuement le$ allégations qu il vient de me prêter, et dont vou| ne tronverez pas une syllabe dans mes deux volumes. -^ A sa page iiS, il prétend que les cinq prepûerf siècles n'ont reconnu dans l'Eucharistie il^'un changement moral {mot inconnu, pour ainsi djire, jusqu'à lui), et dans le pain, le vin consacrés, que l^ types , les ligures , les. emblèmes du corps et du sang de Jésus-Christ : et non-seulement il n'a ^té et ne ^tera jamais un seul Père qui ait fait usage de ces réflexions négatives et exclusives de la présence réelle ; mais, au contraire , tous le^ Pères ont professé la croyance de la réalité. Je vqu3 en ai présenté les preuves, et assurément , si elles ne sont pas démonstratives, il n'en existe point dans les icauses testimoniales et historiques. — A sa page i33, M m^ &it dire , et même à Bossuet , que la figure d'une chose peut être en même temps la chose figurée , absurdité sortie de son propre cerveau ; car î'ai dit simplement qu'une chose peut être signe sensibsje d'une autre qui ne Test pas : j'ai dit que les es* pèoçs visibles, matérielles, voiloientle corps spiritiualisé , invisible de notre Sauveur.
3^XX.> iBU ain t fgn i Wit , J^on^eur, interrogea, ^'U vous
DE LA VïSCOfmÙM AMICALE. %%'f
plâityM.Faber; sommez-le^ et très-sérieuftemdnt, dû s'expliquer avec vous ; de vous dire uettemeni do quel droit il s'avise de changer mes expressions , et de mettre les siennes à leur place ; de m'imputer des expressions qui me sont étrangères ^ et lui so&t personnelles ? Demandez-lui si cette manière de réAitep un antagoniste est celle d'un homme d*honneur ; s'il trouveroit bon que l'on s'en servît contre lui? J'en appelle à l'élévation de vos sentiments , à la droiture de votre âme : je m'assure que vous penserez avec moi qu'en matière indifférente cette jonglerie pourroit n'être traitée que de platitude, mais quen controverse religieuse elle est un crime. N'est-il pa6 vrai encore , n'est-il pas vrai à vos yeux comme aux miens, que s'il m*avoit surpris raisonnant ou citant à faux, il auroit produit mes assertions fausses , telles que je les aurois écrites? Il auroit exposé mes rai^ sohnements, et les témoignages exactement dans mes propres termes? Au lieu de recourir à son art accoutumé de me travestir en raccourci avec infidé* lité, il auroit réfuté ce qu'il auroit lu dans mon ouvrage , et non ce qu'il ne pourroit y lire ?-De ce honteux manège , je conclus , moi , qu'il lui a été impossible de répondre aux raisonnements que j'ai faits et aux autorités que j'ai citées; je conclus qu'il n'auroit rien trouvé de spécieux à écrire contre les uns et les autres , s'il n'avoit substitué ses paroles, aux miennes ; s'il n'avoit faussement représenté les Pères de l'antiquité en contradiction entre eux et avecettx> mémes; je conclus enfin que les Difficultés du Ro^ mânisme sont les plus flatteurs éloges de la Discus^
sion Amicale, et un nouveau triomphe pour la doctrine Catholique.