‹ Défense de la liberté de l'Eglise (volume 2)Chapitre 19 sur 39 · V. — DE LA RÉACTION RELIGIEUSE, — DES DISPOSITIONS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

V. — DE LA RÉACTION RELIGIEUSE, — DES DISPOSITIONS DU CLERGÉ

Cependant M. Thiers a dit un jour, en pleine Chambre, avec une ironique et triomphante complaisance :

L'Université a donné la génération actuelle, en grande partie du moins ; cette génération est plus religieuse ou du moins plus respectueuse que celle qui l'a précédée : les faits prouvent qu'il y a une amélioration notable, que les devoirs religieux sont beaucoup plus observés que sous l'Empire et sous la Restauration.

A la manière dont l'auteur de celte remarque la présente, il est manifeste qu'il y attache une grande importance : c'est un argument décisif dans sa cause : il donne à l'Université l'honneur de ce que l'on est convenu d'appeler la réaction religieuse; et il suppose que ce sont les réclamations du clergé qui ont seules arrêté cet heureux mouvement et diminué le zèle religieux.

Je rétablirai simplement la vérité; et je dirai d'abord, ce dont ne nous permettent pas de douter les observalions les plus attentives, les plus graves et les plus nombreuses : que le mouvement religieux, loin de s'arrêter, est aujourd'hui plus profond, plus sérieux, plus puissant que jamais; puis j'étonnerai peut-être plusieurs

DE LA l'Ail! [CATION REL1GIEI -

de mes lecteurs en disant où je trouve la premii gine de la réaction religieuse.

C'est à la l'évolution de juillet. Oui, sans le vouloir, la révolution de juillet, selon les desseins d'une providence profonde que nous avons toujours respectée, la révolution de juillet nous a servis, en nous délivrant des préventions, des mensonges et des calomnies de la politique : dédaignés et rendus à nous-mêmes . nous avons été mieux connus.

Kl nous n'avons pas été d'ailleurs les seuls à y gagnei : ces grands renversements ne sont pas sans force pour désenchanter les esprits. Ko multipliant les mécomptes, ils mettent pour tous, pour les vainqueurs comme pour les vaincus, plus de sérieux dans la vie, plus de gravité dans les mœurs, plus de maturité dans les opinions, plus de justice dans les jugements.

Qui ne sait que les révolutions, parles grandes 1' çons qu'elles donnent à tous, à ceux môme qu'elles font triompher , poussent une foule d'aines à chercher pour l'avenir un appui hors de l'instabilité des choses humaines, et les conduisent ainsi peu à peu à la Religion, c'est-à-dire à la seule chose qui soit stable sur la terre?

Certes aussi, et avant tout j'en reporte la gloire à Dieu : à l'action secrète et toute-puissante de celui qui lient dans sa main tous les cœurs et les incline où il veut; qui commande au mal et fait le bien quand il lui plaît; qui lient en bride toutes les passions des hommes, et lors môme qu'il semble leur permettre de tout décider, les mène, les domine, les arrête et les change.

Mais, quoi qu'en disent M. Thiers et M. Cousin, je ne puis en conscience en faire honneur à l'Université : je

cherche en vain les traces de l'influence que l'on voudrait lui attribuer sur ces commencements de la régénération religieuse de la France.

J'en fais volontiers honneur au caractère français et à l'action providentielle des circonstances sur sa générosité naturelle et sur ses nobles instincts.

Soit que la mobilité même d'une grande et héroïque nation, dont la jeunesse est éternelle, qui a peut-être les défauts redoutables de cet âge, mais aussi toutes ses brillantes qunlité.1-:, et qui par conséquent ne fait jamais tout craindre sans laisser tout espérer, l'ait ramenée tout à coup à la foi et aux pensées chrétiennes ; soit, ce qui nous va si bien, que les malheurs de la religion nous l'aient rendue plus vénérable et plus chère; toujours est-il que le lendemain du jour où plusieurs pensèrent que la religion tombait avec la croix abattue, un jour plus favorable et plus pur se levait pour elle.

Me permettra-t-on d'ajouter que j'en fais honneur au sacerdoce français? J'en fais honneur à sa pacifique attitude, à sa prudence, à son zèle, à son dévoûment.

J'en fais honneur à la jeunesse élevée sous les auspices de la religion, dans des familles chrétiennes et dans des établissements où la piété est l'heureux fondement de l'éducation. Oui, c'est surtout la jeunesse, et nous le redisons avec le tressaillement d'une joyeuse espérance, c'est surtout la jeunesse qui se livre à ce noble mouvement, avec ces vives et fortes inspirations, avec ce goût sublime et nouveau dont elle s'est éprise pour la vérité et la vertu.

C'est un hommage qu'il nous est doux de lui rendre :

: , ceai ;'i qai il est donne de faire entendre leurvoi* à i,i jeunesse pour lui parler le langage de la vérité,

trouvent tonl ;'i coup dans ces jeunes cœurs un écho profond; ceux môme qui descendent aujourd'hui à imites les bassesses du mensonge pour la corrompre, n'osent plus lui parler d'incrédulité. C'est dans les rangs de la jeunesse que la foi et l'espérance chrétienne mil fait les plus nobles <t les plus brillantes conquêtes; et tout Paris, toute la France, savent que les œuvres le> plus laborieuses de la charité ont trouvé, dans le zèle qui n'appartient qu'à cet âge, le plus généreux concours.

Mais encore une fuis, comment faire honneur de tout i à l'Université et à son éducation?... .Non que je prétende qu'il ne soit pas sorti des écoles de l'Université un grand nombre d'hommes honnêtes et un certain nombre de chrétiens sincères.

Mais l'Université oserait-elle dire (pie ces hommes pieux, que ces chrétiens sincères soient son ouvrage! Qu'on nous montre des âmes vraiment religieuses qui attribuent leur piété à l'éducation des établissement universitaires, qui parlent avec reconnaissance de leur collège comme d'un asile béni qui a protégé leur innocence, et de n Diversité avec amour, comme l'on parle d'une mère à qui l'on doit son âme et ses vertus ; en un mot, qui proclament lui être redevables du bonheur de connaître, d'aimer et île servir Dieu: alors je changerai de langage. Mais depuis vingt-cinq ans qui1 je suis dévoué à la jeunesse et que je \is avec ell*' et pour elle, je n'ai pas trouvé une seule bouche de qui j'aie recueilli ce témoignage.

Kl quant aux hommes sortis des coHéjges de Fini-

versilé et devenus depuis des chrétiens sincères, interrogez-les : ils vous diront eux-mêmes si ce sont les souvenirs pieux de leur éducation qui les ont ramenés.

J'oserai même l'affirmer : l'Université n'a pas contre elle de témoignage plus terrible que celui de ces hommes qui sont devenus chrétiens comme malgré elle, qui la désavouent hautement, et qui se sont faits ses accusateurs publics devant l'Église et devant l'État : tels sont M. de Montalembert, M. de Gasparin et bien d'autres que je pourrais citer. Je sais bien qu'à tant de faits accablants, qu'à tant de raisons décisives, M. Thiers oppose des statistiques certaines, et officiellement dressées, de la foi et de la piété universitaires. Il ne manquait plus que cela à la gloire de l'Université. Pour moi j'en suis pou touché : d'abord parce que ces statistiques si certaines, on ne nous les fait pas connaître, et peut-être avec raison.

J'ajouterai que ces états officiels me répugnent et que si j'avais autorité pour cela, je les supprimerais.

Les statistiques de piété m'édifient un peu moins encore que les prix de vertu.

J'ajouterai, enfin, qu'il y a des statistiques de la situation morale du pays, parfaitement connues, présentées à l'Académie des sciences, insérées au Moniteur, résultat d'études approfondies et de calculs irrécusables, et qui contrebalancent tristement la valeur des états statistiques de la piété universitaire.

Sans prétendre argumenter plus qu'il ne convient, de ces résultats, contre l'Université et contre l'instruction qu'elle donne, j'affirme que les hommes graves ont certainement à réfléchir sur les faits révélés par M. Fayot,

DK LA PAC1I K. Al ION RELIG1E1 SE

savant professeur de mathématiques au collège de Colmar, el par M. Ch. Dupin lui-même :

Nous sommes forcé d'avouer, dit ce dernier, < i i n ■ la complète ignorance s'allie à La moindre proportion des crimes contre les personnes, et que V instruction supérieure l'emporte sur toutes les autres par la multiplicité des crimes

Je conçois qu'un homme qui a\ait sérieusement pensé à loul cela avant moi, je conçois que M. (.uizot en ail exprimé son opinion, en pleine Chambre, avec cette gravité de langage :

■r>"ov

De là, Messieurs, cette perturbation souvent déploréequi jette un grand aombre de jeunes gens hors de leur situation naturelle, excite leur imagination sans nourrir fortement leur intelligence, leur inspire des goûts littéraires sans vraie et sérieuse connaissance des lettres, encombre les professions savantes de prétentions oisives et maladives, et répand ainsi dans la société une multitude d'existences déplacées, inquiètes, qui lui pèsenl el la troublent, sans en obtenir pour elles-mêmes la fortune ou la réputation à Laquelle elles aspirent vainement.

Et pendant que d'un système trop uniforme et trop exclusif sortenl ces agitations factices el douloureuses, beaucoup de parents honnêtes et sensés cherchent en vain commenl faire donner à leurs enfants une éducation qui les préserve de telles chances, et réponde à La situation el aux occupations qui les attendent.

Je n'insiste pas sur ces faits, Messieurs, ils ont souvent occupé votre pensée; ils sont directement attestés par de nombreuses et déjà anciennes réclamations publiques el privées; ils se révèlent indirectement dans les efforts tentes depuis vingt ans pour apporter à notre système d'instruction secondaire des modifications oui satisfassent

r,i DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE.

à ce besoin de notre état [social.... Ils ont. tous été, je ne dirai pas vains, mais insuffisants.

M. Virey parlait comme M. Guizot : à cette époque il n'y avait qu'une voix pour proclamer les immenses périls de l'enseignement et de l'éducation universitaires:

Chaque année donc continueront de sortir de l'Université ces légions de jeunes lettrés pour envahir tous les rangs, frappant à toutes les portes, encombrant l'administration et tous les emplois, prêts à renverser même de leurs prétentions amhitieuses les barrières que la société ou les positions acquises leur opposent, déversant partout une acre 'polémique (Unis les journaux et les réunions politiques. De là cette guerre sourde, ces combats à outrance minant les entrailles mêmes de notre corps social, qui entretiennent le feu secret des mécontentements, l'ardeur fébrile des révoltes, et peut-être toutes les incertitudes de notre avenir. Ces angoisses, Messieurs, nous les créons, nous les fomentons nous-mêmes.... De là tant d'esprits inquiets, sans carrière tracée, souvent égarés par la présomption si naturelle au jeune âge, et, ce qui est pis quelquefois, sans aucune éducation civile ou religieuse capable de lui servir de contrepoids.

Travaillées par un triste scepticisme, maladie du siècle, ces masses, souvent dépourvues de croyances religieuse», trahissent leur malaise secret ; elles ne connaissent guère d'autre droit que la force, d'autres titres que la victoire, d'autre bien que la fortune.

M. Virex appuyait la gravité de son discours des paroles d'un philosophe de Rome sur le penchant de sa mine, qui s'écriait :

Nous périssons par le débordement de la littérature : Liticrarum inlcmperanlia laboramus. fSénëqne.

DE LA PAC1FICAT1 on RELIGIEUSE

Certes, ce langage était digne d'être entendu; il le fol comme ildevail l'être : des applaudissements unanimes accueillirent à la Chambre des Députés les discours de M. Cnizot el de M. \ire\ .

Qu'on le remarque bien, je no suis pas venu renouveler ici contre l'I Diversité les plaintes si souvent proclamées; je n'ai pas attaqué le fond de ses doctrines; je ne viens pas redire que son enseignement philosophique est sceptique et impie, son enseignement historique anticatholique. Ce sont des sujets sur lesquels je crois inutile de parler, et sage de se taire.

J'achève enfin ces nombreuses, mais impartiales citations, en rapportant l'apologie par laquelle un publiciste dévoué à l'I Diversité croyait pouvoir défendre, contre les plaintes du clergé, l'enseignement philosophique et religieux du corps universitaire. C'est une variété qui reposera le lecteur.

Qu'est-ce que l'Université? Un corps de libres penseurs, courant, chacun selon ses forces, selon ses instincts, selon si's prédilections, l'un après la littérature, l'autre après l'histoire, celui-ci après la philosophie, celui-là après la science. Dans celle Université, qu'on représente unie et compacte, contre [es principes du christianisme,... vous trouverez partout la division, la lutte, l'individualisme. Non, l'Université n'a pas de doctrines arrêtées contre la religion: savez-vous pourquoi? c'est parce que l'Université n'a pas de doctrine et ne saurait en avoir.

L'I niversité, répétons-le, n'a pas de doctrine; elle n'en a jamais eu, elle n'en aura jamais; il faudrait, pour en acquérir nue, qu'elle adoptai le principe de l'autorité, comme l'Église : or, l'I niversité est fondée sur la liberté de penser, prise dans son sens le plus absolu, sans reconnaître aucune orthodoxie, el par conséquent aucune hé-

résie. Il est donc inexact de représenter l'Université comme ennemie systématique du christianisme. Par suite de sa liberté d'allure, l'Université actuelle renferme, au contraire, un grand nombre de catholiques parfaitement soumis à l'Église. Seulement, l'Université actuelle est, en notable partie, fdle du xvm" siècle ; comme telle, elle a ses prétentions, ses préjugés, ses erreurs : elle crie contre les jésuites et admire Voltaire. Tout cela s'en ira : ce n'est pas dans son essence, c'est dans son âge : il faut savoir la prendre telle qu'elle est.

Ce dernier conseil, tout étrange qu'il paraît au fond, ne manque pas de bon sens : c'est, en vérité, ce que nous ne demanderions pas mieux de faire, si l'Université voulait seulement permettre à la liberté d'exister auprès d'elle, si elle consentait à donner aux institutions libres l'existence promise par la Charte, si elle ne faisait pas des efforts vraiment inouïs pour empêcher l'État d'accomplir cette grande promesse, si elle ne se montrait pas disposée à tout sacrifier, même la religion, à tout compromettre, même l'État, plutôt que de céder quelque chose d'un monopole dont l'État comme la religion , dont la Charte comme la conscience, commandent impérieusement le sacrifice.

Oui, malgré tant de reproches qui s'élevaient contre elle de toutes les bouches, nous aurions été heureux de vivre en paix avec elle, si elle avait voulu se contenter d'être un corps puissant, doté, encourage de toute manière, honoré des plus grands privilèges.

Nous aurions été heureux de vivre en paix avec elle, si elle ne voulait pas être en même temps un corps despotique et jaloux, dépositaire d'un monopole exclusif, un corps redoutable pour tout ce qui n'est pas lui, un corps

ni: LA PACIFICATION RELIGIEUS1

qui, seloD les expressions de M. Thiers, par sa ténacité

et sa cohisiun même, réalise exactement lu pem son fondateur, c'est-à-dire lu pensée d'un despotisme

absolu.

Non, non, ce n'est pas à nous qu'il a tenu et qu'il lieni encore que le grand œuvre de la pacification religieuse s'accomplisse!

Certes, j'ai maintenant plus que jamais le droit de le dire : si la paix a été troublée, ce n'est pas à nous qu'il faut le reprocher; ce n'est pas nous qui avons déclaré la guerre ; ce n'est pas nous qui l'avons commencée.

La loi de 1836, et la discussion de 18 57, dont j'ai parlé, sont des faits qu'il n'est au pouvoir de personne d'anéantir aujourd'hui. Oui a renversé de fond en comble celle loi, cl le projet d'un ministre intelligent? Qui a méprisé le vote de la Chambre des Députés ? Qui a voulu soumcltie les petits séminaires à la juridiction de l'Université? Qui a fait imprudemment entendre ces incroyables apologies d'une institution dont toutes les \oix demandaient depuis longtemps la reforme? Qui nous a mis à la main les armes de la vérité et de la juslice, non-seulement pour défendre la liberté d'enseignement et les promesses de la Chai le, mais la liberté religieuse, l'existence et l'honneur de nos petits séminaires? qui, sinon l'Université?

C'est l'imprudence de nos adversaires, c'est la provocation de leurs audacieuses apologies, c'est la violence de louis attaques, c'est la force des choses qui nous a poussés malgré nous dans la lice.

11 est commode aujourd'hui de nous reprocher quelques excès de zèle, de relever la forme, quelquefois ardente, de notre polémique, dans une cause qui touche

à ce qu'il y a pour nous de pins sacré sur la terra ; mais dans le fond, comme je crois devoir le faire observer encore, si j'excepte ces vivacités qu'un poëte philosophe attribuait à la faiblesse de la nalure, quas humana parum cavit natura, et dont Bossuet disait : que nul ne doit s'étonner que des hommes aient des défauts humains, on n'articule contre nous aucun grief, aucune accusation soutenable. On ne sait que nous reprocher d'être sous l'influence des jésuites !

Non, non, la responsabilité des querelles actuelles ne pèse pas sur nous. Sur qui donc pèse cette grave responsabilité ? Certes, après tant de témoignages, poser cette question, c'est l'avoir résolue.

Veut-on la paix ? Elle est facile à faire.

Que l'Université demeure l'Université de l'État, avec tous les plus riches et les plus glorieux privilèges, nous ne nous en plaindrons pas.

Mais que la promesse de la Charte soit enfin sincèrement exécutée, que la liberté soit donnée-, et, aux conditions les plus justes et les plus modérées, l'œuvre si désirable pour tous de la pacification religieuse ne tardera pas à s'accomplir.

Je me résume :

C'était le droit du clergé de réclamer.

Il n'a réclamé que des libertés légitimes, universellement demandées.

11 n'a réclamé ni liberté illimitée, ni monopole, ni privilège.

Il n'a point calomnié l'Université : attaqué dans ses droits les plus sacrés, il les a défendus. Il a rempli un grand devoir. Il n'a voulu, il ne veut encore, que la paix dans la libcrlé, dans lu iuslice.

H APITRK III

De l'esprit national : du véritable esprit de la révolution française.

Quand on considère les réclamations du clergé, si légitimes el si modérées; quand on met en regard les entraves de toute nature multipliées autour de lui et les attaques violentes dont il est tout à coup devenu l'objet; quand on pense surtout qu'il ne demande que des libertés promises, certes on s'étonne qu'il puisse y avoirentre le clergé et ses adversaires des dissentiments si profonds, et que les uns disent accorder outre mesure ce que les autres affirment leur être entièrement refusé : évidemment, il y a là quelque chose qui offusque les intelligences de part ou d'autre. Les passions nuisent aux principes : ceux que la vérité pourrait unir, la méfiance les divise.

La méfiance ! voilà le mot; oui, je le répète à dessein. voilà le mot; voilà le nœud de la question. On sent bien que la charte el les libertés qu'elle promet sont pour nous, mais on craint qu'elles ne deviennent entre nos mains une arme redoutable; on craint que nous n'invo-

quions la lettre de la Charte pour en violer l'esprit; on

dit que nous ne sommes ni de notre pays, ni de notre temps ; que la liberté n'est pour nous qu'un moyen de despotisme; que nous. sommes ennemis de la révolution, étrangers au véritable esprit national; que nous luttons sourdement et incessamment contre les progrès de la société moderne, pour la faire indignement rétrograder; et qu'au fond nous n'avons pas d'autre pensée, pas d'autre but, quand nous réclamons notre part de dévouaient dans l'éducation de la jeunesse française.

Ces injustes méfiances, ces accusations odieuses, nous ne les supposons pas : après avoir été longtemps ménagées ou dissimulées , elles ont enfin été produites, proclamées dans un rapport et dans îles interpellations célèbres , et nous en remercions notre adversaire : car il nous donne au moins la possibilité de lui répondre. En effet, s'il y a une pensée qui domine chez M. Thiers, c'est que tout dans les controverses présentes doit être ramené à la nécessité de conserver l'esprit national parmi nous : c'est qu'il faut repousser loin des fonctions de l'enseignement tous ceux qui pourraient ne pas inspirer à notre jeunesse l'esprit de la révolution française. Sur ce point M. Thiers se constitue le défenseur de la société et de l'esprit modernes; il réclame avec force le maintien des précieuses conquêtes de la révolution ; puis il les personnifie en quelque sorte dans l'Université : elle seule lui paraît offrir des garanties et un abri tutélaire pour l'esprit de dévoûment à la patrie et à la révolution; enfin, toujours à ce même point de vue, il laisse échapper contre le clergé les insinuations les plus malveillantes ; c'est le moins que je puisse dire. C'est donc ici spécialement à M. Thiers que nous

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avons affaire; c'est sa thèse que dous avons à disenter,

nous le ferons avec le sérieux que méritent ces grandes questions, avec la confiance qu'inspire une bonne cause, et aussi avec la franchise qui est due à un franc adversaire.

(l'est là, je le répète, une des sources les plus vives des discussions acluellcs; c'est là une de ces préventions qui ont suscité contre nous les haines les plus injustes et les plus invétérées.

On ne s'étonnera donc pas que, dans le clergé ainsi provoqué, une voix s'élève pour offrir au pays, sur un sujet si grave, des explications longues peut-être parce qu'elles sont importantes, et franches, parce qu'elles son! nécessaires à la vérité, à la justice et à la paix : commençons.

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