DANS VOS ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS, OU ALORS NE FAITES PAS
de loi. Car s'il est d'un côté et de l'autre, je ne sais pas à quoi sert la loi qui a voulu établir la division, le concurrence.
Mais pour cela , ajoutait-il avec l'indignation contenue d'un honnête homme qui se refuse à jouer un rôle indigne de lui :
Pour cela, il faut une concurrence sérieuse: nous m:
vin LONS PAS JOUER LA COMÉDIE , 110US lie VOlllOllS pas qu'il
y ait de faux établissements publics d'éducation. Nous
Nouions que la concurrence soit sérieuse : nous ne voulons pas que la rivalité soit entre forts cl faillie-; nous m: VOULONS PAS QUE DANS LE COMBAT NOS ADVERSAIRES AIENT
des épées de bois. // faut qu'on se combatte arec des
ormes sérieuses, purée que nous ne craignons pas le résultat du combat.
M. Saint-Marc (iirardin résumait enfin la discussion on ces termes :
Si vous composez la commission uniquement d'universitaires.... on me dit : .Non. Je dis, moi, que vous la composez iïuniversitain s, s'ils sont tous nommes par l'L'niversité et par le Minisire de V instruction publique. Évidemment, par V entraînement de vos bureaux,par la nature ■même de votre caractère, vous nommerez des personnes imbues de l'esprit universitaire.
Il faut qu'il y ait liberté complète de méthodes, el cette liberté n'existera pas si e"esi l'esprit universitaire qui juge les méthodes nouvelles; il faut un examen de moralité (c'est-à-dire un examen sur la capacité de l'instituteur pour l'éducation morale des enfants), et il ne faut pas seulement que ee soit Vesprit universitaire, mais aussi l'esprit du monde, de la société, Vesprit des pères de famille, qui soit représenté dans le jury.
M. le duc de Broglie disait encore, et In Chambre des pairs donnait à ses paroles un assentiment unanime :
L'Université est un corps; elle le dit, elle s'en vante et elle fait bien de s'en vanter. Oui, l'Université estune corporation: je suis bien aise qu'elle soit une corporation.... Mais quand on accepte les avantages, il faut subir les conséquences. L'Université est un corps, j'en conviens; ce corps a un esprit, et cet esprit s'appelle de Vesprit de Cor\ t pas un mal, c'est un bien : il faut l'admettre
parce que c'est un bien, et ensuite, comme cela a quelques inconvénients, il faut on tenir compte.... On doit des garanties aux institutions libres : elles les réclament ; la loi est destinée à les leur donner.... A ces instituteurs qui ne sont plus membres du corps enseignant, qui sont les rivaux, les émules du corps enseignant, il a paru nécessaire de donner des garanties spéciales contre les tendances qu'on pourrait avoir à restreindre leur liberté.
Voilà le langage du bon sens et de la bonne foi : devant ces simples et convaincantes paroles, il n'y a pas de subtilité d'esprit qui puisse faire illusion.
L'autorité des hommes que je viens de citer est irrécusable ; mais il y a quelque chose de plus irrécusable encore que leur autorité, c'est la logique qui parle avec eux.
Tous les esprits droits en ont toujours été invinciblement frappés : M. de Sade, dont la Chambre a regretté la perte il y a quelques mois, disait à son tour :
L'Université cédera au penchant qui entraine tous
les corps ; elle voudra étendre ses attributions et soumettre ses rivaux à son autorité.
Lorsque j'ai parlé de l'esprit d'envahissement de l'Université, je n'ai pas voulu lui faire de reproches; je n'ai voulu parler que d'un penchant inhérent à tout corps. Certes, c'est dans son propre intérêt qu'elle doit renoncer à toute espèce de suprématie imposée par la loi, à toute espèce de privilège. C'est à ce prix, et à ce prix seulement qu'elle fera reconnaître son incontestable supériorité.
M. Salverte s'exprimait encore avec beaucoup plus de force que M. de Saiie ; je me borne à citer ces simples paroles, qu'on dirait prononcées contre .le projet de loi de M. Tbicrs :
En examinant avec attention le projet dv loi, vous voyez qu'il tend surtout, après avoir proclamé le principe de la liberté de l'enseignement, à en restreindre singulièrement l'application, el à serrerplus follement les nœuds qui lient à VUniversité ious les hommes qui vrillent se livrer à l'enseignement public.
Je n'en ai pas fini avec les citations, et je ne cacherai pas à mes lecteurs que je suis condamné à les en fatiguer. M. Thiers a pris tellement plaisir à répéter que nous étions les seuls à récuser l'Université, il a proclamé si haut que nos prétentions à cet égard étaient inconciliables avec la bonne police de l'Élal, que celait le renversement de toutes les lois et de tous les principes, le renversement des plus simples notions de la justice et du bon sens !
Puis, partant de ces affirmations vraiment extraordinaires, il a répandu contre nous une suite d'insinuations dont la malveillance est si claire, et, qu'on me permette de le dire , si imméritée, que rien ne peut me dispenser d'y répondre, puisque j'en trouve l'occasion :
Il y aurait donc, disait-il, dans l'État, une classe d'hommes pour lesquels il faut d'autres lois, d'autres autorités que pour la généralité des autres citoyens? Quoi! Messieurs, le clergé ne voudait pas pour juges de sa science, de sou aptitude, ceux que tout le monde accepte? Cela serait inadmissible, disons le mot , intolérable. En vérité, on ne comprend un tel désir d'être à part des autres citoyens qu'en se reportant a des temps qui ne sont plus, qui ne sauraient plus être.
Ainsi il n'j a que nous, ministres de la religion, il n'y
a que nous en France qui trouvons que l'Université ne peut demeurer l'arbitre de ses concurrents, être juge et partie tout à la fois ! M. de Broglie, M. Saint-Marc . Girardin, M. Rendu, M. Guizot, M. Eusèbe Salverte, M. de Sade, M. de Tracy, et tant d'autres, n'ont rien dit et pensé à cet égard ! ou bien peut-être ces hommes honorables sont-ils les agents secrets, et, comme dit M. Thiers, les représentants du clergé! Ainsi, parce que le bon sens ne nous permet pas plus qu'à d'autres de penser que les instituteurs libres, laïques ou non, puissent être jugés et gouvernés par leurs concurrents, nous ne voulons ni des lois, ni des institutions, ni de la gloire nationale, ni de la patrie : nous sommes une classe d'hommes qui voulons être à part des autres citoyens, au prix du renversement de toutes les lois et de tous les principes ! Voilà ce que M. Thiers fait de nous. Est-ce de la vérité? est-ce de la justice? Non ; et j'en prends à témoin tous les hommes de bonne foi, les hommes de toutes les opinions dont j'ai déjà cité les noms et les paroles, et tous ceux que je dois citer encore.
A la veille d'une nouvelle discussion , M. Thiers luimême , s'il est ami de la vérité, me remerciera de lui apporter ici les lumières qui lui ont manqué, j'aime à le croire. Ce ne sont pas les miennes, je le répète , ce ne sont pas les lumières du clergé que je lui apporte, ce sont celles de tant d'hommes considérables très-dévoués à l'Université, tout à fait étrangers au clergé, mais équitables, et dont le bon sens comme la bonne foi sont dignes de décider en ces graves controverses.
Que la grande question qui nous occupe soit relative au baccalauréat , ou à des jurys d'examen , ou au gou-