‹ Défense de la liberté de l'Eglise (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · PUISSANCE PUBLIQUE SL'K LES GENERATIONS NOUVELLES, SUB · texte numérisé non relu

PUISSANCE PUBLIQUE SL'K LES GENERATIONS NOUVELLES, SUB

l ' 'M I MODES, LES EXERCK ES, LES ÉTUDES. »

Certes, rien de plus fort n'a jamais été dit contre le monopole universitaire et contre les excès de ce despotisme inouï, jdéjà signalés par M. Guizot, 'lequel ne tient compte ni des droits des croyances ni des droits des

familles '.

Toute la question est de .savoir si le nouveau projet ne trompe pas la pensée même cl l'intention du ministre qui l'a conçu, et si celte loi ne serait pas une nouvelle et déplorable consécration de ce monopole, de celte main-mise universelle sur toutes les générations, sur toutes les éludes, sur tontes les familles, sur toutes les < onsciences.

5° Les droits de la famille, ces droits que M. Guizot avait proclamés déjà, des droits sacrés, inviolables, primitifs, antérieurs à tous les droits de l'État, M. de Salvandy les proclame de nouveau avec une force, untdignité, que je ne saurais trop louer:

« Dans l'histoire du monde, s'offre à nous le droit de la famille sur elle-même consacré à tontes les pages des annales et des lois du peuple qui a soumis l'ancien monde à ses codes et qui en a doté le monde moderne.

« La société chrétienne, née dans ce berceau digne d'elle, gouvernée si longtemps par les maximes et la législation romaines, ne vit jamais contester le droit de la puissance paternelle en fait d'éducation..,

(i Irresponsable devant les hommes et devant la loi, le père de famille répond devant Dieu, et cela mats suffit :

■ cours de M. Guizot, du 31 Janvier 1840.

il s'agit d'un intérêt qui lui est plus cher qu'à la société même, si elle était tentée d'intervenir

« C'est qu'il y a ici deux faits et deux principes plus forts que tout le monde.

(( Le droit paternel a ses sources plus haut que dans la Charte de 1830 ; il est écrit da?is une loi que des circonstances ou un homme extraordinaires peuvent méconnaître un jour, mais qu'un gouvernement pacifique et régulier, çit' aucune législation légitime et sensée ne

DÉCLINERONT DÉSORMAIS.

« Ce droit sur la direction morale, sur le développe- « ment intellectuel de l'enfant qui sera l'héritier de no- « tre nom, le continuateur de notre pensée dans la cité « et dans l'État, ce droit est la vérité en fait de Liberté « d'enseignement. Tout le reste est plus ou moins acci- « denlel, artificiel et contestable; mais ici tout est réel « et fondamental. C'est par la famille que la société a a < ommencé. La société n'en est que le développement « et l'image. L'État n'a de droits que ceux qu'il em- « prunte a cette origine, comme il n'a de force que « celle qu'il demande à tous ses concitoyens. L'État ne

(( POURRAIT SUBSTITUER SON ACTION A CELLE-LA, SES SEN- (( TIMENTS A CEUX QUI ONT LA LEUR SIÈGE ET LEUR PUISSANCE, (( SANS USURPER. »

Certes, il y a loin de là à l'abaissement de l'autorité paternelle, à cette profonde et indigne méconnaissance des droits de la famille, que M. Thiers voulait ériger en principe dans son fameux rapport.

On se souvient qu'il se plaisait à représenter l'autorité paternelle tour à tour comme une vague sollicitude, puis comme une faiblesse, puis comme une vainc tendresse, puis comme un goût, une fantaisie, puis comuif

SUR Là LU: MME D'KNSKMiNEMENÏ' isi: . :'s:>

un penchant pour certains .soins physiques et moraux, et enfin, comme un sentiment qui peut être satisfait par une certaine diversité de régime. Puis il mêlait à tout cela, en parlant des pères de famille, les vîtes de leur ambition, et aussi, non les lois, mais les scrupules de leur conscience.

On comprend que l'incertitude des principes et le défaut de lumières, en un sujet si grave et sur ce point capital, qui doit tout dominer, tout éclaircir, tout élever dans celte grande discussion, avaient dû laisser dans le travail du trop célèbre rapporteur, comme dans ses idées, des lacunes profondes, rétrécir ses pensées et ses vues, et lui inspirer contre la Liberté d'enseignement un système de restrictions et d'entraves inouïes jusqu'à ce jour, mais en harmonie avec le rôle subalterne qu'il réservait aux pères de famille dans l'éducation de leurs enfants, et avec les idées inférieures qu'il semblait avoir de l'éducation elle-même.

Si nous voulons être libres, sachons être justes, et rendons aujourd'hui hommage aux deux hommes d'État qui ont enfin vengé, dans le plus énergique et le plus noble langage, des principes sacrés, si légèrement méconnus et outragés : heureux tous deux et glorieux un jour, s'ils parvenaient enfin à réaliser, dans une loi digne de ces grands et immortels principes, des pensées si généreusement exprimées!

6" M. de Salvandy rend un hommage plein d'impartialité et de justice, et il faut l'en louer par le temps qui court, à l'Église de France, à l'épiscopat français, à tout le clergé, à la part que nous avons tous prise et que tous nous devions prendre dans celle lutte, où la liberté de conscience, la liberté de l'Église, la liberté de la fa-

mille, les libertés naturelles et civiles, les droits politiques et religieux les plus importants sont profondément engagés.

Dieu, la famille et sa foi, l'enfant et la société, l'Église et l'État : voilà simplement ce qui est au fond de ce débat. Et voilà pourquoi M. de Salvandy dit avec raison :

« Vous savez quelle est la sollicitude qui a le plus vivement réclamé d'un bout du royaume à l'autre la Liberté de V enseignement ; et vous le savez, non pas parce qu'elle s'est hautement 'produite, mais parce qu'elle ne pouvait pas ne point se produire. Nous avons dû regretter la forme : le fond était dans la nature des choses. L'Église de France a passé par des époques bien diverses ; sachons espérer qu'll n'y aura pas un temps ou elle se montrera indifférente en matière d'éducation et d'enseignement; car ce serait l'être sur la direction des esprits, sur le dépôt de la foi, sur les destinées de la religion, sur l'état moral de la société.

« L'éducation deV esprit est trop intimement liéeà celle de la conscience pour que les arbitres légitimes de l'une ne soient pas des témoins inquiets et jaloux de la direction de Vautre....

« Le clergé français prouve qu'il a l'esprit de sa mission , qu'il est sincère, toutes les fois qu'il se montre préoccupé des questions relatives a l'enseignement. »

Nous admettons, sans orgueil comme sans humilité, tous ces faits, non parce qu'ils sont des éloges, mais parce qu'ils sont enfin une justice rendue.

7° M. de Salvandy proclame les droits de la liberté, les avantages de la libre concurrence, soit pour les établissements libres, soit pour l'État, soit pour l'Univer-

situ elle-même, soit pour la société tout entière, avec une fermeté, avec une netteté vraiment remarquables:

« L'effet de la concurrence sera d'inspirer à l'Université une plus constante application u donner sécurité aux principes et aux sentiments dont on a voulu s'armer contre elle, et, d'une autre part, la concurrence n'aura pas de plus constante application que d'élever l'instruction, et de la tenir en rapport avec les idées et les habitudes de la société.

«Le gouvernement de 1830 a voulu le libre développement de toutes les méthodes, de toutes les écoles et de toutes les pensées.

« Les deux choses marcheront de front. Dans renseignement comme dans la politique, nous aurons une liberté réelle, féconde et pacifique; et en même temps nous aurons un gouvernement de l'instruction publique tel qu'il doit cire dans une société bien faite, éclairée par le concours de toutes les lumières, de toutes les influences salutaires, de tous les intérêts légitimes.

« L'enseignement perdait de son autorité et de sa puissance (t sa solitude. Ce n'est pas trop que la cité, la science, la science non classée et ordonnée, lu littérature libre et illustre, l'expérience des affaires, la religion enfin, interviennent et aient un avis sur la manière de former la jeunesse, de diriger les esprits, de déployer les forces du génie national.

« Nul homme, nul corps, ne sait tout sur toutes ces choses, qui sont la jilus grande affaire et le plus cher intérêt de tout le monde. »

De ces aveux honorables, de ces principes importants, M. de Salvandy tire-t-il toutes les conséquences pra-

tiques qui en découlent naturellement et que nous avons droit d'attendre ? Je ne tarderai pas à dire tous les regrets qu'il nous laisse à cet égard, mais l'impartialité demande encore que nous disions d'abord les justes conclusions qu'il en a déduites, les applications équitables qu'il en a faites sur certains points.

1° Il supprime le comité et le certificat de moralité.

Les raisons qu'il donne de cette suppression suffisent pour en démontrer l'impérieuse nécessité et pour empêcher à l'avenir qu'on songe jamais à rétablir le certificat de moralité proposé jusqu'ici.

<t II ne satisfait aucun intérêt...

« Essayé dansV instruction primaire, il n'y a pasréussi, il crée une véritable servitude à l'égard des autorités, quipeuvent arbitrairement l'accorder ou le refuser, sans que la société ou les personnes aient contre elle aucun recours; et il ne donne pas à l'État une garantie réelle ; car quelques signatures sont également faciles à obtenir et à refuser.

« C'est, en réalité, l'autorisation, transférée du Conseil royal et de son chef responsable à deux ou trois hommes. »

Il n'y a rien à répondre à de telles raisons.

2° M. de Salvandy supprime le jury, l'examen et le certificat de capacité.

« Sur quoi, dit-il, porteraient les certificats de capacité? Ou bien sur les connaissances scientifiques et classiques qu'on exige des instituteurs de la jeunesse : les épreuves du baccalauréat, de la licence, du doctorat, si l'on veut monter jusque-là, sont la garantie la plus pertinente et la plus sûre des études faites et de l'instruction acquise:

s |] it L A I- 1 1! E R T É D'ENSEIG N E M E N T ( 1847).

ou bien, ils porteraient sur les connaissances spéciales, sur la pédagogie, enfui, pour appeler celte science par son nom. Or, Messieurs, il y aurait quelque chose

d'étrange à ce que l'État imposât aux maîtres particuliers une étude que l'Université ne s'impose pas à ellemême.

« La première chaire de pédagogie qui ait existï

EN FRANCE DEPUIS LA CHUTE DES MÉTHODES TRADITION- NELLES DE L'ENSEIGNEMENT ET DE L'ÉDUCATION, est il

peine debout ; bien du temps se passera avant que le corps de l'Université profite des fruits qu'elle doit produire ; ELLE CONSTATE UN GRAND VIDE PLUTÔT QU'ELLE NE le REMPLIT. Dans cet état de choses, on ne pourrait donner avec sincérité au certificat de capacité cette portée, ni presque cette direction. Aussi faut-il dire qu'il en aurait une autre : il continuerait aux mains des autorités auxquelles on en confierait le dépôt une sorte de pouvoir indéterminé qui participerait du caractère de V autorisation préalable, sans en offrir les garanties et sans en avoir la franchise. »

Ces graves raisons frapperont tous les esprits sincères.

3° M. de Salvandy supprime également le stage imaginé par M. Thiers :

« Faut-il, demande M. de Salvandy, constituer le corps des maîtres particuliers en une hiérarchie graduelle et progressive comme l'Université elle-même, et ne rien laisser a la liberté dans l'organisation de l'enseignement ?

« Nous refusons donc, d'une part, le certificat de capacité pour que la lui soit sincère ; d'autre part, le stage pour que la liberté soit réelle. »

k° M. de Salvandy dispense du certificat d'études les candidats qui ont vingt-cinq ans.

Cette disposition avait été déjà revêtue des suffrages unanimes de la Chambre des pairs, et sur l'avis formel de M. Cousin.

« D'ailleurs, demande M. de Salvandy, qui donnerait le certificat? Au-dessus de vingt-cinq ans, l'homme n'a plus de tuteurs, plus de répondants. Il est chef de famille luimême. Lui appliquer les servitudes de l'enfant est chose qui répugne au bon sens et à la justice, comme à la liberté.

5° M. de Salvandy renvoie en partie aux tribunaux le jugement, les poursuites et l'application des peines que le projet de ISUk réservait à l'Université :

C'est-à-dire Y amende, la suspension, Y interdiction.

Malheureusement le nouveau projet réserve à l'Université l'application des peines disciplinaires, parmi lesquelles se rencontre {'admonition avec publicité.

Je n'hésite pas a le dire, quand il s'agit d'une maison d'éducation, Y admonition avec publicité, faite par le Conseil académique, où se rencontrent, indépendamment du recteur et des inspecteurs, indépendamment de huit autres membres de l'Université, un préfet, un maire, un premier président de cour royale, un procureur général, et un évoque ou archevêque, cette admonition avec publicité équivaut à Yamende, à la suspension, à Yinterdiction ; elle entraîne la ruine inévitable de rétablissement.

Ce que j'affirme ici ne peut être nié par quiconque s'est occupé d'éducation et a vu de près jusqu'où va en ce genre la juste susceptibilité, la délicatesse et la mobilité de la confiance publique et des familles.

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