AVANT-PROPOS
exaucés, ils obtiendront les honneurs de la réimpression.
S'il était, en outre, possible de raconter un combal
sans parler des combattants, je serais plus heureux : j'y trouverais le compte des sentiments vrais de mon cœur et de ma reconnaissance. Les adversaires que nous eûmes alors, la Providence en fit un jour nos alliés. Ils les ont encore, et avec une fidélité rare dans les temps où nous sommes. Je ne me consolerais point, si cette réimpression pouvait les affliger.
Je me serai trouvé, dans ma carrière, en présence de deux écoles opposées au Catholicisme. A la frivolité haineuse, à la moquerie fatigante, à la clarté peu profonde du xvnic siècle, succédait déjà dans ma jeunesse, et a grandi sous mes yeux, une école plus grave, hautement spirilualiste, et logicienne, quoique souvent peut-être, qu'il me soit permis de le dire, plus forte à chercher les solutions qu'aies découvrir, jamais irrespectueuse, croyant à Dieu, à l'âme, à l'immortalité, à la morale, sachant en parler avec éloquence, môme avec émotion, et représentée, lorsque j'eus à la combattre, par des hommes qui m'ont rendu bien facile le précepte de l'Évangile qui commande d'aimer ses adversaires.
Il est, depuis, sorti de la foule une autre école, matérialiste dans ses tendances, sinon dans ses aveux, avec des inspirateurs subtils et des auxi-
vi AVA M- PROPOS.
liaires brutaux, couvrant sa réelle ignorance d'un masque d'érudition , ses haines dominatrices de grands mots de liberté, aussi différente de la première, sans parler du talent, que la présomption est éloignée du savoir, la colère du respect, le mensonge de la bonne foi. Ces nouveaux ennemis succèdent aux anciens et ne leur ressemblent pas.
Après bien des combats, lorsque, dans des jours de désordre, la leçon du malheur nous fui donnée par le maître qui est Dieu, nos anciens adversaires ouvrirent à la fois les yeux sur les progrès que le mal avait faits dans les profondeurs de la société, et sur ceux que le bon droit et la bienfaisante influence de l'Église avaient accomplis dans la région supérieure des esprits. Nous dûmes à de douloureuses expériences une réconciliation qui prouvait la droiture et la bonne foi mutuelles, et un concours sans lequel, je le dis hautement, nous n'aurions rien obtenu.
De tels souvenirs assurent aux hommes dont je parle ma fidèle reconnaissance, et si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, j'étais condamné à les combattre encore, ce ne serait pas sans d'inexprimables regrets.
J'en éprouve déjà la tristesse, rien qu'en me trouvant amené à reproduire ces anciennes polémiques. Ma conscience ne me reproche pas d'y avoir déposé, même alors, aucune parole qui excède la vivacité permise à des hommes qui se combattent en se respec-