AVANT-PROPOS
tnni ; el encore volontiers j'en regrette L'expression. Ils savent bien que cette vivacité même est éteinte : il ne reste de vif dans mon aine, après l'amour tle la justice et de la vérité, que ma reconnaissance envers ceux qui les ont si bien servies.
Quant aux adversaires que je combats aujourd'hui, je ne puis leur faire un plus grand honneur que de leur destiner des paroles composées pour des hommes auxquels je souhaiterais qu'ils fussent semblables. C'est leur prouver que, si je n'ai pas le même espoir de les convaincre, j'en éprouve pourtant le même désir.
Je ne parlerai pas d'autres adversaires, que je ne devais point m'attendre à rencontrer sur ma roule dans les causes que je défendais alors, ni de ces luttes si pénibles que j'ai dû soutenir contre des alliés naturels, tandis que je combattais l'ennemi commun. Sans perdre tout souvenir du passé, j'aime mieux m'en taire aujourd'hui, espérer qu'à l'avenir on ne verra plus désunis les défenseurs de l'Église, et demander à Dieu pour tous la vraie lumière dans les esprits, et la paix dans les cœurs.
f FÉLIX, Évêque d'Orléans.
Orléans, 31 mai 1 SG! .
PBEMIÈRE LETTRE
Rapporteur du projet de loi relatif à l'Instruction secondaire.
Monsieur le Duc,
Dans le rapport que vous avez présenté à la Chambre des Pairs, au nom de la commission spéciale chargée de l'examen du projet de loi relatif à l'instruction secondaire , vous vous exprimez en ces termes , sur l'état de l'enseignement dans les petits séminaires :
« Le succès de ces établissements précipiterait rapide- « ment la décadence des études. Les études sont très- « faibles dans les écoles secondaires ecclésiastiques; et « cela est inévitable, le professorat y étant constama ment mobile et à peu près gratuit. C'est, en général , « un poste de transition entre le grand séminaire et les « fonctions du ministère sacré. Les jeunes prêtres qui « sortent des grands séminaires enseignent dans les « petits, en attendant qu'ils puissent être placés. Ce n \ « sont point , pour la plupart , de vrais professeurs; ils i. \
« n'en ont point la science et n'en peuvent acquérir « l'expérience. Pour lutter de bon marché avec un pro- « fessorat ainsi composé, il faudrait que, de leur côté , « les établissements laïques cherchassent à se procurer « des maîtres au rabais ; et bientôt dès lors, par la force « même des choses, les études des collèges et des insti- « tutions privées tomberaient aussi bas que celles des « petits séminaires. »
Ce langage est bien sévère , Monsieur le Duc ; vous n'en avez pas sans doute prévu le triste retentissement. Je ne crois j;as que depuis longtemps aucune bouche, même hostile , nous ait adressé paroles plus humiliantes. Caries petits séminaires'sont, comme vous l'avez dit vous-même, les pépinières de l'Église de France; c'est là, comme dans sa première source, qu'elle se renouvelle ; là est le berceau de ses prêtres , l'école première de ses docteurs, le sol originaire de ses apôlres. Si les faits justifiaient vos paroles, elles seraient un arrêt trop accablant pour le clergé de France. Mais , oserai-je vous le dire? ce clergé vous est mal connu , et le jugement que vous avez laissé tomber sur lui, me prouve à quel point l'opinion qu'on se fera de sa situation et de son influence intellectuelle peut décider de l'esprit de la loi dont la discussion est aujourd'hui près de s'ouvrir.
A la veille d'une décision si grave, au milieu de tant de voix confuses et passionnées qui l'accusent, le clergé cherche des juges impartiaux : malgré la sévérité de vos paroles, lui permettriez -vous, Monsieur le Duc, de s'adresser à vous? Celui qui prend la liberté d'invoquer votre haute justice est un de ses membres les plus humbles; mais élève autrefois du petit séminaire de
Paris, et aujourd'hui supérieur de cette maison , placé d'ailleurs plus près du débat , j'ai peut-être ici le droit et le devoir d'élever le premier la voix. Dans la grande cause pendante en ce moment devant les chambres françaises, pour triompher auprès dos arbitres illustres que la loi nous a donnés, nous n'avons besoin que d'être bien connus.
Ces questions doivent être traitées loin des passions, clans le calme de la conscience, et avec des hommes qui savent comme vous , Monsieur le Duc, unir la dignité du caractère à la dignité de la raison.
J'oserai donc vous soumettre simplement et loyalement ma pensée.
11 y a aujourd'hui un grand fait accompli : la question de la liberté d'enseignement, depuis qu'elle a été livrée à la discussion publique, s'est posée dans ses véritables termes : elle apparaît évidemment aujourd'hui ce qu'elle a toujours été, une question profondément religieuse, et par suite il est visible que la question religieuse dans toute son étendue est désormais la question dominante.
De là uniquement l'intérêt considérable qu'y prend le clergé, et l'importance qu'on lui reconnaît enfin dans ce débat. On a essayé de donner le change à cet égard: on n'y a pas réussi. Si on l'essayait encore , on n'y réussirait pas davantage; quoi qu'on fasse, il nous sera toujours facile de démontrer qu'il s'agit ici des plus grands, des plus sérieux intérêts de la religion. Il est manifeste d'ailleurs que ce n'est pas ici une querelle simplement politique. Non ; après avoir observé, depuis quatorze années, un silence si profond et si convenable au milieu des partis , nous ne serions pas venus faire éclater tout à coup des passions politiques dans une
i PREMIÈRE LETTRE
question purement humaine; cela n'eût été ni de la prudence qu'on nous reconnaît , ni de l'habileté qu'on nous impute. On a vainement calomnié la sincérité et la modération du clergé. Outre ses principes, plus puissants encore que ses intérêts , il sait à quelle époque il a affaire ; il donne depuis de longues années d'incontestables exemples d'abnégation, de sagesse, de patience ; et l'on conviendra , en dépit de toutes les préventions , que ce n'est pas lui que l'on voit parmi nous jouer le terrible jeu des révolutions, qui retombent toujours sur sa fêle de tout le poids de leurs ruines. Si donc le clergé a pris à cœur la question de la liberté d'enseignement , c'est qu'il croit dans son âme et conscience que celle question le regarde, qu'elle importe à la religion, qu'elle relève de son ministère ; c'est qu'elle a pour lui toute la grandeur, toute l'importance d'une question religieuse.
Grande question, en effet ! aucune autre ne préoccupe plus fortement tout à la fois l'opinion publique et les hauts pouvoirs de l'État. C'est comme un immense problème dont la solution est attendue par l'inquiétude et l'impatience générale ; et le gouvernement lui-même, chargé de le résoudre, a cru devoir en saisir d'abord la plus grave de nos assemblées législatives, la Chambre des Pairs,
L'opinion publique le trouve convenable : le calme et L'impassibilité de la noble chambre, les lumières d'une délibération approfondie peuvent aplanir bien des diflicultés qui paraissent aujourd'hui insolubles, concilier bien des exigences qui semblent inconciliables , et rendre à la raison cl à la justice leurs droits usurpés ou contestés par les passions.
A M. LE Dl C DE BROGLIE.
La Chambre des Pairs ne demeurera pas au-dessous de l'attente de l'opinion publique Déjà elle a commencé ses travaux avec une grai Ité el un respect dignes d'elle; la discussion de ses bureaux a été remarquablement sérieuse ; dans la commission qu'elle a nommée se trouvent les hommes les plus éclairés , les plus consciencieux , les plus éminents que l'on puisse désirer : enfin vous me permettrez d'ajouter, Monsieur le Duc , que le choix du rapporteur et le rapport même , sous quelque réserve que nous soyons obligés de l'accepter, sont un témoignage déplus de l'esprit de gravité qui anime l'illustre assemblée.
Tel est l'étal de notre cause, tel est le premier aperçu de l'importance qui s'y rattache.
Je ne suis pas moins frappé de la force qui se révèle en ceux qui la défendent; el vous avez prouvé vousmême, Monsieur le Duc, à quel point l'opinion publique leur \ient en aide : votre pensée, si énergiquement exprimée sur la nécessité à' enseigner à la jeunesse les fondements de la foi, un vrai cours de religion positive, les dogmes en même temps que la morale, vos vues sur renseignement philosophique ne sont que la confirmalion des unanimes réclamations de l'épiscopat cl des catholiques de France.
Depuis que la lutte est ouverte, on a pu être plus d'une fois étonné de la vigueur avec laquelle elle a été soutenue. Chaque jour, la question gagne du lorrain, chaque jour elle fait d'immenses progrès; de l'un ni de l'autre côté, on ne paraissait pas s'attendre d'abord à •de tels résultats.
El cependant les adversaires sont bien forts, les préventions invétérées, les préjugés nombreux, el le débat
est engagé contre la réunion des forces intellectuelles la plus imposante; car, je le reconnais, l'histoire , les sciences , les lettres , et , à défaut de vraie philosophie , le goût de la science philosophique, ont dans l'Université d'habiles et illustres représentants.
Jusqu'à ce jour, néanmoins , la lutte n'a pas été trop inégale, et la partie ne semble pas en ce moment favorable à la corporation universitaire.
Pour nous, hommes du sanctuaire, que la force des choses a comme poussés malgré nous dans la lice, on nous y a acceptés ; et malgré la chaleur inévitable d'un combat qui va chaque jour s'animant davantage , en se plaignant de nous, on continue à nous respecter, et cela est juste : dans la plus grande violence du débat on n'a réellement rien découvert en nous qui ne fût respectable ; on a pu nous reprocher quelques excès de zèle, relever la forme quelquefois ardente de notre polémique dans une cause qui touche à ce qu'il y a pour nous de plus sacré sur la terre ; mais au milieu de tout cela, nous avons gardé toute notre considération ; la religion n'a pas souffert, et si j'excepte quelques vivacités , qu'un poëte philosophe attribuait à la faiblesse de la nature, quashumana parum cavit natura, et dont Bossuet disait : que nul ne doit s'étonner que des hommes aient des défauts humains , on n'articule contre nous aucun grief sérieux , aucune accusation soulenable.
Et cependant tous les regards étaient fixés sur nous, toutes les oreilles attentives à nos paroles; l'irritation n'attendait que le moment d'éclater dans toute sa violence ; elle ne l'a fait encore que parmi les possesseurs du monopole : l'Université seule jette des cris de colère.
Cela se conçoit, cl encore s'est-eîle efforcée longtemps
de se modérer. Mais , dans le fond, la faveur, l'opinion se tournent secrètement du côté do la liberté d'enseignement : c'est une cause invincible; la vérité, le bon sens et la justice combattent pour elle l.
J'en trouverais la preuve, Monsieur le Duc. dans la conscience des plus ardents défenseurs de l'Université. Il y a déjà longtemps que M. Dubois, aujourd'hui membre et vice-président du Conseil royal de l'instruction publique a écrit : Le même principe de monopole frappe tour à tour tous les partis... Rien destable, rien degrând ne peut se tenter ; disons plus : rien de moral. Car aucune conviction libre ne peut vivre dans un corps comme celui de l Université , sans cesse exposé à démentir le lendemain ce qu'il professait la veille. Il y a longtemps que pour la première fois , et les premiers avec suite, méthode et fidélité, nous avons réclamé contre le monopole