VOULONS PAS QUE DANS LE COMBAT NOS ADVERSAIRES AIENT
DES ÉPÊES DE BOIS. Il fdut qu'on se combatte avec des omet séiieuses^ parce que nous ne craignons pas le réitdtat du combat.
M. Saint-Marc Girardin résumait enûn la discussion en ces termes :
Si vous composez la commission uniquement d'universitaires.... on me dit : Non. Je dis^ moi^ que vous la composez d'universitaires^ s'ils sont tous nommés par VUnivtrsité et par le Ministre de V instruction publique. Évidemment, par V entraînement de vos bureaux^par la nature inême de votre caractère^ vous nommerez des personnes imke$ de r esprit universitaire.
Il faut qu'il y ait liberté complète de méthodes, et cette liberté n'existera pas si c'est Tesprit universitaire qui juge les méthodes nouvelles ; il faut un examen de moralité (c'est-à-dire un examen sur la capacité de l'instituteur pour Téducation morale des enfants), et il ne faut pas seulement ^ue ce soit Vesprit universitaire^ mais aussi Vesprit du ^fmde, de lu sociJté^ Vesprit des pères de famille^ qui soit représenté dans le jury.
M. le duc de Broglie disait encore, et la Chambre des pairs donnait à ses paroles un assentiment unanime :
^Université est un corps; elle le dit, elle s'en vante, et ^llo fait bien de s'en vanter. Oui, l'Université est une corporalioii: je suis bien aise qu'elle soit une corporation.... Mais quand on accepte les avantages, il faut subir les conséquences. L'Université est un corps, j'en conviens; ce <^orps a un esprit, et cet esprit s'appelle de Vesprit de ^oiys.Ce n'est pas un mal, c'est un bien : il faut l'admettre
parce que c'est un bien, et ensuite, comme cela a quel- (jues inconvénients, il faut en tenir compte.... On doit (les garanties aux institutions libres : elles les réclament; la loi est destinée h les leur donner.... A ces instituteurs ((ui ne sont plus membres du corps enseignant, gui sont les rivaux^ les émules du corps enseignant^ il a paru nécessaire de donner des garanties spéciales contre les tendances qu'on pourrait avoir à restreindre leur liberté.
Voilà le langage du bon sens et de la bonne foi : devant ces simples et convaincantes paroles, il n'y a pas de subtilité d'esprit qui puisse faire illusion.
L'autorité des hommes que je viens de citer est irrécusable ; mais il y a quelque chose de plus irrécusable encore que leur autorité, c'est la logique qui parle avec eux.
Tous les esprits droits en ont toujours été invinciblement frappés : M. de Sade, dont la Chambre a regretté la perle il y a quelques mois, disait à son tour :
VUniversité cédera au penchant qui entraîne tous
les corps ; elle voudra étendre ses attributions et soumettre ses rivaux à son autorité.
Lorsque j'ai parlé de l'esprit d'envahissement de l'Université, je n'ai pas voulu lui faire de reproches ; je n'ai voulu parler que d'un pencliant inhérent à tout corps. Certes, c'est dans son propre intérêt qu'elle doit renoncer à toute espèce de suprématie imposée par la loi, à toute espèce de privilège. C'est à ce prix, et à ce prix seulement qu'elle fera reconnaître son incontestable supériorité.
M. Salverte s'exprimait encore avec beaucoup plus de force que M. de Sade ; je me borne à citer ces simples paroles, qu'on dirait prononcées contre le projet de loi de M. Thiers :
En examinant avec attention le projet de loi, vous voyez qu'il tend surtout, après avoir proclaraô le principe de la liberté de renseignement, k en restreindre singulièrement Tapplication, et à serrer plus fartement les nœuds qui lient à rUniver site ions les hommes qui veulent se livrer à l'enseignement public.
Je n'en ai pas fini avec les citations, et je ne cacherai pas à mes lecteurs que je suis condamné à les en fatiguer. M. Thîers a pris tellement plaisir à répéter que nous étions les seuls à récuser TUniversilé, il a proclamé si haut que nos prétentions à cet égard étaient monciliables avec la bonne police de VÊtat, que c'éiait k renversement de toutes les lois et de tous les principes^ Urenversement des plus simples notions de la justice et dubonsens!
Pais, partant de ces affirmations vraiment extraordinaires, il a répandu contre nous une suite d*insinnatioDS dont la malveillance est si claire, et, qu'on me permette de le dire, si imméritée, que rien ne peut me dispenser d'y répondre, puisque j'en trouve l'occasion :
Il y aurait donc, disait-il, dans rÊtat, une classe d*hommes pour lesquels il faut d'autres lois, d'autres autorités que pour la généralité des autres citoyens ? Omoî/ Messieurs, le clergé ne voudait pas pour juges de idsdenceyde son aptitude, ceux que tout le monde ac- ^pie? Cela serait inadmissible, disons le mot , intolé- *'fttk. En vérité y on ne comprend un tel désir d'être à P<irtdes autres citoyens qu'en se reportant à des temps îui ne sont plus, qui ne sauraient plus être. Ainsi il n'y a que nous, ministres de la religion, il n'y
a qae nous en France qui trouvons que rUDiyersitë ne peut demeurer Tarbitre de ses concurrents, être juge etv-,^t partie tout à la fois I M. de Broglîe , M. Saint-Marc Gi — S v rardin, M. Rendu, M. Guîzot, M. Eusëbe Salverte, M.d^.Ci( Sade, H. de Tracy, et tant d'autres, n'ont rien dit ef^ e pensé à cet égard ! ou bien peut-être ces homme: ^3^ je; honorables sont-ils les agents secrets, et, comme dE.C^ M. Thiers, les repi^ésentants du clergé! Ainsi, parcc^-rc^ que le bon sens ne nous permet pas plus qu'à d'j de penser que les instituteurs libres , laïques ou noi puissent être jugés et gouvernés par leurs concurrent nous ne voulons ni des lois, ni des institutions, ni deT gloire nationale, ni de la patrie : nous sommes tir classe iThomtnes qui voulons être à part des autres toyenSj au prix du renversement de toutes les lois de tous les principes! Voilà ce que M. Thiers de nous. Est-ce de la vérité? est-ce de la justice? No et j'en prends à témoin tous les hommes de boni foi, les hommes de toutes les opinions dont j'ai d< cité les noms et les paroles, et tous ceux que je d»citer encore.
A la veille d'une nouvelle discussion , JI. Thiers 1^ même , s'il est ami de la vérité, me remerciera de apporter ici les lumières qui lui ont manqué , j'aime le croire. Ce ne sont pas les miennes , je le répète , ne sont pas les lumières du clergé que je lui apporte, sont celles de tant d'hommes considérables trës-dévoi à l'Université, tout à fait étrangers au clergé, équitables, et dont le bon sens comme la bonne foi si digues de décider en ces graves controverses.
Que la grande question qui nous occupe soit rela^t^^^ au baccalauréat , ou à des jurys d'examen , ou au s^^"'
veneiiieDt iptériear des établissements libres, ou à
rJDspecUoD de ces établissements et à la répression des
0lMi8, je retrouve partout, chez les hommes probes et
impartiaux, la même pensée, la même inspiration de
jasiice.
1* Relativement à l'examen du baccalauréat , qui ne ^itce que Téquité et Timparlialité supérieure de la Chambre des pairs avaient cru devoir établir en faveur ées établissements privés ?
Qui ne voit qu'en maintenant le baccalauréat tel qu'il est, et en conservant à l'Université le monopole des' examens pour ce grade , on laisse entre ses mains la def de toutes les professions libérales, de la magistratare, du barreau , de la médecine, et de toutes les admiDistrations publiques; on laisse au monopole universitaire le plus exorbitant de tous ses privilèges et la plus puissante de toutes ses armes ; on anéantit la eonditioD élémentaire de toute liberté, de toute concorrence!
Si le grade de bachelier était, comme le titre d'agrégé, uo titre purement universitaire, exigé seulement pour remplir certaines fonctions et pour jouir de cartaioes prérogatives au sein de l'Université ellemême, on ne s'étonnerait pas qu'il fût conféré par les professeurs appartenant déjà à la corporation où le candidat veut entrer. Mais le diplôme de bachelier, cbacun le sait , est une condition indispensable pour obtenir l'accès de la plupart des carrières libérales *.
Tant que cet état de choses sera conservé , la pre-
' Récemment on a essayé de soumellrc au bacralauréat les candidala àt l'Ecole polytechnique.
mière condition de prospérité pour on établlssetneot secondaire sera de réussir aux épreuves du baccalauréat : c'est, aux yeux du public, le critérium de la force des études, c'est la première des recommandations près d'un grand nombre de parents.
Mais alors peut-on, en bonne justice, commettre aux seuls professeurs universitaires une autorité si grande et le pouvoir d'assurer à TUniversité une si facile victoire sur tous ses concurrents ? est-il convenable d'exposer leur zèle à une tentation si délicate?
Un membre du Conseil royal de l'instruction publique, M. Dubois, disaitle 2 février 1836, devant la Chambre des députés :
Déjà plusieurs pétitions sont adressées h la Chambre par plusieurs chefs d'institution des grandes villes, qui, décidés à profiter de la loi nouvelle, et se proclamant les concurrents des collèges de TÉtat, demandent que les professeurs de rÉtat ne soient pas seuls juges de la capacité des élèves formés dans des maisons et par des méthodes rivales.
C'est le langage du bon sens , c'est le cri de la bonne foi.
Quand on songeait à faire une loi de bon sens , une loi de bonne foi , voilà comme on parlait.
Certes, les examinateurs pour TÉcoIe polytechnique ou pour Saint-Cyr jouissent d'une incontestable réputation d'équité ; il leur est cependant défendu de former par leurs leçons les aspirants au concours ; l'opinion publique ne permet pas le cumul des fonctions de professeurs et des pouvoirs d'examinateurs. Le ciel a-l-il donc départi une vertu surhumaine aux membres de l'Université pour qu'on tolère chez eux un double rôle
qai est iatolérable chez tous les autres 7 Quand mémo le projet de loi qu'on nous prépare serait pour tout le reste parfaitement libéral, cette seule disposition , si elle s'y trouvait, suffirait pour en faire, non pas une loi de sincérité et de modération, mais une déception et un mensonge.
Les hommes intègres que l'Université compte en si grand nombre dans ses rangs doivent être les premiers à désirer une réforme qui mette leurs sentences à Tabri da soupçon , et les prémunisse eux-mêmes contre la secrète influence de leurs propensions personnelles. L'état de choses dont je parle n'est pas moins contraire i la dignité même du corps professoral qu'aux intérêts des justiciables.
Pour trancher ici toute discussion sur ce point, ne saffit-il pas de rappeler les paroles de M. le comte Porlalis?
Si je cite ce morceau presque dans son entier, c'est qu'il y aura plaisir et proflt pour tous à lire des paroles si graves, prononcées par un magistrat si éclairé, justifiées d'ailleurs par une si longue expérience des hommes et des choses , et empreintes d'une si haute et d'âne si belle moralité.
L'examen du baccalauréat ouvre la plupart des carrières civiles aux jeunes gens du pays. Le diplôme du baccalauréat, c'est en quelque sorte la robe virile des Français, leur cens intellectuel.
n est donc essentiel d'envisager Texamcn du baccalauréat comme autre chose qu'un examen purement littéraire et scientifique. Il faut le considérer comme pouvant exercer mie grande influence sur Tétat civil d'un grand nombre de citoyens.
Mais quand les parents auront placé leurs enfants dans CCS établissements libres que la loi va fonder, qui sont la conséquence de la Charte, il ftmt que leur sécurité soit en* tiôre, il faut (ju'ils ne puissent pas craindre que leur choix libre et consciencieux ne compromette l'avenir de leurs enfants. Il ne faut pas, lorsque, dans leur sollicitude paternelle, ils auront confié Tinstruction de leurs enfants ù des maîtres qu'ils ont crus les plus propres h assurer leurs premiers pas dans la vie, qu'ils puissent se dire un jour avec une sorte de remords : « Mais si j'avais placé mon fils dans un établissement de l'État plutôt que dans un établissement privé, sa carrière serait plus assurée ; il aurait plus de succès. »
Voici ce que M. Portails ajoutait pour démontrer que les professeurs même des facultés, malgré leur position élevée, n'offraient pas de garanties aux pères de famille qui présentent leurs fils à Texamen du baccalauréat :
Les professeurs des facultés font partie de ce corps enseignant qui dirige les établissements de l'État, qu'on appelle l'Université. N'est-il pas possible, n'est-il pas naturel, enfin n'est-il pas vrai que les pères de famille qui ont placé leurs enfants dans des établissements libres, et qui les verront arriver pour être examinés et jugés devant un corps apparlenaiit à l'Université, puissent concevoir, conçoivent en effet la crainte que la situation des jeunes gens qui viennent de ces établissements ne soit pas égale à celle des jeunes gens qui sortent des établissements de l'État.
La loi doit prendre les hommes tels qu'ils sont, avec leurs passions, leurs susceptibilités; elle doify pourvoir, y porter remède, et les mépriser ce n'est pas y remédier. Ceux qui ne placent pas Feurs enfants dans les établisscnienls de l'Université, soit qu'ils aient des préventions
ÉTAT DE LA QUESTION (1847). S5a
contre ceux-ci, soit qu'ils aient des préférences pour d'autres, auront naturellement Tidce que la balance ne sera pas tenue d'une manière égale entre les élèves sortant d'un établissement libre et les élèves sortant d'un établissement de l'Université, par des juges tirés du corps môme de l'Université.
£len tout ceci , disait M. Portails, il n'y a rîen d'injurieux pour les professeurs des facultés :
D'autres fonctionnaires non moins élevés, plus élevés même, sont l'objet de dispositions législatives destinées à prévenir ou à diminuer d'injustes soupçons, et qui pourraient être considérés comme faisant injure à leur caractère, si une considération d'un ordre plus élevé n'avait déterminé le législateur. Mais la loi a pris en considération cette faiblesse humaine dont je parlais tout à Theure : elle est allée au-devant du soupçon mémo injuste.
Hais, dit-oo, la publicité des exaniens pour le baccalauréat est une garantie suffisante de la justice des examinateurs : Non, répondait M. Portalis :
n y a la publicité dans les débats judiciaires comme pour les examens du baccalauréat. Le bon choix des juges est assuré ; personne ne révoque en doute leur discernement, leur équité, leur droiture, leur science même jusqu'à un certain point. Eh bien! cependant, la loi permet do les récuser, et dans certains cas elle leur ordonne de s'abstenir. Et pour quelles causes ? Pour des causes- bien plus blessantes, et qui semblent bien peu propres à faire naître des préventions raisonnables et fondées.
Un juge quîsera rencontré dans une maison, et qui aura mangé avec une des parties est récusable.
Sans doute, la situation des professeurs des facultés est élevée, indépendante ; il n'existe contre leurs personnes.
3aG DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT.
individuellement, aucune cause de suspicion et d'accusation, mais c'est pour cela que je demande qu'on place dans la loi une disposition qui les mette hors de toute atteinte, qui ne permette môme pas qu'ils soient soupçonnés. Messieurs, il ne faut pas seulement que les droits des citoyens soient assurés, il faut qu'ils aient le sentiment, la confiance que ces droits sont assurés, qu'ils aient pleine sécurité. Sans la sécurité^ on peut dire que la sûreté même n^exlste pas.
2"" J'ai dit que la même pensée , la m^me inspiration de justice , se retrouvaient dans tous les esprits graves et impartiaux, relativement aux divers jurys d'examen.
En effet, quelle équité et quelle impartialité les instituteurs libres peuvent-ils espérer si on fait leurs rivaux juges absolus de leur mérite, arbitres suprêmes pour décider slls sont dignes ou non d'ouvrir une école et d'entrer en lutte ? Où sera pour eux la liberté d'enseigner, s'ils ne peuvent enseigner que sous le bon plaisir de ceux-là mêmes qui sont leurs concurrents? Gomme M. Thiers s'est laissé entraîner à le dire, n'est-ce pas là , sous une autre forme , le régime arbitraire de l'autorisation préalable ? Le grand maître, le Ministre de l'instruction publique, n'autorisera plus directement, cela est vrai ; mais il instituera sur tous les points delà France ies juges universitaires pour statuer sur la capacité des instituteurs libres, sur leur aptitude à diriger une école, c'est-à-dire qu'au lieu d'un juge unique, plus baut placé et plus indépendant , les instituteurs libres auront cent juges nommés par lui , plus étroits , plus passionnés, plus hostiles, soumis à toutes les influences locales, irrités par le voisinage de la lutte, préoccupés
de leurs propres înléréts, combattant enfln pour la défense de leurs propres foyers.
Les Chambres législatives à toutes les époques n'ont pas jugé autrement que nous sur ce point. M. Delespaul disait dans la discussion de 1837 :
LTniversité aurait la possibilité d'affaiblir ou de repousser des concurrences redoutables pour elle.
Laisser au ministre la faculté de faire dépendre de ITniversilé la délivrance des brevets de capacité, c'est revenir au décret du 47 mars 1808; c'est se réserver encore le monopole de Vinstruciion ; c'est reprendre d'une main ce que fem a Vair d'ac4:order de Vautre ; c'est donner et retenir.
H. Saint-Marc Girardin disait à son tour :
.... En effets si vous introduise::, un jury qui sera plus ou moins universitaire^ qui raisonnera plus ou moins d'après les idées des sciences anciennes^ des méthodes adoptées jusqu'ici^ évidemment il sera disposé à écarter l'es méthodes nouvelles. J'ai grande confiance aux lumières du jury, j'ai grande conflance aux lumières des juges qui seront appelés i\ prononcer ; mais enfin ces juges sont des hommes; ils ont des routines^ des préjugés^ des habitudes d'esprit ; ttcet routines^ ces préjugés^ ces habitudes d'esprit les porteront inévitablcjnent à écarter quelques-unes des méthodes nouvelles.
Il ajoutait :
L(^ loi^ en donnant la liberté d'enseignement^ n'a pas voulu en chicaner mesquinement l'usage ; elle n'a pas voulu lier d'une main ce qu'elle déliait de l'autre, et elle a laissé à la liberté toute sa force; mais elle veut aussi que, pour lutter contre elle, les études classiques aient toute leur force.
M. de Schauenburg se plaignait d'un amendement qui ne tendait à rien moins qu'à exclure de la composition du jury la représentation la plus directe de rintérôt des familles : je veux parler des conseils généraux
Ce n'est pas, ajoute-t-il, que j'aie une grande méfiance de rarbitraire des pouvoirs ; mais, entre deux arbitraires, je préfère celui de la loi h celui du pouvoir.
Je disais donc que ramcndement de M. Dubois ne tend h rien moins qu'à faire sortir du jury Télément que je liens le plus h .y voir représenter, celui de la famille, et il ne peut guère être représenté plus directement que par les hommes qui, dans un département, dans un cauton, [ont réuni le plus de confiance.
M. Drault s'exprimait ainsi :
Si vous composez le jury en majorité des membres do rUniversité, il peut arriver, si la méthode de Thomme savant qui se présente à l'examen no convient pas au gouvernement, à l'Université, qu(î ses réponses soient trouvées par ce seul motif peu satisfaisantes ; on ne sera pas en peine sur les moyens de l'écarter. Il y a plus : quand on voudra donner l'apparence de la justice h la décision, il ne sera pas difficile de préparer certaines matières, et de venir embarrasser un candidat (pii, d'ailleurs, offrirait toutes les conditions requises. Ce que je dis de la méthode, je le dis de l'opinion.
M. Thiers lui-même avait bien senti la force de ces raisons. Il avouait qu'un examen spécial , subi en présence déjuges avertis du- projet de celai qui s'offre à eux, déjuges placés en outre sous la dépendance du ministre, est une manière de faire renaître Vaut07*isation
préalable. Il ajoutait que les précautions prises par la Ckambi'e des pairs pour parer à ce reproche ne faisaient î«e donner plus de consistance à l'objection ; et pour échapper à tous ces inconvénients , lui , ne conservait le brevet de capacité que pour ceux qui auront renoncé à prendre de hauts grades, ou qui n'auront pas voulu s'astreindre à prouvei^ leur vocation jmr un stage de trois ans.
Mais qui ne voit que l'examen de capacité et le grade élevé sont une môme chose? que dispenser de l'un et obliger à l'autre, c'est donner le change, en comptant trop vraiment sur la simplicité de ceux que Ton a pour adversaires ?
Qui ne sait que la licence ôs lettres n'est exigée que pour la carrière de l'enseignement, et que les épreuves D'en sont jamais subies que dans celle pensée? Qui ne comprend que l'examen de licence, passé en présence de juges toujours avertis duprojet de celui qui s'offre à eux, àe juges placés en outre sous la dépendance du ministre. n'est, comme Texamen de capacité, qu'une manière de faire renaître Vautorisation préalable ?
Jel'avoue, je ne puis m'accoutumer à voir des hommes d'État cacher sous l'apparente simplicité des paroles de si tristes déceptions.
M. Persil, un de nos adversaires les plus déclarés, élait plus net que M. Thiers lorsqu'il disait :
Comment', voilii un homme qui veut ôtre instituteur. Vous lui demandez non-seulement un certificat de moralité, mais encore un certificat 3e capacité. A qui s'adresse-l-il donc pour avoirun certificat de capacité ? Au recteur. C'est au secrétariat de TAcadémie qu'il dépose sa de-
mande. Cet enseignement libre tient donc à rUnivcreité, car c'est à elle qu'il s'adresse. Ce n'est pas tout. Quand le candidat a son diplôme, qui est-ce qui donne à ce brevet la vie, l'autorité ? C'est le Ministre de l'instruction publique. Ainsi on remonte toujours au point de départ. Et la surveillance, à qui est-elle confiée ? Aux inspecteurs de l'Université. Vous voyez donc que, malgré les dispositions de la loi, toutes les institutions particulières sont liées de façon à n'avoir que des rameaux ayant tous la même souche.
M. Cousin, que nous ne pouvons compter non plus parmi nos amis, convenait aussi que le pouvoir discrétionnaire ne sortait des mains du ministre que pour passer dans celles du jury :
Le jury de capacité est un pouvoir trop considérable : les jurys de capacité, d'un bout de la France à l'autre» succèdent au pouvoir discrétionnaire du Ministre et du Conseil royal. Leurs jugements sont sans appel : ils décident d'une profession et de l'état des citoyens.
Vainement dira-t-on avec M. Thiers : Mais les professeurs des facultés et les inspecteurs universitaires ne peuvent éprouver aucun sentiment de rivalité à Végard des instituteurs libres^ car ils ne prennent plus part à renseignement secondaire des collèges.
Cette raison n'a pas besoin d'être réfutée, non-seulement parce qu'elle l'a été déjà bien des fois... mais parce que sa valeur est évidemment nulle. Est-ce que les examinateurs et les inspecteurs, professeurs de faculté et autres, ne sont pas toujours, comme le disait M. Portails, membres de la corporation universitaire, c'est-àdîre de celte corporation rivale dont l'examen, Tinspeclion, Tautorité ne peut s'élendre jusque sur ses con-
correots sans blesser toutes les lois de la justice et d*unc
libre et loyale concurrence ?
lYoo-seulement ils sont les membres, mais ils sont les chefs de cette corporation rivale.
C'est compter trop sur notre simplicité que d'essayer de nous persuader que des fonctionnaires qui, selon Tcxpression de SL Cousin, doivent tout à rUnioersité, ne mtrien que par elle, qui se trouvent d*ailleurs engagés de leur personne dans les luttes quotidiennes des partis contraires; qui sont portés, on Ta bien vu, plus ardemment que qui que ce soit, par un amour-propre naturel, par l'esprit du corps qu'ils dirigent, par honneur, presque par devoir, à faire prédominer les écoles dont ils ont été les professeurs et dont ils sont encore les patrons, présentent les garanties d'impartialité qu'on pourrait trouver chez des juges investis également par le gouvernement ou par la loi d'un caractère officiel, mais choisis en dehors de la corporation universitaire. Qui ne le sait d'ailleurs ? Ne sont-ce pas surtout MM. les professeurs des facultés , leur enseignement et leurs ou- Trages qui sont en cause, qui ont excité les alarmes des pères de famille? M. le Ministre de l'instruction publique ne s'offensera pas de ce que je vais dire : leur indépendance de son autorité est précisément ce qui BOUS les rend plus suspects que tous les autres : dans tout ce qui tient à l'enseignement de l'histoire et de la philosophie, nous ne connaissons pas de juges plus récusables qu'eux.
Eq ceci il n'y a d'injure pour personne, comme l'a dit un illustre écrivain :
Le plus grand personnage, le caractère le plus univer-
sellomcnt vénéré n'est point insulte par un soupçon 1^ En disant h un homme quelconque : Vous êtes un honm ou ne lui manque point. (M. de Maistre. )
Du reste, M. Thiers fait erreur lorsqu'il avance qp les professeurs des facultés ne prennent plus aacai part à renseignement secondaire des collèges : il y ai erreur de fait et erreur de droit, et ce n'est pas moi q me chargerai de le lui montrer : c'est son honorab ami, M. Cousin :
Croyez-vous que les facultés sont pures de ces fonctioi naires malheureux, suspects.... qu'on nomme des profe seurs de collèges? Pas du tout : en fait, plus d*un professa de collège est en même temps professeur de faculté, et M. le rapporteur veut lire un article encore du décret ( 1808, il y verra que plusieurs professeurs de collèges do vent faire partie des facultés. 11 faut prendre le décret ne dans un seul article, mais dans son ensemble : Tespril d décret (jui nfest familier est au contraire d'établir un lie entre les collèges et les facultés : ainsi j'ai eu l'honnei d'étudier à la faculté des lettres de Paris sous trois pK fesseui's titulaires, qui tous trois étaient professeurs d collèges.
Certes, ces paroles, aussi bien querautorilë de celi qui les a prononcées, sont décisives. Toutefois, pou réfuter M. Thiers, elles ne m'étaient pas nécessaires car en étudiant de plus près son rapport, je trouve qtf dit à la page 38 que les examinateurs ne prennent plu part à l'enseignement des collèges ; mais il avait déj reconnu à la page 21 que le corps enseignant qui prc fesse dans les collèges roijaux est le même qui fait k examens et les inspections.
Ce corps enseignant ainsi constitué suffit aux trois fonctions suivantes : il enseigne dans les collèges de l^JÈtat; il surveille les collèges particuliers; il confère i^s grades universitaires.
M. Thiers présente d*ailleurs ici une nouvelle objection à laquelle il est utile de répondre en quelques mots : il la fait naître des sommes considérables, c'est son expression, que coûte TUniversilé. Si on crée, dit-il, des commissions spéciales d'examen et des inspecteurs généraux pour les établissements libres, aûn de leur donner une liberté réelle et sincère : il y aura donc deux ^èpenseSf double emploi pour un même service.
Je ferai remarquer d'abord qu'il n'y aura pas un même service^ mais deux services très-distincts; savoir : le service de l'Université d'une part, et le service des éta- Wissements libres de l'autre.
Je pourrais «njouler qu'il y aura, il est vrai, deux emplois et deux dépenses diverses; mais c'est ce qu'il est impossible d'appeler un double emploi et une double dépense, puisque les sommes que l'Élat dépensera pour l'examen et l'inspcclion des élablissemenls libres, il n'aura pas à les dépenser pour l'Université.
Mais laissons ces calculs : quels qu'ils soient, ils ne peuvent dominer la question, et je me sens porté à dire à M. Thiers avec M. Guizot :
Ce sera une dépense sage, prudente, une de ces dépenses qui rapportent en ordre public, en vraies lumières, en •satisfaclion des intérêts légitimes, en bon état des esprits, infiniment plus qu'elles ne coûtent en argent.
M. Thiers ne dit-il pas lui-môme, en parlant d'une amélioration nécessaire à son point de vue : Pour un
intérêt de ce genre^ il n'y a pas de considérations de /«nances qui puissent être invoquées. Du reste, la dépense qui résulterait de cette amélioration est si peu de chose qu'elle ne saurait même être alléguée.
H. Thiers reconnaît lui-même que les facultés universitaires ne suffisent pas aux examens : elles sont peu nombreuses, dit-il, tl n'en existe que dix en France : elles sont souvent trop éloignées du domicile des candidats, et ces graves inconvénients sont tellement reconnus que l'honorable M. Cousin n'hésitait pas à dire:
Si vous voulez n'avoir plus d'examens que dans les facultés, ou bien vous multiplierez les facultés, ce qui les avilira et leur ôtera toute utilité et toute autorité, ou bien vous verrez des jeunes gens obliges de traverser quelquefois six ou huit départements pour aller chercher au loin une faculté qui les examine, et je vous laisse à penser quels dommages de tous genres ce dernier parti apporterait aux familles.
C'est pour prévenir ces inconvénients, qu'indépen* damment des dix facultés qui existent et examinent, on a créé dix-sept commissions spéciales d'examen. Ce qu'on demande, ce qui effraye M. Thiers, a donc été déjà fait, mais par l'Université dans l'intérêt de son monopole, et devrait être fait dans l'intérêt de la liberté.
Maltresse de l'entrée de la carrière par la collation des grades et le jury d'examen, maltresse de l'issue par l'épreuve finale du baccalauréat, TUniversité devrait, ce semble, être suffisamment rassurée par cette double précaution contre les entreprises de ses rivaux. Cepen-
(laDt ce n'est pas encore assez pour elle : quand un (ilablissement se sera formé par la grâce des diplômes, (les certificats et des brevets que TUniversilé aura octroyés, elle voudrait de plus que cet établissement restât sous sa surveillance et sous sa juridiction , en sorte qu'elle pût y venir, quand bon lui semblerait, s'assurer noD-seulement s'il ne se passe rien de contraire à la moralité publique , mais encore si l'enseignement est conforme au sien , si les études sont dirigées comme elle l'entend, si les méthodes sont bonnes. Et pour peu (jne les choses ne fussent pas à sa convenance, M. Thiers voulait qu'elle pût , selon le cas et l'opportunité , réprimander, suspendre, interdire.
Il faut en convenir : si on s'était imposé l'étrange problème d'imaginer toutes les entraves qu'il est possible de mettre à la prétendue liberté d'enseignement, je doute qu'on eût pu mieux réussir. Rien n'a (fchappé à cette habile prévoyance ; le despotisme le plus inventif n'avait rien à y regretter : l'œuvre était accomplie. Malheureusement la Chambre des députés elle-même y a mis bon ordre , en refusant de discuter le projet de loi si habilement élaboré.
Mais....
disait à ce sujet un organe de l'opinion publique auquel on ne saurait assurément reprocher d'être trop ecclésiastique :
.... c'est sincèrement ([uMl faut affranchir rinslruction privée des obligations qui pèsent aujourd'hui sur elle. Or celle sincérité n'existerait pas si la loi future arrivait, par iin détour plus ou moins ingénieux, à ramener invinci-
blement les écoles libres sous le contrôle et sous la juridic tion de TUniversité.
Ces garanties, il ne faut pas s'y tromper, Venseignemen libre ne les doit qu'à VÈiat^ et l'État lui doit, en retour d Taccomplissement des formalités Imposées pour assure leur existence, toutes les garanties possibles contre Tat bitraire et la partialité. Si l'État soumet l'enseigncmen privé k une surveillance active, si une juridiction spécial est établie pour réprimer les contraventions aux engage ments contractés parles instituteurs privés, il faut que ce instituteurs n'aient pas à craindre de rencontrer dans le inspecteurs qui les sur\^eilleront, ou dans les magistrat qui les jugeront, la malveillance et la partialité d^agent d'une corporation rivale. Devant les inspecteurs de VÊtui toutes les portes s'ouvriront sans peine; elles ne s'ouvri vont qu'avec répugnance devant les inspecteurs de VVni versité.
M. de Broglie le disait nettement :
Il ne nous a pas paru juste que des personnes qui von cesser d'appartenir à l'Université fussent soumises à aii< juridiction purement administrative, mobile et variable î la volonté de Tadministralion.
Il disait encore :
Pour les établissements libres, il est bien entendu quelî juridiction universitaire n'a pas de droit direct; que h droit de suspension particulièrement lui est entiôremcn refusé. Nous sommes tous d'accord sur ce point.
Il nous a paru qu'on no pouvait rendre l'autorité publique juge du cas de négligence permanente dans les études sans la rendre arbitre du système général de l'enseignement, du choix des méthodes, de la distribution des heures sans entraver la liberté réelle et etTeclivc. Ici l'abus du
pouvoir serait trop pr^s de Tusage pour que la sagesse des inspecteurs pût être considérée comme garantie suffisante.
Enfln, M. Cousin lui-même, cddant à la puissance des raisons qui combattent ici en faveur de notre thèse, disait :
Jepense avec laCommission, moi, serviteur de rUniversilé et membre dévoué du Conseil royal, qu'il ne convient point de faire intervenir le Conseil dans une peine telle que la suspension d'un chef d'établissement particulier, puisque les établissements particuliers cessent de faire parlie intégrante de TUniversité, et ne peuvent plus s'appeloi*, comme le voulait le décret de 1808, écoles de TUniversité, mais bien écoles privées; dés lors, il ne peut plus appartenir au Conseil d'appliquer une peine comme celle de la suspension, qui, ne vous le dissimulez pas, la plupart du temps entraînera la ruine de rétablissement. La Chavibrc ^ que je ne suûpas ununiversitaire trop fanatique^ ^i je réclame Thonneur d'être entré le premier avec franchise et courage dans le système nouveau, nécessaire pour Taccomplissement des promesses de la Charte.
J'ai fini mes citations ; M. Thiers et le lecteur n'ont plus à en craindre. Je ne saurais trouver un appui plus fort et plus désintéressé que celui de M. Cousin.
Mais, en vérité, quand je repasse dans mon esprit toutes les paroles, tous les témoignages que je viens d'amasser et toutes les dispositions du projet de loi de M, Thiers, quand je rapproche, quand je compare tout ^la, je ne sais plus que croire; je ne découvre ni la pensée , ni le but du célèbre rapporteur, ni ce qu'il a fait, ni ce qu'il a prétendu faire. On dirait que c'a été une véritable gageure , et qu'en prenant à tâche de se
monlrer plus universitaire que M. Cousin luiniim M. Tliiers avait assez compté sur les ressources ioflnii et sur la puissante subtilité de son esprit pour fai accepter un tel projet à Topinion publique ; mais quel que soit la légèreté oublieuse du caractère françal il sufQsait de se souvenir des promesses formelles ( la Charte, pour ne pas se laisser donner complaisao ment la servitude au lieu de la liberté.
Il y a eu là une grave erreur, et le vote de la Ghambi élective, dans la session de 1846 , et les eogagemen pris par 169 députés aux dernières élections, elles» Icnnelles déclarations d*un grand nombre de candidat sont venus s^ajouter à tous les témoignages si graves si nombreux, rapportés précédemment, pour démoDtn à M. Thiers que les causes de bon sens et de bomie fi sont invincibles , que Thabileté et Fesprit ne suCBseï pas contre elles, et qu'on se diminue à les combattre.
Non, rien de tout cela n'était ni sensé , ni prudent, i digne. La pacification religieuse n'était pas là. Ce n'éta pas une loi de paix; c'était une loi de guerre. Gen'éta ni une petite, ni une grande politique; c'était an grande faute. Quiconque fait les choses jusles et d^ cessaires à contre-cœur, trahit de la faiblesse dan l'esprit ou dans le caractère; mais quiconque viol une promesse sacrée, en paraissant l'accomplir, qu fait-il ?
Le projet de M. Thiers ne révélait donc ni yrai intelligence de la situation , ni vraie grandeur d'ea prit, ni générosité, ni justice; ces choses lui man quant , quoi qu'on ait fait pour lui , sa fortune ne pou vait être que médiocre ; et quand il serait devenu un loi, cette loi n'eût été qu'un malaise de plus dans ai
pays qui n^en manque pas d'ailleurs , et n'a pas besoin qa'oD ajoute à ses irritations et à ses inquiétudes.
Je résume ces pages :
Tous les hommes les plus graves conyiennent :
!• Qu'il faut , en conservant à TUnlversîté son existence et ses privilèges , à l'État son intervention tutélaire, donner enfin aux pères de famille, pour l'éducation de leurs enfants, une liberté véritable ;
2» Que la liberté d'enseignement n'est véritable , sincère, que si elle est , entre les divers instituteurs , une libre et loyale concurrence ;
3® Qu'il n'y a pas de libre et loyale concurrence , ni même de concurrence en aucun sens possible, si TUni- Tersîté demeure l'arbitre de ses concurrents, si elle est jnge et partie.
Voilà les principes sur lesquels les hommes les plus (Sminents et les plus graves s'entendent, sur lesquels la bonne foi et le bon sens ne permettent plus de dissentiment.
Voilà ce dont tout le monde est à peu près d'accord.
Certes, je le répète, ce sont déjà bien des points importants sur lesquels il n'y a plus à discuter, bien des pas de faits vers une entente plus parfaite et si désirable pour tous. Que majique-t-il encore pour opérer cet heureux rapprochement? Quelles sont lés questions sur lesquelles il faut s'accorder? Les voici :
i* A quelles conditions les instituteurs libres serontils admis à enseigner?
2* Quels seront désormais les examens, les programmes d'examen et les examinateurs?
3<* A quelle surveillance, à quelle iuspection les ins tuteurs libres seront-ils assujettis?
U"" A quelle juridiction disciplinaire les soumett] t-onî
Voilà les points qui restent à la discussion, et sur l quels raccord est à faire.
La question est donc convenablement éclaircie complètement posée ; la discussion est suliisamm< préparée et la solution possible.
Quelle sera-t-elle ? Je l'ignore. Si je regarde Taven ma confiance est profonde et ma certitude entière, liberté d'enseignement est une cause invincible, temps, la bonne foi , le bon sens, la vérité, la justice, feront infailliblement triompher.
Si je regarde le présent, j'espère aussi. Les effoi persévérants, infatigables, des catholiques ont enfin d cidé les hommes politiques les plus éminents da Topinion publique à s'occuper sérieusement de cel grande controverse. J'espère et je veux espérer qi tous parviendront de concert à lui ménager une soli tien digne d'eux , digne de l'Église, digne de la Franc une solution qui prépare et accomplisse parmi noi l'immense bienfait de la pacification religieuse.
Que si une fausse prudence, je ne sais quelle polil que ombrageuse, jetait la timidité dans leurs conseil l'incertitude, la défiance dans leurs pensées , et ne lei permettait rien de grand, rien de généreux, rien de si cère, je leur dirais, avec M. Saint-Marc Girardin :
Quand ropinion publique réclame un changement ^ y a pour V administration quelque chose de pire que i mépriser les vœu^x de ropinion publique : c'est d'y nu obéir et de dénaturer Vidée en l'exécutant.
Que si, d'autre part, des préjugés aveugles, d'étroites rancunes, entravaient à sa naissance une pensée généreuse et l'empêchaient de devenir la loi du pays, je dirais, avec M. de Lamartine, à cette malheureuse opposition :
Aujourd'hui les libéraux de la Restauration mentiraient-ils à leur passé ? Messieurs , ce serait discréditer la politique ; ce serait faire dire qu'il y a un langage pour le combat et un langage après la victoire.
Que si, enfin, la crainte de je ne sais quel fantôme dlmpopularité enlevait à des hommes que j*honore le courage d'esprit et la fermeté de caractère sans lesquels on n'accomplira jamais cette grande œuvre, j'oserais leur dire, avec M. de Tracy :
Dans certaines circonstances ^ rares il est vrai , un ministre, un homme d'État, une Chambre peut se passer impopularité; mais d'une réputation de probité et de ^ne foi, jamais.
L'abbé F, DUPANLOUP.
l'UtSENTÉ A L\ CHAMBRE DES DÉPUTÉS PAR M. LE MINISTRE DE I/INSTUUCTION PUBLIQUE, LE 42 AVRIL 1847
Le clergé français prouve quM a Te^prit de fa inissioD, qu*ilest sincère, toutes les foisquMl se montre préoccupé des questions relatives à renseignement. {Exposé des motifs.)
JCSTITIA ET PAX.
Aous sommes de nouveau à la veille de grands débats :
*^^ projet de loi sur Yinstr action secondaire^ si longtemps
^^damé, est soumis enfin, en ce moment, aux délibéra-
'^îons de la Chambre élective. La loi sur les instituteurs
l^ï^imaires faisant cortège à celle-ci; la Chambre des
^^irs, saisie de son côté des plus importantes questions
^^lalives à l'instruction supérieure ; l'attention publique
^^onimée par tous ces graves préliminaires de la question
SCnérale de la Liberté d'enseignement : tout provoque
*^ plus sérieuse des controverses, tout présage une de
^^s luUes solennelles, où les défenseurs de la Liberté
^''^Vîgicuse ne feront point défaut à leur sainte et illustre
canse: tont promet enfin une nouvelle activité à la chaleur de la polémique.
Soldat obscur, mais dévoué, je suis rentré il y a quelques jours dans Tarène; et j'y reviens encore, puisqu'un -M3t Jm concours imprévu de circonstances m'a depuis long- — ^ temps engagé dans ces débats, et que la force des choses m'y a fait, à tort ou à raison, ma place.
Mon goût serait de la laisser à de plus habiles et à des courages plus enflammés que le mien par l'ardeur d'écrire et de combattre. Mais des autorités que je respecte^^Ste m'assurent qu'il s'agit ici, non de mes goûts, mais de^ JBe mes devoirs ; non de mes intérêts, mais de ceux d'un^^ ^^e cause sacrée que j'ai longtemps étudiée, plusieurs fois M «is défendue, avec l'approbation de ceux qui sont mes përes^ dans la foi et mes chefs dans la lutte, et où mon expérience et ma sincérité peuvent apporter peut-être encore' quelque secours. Je reprends donc les armes de la po lémique religieuse.
Grâce à Dieu! en les reprenant, je ne sens pas le be^^ besoin de m'expllqucr sur l'usage que je veux en faire, icx: ni sur la manière dont j'entends soutenir le combat, ni su^c^^or ce que je crois les conditions essentielles d'une pol^^-*^" mique religieuse vraiment digne de ce nom. Si les cir":^^ '^' constances le demandent quelque jour de moi, je 1» M^ te ferai sans hésiter. Quant à celte heure, il me suffit 4 ^Be dire que le nom même de celte polémique indique asse^^^ ce qu'elle doit être, et proclame le respect, la conv( nance, les égards, en même temps que la force, le coi rage et la fermeté qu'il y faut apporter.
Les luttes, les guerres de paroles, les discussions soi inévitables parmi les hommes : je ne dis point asseff* elles sont uliles : elles servent la vérité et la justice -
elles les font triompher. Les hommes ont besoin de s'expliquer pour s'entendre; la lumière jaillit de la discussion, et la vérité n'est jamais plus ferme, plus éclatante, plus radieuse, que quand elle sort du choc ou des nuages de la contradiction.
Hais si les discussions veulent éclairer, c'est, selon moi, à la condition de rester calmes sans faiblesse, fermes et animées sans dégénérer en querelles irritantes. Ce que nous voulons tous comme but, c'est la paix et l'honneur dans la liberté et dans la justice : ce que je îeox pour ma part, comme moyen, c'est une guerre pacifique : Justitia et pax.
Pour moi, il est de mon caractère comme de mon devoir, toutes les fois que j'entre dans une discussion, de me souvenir de trois choses : que je suis homme, que je suis chrétien, que Je suis prêtre.
Gomme homme, je respecte mes adversaires, nonseulement parce que je veux qu'ils me respectent aussi, >&dis parce que je me respecte moi-même. Je le ferais encore, alors même qu'ils ne me respecteraient point ; ^ mes yeux, leurs torts ne jdstiûeraient pas les miens ; et s'il n'y avait aucun moyen de les respecter, je ne discuterais plus avec eux.
Gomme chrétien, je ne sépare jamais la charité de la 'Vérité. La vérité est immuable, inflexible; mais, dise qui voudra qu'elle est implacable^ : je pense autrement. Pour moi, la vérité et la charité sont sœurs.
La charité, toutefois, n'est pas la faiblesse : elle n'empêche ni la force, ni au besoin la magnanimité ; au
* On sait que ce fut, il y a deux ans» à la Chambre des députés, le triste mot d*ua de nos plus ardents adversaires. .
contraire, c'est elle qui les iaspire. Elle n'empêche ni d'élever hardiment la voix, ni d'abattre ses adversaires sous le poids de la raison, ni de lutter enfin avec un courage indomptable. Mais elle sait attaquer les choses sans blesser les hommes, et elle se garde de confondre le langage de la raison avec cette véhémence emportée qui n'éclaire jamais^ irrite toujours, et n'impose & personne.
Comme prêtre surtout, je ne puis oublier que je sois le ministre obligé de la paix : si la vérité doit éclairer les hommes, c'est la paix qui doit les réunir. Je me souviens que je suis le ministre d'une Église qui assurément ne craint pas la guerre, mais qui n'en a pas besoin pour vivre, et qui, tout en combattant toujours, a toujours préféré la paix pour le salut des âmes. L'Église invoque toujours et au même degré la vérité et la paix; elle ne se réjouit jamais du mal ; elle n'invoque jamais le mal pour arriver au bien; elle ne veut jamais aucun mal à ses adversaires. Ceux qui chantent sa mort, elle les laisse chanter, sûre de son immortelle vie et de son infaillible triomphe; etcepe\idant toutes les lois, bonnes ou mauvaises, tournent, avec le temps, à son profit : mais elle implore les bonnes lois, parce que celles-là donnent la paix avec le droit ; et ce que veut avant tout l'Église, ce que veulent ses prêtres avec elle, c'est, je le répète, la paix dans la liberté, la paix dans la justice, la paix avec honneur : justitia et pax!
Voilà les raisons qui me feront, malgré les difficultés du temps, persévérer Invinciblement dans l'attitude que mon caractère et ma conscience m'ont décidé à prendre en celte grande controverse.
Je n'ai pas oublié que le successeur de Pierre, le vé-
oérable Grégoire XVI, lorsquMl youlut bien laisser loml)erdahaQt da siège apostolique un regard de bienycillaaee sur mes travaux passés et leur donner un solennel eDcooragemcnt, m'imposa comme une loi pour Fayenir ce qu'il daigna alors louer en moi : un zèle qui soit toujours vraiment sacerdotal. Studium viro ecclesiastico plane dignum ^
Je n'oublierai pas davantage qu'il n'y a pas longtemps encore j'ai entendu sortir de la bouche la plus auguste da monde, ces graves paroles : Il faut continuer à rédamer la Liberté d'enseignement avec fermeté ^ avec courage : mais aussi avec charité. Nous autres, quand wm combattons^ nous devons le faire toujours avec la coifiance en Dieu dans le cœur; et la confiance en Dieu iwptrc toujours la charité.
C'était, il le faut avouer, c*était uoe grande et noble tâche, mais difficile par sa grandeur même, que celle d6 M. le ministre de l'Instruction publique.
Satisfaire^ comme il le dit lui-même, à tous les vœux ^plus intimes de la conscience; accomplir enfin, après <lix-8ept années de retard, de réclamations et d'attente, lî promesse d'une Charle et la promesse d*un roi ; réparer les malheurs et les déceptions du passé en dotant fe présent et l'avenir d'une loi de liberté généreuse ; proposer ainsi la solution des plus hautes controverses
'^da 30 juillet f845.
intellectaelles et morales, politiques et religieuses, qi aient depuis longtemps parmi nous préoccupé ropinio publique : concilier, dans un juste et convenable ac cord , les droits primitifs et inviolables des pères d famille, les droits de TÉtat, les droits de l'Église ; el qu'on permette à un ami de la jeunesse de rajouta les droits sacrés de ce jeune âge ; en même temps qa les droits légitimes de l'intelligence humaine, des lettre et des sciences ;
Certes, je le répète, c'était une grande et noble tftdu mais difficile par sa grandeur même. Je comprend qu'on y puisse succomber ; mais, je crois pouvoir le dii aussi, la cause de ces grands intérêts est une eau invincible, et il y aura quelque jour une gloire pure i illustre pour l'homme de cœur qui , s'élevant par 1 force de sa pensée et de sa conscience, au delà de vaines clameurs et de l'injustice des opinions, travail lera à cette œuvre régénératrice avec cette constanc énergique, avec ce mâle courage que donne la perspec tive même des difficultés et l'espérance de les yaincre pour l'honneur de son pays et la satisfaction de l justice.
Oui, quelque jour, celui-là sera béni parmi ses eon citoyens ; car il aura enfin rétabli parmi eux, avec l liberté des âmes, qui est le plus brillant et le plus fé cond apanage de l'humanité, la paix, qui est le pin riche, le plus précieux des biens.
Il aura préparé le jour où les deux grandes puis sances de la société humaine, alliées, mais distinctes s'exerceront, se développeront convenablement, pou le bonheur de tous, dans une noble et vaste sphère, e travailleront ainsi magnifiquement à la fortune de h
Fraoce : le jour où on verra toutes les forces les plus éle?ées d'une grande nation, rajeunies et ylvifiées aux sources immortelles de la religion et de la justice, trourer enfin, pour se produire victorieusement, ces voies larges et glorieuses où nulle entrave n'arrêtera leurs pn^rès, et où la science, la liberté et la foi les feront marcher plus rapidement même qu'avec des pieds de fer et des ailes de feu, à toutes les conquêtes de rayenir.
J'aimerais à continuer la méditation de ces pensées ; mais je ne puis oublier le travail que je me suis imposé. Kt aussi bien les graves considérations auxquelles je Tiens de me laisser un moment entraîner, n'y sont-elles pas étrangères. C'est elles qui me commandent en ce moment l'examen le plus sérieux, le plus attentif, le plus impartial : c'est elles qui me font un devoir de ne refuser aucune justice, aucun hommage aux pensées, aox efforts, aux aveux, aux principes qui en sont dignes ; oooune aussi de déclarer nettement mes regrets, si l'étade approfondie de l'important projet de loi qui nous occupe a dû m'en laisser.
J'entre maintenant en matière, et ma tâche se bornera à faire voir quel est l'état nouveau de la question depuis la présentation du nouveau projet de loi ; sur Quelles choses il peut y avoir accord, sur quelles choses il y a dissidence entre M. le Ministre de rinstruclion publique et nous. L'ordre de la discussion demande îue j'examine d'abord le premier point.
La première partie de ma tâche sera simple, facile ; U seconde, laborieuse, pénible même. Je commence eufio.