‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 27 sur 75 · V. Sous le régime du monopolel les maîtres, surveil · texte numérisé non relu

V. Sous le régime du monopolel les maîtres, surveil

^<^nts et répétiteurs étaient parfaitement libres^ dans les

^^ablissements privés, de changer d'emploi et de rési-

^^nce, selon leur aptitude, leur convenance, leurs inté-

f^ls légitimes.

En recevant la liberté que donne le nouveau projet,

on cessera d'être également libre sur ce point; on ne

pourra plus se rien permettre à cet égard, pas même

les modestes fonctions de répartiteur, qu'après que la

chose aura été (Art. 11.)... « notifiée dans le délai de

« quinze jours au recteur du ressort, et, s'il y a lieu,

« aux recteurs de deux ressorts, tant par lesdits maî-

« très, surveillants et répétiteurs que parles chefs d'éla-

« blissements, quand il y a lieu. ))|

VI. Sous le régime du monopole, ks villes étaient l bres de donner des subTentions aux établissemen particuliers d'instruction secondaire qu'elles jugeaiei dignes de leur confiance. Elles étaient libres » en assi rant ainsi leur concours à un homme choisi par elle de ménager à l'autorité des pères de famille unei fluence heureuse sur le choix et la direction de tous & maîtres destinés à travailler à l'éducalion de leurs & fants.

En recevant la liberté que donne le nouveau proji les villes continueront-elles d'être libres à cet égard? ] donnant la liberté, le nouveau projet ne porte-t-il ai cune atteinte réelle à ces antiques et respectables flraii chises de nos villes et corps municipaux? ne les meti pas dans cette alternative de n*encourager aucun établissement d'éducation, ou de recevoir, moyennant les conditions les plus onéreuses, des collèges royaux et des collèges communaux dont ils supporteront tous les frais sans avoir aucune part à leur direction morale ctscieDtiflque, et dont les principaux et tous les maîtres, et tous les régents devront ôtre nommés par le grand maître de l'Université^ sans même que les villes etl«s communes aient droit de présentation? Je le crains.

Ce qui est manifeste, et, h mon sens, regrettable, c'est que le nouveau projet n'accorde rien ni aux conseils généraux ni aux conseils co?nmunaux.

J'en ai dit assez sur tout ceci.

Il est manifeste qu'an point de vue des grades exig<!Sf si nombreux, si élevés :

Qu'au point de vue des livres classiques et du libre exercice des méthodes ;

Qu'au point de vue du gouvernement intérieur des

SUR LA LlBBETt D'ENSEIGNEMENT (1847). 417

établissements privés, et de rhonnête, je dirai plus, de l'essentielle liberté des chefs et des maîtres :

Le nouveau projet anéantit toutes les franchises dont on jouissait, sous le régime du monopole, avant la promesse de la Charte.

Il faut donc redire avec M. Pelet (de la Lozère) :

A quelque point de vue qu'on se place, à celui du père de fcmlle ou à celui de la profession d'instituteur, on ne peut manquer de préférer mille fois le régime actuel à celui Vtela loi institue.

Et avec M. Saint-Marc Girardin :

Vous croyez que c'est \k de la liberté d'enseignement î En vérité, j'aime beaucoup mieux l'autorisation. Je dirai avec tous les chefs d'établissements, avec toute l'Université : ^dmenezrnous aux carrières.

^^nouveau projet conserve les reslrictions et les entraves les plus exorbitantes de V ancien monopole.

Si encore ce projet, qui nous enlève le peu de liberté ^ont nous jouissions avant la promesse de la Charte, ^oiis dédommageait, en nous affranchissant de toutes les restrictions et de toutes les entraves du régime uni- Tersilalre, nous aurions à voir si l'échange peut être accepté ; mais non : en même temps que les faibles droits que nous possédions nous sont ôlés, on nous laisse toutes les gènes de notre servitude présenlc.

Après tout ce que je viens de dire, on ne s'en étonnera pas; aussi j'insisterais peu sur ce point, si parmi I. «7

ces rcslriclions et ces enlravcs, il ne s'en renconlra ^b\\, une dont la nouvelle apparition mérite une attenlio- ^ZDn particulière : je veux parler du certilicat d'études,

La fortune du certiflcat d'études a constamment varié^^ .é.

11 a été quelquefois en usage, il n'a jamais étéer -^Essn honneur : cela se conçoit : c'est une exigence qiKi.vui manque de franchise ; elle ne demande pas ce qu'elK. ^e veut savoir.

De plus, elle est profondément blessante pour la lE^Mliberté des familles et pour l'autorité paternelle.

Enfin, elle est absolument contraire à la liberté d^^ Jes méthodes.

A tous ces titres, elle a toujours été regardée comtESHzne une exigence odieuse, comme la première dont la l ^Moi sur la Liberté d'enseignement devait nous délivrer.

Une ordonnance du 5 juillet 1820 exigeait que lei^ca^ET ndîdals présentassent, à l'examen pour le baccalauré ^Sat es lettres, des certificats d'études faites dans des coUég» ""^es royaux ou dans des établissements de plein exercic^=îe. Le 27 février 1821 , ces certificats d'études furent su| primés. Le 17 octobre 1821, ils furent de nouveau gés, mais pour une année seulement^ pour l'année philosophie.

Le projet de loi l'exige pour deux années ^ et consaciT^ ainsi, en l'aggravant encore, cette rigoureuse et injust^^ condition.

Ainsi donc, on continuerait d'exiger ces étranges certificats pour l'admission à l'examen du baccalauréat! On continuerait à s'enquérir où et comment les candidats ont fait leurs études, dans quelles maisons, dans quel espace de temps, sous quels maîtres, par quelle méthode ; en sorte qu'en France, quand on se présen-

tera à un examen, fût-on ce qu'étaient Pascal et Bos* suet à seize ans, fût-on Pic de la Mirandole, on ne sera pas même admis à répondre, si Ton n*a étudié de telle façoDy en tels Heur, et sous tels professeurs \

Mais le bon sens crie qu'à un candidat qui se présente pour un examen, la première question à faire n'est pas : D'où venez-vous? et Où avez-vous étudié ? mais : Que savez-vous ?

Autrement vous établissez une censure préalable et ane véritable inquisition de mes antécédents personnels.

Car enfin, discutons : Que cherchez-vous par là? Des ffauranties morales, ou des garanties scientifiques ?

Si ce sont des garanties scientifiques, vous devez les <ieinander à l'examen lui-même I

Mais, dit-on, l'examen ne les donne pas.

Ij'examen ne les donne pas ! mais alors pourquoi le '^ites-vous?

J'affirme que le certificat d'études les donnera moins ^^core.

5lais quoi! l'examen, dile^-vous, ne vous donne pas *es garanties suffisantes : Pourquoi et à qui la faute? ^i le fait cet examen? N'est-ce pas vous?

Mais, disait M. le duc d'Harcourt, avec son esprit si ftn, si juste et si pénétrant :

Mais il semble assez singulier qu'un pareil argument >'ienne du gouvernement; car enfin ces exani(Mis, c'est lui qui les a faits; c'est lui qui en a pris la responsabilité. 11 serait assez naturel de lui dire : Si vos examens sont insuffisants, chargez-vous de les rendre efficaces.

Qaant à moi, je suis convaincu que si les oxnmcns

sont insofflsantSt ce n'est point par eax-mémes. Ils pea vent et doivent donner des garanties suffisantes.

Non, répondent les partisans du certificat, non : le examens sont nécessairement trop superficiels ^ tr courts, trop indulgents.

Trop superficiels? mais M. le duc d'Harcourt disa 11 encore avec raison :

Il est notoire aujourd'hui que les examens sont excès- -^^^ sifs ; il y a une foule de gens qui servent l'État de la m^ ^^' nière la plus distinguée dans toutes les carrières, et qw ^M^^ ne seraient pas en état de passer ces examens.

Comment ! ajoutait un de ses honorables collègues ^^^*^» parce que les matières sont très-nombreuses ^ très-diffl^^^ffi' ciles^ il s^ensuivra que V examen sera superficiel I

Mais qui n*en connaît le programme? qui ne sait qim^ 1^^ M. le duc de Broglîe et tous avec lui l'ont nommé : utr^^^ encyclopédie au petit pied ?

Mais c'est précisément pour cela , dit-on encore ^ • l'examen est trop court ! '

Comment! trop court? Mais d'après les règlemeol^ ^^^^^ universitaires, il peut et doit durer trois heures : c'e^- ^^st faire évidemment injure aux examinateurs. Quoîl voi^^-^ ^^ croiriez qu'en trois heures, avec des épreuves orales ^^ ^^ des compositions écrites, on ne peut s'assurer qu'ur -*-J° jeune homme a fait des études sérieuses, et ne se pr sente pas au baccalauréat avec une science improvisé de la veille! Mais, je le répète, c'est la plus étrange in jure qu'on puisse faire aux professeurs chargés de i'exti men. L'un d'eux, avec qui je causais, il y a quelqu temps, de ce certificat, me disait : Cest une plaisanterie

en moins de cinq minutes je percerais le défaut de la cuirasse du plus intrépide candidat!

Se rédulra-t-on enfin à nous dire que Texamen est trop indulgent ? La chose est possible ; mais alors, qu'on le fasse plus sévère ! Comment! trop indulgent? Mais ici on fait injure à l'Université elle-même I que sont alors ses études? Quoi! elle ne reçoit pas la moitié de ceux qui se présentent à cet examen, et qu'elle a élevés elle-même avec tout le soin dont elle est capable, et l'examen est encore trop indulgent * !

^on , non , le bon sens , la bonne foi , ne permettent pas de donner de pareilles raisons. S'il faut des garan- Ses scientifiques, l'examen suffit à les donner, et surtout le certificat d'études ne les donne pas : il faudrait ^^ certificat d'études bien faites, faites régulièrement, ^^îtes avec succès. Le reste est profondément illusoire, ^ï* , c'est ce qu'on ne peut ni ne veut demander : et ^* Université succomberait elle-même sous cette exî- ^^ nce : qui ne sait que les études de la très-grande ma- J^ï^ilé de ses élèves sont si médiocres qu'elles n'en mé- '"^teut pas le nom? — Ils font leurs classesy comme on ^ît, mais ne font pas leurs études : c'est-à-dire qu'ils ^^^versent les classes universitaires , essuient la pous- ^î^re des bancs , et sortent de là tels que nous les ont ^^peints M. de Tracy et M. Guîzot, avec une horreur t^fofonde du grec et du latin.

L'exécution de l'arrêté de 1836, qui exigeait qu'un ^lève ne fût admis dans une classe supérieure qu'après ^Toir SUBI LE NIVEAU dcs études de cette classe, est le

^ Eq Tanaée scolaire 1842-43, sur 6 680 candidats, 3 670 ont été

seul moyen de prévenir la mine des études dans le^: établissements universitaires. Uais je ne crains pas d'ajouter que rexécuUon sérieuse de cet arrêté serait Ic^ MJe renversement de l'Université actuelle.

Sur les 50 000 élèves qu'elle instruit , &0 000 ac:^^ ^a moins seraient refoulés en cinquième , en sixième e^ ^3Bt au-dessous.

Pour accomplir une telle œuvre, il faut une puissanc^^^^ morale que TUniversité n'a pas, et ne peut avoir. Elli le sent bien : aussi elle y a renoncéi et l'arrêté de 183( dort, et dormira longtemps encore dans les cartons Ministère de l'instruction publique.

Après des faits pareils, qu'on me permette de le dire, c'est une dérision que de parler du niveau des études, de son abaissement ou de son élévation , pour justifiecr^ l'exigence d'un certificat évidemment inutile.

A qui persuadera- t-on , d'ailleurs, que MM. Guizot^ Saint-Marc Girard in , Cousin et Villemain , qui ont toufl»successivement abandonné le certificat, aient touIu — abaisser le niveau des études et sacrifier les garanties de la science et des lettres !

Non , non , le certificat est une exigence dérisoire qui pousse à la fraude sans aucun résultat pour la force des études. Je reconnais volontiers que l'examen du baccalauréat , tel qu'on le fait , ne suffit pas à conserver en France des études fortes : il y aurait là-dessus bien des choses à dire ; le moment n'est point venu pour moi. Hais il n'y a pas un homme du métier qui ne sache que dans la pratique le certificat est à cet égard de nul effet : le mal et le remède sont ailleurs.

Qui a jamais imaginé de demander un certificat d'études à ceux qui se présentent pour subir l'examen dn

SUR LA LIBERTÉ D'EiNSEIGNEHENT (i847). 423

Jbaccalauréat es sciences 7 Qui a jamais songé à dire à ceux qui se présentent à l'examen d'admission pour i'École polytechnique : Où, comment, combien de temps avez-TOus étudié les mathématiques ?

Que fait-on 7 comment les choses se passent-elles ? Les candidats se présentent: on les examine, on les interroge sérieusement, ils répondent bien ou mal, on les admet ou on les rejette. Tout est dit, tout est fait. C'est du bon sens.

Les uns ont employé une année à apprendre ce que les autres n'ont appris qu'en trois ans : les autres (j'en ai connu) n'y ont employé que six mois. La pensée ne leur est pas venue qu'on leur reprochât l'ardeur et le Succès de leur travail.

Il n'est donc pas ici question de garanties scientifiques; ^t si on cherche des garanties morales, certes il y en a bien d'autres à demander dont on ne se préoccupe pas. Sans doute les garanties morales sont nécessaires, filais qu'on les cherche autre part, et qu'on n'en fasse Pas dépendre un examen littéraire.

Si le soldat de nos armées , le temps de son service ^^piré, se présentait au baccalauréat, après avoir employé les tristes loisirs de ses garnisons à se préparer ^ cet examen , ses examinateurs n'auraient pas le droit ^e lui demander : D'où venez-vous^ et : Où avez-vous ^liuiié ? mais seulement : Que savez-vous ?

Sur ce point il n'y a devrai, de sensé, de sincère

f|ue les graves et piquantes paroles prononcées par

U. Royer- GoUard en une autre occasion : uSi ce jeune

homme vous répond bien, si sa science est sufûsante,

ne lut demandes pas d'où elle vient , ni sov^ quel astre

elle est née, v

Mais, dit-on, sans le certificat d'études il n'y aura plus de distinctions entre les divers ëtablissements d'instruction secondaire.

C'est possible, mais les Ministres de l'instruction pu* blique eux-mêmes ont jugé cette distinction parfaitement inutile. La Chambre des députés, en 1837, l'abolit, et je dirai volontiers avec M. Dubois (de la Loire-Inférieure), avec M, Saint-Marc Girardin :

ce Nous ne pouvons pas, en vérité, regarder le titre de licencié comme une enseigne qui sera placée avantageusement à la porte de certaines institutions. »

Si le nouveau projet ne détruisait d'ailleurs complètement la liberté des méthodes , qui est une partie essentielle de la Liberté d'enseignement , j'ajouterais que l'exigence du certificat y est absolument contraire. C'est ce que M. le comte Beugnot a û*résistiblement démontré à la Chambre des pairs , et le bon sens parlait si éloquemment par sa bouche que nul de ses adversaires n'a essayé de lui répondre.

Non, encore une fois, il n'est question ici ni de garanties scientifiques ni de garanties morales, ni de hiérarchie entre les établissements d'instruction : rien d e tout cela n'est réel. Que veut-on donc ? Je vais le dire, ou plutôt , après s'être bien débattu , on a fini par l'avouer : on veut des garanties nationales et politiques. Voilà ce que Ton cherche. Mais ici , au moment même où je crois toucher à la vérité, mes embarras redoublent : on cherche des garanties nationales; mais comment puis -je les croire nécessaires, quand en 1836, M. Guizot; en 1837, la Commission et la Chambre des députés; en 18ZiO, M. Cousin; en 1841, M, Villemain luimême les ont jugées tout à fait inutiles, à ce point que

on-seulement Ils ne les ont pas exigées, mais qu'ils les

nt formellement abolies? En 1837, le certificat d'études

efut pas même admis à Thonneur de la discussion:

ar rînterpellalîon de M. Delospaul, M. Saint- Marc

irardin répondit que le certificat était tombé en

ésuétude. En vérité, nous vivons dans un étrange pays.

Car enfin, puisqu'il faut dire le grand motet la raison

'Étal, celte haute et puissante raison qui domine tout

ans cette question, jusqu'au bon sens et à la bonne foi

iâ plus vulgaire, en 1836, en 1837, en 18ii0, en 18(il, les

Jésuites existaient, les jésuites avaient deux collèges,

Vun àFribourg et l'autre à Brugelelte : et il y avait alors

dans ers collèges beaucoup plus cVélèves français qu'il

n'y en a aujourd'hui.

C'est donc contre ces deux collèges que celte loi est faite : c'est donc uniquement à cause d'eux que vous prenez une mesure vexatoire pour tons les pères d<^ fainille, pour tous les instituteurs de la jeunesse, qui vous demandent vainement la liberlé que la Charte leur lionne de faire préparer leurs enfants, ou de préparer leurs élèves comme ils l'entendent , aux examens du •baccalauréat.

C'est en l'honneur de ces doux collèges que Ton déclare tous les projets de loi précédents et les ministres Tù les ont présentés, et la Chambre des députés qui a 'Ole le projet de 1837, profondément aveuglés sur les intérêts nationaux ; voilà ce qui détermine i\ renchérir surles précautions des gouvernements les plus soupçonneux et les moins amis de la liberté.

M. Cousin, lui-même, nous l'a appris : « En Prusse, « non-seulement de la maison paternelle, mais des éta- « blissements privés, on peut se présenter au baccalau-

c( réat saos autre certificat d'études que les connaissan- « ces dont ou fait preuve. » {Mémoire sur Véiai de Tinsiruciion publique tn Prusse.)

Ainsi cet important certificat, cette liaute garantie nationale et politique, on ne l'exige ni en Prusse, ni en Angleterre, ni en Belgique, ni aux États-Unis, ni en Suisse, ni , je le crois, en Italie et en Espagne, ni dans les pays où il y a Liberté d'enseignement, ni dans ceux où cette liberté n'existe pas. On l'exige en Russie, il est vrai : raison de plus pour qu'elle soit mal à l'aise dans un pays de liberté constitutionnelle, et paraisse, quoi qu'on fasse, incompatible avec l'état de société où nous vivons : c'est une de ces mesures qui ne sont à leur place que dans les codes d'un despotisme ombrageux ou d'une démocratie révolulioûnaire.

Et le dernier coup n'a-t-il pas été porté à cette injuste et ridicule mesure par ceux-là mêmes qui en sont devenus les plus ardents promoteurs , lorsqu'ils ont été contraints de s'en excuser comme d'une disposition odieuse, exceptionnelle et transitoire, lorsqu'ils ont été forcés de déclarer par l'organe de M. Cousin :

Qu'une telle loi n'était pas éternelle, qu'une telle disposition ne pouvait s'identifier avec la vie de la monarchie et de la patrie.

( Paroles de M, Cotisin à la Chambre des pairs.)

J'achève ce triste sujet, et cependant je n'ai pas tout dit; je n'ai pas montré l'injustice particulière de cette mesure appliquée à un certain nombre de pères de famille qui , retenus en pays étranger par leurs affaires ou môme par le service de l'État , n'ont pu faire faire à leurs enfants la rhétorique et la philosophie dans des

établissements français. Je n'ai point dit combien est misérable et illusoire cette garantie cherchée contre l'esprit qae des enfants puiseraient dans des établissements étrangers : comme si les pères de famille n'alaient pas mille autres moyens d'inspirer à leurs enfants, sans les faire sortir de France , leurs sentiments politiques ! comme si la politique du collège et de l'enbnce était celle de la yie entière I Je n'ai pas assez insisté sur la triste ressource que vous laissez aux pères de famille d'éluder les exigences de la loi par des certificats contraires à la vérité, plaçant votre prescription législative sous le poids de la flétrissure imprimée à toute loi qui invite au mensonge pour échapper à la tyrannie.

Voilà donc sur quelles pensées et dans quel but on ûe craint pas de créer, pour la conscience des pères de bmiile, des froissements innombrables et des irritations profondes I

Voyez en eflTet quelle condition vous faites à ce père : ^ se présente devant vous et dit :

«Veuillez examiner mon fils, faites-lui subir l'examen ^ le plus sévère, il est prêt. — Non , répondez-vous : ^ dites-nous d'abord, s'il vous plaît et même s'il ne vous ^ plaît pas, où et comment vous l'avez fait étudier. — ^ Mais je l'ai fait étudier comme je l'ai entendu, comme ^ j'ai cru devoir le faire : je lui ai donné successive- « ment les maîtres que j'ai crus les plus habiles , les ^ plus honnêtes, dont je connaissais, dont j'estimais la « moralité, la science, les méthodes. J'en ai été par- « faitement satisfait — C'est possible : mais cela ne « nous sufQt pas ; il nous faut le nom de ces maîtres, « leur demeure et le temps qu'ils ont mis à instruire

i28 DU NOUVEAU PROJET DE LOI

(f Yotre lils. — Messieurs , vos questions m'étonoent :

« mon fils sait tout ce qu'il doit savoir ; s'il ne le sait

a pas , vous pouvez le rejeter, rien n'est plus simple.

« Interrogez-le : il est prêt. — Il n'en est rien : votre

a flis ne sera pas même admis à notre examen , et

« toutes les carrières se fermeront devant lui , si vous

(( ne nous dites pas où et comment il a fait ses études.

« A-t-11 mis exactement deux années entières à étudier

« ce que son cordour pour le travail et sa supériorité

« d*esprit lui ont fait apprendre en une ? C'était néces-

« saîre. Dès lors, si vous ne consentez à remettre en

(( d'autres mains ce jeune homme pour lui faire ap-

u prendre de nouveau, pendant une année nouvelle, ce

« qu'il a dc^jù appris et ce qu'il sait , nous ne lui en te- — î-

« nous aucun compte, parce qu'il a appris autrement et ^ si

(( autre part que nous ne le voulons.

« En un mot, il ne sait pas notre science ; et il n'y a -i^a u que la nôtre qui soit bonne.

« Il n'a pas étudié d'après nos méthodes ; et on ne^^ ^6 u peut rien savoir comme il faut sans elles I »

Je le demande : quel est le pays où se passent, où se*:^ ^e disent ces choses? qui êtes -vous pour avoir reçu une=^ ^e telle puissance contre la puissance paternelle? pou» ^^r exercer une telle tvrannie contre la liberté des famillesT pour exiger des certificats et des déclarations ?

Ne se trouvera -t-il pas enfin un homme de cœur qu nous délivre tous de ces indignités? ou simplement un homme d'esprit qui cherche et qui trouve la solutiotzi:^ d'une difficulté si pitoyable ?

Il n'y a plus à discuter contre une pareille erigence — elle succombe d'elle-même par l'excès du ridicule auss»/ bien que de l'injustice.

Je me résume :

Au point de ?ue littéraire, le certificat d'éludés est parfaitement nul ; c'est manifeste.

Au point de vue moral , il n'a pas de sens ; c'est plus xnanifeste encore !

Au point de ?ue politique, c'est une exigence inconjane chez toutes les nations libres , et même chez celles qui ne le sont pas.

Au point de vue des familles et de l'autorité paterxielle, c'est une inquisition intolérable. M. de Salvandy avoue que :

Le baccalauréat es lettres est une des plus grandes servitudes auxquelles jamais une société se soit soumise Cî.58).

le suis autorisé c^ dire après lui :

Le certificat d'études exigé pour être admis à jouir des bienfaits de cette servitude est une tvrannie sans nom.

^^ nouveau projet prépare Vanéantissemenl des institutions de plein exercice actuellement existantes, et rend^ pour l'avenir, Vexistence de tous les établissements libres à peu près impossible.

Quatre raisons vont le prouver, du moins je le crois :

lOn exige que tous les professeurs des établissements de plein exercice, des simples institutions et pensions, soient au moins pourvus du grade de bacheliers es lettres, et, de plus, que tous les surveillants, tous les

répétiteurs des maisons de plein exercice et d( tions et pensions, produisent le diplôme dumêi (Art. 15 et 16.)

Or, le résultat immédiat d'une pareille exli de rendre impossibles tous les établissements i et de préparer la ruine de tous les établisseï ciens.

On trouvera la preuve irréfragable de ce qc< dans des calculs fort simples que je demanc mission de faire passer sous les yeux du lectei

M. Villemain, dans son exposé des motifs d< 1861, dit : « Que la moyenne des réceptions i c( liers est, par année, de 3 248, et que, d'aulr (( positions sociales à occuper dans la mag tt l'administration supérieure, le barreau et le « professions savantes excédant 60 000 , ces « rapprochés, ajoute-tîl, indiquent assez que, « tivement à la durée probable de la vie, le no « bacheliers es lettres reçus chaque année « dans une proportion égale aux demandes ré^ « successives de la société, »

En 1843, dans son rapport au roi sur Tii secondaire, le même ministre fait encore ressi même insuffisance. Le nombre des positions da civil excède, dit- il, 60 000, ce qui suppose ment 3 000 vacances. On le voit donc, c'est à pour combler ce déficit, satisfaire aux besoini vices publics , et remplir les vides successifs diverses fonctions sociales, le nombre actuel d< liers est suffisant

Ou a vu à cet égard, dans la première partie i vail, les étonnantes révélations de M. de Salva

M. Villemain reconnaît, d'autre part, dans ce même rapport , qu'il y a dans les pensions plusieurs milliers <le maîtres dépourvus du diplôme de bachelier, et cela -se conçoit, à moins qu'on ne se figure Télat de maître -d'étude tellement avantageux que les bacheliers es lettres, reçus chaque année, le préfèrent à toutes les carrières dont leur titre leur ouvre rentrée, et qui les acclament

n y a donc ici déjà un déficit immense, et c'est au

moment même où on constate officiellement qu'il ne

;peat pas être comblé, que le projet de loi redouble

d'exigence, et, pour réparer le premier déficit qui existe,

il en crée sciemment un second incomparablement plus

grand et impossible à remplir.

Je ne me suis servi jusqu'ici que des calculs officiels : on me permettra de les compléter en les prenant pour base.

D'après les supputations les plus exactes et les plus approfondies de M. Villemain, c'est à peine si chaque année il reste 248 bacheliers pour défrayer l'enseigneïBent.

• Or, l'Université elle seule doit en avoir, soit dans ses ^%es royaux, soit dans ses collèges communaux, au iQojns 6 000.

En effet, dans ses U6 collèges royaux, elle doit avoir

^Ulle accuse 554 maîtres d'étude 554

1 216 administrateurs ou professeurs. ... 1 216

Cela fait 1 770

Dans ses 312 collèges communaux, en ne supposant que 12 maîtres par collège, l'un dans

A reporter, ... 1 770

Report. ... 1 770 Tautre , soit professeurs , soit surveillants, et c'est le moins qu*on puisse supposer pour la plus petite maison d'éducation régulièrement constituée^ elle a donc ou clic doit avoir 3 IkU bacheliers . . 3 766

Total pour les collèges royaux et les communaui 5 516

Que si, à ce nombre on ajoute celui de tous les autres fonctionnaires de TUnivcrsiU^, nous arriverons au moins au nombre de 6 000.

Les établissements d'instruction privée sont à peu près au nombre de 1 100 ; c'est donc 10 000 bacheliers au moins qu'ils exigent, tant pour leurs professeurs que pour leurs surveillants et répQlileurs, et je suis excessi- — M\ vement modéré dans celte évaluation, car, sans parler -x^-çi des petits séminaires sur lesquels on a songé à faire ^^^ peser cette exigence, c'est 9 bacbeliers par maison, « j, l'un dans l'autre.

Ainsi donc, c'est 16 00'.^ bacheliers au moins que réclame impérieusement la carrière actuelle de renseignement, tant pour rUnivcrsité que pour les établissements privés ; et je calcule comme si la liberté promi par le projet de loi ne dt^vait pas ajouter une maison m^^ d'éducation à celles qui existent !

Or, ces 16 000 bacheliers, on ne les a pas, on ne les^s ^s a jamais eus, et il y a quarante années que rUuiversilS^ 'c travaille à les faire !

Oui, 16 000 bacheliers produits en quelques année^^ ^^ et nécessaires dans les établissements d'instruction pu— -^^ ^' blique ou privés, sont une impossibilité radicale or -"^=^1

absolue. La terre de France est fertile, mais elle ne les donnera pas. La matière première manque en ce moment ; les esprits sont tournés ailleurs, et il y a là une de ces violences que nul n'a le pouvoir de faire à un pays, et que rien ne saurait expliquer, sinon le dessein auquel nous ne pouvons croire d'anéantir tous les établissements au profit d*un injuste monopole, ou une préoccupation d'esprit qui fait oublier les calculs les plas élémentaires.

On a beau dire : La demande enfante la production. —Oui, mais pas la production à un degré impossible.

Quoi I vous nous révélez vous-mêmes qu'il n'y a pas €n France 80 000 citoyens munis (Tune éducation cornpHte; que la population générale du royaume s'est élevee dans la même proportion où la population lettrée odicrui

Quoil sur 60 000 positions officiellement constatées d^as l'ordre civil, dans la magistrature, dans Tadminis- ^l'ation supérieure, dans le barreau, dans les diverses P<*ofessions savantes, les 3 000 bacheliers que vous ^^ites à grand'peine chaque année ne suffisent pas : ^ous le proclamez vous-mêmes.

Et vous créez tout à coup des besoins nouveaux, ^Ombreux, et non moins impérieux qne ceux auxquels ^ous ne pouvez suffire I

C'est donc sur une impossibilité radicale, sur un vide absolu, sur un déficit orflciellement constaté et irrémédiable, que vous fondez la Liberté d'enseignement et '^ institutions destinées à l'organiser.

On est donc obligé d'en convenir : les établissements ^Ociens tombent tous successivement devant cette exi- Bence, et les nouveaux deviennent impossibles.

Ce n'est pas moi qui le proclame : c'est Téloquenc des chiffres ; c'est an des membres de l'UniTersii qai, dans la Gazette de rinstrucstion publique^ déclare « Qu'avec une exigence pareille, l'Université n'aura pi a longtemps à lutter contre cette concurrence qu'el f( parait craindre. Elle aura bientôt ruiné et anéan « tous les établissements privés. »

Ce n'est pas tout :

II. On exige que les établissements de plein exercic aient trois ou quatre licenciés es lettres ou es sciences.

Or, la licence es lettres ou es sciences est la cond: tion la plus malaisée & remplir de l'enseignement pi blic. Elle offre beaucoup plus de difficultés que l'agr^ gation ou que le grade même de docteur, supérieur ei apparence.

Les examens nécessaires pour obtenir ce grade rou lent sur les matières de quatre agrégations différentes sans parler des compositions en prose et en vers so les sujets les plus difUciles de l'histoire, de la psycholo gie, de la philosophie, des littératures grecque, latine € française, ou des sciences physiques et mathématiques

Le candidat, en outre, doit répondre à un interro gatoire qui roule, dans une étendue immense, sur tou les objets que comportent les progrès littéraires ou le progrès scientifiques des temps modernes.

Des faits péremptoires sont là d'ailleurs qui démon trent combien ce grade est malaisé à obtenir.

Dans le courant de l'année scolaire 1843-/!i/!i, les fa cultes de Besançon et de Montpellier n'ont reçu qu'ui seul licencié ; la faculté de Bordeaux n'en a point reçu Dijon, trois; Strasbourg, quatre; la faculté de Paria

refase constamment les trois quarts des candidats. ^um ce grade est si rare à rencontrer qu'il manque de toutes parts dans les rangs de P Université elle-même : dans ses collèges, sur le nombre exigé, il y a déficit de 312 licenciés es lettres et de 100 licenciés es sciences, que la loi réclamerait.

Et il faut que je redise ici ce que je disais des bacheliers tout à l'heure. L'Université travaille depuis quarante ans ^ les former ! elle a pour le faire une école spéciale où elle prépare à la licence, d'une manière immédiate, ses élèves les plus habiles. El ce qu'elle n'a pu faire encore après ce travail de près d'un demi-siècxe, on veut que les établissements libres le fassent en quelques années, et dans une proportion triple ou quadruple I

Hais, de grâce, où est ici la vérité, où est la justice 7 Personne peut-il croire qu'il y ait dans le projet de

loi une force créatrice capable d'enfanter tout cela ? n y a ici une impossibilité si radicale, une iniquité si

^liante qu'elle a révolté M. Cousin :

Disons la vérité : à force de vouloir élever le niveau de rinslruclion dans les institutions libres, nous finirons Par empêcher rétablissement des institutions libres elles- ^émes.... Même, dans nos établissements publics, dans ^os collèges communaux, j'entends nos collèges communaux de plein exercice, n'y a-t-il pas beaucoup de professeurs de sciences qui ne sont licenciés ni es sciences mathématiques, ni es sciences physiques? Sur cent cinquante collèges communaux de plein exercice, nous avons en tout cinquante licenciés es sciences. Nous arriverons à avoir partout des professeurs de sciences qui soient licenciés, il faut Tespérer; mais ce n'est pas moi qui me chargerai

de convertir cette espérance en un fait réel avant un

VINGTAINE d'années. LE SENTIMENT DE L'ÉQUITÉ L'EXPORT

SUR TOUT. 11 m'est impossible d'exiger plus des institn leurs privés que nous n'exigeons ou que du moins nou n'obtenons des nôtres, et voici quarante ans que VUniver site existe !

Je n'ai rien à ajouter à ces paroles.

IIL On exige le double baccalauréat es lettres et è sciences mathématiques ou physiques pour tous les chef: de simple institution ; et tous les chefs dMostitution di plein exercice sont tenus de justifier, en outre de h licence es lettres, du baccalauréat es sciences.

Il importe d'éclairer l'opinion publique sur cette exigence du diplôme de bachelier es sciences.

Demander ce diplôme, c'est demander simplemen d'ajouter à la licence es lettres le programme de li première école scientifique du royaume , l'École polytechnique : c'est les soumettre à la plus rude épreoT( imposée aux candidats pour les professions savantes : c'est leur imposer les préparations les plus longues el les plus laborieuses, indépendamment des autres connaissances difficiles et nombreuses qu'ils ont dû péniblement acquérir d'ailleurs.

Qui ne sait qu'on n'arrive ordinairement à i'Écok polytechnique qu'après quatre ou cinq années d'étudei spéciales ? Tellement spéciales , tellement étrangères aux lettres , qu'on se rappelle toutes les réclamation! du conseil de l'École, toutes les réclamations des inslitutions préparatoires, lorsqu'on voulut exiger poui l'École polytechnique le diplôme de bachelier es lettres. Voilà ce que l'on demande à un chef d'établissement,

SUR LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT^lSéT). 437

déjà pourvu du grade si éminent de licencié es lettres; ce que l'on demande à un simple chef d'institution ! des coDoaissaoces qui exigent des années d'études nonseulement spéciales, mais diverses ; non-seulement di- Terses , mais presque contraires , à ce degré que pour le plus grand nombre des esprits, elles s'excluent, quand elles sont poussées jusqu'à un point donné.

Ceux qui n'ont point étudié ces matières, trompés au premier abord par le mot inoffensif et modeste en apparence de bachelier, pensent peut-être que le baccakgnréat es sciences exige simplement les premiers éléments des sciences, et ne savent pas que le baccalauréat ^8 lettres a déjà exigé eu fait de sciences beaucoup au delà des premiers éléments ; à savoir :

!• Varithmétique, y compris l'extraction des racines ^^^ JTées et cubiques ;

2* La géométrie complète ;

^* L'algèbre f jusqu'à la résolution des équations du ^^oxième degré à une seule inconnue ;

4* Les théories principales de la physique et de la ûmie.

Outre donc ces premières connaissances scientifiques îssaires pour le baccalauréat es lettres, on exige le diplôme spécial de bachelier es sciences ; on n'en déclare exempts que les élèves de l'École polytechnique, ^OD plus même déclarés admissibles à l'École après ^^aire ou cinq années d'études spéciales, mais déclarés admissibles aux services publics, où conduisent les deux années d'études transcendantes de cette école.

Eh bien ! je ne crains pas de le dire, c'est une énormité. Car :

1* Par là » on demande au chef d'institution ce qu'on

n'a jamais sougé à demander aux provisears des collèges royaux.

2» La plupart des collèges seront fermés , si on exige le double diplôme.

Quoi I VUniversitéy dit M. de Salvandy, sait par son expérience la difficulté de trouver des administrateurs habiles et sûrs, qui soient en même temps pourvus des distinctions que les règlements exigent ;

Et c*est le sachant par une expérience de quarante années, que tous n'en tenez aucun compte dans ce qui devait être une loi de liberté I Encore un coup, où est la vérité, où est la justice î

S*" Il y a manifestement entre ces exigences et les garanties nécessaires une si incroyable disproportion, qu'on ne pourrait l'expliquer que par le dessein formel d'anéantir tous les établissements libres d'instructioD publique , si la loyauté de M. de Salvandy n'attestait qu'il y a seulement ici l'exagération malheureuse d'une idée fausse qui pousse le difficile jusqu'à l'impossible.

IV. Enfin, la dépendance nécessaire où l'on place les chefs d'institutions privées devant les professeurs et les plus simples surveillants, par la condition rigoureusement imposée des grades de licenciés et de bacheliers; les énormes sacrifices d'argent auxquels on les assujettit pour se procurer et pour conserver ces auxiliaires privilégiés et indispensables; les difficultés naissant de la forte position que des hommes ainsi placés ont prise contre ceux qui les emploient, tout cela ajouté aux chances périlleuses que courent ceux qui dirigent les établissements particuliers et que ne courent jamais les établissements de l'État : tout cela forme une accablante

T^éanion d'impossibilités sous lesquelles doivent fatale* ment succomber les essais, quels qu'ils soient , de l'enseignement libre.

Qui ne sait , en effet , que les collèges de l'Université ont a priori une maison et un mobilier dont l'entretien leur est assuré, un certain nombre de bourses fondé, le traitement de leurs professeurs payé , tout cela soit aux dépens de l'État , soit aux dépens des villes 7 Qui ne sait qu'en outre ils offrent à ceux qui y sont employés une carrière tracée et la certitude d'une retraite, tandis que les maisons d'éducation privées n'ont rien de semblable ? qu'il leur faut pourvoir à tout , à leur local, à leur mobilier, à son entretien, aux réparations, et au traitement de tous leurs, professeurs et de tous les surveillants, sans leur offrir ni carrière, ni retraite?

Pour moi, je le déclare, et je ne crois faire d'injure à personne en le déclarant : je ne connais pas en France lui seul individu , laïque ou ecclésiastique , quelle que ^il sa fortune, son talent, sa vertu et sa capacité pour ''enseignement , qui , seul et abandonné à son action Personnelle^ puisse subir les exigences de la loi nouvelle, ^*e8t-à-dire louer à bail ou édiûer à ses risques et périls ^Ue maison suffisante pour contenir 250 ou 300 élèves* "^ nombre à peu près nécessaire pour peupler convenablement toutes les classes d'un établissement de plein exercice, — y rassembler autour de lui 20 ou 25 mat- ^i*es, directeurs, professeurs et surveillants, tous bateliers ou licenciés , — nombre nécessaire pour 250 ^ 300 élèves, — les dévouer à cette grande œuvre, les i^tribuer convenablement à leur mérite et à leurs grades, les gouverner, les retenir..,., ou les remplacer immédiatement sous peine de la suspension et de l'inter^

440 DU iNOUVEAU PROJET DE LOI

diction (art. 23) , c'est-à-dire d'une ruine inévitable : je le répète, je ne connais pas en France un seul individu qui ait la témérité de l'entreprendre et la puissance de Taccomplir.

Telle est la Liberté d'enseignement que donne le nouveau projet.

Le nouveau projet de loi blesse au cœur le principe même de la Liberté d'enseignement en instituant l'Université juge et arbitre de ses concurrents.

M. de Salvandy, c'est un bommage que je suis heureux de lui rendre , a fait des efforts pour échapper au péril que je signale ici, mais il n'y a pas réussi; et l'honnêteté , l'énergie même de ses efforts ne font que constater plus solennellement la gravité du péril et le malheur qu'il a eu de le courir.

Dans un écrit publié récemment , j'ai démontré que le bon sens avait amené les hommes les plus graves à convenir de trois points importants, savoir :

1" Qu'il faut, en conservant à l'Université sou existence .et ses privilèges et à l'État son autorité, donner enfin aux pères de familles, pour l'éducation de leurs enfants, une liberté véritable ;

2« Que la Liberté d'enseignement n'est véritable, sincère, que si elle est, entre les divers instituteurs, une libre et loyale concurrence ;

3* Qu'il n'y a pas de libre et loyale concurrence, ni même de concurrence en aucun sens possible, si l'Uni-

rersilé demeure l'arbitre de ses concurrents, si elle est juge et partie.

Ces trois points sont irréfutables : le bon sens , la bonne foî les proclament en même temps que nos ad- Fersaires eux-mêmes.

C'est donc pour donner satisfaction à cet accord à peu pi*és unanime :

!• Que le nouveau projet institue un grand Conseil de rînstruction publique;

2» Que le conseil de l'Université ne sera plus précisénaent seul à traiter des questions générales de Venseignef9^^nt, ni des matières commvnes aux établissements pu- ^i^s et particuliers, ni des matières spéciales aux éta- ^^ ossements et maîtres particuliers, ni des programmes ^^ études et épreuves de grades, etc. (Art. 34, 36);

3» Que l'amende, la suspension, l'interdiction ne pourut être prononcées contre les instituteurs libres que r les tribunaux ordinaires ;

^** Que le jury, l'examen et le diplôme de capacité nt supprimés.

Hais, nous l'avons vu :

V L'Université de;neure en immense majorité , 30 ^^ntre 12, dans le grand Conseil ;

2» Les recteurs de l'Université interviennent perpéellement entre les établissements libres et le ministre ; 3» Les inspecteurs seront encore des agents univer- Staires ;

li"" Les examens du baccalauréat seront encore faits ^^niquement par des professeurs de l'Université ;

5» Enfin, le nouveau projet supplée au jury, à l'exa- ^^Hen et au diplôme de capacité par des grades élevés, Xrès-nombreux, très-difficiles à obtenir; et ces grades,

4n DU NOUVEAU PROJET DE LOI

il Statue que TUniTersité seule les donnera (art. 20 Ainsi rUniversilé continuera à régir, à inspecter* examiner, à juger tous les instituteurs libres, tous 1< professeurs, tous les surveillants, tous les répëtileor en un mot, tous les établissements privés, tous leai maîtres et tous leurs élèves, par ses recteurs, par s< inspecteurs, par ses examinateurs : Tous, sans ui seule exception, devront passer par ses mainsàTei trée et à l'issue de la carrière.

£h bien I je l'affirme, cette disposition sufQt pour qu soit vrai de dire que le nouveau projet de loi blesse i cœur la Liberté d'enseignement.

Les observations les plus simples, sur un seul d points que je* viens d'indiquer, mettent cette asserti( dans un jour évident :

L Qui ne sait que l'examen de capacité et la comp silion du jury chargé de faire cet examen, a toujou été la question grave, la question délicate, la questît décisive de toute loi sur la Liberté d'enseignement!

En 1837, comme en iSi^U, on s'en était gravement justement préoccupé.

M. Thiers lui-même l'avait bien senti, et reconnaîssi dans son rapport : qu'un examen spécial, subi en pr sence déjuges avertis du projet de celui qui s'offre à eu de juges placés en outre sous la dépendance du minisi\ est une manière de faire renaître l'autorisation pri labk.

En effet, quelle équité et quelle impartialité les iiu tuteurs libres peuvent-ils espérer, si on fait des bomoQ appartenant à une corporation rivale juges absoloB leur mérite, arbitres suprêmes pour décider s'ils se

dignes ou non d'ouvrir une école et d'entrer en lutte? Où sera pour eux la libre concurrence, où sera pour eux la Liberté d'enseignement, s'ils ne peuvent enseigner que sous le bon plaisir de ceux-là mêmes qui sont leurs concurrents î

M. Cousin, que nous ne pouvons pas compter plus gue M. Thiers parmi nos amis, convenait aussi que le pouvoir discrétionnaire ne sortait des mains du mîûistre que pour passer dans celles du jury :

Le jury de capacité est un pouvoir trop considérable,

<lîsaii-il; les jurys de capacité, d'un bout do la France à

l'autre, succèdent au pouvoir discrétionnaire du ministre

^* du Conseil royal. Leurs jugoments sont sans appol ; ils

^^crident d'une profession et de Tétai des citoyens.

-Aussi, toutes les fois qu'un projet de loi sur la Liberté ** enseignement est arrivé à la lumière et a pu obtenir l ï^^nneur d'une discussion publique, la composition du J^^^T de capacité est devenue l'objet de l'examen le plus ^^^ieux, le plus attentif : c'a toujours été le point capi- ^ ï , et, si je le puis dire, le point fixe de la discussion. ^ •^ effet , il est évident que presque toute la loi est là.

IL Ce qu'il importe également de bien remarquer, ^^ ^st que les hommes les plus impartiaux n'ont jamais ^^Ssité à dire que, dans ces jurys d'examen, la majorité ^s membres ne devait pas appartenir à la corporation ^iversitaire.

C'était au moins une minorité indépendante de TUnî- ^rsité que demandaient les hommes les moins imparaox.

H. le comte Mole, M. Passy, M. le duc de Broglie,

M. Portalis, et tous les honorables membres de la commission nommée par la Chambre des pairs, en 18/i/i, avaient unanimement demandé la majorité.

S'il en est autrement, disait M. de Broglie, ne doit-on pas craindre que Tesprit de corps ne remporte trop souvent sur Tesprit de justice ; que les membres de TUniversitcv remettant la suprématie qu'ils ont exercée jusqu'ici sur lea institutions et les pensions, exclusivement préoccupés dcii établissements de TÉtat, voyant dans les établissement: . libres, non plus des auxiliaires, mais des rivaux; dan j les instituteurs libres, non plus des pupilles, mais de: émules, n'entravent la formation de ces établissements pa des exigences excessives ?

Parlant, en 1837, au nom des membres de la conmrMrMù" mission dont il était le rapporteur , M. Saîut-Mar-r» ^^^ Girardin, n'avait pas hésité non plus à se prononcer "^■^ ^ cet égard; et, j'ai déjà eu occasion de le faire remarm-^^arquer, ses paroles ont ici une autorité particulière par H "^^ ^* position de l'orateur, qui semble se juger et s'exclura, lui-même :

La Chambre sait qu'il m'est, jusqu'à un certain poin' ^^ ^^^ difficile de me dépouiller de ce que j'appellerai mes prc^''^ ^y jugés et mes habitudes universitaires ; cependant jesacrifiîï **'" volontiers ces habitudes et ces préjugés universitaires a-^ ^l principe môme de la loi, c'est-à-dire à la Liberté d'enscî:-^^'^' gnement.

Messieurs, qu'a voulu le gouvernement? qu'a voulu II ^ '^ Charte, lorsqu'elle a proclamé la Liberté de l'enseigner ^ élément? Elle a dépouillé l'Université du droit absolu et ejs^ '^^f' clusif qu'elle avait jusque-là. Voici un premier fait qu ^^^^i faut constater.

On a créé un jury de capacité. Eh bien ! qu'arrivera-t-

maintenant, si le jury est nommé complètement par le ministre? S'il est complètement le délégué de TUniversité, il est impossible de méconnaître que c'est encore TUniversité qui jugera.

M. Delespaul disait dans la même discussion :

L'Université aurait la possibilité d'affaiblir ou de repousser des concurrences redoutables pour elle.

Laisser au ministre la faculté de faire dépendre de l'Université la délivrance des brevets de capacité, c'est revenir au décret du M mars ^808, c'est se réserver encore le monopole de l'instruction, c'est reprendre d'une main ce que Ton a l'air d'accorder de l'autre, c'est donner et retenir.

Ces considérations si fortes avaient déterminé la commission de la Chambre des pairs à poser en principe : Çue toutes les fois que le ministre de Vinstruction publi- Çue ou ses agents seraient en rapport avec les établisse- ^'^enfs privés, le concours d'hommes étrangers à VUni- ^^^rsité , d'hommes indépendants par position et par ca- ^^ctère, d'hommes dont les lumières et la haute impartia- *^^ié ne puissent être révoquées en doute, était nécessaire :

Le principe sur lequel est fondée la loi que nous discu- *^iis, disait M, le duc de Brogiie, et M. Villemain ne le ^^ntredisait pas, c'est que toutes les fois que le ministère ^^ Tinstruclion publique se trouve dans un rapport (juel- ^^nque avec les établissements privés par l'entremise du ^orps enseignant, le corps enseignant n'agira pas seul; il ^gira avec le concours, et, jusqu'à un certain point, sous *o contrôle d'hommes éminents, considérables, indépendants cl pris en dehors de son sein : c'est là le principe de ^aloi.

Les hommes les moins impartiaux, et les plus abso-

lament dévoués à rUniversité, admettaient au moins dans le jury de capacité une minorité indépendante de la corporation universitaire; en un mot, parmi tous ceux qui se sont occupés de cette grave question, nul, excepté un seul homme qu'il est inutile de nommer ici,, n'a jamais pensé qu'il ne dût y avoir dans le jury deçà— pacîté, ni majorité, ni minorité indépendante de l'Université, et que l'Université seule, sans aucun contrôle— sans aucun concours, sans aucune garantie, devait ëtr juge et arbitre de ses concurrents; tous voulaient comme le disait M. de Broglie, garantir d'une maa nière ou d'une autre la parfaite indépendance et la pasi faite impartialité des examinateurs.

Ce second point était très-important à constater.

III. Mais, me dîra-t-on, le nouveau projet a réscHvictorieusement toutes ces difficultés ; car il suppriii^ le jury, l'examen et le diplôme de capacité.

Oui, mais il y substitue le jury, l'examen et le <S plôme des grades les plus élevés, les plus difficiles, L. plus nombreux.

Qui ne voit que, dans ce système, les commissio M d'examen pour la collation des grades sont proprem^:! et uniquement des jurys de capacité?

Qui ne voit que l'examen de capacité et le grade éle"^ sont absolument une même chose? que dispenser ^ l'un et obliger à l'autre, et croire par là faire quelq*»^ chose de grand et de sérieux pour une libre et loy^l concurrence, c'est se tromper tristement soi-même?

Qui ne sait que la licence es lettres n'est exigée qo^ pour la carrière de l'enseignement, et que les épreur^ n'en sont jamais subies que dans cette pensée?

Qui ne comprend que Texamen de licence, passé,

comme le disait M. Thiers, en présence de juges toujours

avertis du projet de celui qui s'offre à eux, déjuges

placés en outre sous la dépendance du ministre^ n'est,

aussi bien que l'examen de capacité, qu'une manière

défaire renaître Tautorisalion préalable ?

Qu'est-ce que les instituteurs libres auront gagné à ce nouveau système ?

Le Toîci : de n'avoir plus ni majorité, ni minorité indépendante pour les protéger; d'être livrés sans déà l'examen et au jugement de leurs adversaires ; voir l'Université, juge suprême de tous ceux qui se «l^stînent à l'enseignement, arbitre en dernier ressort tl^ tous les établissements libres, et maîtresse absolue ^ VI terrain , des conditions de la lutte et des lois du Combat !

Mais, me dira-t-on, n'exagérez-vous rien? Je ne le

ose pas : tout est ici parfaitement clair. N'est-il pas

anifeste que le nouveau projet de loi ne s'occupe plus

L de majorité, ni de minorité indépendante de l'Univer-

té, dans les commissions d'examen ? ne tient aucun

^^^^mpte ni des adjonctions demandées par M. Guizot,

^«ur M. Saint-Marc Girardin , par M. de Broglie ; ni de

-^^^ ^assistance active du conseil académique aux examens

^î importants du baccalauréat î

N'est-îl pas manifeste qu'il institue juge et arbitre de

^cs concurrents, l'Université seule, et que sans aucun

Concours, sans aucun contrôlCi sans aucune garantie,

^Ue est chargée seule d'apprécier les efforts de ses

4mules, d'examiner leur mérite, de juger leur capacité,

de décider leur sort, en un mot de les repousser ou de

les admettre dans la carrière 7

Yh bien! je dis que ce système est profondément contraire à l'équité, et absolument inadmissible.

Selon l'expression de H. Tbiers, n'est-ce pas là, sotu une autre forme, le régime arbitraire de raufomoiton préalable ? Le grand maître, le Ministre de llnstmetioD publique, n'autorisera plus directement, cela esl vrai ; mais il instituera sur tous les points de la France, des juges universitaires pour statuer sur la capadU des instituteurs libres, sur leur aptitude à diriger une école ; c'est-à-dire qu'au lieu d'un juge unique, plus haut placé et plus indépendant, les instituteurs librei auront une multitude de juges soumis à toutes les influences locales , passionnés , hostiles , irrités par 11 voisinage de la concurrence, préoccupés de leurs propres intérêts, combattant enfin pour la défense de leur privilèges et de leurs propres foyers I

J'ai déjà cité ' les témoignages des hommes les plu dévoués à l'Université, l'autorité de ses amis les moin suspects , les paroles de ses plus hauts dignitaires. Lç organes de l'opinion publique les moins favorables aj clergé ont poussé si loin la démonstration de ce qoi j'avance, et par des raisons si sensibles, que je n'aurai en vérité qu'à emprunter leurs paroles : c'est l'exprea siou même de la bonne foi et du bon sens. Je me bon nerai à citer le plus accrédité de tous :

Si l'Université continue de conférer les grades, qui rft pondra aux instituteurs privés qu'elle ne leur fermera p0 rentrée de la carrière? qui garantira aux candidats sorttJ des écoles privées, et, par cela môme, en butte aux pi^ vcntioiis de TUniversité et étrangers à ses méthodes, qu'eU

' État actuel de la Question.

ne les accueillera pas avec prévention et malveillance? Qui ne comprend pas que les grades et les diplômes deviendront alors des brevets de capacité, pour lesquels les juges du projet de loi ne paraissent pas assez indépendants? £t ne voyez-vous point que TUniversité, gardant le privilège de fixer les matières des examens comme elle Tentend, et le droit exclusif de faire des bacheliers et des licenciés, il y a le rétablissement complet du monopole, il y a la domination absolue d'un corps de professeurs, desquels tous les autres maîtres dépendront comme leurs élèves; il y a la porte la plus large ouverte h tous les abus de jalousie, d'amour-propre, de préjugés et d'inléréts : il y a enfin un danger d'autant plus grave pour les familles que cette magistrature inconstitutionnelle tiendra la clef, non pas seulement de la carrière de renseignement, mais du barreau, de la médecine, du parquet et des tribunaux, des administrations, en un mot de toutes les professions Publiques.

Ou je me trompe ou voilà des raisons auxquelles il ^St impossible de répondre.

H. le Ministre de Tinstruction publique a proclamé ï^î-même que la Liberté d'enseignement n'est véritable ^tie si elle est entre les divers instituteurs une franche ^t loyale concurrence ; que tout le monde, laïque ou ec- ^t^Hasiique, doit être libre d'élever autel contre autel, ^*opposer les méthodes aux méthodes, les écoles aux

Ces paroles sont claires, énergiques; mais je défie de

^e pas reconnaître en môme temps qu'il n'y a pas de

tranche et loyale concurrence, ni même de concurrence

^ti aucun sens possible, si VUnioersitéy par la collation

^^clusivedes grades, soit aux n^aîtres, soit aux élèves

^<s établissements libres, demeure Varbitre de ses con^

currents, à Ventrée et à VissiAe de la carrure^ si elle est juge et partie.

Les paroles que je riens de rappeler proclament ënergiqaement anssi la liberté des méthodes : c'est en effet une partie essentielle, indispensable de la Liberté d'enseignement. Mais comment M. de Salvandy n'a-t-il pai Ta que son système est profondément contraire à cett^ ^^^ liberté 7 et qu'il est absolument impossible , comme 1»..^ le disait M. Saint-Marc Girardin, que cette liberté existe ss^ ^ c'est resprit universitaire qui juge les méthodes Villes ?

On relira de nouveau avec plaisir ce qu'ajoutait ingénieux orateur :

Où sera donc la liberté des méthodes, je vous le mande? Lorsqu'une méthode nouvelle se produit, la qu'elle vient, en quelque sorte, devant le jury de capac pour se faire reconnaître, pour recevoir son investitur qui est-ce qui jugera son efficacité, sa valeur? Ce sera core Tcsprit universitaire î L'esprit universitaire! il excellent dans vos établissements publics ; ne le mettez dans vos établissement privés, ou alors ne faites pas loi ; car s'il est d'un côté et de l'autre, je ne sais pa quoi sert la loi qui a voulu établir la division, la conc rence.

Mais pour cela il faut une concurrence sérieuse, ^c:::^^^ ne voulons pas jouer la comédie, nous ne voulons pas qi-^'^^ y ait de faux établissements publics d'éducation ; nous v^^wlons que la concurrence soit sérieuse ; nous ne voulons p^^ t que la rivalité soil entre forts et faibles ; nous ne voulc^-^^ pas que, dans le combat, nos adversaires aient des épé^ de bois. Il faut qu'on sa balle avec des armes sérieuse*, parce que nous ne craignons pas le résultat du combat

C'est dans la même pensée qae M. le duc de Broglle lisait :

A ces instituteurs qui ne sont plus membres du corps oseignant, qui sont les émules, les rivaux du corps enseinant, il a paru nécessaire de donner des garanties spéaies contre les tendances qu'on pourrait avoir à reseindre leur liberté !...

11 ajoutait avec gravité ces solennelles paroles :

S'ils doivent continuer à se modeler exactement sur les aiblissements publics, à n'en être, pour ainsi dire, que la 8Ue contre-épreuve, à n'exister qu'à titre de succursales, s ioni condamnés à pétir.

Je pourrais ici multiplier à Tinfini mes citations ; mais t soutiens une chose si évidente, qu'en vérité je crainraîs de fatiguer l'esprit de mes lecteurs : je me bornerai

rappeler encore ces paroles de M. Drault :

Il peut arriver, si la méthode de Thomme savant qui se résente à l'examen ne convient pas à l'Université, que ses ^penses soient trouvées, par ce seul motif, peu satisfai- ^tes ; on ne sera pas en peine sur les moyens de l'écarter. ^ î a plus : quand on voudra donner l'apparence de la jus- ^Ce à la décision, il ne sera pas difficile de préparer cer- ^ines matières, et de venir embarrasser un candidat qui, •^ailleurs, offrirait toutes les conditions requises.

Et qu'on ne croie pas que cette question de la liberté les méthodes soît une question indifférente , et qu'un ^ime homme se présentant aux examens, après avoir ^ instruit autrement que par les méthodes universi- Udres , paisse espérer que cette différence échappera à

l'atteDlion de ses examinateurs , membres de rUniyc site. Non, car voici ce que M. Bossi nous déclare :

Il m'est arrivé plus d'une fois de reconnaître, par \ mot, que le jeune homme que j'interrogeais avait étud d'après telle méthode plutôt que d'après telle autre mi thode.

C'est le propre des hommes qui ont passé leur vie da.: l'enseignement, de s'occuper dos méthodes, et de reco: naître au premier moment la méthode qu'a suivie i candidat.

M. Rossi ajoutait, il est vrai, avec une ezpressio d'impartialité , que la diversité des méthodes était tou jours pour lui le motif d'une indulgence plus marquiei regard du candidat qu'il examinait.

On me permettra de croire que cette impartialité ne se rencontrera pas toujours au même degré chez tous les juges universitaires.'

C'est, nous l'avons vu, l'opinion formelle de M. Saint- Marc Girardin :

11 faut, disait-il, qu'il y ait liberté complète de méthodes, et celte liberté n'existera pas si c'est l'esprit universitaire qui juge les méthodes nouvelles.

Il ajoutait :

.... En effet, si vous introduisez un jury qui seraplû» ou moins universitaire, qui raisonnera plus ou moins d'après les idées des sciences anciennes, des méthodes adoptées jusqu'ici, évidemment il sera disposé à écarter k^ méthodes nouvelles. J'ai grande confiance aux lumières d«î juges qui seront appelés à prononcer ; mais enûn cesjugt sont des hommes, ils ont des routines, des préjugés, des hab tudes d'esprit ; et ces routines, ces préjugés^ ces habituai

cTesprit les porteront inévitablement a écarter quelques-unes DES MÉTHODES NOUVELLES.

M. Cousin lai-même n'a point pensé qu'on dût naturellement attendre de tous les membres de TUniversité cet esprit impartial ; il n'a pu se décider à croire que les faire juges et parties dans leur propre cause et arbitres de leurs concurrents , fût la meilleure et la plus certaine garantie de leur impartialité.

Garvoici ce qu'il disait à la Chambre des pairs,en 1844:

Surtout; il faut exiger des garanties d'impartialité des commissions d'examen. Déjà, en 1840, j'avais ôté, avec l'assistance du conseil, les proviseurs et les censeurs des collèges royaux des commissions d'examen.

Eh ! tout cela est fort simple ; c'est du bon sens vul- S^ire ; c'est de la bonne foi pratique. D'où sont venus ^^ns les tribunaux ce qu'on appelle des récusations pé- ^"^Tnptoires ? De ce principe inviolable d'équité que nul ^^ saurait être à la fois juge et partie. Mais d'après ce incipe, n'est-il pas évident que l'Université peut et doit re récusée par les instituteurs libres déclarés ses concurrents et ses émules, si elle veut quelque autorité sur ^Ui, si elle prétend les juger, les examiner, les inspec- ^^r eux et leurs élèves, les condamner ou les absoudre? Voilà ce que le bon sens, ce que la bonne foi ont proclamé de concert avec une force irrésistible.

Que l'Université soit juge des maîtres universitaires, 4e la bonté de leur méthode, et de ce qui les intéresse, tela est simple ; mais qu'elle soit l'arbitre des instituteurs déclarés libres et indépendants d'elle, voilà ce que la bonne foi non plus que le bon sens ne peuvent

flk<l>M««âft«.A

Et certainement, j'en suis bien convaincu, H. de vandy ne Taurait pas admis, si sa loyauté même n vait pas ici trompé.

H. de Salvandy aurait incontestablement da] cœur, pour ses adversaires, s*il était leur juge, une cëre impartialité ; il serait pour eux, je le crois, { reuj jusqu'à la délicatesse : c'est l'honneur de soi ractère ; et cet hommage , tous s'accorderont à I rendre. Mais , qu'il me permette de le dire , c'est i le vice profond de sa loi. Il a supposé que tous le prits, que tous les caractères avaient la générosit sien; cela n'est pas : et, sur cette fausse* suppositio loyauté a nui à sa clairvoyance, et a fait que le non projet, déjà si sévère et si dur pour la liberté, en b au cœur le principe même.

Vainement dira-t-on avec M. Thiers : Mais les pr seurs des facultés et les inspecteurs universitain peuvent éprouver aucun sentiment de rivalité à Vi des instituteurs libres, car ils ne prennent plus p renseignement secondaire des collèges.

J'ai déjà eu occasion de le dire en citant, sur ce si grave, l'opinion de M. Portails; je dois le répéter une nouvelle force :

Est-ce que les professeurs de faculté ne sont pas jours membres de la corporation universitaire, c'c dire de cette corporation rivale dont l'examen, Finî tion , la concurrence ne peut s'étendre jusque si concurrents, sans blesser toutes les lois de la justi d'une libre et loyale concurrence ?

Non-seulement ils sont les membres, mais ils soi chefs de cette corporation rivale.

C'est compter trop sur notre simplicité que de vo

OQS persuader que des fonctionnaires qui, selon TexressIoD même de M. Cousin , doivent tout à VUniverii, ne sont rien que par elle, qui se trouvent d'ailleurs igagés de leurs personnes dans les luttes quotidiennes ts partis contraires , qui sont portés , on Ta bien vu, as ardemment que qui que soit, par un amour-propre itarel, par l'esprit du corps qu'ils dirigent, parhon- 5iir, presque par devoir, à faire prédominer les écoles ont ils ont été les professeurs et dont ils sont encore î8 patrons , que ces hommes puissent offrir les garaii- Les dMnapartialité que l'on rencontrerait chez des juges Qvestis également d'un caractère officiel , mais choisis n dehors de la corporation universitaire.

Certes, je n'aime à blesser personne , mais qui ne le ait d'ailleurs ? Ne sont-ce pas surtout MM. les profescurs des facultés, leur enseignement et leurs ouvrages [ni sont en cause devant le tribunal de l'opinion publique, qui ont excité les alarmes des pères de famille, lui ont été justement repris, justement censurés parles âvêques ? M. le Ministre ne s'offensera pas de ce que je ^ais dire : ce qu'il appelle leur indépendance est préci- •^ent ce qui nous les rend plus suspects que tous les l^ntres. Dans tout ce qui tient à renseignement de l'his- •oire et de la philosophie , nous ne connaissons pas de nges plus récusables qu'eux.

Je pourrais citer ici les noms de ces Messieurs, je ne le ferai pas : je n'aime à citer les noms propres que {oand je puis le faire avec honneur pour tous : aussi Uen serait-ce inutile, et il me suffira de renvoyer chacun à ses souvenirs.

Mais, en vérité , la philosophie de l'Université ayant soulevé contre elle de si justes préventions, des repro-

ches si graves et à peu près unanimes, comment n'at-oD pas senti la profonde répugnance que des catholiques sincères et leurs élèves éprouveraient à subir des examens philosophiques sous des juges universitaires! Ou bien, si on Ta senti, comment n'en a-t-on tenu aucua compte ?

Car, enfin , il y a ici une violence morale, et, je n crains pas de le dire, une injustiie révoltante : ne save vous pas que, parmi ces examinateurs dont nous d vous subir Tinterrogatoire , plusieurs sont, non seulement nos concurrents et nos rivaux dans la rière, c'est peu de chose ; mais aussi, par Tantag nisme public qui existe entre leur enseignement et no foi, nos adversaires déclarés, et philosophiquement n ennemis ?

Le Journal des Débats ^ lui-même, écrivait le 6 n vembre 18^2 :

L'école èclecliquo, pour l'appeler par son nom, est jourd'hui maîtresse, et maltresse absolue, des génération :Mns actuelles. Elle occupe toutes les chaires de Tenseigneme :MrM t; elle eu a fermé la carrière h toutes les écoles rivales, ^'M Me s'est fait la part du lion, elle a tout pris pour elle, ce CM^ *^' est assez politique, mais ce qui est un peu moins phH^^" sopliique.

Et voilà les examinateurs et les juges qu'on veut no ^^ donner! Et Ton veut nous faire croire à leur l'impartialàt.^» quand ils n'y croient pas eux-mêmes I Et on est veXîO agréablement encore , il y a peu de jours, dire dans "OQ bureau de la Chambre, que c'était là être jugé enfamitl^l que tous ces Messieurs formaient pour nous un véritab* tribunal de famille! En vérité, la dérision est ici trop forte.

Je le répète : en tout ceci, il n'y a rien d'injurieux pour personne ; comme l'a dit un illustre écrivain :

Le plus grand personnage, le caractère le plus univerllemenl vénéré n'est point insulté par un soupçon légal. » disant à un homme quelconque : Vous êtes un homme ^ ne lui manque point. ( M. de Maistre.)

Du reste, M. Thiers fait erreur lorsqu'il affirme, dans on ancien rapport, que les professeurs des facultés ne ennent plus aucune part à l'enseignement secondaire collèges : il y a ici erreur de fait et erreur de droit, : ce n'est pas moi qui me chargerai de le lui montrer : <st son honorable ami M. Cousin :

Croyez-vous que les facultés sont pures de ces fonction-

ùres malheureux, suspects.... qu'on nomme des profes-

^ursde collèges ? Pas du tout; en fait, plus d'un professeur

i collège est en même temps professeur de faculté, et si

. le rapporteur veut lire un article encore du décret de

^08, il y verra (jue plusieurs professeurs de collèges doi-

^-îul faire partie des facultés. Il faut prendre le décret non

^ins un seul article, mais dans son ensemble ; l'esprit du

^ i'cret, qui m'est familier, est au contraire d'établir un lien

^^ litre les collèges et les facultés : ainsi j'ai eu l'honneur

^'étudier à la faculté des lettres de Paris sous trois pro-

^^seurs titulaires, qui tous trois étaient professeurs de

Collèges.

Certes, ces paroles, aussi bien que l'autorité de celui ^ui les a prononcées, sont décisives. Toutefois, pour réfuter M. Thiers, elles ne m'étaient pas nécessaires ; car, en étudiant de plus près son rapport, je trouve qu'il iii & la page 38 que les examinateurs ne prennent plus part à renseignement des collèges ; mais il avait déjà

reconnu à la page 21 que « le corps enseignant qui prc- (c fesse dans les collèges royaux est le même qui fait les « examens et les inspections. )»

C'est ce que disait aussi M. Porlalis, pour démontrer que les professeurs mêmes des facultés, malgré leur position élevée^ n'offraient pas des garanties suffisctnie^ d'impartialité.

Ce grave magistrat ajoutait avec une profonde raison :

La loi doit prendre les hommes tels qu'ils sont, avec leurs passions, leurs susceptibilités; elle doit y pourvoir, y porter remède, et les mépriser ce n'est pas y remédier.

El en tout ceci, disait M. Portails, il n'y arien d'injurieux pour les professeurs des facultés.

D'autres fonctionnaires non moins élevés, plus élevés même, sont l'objet de dispositions législatives destinées h prévenir ou à diminuer d'injustes soupçons, et qui pourraient être considérés comme faisant injure à leur caractère, si une considération d'un ordre plus élevé n'avait déterminé le législateur. Mais la loi a pris en considèrî^' tion celte faiblesse humaine dont je parlais tout à rhcur©elle est allée au devant du soupçon mémo injuste.

Mais , dit-on , la publicité des examens pour le b^^' calauréat est une garantie suffisante de la justice '^^ examinateurs.

Non, répond encore M. Portails:

11 y a la publicité dans les débals judiciaires comme p les examens du baccalauréat. Le bon choix des juges assuré; personne ne révoque en doute leur discerneme^ leur équité, leur droiture, leur science môme jusqu'à certain point. Eh bien ! cependant la loi permet de récuser, et dans certains cas elle leur ordonne de s'a tenir.

C'est le langage du bon sens, c'est le cri de la bonne •

Certes, les examinatears pour l'École polytechnique i pour Saint-Cyr jouissent d'une incontestable répulion d'équité ; il leur est cependant défendu déformer ir leurs leçons les aspirants au concours; l'opinion oblique ne permet pas Je cumul des fonctions de prossenrs et des pouvoirs d'examinateurs.

Le ciel a-t-il donc départi une vertu surhumaine aux lembres de l'Université pour qu'on tolère chez eux n double rôle qui est intolérable chez tous les autres? NoD, les hommes intègres que T Université compte en i grand nombre dans ses rangs doivent être les preliers à désirer une réforme qui mette leurs sentences l'abri du soupçon, et les prémunisse eux-mêmes mtre la secrète influence de leurs propensions personîUes. L'état de choses dont je parle n'est pas moins ^ntraire à la dignité même du corps professoral qu'aux lérêts des justiciables : l'Université l'a bien senti elle- 6me. C'est ce que M. le duc de Broglie faisait obrver :

Quand une chaire vient à vaquer dans une faculté de oit, elle est donnée au concours. Croyez-vous cep^endant i""©!! se contente d'appeler les professeurs de la faculté nune juges du concours? Non, Messieurs. On leur adint invariablement d^s membres des cours souveraines des docteurs en droit. Il en est de même dans la faculté ' médecine : la chaire est mise au concours. Les juges na- Telsdu concours sont les professeurs de la faculté; on ur adjoint ou des membres de rAcadéniie royale de raôîcine, ou des docteurs en médecine. Vous voyez que Vanor "Çie est frappante. Et permettez-moi d'insister en disant

que ce h* est pas la loi qui oblige à prendre de ieUes précautions : c'est rUniversité elle-vxême qui:, par un principe d'équité suprême et de souveraine raison, voyant combien il était nécessaire qu'en pareil cas son indépendance et son impartialité fussent attestées^ c'est l'Université elle-même qui, par un règlement particulier, par des statuts qui lui sont propres, a posé ce principe de l'adjonction de personnes éminentes et sorties de rangs autres que les rangs universitaires.

Mais, me dira-t-OD, afin d'échapper àrautoritéd^ toutes ces raisons : pour examiner les candidats qai se? présentent aux épreuves du baccalauréat, et surtout aux. épreuves de la licence, ou bien pour s'adjoindre offl— ciellcment aux examinateurs, et en assistant aux exa* mens y apporter un contrôle et une garantie de parfaite impartialité, il faut des lettrés! C'est le mot employé. — Je raccorde, dans une certaine mesure indiquée par le bon sens et par Texpérience, — et j'ajoute que ces lettrés, on les trouvera facilement en France, quand on le voudra. Où les trouvera-t-on, sinon dans VUniversité? reprend-on. Il n'y en a pas hors de son sein. — Voilà ce que je n'accorde pas.

Quoi ! il n'y a pas en France des lettrés en dehors de l'Université ! Mais si cela était, ce serait le plus grave des reproches qui aient jamais été faits à l'enseignement universitaire! cela seul suffirait à justifier toutes les accusations élevées contre l'Université et contre ses études ! cela seul prouverait que les études sont si faibles dans ses collèges, qu'à Texception de ceux qui se destinent et qu'elle prépare h la carrière universitaire, la plupart des autres font des classes absolument nulles. Est-ce donc pour cela que, sur la totalité de ceux

qtfdie présente à l'examen du baccalaaréat, la moitié ehaqiie année succombe avant les épreuves et n'est pas même capable de faire convenablement une version de troisième ?

Si cela était, il y aurait là un fait grave qui ne saurait être trop considéré.

Certes, on n*aurait jamais fait ce reproche aux fortes études littéraires des anciennes universités françaises. QqI ne se souvient d'avoir connu de ces anciens magis* trats, de ces vieux médecins, de ces hommes du monde, grands seigneurs même, barbistes et autres , qui , dans leur dernier âge, savaient encore Homère, Démosthènes, t4 Borace et Virgile par cœur, comme ils avaient su dans r;| Un âge moins avancé gouverner eux-mêmes la savante ^<iQcation de leurs fils?

Il n'y a pas de lettrés en dehors de l'Université ! Non,

^'a n'est pas. Si cela était, ce serait une honte et un

'défait : ce serait l'abaissement intellectuel et volontaire

^^ pays, au profit d'un corps exclusif et jaloux deman-

^«rlns lettrés !

Encore une fois, cela n'est pas. C'est faire injure à (université; elle a formé des hommes lettrés en dehors ^elie.

Il s'en est formé ailleurs aussi.

Certes, prétendre que les hommes capables d'exami- ^^r et de juger les candidats des lettres et des sciences, ^'^st-à-dire que les littérateurs, les historiens, les philosophes et les savants supérieurs ne sont que dans ** VJniversilé, c'est dire et avancer de ces choses qui ne ^o disent et ne s'avancent pas dans un pays comme la ^•^«•ance.

Prélon^lrc qu'en dehors de dix ou douze facultés uni-

versitaires , c'est-à-dire d'une centaîDe de professeurs distingués, on ne peut pas trouver chez une nation comme la nôtre, chez le peuple le plus nombreux, le plus poli, le plus civilisé deTEurope, cent antres hommes également distingués, c'est proclamer que non-seulement on a le monopole de renseignement, ce qui est déjà assez fort, mais le monopole des lettres et de la science, le monopole de Tesprit, ce qui est intolérable : et de plus, qu'on a abusé de l'un et de l'autre !

Hais, d'ailleurs, dans ces examens, dans ces inspections, n'est-il donc question que de grec et de latin?

En vérité, tout ceci est trop fort ! Pour qui nous prendon et que veut-on faire de nous? Quoi! ni les pères de lunille, ni tant de magistrats éclairés, ni les adminiatraleurs des inlérôls généraux du pays, ni les membres si nombreux des corps savants et lettrés S indépendants de l'Université ; ni la citéy dit M. de Salvandy lui-môme, ni la science^ la science non classée et ordonnée^ ni la littérature libre et illustre, ni Vexpérience des affaires, ni la religion, ne seront pas capables d'avoir un avis en fait de sciences et d'études, en fait de langues et de littératures, en fait d'histoire et de philosophie, et surtool en fait de haute éducation intellectuelle, morale et re — . ligieuse, là où l'examen, l'inspection, importent par— .^*., dessus toutes choses à l'État, à l'Église, aux familles ^^^ à la jeunesse? Mais encore un coup, c'est trop fort I

Non, non, les hommes capables, les hommes lettré..,^^ les hommes vraiment 3péciaux, les hommes dont :;36 parle, n^existent pas seulement dans l'Université. He^^a* reusement pour la France, il y a un très-grand nomI>:K*e

^ Il y a 300 membres de rinstltut.

cJe ces hommes en dehors da corps universitaire, et uo Ijoaacoap plus grand nombre que TUniversi té elle-même xi'en possède, et cela doit être !

La France intellectuelle est plus riche que vous ne le pensez.

M. Arago, M. Saint-Marc Girardin, M. le duc de Brolie, M. Cousin lui-même, n'ont fait de pareilles injures i i l'Université, ni à la France :

Conduit par mon goût et souvent aussi par des missions, isait M. Arago, à parcourir la plus grande partie de la rance, je ne me suis jamais arrêté dans une ville de 10 à 1 000 âmes, sans y rencontrer des personnes instruites,

pables, zélées, et même quelquefois des hommes émi- ^nts, des hommes degéniequiétaienttotalement inconnus

Paris. Ces bons citoyens, ces citoyens^tiles vivaient dans

retraite, dans leur cabinet, par la raison toute simple lie r administration n'avait pas confiance en eux^ parce ^'elle ne leur avait pas donné des occupations dignes de

ur capacité et de leur patriotisme. Employez, réunissez ïî faisceau les hautes intelligences aujourd'hui délaissées, tvous en verrez surgir d'immenses, de magnifuiues rétiltais.

D'ailleurs, il ne faut pas se faire ici une grossière illu-

ïoo : dans les inspections et les examens, est-ce donc

oiquement de grec et de latin qu'il est question ?

Cette observation est de l'honorable M. Cousin, qui

disait plaisamment, avec cet esprit agréable qu'il aime

^^elquefois à prendre :

Qu'il ne s'agissait pas seulement, dans les examens et ^^ns les inspections, de la méthode de la grammaire latine ^^ de la grammaire grecque, du De viris illustribus ou de ^'Epitome historiée sacrœ.

Les inspecteurs et les examinateurs ont une mission pV^^olus élevée. Ils peuvent donner quelques avis purement ofûcie^^ eux sur les méthodes ; mais ils les doivent respecter. C'est ,^ÊL la discipline, ce sont les mœurs, ce sont les doctrines ens^^ saignées, dans leur rapport avec la moralité et Tordre pubr «^olic, qui les doivent intéresser. Ils doivent rechercher et signaaEzsaler les défauts graves, les désordres sérieux, c'est-à-dire les

désordres moraux.

Ils doivent appliquer leur surveillance bien plus àc^S la

nature morale de renseignement (pi'à tout autre chose. Us

doivent s'inquiéter et de la philosophie, et de Thistor ^ire, et du droit public.

Et voilà les choses pour lesquelles on prétende -ir^^^ quMl n'y a pas d'hommes spéciaux en France en deh^cznors deFUniversité!

Certes, je conçois que la juste susceptibilité de M^K-^- ^^ duc de Broglie ait été blessée de prétentions pareille M^ ^^^* '

C'est pousser le principe de la spécialité fort au delàS i'iàdc toutes limites, disait-il : quant à moi, je prétends que les hommes éclairés qm ont étudié dans leur jeunes qui ont été reçus bacheliers es lettres, qui ont des enfar qui les élèvent, qui suivent leurs études dans les éco' qui ont ensuite manié les affaires, je prétends que chai de ces hommes est en état d'avoir un avis, non pas déci mais qui mérite d'être écouté. Quant à moi, qui n'ai l'honneur d'être professeur, je prétends pouvoir don mon avis sur ces matières.

Et M. Saint-Marc Girardin, qui a, lui, rhonoeur d*^^^^ un des plus spirituels, des plus éminenls professe^^''^ de l'Université, ne craignait pas de dire :

Dans un conseil général, composé de trente ou quara "^^^^ membres, il serait bien malheureux que la France fût •" ^^^'

ml dépouillée de citoyens propres à faire partie d'un d'examen, qu'on ne trouvât deux hommes en état de sublir les épreuves dont il est question, deux hommes )résenteraient toutes les garanties de science et de moé que vous pouvez désirer.

noi qu'il en soit, de cette longue discussion sur ce it particulier, ce qui demeure, le voici : deux choses : i est impossible que l'État examine, inspecte, sure» réprime et condamne les institutions libres par r^ards, par les mains d'une corporation rivale, s'en letle à la jalousie du soin d'être juste. La consice publique ne le permet pas : il n'y a là ni liberté, îmulalion , ni concurrence ; mais monopole, dépenlee et servitude.

r La conscience publique proclame plus haut encore, honneur de la France, qu'en dehors de l'Université peut trouver des hommes capables, des hommes lets, des hommes spéciaux,' des hommes dignes de Tesle du pays et de la confiance de TÉlat. — Il ne faut e le vouloir.

Prétendre le contraire , c'est presque insulter aux res de famille, aux conseils généraux, aux corps mujpaux, aux grands corps savants de la nation, à ites les sociétés littéraires, à toutes les académies, i pullulent sur tous les points de la France : c'est inlier à la magistrature, à l'administration, à la France itère, en même temps que blesser au cœur la Liberté Qseîgnement, et violer la promesse de la Charte. ila lâche est achevée.

^e conclus :

L« Le nouveau projet de loi, après dix années de pro-

AAAVUVMVTAVt

5** Le noaveaa projet conserve les restriclii entraves les plus exorbitantes de ][^ancien monc

k"" Le nouveau projet prépara l'anéantiaseï institutions de plein exercice actuellement exi et rend, pour Tavenir, l'existence de tous les é ments libres absolument impossible.

5"" Enfin, le nouveau projet blesse au cœur cipe même de la Liberté d'enseignement en ii rUniversité juge et arbitre de ses concurrents.

Ces faits sont certains; ces propositions irréf

On ne peut les démentir ; on ne les détruira ]

Je le demande maintenant à tout homme sens, à tout homme de bonne foi, à tout honnête je le demande à M. le Ministre de Tinstruction pi

£st-ce là une loi de liberté 7

Est-ce là satisfaire aux vœux les plus intin conscience ?

Est-ce là accomplir la promesse d'une Chat serment d'un roi ?

Est-ce là respecter les droits sacrés^ les dr mitifs et inviolables des familles ?

SPQemeDtne se découragent donc point I leur force est immense ; leur cause est imperdable I c'est la force, c'est la cause de la vérité et de la justice I

Pour moi, j'espère invinciblement, et je médite en paix ces paroles dont M. de Salvandy ne récusera pas la valeur :

« Le temps viendra, et il n'est pas loin, qui prononce cera entre la lettre écrite de la loi et la pensée vé- « ritable du législateur; le temps, non pas par sur- « prise, m»nis par l'effet d'un sentiment intime et pro- « fond, qui a proclamé le principe de la Liberté d'en- €■ seignement ; le temps, ce maître souverain, malgré « bien des résistances, malgré même ce nouveau pro- « jti de loi, mettra le principe en pratique par la force « des choses, de la môme manière quil l'a posé; et « alors^ aucun pouvoir, aucune réaction ne songera à • y porter atteinte ! »

( Exposé des motifs y pag. 62, 63.)

[ les nombreuses et graves questions que soulève îau projet de loi sur Finstruction secondaire, il ae toute spéciale, qui parait devoir aujourd'hui plus vivement que les autres Tattention publiât celle des petits séminaires. Amis et ennemis lement pénétrés du grand intérêt qui s'y rat-

iers disait récemment dans son bureau, à la

e des députés : Je vais droit à la question es-

du projet , aux concessions faites en faveur des

minaires.

juestiony avait-il dit déjà, est une question ac-

et spéciale en apparence, mais de la plus haute

nce... Elle vient se vlacer la dernière.,,; mais

gonismc personnel contre les petits séminaires. Je pas besoin de rappeler quelle situation il prétendait faire, il y a trois ans, dans les conclusions de son lèbre rapport.

D*autre part, cette question, on doit le compren a toujours aussi inspiré et inspire encore à rÉpisc* les plus vives et les plus justes sollicitudes.

En effet, nous avons déjà eu l'occasion de le dire petits séminaires sont les pépinières de rÉglis( France; c'est là, comme dans sa première sou qu'elle se renouvelle ; là est le berceau de ses préi l'école première de ses docteurs, le sol originair ses apôtres.

On connaît les généreux, les immenses sacrifices font chaque jour NN. SS. les Évèques pour ass Texistence et la prospérité de ces établissements ( leurs diocèses. Tout ce qui touche aux petits sémini touche, à ce même titre, aux premiers intérêts del'i copat français ; et tout dernièrement encore oa S. £. Mgr le cardinal de Bonald, avec celte fermel cette élévation de langage dont nos Évêques nous offert constamment un si noble modèle, protester, < une lettre adressée à M. le ministre de l'instruction blique, contre les entraves oppressives des ordonna de 182S.

Le projet de loi qui vient d'être présenté est fori scur et rassure peu à cet égard : c'est le moins q puisse dire. On n'y démêle pas facilement la pcns^ l'auteur. Les ordonnances de 1828 y sont rappelées sieurs fois. Dans quelle intention? dans quel but?

M. Yillemain admettait au baccalauréat, sans au condition de grade, les élèves des petits sémina

€ian$ une proportion qui n'excéderait pas la moitié de ^eux qui sortiraient chaque année de ces écoles, après y Mvoir achevé leurs études.

Le nouveau ministre, moins généreux, moins libéral lue M. Villemain, n'a pas accordé cela; et, au peu (Q'il accorde, il a mis les conditions les plus rigouncases.

Ce n'est pas tout : une commission a été nommée par es bureaux de la Chambre des députés pour l'examen tu nouveau projet. Que faut-il en attendre ?

Les catholiques ont vu avec inquiétude siéger dans ï^lle commission, des hommes, adversaires bien dé- SrJarés de l'Église.

L'article 31 du projet de loi déclarait admissibles à "^eiamen pour le baccalauréat les élèves des écoles se- :^-ondaires ecclésiastiques, qui se seraient conformés à L^art. 1" de la seconde ordonnance du 16 juin 1828. La ^^ommission parait avoir décidé qu'indépendamment de ^"^art 1", les art. 2, 3 et 4 de ladite ordonnance devraient ^Ire rigoureusement exécutés pour obtenir le droit de ^obir cet examen.

Ces faits sont d'une extrême gravité. Ce n'est plus Paiement la Liberté d'enseignement qu'on écrase sous îe poids d'impossibilités absolues, comme je crois l'avoir invinciblement démontré dans mon dernier écrit : c'est l'Église catholique, c'est le sacerdoce français qu'on attaque directement : ce sont les écoles ecclésiastiques dont on veut troubler l'existence et disperser les élèves.

Est-ce sérieux ? est-ce simplement une menace? est-ce une leçon qu'on veut nous donner ?

Je l'ignore ; mais je ne crains pas de dure à ceux à

472 DES PETITS SÉMLNAIRES ( 1847 ).

qui cela importe à peu près autant qu'à nous : Pren y garde : c'est un mauvais jeu ; et je doute que l'Ég de France accepte de telles leçons ou cède à de te menaces.

En tout cas , il importe de faire entendre sur t ceci la raison et la justice. Que sais-je ? II est penU temps encore d'éclairer les aveugles et d'arrêter les i prudents.

Je dis les imprudents, et je le dis, profondément c vaincu que c'est le mot à employer.

Quoi qu'il en soit, il importe de ne pas reculer dei ces difficultés nouvelles , et d'enlever, au moins pa force et l'évidence de la raison , cet élément d'iuiq aux discussions qui se préparent contre nous.

D'ailleurs, la nécessité, l'existence, la direction, études de nos petits séminaires ; les ordonna!»ces 1828; la déclaration religieuse, Tinterdiction duba( lauréat et des carrières civiles, Thabit et les vocati ecclésiastiques , sont des questions si spéciales , si comprises; les termes les plus simples, les détails plus importants de ces questions échappent si sou^ par leur spécialité même à Tintelligence de nos ad saires, qu'il faut au moins essayer d'offrir la lumiè ceux qui ne la repousseraient pas.

La loi de 18^4 étant tombée, on avait pu croire les doctrines de ce moment étaient tombées avec et qu'il était désormais inutile de les combattre ; i non : dans les controverses humaines, on n'en a jai fini avec l'erreur et l'on est étonné de voir reparaltr jour celles dont on croyait le règne à jamais termîi

Aujourd'hui donc, puisque, à l'aide d'un concoui circonstances inexplicables , on remet en lumière

ciraDges doctrines , examinons -les; expliquons -nous clairement sur tout ceci une bonne fois, et disons, contre la majorité de la commission, la simple vérité sur les pe- Hts séminaires, et sur toutes les questions qui s*y ralfachent.

Nous traiterons successivement :

1** De l'interdiction du baccalauréat ;

2** De la liberté des vocations ecclésiastiques ;

.V De l*habit ecclésiaslique ;

V Des ordonnances de 1828 ;

ô" Des associations religieuses , et de la déclaration exigée relativement à elles.

Ayant déjà traité de la nécessité et de la spécialité des potits séminaires , dans les Lettres que nous avons eu l'honneur d'adresser à M. le duc de Broglie, nous n'y ^OTiendrons plus. Seulement, aujourd'hui on essaye de "tourner celte spécialité contre nous; mais bien injusleïOenl : c'est ce que je ne tarderai pas à montrer.

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