INTERDICTION DU BACCALAURÉAT
Nos adversaires sont allés au-devant d(f l'objection «lu'on pouvait leur faire sur l'intcrdiclion du baccalaurtat et des carrières civiles. Voici leur langage à cet ^rd:
il peut, dit-on , il peut y avoir dans le nombre des éUves des petits séminaires des vocations douteuses, qui ne se prononcent qu'à la fin des études ; et alors, si un
élève des petits séminaires, au moment de se prononcer^ ne se sent pas la force de supporter la condition du sa-cerdoce, pourquoi (y contraindre en le privant des car^ rières civiles ?
— N'importe , répondent nos adversaires, la const quence naturelle de la spécialité doit être de fai: exclusivement des prêtres .
11 faut les faire rentrer dans leur spécialité, en obligeant à ne faire que des prêtres : que ceux qui ne se sentent pas la force de supporter la condition du :^sBacerdoce, ou renoncent aux carrières civiles qui leurs -^nl interdites, ou aillent, après les avoir déjà faites, refî=^iire leur rhétorique et leur philosophie dans des établi^^^ments dépendants de TUniversité.
Ce sera là, ajoutent nos adversaires, une faible c^^mirainte : nous ne pouvons croire que ce soit là ^m souffrance réelle et qui cause des gênes véritables,
CVst ainsi que Tavait entendu la Restauration , e* ^ ordonnances de 1828, qui furent le plus bel acte du ^^*' nistère Martignac.
Celte thèse plaît évidemment à ceux qui nous a ^^' quent. Ils y reviennent sans cesse. On sent qu'ils so^^^^ Taise quand ils peuvent invoquer contre nous les ordonnances de 1828 et les souvenirs de la Restaurais <^"-
Eh bien! malgré ces souvenirs, il faut que je leur ^' dise ici ce que j'ai déjà eu occasion de dire ; il faut ^^^ je montre encore une fois tout ce que cette contraim. i^^ d'odieux pour ces jeunes gens, pour leurs familles, pow TÉglise; tout ce qu'elle a de redoutable en même X^mps pourFÉlat; tout ce qu'entrahie de sou/yranc^ réelle et de gêne intolérable cette interdiction absolue du baccêlauréat et des carrières civiles.
ite qu'après avoir réfléchi , nos adversaires dire encore, avec cette aisance de langage qui amilière : L'objection des vocations changées est use.
Qnne, d'abord , que cette nécessité qu'on préimposer à nos élèves de recommencer deux u'ils ont déjà faites, pas un seul d'entre eux it s'y soumettre : on ne l'obtiendra jamais ni i de leurs parents. Ils repousseront toujours intolérable cette condition également absurde >e, qui assimile le savoir à Tignorauce ; force ligencequi a la conscience d'elle-même às'ab- >eudant deux ou trois ans pour laver la tache rigine ; condamne un jeune homme déjà mûr oalgré son âge et ses succès, se refaire écolier mes d'un collège, à côté d'enfants dont il pourle maître, et dont il ne sera que la risée.... à, dira-t-on, sont rares : Les législateurs, disait n, ne jyeuvent descendre à tous les détails , et des cas exceptionnels. Ceux-là donc subiront
mais savez-vous, quelque rares qu'ils soient, Q a, et il doit y en avoir six ou sept au moins e dans chaque diocèse ! Ce sont donc six ou s jeunes gens que vous déshéritez des profesérales, que chaque année vous condamnez au r I Et vous osez dire que c'est là une faible con- Et votre dignité ne vous permet pas de desde tels détails I
dmettons que des cas si nombreux et si graves t que des exceptions ; ne voyez-vous pas qu'en toutes les vocations à se décider irrévocable-
ment avant rentrée en rhétorique, c'est-à-dire dès l'^ge de seize à dix- sept ans, non -seulement vous êtes eo contradiction manifeste avec l'esprit du siècle, daosce qu'il a peut-élre de plus sage et de plus juste, qui est sa répugnance pour les vœux prématurés î
Mais , de plus , vous vous mettez en opposition avec la loi civile, qui, d'accord en cela avec la loi ecclésiastique, ne permet pas qu'on prenne des engagements irrévocables de vocation avant la vingt et unième année.
Vous excédez la rigueur de la loi militaire elle-même, qui accorde au séminariste , appelé par le sort sous les drapeaux, jusqu'à sa vingt-cinquième année pour opter entre la milice des camps et celle du sanctuaire I
Vous empêchez enfin tout examen de la vocation, en exigeant qu'on la décide précisément à l'âge qui commence à peine à pouvoir l'examiner ; ou qu'on y renonce à la légère, sans avoir pu demander à la conscience une réponse réfléchie !...
Le simple bon sens n'oblige-t-il pas à reconnaître que dans les petits séminaires il n'y a guère, et il ne peut y avoir que des vocations encore incertaines?
M. Saint-Marc Girardin ne disait-il pas avec raison : que ce n'est point à douze ans qu'on peut décider du sof^ d'un enfant, y eût-il même dans les enfants quelq^ signes de vocation. Qui sait si cette vocation aboulii^^ qui sait si le jeune homme tiendra ce que semblait f^ mettre Venfanti
Il ne peut être question de vocation à cet âge, dist^ encore M. Porlalis : ce n'est pas à cette époque dela^ que de jeunes âmes peuvent mesurer la grandeur d^ sacrifice et la sublimité de V apostolat qui les attend. ** lorsque vous refuses de reconnaître les vœux perpétuai
fermés avec connaissance de cause par un homme en possession de tous ses droits, jouissant de la plénitude de ses facultés y votis condamneriez la vocalion sacerdotale à se décider dans l'enfance !
Non , non I El si nous , supérieurs ou directeurs de petits séminaires, nous décidions définitivement de vocations encore aussi peu sûres d'elles-mêmes, cela ne poQirait arriver que par une obsession odieuse de tous les instants, et par un de ces coupables abus d'autorité on d'influence, que réprouvent également et la dignité de notre caractère et notre profond respect pour la faiblesse de l'enfance, pour la liberté de l'homme et pour la sainteté du sacerdoce.
Pour moi, si je connaissais un jeune homme qui vtnt loedire, môme ù sa quinzième ou seizième année, que sa vocation est définitivement décidée, je serais le premier à l'arrêter et à lui dire d'examiner encore. Autre, en effet, est la vocation ecclésiastique, autre celle que Ton peut avoir pour l'École forestière ou l'École des arts Wméliers. J'ai plusieurs fois décidé des vocations pour la marine à douze ou treize ans; pour le sacerdoce, janiais avant la vingt et unième année.
f ai déjà donné ces raisons, et celles qui vont suivre : je les donne de nouveau avec confiance , parce qu'on ^'l a pas répondu et qu'on n'y répondra jamais ; et il faut enfin que cette question soit vidée à fond.
N'est-il pas manifeste, d'ailleurs, qu'établir un pareil ï^ime, c'est céder à un préjugé stupîde, c est proclamer tout haut que la science n'est rien par elle-même ; «û sorte qu'un jeune homme, fût-il un Pascal, par cela *^Ql qu'il a été élevé dans un petit séminaire, demeure, ^tixyeQxde ses examinateurs, radicalement incapable ;
et tout son savoir ne vaut rien, parce qa'il vu d'une origine ecclésiastique I
Mais le bon sens de H. Portails s*indignait justem^t de telles absurdités ; et lorsque j*invoque ici de nouveai l'autorité de ce grave magistrat, je le fais à dessein, i fut un des ministres signataires des ordonnances de 1828 ; et quand il demande si énergiquement Ini-méuid qu'elles soient rapportées, comme contraires à la raisoo et à la justice en ce qui regarde l'interdiction du baccalauréat et des carrières civiles, son nom, ses paroles ont ici un poids, une valeur irrécusables :
Quoi! disait-il, vous condamneriez cet enfant à recommencer à la fin de l'adolescence, que dis^je ? dans sa jeunesse et dans d'autres écoles, des études qu'il aurait déjà faites; et cela, non pas pour quHl apprit, non pas pour quHl fût enseigné, mais afin qu'il pût représenter un certificat d'études en bonne forme?
La raison, F équité, la justice s'y opposent igal^ ment.
Au nom du bon sens et de la justice, examinez-te donc ! soyez pour lui plus sévère que pour d'autres, ri vous le voulez ! mais ne le condamnez pas à subir nn^ absurde dégradation qu'il n'acceptera jamais; etn^ voyez-vous pas que, par là, vous l'exposez à la pli>^ dangereuse des tentations, et que vous le forcez indl' gnement ou à vous tromper, ou à renoncer à toute carrière libérale, ou cnfln à se faire prêtre malgré lui?
Ai-je besoin d'ajouter que ceux qui auraient eu ^ malheureux courage d'étouffer leur conscience et de ^ faire prêtres malgré eux, sont condamnés, parlàméiO*» à être de mauvais prêtres, et à traîner une vie plel^ d'amères douleurs et d'intolérables regrets? Est-ce '*
ce que vous voulez ? Et de qael droit des législateurs useraient-ils faire peser sur les âmes et sur la con- 3€ience de pareilles tyrannies ?
El qui ôtes-vous pour exposer ainsi le clergé français â Toir entrer dans ses rangs des membres qui ne voulaient pas, qui ne devaient pas s*y trouver, et qui ne ^'y Irouveront que pour le déshonorer?
Est-ce là cequ'on peut nommer, en se jouant, de /*atWcs ^^^ntrain(es? Ne sont-ce pas de véritables énormilésT Quoi ! disait encore M. Portalis, la conscience elleléme indique à ce jeune homme une autre voie, et la '€Dciété le refoule vers un état pour lequel il ne se sent isfait, lui qu'aucun engagement ne lie : il sera peut- '-re un mauvais prêtre, lui qui pouvait devenir un ci^ ^<^yenutile. Ventrée des carrières civiles lui sera fermée, ne f admettra même pas à prouver ce qu'il sait, parce '^ilsortira d'une école spéciale où, on Vavait placé dans n but d'utilité publique ? Sous quelles lois vivrions-