‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 35 sur 75 · A LA MÊME LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

A LA MÊME LIBRAIRIE

Dluranm nur l'a^rleiiliave prononcé par Mgr ré?équed*0cléan5« de l'Académie française, dans la cathédrale de Sainte^roi\,le 9 mai 186 1 , en la fête de TAscension, à Toccasion du Concours régional agricole. Brochure in-8*». t fr.

Mddèles de verias offert aux jeunes personnes, ou Vies des saintes les plus remarquables, pour tous les jours de l'année, avec approbation de S. G. Mgr l'évéque d'Arras. 2 vol. in- 12.

CHOIX DE LECTURES ASCÉTIQUES offert aux ccclésiastiques, an\ personnes religieuses et âmes d'élite qui s'occupent de leur perfection, par M. l'abbé P*", ancien vicaire général d'Evreux. avec approbation épiscopale. Tous ces ouvrages sont (bnnat in- 12 et ne forment point collection obligée, ils se vendent ensemble ou séparément. Prix de chacun 'des volumes, 1 fr.

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Des arlditéa dans roraison pour faire suite k l'art de traiter avec Dieu, par le P.Larckiob, de laCompegnie de Jéfus. 1 Yol.

Tableau de la tliëolofie ascétique on de la science des Saints. 1 toI.

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Vie de Henri rv.

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Vie de BnlTon.

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Vie de la Reine Blanche

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de Ranoé.

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de Golbert.

Vie de Mme de Chantai.

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de Dofnay-Troain.

Vie de Jean Qerson.

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DEFENSE

Mfi" DUPANLOUP,

ËVËOUE D'OBLËANS.

^^tRAlKIE CATHOLIQUE DE PERISSE FRÈRES

P«RtS I LTON

''^OlE BDFFET et C", idc" RUE HERClfRE, 49

M. tVE Mim-IELPICE. I ET DVE CEDTIILE, S:i,

-1 .'ii^t «11^^ n»^

La gravité de celte question se fait d'abord sentir à l'embarras qu'elle donne aux législateurs même les plus hardis. Jamais, il est vrai, elle n'a été soulevée ^Bns produire une émotion singulière, et il estimpos- ^*tle de ne pas reconnaîlre que l'éclat dont elle retentit ^^suUe manifestement d'un choc violent entre deux Puissances distinctes et indépendantes. 11 y a manifestement ici un conflit profond entre la puissance temporelle et la liberté de conscience : il se trouve là une ^utte terrible entre des prétentions oppressives et des droits opprimés.

Je ne viens pas disserter savamment ici, sur ce grave ^ujel; on l'a fait assez pour s'entendre, si le bruit des Passions ne couvrait trop souvent la voix de la raison ^l de la justice. Éloigné déjà des premiers et violents ^*als de cette question , prévoyant les orages de la Nouvelle discussion qui se prépare, je ne veux que sai- ^îrune de ces heures de calme qui se rencontrent quel- Wois entre deux tempêtes , pour rassembler impartialement dans un exposé fidèle, sous un simple coup ^'œil , les faces diverses d'une question jugée presque II. \

toujours aux points de vue exclusifs des passions » e jamais considérée , ni de haut dans son ensemble » q de près dans le fond des choses.

Ce que le projet de loi sur la liberté d'enseigneiaent proposait à cet égard , M. Tbiers Texpligne , le motire, le justifie; son rapport est non-seulement une approbation complète, mais une apologie officielle ; ses paroles peuvent donc élre considérées aujourd'hui coname le point de départ de la discussion. On trouvera doDC tout simple que je commence cet exposé par les termes mêmes du rapport , et que je fasse parler M. Thiers le premier. Après lui, je citerai ceux qui ont été entraînés à se faire les patrons de sa thèse et les adversaires de notre cause ; je citerai à son appui » sans en taire une seule, leurs raisons les plus fortes : puis noire tour viendra, et je dirai les nôtres. Quant aux conclusions logiques , il y a dans la conscience humaine une puissance qu'on ne peut égarer; je les confie donc avec sécurité à cette force du bon sens et de la bonne foi, q*** fait tôt ou tard triompher dans l'esprit deshomiDes la vérité et la justice. Quant aux conséquences pra" tiques, si importantes au bien ou au mal de ce ^Y^* c'est le secret de la Providence et de l'avenir.

Voici les paroles de M. Thiers :

Reste une dernière condition, celle-là générale, appï*' cable h tous... Elle consiste à demander aux prétcndautSt sur leur simple parole, s'ils sont ou non membres des congrégations défendues par les lois.

Cette déclaration exigée sans- distinction n'est pas un^ précaution nouvelle; elle est fort ancienne... C'est assuré ment la moindre dos exigences... La question, du reste, ^* uni(iuement dans la forme de la déclaration exigée. On ^

VEllTABLE tTAT DE LA QUESTION. s

^' «lue cette question : Êtes-vous ou n'étes-vous pas mom-

^te d'une congrégation religieuse? que cet appel à la cons-

<^^ence avait quelque chose de blessant pour elle. Il me

^^tiible, Messieurs, que si vous demandiez aux hommes :

^^yez-vous telle ou telle chose? avez-vous telle foi ou

^lle autre? le reproche pourrait être mérité. Mais quand

^'Ous vous bornez à les interroger sur un fait,... quand vous

^^vir demandez ceci : Vous ôtes-vous associés à un chef

^tr-anger, contrairement ii la loi française? quand vous leur

^^mandez : Vous no contraignez en rien les consciences?

^Ous vous contentez de la parole de celui auquel vous vous

ressez : qu'y a-t-il là d'offensant?...

Wy a-t41 pas, au contraire, une preuve d'estime, de con-

Mais il y a d'autres raisons encore, et non moins puis- ^^utes : les lois du pays...

Si je ne me trompe, toutes les raisons d'État sur les- ^vielies on s'appuie pour exclure les congrégations reli- Sîeuses, sont là : je ne sache rien de plus fort et de plus plausible sur ce sujet II est vrai que, pour soutenir *^^tte cause, il ne fallait pas des efforts moins puissants ^t. moins habiles. Suffiront-ils? Je ne le pense pas.

Et d'abord qu'il me soit permis, avant d'entrer en '^«lière, de simplifier la question , et d'en séparer tout ^^^ qui n'est l'objet d'aucune contestation , et qui par Conséquent l'embarrasse; tout ce qui, en mêlant le ^^ai au faux, jette sur le vrai un jour douteux dont l'er- •'^ur se prévaut pour faire illusion aux meilleurs esl^ïits, et souvent même pour égarer la bonne foi.

Que la question soit donc posée nettement et simple- ^^nt telle qu'elle est, sur le point en litige, ni plus ni ^oins.

Ainsi on convient unanimement qu'il ne s'agit point

àHnterdire la vie contemplative à personne : c'est Texpression de H. le dac de Broglie , et toute la Ghambn des Pairs s'y est associée. M. Tbiers reconnaît lui-méou que les congrégations ayant pour objet de procurer < des âmes fatiguées du monde le repos de la retraite reli gieuse, peuvent être regardées comme tout à fait inhi' renies à la religion catholique^ et par conséquent né cpssaîres.

M. Portails ne s'exprimait pas avec moins de force lorsqu'il déclarait solennellement a qu'il ne s'agissait pai « de proscrire et de bannir du sol français ces instita- « tions religieuses dont les formes peuvent varier ava (( les siècles et les révolutions des mœurs , mais que k <( religion catholique s'est toujours glorifiée de portei (( en son sein, et qui sont incontestablement conrormei (( à son esprit; » lorsqu'il déclarait encore «qu'Uni « s'agissait pas de répudier le passé de notre pays , di « renier et de maudire les fondateurs d'un grand nom- « bre de nos villes; ceux qui rallumèrent, dans lei « contrées désolées par l'invasion des barbares à h (( chute du monde romain , le flambeau de la civilisa- (( tion, et constituèrent la société nouvelle à l'aide d< (( la discipline chrétienne et catholique. »

(( Non , Messieurs , ajoutait-il ; nous sommes coou vaincu, comme ceux qui nous attaquent, de l'impoF (( tance, de l'utilité de ces institutions bienfaisantes qo (( ont fait la gloire de l'Église catholique. »

Puis, continuant , il rendait un religieux hommagi (( aux congrégations d'hommes ou de femmes, soiti « celles qu'on rencontre partout où se trouve une dott '( leur à soulager, une œuvre de miséricorde à accom c( plir, et qui remplissent et desservent nos hôpitaux

^ t)os prisoDS et DOS écoles; soit aux filles de Saint-

* Tiûcent de Paul, assistées , dans le libre exercice de

^ lear sainte vocation , par la congrégation d*bommes

* instituée pour les seconder dans leurs angéliques

* travaux ; soit aux confréries des écoles chrétiennes,

* clonnalnt Tinstruction primaire à un si grand nombre ' de jeunes enfants, et ne pouvant suffire à fournir

* des sujets aux villes qui en réclament; soit enfin à

* d'autres associations prèles , dit-il , à se former , et

* qui promettent aux infortunés privés de Texercice

* de leur raison, aux condamnés qui subissent la ^ peine dae à leurs crimes, des serviteurs désinté- ^ ressés et compatissants, des gardiens pieux et con- « solateurs. »

Enfin , bien différent de ces gens dont la haine aveu-

Sle ne procède jamais que par l'exclusion et la violence,

^t ne sait invoquer contre ceux dont le nom Timpor-

^tiDe que la proscription et le bannissement, M. Porlalis

déclarait encore que, « pour être éloignés de renscigne-

" ment, ils n'en pourront pas moins exercer librement,

* sur la terre de France , toutes les fonctions \vs plus

•* importantes du ministère ecclésiastique ; et la pro-

^ tecllon de la loi ne cessera pas d'entourer celui qui

** aura déclaré avoir contracté des engagements que

^ la loi ne reconnaît pas, mais quelle ne punit pas. >»

\oilà des faits certains, des principes incontestables,

^es droits inviolables, de Taveu de tout ce quMI y a

^* esprits éclairés et honnêtes. Je tenais à le constater

^^î expressément.

la question étant ainsi restreinte, je n'en affirme pas ^oins que l'exclusion provoquée contre les congrégations religieuses blesse :

L'homme dans la liberté de sa consdenœ ;

Le citoyen dans Teiercice de ses droits ;

Le chrétien dans la dignité de sa foi ;

Et j'affirme de plus que c'est une exdosion si illégitime dans son principe , si indigne dans ses conséquences, si absurde dans ses moyens et dans ses résulta ts, si étrange au temps où nous vivons, que tontes les opinions libres en ont été plus ou moins réf citées, et que les législateurs eux-mêmes en sont comme hoateux et embarrassés.

FAle blesse Vhomme dans la liberté de sa consdenoe.

Par quel procédé légal pouvez-vous constater r<((*^ religieux d'un citoyen? Pas d.' autre que d'interroger sfl^ conscience. Mais qu'est-ce que la conscience! qadS sont les droits et Tinviolabilité de ce sanctuaire, auquel on est convenu de donner ce nom respecté? Je ae te^ dirai point ; M. Thiers ne les conteste pas : il préteocl même leur rendre hommage. On interroge une am-^ science sincère : Qu*y a-til là d'offensant^ dit-il? dts^ une preuve d'estime, de confiance. C'est sur ces parole^ mêmes que d'abord j'arrête M. Thiers : je vais droitau fait et au fond de la question. Vous interrogez une coa-' science sincère : mais de quel droit? qui êtes-vous pour interroger les consciences? Quoi? vous ne pouvez entrer de force dans ma conscience ; votre impuissance à cet égard est absolue, et vous vous arrogez le droit cependant de savoir ce qui s'y passe, et, pour le saYolr, de contraindre ma conscience à se confesser devant vous, et à vous faire des déclarations ?

Eh bien ! c'est cette prétention même que la liberté de conscience repousse de tontes ses forces.

XafQrme en principe que Dieu seul et l'autorité spirituelle qui le représente sur la terre, ont le droit d'interroger ma conscience. Je ne sache pas un homme cjuî ait le droit d'interroger la conscience d'un autre bomme ; le droit de commander à la conscience de son semblable, le droit d'exiger de lui une réponse quelconque à une question de conscience. M. Thiers n'y a pas réfléchi; l'autorité paternelle ne va pas même jusque-là ; vous ne trouverez pas un moraliste éclairé qui pense qu'un flls manque essentiellement in ses devoirs en refusant de déclarer à son père des faits qui sont uniquement des faits de conscience. Dans le cours de uion ministère, il m'est arrivé plusieurs fois de dire à un père dont la sagesse était capable de me comprendre : N'interrogez pas votre enfant sur ce point; il n'aurait peut-être pas le courage de vous dire la vérité, et je ne ^ois pas que vous ayez le droit de la savoir.

Il y a plus : la puissance humaine, la puissance teuQporelle, le voulût-elle, est ici réduite à néant : elle peut opprimer, persécuter ceux qu'elle soupçonne, ^9\% elle ne peut les contraindre; et c'est alors la per- •^ution la plus odieuse : c'est l'oppression des âmes ^51118 ce qu'elles ont de plus intime, de plus indépendant, de plus insaisissable, qui est la liberté de penser, ^e croire et d'aimer.

Cette liberté s'exerce dans le sanctuaire le plus in-

^elable ; elle n'a pas plus besoin de votre protection au

dehors qu'elle ne vous doit obéissance au dedans. Vous

^*a?ez, vis-à-vis de cette liberté de l'Ame, ni modéra-

^^on, ni rigueur, ni faveur, ni justice à exercer. Vos lois

ne peuvent rien dans tout ceci : elles ignorent et se taisent. Que failes-Tous donc, vous, pouvoirs de la terre, vous, gouyerneinent politique, quand vous voules forcer ces barrières et entrer dans ma conscience? Ce que vous faites ! Vous vous mettez en contradiction violente avec tous les principes de liberté que vous avei proclamés. Ce que vous faites ! vous , qui professeï ; vous, qui écrivez dans vos lois que le domicile du dernier des citoyens est sacré; vous violez mon domicile le plus sacré, le plus cher : si bien nommé le sanctuaire de la conscience, parce que c'est la demeure de Dieo, parce que Dieu seul y commande, et encore, prenes-y garde, à une puissance libre de lui obéir; parce que U réside sous le regard de Dieu une puissance presque divine , qui ne relève que de Dieu seul ; à savoir, ceU« liberté humaine, cette liberté intime, personnelle, celle liberté qui n'a pas de maître en ce monde, et qui n*a de juge que dans le ciel.

Ce que vous faites ! j'ai honte de le dire : Vous, qui, Taulre jour, respectiez dans votre loi sur la chasse, rinviolabililé du domicile matériel , à ce point de tolérer derrière les murs d'un parc ce que vous interdisiez au dehors, vous venez poursuivre la foi et le dévoûment religieux jusqu'au fond de mon âme; vous renversez les murs de ce domicile inviolable et sacré qu'on appelle la conscience, pour en arracher, quoi? Une affirmation. Eh bien I je le déclare avec toute Ténergie dont je suis capable, vous n'en avez pas le droit.

£t que faites-vous encore! On vous Ta dit, un acte odieux de l'inquisition la plus tyranniquel Non-seulement vous sondez ma vie privée, cette vie dont on a cru pouvoir dire, dans un autre ordre de pensées»

qu*elle doit être murée. Vous allez plus loin : vous scrutez mes sentiments les plus intimes; il ne vous suffit pas de sayoir par la notoriété commune ce que je suis personnellement, tous me contraignez à affirmer, par ^crity quels sont, en religion, mes sentiments, mes ^<Bux, mes engagements vis-à-vis de Dieu, jusqu'où ils ▼ont, jusqu'où ils ne vont pas; puis, selon ma réponse, j^ suis, par vous, absous ou condamné.

Paul-il s'étonner que des voix éloquentes se soient ^Criées qu'une telle prétention était aussi monstrueuse Çf^'insenséCy qu'elle rétablissait l'esprit dHntolérance le Pius étroit qui se soit jamais um, qu'elle choquait les ^dées les plus élémentaires de la justice; que ce sont là des mesures qui ne sont pas de notre temps, qui rappel- ^^ni les temps de l'inquisilion, et qui sont un anac/iro- ^^istne avec notre époque; et le noble duc d'Harcourt, en P'^ononcant ces paroles à la tribune delà Chambre des ï^^îrs, déclarait qu'il ne devait paraître suspect à personne, puisqu'il n'était ni un cagot^ ni un bigot, ni un ^^vot. — Encore est-il vrai que l'inquisition n'a jamais ^W si loin ; qu'elle ne rechercha jamais que les manif^slalions extérieures contraires à la foi, mais non les ^nliments intimes ; qu'elle ne demanda jamais à personne, pour le punir sur sa parole : Que pensez-vous? ï-'Église elle-métne ne condamne jamais la pensive d'un *^teur.

Rt cependant, s'écrie M. Thiers, c'est assurément la ^'^^^oindre des exigences! Qu'on me permette de le dire : ^^ chose si sérieuse, cette aisance de langage a mau- ^^ise grâce. C'est la moindre des exigences! Mais si, sous ^^ Restauration, on avait exigé de vous la déclaration %Ue vous n'apparteniez à aucune association politique

non autorisée par les lois, aariez-vous trouyë qae c*éUt la moindre des exigences ? Et cependant ce n*eûtpasétf descendre dans le sanctuaire de la conscience reB* gieuse.

Si aujourd'hui encore on exigeait cette décIarafioQ de tous les rédacteurs de journaux, avant de leur Mcorder la liberté de la presse, ou de tous les électem, avant de les admettre à jouir de leurs droits politiques, trouveraient-ils, trouveriez-vous que c'est la mmin des exigences?

M. Tliiers sent bien lui-même tout ce qu'il y a id <( blessant pour la liberté de la conscience humaine; et il épuise vainement toutes les habiletés de langip toutes les démonstrations de candeur et dlionDtteté pour le dissimuler. On interroge une conscience lio cère sur un fait , dit-il. Êtes-vous ou n'ites-vùus fi membre d'une congrégation^ oui, ou non ? Quoi dej* simple que cette question? quoi de moins embarras sant que la réponse pour un homme consciencieux t

£hl sans doute, rien de moins embarrassant qae réponse pour un homme consciencieux ; mais qui voi a dit que cette question nous embarrassait 7 Nal i nous ne la trouve embarrassante, mais tous nous la tro vous tyraunique. Encore un coup, il ne s'agit pas savoir si celui que vous interrogez est un homme ce scicncieux ; il s'agit de savoir si c'est un homme llbi libre en conscience de vous répondre ou de ne n répondre pas.

Sans doute encore c'est sur un fait que vous m'IsAi rogez; mais, comme j'ai eu l'honneur de vous ledli c'est sur un fait intérieur , sur un fait de conscient sur un fait inaccessible à toute inquisition. Voilà poi

VÉRITABLE ÉTAT DE LA QUESTION. n

quoi je proclame que vous opprimez violemment par là ma liberté de conscience , que ce n'est rien moins qu'âne persécution ; car si je ne réponds pas dans le sens de votre loi, vous me condamnez; et, si je me tais, vous me condamnez encore.

Vainement me dit-on : Cette déclaration ne portera ni sur des principes, ni sur des sentiments, ni sur des doctrines ; cette déclaration n'est pas et ne sera pas un formulaire à signer.

Sans doute, de ma part , il n'y a point la volonté de professer ou d'exclure des principes, des sentiments ou des doctrines ; mais soyez franc : dans la pensée de <%lQi qui exige cette déclaration; dans la pensée de <îeluiqui adresse cette question, qui la fait subir, cette déclaration porte sur des principes, sur des sentiments ^l des doctrines. De ma part, je ne répudie rien ; mais, î^oî qu'on en dise, de la part de celui qui me fait souscrire celle déclaration, de )a part du législateur , c'est to formulaire à signer, un formulaire religieux imposé P^i* la puissance politique ; c'est une violation flagrante ^^ la liberté religieuse, de toutes les libertés du prêtre ®t cJu citoyen. J'aurai occasion de le démontrer bientôt ^toplétement.

IMais ce que je veux me borner à dire en ce moment, ^ ^st que, sous la simplicité apparente de la question ÎU' on nous adresse, il y a plus que Ton n'avoue. Ce lui répugne invinciblement à notre droiture , c'est î^' alors même que nous attestons un fait vrai, vous ^ous condamnez à nous associer malgré nous à une ^ïTière-pensée qui n'est pas la nôtre et que notre conscience réprouve. Eh bieni on me trouvera peut-être sévère*, je ne sais guère le vrai sens de tout ce que les

n DES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES.

bommes d*État nomment la moralité politique; mais en me tenant an sens vulgaire des mots, et à rhonoC* teté commune , je trouve en tout ceci une immoraEté profonde ; il y a là je ne sais quoi qui manque profondément de franchise : la vérité est dans notre bouche, mais la duplicité est dans la vôtre; puis la proscription. Et le moins qui se puisse dire, c*est que le jour où vom nous adressez cette question , et où nous y répondons, nous manquons, vous de droiture, et nous peut-être de dignité, à ia face de la France. Ai-je besoin de dire qa'il ne doit pas y avoir de loi de cette nature dans un pajs comme le nôtre 7

II y a là, je le crains, un de ces germes redoutables qui amènent quelquefois de grands troubles dans une nation ; il y a là un froissement profond d'une conséquence incalculable. On essaye là une chose qae b fierté des temps ne permet plus, une chose que nolle puissance humaine n'aura la force de faire. On dit qac parmi les hommes politiques de ce temps, il y eo a qui ont besoin des périls de l'avenir. Qu'ils soient satisfaits ! Il y a là tous les périls désirables aux ambitions les plus agitées.

Vainement essaye-t-on de nous dire avec douceur pour nous persuader : Mais la question est bien simple ; il n'y a pas là de persécution ; on s'adresse à te conscience: Éles-vous ou n'êtes-vouspas ? Oui ou nonJ On ne vous demande ni plus ni moins. Je le reconnais» la question est simple, et j'ai déclaré que la réponse était facile. Mais elle était simple aussi la question des anciens persécuteurs : Ètes-vous chrétien ou ne téteS' vous pas? Oui ou non? répondez. Elle était facile b réponse des chrétiens : rien en effet de plus commode

el de plas net qae ce genre d'interrc^toire : mais alors

comme aiqoard'hai, quand les nns avaient interrogé

a^ee nmpiidté, en maîtres absolus, et quand les autres

avaient répondu en honnêtes gens , avec une cons*

cicnce sincère, innocents jusqu'alors, leur nom, selon

i 'âiergique expression de Tertullien , devenait leur crime^

el les juges leur disaient : Puisque vous êtes chrétiens,

'VOUS n'êtes plus citoyens romains; tout comme on se

I>irépare à nous répondre : Vous êtes religieux , donc

"v^ous n'êtes plus citoyens français.

C'est des deux parts une formule d'inquisition idenoe appliquée à la conscience, à la foi, à la liberté inxieare. La sanction même de l'interrogatoire n*a ère changé : c'est l'exclusion des droits communs de m civile ; seulement, autrefois, l'exclusion se faisait demment par l'exil ou par la mort : ici, elle se fera fer l'interdiction et par l'incapacité. Non, non, je n'adels ni la douceur de la question, ni la simplicité de la ^poDse : la simplicité et la douceur ne seraient qu'une dignité, j'ai presque dit une hypocrisie de plus. Oui ou non vous semble peu de chose ! mais toute la ^Biineté de la vie humaine ne tient pas à plus ; mais la Conscience de l'homme n'a jamais rien de plus grave ^D ses questions ou en ses réponses : et quand le Fils de ^îeu est venu nous révéler à nous autres chrétiens ce <iu il y avait de plus sérieux dans le langage humain et ^6 plus solennel dans notre vie, il ne nous a dit que ^ mots, oui ou non : est^ est; non, non. ^e n'ai rien à ajouter sur ce premier point, ^n a vainement rappelé à cette 'occasion la bulle ^^igenitus; on a dit vainement que la déclaration de- ^^ndée est telle que PÊglise elle-même en demande aux

dénions le droit d'interroger nos conscien Toir ce que dods sommes devant Dieu , c êtes des l^slaleara hamains, an pouvoir que notre conscience n'est pas et ne sera js domaine T Uais quand l'Église nous int l'enteudoDs autrement : l'Église est à nos la maîtresse et l'institutrice de nos Ames nos consciODces ; elle a autorité sur nos sommes ses sujets, elle nous interroge : m dons, et tout est dans l'ordre. Ainsi, l'adhé InigtiiiUis élait sans doute une adbésioi téricure. Mais qui interrogeait! L'autori Qui répondait ! La conscience.

Hl quant aux déclarations des fidèles a mariage, qui ne voit que ce sont les mén et qu'il n'y a là qu'un sujet spirituel, obéi daut ù une autorité spirituelle? Quand l'É mariage, elle fait une cbose spirituelle : volontés, elle unit les cœurs, elle marie les mol, c'est un pouvoir spirituel qui exei spirituels, dans une société spirilueile. fiiit-tl. avec de la sincérilé et des lumière! et les yeux ne soient pas frappés de i

YtaiTABLE ÉTAT DE LA QUESTION. is

elles chercher des exemples ? Qu'importe encore qu'un illustre (n-ateur (le P. de Ravignan) ait fait lui-même publiquemml\ sans qu*on la lui ait demandée^ la déclaraim que demande la loi ? Ah ! ce souTenir m'attriste î oui, il a fait cette déclaration dans le langage le plus noble, le plus simple, le plus loyal qui fut jamais! et sur cette terre de France, dans ce pays de la loyauté et de la franchise, on n'a su, jusqu'à cette heure, lui répondre que par les scandales du Collège de France et parles bassesses d'un roman impie I Mais laissons ces choses et revenons à la question. Un illustre orateur a (dit lui-même publiquement^ sans qu'on la lui ait defnandée, la déclaration que demande la loi. Mais c'est précisément parce qu'ilTa faite sans qu'on la lui ait demandée, que son exemple ne prouve rien en faveur de Toire loi. 11 a cru pouvoir spontanément faire celle dédaralion, la faire avec honneur, la faire en usant des droits de sa liberté ; mais peut-être que si on la lui 3vail demandée d'autorité, s'il avait vu la prétention d'empiéter sur les droits de sa conscience, de la confraiûdre, de Thumilier , peut-être l'eût-il refusée. Que P€Qt-on conclure d'un fait qui appartient précisément i nne liberté dégagée des entraves mêmes par lesquelles on voudrait aujourd'hui la contraindre?

Mais, dit-on enfln, ce n'est pas là une précaution nout>rfte ; elle est fort ancienne^ et cette ancienneté , on la fait remonter bien au delà de la révolution, jusqu'aux jours de notre vieille monarchie. EU bien! je défie qui fluece soit de me donner la preuve de celte assertion ;

W défie qu'on me cite la moindre trace d'une exigence pareille imposée à aucune époque, avant la révolution ; je défie qu'on me montre une loi civile quelconque qui ait

interrogé la conscience du chrétien, pour le condamae sur une déclaration de perfection chrétienne. Oo aor beau chercher : non, on ne trouvera dans rhistoire de lois humaines aucune loi plus positi?emei|t. jnjarieos au cliristianisme , plus blessante pour un chrétien sio Gère, plus tyrannique pour un homme libre. Sous le empereurs romains même, celte loi n'existait pas: oi osait la pratiquer, mais on n'avait osé l'écrire. C'était oi fait, un fait : mais ce n'était pas un principe.

Vainement dit-on : Cette condition est générale^ appk cabk à taxis. Vainement ajoute-t-on : Cette déclaration est exigée sans distinction de toutes les personnes consa crées à V enseignement ^ tant de ceux qui dépendent d V Université que de ceux qui n'en dépendent pas.

Je parlerai hardiment : j'affirme que cela n'est pas et la vérité, à l'insu de celui qui écrit, manque à ses pa rôles. On a essayé en vain de donnera une telle M € caractère d'universalité nécessaire, en effet, à toute k juste ; mais on a senti et on sent encore qu'elle est on loi d'exception, une loi de défiance toute spéciale, on loi d'exclusion, une véritable loi de suspects. On a bea faire, celte loi aura le nom sinistre que je viens de k donner, et nul autre nom ne lui convient.

Je ne veux pas entrer ici dans des considérations qc m'entraîneraient trop loin : je demande seulement qo*o montre aux Chambres législatives, dans des lettre écrites d'année en année, depuis les ordonnances d 1828, et revêtues de signatures qui n'aient pas été de mandées depuis un an, les déclarations des professeor de l'Université, attestant qu'ils ne font partie d'aucun congrégation religieuse. Or, si on ne l'a pas fait, il y ; eu parlialité, injustice; car c'était la loi.

V<R1TABLE ÉTAT DE LA QUESTION. n

Et je Tais plus loin : quand même cette obligation serait générale, et elle ne l'est pas, qu'importe , si elle est manifestement tyrannique et oppressive de la liberté de tontes l^s consciences? Et depuis quand l'extension, Toniversalité même d'une loi inique deviendrait-elle sa justification?

Hais c'en est assez ; c'en est trop sur ce point. Nonseulement l'exigence de cette déclaration blesse l'homme dans la liberté de sa conscience, j'ajoute qu'elle blesse te citoyen dans l'exercice de ses droits, en même temps 9U€ le chrétien dans la dignité de sa foi,

Ce droit inqoisitorial, qui touche aux deux limites de l'ordre spirituel et temporel , se détruit non-seulement Pdr ses conséquences dans l'ordre spirituel, mais aussi Par ses conséquences dans l'ordre temporel.

Je montrerai bientôt que s'il n'annule pas le chrétien, îl l'humilie, le torture, le suspecte; et je me borne à Montrer en ce moment qu'il annule le citoyen, qu'il ^et au prix d'un serment religieux le droit de cité, le ^roit de propriété, le droit de domicile , et devient par là une nouvelle espèce de tyrannie jusqu'ici à peu près ^connue dans l'histoire des tyrannies humaines.

Mais, avant tout, cette exigence est inconstituiion- *^elle, car tous les citoyens sont égaux devant la loi; ^*e8t la Charte : et vous, vous établissez une classe ^'ilotes et de proscrits.

Celte exigence est inconstitutionnelle, car tous les ci- ^yens sont aptes à tous les emplois : c'est encore la Charte; et vous , vous faites dépendre rexcrcicc de ce"

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