II. S
conscience» vous enchaînez ma religion, toqs m traignez à en être le dénonciateur ; car yous exîg> je dénonce à ceux qui le condamnent le for iot de la vie religieuse et évangélique.
Cette exigence est inconstitutionnelle ; car enf qui n*est pas autorisé , ce qui n'est pas légalemc connu, n'est pas pour cela illégal et illicite. Quoi sommes un peuple libre ! et un principe éternel, chez les peuples qui ne le sont pas, sauve des ai de la loi tout ce qui n'est pas défendu I Eh bi Charte ne défend pas, ne peut pas défendre la ▼! gieuse; elle ne lui donne pas l'existence politii légale des corporations autorisées , mais elle ne 1 fuse pas la liberté !
xMais, dit-on, il y a d'autres lois que la Charte refusent.
Je le nie : je ne suis pas le seul à le nier. M. H un des représentants les plus éminents de l'autor diciaire, vient de convenir lui-même qu'il y a controverse sérieuse. Mais il n'est pas quesli science : le bon sens et la bonne foi la plus yi suffisent. Qui ne sait que ces lois sont d'une époi
« Dans notre pays, il n'y a pas une seale question m simple et légitime, pas un sentiment naturel qui n'ait « ^të l'objet d'une loi pénale , pas un devoir dont une « loi n'ait prohibé Taccomplissement, pas une trahison « qae la loi n'ait salariée, pas un forfait qu'une loi n'ait « ordonné*. »
\oilà ce que M. Benjamin Constant écrivait il y a qiu^lques années ; avant lui , Tacite avait dit : Carrup^ i€s€ifna respublica , plurimœ leges : et voilà les lois que vous voulez faire revivre , au mépris de la Charte qui les abroge I au mépris de la liberté de conscience qui les repousse, au mépris de toutes les libertés, de tous les droits politiques et religieux du pays ! Cela ne se peut pas.
Mais enfin ces lois existent. Je le nie. Les plus savants, les plus célèbres jurisconsultes le nient comme moi.
l"* Est-ce la loi de 90 ? Cette loi ne reconnatt plus, il est ^rai, de vœux monastiques ; elle supprime l'état légal des <H>rpora lions religieuses; elle déclare que les religieux PoiifTonf, s'ils le veulent, sortir de leurs monastères : r^îen de plus. C'était une loi de liberté; elle ouvrait les <^ouvenls, et délivrait les victimes cloîtrées ; du reste, r^ujle proscription, nulle prohibition, nulle pénalité.
2" Est-ce la loi de 92? Elle punit, comme délit contre '<» sûreté générale, c'est-à-dire par la peine de mort , le Por( du costume ecclésiastique ou religieux. Ce n'est Point celle loi de terreur qu'on veut appliquer.
3« Est-ce le décret du 3 messidor an xii? Ce décret se ^^fère aux lois précédentes : ces lois sont sans force ; ^^ décret ne peut en avoir davantage. Ce décret est l'acte ^'un homme en colère : il est notoire qu'il tomba en
' M. Benjamin Gonslant, Réflexions sur les constitutions.
culte et de domicile.
Vous les ferex reconduire par la gendarme leur diocèse 1 Et si leur évëque leur donne leo Bt si huit jours après, Us reviennent habiter lei elle, leur propriété commune, qu'en ferez-TOi recommencerez! Et s'ils recommeDCCot, recoi rez-TOus toujours l Quelle théorie et quelle lihe
h' Est-ce le Code pénal, art. 219 et suivaDts, du 10 avril 183fi sur les asaociationsT
Impossible d'apphquer ces lois aux congréga ligieuses. Ces lois punissent les réunions de p qui s'assemblent de divers lieux et de divers di k certains jours ; elles exceptent formellement sonnes domiciliées dans une tnémc maison : les religieux. Leur toit les couvre, la Charte les laissez-les donc en paix. Il n'y a pas de loi.
Eh bieni nous en ferons une. Vous ne la U Vous ne ponvez violer la Charte, violer la li conscience, violer le droit de propriété , viole de domicile : et pourquoi, s'il vous plaît T Poi grader aux plus mauvais jours; pour obéir i de haine , ù des frayeurs stupides. Quoi que ' siez, ces hommes réunis sont propriétaires;
VERITABLE ËTAT DE LA QUESTION. 2t
auriez dressé en 1845 ces tables de proscription, tous
o'aariez rien fait. Il y aura toujours quelque chose de
^périeur à quoi tous n'aurez pas touché, qui domine
l'opinion et votre pouvoir : c'est le droit imprescriptible
^e la religion , de la liberté et de la vertu ! Ces saintes
choses peuvent être opprimées, jamais vaincues. Déci-
dea-?ous donc plutôt à respecter ce qui est licite dans
'^ conscience libre : il y a là un principe sacré , une
'^ëetulélaire et inviolable; il y a là un intermédiaire
essentiel entre ce que la loi défend et ce qu'elle auto-
'^îse, à savoir ce qui est licite et que la loi ignore.
Une association religieuse sera éternellement un fait ^^ conscience dont on ne pourra jamais dénaturer le ^^raclère.
\ous pouvez dire : Toute association non autorisée ^^B jouira, comme association , d'aucun droit civil ou Polliiqne, d'aucun bienfait, d'aucune protection exté- **îeure : cela se conçoit; mais faire de cette autorisation '^ condition même de la vie et de l'existence spirituelle, '^ condition des vœux, la condition des vertus, la condition nécessaire de la perfection évangélique, ce serait ^Oe déraison. Y ajouter une pénalité, ce serait la plus ^îolente des tyrannies. L'autorisation de l'Église eile- ^éme n'est pas nécessaire : il y a des associations re- **8ieuses non approuvées par elle, dont l'existence est ï^^rfaitement légitime , quoiqu'elles ne soient pas cano- ^^îquement érigées.
Aux membres des associations non autorisées vous ^% pouvez demander qu'une chose : s'il est un seul devoir d'homme et de citoyen auquel ils manquent. Au ^fîlà, vous ne pouvez rien.
Certes, le rapporteur de la loi de 1837, dont je suis
heureux de retrouyer ici te lainage, avait d'autres pen — sées lorsqu'il disait : « La loi n'est faite ni pour les « très, ni contre les prêtres ; nous n'avons voulu créeK^^^^er « ni privilèges, ni incapacités. Le monopole, l'exclusion m:v^q, « serait un funeste anachronisme. Dans le prêtre nouï.aiv'^iis « ne voyons que le citoyen, et nous lui accordons le:^»f les (c droits que la loi donne aux citoyens. Rien de plu£»^a:^jis, « mais rien de moins. Nous n'avons point affaire danrv jsaos « notre loi à des congrégations. »
Et M. Dubois, de la Loire-Inférieure, ajoutait, en dmMz^ défendant le projet de la commission et du gouvem^MZH^ne. ment: « Nous n'avons pas pensé qu'il convint d'allé fjJer (( chercher les principes de notre loi dans les lois tenzB^ -^m- « poraires, d'exception, et pour la plupart du temps -^ de (( vengeance^ qui n'attestent que des jours de colère, n^^ n
« Il ne faut pas , disait encore un honorable mag^^agisa ttBij M. de Golbéry, que dans une loi nous veniirzz^os a établir l'intolérance, ni créer des persécutions d; « un sens contraire à celles dont nous nous somi a plaints si longtemps; il ne faut pas que la loi di a eende dans la conscience du citoyen ; elle ne pi a s'attacher qu'à ses actes extérieurs , elle ne peut (f sir que ses actions, et jamais sa pensée. »
On est ainsi ramené à dire que , sous quelque fi^^<^ qu'on l'envisage, cette disposition n'est autre chose c^oe l'établissement d'une tyrannie politique et rellgieu ^^' C'est, comme on l'a très-justement observé, l'odîe«^^ formalité du test recueilli dans le naufrage de l'intolérance anglaise. Le test anglais est l'image exacte, Farfgiaal, le type de la déclaration qu'on veut exiger des religieux parmi nous : oui, ce serment odieux que* j^ ï>^ sens anglais lui-même et la justice du parlemenf jj^
i>iitaimiqQe ont flétri et supprimé; ce serment, qai interdisait les fonctions civiles et les bénéfices de la patrie, à quiconque déclarait qu'il ayait le malheur d'élre catbolique, est le modèle de cette loi qui frappe parmi nous d'interdiction et d'incapacité quiconque déclare 9«]'il est religieux.
L'effet des deux déclarations est identique, à l'étendue I>rës de l'interdiction; mais rinterdiction a dans les deux ^^s le même principe et des conséquences semblables. Jurez que tous n'êtes pas catholique , et la loi vous Reconnaît tous les droits du citoyen anglais. Déclarez, affirmez, jurez que vous n'ôtes pas religieux, bénédictin, jésuite, dominicain, capucin ou autre, et la loi vous ^^cconnatt sans restriction tous les droits du citoyen Crançais.
Qu'on me montre donc une différence. Pour moi , je ï^'en vois qu'une, c'est que l'Angleterre a glorieusement désavoué son antique et fatale intolérance, et que l'on l>Tétend la restaurer en France, en plein xix" siècle.
Mais, au moins, avouez-le de bonne foi, ayez le coulage et la franchise de vos actes, et ne venez pas dissimuler sous des formes adoucies les exigences les plus tyranniques. Certes, je ne veux pas faire ici une comparaison odieuse; mais enfin, aux jours des anciennes persécutions, vainement les chrétiens répondaient-ils ^mme aujourd'hui : « Je suis chrétien, mais je respecte C&ar, je respecte les institutions de mon pays, i'obéis aux lois , je paye à ma patrie le tribut de mes ^^ices et de mon sang; vous n'avez pas de soldats plus dévoués que nous et les nôtres, pas de magistrats plus int^re^ ni de sujets plus fidèles. » Quand ils avaient ainsi répondu, Trajan lui-même les chassait de
leurs maisons, les envoyait à l'exil ou à la mort, et Julien leur interdisait rentrée des écoles.
C'est assez, j'ai trop raison ; oui , l'exigence de celte déclaration annule le citoyen dap^ l'exercice de ses droits, en même temps qu'elle blesse l'homme dans la liberté de sa conscience, et le chrétien dans la dignUi de sa foiy comme nous allons le Yoir.
J'ai besoin ici de rappeler les grands principes ém christianisme. De sa nature, la foi en Dieu est, comme Dieu lui-même, sans limites, et l'Évangile a donné uu juste et noble carrière au cœur humain, quand, au de! des préceptes imposés à tous, il a placé les conseils d la perfection religieuse, dont Thorizon plus étendu pelle les plus généreux elles plus dévoués.
Or, tant que cette perfection religieuse est ma de conduite personnelle; tant qu'elle n'affecte que vie spirituelle et intime , laissant en moi tout entier lui-même et à ses devoirs l'homme et le citoyeny nul poi voir humain n'a droit d'enquête, de révision, de tique, et, à plus forte raison , de répression et d'inliufe. dation sur ce droit naturel et divin : par cet invincibJ motif que nul n'a le droit de se placer entre Dieu ^ moi, et qu'il n'est pas plus permis ni possible de dtf pouiller l'homme de sa liberté intérieure que de son àon^ La contradiction de ces principes serait la contradictici même dans les idées, et l'absurdité dans les termes.
Eh bien ! voilà ce que vous faites quaq/d vous veM interroger ma conscience religieuse, juger ma situati(J
spiritaelle, la constater, la critiquer, pour modifier et diminuer ma situation civile.
Oa il n'y a pas d*idée claire au monde, ou il est clair ici que la société temporelle envahit la société spirituelle. £t quelles en sont pour moi les conséquences, s'il vous plaît î C'est que ma liberté extérieure diminue en proportion de l'usage licite et honnête que je fais de ma liberté intérieure. Vous me punissez par une suspicion, par une défiance, par des restrictions civiles odieuses. Eh bien I je le déclare encore avec toute l'énergie dont je suis capable, c'est là une intolérable injustice. Je n'ai »i rhonneur, ni le bonheur d'être membre d'une congrégation religieuse; mais comme chrétien, comme prêtre, je suis profondément blessé de l'étrange humi- Hation, et par suite de la grave atteinte que vous faites subir à ma religion et à ma foi.
Pour atténuer l'odieux d'une comparaison trop juste, je faisais tout à Theure une vaine distinction entre le chrétien et le religieux.
Qu'est-ce qu'un religieux? Au fond et dans le vrai, nn religieux est chrétien au même titre que vous et nioi, ni plus ni moins. Ses vœux ne font qu'ajouter pour lui des obligations volontaires personnelles, mais toujours, remarquez-le bien, dans les limites de notre oommune croyance: obligations qu'il est libre de s'imposer, comme je suis , comme vous êtes libre de vous ^n abstenir.
Vous vous en tenez aux devoirs impérieux du chris-
Wanisme : Ubre à vous ; il y ajoute des vœux de religion :
*il>rc à lui. Cela ne change rien à la foi, ni à la loi ; ni
pt)urvous, ni pour lui. Que lui voulez vous donc? et
pourquoi le poursuivez- vous î
Certes, dans la religion qui est le dévoûment à Diea, rhorizoD est infini : il y a place pour tous ; et il doll être permis aux plus vaillants de courir au lieu de marcher ; et nul n a droit, pas même un pouvoir absolu, Ai venir étouffer dans les âmes les généreuses et sainte^ inspirations qui les portent à la perfection du christii nisme.
Et je prie que l'on fasse encore cette remarque : différence entre le chrétien et le religieux n'est que di vaut Dieu ; au dehors il n*y en a pas ; nul ne la sait, surtout la loi humaine l'ignore profondément Elle n'^- ^t pas consultée ; elle n'est pas invoquée, elle ne peut p^^as l'être ; elle ne protège pas, elle ne punit pas , elle ^De connaît pas, elle ignore.
Quand donc on propose par une loi d'exclure les re Sigieux, en tant que religieux, d'un droit qui leur appa»--^tient en tant que citoyens, et qu'on ne leur refuse p^»-*» dit-on, en tant que chrétiens , que fait-on î Ce qu'i fait ! une chose ridicule d'abord, puis odieuse etimpii on scinde le chrétien en deux, l'Évangile en deux.
Pour l'un, lorsque les limites de sa religion sont constatées, lorsqu'il est bien avéré qu'il ne s'est lié aucun engagement intime envers Dieu et les consei évangéliques, il est admis à tous les droits du citoyei il peut vivre en paix dans sa maison ; sa conscience e- -** reconnue en règle devant Dieu et devant l'État.
Pour le second, pour celui qui se sent porté à la tique des conseils évangéliques, c'est-à-dire à qui Di< inspire la pensée d'ajouter aux engagements commuc:^^ à tous les chrétiens les vœux de perfection religieus^^» pour celui-là, la loi l'arrête et lui dit : Déclarez-moi q«»-^* vous êtes au fond de votre conscience. Si vous êtes plc^^
ÇD'an simple chrétien, qu'un simple prêtre ; si vous êtes Dû religieux, retirez-vous, je vous bannis de votre propre demeure. Je veux bien qu'on soit chrétien, qu'on soit prttre, mais jusqu'à un certain degré de perfection seu- Icmenl : quiconque le dépasse, cesse à mes yeux d'être un citoyen; puîsqu'au mépris de toutes les choses de la terre, il ne se propose qu'une patrie céleste, il est juste qu'il ne jouisse pas de la sienne dans ce monde , ou ce sera sous toutes les conditions et avec toutes les i^trictioDS que je jugerai bon de lui imposer : on pourra lui faire grAce, mais de l'air seulement qu'il respire; il pourra contempler à loisir, et encore tant que la loi le trouvera à propos : en un mot, la patrie sera pour lui ce qu'elle doit être, un pied-à-torre, mais non plus le sol natal, la famille, le droit de la cité, le droit du domicile, le droit de la nature ; la patrie n'est pas faîte pour les chrétiens parfaits, ils en ont une autre. C'est ainsi que la loi se déclare le niveau de la perfec- *îoiî évangélique, et devient une échelle obligée de proportion entre le chrétien et le citoyen. La loi divine et 1^ loi humaine sont en présence, et de même taille. Qui que vous soyez, n'importe : le niveau de la loi humaine Saura bien vous atteindre et vous mesurer : sous ce ï^îveau, quand le chrétien monte, le citoyen baisse ; il faut choisir entre la foi ou la loi. Si vous préférez la foi ^ ses perfections, la loi ne vous fait pas grâce de ses ^closions. Elle vous pardonne d'avoir pris les engagements du baptême; elle tolère les engagements du sa- ^rdoce séculier; mais les vœux de religion, de pau- ^^\é, et d'obéissance devant Dieu , elle ne vous les Pardonne pas ; vous ne pouvez plus habiter ni avec vos ^inls, ni dans votre maison.
Mais, nous dit-on :
Peut-on se poser en victime quand on est frappé i'MMn incapacité par sa propre volonté? Celui qui se fait natimts. liser en pays étranger perd la qualité de Français, et il ta h cet égard dans la même situation que ceux qui ont été privés de Texercice et de la jouissance des droits civib^ pour des crimes ou des délits.
Ces paroles ont été prononcées à la Chambre des Pairs ; et malgré le respect que je professe poorrhomme vénérable de la bouche duquel elles sont sorties, je ne puis m'empêcher de gémir en voyant sa religion su^ prise à ce point par la préoccupation politique. Certes, quand je me fais naturaliser quelque part sur la tenrc, je renonce à ma première patrie ; j'en adopte une seconde; j'acquiers des droits; je contracte des «bligstions qui entraînent la renonciation essentielle aox droits et aux obligations de la patrie. Quand je me fais naturaliser Anglais, Italien, Russe ou Prussien, il est évident que je cesse et que je veux cesser d'être Français. Mais quand je me fais religieux catholique, il n'y a rien de semblable; je ne renonce pas à ma patrie; ja n'abdique ni mes droits ni mes devoirs de citoyen : ^ n'y a pas une des obligations de la patrie que je ne puisse, que je ne veuille accomplir.
Montrez-moi une obligation civile quelœnque^ nww* Irez-moi une charge publique^ montrez-moi un deixrfr de citoyen qui, aux yeux de la loi^ soit incompatible a^ les vœux intérieurs de religion : je vous en défle.
Eh bien ! tant qu'on ne l'aura pas fait, je suis en droH de déclarer non-seulement qu'une telle exclusion blesse
l'homme dans la liberté de sa conscience, annule, ou ao moins diminue le citoyen dans l'exercice de ses droilSi
VtRlTABLE ÉTAT DE LA QUESTION. 39
hamilie le chrétien dans sa foi, et n'est quune 1ère injure faite à la perfection évangélique. if, noQS dit-on, vous vous associez, vous obéissez chef étranger, contrairement à la loi française. à la grande objection, celle dont on prétend nous 1er : eh bieni je l'accepte dans toute sa force. Je licite même qu'on m'ait donné occasion d'y rée. U est bon d'aborder le fantôme et d'en dissii prestige. — Je m'associe, dites-vous, à un chef er. Qu'entendez-vous par là, et que prétendeziD conclure ?
Dt à moi, mes prétentions sont simples, et mes certains ici comme mes devoirs. J'obéis à un étranger dans toutes les choses où je ne dois Vance à nul autre ; de quoi se plaint-on? Je m'asion chef étranger dans toutes les choses où toutes îdiyines et humaines me laissent le droit de m'asà qui je veux sur la terre : qu'a-t-on à me dire? I en vérité, où en sommes-nous? Est-ce qu'il n'y évidemment dans l'ùme humaine, dans i'inlellit dans le cœur , dans la conscience , un ordre de )y de pensées, de sentiments, d'opinions absolulibres, dans lesquelles je puism'associer à qui me mt, sans que personne ait rien à y voir : au pape lahomet, au général des jésuites ou au palriai chc >scou; à qui me plaît, en un mot, sans que nui droit ni de s'en informer, ni de s'en plaindre ? î il y a ici quelque chose de plus grave, et je vais an fait. J'ai dit que l'on portait atteinte ù la foi ; l'est-il pas manifeste ici? Quand vous me défonwnme contraire aux lois françaises, de demeurer é et d'obéir à un chef étranger, ne me condam-
uez-Yous pas au schisme? ue me défendez- voas pai d'être calholique? Avez- vous donc oublié que le poc tife de cette sage et profonde Église romaine est uq cik. étranger, que je lui suis associé, que je lui obéis d'^ prit et de cœur ?
Ayez-vous oublié que Henri VIII ne faisait pas d*aatc^ reproches aux catholiques anglais, en les envoyaikt réchaufaud, sinon qu'ils obéissaient à un chef étram ger? Je le répète, il est temps d*en finir avec Je mois effrayants. Y aura-t-il un jour où, au mépris de cette grande et belle unité catholique, à laquelle je me plais à reconnaître que M. Tbiers a plusieurs fois,daos son rapport, rendu un éclatant hommage, vous nous demanderez de déclarer simplementotiiounon, si nous sommes associés au chef étranger qui réside ^oioB?
Qu'on ne me réponde pas : Le pape n'exige pas de vous une obéissance absolue. Le pape commande inéoe à mon intelligence; rien n'est plus fort. Le général des jésuites ne va pas le moins du monde jusque-là. lime sufGt de rappeler ici le glorieux souvenir de Fénelon,lc souvenir douloureux de Tabbé de La xMennais, et la généreuse obéissance de ses disciples, pour proclainer as oz haut jusqu'où doit aller notre soumission jHHff le saint-siége.
Mais l'on ira plus loin, et l'on me dira : Le pape ne dispose pas de vous comme on fait d'un mor\, petinde ne cadaver; il ne vous arrache pas à votre patrie; il ne vous envoie pas d'un mol, comme fait le général des
Jésuites, aux Grandes Indes.
Les imaginations françaises se sont, il le faut direi troubldes de tout ceci plus que le bon sens nelep^'" mettait; mais, indépendamment des terreurs fantasti-
qnes, ily a eu erreur : tous ces courageux missionnaires qui Tonl, au gré d'une impulsion sublime, porter les lumières et la civilisation de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre, c'est le Souverain Pontife qui les envoie. Sans doute il les demande au général des Jésuites comme au général des Dominicains, comme au général des Franciscains , comme au supérieur des Missions étrangères de France ; et ce n'est qu'après avoir consulté leur vocation, que le pape et leurs supérieurs immédiats les envoient Qu'y a-t-il de plus simple au monde que tout ceci?
Comment ne voit-on pas que tout ce dont on s'effraye tient au choix. libre que chacun peut faire de Tetat et des destinées qui lui conviennent? Comment ne voit-on pas qnp tout ceci tient à la liberté intime de disposer de soi à son gré en tout ce qui ne nuit pas aux autres? Chose étrange ! on peut se mettre entre les mains d*un homme pour son service , et on ne pourrait pas tout aussi bien s'y mettre pour le service de Dieu ! Je quille la France et je pars pour les Grandes Indes; je vais passer quinze ou vingt années au Mexique ou au Pé- ^u; vous ne vous informez ni des motifs qui m'ont dé- ^dé, ni des ordres que j'ai reçus : vous faites bien; ^ous respectez les droits de ma liberté. Pourquoi ne f^spocteriez-vous pas également les droits de ma liberté ^ligieuse ?
Allons au fond des choses. Quels sont ici vos droits ? îuelssont les nôtres? Quels sont les droits, les lois el 'es devoirs pour tous? N'est-il pas manifeste que vou»^ ^^ pouvez rien en tout ceci? Rien , sinon des persécutions odieuses ; car, enfin, y a-t-il des Ames libres, ou '^J On a-t-il pas? V a-t il (encore des consciences, on
n'y en a-l-il plus? En un mot, y a-t-il quelque chose de libre en moi, en nous, en nos semblables? Y a-Uil, oui ou non, une société spirituelle? Eh bien! le plus grand malheur des nations, comme le plus grand crime des législBleurs, c'est de la mépriser, c'est de la persécuter , parce que , quand il n'y a plus rien de libre parmi les peuples, pas même la conscience, il s'y prépare des explosions terribles.
Mais c'est assez sur ce point; et disons enfin que cette exigence si illégitime dans son principe, si indigne dans ses conséquences, est en même temps si étraiige dans ses moyens, si absurde dans ses résultats, que toutes les opinions libres en ont été révoltées, et que Ui législateurs eux-mêmes en sont comme honteux et imr barrasses.
Quand nos préjugés se seront évanouis, quand nous aurons adopté toutes les raisonnables conséquences de la Charte, nous aurons peine à croire à la vérité de ce qui se passe sous nos yeux. En pleine liberté de conscience, en face du principe qui déclare tous les Français égaux devant la loi, et également admissibles à tous les emplois, il ne s'agit rien moins que de créer une exclusion contre une catégorie de Français, auxquels ou n*a pas d'autre reproche à faire, sinon qu'on a arraché à leur conscience ce secret, qu'ils sont religieux catholiques!
Chose vraiment bizarre ! pour tous les autres, on uc s'inquiète pas de leur croyance, de leur culte, de leur secte, du plus ou moins de perfection avec laquelle ils
VÉRITABLE ÉTAT DE LA QUESTION. 3i
suivent les pratiques, oi de leur situation hiërarique. Voici les paroles de M. Thicrs :
>inous demandions aux hommes : Croyez-vous telle ou le chose? avez-vous telle foi ou telle autre? nous blcsions les consciences, nous mériterions les plus graves )roches. Aussi voilà ce que nous nous gardons bien dt* re.
ainsi donc, je suis israélitc, je suis protestant, je suis npller, je suis franc-maçon , puis-je profiter de la «né de conscience proclamée en France?
Sans doute, si vous êtes Français ; car tous les Franiysont égaux devant la loi. Soyez ce qu'il vous plaira. Mais de plus, sans vous rien cacher, j'appartiens à lesecte particulière dans ma religion; je suis israélite, aussi, je l'avoue, cabaliste, thalmudiste; je suisprostant, et, parmi les protestants, je suis piétistc ou élhodisle, anabaptiste, quaker, etc. Puis-je vivre, on igner en France?
La loi ne s'y oppose pas.
le suis fouriériste, saint-simonien, joanniste; j'apirtiens à la société des francs-maçons; je ne crois ni à îsas-Christ ni à son Évangile : suis-jc libre ? Nous n'aimons pas les sociétés secrètes, mais nous )mmes heureux de vous dire que dans tous ces cas la une vous exclut pas des bienfaits delà liberté. Hais j'ai sur l'existence et la nature de Dieu, j'ai sur i création et sur la liberté humaine des opinions à ttoi: après avoir bien examiné la question, je doute do immortalité des âmes.
Je vous plains ; mais la loi n'exigeant pour les foncions de l'enseignement aucune profession de foi reii-