‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 37 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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gieuse, vous n* êtes pas exclu de renseignement, doq plus que des autres droits civils et politiques.

Mais je suis catholique.

Ah 1 ici commence une grave difficulté. AnriezToos pris devant Dieu quelques-uns de ces engagements sacrés que rÉglise catholique nomme des vœux de religion ?

11 est vrai, il y a des engagements que ma foi m'aappris à vénérer comme les plus saints et les plus parfaits, et qui m'obligent à un dévoûment de tout moa être à la sanctiflcation de mes frères; je lésai pris: je suis religieux catholique.

Je le regrette; vous ne pouvez pas vivre ainsi es France. La Charte déclare tous les Français égaux devant la loi; de plus, elle déclare la religion catholique la religion de Timmense majorité des Français; de plos* les consciences sont libres, les cultes libres : mais nous avons fait une exception, une seule, parmi tant d'excopiions possibles; une exception contre vous et contre les repris de justice.

Toute rhabileté de M. Thiers échoue ici contre la force même des choses. Indépendamment de toutes les raisons invincibles que j'ai accumulées, indépendamment de toutes les évidences qui éclairent de touscôtés cette question, il y a là des conséquences d'une indignité, d'une absurdité telle, que toutes les opinions libres en ont été révoltées.

Entendons sur ce point un journal protestant, le Semeur :

Sur quoi se fonde- t-on pour refuser à ceux qui appa^ tiennent k une congrégation le droit de donner renseignement, lorsqulls remplissent d'ailleurs les autres conditions

voulues par la loi? L'affirmation exigée ne détermine pas ce qu'il faut être, mais ce qu'il faut n'être pas. Ce n'est plus une aptitude qu'on réclame, c'est une interdiction qu'on fulmine...

La Presse dit à son tour : « Nous ne concevons pas cette « exigence inquisitoriale qui impose à tous une obligation « blessante pour frapper indirectement quelques-uns. Et « pourquoi se bornerait-on là d'ailleurs ? Une fois en- « irédans cette voie d'inquisition légale sur les secrets « de la vie intime, pourquoi se borner à cette ddclara- « lion ? Les congrégations religieuses ne sont pas les seules sectes dangereuses, en supposant qu'elles le soient Pourquoi ne demande-t-on pas aux instituteurs de déclarer qu'ils n'appartiennent pas à telle ou telle secte politique ou sociale, proscrite aussi parles lois du royaume ; qu'ils ne sont pas légitimistes, républicains, communistes, athées surtout? Ne voit-on pas jusqu'où l'on pourrait se trouver entraîné dans ce système? Et ce n'est pas tout: si Ton impose cette déclaration aux instituteurs, comment ne Timposet-on pas à ceux qui aspirent ù toutes les professions dont l'État surveille l'exercice ? Est-ce donc dans l'enseignement seul que les membres des associations ou des congrégations illégales sont dangereux? » Un autre journal conservateur s'exprimait encore ^'^ec plus de force :

« Nous ne concevons point une telle disposition;

* Qlle est indigne de nos mœurs et de notre temps.

* C'est un ridicule et une honte, dans un temps où, à

* force de s'habiller librement, on ne s'habille plus dé-

* cemment, que les philosophes, les libres penseurs ^ prétendent interdire la parole, et par conséquent la

a6 DES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES.

c( pensée, à ceux qui portent une soutane au lieu de (( porter un habit. C'est un ridicule et une honte, qu'en « un temps où la France est ouverte à tous les émena tiers, à tous les brouillons, à tous les estafiers politi- « ques que les révolutions manquées lui envoient de la (t Pologne, de l'Italie, de rAIlemagne, de l'Espagne, elle u n'ose pas, de peur de blesser ce qui reste de voltai- « riens, ouvrir les portes de ses villes et les chaires de « ses cathédrales à de saints prêtres, à de pieux misu sionnaires , qui viendraient apporter la parole de « Dieu, cette première pierre de la civilisation.

u C'est un ridicule et une honte que les philosophes « et les libres penseurs ne veuillent pas admettre que « leurs contradicteurs aient la tête rasée , avec une « couronne de cheveux, et, au lieu de leur répondre, ils ^l crient : A bas les dominicains! Us ne veulent pas ad- « mettre que leurs contradicteurs aient une longue « barbe, et une corde à la ceinture , ils leur crient : A « 60;^ les capucins ! Ils ne veulent pas admettre que « leurs contradicteurs soient habillés de drap noir, et A ils leur crient : A bas les jésuites ! Cependant les phi- 1 K>sophes, s'ils étaient de bonne foi , et s'ils voulaient « s'instruire^ au lieu de vouloir dominer, admettraient « la discussion^ qui est le fondement de leur doctrine, A quelles que fussent la forme et la couleur de Thabit A v)e leurs adversaires. La barbe ou les cheveux ne font t rteu à Taffaire, et la vérité ne dépend ni du barbier ^ ni ^u taiUeur. •

\loiis U va ici une contradiction et une absurdité en- \v*v pîus récoltantes; car enfin quel est ce serment qui houvVY et fielnt tout à la fois; qui est, selon M. Tliiers, î%*t<.^ f^/V5»4v vi'«f$ti.f«<« de oim fiance en même temps que

à'honnêteté^ et cependant un motif d'exclusion, une déclaration solennelle d'incapacité et d'indignité ?

Je l'ai déjà dit à mes lecteurs : je ne suis pas un religieux.

Mais de quel droit me force-t-on à repousser ce que j'honore? De quel droit me fait-on entrer dans les arrière-pensées de la loi ? Mais surtout de quel droit ne donne-t-on d'autre effet à ma franchise qu'une exclusion injurieuse? Car, si j'étais religieux, ma sincérité, ma loyauté seraient ma proscription ; je le sais, et une bouche éloquente l'a proclamé : dans ce cas, la proscription absout. Mais de quel droit proscrivez-vous ma loyauté?

Ainsi la loi d'un grand peuple léguera à Ta venir la sanction et le salut du mensonge, la condamnation et la flétrissure d'une loyale et religieuse franchise.

Mais, d'après un principe éternel, sua nulli sinceritas ^ocere débet; de même, nulli sua fraus patrocinari po- ^««(. Ce principe, vous le foulez aux pieds; et rien ne ^ous coûte pour parvenir à faire de la vie religieuse un Ostracisme. Si on n'est pas religieux, on est admis ; si Oo veut mentir, on est admis; si on dit la vérité, on est ^xclu, on est indigne.

Vusage^ affirme-t-on, répond à cette objection; nous ^Vons toujours trouvé la vérité.

Mais l'usage ici et la vérité confondent nos adversaiï'es. On ne pouvait pas répondre plus solennellement à ^utes les basses calomnies dont nous sommes chaque lour poursuivis.

C'est donc la religion, la vérité et la justice que votre loi repousse et déclare être indignes à ses yeux. Vous ^e pouviez mieux le dire : qui donc s'étonnera de l'in-

dignation soulevée parmi les organes de ropînion publique par des absurdités si révoltantes?

Entendez encore un journal protestant, rEspirance, du 15 février \Sl\U : « Uaffirmation qu'on demande est « le plus singulier préservatif qu'on ait pu inmginer « contre Venvahissemetit des congrégations. Eh quoi! (( toute la partie historique de Texposé des motifs est « consacrée à rappeler comment la société française (( s'est mise à l'abri des tentatives d'un ordre fameux; (( et tout ce qu'on a su inventer pour le tenir éloigné de « renseignement , c'est de faire appel à la bonne foi de « ses membres! On leur reproche, entre autres choses^ « de ne pas se regarder comme liés par le serment, ei « Fon n*en compte pas moins sur leur sincérité pour (( s'exclure eux-mêmes! Pour se débarrasser des jésuites « dans l'instruction publique , on en use envers eux à tt peu près comme cet Athénien qui ne savait pas écrire, « à l'égard d'Aristide , auquel il demanda de concourir « à son propre exil en écrivant son nom sur la coquille. »

La Presse du 12 février 18/i^ disait :

c( La question est de savoir s'il est permis au législa^ « teur de forcer le sanctuaire de la conscience, et d'im- « poser ainsi des déclarations négatives; la question est « de savoir si cette précaution ne serait pas illusoire, « si cette torture morale imposée aux catididats aurait « d'autre résultat que d'écarter les hommes loyaux et a sincères, n

Un autre journal, très-dévoué à la révolution et à la monarchie de Juillet, s'exprime sur ce sujet dans le même sens :

« Dût lintolérance libérale en firémir d'époayante , il (c faut reconnaître que si les associations monastiques

• sont proscrites comme corporations , leurs membres ^ sont libres et inattaquables comme individus. Il est

« donc probable qu'il existe en France , comme autre-

« fois, des bénédictins, des oratoriens et même des

« jësaites. Eh bien! supposons quMIs soient tentés d'en-

•f trer dans l'enseignement : quels seront ceux qui se-

« ront arrêtés par la déclaration? Si nous nous rappe-

cc Ions tout ce dont on accuse à tort ou à raison les

« jésuites , la déclaration manquerait singulièrement

« son but , et n'aurait d'autre résultat que d'assurer le

« monopole de l'enseignement ecclésiastique à celle-là

« même des congrégations illégales qu'elle aura it prin-

« cipalement en vue d'en écarter. »

On n'accusera point ce journal conservateur d'être l'ennemi de TUniversilé. Il la défend avec zèle contre les reproches d'immoralité et d'impiété , et cependant il ajoute :

u Sans doute, il est dans la nature de toute corpora-

^ tîon d'être envahissante et exclusive ; il ne faut pas

*< là-dessus faire spécialement la guerre aux jésuites,

^ car il faudrait la faire , au même titre , à toutes les

^ Sociétés, à commencer parla société universitaire.

^ Cependant, si une corporation est mal placée pour

^ défendre logiquement ses instincts envahisseurs et

^ exclusifs, c'est l'Université ; car, fondée sur la liberté

* illimitée dépenser, elle refuse cette liberlé, même

^ restreinte, aux autres.

« Rousseau et bien d'autres avaient prédit que si ja- « mais les philosophes venaient à bout de détruire l'in-

* tolérance du clergé, ils la remplaceraient parleur i * intolérance à eux , qui serait infiniment plus grande. I « L'événement a prouvé qu'il connaissait bien les phi-

« losopbes ; car, depuis un demi-siècle, ces Messieor <( font tout ce qu'ils peuvent pour étouffer la liberté d (( discussion autour d'eux. C'est donc à la fois, il fao « bien le dire, un ridicule et une honte, que l'UniverBité (( fondée sur la liberté de la pensée , veuille constitue Cl à son usage une sorte de tribunal du saint-office <( et établir à son profit Tinquisition de la philosophie « après avoir renversé riuquisition de la foi. »

Non -seulement toutes les opinions libres ont été ré Toltées de cette odieuse exigence, mais nos législateur eux-mêmes en sont comme honteux et embarrassés

En 1836, le projet de loi présenté par H. Guizot n*e parlait pas.

Eu 1837^ le projet de loi amendé par la commissio de la Chambre des députés, dont étaient membre M. Saint-Marc Girardin, M. Dubois (de la Loire-Ioffi rieurc) et M. de Rémusat, n'en parlait pas davantage

Non point que la question n'eût pas été soulevée mais elle fut résolue par cette commission selon le bo sens et la justice.

M. Saint-Marc Girardin, nommé rapporteur par cell commission, s'exprimait en ces termes :

(( Nous entendons parler des congrégations abolie ( par l'État, et qui, si nous n'y prenons garde, voi c envahir les écoles. Nous n'avons point affaire , dar ( notre loi, à des congrégations; nous avons affaire

des individus. Ce ne sont point des congrégations qu

nous recevons bacheliers es lettres et que nous brevi i tons de capacité; ce sont des individus. Nous ne SJ j vous pas, nous ne pouvons pas savoir si ces individi < font partie de congrégations ; car à quel signe les r f connaître? comment s'en assurer? Quand unFrar

VÉRITABLE ÉTAT DE LA Ql^ESTlON. 41

ff çais, quand un citoyen âgé de vingt et un ans se pré- « sente devant le jury de capacité avec son diplôme de « bachelier es lettres êtes sciences, ou quand il se pré- « sente à vingt-cinq ans devant le recteur de l'Académie « avec son brevet de capacité et son certificat de mo- « ralité » vous pouvez vérifier s'il a rempli les condi- « lions imposées par la loi et s'il est en règle , vous ne « pouvez rien de plus.

« Pour interdire aux membres des congrégations re- « ligieuses la profession de maître et d inslituleur se- « condaire, songez, Messieurs, que de précautions il « faudrait prendre, que de formalités inventer; quel « code tracassier et inqtiisitorial il faudrait faire, et ce « code, avec tout l'appareil de ses recherches et de ses « poursuites, songez surtout qu'il suffirait d'un men- « songe pour l'éluder. »

Et quand la question fut débattue à la Chambre, M. Dubois s'écria :

ce Cette déclaration, quelle garantie donne-t-elle? « Toute la question est là. Elle éloigne les hommes sin- ^ cères et favorise les hommes faux, Cest le mensonge ^ qu'elle amène à jouir de la liberté, c'est la probité * qu'elle éloigne, »

«I Ainsi, disait-il encore, vous allez demander des

•* confessions de foi, vous faites appel non-seulement h

^ toutes les susceptibilités politiques, mais à toutes les

« susceptibilités religieuses; vous faites comparaître

^ devant vous les consciences ; et quand la conscience

^ aura fléchi, quand on vous aura trompés, quels

'* moyens aurez-vous de prouver que les déclarations

^ sont fausses? »

En 1841, le ministre échappe à l'embarras d'en par-

1er, et s'il m'est permis de dire ma pensée, je crois qu' en avait bonne envie : le respect humain l'arrêta : public n'était pas encore prêt.

Enfin, en 18^3, il se déclare : mais voyez son emba ras. M. Villemain dit que c'est un serment; M. Portail déclare que ce n'est pas un serment ; les ordonnance de 1828 disent une affirmation; le nouveau projet d une déclaration : et ce n'est qu'à la majorité seulemei de cinq voix contre quatre , que la commission doi M. Thiersest l'organe en a fait une condition préalabl de la liberté de l'enseignement : ajouterai -je que dai le rapport même , malgré toute l'habileté de récrivait la délicatesse , la gravité et les embarras inextricable de cette question se font sentir aux difficultés môm i de la rédaction et aux embarras du langage. Et en cel M. Thiers est fort excusable : il y a eu déjà cinq rédai tions différentes du même article adoptées et repoussé successivement: c'est d'abord un serment; puis on c a peur, ce n'en est plus un; c'est une simple affirma tion, puis, une déclaration; ce sont d'abord toutes h associations, puis seulement les congrégations, puis h ordres religieux, puis les vœux simples, puis les tcbd perpétuels qui se trouvent prohibés : on y soumet d'« bord seulement les chefs d'institution , puis ceux-c puis ceux-là. En 1837, M. Amilhau, qui repoussait a nom de la commission cette odieuse exigence , disait M, le général Dumarçay fait une objection : il veut qvfo comprenne les domestiques. Ce qui a autorisé M. d Montalembert à dire à la Chambre des Pairs : Est< qu'on ne proposera pas d'exiger Vaffirmation des domei tiques et des cuisiniers? Cela avait l'air plaisant; ce n l'était pas. Rien n'est plus redoutable qu'un caîsînie

jésuile. M. Coasin était bien Tenu, quatre jours aupara- TaDl, déclarer courageusement en pleine Chambre des Pairs, les Mémoires de Sully à la main, que les jésuites étaient des assassins et des empoisonneurs. Je souligne ces mots, car il les a soulignés lui-même.

Ah! je conçois que les projets de 1836, de 1837, de i8/ii, aient trouvé les embarras si grands qu'ils n'en aient pas parlé : on en parle aujourd'hui ; mais on travaille tellement les mots pour en parler, qu'on révèle par là à quel point on est travaillé par la chose.

Après tout cela, j'ai le droit de le dire, comme le disait M. Royer-Collard : Votre loi, elle n'est pas franche : ^<te loij ce qu'elle ose faire, elle n'ose pas le dire; la simplicité et la franchise du langage humain lui manquent ; ^ux qu'elle proscrit, elle ose à peine les nommer. M. Royer-Collard ajoutait : Je repousse ces inventions ^^gislatives oii la ruse respire.,.,, la ruse est une école ^'immoralité. Je n'ai pas le droit de prononcer de si sévères paroles, mais j'ai le droit de les citer.

Maintenant, je résume cette grave question, et je Conclus.

Certes, après des avis si nombreux, si graves, si peu s^pecls, je ne crains pas de le dire, l'exclusion des ^ûgrégations religieuses serait tout à la fois une faiblesse et une violence indigne du temps où nous vivons.

Par l'effet de la législation existante, il n'y a point ^'ordres religieux reconnus légalement en France ; ceux ?Qe l'on voudrait désigner sous ce nom sont des prêtres placés sous la juridiction des évêques, et n'exerçant, ^*unis ou séparés, pas d'autres ministères que ceux W leur sont attribués par l'autorité épiscopale elleiMioe dans chaque diocèse. La haute responsabilité

M DLS ASSOCIATIONS RELIGIEUSES.

morale et le caractère personnel des premiers pasteurs présentent les seules garanties possibles et tontes les garanties désirables.

Quel serait d'ailleurs, je le demande encore, le procédé légal pour constater l'état d'un religieux? L'essayer, ce serait rétrograder jusqu'aux mesures odieuses qui furent prises en Angleterre il y a plus d'un siècle cl demi, et qui sont aujourd'hui tombées sous ia réprobation unanime de l'opinion.

Les ordres religieux sont en France sans existence légale, sans droits politiques, sans droits civils, sans prérogatives ni privilèges d'aucun genre, même sans nom aux yeux de la loi : ce sont de simples prêtres exerçant diverses fonctions du ministère sacré, la prédication, la confession, l'enseignement des saintes lettres, l'administration des sacrements ; n'ayant aucuns pouvoirs que ceux qu'ils reçoivent des évoques; ne pouvant s'établir que là où les évéques les appellent Les religieux ne quittent pas l'armée chrétienne; ils en sont la garde avancée; quelquefois Tarrière-garde, selon que l'Église leur assigne leur place. Mais ils ne sont pour nous, prêtres séculiers ou simples chrétiens, que les compagnons d'armes d'un même camp : leurs noms divers ne servent qu'à distinguer les différents corps d'une même armée : corps plus fortement disciplinés, plus aguerris peut-être, toujours prêts à la défense, et par là même toujours plus exposés aux violences et aux fureurs des ennemis.

Voilà ce que sont les ordres religieux pour l'élise : quant aux liens spirituels qui les unissent à un supérieur pour ce qui concerne leur vie régulière, l'Église seule a le droit de s'en informer. Leur demander compte

de leur conscience la plus intime, du secret de leur âme, des vœux de perfection évangéiique, ce sont des recherches que nul pouvoir humain n*a le droit de faire.

Hais allons aussi loin que possible. Est-ce qu'il se trouve quelque chose de contraire aux lois dans les habitudes communes , dans les actes extérieurs de la vie religieuse ? Est-ce parce qu'ils habitent plusieurs ensemble? quoi de plus simple ; dans une môme maison ? elle est à eux : c'est leur propriété, c'est leur domicile; n'est-ce pas violer toutes les lois que de les y poursuivre? Est-ce parce qu'ils se voient plusieurs fois le jour? quoi de plus simple encore, et qui peut les en empêcher? Est-ce parce qu'ils mangent ensemble? mais ils pourraient se réunir pour cela partout. Est-ce parce qu'on fait la lecture pendant leur repas? Mais encore nue fois, c'est l'inquisition sur ce qu'il y a de plus libre au dehors, comme sur ce qu'il y a de plus intime et de plus libre au dedans ! Ce qui constitue un religieux, ce sont des vœux de perfection intérieure auxquels vous De pouvez rien voir, sans renouveler les oppressions ksplus décriées; et des actes extérieurs d'une vie commune qui est ce qu'il y a de plus libre au monde.

D'ailleurs nulle similitude entre une association poli- ^que quelconque et cette association. Une associalion tolUique a un but et des moyens; une associalion religieuse n'a pas d'autre but que le ministère ecclésiastique ordinaire. Les habitudes de piété et les vœux de perfection ecclésiastique, la vie commune ne sont que te moyens de remplir plus parfaitement le minislère ecclésiastique.

Franchement , pour qui nous prend-on ? et à quel

46 DES ASSOCIATltnS RELIGIEUSES.

temps sommes-nous revenos T Croit*OD, en 1845, ooas persuader que tous les évéques sont des jésuites ;qQe tout catholique de bonne foi est un jésaite, que tout

prêtre zélé est un jésuite? Ira-l-on jusqu'à rééditer réfugie du roi Charles X disant la messe en habits sacerdotaux? Espëre-t-on persuader encore au peuple qa'on fait l'exercice à feu sous les ordres d'un jésuite dans les souterrains de Montrouge, et qu'il y a encore des jésoites prêts à tirer sur le peuple par les fenêtres de l'Archevêché ? mais en vérité, n'est-ce pas trop compter sur la crédulité d'une grande nation que de prétendre se moquer d'elle deux fois de la même manière ? Et qm^ que le nom des jésuites soit commode pour la haine, qu'il disi)ense de la vérité et remplace la justice, je ne lai crois pas encore la puissance de remplacer étendiez ment le bon sens et de persuader tant de stupidités.

Laissons ces choses et parlons sérieusement : nous serions donc la seule nation du monde, ou à peu près, qui repousse les ordres religieux? L'Angleterre, les États-Unis, les républiques espagnoles, la Hollande, la Belgique, l'Italie, l'Allemagne leur donnent la liberté commune, sans excepter les jésuites : nous seuls, ployés sous le joug de frayeurs insensées, nous les repoussons. Mais quelle idée a-t-on de nous? Sommes-nous doncla seule nation de l'Europe chez qui la liberté soit si faible, si mal enracinée, l'ordre public si factice, les instilutions politiques si chancelantes, que nous devions aToir peur de tout, môme de l'ombre d'un religieux, elqoc quelques prêtres faisant vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, vêtus d'un sac et d'une corde, et n^ nous demandant que l'air de la patrie, sans autre salaire , doivent nous épouvanter? Je ne pense pas-

*s lui-même ne Ta pas pensé : non-seulement e qu'il y a des congrégations inhérentes et néi à l'Église catholique, mais il ajoute, quelques as bas : Nous ajouterons, pour ce qui concerne eSf que nous ne sommes pas animés à leur égard il esprit de calomnie et de persécution. Et déjà, des bureaux de la Chambre, il avait dit : Je ne s des jésuites tout le mal qu'on en dit : ily a làuiucoup d'exagération, • heureux d'associer au témoignage de M. Thiers

M. Guizot, traiLint des associations devant la B des Pairs. Il a parlé des jésuites avec dignité, ivenance, avec raison : ce qui est remarquable, a parle d'eux.

;ndu hommage au caractère, au génie et à la de leur fondateur; hommage mémo à leur itre le protestantisme; hommage, enfin, à leurs

services. Il a fait plus, il a rendu hommage à yiXs comme citoyens.

nent, ce jour-là M. Guizot crut devoir établir à m des congrégations religieuses une théorie issociations en général qu'il m'a été impossible er.

ivais jamais entendu parler M. le ministre des étrangères, et j'avoue qu'il m'a donné un des 's, un des plus élevés plaisirs d'esprit qu'on oûter. J'ai été charmé de la noblesse, de la mo- 1 de son langage : il y avait des moments où sa levenait à mes yeux comme une lumière inatît abondante, éclairant les hauteurs de la ques-

y attirant les regards. J'ai été constamment

charme et la puissance de cette parole ; et ce-

pendant je dois dire que ma raison n*a pas été, un seul instant, ni vaincue, ni séduite.

J'admirais et je combattais à la fois : et je sentais qae ma résistance était raisonnable et victorieuse. Je voyais clairement que ce discours, d'une si grande magni& — cence, était profondément vulnérable. Je résumais m ^^ pensée et mon impression en ces deux mots : Rien n'esi^ t plus éclatant, rien n'est plus faux.

Et c'est au cœur même de rargumentation d^ M. Guizot que se trouvait sa profonde faiblesse. Toi^ t son discours reposait sur ce principe, que les associa. — tions sont la vieille forme d'une société qui n'est plu&. Dans l'ancien ordre social, il y avait le pouvoir publics d'une part, seul absolu; de l'autre, des corporations, des associations d'ordres et d'intérêts divers, des petits pouvoirs qui attentaient souvent et au pouvoir public et aux libertés individuelles : de libertés individuelles, presque point. Dans le nouvel ordre social, au contraire, il n'y a que deux choses, le pouvoir public fortement constitué et les libertés individuelles, l'État et les citoyens : de petits pouvoirs, point.

J'accepte presque sans réserve toute cette théorie; et un seul principe incontesté, incontestable, la renverse de fond en comble, à savoir : que la liberté d' association fait essentiellement partie des libertés individuelles. Et en ell'et, que seraient toutes les libertés individuelles sans la liberté d'association ? Des libertés à l'état sauvage, des libertés sans force, des libertés sans lU' mières, des libertés perdues !

Associations de toute nature, industrielles, commerciales, agricoles, littéraires, religieuses, etc., c'est la force, c'est la moralité des libertés individuelles.

Que prétendez-vous? quoi! l'État d'une part, plus fortement constitué que jamais : centralisation immense de toutes les forces individuelles, plus absolue, plus irresponiiable que l'ancienne monarchie ; puis, en présence de l'État, les citoyens, les individus seuls, isolés, diminués, dépouillés de toutes les forces qu'ils donnent à rÉtat, et ne pouvant mettre en commun les forces épuisées qui leur restent.

Mais c'est la tyrannie la plus énorme qui ait jamais été conçue.

Mais on veut donc nous faire une France sans vie, sans liberté, sans action, sans gloire !

N'est-ce pas ce dont %e plaignait avec éloquence M. Charles Dupin :

<« Que vient-on nous dire ? que tout est changé depuis « la révolution; que la révolution n'a laissé que des « libertés, que des droits individuels. Eh ! sans doute, ^ il en était ainsi dans la pensée du grand génie qui ^ fonda le despotisme, pour s'ensevelir bientôt après ^ sous les débris d'un pouvoir absolu qui le conduisit ^ à Tabtme. Mais pour arriver là, je le déclare, il fallut « fausser toutes les nobles voies de libertés nationales « et de vraie civilisation ; ce serait un esclavage tel que

* le génie de Napoléon a pu le concevoir pour un gou-

* vernement absolu, mais indigne du gouvernement qui

* est régénéré par la Charte de 1830. »

Qui ne voit que, dans cette situation, le pouvoir absorbe la patrie, l'État absorbe les citoyens, sans qu'on puisse jamais garantir que ce pouvoir et avec lui l'Ktat ^^ seront pas absorbés cux-mômes par quelques hommes violents et habiles à exploiter un système pareil, aux dépens de la gloire nationale, et uni-

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