‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 46 sur 75 · A MM. LES SUPÉRIEURS, DIRECTEURS ET PROFESSEURS · texte numérisé non relu

A MM. LES SUPÉRIEURS, DIRECTEURS ET PROFESSEURS

DES nCTlTS-SÉMINAIRES n AUX AUTRES ECCLÉSIASTIQUES CHARGÉS, DANS LE DIOCÈSE^

DE l'Éducation de la jeunesse,

Sur l'emploi des aateurs profanes grecs, et latins dans renseignement classique

Messieurs,

Plusieurs d'entre vous se sont émus de la vive et ardente controverse soulevée récemment au sujet de remploi des auteurs païens dans renseignement classique. Bs m'ont demandé ce qu'ils devaient penser à cet égard, ^U'ils pouvaient continuer sans inquiétude à donner à l^ïirs élèves un enseignement contre lequel sont dirigées d^ si graves accusations.

Sans entrer, Messieurs, dans le fond et les détails d'une controverse que les savants travaux de M. l'abbé ï-^driot, du R. P. Daniel et du R. P. Pitra ne tarderont P^Sjje le crois, à finir convenablement, je répondrai ^iïnplement, comme je le dois faire, à la question que ^Ous m'avez adressée : et je vous dirai que vous pouvez continuer ce que vous faites, sans aucune inquié- *Ode d'esprit, sans aucun trouble de conscience. L'étude respectueuse des saints Livres et l'explication

des auteurs cbréliens, grecs et latins, out dans ?olre enseignement la place qui leur convient, celle qa^oo leur a toujours réservée dans la plupart des Petits-Séminaires et des maisons d'éducation chrétienne.

Vous faites sur ce point, Messieurs, ce qu'il est bon de faire, et tous le faites dans la mesure commandée par rage de tos élèves : vous savez, d'ailleurs, dans l'instruction que vous leur distribuez, user chrétienoement des auteurs profanes ; et, dans la sollicitude attentive qui me préoccupe constamment pour tout ce qui intéresse l'éducation de ces chers enfants, je ne me sais jamais aperçu qu'aucun de vous ait négligé les précautions nécessaires à prendre, soit pour le choix des éditions et des textes, soit pour les explications convenables à donner en chaque classe.

Ce n'est là, du reste, pour vous. Messieurs, qn*aa mérite fort simple, et que vous partagez aVec tentée qu'il y a jamais eu d'instituteurs vraiment religieux.

Il suffit de lire le Traité des Études de Rollin, et les plans d'études qui nous restent du xvii* siècle, ponr voir que les auteurs chrétiens n'ont jamais été bannis de l'enseignement classique dans les maisons d'éducation où la Religion présidait, et qu'on s'y est toajonrs appliqué à enseigner chrétiennement les auteurs profanes.

Il y a même eu de pieux et savants hommes, tels qoe le Père Thomassin, qui ont fait des traités exprès pour apprendre à étudier d'une manière chrétienne les historiens et les poètes du paganisme. Vous n'ignorez pas que le grand saint Basile de Gésarée a laissé un célèbre discours sur cet intéressant sujet.

Je sais bien que derrière ces graves autorités vous ne

serez pas à Tabri des accusations dont le bruit vous a émus. Mais du moins tos consciences pourront rester en paix sur le fonds de ces accusations ellesmêmes.

Sans doute il y a quelque chose de pénible à les entendre ; mais si, en les examinant attentivement, on trouve qu'elles sont sans valeur, il devient aisé de se rassurer sar le bruit qu'elles font, et vous ne tarderez pas à être 8or ce point aussi tranquilles que je le suis moi-même, lorsque je vous aurai indiqué quelques-unes des autorités et des raisons qui vous absolvent.

Quelles sont donc ces accusations?

En apparence, il faut le dire, elles ne sauraient être pins graves : on accuse l'enseignement littéraire, tel qu'il s'est donné depuis trois siècles dans les maisons d'éducation chrétienne, d'avoir rompu dans toute VEu" Tope^ manifestement^ sacrilégement, malheureusement la ehaine de renseignement catholique.

On proclame, en empruntant aux divines Écritures leurs anathèmes contre les idoles païennes, on proclame qu'une telle culture des esprits est la cause, le commencement et la fin de tous les maux dont souffre la société moderne : Infandorum idolorum cultura omnis mali causa est, et initium et finis.

On accuse les instituteurs les plus religieux, les congrégations enseignantes les plus célèbres, les Bénédictins, les Jésuiles, les Oratonens, et d'autres en grand nombre^ d'avoir coulé les générations dans le moule du paganisme et d'avoir fait les générations païennes que nous voyons.

On les nomme dos novateurs, qui ont introduit lepaganisme dans l'Éducation, des hommes à imagination If. 40

qui saturent les générations de paganisme^ et leur faussent ignorer le christianisme.

Les maisons d'éducation, même celles qui sont tenues par des ecclésiastiques ou des religieux, et dans fesquelks règne le paganisme classique^ sont flétries comme les sources premières du communisme et de Firréligion.

Certes, je le répète, il faut aTouer que les accusations ne pouTaient être plus violentes ; mais votre «bon sens, Messieurs, a suffi pour vous avertir que cette violence même est ce qui doit le moins vous troubler. La raison et la vérité ne vont pas à de tels excès.

C'est là sans doute aussi ce qui fait que jusqu'à ce jour, les collèges tenus par des congrégations religieuses et les petits-séminaires continuent simplement à enseigner comme par le passé, sans que les supérieurs de ces congrégations, soit en France, soit à Rome, ni les Évoques, ni les chefs d'ordre aient cru devoir accomplir dans l'enseignement classique la révolution réclamée. Je dis la révolution, car c'est une révolutioiï qu'on réclame : je cite textuellement ce mot et le souligne ; il a été employé par ceux qui vous reprochent d'être des novateurs.

Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer. Messieurs, que vous n'êtes pas ici les seuls en cause. Vos co-accusés sont nombreux et illustres : ce sont, vous le voyez, tous les instituteurs religieux de la jeunesse depuis trois siècles ; ce sont toutes les congrégations dévouées à l'enseignement sans exception, les plus anciennes, les plus vénérables, les plus saintes.

Le zèle de vos accusateurs va si loin, qu'il ne craint pas d'envelopper dans la proscription les saints Pères

eux-mêmes : oui, parmi les saints Pères qu'on veut mettre entre les mains des enfants et substituer aux auteurs païens pour l'enseignement grammatical ou littéraire, il en est dont on doit se défier ; et on ne craint pas de dire et d'imprimer que c'est la plupart des Pères latins ; parce que, représentants de la transition du paga* nisme au christianisme^ ils conservent encore dans leur style des formes païennes. Il en est même, comme l'admirable saint Paulin, comme Prudence, comme le grand pape saint Damase, comme saint Avit et d'autres, que l'on exclut tout k fait du programme de l'enseignement, parce que, chrétiens par l'idée, ils sont encore païens

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