INSTITUTIONES
AD DMVERSUM SEMlMARll REGIMEN PERTINENTES.
Fars prima, — Caput If, De StudIU.
rt studia Clericorum, majore quo flerl possit ordine procédant, et cuique abunde suppeditentur ea, quibus ad studiorum metam per- Ire possit ; statuimus ut infra scriptœ classes In Seminario siut. îtrlqueveroexplicetur mane aliquis XïbeT Epistolarum familiarium ?roni8 prout prœscribetur ; a prandio autem Ovidius de Tristibus, de Ponto, aul aliquis ex Virgilio facilior liber œstivo lempore: 4 omnes lectiones sequentl die, tum mane, lum vespere, stalim ac Symnasium venerinl, memoriter récitent.
inguli autem utriusque ordinis in stylo, et compositione eleganU rceantur, et in cruendo vero sensu auctorum qui latine scripserunt firmentur.
IxpUcetur illis M. T. de Officiis, quibus etlam S. Ambrosii Officia
et toute littâratare hutnaÎDe dussent étn comme des errtun et des péchés, et qu'il PlatOD, Arïstote, Cicéron et tous les livres pour n'étudier que l'Éoriture Sainte *.
Saint Cbarles, an contraire, qui connais grand et sage esprit du concile de Trei comme les anciens Pérès et comme saint Ai le livre de la Doctrine chrétienne, que : u des païens ne renferment pas seulemei K mais des règles littéraires très-propres à ■ vérité, et des préceptes moraux Irès-uti « quelques vérités sur le cuite d'un seul Di( Ibid.,\iv. I],n. 60.)
Saint Charles fiorromée disait, comme Pi « Il m'a été utile de lire Quinle-Curce, u Live, etc., qui, dans leurs hisloircs, rap] a coup de faits utiles à l'éducation des niœ de Blois, Lettre 101.) Et en effet, les tiistoi
Inserantur ; But deÀmicitîa, tmt Tusmtana Qvtrttitm od Attieum.
El poellB VlrglIlDi explanetur, Tcllqnls ils partlbos ti est mlDDg honestum : Horatlae Item correctus Interi
S. CypDan), et allqua et Ciceronls Oraiionibui facillc quales suni Hlrc Pro S. Marcetlo et Pro A rchia.
SUR LES CLASSIQUES. isi
Charles nous apprennent qu'il lisait souvent le Manuel du philosophe païen Épictèie, et qu'il avouait en avoir tiré très-souvent un véritable profit pour la sanctification de sa vie.
Le fameux Discours de saint Basile, sur Putilité que ks jeunes gens peuvent tirer de l'étude des auteurs païens j était évidemment présent à l'esprit de saint Charles et de ses vénérables collègues, lorsqu'ils tracèrent leurs plans d'études : voici les admirables paroles du grand Archevêque de Gésarée ; vous les lirez, Messieurs, avec un profond intérêt : vous y admirerez ies beautés de la forme antique en même temps que la profondeur et la sagesse des pensées :
« Tant que la faiblesse de Vâge ne permet pas à Vintelli- Qence de pénétrei' lapro fondeur sublime des Écritures^ nous «levons exercer les yeux de rârae sur des ouvrages qui Xî'cn diffèrent pas absolument. Il faut nous persuader que la plus grande des luttes nous est proposée ; et pour nous ^ préparer nous devons supporter les plus pénibles tra- 'vaux, et étudier les poètes^ les historiens, les rlUteurs et tous les écrivains qui peuvent être de quelque utilité ànotre 4ïme. Pour teindre les étoffes, les ouvriers emploient d'ahord certaine préparation, et appliquent ensuite la couleur pourpre, ou toute autre, selon leur volonté. De même 9i la splendeur du beau doit demeurer imprimée sur notre dme d'une manière indélébile, commençons par nous initier à la connaissance des auteurs profanes, avant de nous livrer à Vétude de nos saints et ineffables mystères : et après nous être accoutumés à considérer le soleil comme dans le miroir des eaux, nous pourrons ensuite jeter les yeux sur le foyer môme de la lumière !
« S'il existe de Tliarmonie entre les sciences humaines et les dogmes chrétiens, continue saint Basile, l'érudition pro-
fane nous sera irès-ulile : dans le cas contraire, établir une comparaison et constater les différences, servira à prouver la supériorité de la doctrine plus excellente. Mais où trouverai-je une image qui vous fasse comprendre le rapport de ces deux études ? — La vertu propre d'un arbre est de se charger de fruits dans la saison favorable, et cependant il ne laisse pas de se couvrir, comme d'un ornement, de ces feuilles qui s'agitent autour de ses rameaux. Ainsi, la vérilé est le fruit de notre âme ; mais on n'ôte rien à ses charmes, en la revêtant des ornements d'une sagesse étrangère ; ce sont des feuilles qui protègent le fruit et en font ressortir la beauté. On dit que Moïse, cet homme mcrveiileiy: dont le nom rappelle l'idée de la plus haute sagesse, exerça son intelligence aux sciences des Égyptiens avant de s'appliquer h la contemplation de Celui qui est. A son exemple, dans les siècles postérieurs, nous savons que Daniel ne commença les études divines qu'après avoir approfondi la science ides Chaldéens C'est par la vertu
que nous devons arriver à l'autre vie, et comme les poètes^ les historiens^ et surtout le^ philosophes ont célébré la vertu dans leurs écrits^ nous devons spécialement étudier cette partie de leurs livres. II est très-utile de graver les principes de la vertu dans Tâmc des jeunes gens, de manière à ce qu'ils contractent avec elle une habitude de familiarité: les impressions sont plus profondes sur ce^ âmes tendres^ et ordinairement elles ne s'effacent jamais. Eh ! quelle autre pensée dictait à Hésiode ces vers fameux qui sont dans la bouche de tout le monde, si ce n'est le désir Sesciter les jeunes gens à la vertu ?
« Pour moi, il me semble qu'en exprimant ces pensées, Hésiode ne se proposait autre chose que de nou^ exciter à la vertu^ de nou^ exhorter à devenir hommes de bien.... Si d'autres écrivains célèbrent également la vertu, nous devons nous pénétrer de leurs maximes^ comme conduisant à la même fin.... Aimoîis donc les discours qui renferment
aie nages préceptes; ci puisque les belles actloiis des hommes ^e rantiquité se sont conservées par la tradition, ou dans les écrits des poètes et des historiens, ne nous privons ^oint de Vutilité que cette lecture peut nous préparer. »
Saint Basile accumule ensuite dans son Discours les c::itations ou les exemples d'Hésiode, d'Homère, de Théognis, de Prodicus, de Périclès, d'Euclide, de Mé- , de Socrate, d'Alexandre, de Clinéas le pythagoriien; puis : il exhorte vivement la jeunesse chrétienne imiter ces exemples ^ à pratiquer ces maximes. Comme ces exemples, dit-il y et ces maximes s'accordent avec les principes chrétiensjje crois qu'il esl^^on- '^enablè de marcher sur les traces de si grands ^^cmmes.
Assurément, Messieurs, ces sages, ces graves, ces Pi'ofondes pensées n'étaient pas élraugùres aux médita- *'ODs de saint Charles Borromée, lorsque furent arrêtés les règlements des séminaires de l'Égiise de Milan, qui, S^^ce à la grande autorité du saint Archevêque, devinrent ceux de tous les séminaires de France, d'Italie et ^es autres nations catholiques.
Ce sont les mêmes pensées qui décidèrent tant de papes, depuis Eugène IV, Pie II, Nicolas V, Sixte IV, Innocent VIÏI, Léon X; tant de pieux et savants cardii^aux, tant de saints prélats, à prodiguer les plus généreux, les plus glorieux encouragements aux poêles et ^^x humanistes latins des w ci \\v siècles.
Sans doute il y eut à cette époque, dans le mélange du sacré et du profane, des excès ridicules et d'étranges aberrations. Mais croit-on que tous ces grands et vertueux personnages ne les aient ni vus, ni blâmés? Et il me semble qu'au lieu d'envelopper dans un in-
distinct et si violent anathème toute la période de la Jlenaissance^ il faudrait au moins tenir quelque conaple de tant de noms saints et illustres, de tant de SouTeraios Pontifes, de tant d'Évêques, de tant de prêlres, de tant de religieux vénérables, qui eurent une si incontestable et si décisive influence sur ce grand mouvement des esprits.
Gomment admettre qu'un saint Charles Borromée, fondateur des séminaires et de la célèbre Académie romaine des Nuits Yaticanes^ qu'un saint François de Sales , fondateur de l'Académie Florimontane , qa'oD saifit Ignace, un saint François Xavier, un saint François de Boi^ia, un saint Philippe de Néri, et tant d'antrès Pères et saints instituteurs de la jeunesse, ont parmi nous les restaurateurs et les Pères du nisme? Étrange paganisme, que celui au milieu doq^d on voit naître, au xvr siècle, gimquante-deux nouwV^ congrégations religieuses, et quatre-vikgt-dix au xni*! Étranges païens, que tous ces hommes qui aboulisseDt à saint Vincent de Paul et à BossuetI
J'ai prononcé le nom de Bossuet, et j'ai promis, Messieurs, devons donner son témoignage après celai de saint Charles Borromée.
Il est vrai, Bossuet, comme il le dit lui-même dans son austère langage, n'était pas favorable aux fidions païennes.
« Je n'aime pas les fables, écrivait-il à Santeuil; a nourri depuis beaucoup d'années de l'Écriture Sainte, a qui est le trésor de la vérité, je trouve un grand creux « dans ces fictions de l'esprit humain et dans ces pro- « ductions de sa vanité. »
Vous n'ignorez pas, d'ailleurs, Messieurs, avec qu^le
flévérité Bossaet reprochait à Santeuil d'éviter dans ses poésies les noms dP Apôtres et de Martyrs, comme tous les autres qui ne se trouvent pas dans Virgile et dans Horace.
L'histoire de ce démélë est célèbre, on sait la part qu'y prirent Fénélon et l'abbé Flcury, et comment tout finit par une amende honorable de Santeuil.
Hais tout cela, Messieurs, n'a pas empêché Bossuet, aussi bien que Fénelon, dans l'éducation des ûls de Louis XIV, de faire étudier et expliquer à ces jeunes princes les auteurs païens, grecs et latins; de leur en iaire apprendre par cœur et réciter très-souvent, persœpe recitare S les plus beaux passages : et dans sa célèbre Lettre au pape Innocent XI, sur l'éducation du Dauphin, Bossuet nomme l'Enéide^ César, Térence, Salluste^ Cicéron^ Aristote, Quintilien, Platon, et ailleurs CameUus Nepos.
£t Bossuet ajoute :
a Très-saint Porc, nous n'avons pas jugé à propos
de lui faire lire les ouvrages de ces aut«Hirs i)ar parcelles, c^est-à-dirc do prendre un livre de VÈncide par exemple , ou de César séparé des autres. Nous lui avons fait lire chaque ouvrage entier de suite, et comme tout d'une haleine, aiin qu'il s'accoutumât peu à peu, non à considérer chaque chose eu particulier, mais à dé-couvrir tout d'une vue le but principal d'un ouvrage et renseignement de toutes ses parties. »
Ce qu'il importe de remarquer ici. Messieurs, c'est que le pape Innocent XI répondit k Bossuet; et nonseulement il ne fut point choqué de rencontrer les au-
^ l^tre de Bossuet à Innoceut XI.
leurs païens dans le plan des études da grand Dauphin, mais il félicita Bossue! du plan qu'il ayait adopté, et voici dans quels termes :
(( Nous ne cessons de rendre grâces à la bonté de (( Dieu, qu'il se soU trouvé un homme tel que vom^ trn « tel instituteur , si digne d*éleyer et d'instruire on (( prince né pour de si grandes choses ; et nous demao- « dons ardemment à Dieu dans nos prières qu'aiosi (( puissent être instruits à l'avenir, tous ceux qui goo- « vernent la terre*. »
Et, en écrivant ces paroles, ce saint Pape n'écriYait pas un compliment en Tair, ni sur des témoignages étrangers : il avait voulu lire et juger lui-même le plan d'éducation de Bossuet
(( La méthode que vous vous êtes proposée, dit-0, « pour former dès ses plus tendres années aux bonnes « choses le Dauphin de France, et que vous continuel « d'employer avec tant de succès auprès de ce jeune « prince, nous a paru mériter que nous dérobassions (( quelque temps aux importantes affaires de la cbré- « tienté, pour lire la Lettre où vous avez si convenable- « ment et si pleinement décrit cette méthode. La féli- « cité publique sera le fruit de la bonne semence que « vous jetterez, comme dans une terre fertile, en l'es- « prit du prince.., »
Du reste, Messieurs, c'est dans sa belle Lettre à Innocent XI que Bossuet expose la manière dont un instituteur chrétien peut faire utilement étudier à la jeunesse
' Nos interiiu Dei bcnignitaii débitas habemus gratias, quod Uott apei adolescenli par cducator institutorque contigeril. et accurata foQdiniua pièces, ut paritcr erudiantur omncs qui judicant terram.
les aatears païens; et je me décide, en finissant, à mettre sous tos yeux ce remarquable passage, dont la méditation vous sera également utile et agréable.
a En lisant ces auteurs, dit Bossuet, nous no nous sommes jamais écarté de notre principal dessein, (jui était de faire servir toutes ses études à lui acquérir tout ensemble la piétés la connaissance des mœurs et celle de la politiciue. Nous lui faisions connaître, par les mystères abominal)les des Gentils et par les fables de leur théologie, les profondes ténèbres où les hommes demeuraient plongés en suivant leurs propres lumières. 11 voyait (jue les nations les plus IM)lies et les plus habiles en tout ce qui regarde la vie civile, comme les Égyptiens, les Grecs et les Romains, étaient dans une si profonde ignorance des choses divines, qu'ils adoraient les plus monslruouses chosos de la nature, et qu'ils ne se sont retirés de cet abîme (juo quand Jésus- Christ a commencé de les conduire. D'où il lui était aisé de conclure que la véritable religion était un don de la grâce. Nous lui faisions aussi remarquer (|ue les païens, bien qu'ils se trompassent dans la leur, avaient c(»pendant un profond respect pour les choses qu'ils estimaient sacrées ; persuadés qu'ils étaient que la religion était le soutien des Etats. Les exemples de modération et de justice que nous trouvions dans leurs Imtoires nous servaient à confondre tout chrétien qui n'aurait pas le courage de pratiquer la tvr/w, après que Dieu même nous Va apprise.
a On ne peut dire combien il a étudié agréablement et Utilement Térence, et combien de vives images de la \'u) humaine lui ont passé devant les yeux en le lisant. Là, le prince remaniuail les mœurs et le rarartére de chaciue ôge et de cluKiue passion, exprimés par cet admirable peintre ave« tous les traits convenables à eluuiue personnage, avec des sentiments naturels, et entln avec celte grâce et cette bienséance ipie demandent ces sortes d'où-
vrages. Toutefois, nous ne pardonnions rien à ce poète si divertissant, nous reprenions sévèrement les endroits où il a écrit licencieusement ; mais en même temps nous nous étonnions que plusieurs de nos auteurs même eussent écrit avec aussi peu de retenue ; et nous réprouvions une façon d'écrire si déshonnêle, et si pernicieuse aux bonnes mœurs !
« Pour la doctrine morale, nous avons cru qu'elle ne devait pas se tirer d'une autre source que de l'Écriture et des maximes de TÉvangile ; et qu'il ne fallait pas, quand on peut puiser au milieu d'un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n'avons pas néanmoins laissé que d'expliquer la Morale d'Aristote : à quoi nous avons ajouté cette doctrine admirable de Socrate, vraiment sublime pour son temps, qui peut servir à donner de la foi aux incrédules et à faire rougir les plus endurcis. Nous marquions en même temps ce que la philosophie chrétienne y condamnait, ce qu'elle y ajoutait, ce qu'elle y approuvait : avec quelle autorité elle en confirmait les dogmes véritables, et combien elle s'élevait au-dessus : en sorte qu'on fût obligé d'avouer que la philosophie, toute grave qu'elle paraît, comparée à la sagesse de l'Évangile, n'était qu'une pure enfance. »
A toutes ces belles paroles de Bossuet , si propres à vous éclairer, à vous diriger dans votre méthode d'enseignement, j'ajouterai, Messieurs, une dernière citation, qui vous montrera à quel point de vue ce grand Évéque considérait, et vous devez considérer vousmêmes, les fables et les fictions païennes : c'est à Santeuil que Bossuet écrivait ces lignes :
« Je reverrai avec plaisir dans ce raccourci et dans tt cet ouvrage abrégé toute la beauté de l'ancienne « poésie des Virgile , des Horace, etc., dont j'ai quille
« la lecture, il y a longtemps, et ce me sera une satis- « faction de voir que vous fassiez revivre ces anciens « poètes, pour les obliger, en quelque sorte, de faire « réloge des héros de notre siècle d'une manière <t moins éloignée de la vérité de notre Religion.
« Lorsqu'on est convenu de se servir de la
« Fable, comme d'un langage figuré pour exprimer « d'une manière en quelque façon plus vive, ce que « l'on veut faire entendre, surtout aux personnes ac- ^ coutumées à ce langage, on se sent forcé de faire «I grâce au poète chrétien, qui n'en use ainsi que par <( une espèce de nécessité. Ne craignez donc point, Mon- « sieur, que je vous fasse un procès sur votre livre ; je « n'ai, au contraire, que des actions de grâces à vous « rendre : et sachant que vous avez dans le fond au- « tant d'estime pour la vérité que de mépris pour les « fables en elles-mêmes, j'ose dire que vous ne regar- « dez, non plus que moi, toutes ces expressions tirées « de l'ancienne poésie, que comme le coloris du ta- « bleau, et que vous envisagez principalement le des- « sein et les pensées de l'ouvrage, qui en sont comme « la vérité et ce qu'il y a de plus solide. »
Voilà, Messieurs, le langage de la raison, du bon sens et de Tautorité : ainsi que je vous le disais plus haut, vous voyez qu'ici, comme toujours, ces grandes puissances sont d'accord ; et qu'au moins, en attendant la fin de la controverse, j'ai pu, sans témérité, vous rassurer sur des accusations dont la violence trahit la faiblesse, et dont le titre seul, si je puis le dire, révèle l'inanité.
11 a vraiment fallu le temps où nous vivons et le trouble étrange de nos esprits, pour qu'une telle con-
leo SUR LES CLASSIQUES.
troverse ait pu prendre un seul instant l'importance qu'elle a eue.
Comment ceux qui l'ont soulevée n'ont-ii pas senti l'inévitable impuissance de leur tentative ?
Gomment n'ont-ils pas senti qu'une accusation de paganisme dirigée contre toutes les congrégations religieuses les plus célèbres et les plus vénérables, contre l'enseignement classique donné par tout le clei^é catholique, depuis trois siècles, retombait sur l'Église elle-même? comment n'a-t-on pas compris qu'aller jusque-là, c'était aller forcément à l'absurde, et que de telles énormités n'étaient pas possibles?
Gomment n'a-t-on pas réfléchi sur ces graves paroles de M. Lenormant :
Que devrait-on penser pourtant (Tune Église infaUlible en matière de foi, et qui se serait trompée avec persévérance pendant plusieurs siècles sur une matière aussi intéressante pour la Religion que Vobjet des études ?
Gomment, surtout, qu'on me permette de le dire, comment les accusations n'ont-cUes pas hésité, en ce moment, devant la sainte et illustre compagnie de Jésus? Comment a-t-on pu l'accuser de n'avoir travaillé avec tant de zèle que pour faire l'Europe païenne? Ses ennemis les plus acharnés lui adressèrent-ils jamais une pareille injure? Et voilù ce qu'on vient lui dire, au moment où toutes les familles chrétiennes la voient, avec tant de bonheur, se dévouer avec un nouveau courage parmi nous à l'éducation de la jeunesse !
Ne serait-il pas temps enfin de ne plus nous permettre de semblables témérités d'opinion et de langage en face
du siècle qui nous regarde ? Ne serait-il -pas lemps de mettre un terme à ces emporlements d'esprit dont les honnêtes gens sont trop souvent le jouet parmi nous, et toutes à ces déclamations violentes qui ne sont bonnes qu'à produire le trouble et le scandale?
Nous passons, il le faut avouer, avec une étrange et déplorable facilité d'un excès ù l'autre : et ce qu'il y a de plus funeste, c'est que, dans nos entraînements contraires, nous allons toujouft^s aux dernières extrémités , et voulons toujours tout y entraîner avec nous , ne reculant presque jamais, ni devant les accusations les plus monstrueuses, ni devant les réactions les plus inattendues !
J'ai vu, il y a vingt-cinq ans, toutes les écoles de philosophie catholique accusées d'enseigner le scepticisme ; toutes les écoles de théologie accusées d'igno- ''er le principe même de l'enseignement théologique I
A cette même époque, les traditions païennes étaient Représentées comme quelque chose de si authentique ^t de si parfait, qu'on les eût dites aussi claires que les ^^vélations mêmes des Livres saints : toutes les vérités '^évéiées s'y trouvaient. Un prêtre dont le nom est aujourd'hui encore une des douleurs de l'Église, a fait ^^Ux volumes pour soutenir ce système.
Et voilà que maintenant, dans cette même antiquité, ^^ui est devenu tellement païen, tellement détestable, ^U'on n'y trouve plus qu'un amas de vains mots ou la Source (le tous les vices!
El la Renaissance, longtemps si vantée, n'est plus en
^ mouiont qu'wnc source d'erreurs et de honte; c'est le
'^(fganisme même!