‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 52 sur 75 · FORME · texte numérisé non relu

FORME

C'est, quand nous n'avons fait que vous donner nos cnscignemenls contre de tels excès, avec toute l'aulorilé du caractère sacré dont nous sommes revêtu, et au nom des graves obligations qu'il nous impose, c'est alors q\x\jin journaliste religieux vient nous comparer avec complaisance à un fils de Voltaire, 11 associe tx ÉvÊQUE CÂTUOLiQUE, d'abord à celui qu'il nomme n^ PAÏEN, puis à Jean-Jacques Rousseau; il ose bien parler du véhément plaidoyer fait par nous en faveur del^

^ M. Danjoii, .]:c..\a<jcr Ou Hliili du 4 ir.iii l.V5i.

Renaissance^ du paganisme des études et de la morale païenne dont nous voulons, scion lui, qu'on nourrisse ET SATL'RE LES JEUNES AMES, par la raisou que, dans notre pensée, il n'y a peut-être pas une grande différence entre la morale païenne et la morale chrétien iw! El, pour mettre le comble à ses outrages, ce journaliste ajoute enfin que TÉvêque dont il s'agit ne sait ni d'où

IL VIENT, NI ou IL VA; QU'iL N'EN SAIT RIEN, ABSOLUMENT

kiExN!

Pauvres enfants! pauvres jeunes âmes, auxquelles nous avons consacré notre vie, et pour lesqudles nous sentons que seront encore nos dernières luttes sur la terre I notre cœur et notre pensée se reportent ici vers tous! Nous le disons avec un sentiment de profonde et indicible tristesse, nous le disons avec larmes... Oui! quand vous vous éloignerez de nous, de grands périls TOUS attendent dans une société ainsi faite, que des Journalistes religieux peuvent impunément, chaque jour, vous oflfrir contre les instituteurs chéris de votre jeunesse, contre vos pères dans la foi, contre vos Évèques, de pareilles leçons! Chers enfants, quand vous nous aurez quitté, que la bonté de Dieu vous garde au milieu d'une telle société! vous en aurez grand besoin!

Mais oublions un moment ici nos enfants, Messieurs; laissons-les dans la paix du saint asile qui les protège encore, et revenons au triste sujet qui nous occupe.

C'est, I^lessieurs, lorsque nous venions de vous donner des enseignements si graves, si simples, si modérés, qu'un autre journalisle?'e/i^icwx, M, Louis Veuillol,sans avoir eu la loyauté de publier nos enseignements, et après avoir seulement cité, d'un ton railleur, quelques-

unes de nos paroles, n'a pas craint de prononcer contre nous cette incroyable accusation :

(( L'énergie de ces expressions témoigne que Mgr it- ÊvÊQUE d'Orléans regarde comme un danger pour u FOI la pensée de faire une plus large part dans f éducation aux classiques chrétiens^. »

Certes, M. Danjou pouvait nous étonner tout à l'heure; mais M. Veuillot nous étonne encore plus ici! Non, Monsieur, je ne regarde pas comme un danger pour u Foi une plus large part faite aux classiques cbrétieos. Les enseignements publics de toute ma vie déposentda contraire. Pas un mot, pas une syllabe, pas une lettre de notre part n'a pu vous autoriser à écrire contre nous une pareille énormité ! Au reste, si vous voulez saToir ce que nous regardons comme un danger pour la Foi, nous ne tarderons pas à vous le dire !

Mais ce n'est pas seulement à nous que H. Loois Veuillot adresse ses railleries et ses étonnantes injures. Nous avions apporté l'autorité décisive de saint Charles Borromée; — décisive pour notre thèsç, puisque, sans entrer dans le fond et les détails de la controvei^se, nous nous étions borné à décider que les professeurs de nos pctits-aéminairts pouvolent, on conscience^ continuera faire ce qu'avaient fait, avant eux, les hommes les plus sages et les plus saints, depuis trois siècles. A celte occasion, voici comment M. Louis Veuillot croit pouvoir parler de saint Charles Borromée :

« Tel était l'entraînement général du temps pour ces « éludes, que le saint Arcliecêque dut poc/iser. Il fallait « donner du Cicéron, du Virgile et de l'Ovide, comme

' UUnhersilu'ï mal 1862.

« il faut maintenant, qu'on nous permette la comparai- « son, dans beaucoup de couvents, donner du chocolat 0 pour la collation, qui ne peut plus se faire avec du « pain sec, et permettre de mener les petites filles au tt spectacle, les jours de sortie *. »

Ainsi, — pour ne rien dire de la forme et du ton d'un [el langage, — saint Charles, ce grand caractère, celte minteté inflexible, cet hornme si visiblement suscité de Dieu pour le grand œuvre de la réformation des mœurs, iprès les scandales des siècles précédents, saint Charles oi-méme, a cru devoir pactiser avec son siècle, au ^Qîni d'admettre dans ses sémlnaires un système d'instruction qui rompait manifestement, sacrilégementy malheureusement la chaîne de V enseignement catholique^ et ^ui devait couler toutes les générations présentes et à ?enir dans le moule du paganisme !

11 est évident qu'après un pareil jugement sur saint Charles, nous n'avons plus le droit de nous plaindre, lorsque M. Louis Veuillolnous parle de nos distractions évidentes, de nos analyses sommaires et de nos autres faiblesses ; lorsqu'il fait entendre, et qu'il dit même ouvertement, que nous instituons dans nos séminaires un Système d'éducation dont les auteurs païens forment la base^; lorsqu'on nous représente comme patronnant iespaîens^ua/a/es; lorsqu'on se permet tant d'insinuations calomnieuses, manifestement contraires au texte lomiel de notre Lettre et à nos déclarations les plus expresses; lorsque M. Veuillol, par exemple, remarque çtic nous ne faisons aucune distinction bien claire entre les méthodes suivies dans les maisons religieuses et

* Vnirers du 7 mai I85;>. — * Ibid,, du 10 mai.

les coutumes spéciales des maisons de CUniversili^;

Que notre Lettre ne renferme rien contre quoi ksuniversitaires aient cru devoir protester ' ;

Lorsqu'enûn il parle iromquemeni des préoccupations qu'inspire au vénérable Prélat le péril des vieux classiques et des vieilles méthodes ^ ; et bien d* autres traits que nous nous abstenons de citer.

Âpres saint Charles, nous avions encore nommé Bossuet :

A propos de l'autorité de Bossuet, H. Veuillot décide :

« Qu'il n'est ni possible, ni sage de transformer la (( méthode de Bossuet en méthode générale; queks (( grands hommes font ce que bon leur semble ; maisqœ a la prudence commande au vulgaire de ne pas affron- (c ter les difficultés dont le génie se joue ^. »

M. Veuillot ajoute :

(( En dehors des séminaires, est-il ordinaire de trou- « ver une maison d'éducation, mêub beligiedse, où le (( zèle et les lumières des professeurs sachent prendre (( les soins que Bossuet imposait à son génie? Ils le tt voudraient, qu'ils n'y parviendraient pas *. »

L'exception inattendue que M. Veuillot veut bien faire ici, en faveur des séminaires, aurait dû peut-être le rendre plus circonspect dans les attaques dirigées par lui contre l'enseignement que nous avons cru devoir donner aux nôtres.

Mais nous affirmons que cette exception, si exclusire, est injuste. Nous affirmons, pour le savoir et pour l'avoir étudié de près, qu'il y a, en dehors des séminaires, ao

* Univers du 10 mai 1852. — • Ibid.'^ * Ibid., du 7 mai. - * I^- — • Ibid,

and nombre de maisons religieuses d'éducation et

ëcialement, à l'heure où nous parlons, toutes celles

le dirigent les Jésuites, où le zèle et les lumières des

ofesseurs font chaque jour ce que Bossuet faisait lui-

ime. Nous aflirmons de plus, à rencontre des étranges

rôles de M. Veuillot, que, lorsqu'il est question de

Lie grande chose qu'on appelle V Éducation des âmes,

I grands hommes ne font pas ce que bon leur semble, et

,'il n*y a pas là de difficulté dont le génie puisse se

lier. 11 parait bien que M. Veuillot s'est peu occupé

Jducalion : le génie même le plus rare est peu de

lose ici ; quelquefois il serait un obstacle. Les saints

habiles instituteurs dont nous parlions tout à l'heure,

que nous avons étudiés de près, dans leurs admira-

es collèges, ont souvent mieux réussi que Bossuet

i-même, en employant du reste sa méthode, qui a

ujours été celle de tous les instituteurs religieux au-

urd'hui si indignement calomniés.

Parmi nos paroles, il en est peu auxquelles M. Veuil-

>t pardonne. Nous avions dit encore :

tt Attachons -nous plus que jamais aux méthodes

éprouvées par le temps, consacrées par l'expérience,

Bt qui produisirent tous ces grands hommes dont la

littérature , les sciences, la philosophie chrétienne,

'a politique, l'Église, ont pu, à si juste titre, se glori-

lifler depuis trois siècles *. »

Nous avions, certes, le droit de croire ces paroles in- >centes, et peut-être même assez sages : il n'en est

A propos de ces paroles, M. Veuillot se plaît à ciler,

' Lettre du 10 avril 1852.

contre dous, longuement, et avec une affectation qui n*est que trop conforme au ton habituel de sa polémique, des pensées et des théories publiées avant noire Lettre, et qu'il sait nous être aussi étrangères qu'à luimôme ; et , après avoir parlé de Técrivain cité par lui comme d'un révolutionnaire par excellence et d'un impie, il ajoute :

« Voilà le type achevé, voilà le chef-d'œuvre de ces (( méthodes éprouvées par le temps, consacrées par « Teipérience , » auxquelles nous devons « tous ces (( grands hommes dont la littérature, les sciences, la (( philosophie chrétienne, la politique, l'Église ont pu, <( à si juste titre, se glorifier depuis trois siècles ^ »

Ici, encore, on le voit, le fils de Voltaire et ÏÈvêque catholique se retrouvent ensemble ! C'est une maoière de vous dire, Messieurs, que les méthodes recommandées par votre Évêque, après tous les plus grands el plus saints maîtres des siècles passés, sont bonnes seulement à faire des élèves impies et révolutionnaires!

Telle est rinlerprélaliou donnée à des paroles dout l'unique but était de vous autoriser à conserver un plan d'études dans lequel les auteurs chrétiens ont une place convenable, et dont la condition première est l'explication chrétienne des auteurs profanes I

On a senti néanmoins que, sur un pareil terrain, ni 1^ guerre, ni l'attaque n'étaient possibles; aussi, avec quelle habileté la seule question traitée par nous a-l-elle été perpétuellement déplacée. M. Veuillot se plaint de sa maladresse; il a tort; c'est d'un nom contraire qu'*i faut appeler une polémique qui parvient à faire trois ar-

* Univers du 10 mal 1862*

ticlos, en déplaçant sans cesse la question, pour calomnier un Évêque. Si nous voyons ici une maladresse j c'est celle qu'il y a toujours à sortir du vrai dans le triste entraînement de la passion.

Faut-il, avant d'aller plus loin, signaler un autre exemple de la manière dont M. Veuillot argumente contre nous ? Après la publication de notre première Lettre, l'approbation qu'elle a reçue de tant de côtés s'est trouvée aussi sous des plumes et dans des journaux hostiles à l'Église; eh bien! il n'en a pas fallu davantage h M. Veuillot pour en tirer contre nous les insinuations les plus malveillantes, comme s'il n'était pas permis à nos adversaires de se rencontrer avec nous quelquefois dans le bon sens et dans la vérité * ! comme si, quand ils s'y rencontrent, nous étions tenus de nous en éloigner alors nous-mêmes! comme si enfin le plan des humanités et le système de l'enseignement classique n'avaient pas été empruntés par les universités à la tradition des écoles chrétiennes !

Un autre rédacteur de l'Univers, M. Roux-Lavergne, a cru pareillement devoir attaquer nos Instructions ^

«Je vous adresse, écrit-il à M. L. Veuillot, une réponse à certaines opinions émises par Mgr révêqtie d'Orléans dans la Lettre de Sa Grandeur sur les classiques païens. »

Dans cette réponse, où les expressions môme du respect prennent, sous la plume du journaliste, la forme de l'ironie, on dénature nos pensées, on nous en prête

^ On comprend que nous ne parlons pas ici de Tarticle longuement ci lé par M. Veuillot : une grave erreur a pu seule voir l'approbation de notie Lettre dans un article publié avant elle et au proût d'une thèse qui ne fut jamais la nôtre.

* Univers du 17 mai.

tS2 SUR LES CLASSIQUES.

que nous n'avons jamais eues, on nous fait dire ce que nous n'avons jamais dit

M. Roux-Lavergne, parlant des dangers que plusieurs classiques anciens peuvent offrir pour les mœurs, ne craint pas de nous calomnier jusqu'à dire que cette grave objection est traitée par Mgr VÈvêque d'Orléans comme une puérilité scandaletAse, une colère denfants ignares et aveugles!

Nous avions fait observer que les auteurs païens employés dans l'enseignement devaient être choisis ^expurgés, expliqués chrétiennenent Sur cela, M. Roui- Lavergne va remuer la fange des poêles les plus obscènes, et dans un article où il prétend répondre à certaines opinions émises par Mgr fÊvêque d'Orléans, il ose bien dire que, pour lui, il aurait cru que cette atmosphère était malsaine pour des écoliers; et qu'U demeure convaincu que Vhaleine de ces poètes est conidgieuse au suprême degré. 11 demande quel commentaire chrétien on peut faire sur ces obscénités, et comme si nous, ^lussi bien que tous les instituteurs religieux de la jeunesse, n'avions par autant d'horreur que lui pour de tels auteurs, il s'enquiert s'il y a quelque maître pieux qui se sente de force à baigner impunément l'âme des écoliers dans ces eaux impures.

Nous avions fait remarquer les fcuits de la grande éducation littéraire du xvir siècle. A cela, voici ce que M. Roux-Lavergne répond :

« Les Mémoires de M. Duferrier commencent par une

« longue critique de l'éducation, telle qu'on la donnait « DE SON TEMPS, ct l'auteur y peint ainsi celle qu'il recul « lui-même : « On commença, dit-il, par me faire étuc( dier sous un précepteur domestique qui ae m'apprit

tt quoi qae ce soit que les fables des païens, et ne me 0 parla jamais de catéchisme, mais bien de toutes les « fables, ordures et crimes des faux dieux, et des ac- « lions héroïques des superbes païens, qu'on m'exhor- « tait à imiter, sans jamais me parler de celles de Jësus- « Christ Notre-Seigneur. »

Ainsi, parce que M. Duferrier eut le malheur d'être élevé par un précepteur impie et libertin, M. Roux- Lavei^e ne craint pas de citer contre nous un tel exemple, et de faire entendre que telle était V éducation gu'oN donnait en ce temps, alors, vous le savez. Messieurs, que les Jésuites et d'autres saintes congrégations dirigeaient en France presque tous les collèges.

Quiconque i\e connaîtrait notre Lettre que par l'article de M. Roux-Lavcrgne , croirait que nous avons cité Rollin en faveur des classiques païens. Nous n'avions au contraire renvoyé au Iraité des Études de Rollin que pour montrer à quel point les auteurs chrétiens eurent toujours une place convenable dans l'en, seignement des lettres. El, comme toutefois Rollin admettait, avec les précautions convenables, l'explication des auteurs anciens : a Savez-vous, dit M. Roux-Laver- « gne, ce qui rassure la conscience du bonhomme? Le « même casuiste qu'on invoque aujourd'hui. » Ce bonhomme, c'est Rollin : ce casuiste, c'est le savant P. Thomassin, dont nous avions recommandé les Traités sur la manière d'enseigner et d'étudier chrétiennement les poètes et les historiens du paganisme. Mais M. Roux- Lavergne prononce que Thomassin ne peut plus être aujourd'hui un garant ni un guide.

Nous avions aussi cité Bossuet et son admirable méthode d'enseignement, si hautement approuvée par le

pape Innocent XI, M. Roux-Lavergne décide, du même ton, que Vexemple de Bossuet allégué par nous n'a pas LE MOINDRE RAPPORT à la question.

Enfin, nous avions apporté la grave et décisive aatorité du Saint-Siège, qui, non-seulement en France, mais en Espagne, en Allemagne, en Italie, dans le monde entier, à Rome même, pendant tant de siècles et aujourd'hui encore, avait laissé et laisse, sans contestation, employer dans les collèges, dans les séminaires, dans les maisons d'étude de toutes les congrégations religieuses, les mêmes méthodes d'enseignement aujourd'hui si violemment attaquées. M. Roux-Lavergoe a trouvé que cette tolérance du Saint-Siège avait été forcée, et que c'est en grande partie au mauvais esprit des Évoques de France qu'il faut s'en prendre : Commeni le Saint-Siège pouvait-il obtenir Vobservation scrupuleuse des règles qu'il avait tracées aux Évêques pour la bonne direction des études, lorsque les Évêques levaient

contre lui l'étendard du gallicanismey et ne fallaili^

pas avoir raison des pères avant de leur parkr avec opportunité et autorité de Véducation de leurs enfants?^

Ainsi, c'est le gallicanisme qui obligea les Souverains Pontifes et toutes les congrégations religieuses à pacHser, comme saintCharlesBorroméc, avec le paganisme, dans les collèges même et les séminaires d'Italie et de Rome, et qui les empêche encore aujourd'hui d'accomplir la réforme et LA révolution réclamées par ri"*' vers et ses amis!

On est stupéfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de l'assurance avec laquelle osent se produire de telles affirmations. Après cela, s'étonnera-t-on du langagede M. Houx-Lavergne, lorsqu'il dit à M. L. Veuillol:

« Serait-il vrai, mon ami, que, de notre côte, il n'y Cl ail eu que violence, véhémence, intempérance? Quoi! « rien de plus? rien de moins? Mgr TÉvêque d'Orléans « l'affirme. Sa Grandeur est tellement convaincue de « la faiblesse et de V inanité de nos griefs... mais ce a ne sont pas seulement les façons de dire et de s'ex-

cc primer que condamne en nous Sa Grandeur

ce Malheureusement, nous ne sommes pas les seuls qui ce ayons attaché de l'importance à une pensée contre <c laquelle Mgr VÉvêque d'Orléans n'a ni assez de dé- « dains ni assez d'anathèmes. Peut-être que Sa Gran- « deur l'eût qualifiée avec un peu plus de ménagements, Cl si elle eût daigné réfléchir que,.,, » Et ici viennent, selon l'habitude de ce journal, des noms vénérables que M. Roux-Lavergne a cru pouvoir jeter ainsi à travers une polémique dirigée contre un Évoque et soutenue sur un tel ton.

Un troisième rédacteur de V Univers, M. Dulac, est également entré en lice au sujet de notre Lettre.

Dans un article publié par lui deux jours après celui de M. Roux-Lavergne*, il est dit encore, que du côté d'un journal que VVnivers avait qualifié de révolutionnaire par excellence et d'impie, et de notre côté, c'est la même thèse quon soutient, quoique non en vertu des mêmes principes, ni dans le même but.

Or, cette thèse, dans la solidarité de laquelle on nous enveloppe, c'est celle dont les partisans « veulent commencer par SATURER les enfants d'ÉTUDES païennes', afin de bâtir sur ce fondement tout l'édifice de l'éducation, en se réservant, bien entendu, de neutraliser,

' Univers du 19 mal.— » Ihid.

autant que possible, la mauvaise influence de ces études, »

C'est une thèse telle, « qu'à ceux qui diflêrent d'opinion avec lui, M. Dulac montrera les phrases de certains défenseurs de cette thèse comme les Spartiates montraient à leurs enfants les Ilotes ivres. Socrate et Cicéron, Homère et Virgile ont tellement enivré ces hommeSj qu'ils ont perdu le sens chrétien. Ils en sontvenus à croire que l'honnêteté, l'honneur, la morale,», la vertu sont choses indépendantes de la religion.... .1^

et qu'ON PEUT ÊTRE VÉRITABLEMENT RELIGIEUX SAKS HON- NÊTETÉ, SANS HONNEUR, SANS MORALE ET SANS VERTU. »

A Dieu ne plaise que nous attribuions à M. Dulat la pensée d'avoir voulu nous assimiler à des homme^^ auxquels , à tort ou à raison , il impute de telles énoi mités.

Mais, devant Dieu et devant l'Église, nous lui demain dons de quel droit il a cru pouvoir rapprocher aioi cos hommes et nous, en nous mettant avec eux, de vaut le public, sur le terrain d'une même thèse!

Tristes et frappants exemples des excès où les habl tudes légères et fiévreuses du journalisme peuvent pj cipiler de^ hommes, même sur lesquels la conscieoi conserve ses droits I Sans le vouloir et presque sai s'en apercevoir, ce n'est pas seulement la convenant la gravité, la charité, c'est le bon sens, c'est la vérili c'est la justice qui leur échappent. Les droits de l'ai torité, le sentiment du respect, ne les retiennent pla^ i et, en foulant tout cela aux pieds, sans même qu'L^^ s'en rendent compte, ils vont jusqu'aux dernières extrémités avec un si aveugle emportement, qu'ils croient en cela, servir la société et l'Église.

3St ainsi que récriyatn da Messager du Midi n'bé- )as à dire : « Si c'est M. Dapanloup qui se trompe, clergé et les corps enseignants se sont trompés avec depuis trois siècles ^ et s'ils persistent dans leur CLEMENT ET LEUR ERREUR, rIofs la société civile est ue *. »

L. Veuillot n'hésite pas davantage. Après avoir la question à sa manière :

^^oilà la question, ajoute-t-il, et quand même la »moN CHRÉTIENNE TOUT ENTIÈRE déposerait en fade Vétude des auteurs païens^ c'est là qu'il faudrait ver^, »

I même M. L. Veuillot, après avoir commencé cbade ses trois articles par des paroles annonçant

va faire, puis qu'il continue, et enfin qu'il termine 'éflexions sur la Lettre adressée par Mgr l'Êvêque léans aux supérieurs et professeurs de ses petits naires ; après nous avoir fait dire que nous regars comme un danger pour la Foi les classiques chré- ; ; après nous avoir dit que nous devions avoir pris bientôt que, s'il a mal présenté la vérité, elle le son côte néanmoins, achève enfin ce long examen lofre enseignement; et ses réflexions aboutissent nitiveraent à demander : si nous sommes datis un !e où Von puisse joukc avec la Foi * ! rende question, assurément! mais aussi, siècle nge que celui où ce sont les journalistes reliyt«ua?

à propos de Téducation de la jeunesse chrétienne léricale, posent une telle question devant les Évé-

Le Messager du Midi du 4 mal 18W. — • L'Uritrm du 10 mai. — 4., du 10 mai.

ques ; et où ce sont les Évoques qui semblent jouer avtc la Fot, et les journalistes religieux qui leur demandent de la prendre au sérieux !

C'en est assez, Messieurs : M. Veuillot, après ce dernier trait, ajoute : /{ notis semble que la question at résolue.

Elle Test en effet, Messieurs, pour votre conscience et pour votre bon sens, et nous n'avons plus rien à vous dire après ces citations.

Mais, au milieu et au-dessus de tous ces emport^ ments de pensée et de langage, il est quelque chose de bien plus grave : ces attaques soulèvent une question beaucoup plus haute, et il importe que nous vous en entretenions à cette heure.

Nous ne venons pas vous signaler ici un fait unique, accidentel, et comme une entreprise isolée. En fût-il ainsi, la question n'en aurait pas moins une extrême gravité ; mais il y a plus : ceci se rattache à tout un ensemble de faits du même genre^ et c'est ce qui nous oblige à parler.

Nous ne sommes presque rien ici ; si nous avons eu tort, nous avons des supérieurs, il y a un ordre hiérarchique : que nos vénérables collègues nous avertissent, que les Évêques de notre province nous reprennent, que le Souverain Pontife nous corrige.

Mais , à défaut du Souverain Pontife et des Évêques, ce sont des journalistes religieux qui viennent nous dire de ne pas jouer avec la Foi, et nous apprendre la

lîfférence qui se trouve entre la morale païenne et la narale chrétienne, entre Socrate et V Évangile !

Il y a là un scandale ; mais il n'est pas le seul : il ne« icnt qu'aprôs beaucoup d'autres. Il est tenops que ces candales cessent; et, pour nous, dans les bornes de lotre juridiction légitime, nous sommes résolu à ne les ms soullrir davantage.

Sans doute, la question du choix des auteurs pour 'enseignement classique est importante ; et si nous l'ayons pas voulu descendre dans Tarène de la presse laolidienne ou périodique pour la discuter, la raison 3n est simple : cette presse est un champ de bataille ]ui peut convenir à d'autres, mais qui ne convient pas k un Évéque, dans les termes d'une pareille polé- [niquo : et voilà pourquoi, il faut le dire en passant, attaquer les actes épiscopaux, dans un journal, ce n'est pas seulement manquer aux lois de la Religion, et violer l*or^re de la sacrée hiérarchie.; c'est aussi manquer à d'autres lois : on sait bien qu'un Évéque ne peut, dans celte arènp, combattre à armes égales ; et, quant aux armes supérieures qui sont en ses mains, on sait aussi qu'il ne peut, qu'il ne doit s'en servir qu'à la dernière extrémilé.

Mais une question pins grave que celle du choix des auteurs pour renseignement classique se présente ici :

Il s'agit de savoir si désormais les plus grandes affaires de l'Église seront gouvernées par les journalistes Teligieux ?

Il s'agit de savoir si quelques laïques, abusant de la dangereuse puissance que leur donne un journal, pourront, dans rÉglise, chaque malin, parler de tout et à tous ; décider à temps et à contre- temps ; prendre, dans

les plus graves questions de doctrine et de conduite, l'initiative, je ne dis pas d'une discussion saf^e, paisible, modérée, mais du jugement, de la décision, de h .condamnation.

11 s'agit de savoir enfin , si lorsqu'un Évéque jugera convenable de donner à ses prêtres des instruclions, pour les éclairer et les diriger dans l'accomplissement de leur ministère, il sera permis aux écrivains de ïllniverSj ou de tout autre journal religieux^ de venir se mettre entre lÉvéque et ses prêtres, pour contredire l'enseignement épiscopal et enseigner les prêtres, après et contre leur Évêque.

Voilà la question.

Ils ont avancé que la Foi, dans cette affaire, était en jeu et en danger!

Quoi qu'il en soit, c'est sans contredit une des pins grandes affaires que FÉglise, en France, ait eues depuis longtemps.

L'Église, il y a deux ans à peine, a pris sur le terrain de l'enseignement, une place que vingt années deluttesini ont conquise ; que des ennemis ardents et jaloux ne cessent de lui disputer; qu'elle ne saurait conserver par violence, mais seulement par sagesse, et à force de zèle intelligent et de dévoûment utile ; que la moindre faute enfin pourrait, en des commencements si délicats, lui faire perdre : et il s'agit, pour elle, d'examiner, de décider la ligne à suivre et les moyens à prendre pour se maintenir dans une position si importante et si péniblement acquise, afin d'y répondre dignement à la confiance du pays, et d'y faire véritablement le bien de la jeunesse.

Voilà la grande affaire dont il est ici question. Les

DQciles s'en sont occupés : les Évéques eo coufôrent; est encore, à cette heure, une de leurs préoccupations is plus hautes. Mais pour résoudre une telle affaire, la igesse des Évoques a paru insuffisante à quelques écrilins ; ce sont ces écrivains qui décideront, eux qui aceront la ligne à suivre, eux qui ouvriront la marie ; et tout devra marcher après eux, même les Évéaes : car s'ils ne sont qu'un noyauj comme ils disent % est un noyau d'hommes qui veulent être avant tout irviteurs de la sainte Église ; qui, à ce titre, croient >at pouvoir; qui, pour mieux servir l'Église, essayent e la gouverner, et en dehors desquels il ne sera plus ossible bientôt de pailer et d'agir, sans devenir, à leurs eax, suspect de n'être plus catholique.

Mais qu'est-il sorti de leurs conseils ? Le voici :

C'est qu'à peine établie sur le terrain de l'enseignelent, l'Église doit débuter par des innovations prodiieuses, prendre sa roule vers l'Inconnu, changer de >Dd en comble les méthodes reçues et approuvées par lie, et faire autrement, nous ne disons pas que l'Uniersité, mais autrement que tous nos Pères, autrement ue tous les instituteurs chrétiens de la jeunesse, autreicut que toutes les congrégations savantes qui se sont coupées de l'éducation, dans dix mille collèges, depuis rois siècles : en un mot, qui dit tout, l'Église et tous les QStituteurs religieux, doivent, dans l'enseignement, acepter une réforme complète et subir une Révolution.

Voilà ce qui est sorti des conseils de Y Univers et de es amis.

£t après que cette décision a été prise parles catho-

' Univers du 8 mai 18ô2.

liques de V Univers, un Évêque a osé résister à celle décision pour son diocèse; il a osé, dans une Lettre aux professeurs de ses petits séminaires, leur dire de n'en point tenir compte, et de continuer, sans trouble etsaos inquiétude de conscience, à faire ce qu'ils faisaient. Il a osé leur dire de préférer la tradition des siècles passes et de tous les plus grands et les plus saints instituteurs de la jeunesse, aux spéculations et aux théories aventureuses d'hommes qui n'ont jamais élevé personne.

Il ne Ta point fait impunément.

Le lendemain, tous les abonnés de ï Univers, sans qu'on leur eût fait seulement connaître la Letti*e de cet Évoque, ont appris : que cet Évéque prescrivait dans ses séminaires une méthode d'éducation qui n'est bonne qu'à faire des païens ; dont le type et le chef-d'œnTre est l'impiété révolutionnaire ; qu'il allait jusqu'à regarder comme un danger pour la Foi dHntroduire une plus large part d'auteurs chrétiens dans renseignement; qu'il traitait l'objection tirée du danger des auteurs païens pour les mœurs, comme une puérilité scandaleuse et une colère d'enfants ignares et aveugles; et on a demandé enfin si nous sommes dans un siècle où fon

puisse JOUER AVEC LA Foi !

El tous les Évoques ont pu entrevoir par là comment serait traité désormais quiconque, parmi eux, se permettrait, dans les questions les plus graves et les plus importantes pour la reli[j;ion, de penser autrement que les rédacteurs de ï Univers,

La question donc est de savoir si les rédacteurs de ïUnivers et de quelques autres journaux relijieuj, ses correspondants, auront le droit de venir, à la place du Pape ou du concile de la province, contrôler noslnstruc-

lions pastorales, et s'établir, en face de nous, de nos vénérables collègues et du Saint-Sic'gc, comme les défenseurs de la foi compromise, et les censeurs de TÉpiscopat.

En posant celte question, nous n'entendons nullement la donner à résoudre à VUnivers: il n'a pas compétence pour cela ; nous la résolvons nous-môme, en nous soumettant au jugement de ceux qui ont seuls le Jroit de nous reprendre et de nous corriger;

Et nous disons : qu'en attaquant riommémen^ directement^ formellement, dans leurs feuilles, notre personne Bt notre Lettre aux supérieurs et professeurs de nos séminaires, ces journalistes ont fait une entreprise téméraire, contraire à l'esprit et aux règles de l'Église, atienlatoire à Tordre hiérarchique, entachée de laïcisme, ît tendant à mettre la division entre nous et nos [>rêlros.

Et c'est précisément parce que celle entreprise est ^enue de leur part, de la part de journalistes qui se lonnentsi témérairement la mission d'enseigner dans 'Église; pour lesquels ce n'est pas assez de s'appeler catholiques, mais qui semblent dire chaque jour : Les ^tholiques, c'est nous ; — c'est pour cela, précisément, juo nous avons vu, dans cette entreprise, un très-grand jéril, à cause de cette raison profonde, proclamée par ous les siècles chrétiens : que VÈglise a beaucoup noins à craindre de ceux qui Vatlaquent au dehors, que le ceux qui, sans caractère et sans mission, prétendent !a gouverner au dedans.

Et ici, ni le zèle, ni le talent, ni le dch'oûment mémo tïe peuvent rien autoriser; carc'esi un autre grand principe chrétien : que, dans la défense de la vérité et dans

I9i SUR LES CLASSIQUES.

la direction des choses religieuses, tout ce qui se fait contrairement à Tordre hiérarchique établi par Jésus- Christ, contrairement aux rapports naturels et à la subordination légitime des diverses parties de TËglise, tout cela, quelque apparence de bien qu'il puisse a?oir, unit toujours par aboutir à mal. Les avantages qui sentbleraient, sous quelques rapports, en résulter, peuvent faire illusion aux esprits superficiels ; mais les graves et terribles leçons de l'histoire ecclésiastique sont là pour prouver que les résultats, en définitive, sont funesles.

Étrange inconséquence ! Parmi les défenseurs du droit exclusif des Évoques sur le gouvernement et sur l'enseignement de leurs petits séminaires^ les journalistes dont nous parlons se montrèrent toujours zélés à repousser comme attentatoires à ce droit, toute immixtion, toute inspection laïque dans ces établissements. Et, ce sont ces mêmes hommes qui viennent aujourd'hui se poser publiquement en inspecteurs, en juges et on censeurs des Évéques et des petits séminaires, ilaus une question d'enseignement qui, à leurs yeux, se lie étroitement avec la Foi I

Fallait-il âe taire sur une telle entreprise? Eh bien! oui, nous l'avouons, nous aurions peut-être encore gardé le silence, si ce n'eût été ici, de la part de ces écrivains, qu'un fait isolé.

Mais ce n'est pas un fait isolé : nous l'avons dit

C'est une habitude, chez ces hommes, de trancher précipilamment, témérairement, violemment, toulesles questions religieuses les plus graves et les plus difficiles; et, quand une fois ils les ont tranchées, de ne plus tolérer une dissidence, de quelque part et de quelque haut qu'elle vienne.

C*est cette habitude qui nous parait un pr?ril. Et sur ce péril, croissant chaque jour, il ne nous a s paru possible de fermer plus longtemps les yeux. Que; ! c'est dans le montent où la société temporelle t les derniers efforts pour diminuer les immenses Dgers que les excès de la presse lui ont fait courir; îst alors que la société spirituelle laisserait impunéînt des journaux religieux tenter dans son sein des ces plus redoutables encore? Non, s'il n'est pas bon e le journalisme soit maître dans l'État, il est encore 3Îns bon qu'il essaye d'être le maître dans l'Église! 5st une [)uissance trop libre, une puissance trop indéndantc de toute autorité et de tout conseil, une puisnce trop irresponsable, et dont les attaques quoli- ?nnes lasseraient, d'ailleurs, toutes les censures. Pour nous, en ce qui nous concerne, nous sommes cîdé à ne nous plus résigner aux entreprises de celte lissance.

Saint Auguslîn, parlant d'un clerc rebelle à son aurîté épiscopale, s'exprimait ainsi :

Interpellet contra me mille condlia ; navigct contra e quo voluerit; sit certe ubi potuerit : adjuvabit me ms , ut, ubi sum Episcopus , ille clericus esse non )$sit * ?

Certes, si des conciles, si le Pape l'eussent condamné, lint Augiistin, un Évéque si magnanime, mais si humble si fidèle, n'eût pas hésité un seul instant à se souetlre.

Si donc saint Augustin s'exprimait ainsi, c'est que la )nscience certaine de son droit l'assurait que jamais,

* S. Aug., scrm. 356, De vita et morihus clericonim.

nî ses collègues, ni le Souverain Pontife, n'improuveraient, en ce point, sa conduite.

Nous le dirons en toute humilité, mais avec la même énergie et la même conscience de notre droit qae ce grand Évoque, à ces téméraires journalistes :

Qu'ils fassent ce qu'ils voudront : qu'ils remuent conire nous le ciel et la terre ; qu'ils essayent encore une fois de compromettre des noms vénérables en les opposant les uns aux autres; qu'ils écrivent dans leur journal toot ce qu'il leur plaira d'écrire ;

Tant que nous serons Évéque, jamais nous ne leur permettrons de se faire juges de notre administration, et de venir, après nous et contre nous, enseigner dans notre diocèse.

C'est là, et dans les autres témérités de ces hommes et de leurs journaux, c'est là que nous voyons un des grands périls du temps où nous sommes.

Le rédacteur en chef de V Univers a osé dire que nous trouvions un danger pour la Foi dans rintroduction d'une plus large part d'auteurs chrétiens dans reimgne^nent.

Non : mais voulez-vous savoir où nous trouvons un danger pour la Foi? Nous allons vous le dire :

Nous trouvons un danger pour la Foi dans l'inconcevable témérité qui proclame, en face d'une société comme la nôtre, que le clergé, que les congrégations religieuses, que tons les instituteurs chrétiens ont, depuis trois siècles, rompu manifestement, sacrilégemenii malheureusement la chaîne de l'enseignement catholique!

Nous trouvons un danger pour la Foi dans la témérité railleuse qui ose accuser un saint Charles Borromée d'avoir pactisé avec un enseignement dont l'effet devait

être de jeter toutes les générations présentes et à venir dans le moule du paganisme !

Nous trouvons un danger pour la Foi dans le journalisme religieux tel que vous le pratiquez, abordant chaque niatin les questions lliéologiqucs et canoniques les plus hautes, les plus difficiles, les plus délicates, les plus irritantes, et lestranchant avec l'imprudence d'une improvisation quotidienne, et avec une hardiesse que les plus habiles docteurs n'auraient pas !

Voilà où nous trouvons un danger pour la Foi.

On voit assez par là même, sans qu'il soit besoin de le dire, qu'en réprouvant si hautement les excùs d'un certain journalisme religieux et ses empiétements téméraires, nous n'entendons pas, à Dieu ne plaise, faire tomber cette réprobation sur tant d'honorables écrivains, laïques ou ecclésiastiques, dignes de tous éloges, et dont la voix éloquente et la plume courageuse ont rendu et continueront de rendre à l'Église de Dieu de nobles services. Ces cœurs si élevés, ces esprits si fermes, ces hommes si dévoués, au jour du péril, sont les auxiliaires de l'Épiscopat dans les combats du Seigneur ; jamais ils ne prétendirent se faire ses maîtres et ses guides. Pour moi, je n'oublierai jamais tout ce que j'ai vu en eux : cette unanimité si fidèle; cette énergie si calme et si forte ; ce je ne sais quoi de magnanime et tout & la fois de modéré, de digne, d'exquis, jusque dans la plus grande ardeur de la résistance ou de l'attaque ! Je le dois avouer, ce doux souvenir repose en ce moment mon cœur et adoucit mes tristesses : ce me sera toujours une des plus chères et plus honorables choses de ma vie que d'avoir soutenu, avec de tels hommes, pour les libertés de l'Église, ces saintes et glo-

198 SLR LES CLASSIQUES.

rieuses luttes auxquelles la bénédictiou de Dieu n'a pas manqué, où nous avons vu dos plus redoutables adver; saires^ touchés de la grandeur et de la justice de notre cause, combattre avec intrépidité pour elle; et où la victoire a été si loyale, qu'elle n'a pas même été attristée par les malédictions des vaincus.

Je pourrais prononcer ici les noms de ces généreux et illustres défenseurs de notre cause ; mais que senirait de les nommer? leurs noms sont dans toutes les bouches; l'Église, qui n'est pas ingrate, bénira leur mémoire; et moi, s'il m'est permis de l'ajouter ici, quelle que soit la distance des lieux qui nous sépare, je suis heureux de leur adresser, à travers les orages du temps, ce témoignage d'une impérissable reconnaissance

Que si, pour revenir au triste sujet qui nous accupe, que si l'acte dont nous accomplissons aujourd'hui le devoir vient à rencontrer d'un certain côté des approbations , que nous sommes loin assurément de rechercher, nous protestons d'avance contre les interprétations perfides qu'on pourrait leur donner. C'est une habileté qui ne doit plus tromper personne. Nous le dirons d'avance à ceux à qui nos reproches s'adresseut: Si nos communs adversaires se mettent, en cette occasion, contre vous, du côlé d'unÉ?6que, ce n'est pas à nous qu'il faudra l'imputer, c'est à vous-mêmes. U est temps de dégager enfin la cause de TÉpiscopat et de la religion des animosités que la violence de vos polémiques soulève contre vous, mais qui, trop souvent, rejaillissent jusque sur nous. Il est temps de proclamer combien il serait injuste de rendre l'Église responsable des injures que vous prodiguez à ceux qui ont le mal-

heur de s'être faits ses adversaires ou ses ennemis; et même à ceux qui , n'ayant pas encore le bonheur de croire aux divins enseignements de la Foi, se sentent, néanmoins, attirés vers elle par de secrètes inspirations, mais dans lesquelles, trop souvent, nous en avons été témoin , vos ironies et vos sarcasmes vont troubler le travail de la grâce et éteindre les premières espérances du retour !

Et c'est ici un autre danger pour la Foi qu'il faut joindre à ceux que nous avons déjà signalés.

Oui , nous trouvons un danger pour la Foi dans la manière même dont vous avez coutume de la défendre.

Pourquoi ne le dirions-nous pas? il y a dans votre langage une légèreté moqueuse, un accent de raillerie hautaine qui sied mal, sans aucun doute, dans une polémique dirigée contre un Évêque, mais qui sied mal aussi à des chrétiens, dans les discussions graves, même contre les ennemis de la Religion. L'éternelle vérité ne se défend point par la plaisanterie dérisoire et par rinjure : elle en souffre plus qu'elle n'en profile ; l'Écriture nous le fait assez entendre, lorsqu'elle dit que les moqueurs ne sont bons qu'à troubler la cité.

Et voilà pourquoi nous n'hésitons pas à proclamer que la lecture d'un tel style est une corruption perpétuelle des esprits faibles, et un déplorable abaissement du caractère chrétien.

Et, lorsque c'est aux premiers Pasteurs qu'il s'attaque, c'est un attentat contre l'Autorité, c'est la ruine du respect dans l'Église! Quiconque ne sent pas cela, n'a pas le sens chrétien.

Nous parcourions laborieusement les campagnes de notre diocèse, pour évangéliser les pauvres et y con-

ûrmcr les petits enfants dans la Foi, tandis que tous écriviez contre nous de ce style! vous semiez ainsi devant nos pas vos calomnies et vos dédains ; et, si la sagesse du clergé d'Orléans ne Tavait garanti de Tolre pernicieuse inflence, nous aurions pu trouver, dans chaque presbytère, vos injures qui nous y auraient précédé, et être accueilli partout avec les sentiments et le sourire d'une inquiète méfiance!

Nous ignorons le profit que vous tirerez de ces graves avertissements : vous continuerez peut-être à en divertir encore la ville et les provinces. Et nous, nous continuerons à vous dire que les Évoques sont vos Pères dans la Foi et dans la conduite : qu'ils sont les prophètes du Seigneur : que c'est eux que Jésus-Christ a consacrés pour V enseignement *, et qu'il a envoyés comme son Pire Va envoyé lui-même ' : eux qu,e le Saint-Esprit a établis pour gouverner FÊglisc de Dieu * /

Et nous ne cesserons de faire retentir sur votre lêle cette autre parole de l'Esprit-Saint : Nolite tangere Christos meoSy et in Prophctis meis nolite malignari *.

Nous vous dirons de plus : Il y a dans les Écritures une sentence sévère contre ceux qui sèment la division parmi les frères ^ Vous faites plus mal encore : c'est parmi les Pères que vous essayez de semer la discorde, comme le prouve l'insidieuse complaisance avec laquelle vous opposez entre eux des liommes vénérables, dont la parole, aussi bien que la vraie pensée, sont évidemment ici hors de cause, mais au milieu desquels il vous plaît de vous porter pour arbitres, vous faisant les avocais

' Malli., xxvni, ;y. — * Juan., xx, 21. — ^ Act. x\, 28. — * P^al 'V 15 — ' Prov.. VI, 19.

des uns, les censeurs des antres et les juges de tous.

Si vous continuiez , non, la bénédiction de Dieu ne serait pas sur vous !

0 sainte Église de Jésus-Christ, ce n'est donc pas assrz, contre vous, de tant d'ennemis an dehors, on vous trouble, on vous déchire encore au dedans ! on élève au milieu de vous des chaires et un enseignement que les siècles précédents ne connurent pas! Delà on cherche à porter la division en votre sein, à la jeter nonseulement entre les frères, mais entre les Pères et les enfants, mais entre les Pères eux-mêmes. On voudrait aller

plus loin encore! Mais Jésus-Christ veille snr son

Église, et ses saintes promesses demeurent! La prière par laquelle il demanda pour elle à son Père la consommation dans Vîinité^ ne défaillira jamais! Et il y a, dans l'Église, une pierre contre laquelle toutes les passions humaines se brisent, et un sommet dont la sérénité défie et dissipe tous les orages !

A CES CAUSES, et après en avoir conféré avec nos vicaires généraux et les membres de notre Conseil épiscopal ;

Attendu que le journal VVnivers et d'autres journaux, en attaquant nommément et directement les Instructions données par nous aux supérieurs, directeurs et professeurs de nos petits séminaires, ont commis un acte manifeste d'agression et d'usurpation contre notre autorité ;

Attendu que tolérer une pareille agression et usurpation, ce serait, en ce qui nous concerne, admettre et reconnaître, dans l'Église, une sorte de gouvernement en dehors du Saint-Siège et de l'Épiscopat, un gouvernement laïque ou presbytérien, ce qui serait le renver-

sèment des principes les plus certains et des règles les plus incontestées de la hiérarchie;

Attendu, en particulier, quil est de notre devoir épiscopal de préserver nos séminaires diocésains de rinfluence d'un enseignement illégrKine et dangereux;

Le saint nom de Dieu invoqué, et ayant présentes à Tesprit ces graves et fortes paroles du pape saint Célestio aux Évéques des Gaules ^ :

(( Si des esprits novateurs sèment la dissension dans vos Églises , en soulevant des questions indiscrètes, et en dogmatisant, au mépris de votre autorité, sansqae vous y mettiez obstacle, c'est à vous que nous devrons eu faire un juste reproche. Il est écrit que le discifk n'est pas au-dessus du maître^ c'est-à-dire que personne ne doit s'arroger le droit d'enseigner, contre le droit de ceux à qui l'enseignement appartient. Je crains que se taire, en pareil cas, ce ne soit connlver. Timeo ne «mnivere sit hoc lacère. »

Avons arrêté et arrêtons ce qui suit :

Article K — Nous protestons, autant qu'il est en nous, contre les témérités, agressions et usurpations de certains journaux religieux^ principalement du journal Y Univers^ en ce qui touche les choses de la religion, les affaires de l'Église et Tautorilé des Évéques.

ARTrcLE IL — Nous défendons à tous les supérieurs, directeurs et professeurs de nos séminaires diocésains,

* Celest. Pap., 1. Epist. ad Eplsc. Concil. Gall, édit. BB. Paris, HS'i col. 427. Cité dans la leUre des Archevêques et Évéques de France i° pape Grégoire XVl, au sujet des erreurs de M. de Lamennais et de lei entreprises contre l'Épi^copat.

de s'abonner au journal YUnivers, et leur enjoignons de cesser, dès ce jour, la continuation des abonnements déjà faits.

Dieu sait avec quelle tristesse de cœur nous avons fait ce que nous venons de faire ; et combien il nous en a coûté pour prononcer avec une si douloureuse sévérité des noms que nous aurions été heureux de ne redire jamais qu'avec l'accent de la louange et de l'amitié. Hais il n'a pas dépendu de nous qu'il en fût autrement I OD nous a réduit à la triste nécessité de défendre des droits sacrés et l'autorité même de notre ministère outragé dans ce qui tient le plus à notre cœur sur la terre, l'éducation de la jeunesse. Puissent du moins ceux qui nous ont si attristé ne pas fermer l'oreille à tant et de si graves avertissements I

Seigneur Jésus! vous qui êtes le prince de la paix et le chef suprême et immortel de votre Église, pacifiez les cœurs, rapprochez les esprits, inspirez-leur la modération, la sagesse, l'humilité chrétienne, qui sont les cooditions essentielles du vrai zèle, et qui seules peuvent rendre le dévoûmenl à l'Église utile et glorieux I

Sera notre présent Mandement transmis par notre Vicaire général, archidiacre d'Orléans, à MM. les supérieurs, direclcurs et professeurs de nos séminaires, et â 51M. les rédaclcuis en chef du journal YVnivers et du I ournal le Messager du Midi,

t FÉLIX, évéque d'Orléans.

Ce Mandement était au moment de paraître, lorsque nous avons lu la note suivante, qui a été publiée dans le

sèment des principes les plus cer ^^^^ » ^^^^

plus incontestées de la hiérarc^ *»r« connaître.

Attendu, en particulier, a ' ^^ce du grand

copal de présenter nos s^' ^P^^^ P^^^ ''^^^^

fluence d'un euseignem' ,, môme du Mandement

Le saint nom de Di* respril cesgraves et '"'^"^ Yi^fl^lTe que celle noie

aux Évêques des ^ * ^^ ^^^^ consolation Thcureuse

« Si des espr' ^^^^^^ ^^ '^' donner, en offrant par vos Églises e' o^ vraiment sacerdotal, un exemple en dogmalif '^^' ^^ ^^ P^^^^ ^^ ^^ ^^" amour pour vous y me en faire

^^1^ É l'abbd *** vient d'écrire à Mgr TArchevôque de

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