IL — LES MOYENS
L*iniquité des moyens égale l'absurdité des principes.
le les expose :
(e trouve d'abord le grand moyen révolutionnaire,
fait accompli.
Get argument, je l'avais prévu, je l'avais prédit;
vais signalé dans une protestation Finaction de ceux
i laissaient faire, et Tardeur de ceux qui précipitaient
les événemenls, afin d'invoquer les faits accomplis, La brochure les invoque aujourd'hui.
Et cependant nous savons comment ils se sont accomplis, ces faits; quelles mains y ouf travaillé, quels agents ont été envoyés dans les Romagnes, quels ardents émissaires, et par qui payés : lord Normanbj et M. Searlett nous en ont appris quelque chose : la brochure ne te peut ignorer ; seulement il importe de le taire.
Mais Tauteur passe, en vérité, toute permission, quand il oppose à l'autorité du Pape ce qu*il ose bien appeler l'autorité du fait accompli.
« La Romagne, dit-il, est séparée de fait, depuis a quelques mois, de l'autorité du Pape. Ainsi cette se- « paration a pour elle Yautorité du fait accompli i
Nous connaissions la violence du fait accompli; mais, jusqu'à ce jour, nous n'en connaissions pas Vautorité.
L'autorité, cette grande et sainte chose qui est fondée sur le droit, sur tous les droits, qui est le droit même, voilà donc ce que vous en fartes ! voilà la violence et les bassesses d'où vous la faites sortir; voilà ce que vous lui donnez pour fondement et pour base, aux yeui de l'Europe !
Je comprends qu'après être descendu là, votre esprit ne recule pas devant la phrase qui suit, et que vous osiez adresser à un Congrès européen la demande de consacrer de telles énormités, en lui disant que sa tâebe sera facile, qu'il « n'aura qu'à enregistrer un fait accompli, »
Ainsi désormais en Europe, quelques mois à peine sufftronf pour qu'une insurrection soudoyée soît tin fàU
glorieax, qnî se change en droit, et sur lequel il n^y aura plus à revenir. L'enregistrement suffira.
L'omnipoteRce du Congrès, voilà votre second moyen : son omnipotence devant la faiblesse du Saint-Père !
Eh bien ! soit, « un Congrès a tout poumir^ » mais cela a-t-il jamais voulu dire qu'il ait tous les droits? Est-ce qu'on ne peut pas être tout-puissant et commettre des iniquités que flétrira l'histoire ?
Vous reconnaissez que l'insurrection des habitants de la Romagne est « une révolte contre le droit. » Le fait accompli était donc injuste : eh bien ! un fait injuste, quand on est faible comme le Pape, on peut le subir; quand on est omnipotent comme le Congrès, on ne l'enregistre pas.
Ou on se déshonore.
Le Congrès ne se déshonorera pas; et pour moi, bien que la brochure veuifle d'avance l'enchaîner et lui tracer sa marche, pour moi, j'ai pleine confiance dans les nobles caractères, dans les diplomates illustres que l'Europe y envoie.
Mais, pour vous, une iniquité, la sanction de la révolte, l'introduction solennelle du principe révolutionnaire dans le droit européen, une insulte à loutcs les souverainetés, la consécration de la force, un lâche abandon de la faiblesse : voilà l'œuvre que vous proposez au Congrès.
Et il faut voir les arguments que vous apportez à rappui de cette solution :
Vous en demandez à Thistoire et à la géographie : vous dites que le territoire de f Église n'est pas indivisible.
Et quel est donc sur la terre le territoire indivisible
contre la force, contre la révolte sanctionnée par on Congrès?
Indivisible I Hais que voulez-vous dire par là ?
Est-il une nationalité, une souveraineté, une propriété quelconque; est-il un champ, fût-ce celui de Naboth, qui soit indivisible de sa nature? Et ne senlezvous pas que vous posez là un principe effroyable, que je demande à la Providence de ne faire jamais retomber sur vous ?
Et n'est-ce pas parce que la Pologne n'était point indivisible de sa nature, qu'elle a été misérablement divisée entre la Russie, la Prusse et rAutriclie; que la France et l'Europe ont vu cela, dans ce xviir siècle si vanté, sans mot dire, et que depuis, les Congrès européens réclament vainement ou ne réclament plus?
L'Europe, dites-vous encore, qui a sacrifié riMU en 1815, a le droit de la sauver en 1860. — Ainsi, sauver rilalie, c'est la délivrer de l'autorité du Pape!
C'est l'Europe, ajoutez- vous encore, quiy en 1815, a donné au Pape les Étals-Pontiûcaux el les Romagnes; en 1860 elle peut en décider autrement, — Eu vérité, vos arguments sont prodigieux. Mais connaissez-vous ud seul des souverains dépossédés avant 1815, qui admette que c'est le Congrès de Vienne qui lui a donné SCS États, et que le futur Congrès peut les lui reprendre? Le roi de Sardaigne, par exemple, dont toutes les provinces étaient devenues des départements français, reconnaît-il au futur Congrès le droit de les rendre à la France?
L'Europe, en 1815, échappait à un long bouleversement, à des révolutions, à des guerres, à des conquêtes. Elle entendait restituer les droits violés.
Et que voulez-vous encore, quand vous prétendez défendre, au nom de la juridiction européenne, à une puissance catholique, d'aller au secours du Pape?
Et qu'a donc fait si glorieusement la France en 18/i9? Elle a rendu alors ses États au Pape : est-ce & dire que nous puissions les lui reprendre à l'heure qu'il est ?
Non, dites-vous; mais le Pape n'a pas donné à ses sujets les libertés nécessaires : voilà pourquoi ils se sont révoltés contre lui.
A cela, j'ai deux choses très-simples à vous répondre :
S'il y a des libertés nouvelles, possibles ou opportunes dans les États du Saint-Père, ce n'est pas plus au nom des faits révolutionnaires qu'au nom des dogmes que se doivent discuter ces graves questions; c'est, comme dans tous les autres États, au nom de l'accord si difficile à faire, dans les temps orageux où nous sommes, entre la liberté et l'autorité.
Comme tous les princes temporels, et plus que les autres, le Pape se doit au bonheur de ses sujets; il doit leur dispenser dans une juste proportion les biens d'une sage liberté, avec ceux d'une régulière et paternelle administration. Et certes. Pie IX n'a pas failli à ce devoir : quand il se vit obligé, il y a dix ans, de quitter Rome devant l'émeute triomphante, et aux approches des bandes de Garibaldi, il put, en mettant le pied sur la terre étrangère, prendre solennellement à témoin la ville qu'il fuyait, et le monde entier avec elle, qu'il avait fait spontanément pour le bonheur véritable et pour la liberté de son peuple plus que n'avait fait alors aucun autre souverain de l'Europe. —Voilà le généreux Pontife que vous poursuivez aujourd'hui de vos lâches accusations.
Sur tout cela , répond Tanteur de la brochure, Tons lions prêtez des intentions qui ne sont pas les nôtres; nous voulons , an contraire , sanver son antorité spiri* tuelle, en faisant la part du feu aux dépens de rautorilé temporelle :
(( Rendre la Romagne au Pape, ce serait porter nse « grande atteinte à la puissance morale du catholicisme; « une reprise de possession serait un désastre et non « un triomphe. »
Je ne sais pourquoi je me défie de Totre zèle : il me rappelle trop la politique d'une antre époque : uLepmk' voir temporel gêne le Pape , disait aussi Napoléon , et Vempêche de s'occuper du salut des âmes qui périssent. » — On sait ce qu'il fit pour y pourvoir mieux lui-même.
Ce zèle dissimule mal le but réel vers lequel vous marchez. Ce but, le voici.