‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 71 sur 75 · IM LETTRE A M. GRAN^GUILLOT · texte numérisé non relu

IM LETTRE A M. GRAN^GUILLOT

tjenu le trinê de rÊiemel — Or, ce jour-là même le Pape atalt été enlevé de Rome, — et il le savait.

C*est encore alors qu'il écrit : « Les chefs de FÉglise « gallicane doivent se rallier, se serrer en quelque sorte « davantage autour du trône. » C'est alors que, dans tous ses mandements, circulaires, lettres aux nrrinistres, il ne cesse d*exalter les sentiments religieux du persécuteur de Pie VU et d'accuser « le fanatisme et la mau- « vaise foi de la portion trop nombreuse des fidèles, i< plus dévote qu'éclairée, m C'est alors qu'il dit que le Pape, qui commençait cette captivité de cinq années, sera mille fois plus libre de remplir son auguste ministère. C'est alors qu'il écrit au ministre de l'intériear, en le félicitant du grand cordon de la Légion d'honnear que celui-ci venait de recevoir : « Heureux le monarque « que ses ministres servent avec autant d'orgueil que (( de zèle 1 — L'amour et la reconnaissance pour sa « personne sacrée seront à jamais la seconde religion n du clergé de l'Empire. En m'exprimant ainsi, Mon- « seigneur, je ne fais que céder au besoin de répandre « mon âme dans la vôtre avec toute Vexpansion de la « franchise et Vabandon de la loyauté. » C'est alors enfin qu'il ose bien prononcer dans le discours même que vous citez , Monsieur, ces paroles qui retombent de tout le poids de leur honte sur sa bassesse : « Du pied « du trône impérial où ils reconnaissent dans Napoléon (( riiéritier de la puissance de César, vous conduii*ez (( vos élèves au pied du trône pontifical, où ils trouce vent dans Pie VU le successeur du Chef des apôtres. » Au pied du trône pontifical!!! et Pie VII était dans les fers 1 1 Ou je me trompe, Monsieur, ou le public fran^ çais, qui comprend l'honneur, goûtera peu votre hé-

RELATIVE A Mgi ROUSSEAU, ÉV. D'ORLÉANS. 3&5

ros; Yous-méme le flétrissez en ce moment, j'en suis sûr.

Mais pourquoi Tavez-vous choisi? Si, dans ce grand débat, il fallait invoquer contre moi mes prédécesseurs, on pouvait mieux faire ; j'en ai eu des meilleurs encore que Mgr Rousseau. J'ai eu M. Raillon, qui administra après lui le diocèse d'Orléans, — malgré le Pape. — Il est vrai que M. Raillon avait la faveur d'une autre puis* sance, de celui que, dans sa foi et son patriotisme, il appelait un nouveau David : « Grâces immortelles soient rendues à Dieu! s'écriait-il dans son mandement sur la naissance de Sa Majesté le roi de Rome : à David succédera Salomon. » Puis, cédant à Tivresse de sa joie : a Dieu semble dire au chef auguste de la nouvelle 0 dynastie, comme autrefois au père des douze pa* fc triarches : De toi naîtront des rois sans nombre. » Il est vrai aussi, je dois l'ajouter, qu'un peu plus tard, en 18U, M. Raillon, parlant alors des magnanimes souverains alliés, et de la rentrée du fils de saint Louis dans sa capitale, s'écriait avec un enthousiasme non moins \if : o Que de miracles, N. T.-C. F., vont suivre « ce premier miracle ! Il est au milieu de nous , cet « héritier de tant de Rois, ce monarque libérateur, a qu'appelaient tous les vœux!,,, 0 double triomple ! « 6 double miracle! Le trône de Pierre et le trône de « Clovis, trop longtemps battus des mêmes orages, tt vont reprendre en même temps leur ancienne splen- « deur; la religion refleurira à l'ombre de ces lysl »

Hélas ! hélas ! que conclure de tout cela , et quelle leçon faut-il recueillir de tant de tristes choses?

Pauvre faiblesse humaine! le moins qu'on puisse dire, c'est que, quand il y a parfois péril d'éblouîsse- .ment sur la terre, c'est alors que les hommes doivent

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se défier d'eux-mêmes et des autres ; c'est alors que tout honnête homme doit veiller à toutes ses paroles, surtout à ses louanges, afin de n'être jamais condamné à chanter un jour des palinodies qui le déshonorent, et de ne pas tomber dans u cette odieuse éloquence » que flétrissait autrefois Pindare, « qui s*élëve entourée d'un « cortège de flatteuses paroles, et qui, faisant violence « à la vérité, jette sur des noms malheureux une gloire « corrompue. » (Pind., Ném. viii.)

Ces douloureux retours sur le passé, Monsieur, me rappellent une autre grande douleur du diocèse d'Orléans. J'ai eu pour prédécesseur aussi Mgr de Jarente, lequel fut l'un des quatre Évêques apostats qui trahirent l'Église, et fondèrent en France le schisme constitutionnel. Si je rappelle, en finissant cette lettre, un tel souvenir, c'est que, tout affligeant qu'il est pour mon Église, il me reporte par le contraste à un des souvenirs les plus illustres de l'Église de France, et qu'après avoir attristé mon esprit par tout ce que vous m'a?ez obligé. Monsieur, de rappeler ici, j'ai besoin pour reposer et relever mon âme, d'arrêter un instant mes regards sur ce contraste consolant et gracieux.

Oui, sur 135 Évêques français, il n'y en eut que quatre qui fléchirent devant les menaces de l'impiété, et refusèrent de suivre leurs frères dans les généreuses voies de la pauvreté, de l'exil et du martyre.

Tous les autres, sans exception, ces Évêques courtisans , ces flatteurs du pouvoir temporel , comme on a bien osé les nommer dans la plus injuste des préventions, suivis de 50 000 prêtres, accomplirent la forte parole que Bossuet, cet autre courtisan y adressait à Louis XIV : Sire, fy mettrai ma tête! — Ils y mirent

RKLATIVE A Mgr ROISSKAI, EV. D'ORLKA.NS. 357

leur lêlc; ils furent plus nobles encore sur rcScliafaud et dans la mort, qu'ils ne l'avaient été dans la vie et sur le siège de leur gloire ponlilicale, et il n'y cul jamais dans l'Église une confession de foi plus grande, plus héroïque.

Quand Pie VI et le Sacré-Collége dispersé se rencontrèrent avec les Évoques de France, dans celte sublime communion de l'exil, des prisons et du martyre; quand, au même jour, dans les fers, dans les tribulalions, dans la mort et dans l'invincible liberté de la même foi , ils triomphèrent ensemble de l'impiété révolutionnaire et de l'impiété schismalîque, la paix de Jésus-Christ triompha dans leur cœur : Vicit pax Chrisli in cordibus eorum. Les Évoques de France montrèrent alors avec éclat comment ils entendaient les libertés de l'Église, gallicane, et 1793 traduisit et expliqua 1682.

Certes, après ces choses, je comprends que Pie VI s'adressant à tout l'univers catholique, ait pu dire que : tt l'Église gallicane, tout entière, unanime dans la con* « fession de la vraie foi, avait soutenu par son héroïque « conduite la fermeté des déclarations mémorables par a lesquelles elle flétrissait et repoussait loin d'elle h a jamais des serments parjures et sacrilèges ' ; et que (( les Évéques de l'Église gallicane, inviolablement atta- « chés à leurs devoirs et enflammés de l'amour de la vé- « rité^ foulaient aux pieds tous les intérêts humains. »

' El quo factum est ut, tota Ecclcsia Gallicana consentiente, haberi dcbcrenl juramenta civica tanquam perjuria el sacrilegia...

Hisce cleri Gallicani déclarât ionibus digoa laude celebrandis, facta rcsponderunt. {Lettre du 13 avril 1791.)

* Major Episcoporum Galiicanoruin pars sui muneris ofliciis addicla et nmorc verilatis incensa. {Ibid.)

a&8 LETTRE A M. GRANDGUILLOT

Je comprends que Pie VII, à son tour, se soit écrié :

(( Que dirons-nous du Irès-illustre clergé de FÉglise « gallicane, du profond attachement quMl a fait éclater (( pour notre personne, et de ses mérites envers nous, « qui ont été si grands que nous sommes comme dans « rimpuissance d'exprimer les sentiments de notre a cœur reconnaissant I Toutes les plus fortes expresa sions du langage ne peuvent dire l'amour, le zèle, la a vigilance, les soins infatigables avec lesquels ce clergé, 0 et surtout les Évêques, gouvernent le troupeau qui « leur est conDé, honorant ainsi la religion dont ils « sont les ministres, et lui attirant les plus grands resa pects, même de ses ennemis. Gomme nous avons été « le témoin de toutes ces choses, nous nous sommes a cru obligé de décerner ces louanges au clei^gé de « France, à la face de TÉglise universelle *. »

Et pour que rien ne manquât au témoignage rendu par Pie VII à TÉglise de France, n'est - ce pas encore lui qui disait: file ckrgé de VÊglise gallicane a fourni a au ciel pltis de martyrs que tout le reste de V Europe a ensemble. »

Du reste, Monsieur, ce ne fut pas seulement au x^uv siècle que les Évéques français surent honorer, par leur fidélité à rÉglise et leur dévoûment au Saint-Siège,

' Quid autcm de prxclarissimo Ecclesis gallican» dero dicemus? qui tanlis in nos studiis exarsit, cujiisquc tnnta fuerunl in nos mérita, ut ad nostros grati animl sensus erga illum exyrimendos plane impares simoifi. Omoes autem dicendi vires excedunt ainor, selus, vigiianlis, labor, quitus, Episcopi prsserlim, cominissuni sibi gregem pascunt, et religioni, cujus minislcrium exercent, honori sunt, eique reTerentiam apud ipsosillius hostes apprime conciliant. Cujns qoMem rei com nos ipai testes fuerimus, tiinc debitia iilum laudibua coram uniTeni Ecdeala ornanduni a nobis esse merito judicavimus.

RELATIVE A Mgr ROUSSEAU, ÉV. D'ORLÉANS. 359

le caractère épiscopal. A l'ëpoque même dont nous parloDS, Mgr Daviau, archevôque de Bordeaux; Mgr Fournîer, évéque de iMontpellier ; Mgr de Boulogne , évêque de Troyes ; Mgr Dessolles, Mgr de Broglie, TÉvôque de Tournay, l'Évêque de Soissons , Mgr d'Aslros , depuis archevêque de Toulouse ; le cardinal Fesch lui-même, et d'autres encore, surent opposer une conscience invincible à des volontés toutes-puissantes. Le donjon de Vincennes et la forteresse de Fenestrelle reçurent plusieurs d'entre eux*; et le concile de 18H , assemblé pour un autre but, s'ouvrit par cette motion de Mgr Dessolles : « Que les Évêques ne pouvaient délibérer « comme membres de l'Église, lorsque lePèrccom- « mun , le Chef universel , était dans les fers , et qu'ils ({ réclamaient de l'Empereur la liberté du Pape. »

Enfin , Monsieur , je suis aussi heureux de l'ajouter, et ce sera ma dernière parole : Nous nous souvenons à Orléans , et c'est du moins une consolation dans notre tristesse , que Mgr Raiilon se réconcilia avec le Saint- Siège , et mourut en communion avec lui. Mgr de Jarente lui - même fit une fin chrétienne. Et puisque j'ai parlé des quatre Évêques qui eurent le malheur d'oublier leur devoir au jour du péril , je dirai que celui d'entre eux qui mourut le dernier , celui que de plus déplorables égarements, une plus profonde chute , une plus célèbre et plus longue existence, ont signalé à tous les souvenirs, fut aussi touche par la main de la divine miséricorde à sa dernière heure. J*ai recueilli son der-

• J€ ne puis refuser à l'honneur du dioc«8e d'Orléans de nommer \c\ M. l'abbé Desjardins, pieux et généreux prêtre Orléanais, qui fut alors transporté et enfermé à Fenestrelle.— Il fut depuis le diijne vicaire général de Mgr de Quélen.

3C0 LETTRE A M. GRAKDGUILLOT.

nier soupir; et on saitqu'avant de paraître devanlDieu, — et il n*avait pas même attendu pour cela le jour suprême , — il déplora sa yie, il accusa la Ré?olutioD, et réprouva les œuvres de son triste Épiscopat.

J*ai été entraîné, Monsieur, plus loin que je ne voulais sur le terrain où vous auriez mieux fait, peut-être, de ne pas m'appelen Je ne le regrette pas ; et les catholiques qui auront lu cette Lettre pardonneront à mes intentions , et à l'intérêt supérieur de cette grande cause, les tristes révélations que j'ai dû faire, et ils seront heureux, en finissant, de se joindre à moi pour redire avec Bossuet, et déposer aux pieds du Saint- Père , cette immortelle protestation :

« Sainte Église romaine , Église mère , nourrice et ce maltresse de toutes les Églises, Église choisie de Dieu « pour unir ses enfants dans la même foi et dans la « même charité , nous tiendrons toujours ù ton unité Ci par le fond de nos entrailles! Si je t'oublie. Église rou maine»pui88é-jem*oublier moi-même I que ma langue « se sèche et demeure immobile dans' ma bouche, si tu « n'es pas la première dans mon souvenir , si je ne te (( mets pas au commencement de tous mes cantiques de c( réjouissance. Adhœreai lingua mea faucibus meis, si « non meminero tui; si non proposuero Jérusalem in « prindpio lœtitiœ tneœ ! »

Veuillez agréer. Monsieur, l'hommage de tous les sentiments que , même dans ces tristes débats , je conserverai toujours pour mes adversaires,

f Félix, Évêque d'Orléans.

Relative à Mgr Raillon (1860)

Monsieur le Baron ,

Uu journal, par la publicalion la plus inaUcndnc cl la moins heureuse, m'a oppos(5 un acte d'un de mes prédécesseurs ; el après s'en être fait une arme contre rÉglise, il a provoqué ma réponse. J'ai eu la douloureuse obligation de dévoiler les faiblesses qui avaient inspiré cet acte ; et, rencontrant dans le même temps, dans le môme diocèse, sur Tapplicalion des mômes principes, uu autre exemple funeste qu'on aurait pu aussi un jour invoquer contre nous , j'ai cru devoir en détruire à l'avance l'autorité ; réunissant à dessein les tristes conséquences d'une obéissance servile au pouvoir temporel, et d'une désobéissance grave à la puissance spirituelle , double prévarication qui est en tout temps le péril de la dignité et de la conscience sacerdotale.

Les questions de personnes sont peu de chose , il le faut avouer, au prix de l'utilité et de la nécessité souveraine de semblables enseignements.

Cependant, que des hommes honorables, parents de ceux dont on m'oblige de discuter la vie et les actes, s'émeuvent, je le comprends, et j'honore en eux cette

légitime susceptibilité : je respecte même les expressions les plus vives, les plus injustes de la peine que je leur ai causée malgré moi.

Vous m'avez écrit , Monsieur , que , sans le vouloir, j'avais calomnié M. voire grand-oncle , et vous m'avez demandé une réparation pour sa mémoire.

J'aurais eu l'honneur de vous satisfaire immédiatement , si j'avais pu reconnaître que je m'étais trompé.

J'aurais été trop heureux de vous avouer simplement mon erreur, si la vérité me l'eût permis, et d'offrir ainsi à M. votre grand-oncle l'hommage que vous souhaitez, en même temps que la réparation que je lui aurais due; et la communication de la preuve écrite que vous dîtes avoir m'y eût aidé peut-être, si vous aviez jugé convenable de la donner, soit au public, soit à moi-même.

Malheureusement , pour vérifler de nouveau , autaot que vous le pouviez désirer , et qu'il dépendait de moi, un fait dont j'étais assuré d'ailleurs par les preuves les plus certaines , j'ai été condamné à compulser tous les actes de l'administration diocésaine d'Orléans, de 18i0 à 1818 ; et ce travail, survenu au milieu de bien d'autres travaux , m'a élé d'autant plus pénible qu'il ne m'a pas amené à pouvoir faire pour vous, Monsieur , ce qu'un sentiment bien naturel vous a porté à me demander, et ce que ne demandait pas moins de moi mon ancien attachement pour votre famille, en même temps que mon désir de rendre justice.

Votre lettre a été publiée dans le Constitutionnel ef immédiatement reproduite par d'autres journaux, dont plusieurs fort hostiles au Souverain-Pontife : on en a abusé contre moi , ce qui est peu de chose , maïs aussi contre l'Église, ce qui est tout autrement sérieux. J'é-

RELATIVE A Mgr RAILLON. SeS

prouve donc le très-grand regret d'être obligé de publier n)a réponse et d'insister sur des choses qui ont pu être réparées dans la suite , mais qui n'en furent pas moins déplorables.

II y a. Monsieur, une grande question impliquée dans la réclamation que vous élevez, et je n'ai pas seulement à discuter ici un fait, mais des principes. — 11 est d'une importance suprême pour l'Église , si des circonstances aussi délicates que celles où s'est trouvé M. votre grandoncle venaient à se reproduire , que Ton sache , sans qu'il soit possible d'hésiter , quelle conduite un prêtre qui a toute la conscience de ses devoirs doit tenir et quel jugement il en restera dans l'histoire, car vous avez tout à fait raison de le dire, Monsieur, tout ceci appartient à l'histoire et surtout à l'histoire de l'Église ; et voilà pourquoi il y a bien autre chose ici qu'une polémique personnelle.

Je vais donc, quelque pénible qu'il soit pour moi de revenir sur ce sujet , rappeler brièvement les principes qui importent ici avant tout , et sans lesquels il serait impossible d'apprécier , dans toute sa gravité , le fait que j'ai avancé , et que la vérité me condamne à maintenir.

Ces principes, les voici : C'est qu'un Évêque simplement nommé par la puissance temporelle ne peut, d'après les prescriptions formelles du droit, administrer le diocèse pour lequel il est désigné , sans avoir reçu du SoQvera'm-Pontire l'institution caoonique : le titre de

aOk LETTRE A M. LE BARON MOLROGLIER

ificaire capitulairc ne suffit pas pour lui conférer des pouvoirs.

Celle disciplinées! exprimée nettement dans le célèbre canon du second concile œcuménique de Lyon , avariiiœ cœcitas {\21U) ; confirmée par les Décrétales de Boniface Vlli, Alexandre V, Julesll, Clément VII et Jules III, cl par le concile de Trente.

Voici le canon du concile de Lyon :

« Une aveugle cupidilé et une damnable ambition s'emparent de certaines âmes , les poussent à cette témérité de travailler à usurper, par artifice et par fraude, des droits quMls savent bien leur être interdits par les lois... Ainsi, quelques-uns étant élus pourgouvcmor les Églises, et ne pouvant, à cause de la défense quileuren est faite par les lois , s*ingérer d*eux-mêmes , avant que leur élection soit confirmée , dans l'administration des Églises qu'ils sont appelés à gouverner , se font donner celte administration sous les titres de procureurs ou d'économes. Mais comme il ne faut point conniver à la perversité des hommes, nous décrétons, par celte constitution générale, que personne désormais ne présume de prendre ou de recevoir, soit au spiriluel, soit au temporel , par soi-même ou par aulrui , à lilre d'économat ou de procuration , « ou sous tout autre titre ou toute « autre couleur quelconque, » l'administration de la dignité à laquelle il est élu , ou de s'y immiscer, avant que son élection ait été confirmée , sous peine , pour tous ceux qui enfreindront la défense, de perdre par là même tous les droits qui leur étaient acquis par l'élection. »

A cette autorité d'un concile œcuménique, il faut ajouter les Décrétâtes de Boniface VIII, d'Alexandre Y,

RELATIVE A McE BAILLON. 35G

Jules II, Clément VII et Jules III, qui ont défendu, sous les peines les plus graves, à tous ceux u qui étaient « nommés à quelque Église ou quelque bénéfice, d'en « prendre possession, avant d'avoir reçu les lettres du « Saint-Siège qui contiennent leur promotion et leur (( confirmation. »

Ces Décrétales ont été reçues par l'Église universelle, et sont devenues la base de la discipline de l'Église jusqu'à nos jours.

Celte grave discipline est encore reproduite et confirmée par le concile de Trente, qui prend soin d'expliquer très en détail que tout le pouvoir du chapitre à la vacance du siège est d'élire, dans la huitaine, le vicaire général capilulaire ; que, l'élection une fois faite, le chapitre a épuisé ses pouvoirs; que l'Évéque nommé et le vicaire capitulaire sont deux personnes nécessairement distinctes, etc.

Eh bien! ce sont précisément ces lois si importantes, qui, à l'époque même où M. Raillon fut nommé par l'empereur Napoléon I" à l'Évôché d'Orléans, en 1810, furent rappelées et appliquées par le pape Pie VII, alors prisonnier à Savone, dans trois brefs célèbres adressés au cardinal Maury, à l'abbé d'Astros, vicaire général de Paris, et depuis cardinal, et à M. Corboli, vicaire général capitulaire de Florence.

On conçoit du reste la raison puissante de cette discipline ; sans elle, le gouvernement de TÉglise échapperait au Chef suprême de l'Église, et il pourrait dépendre du pouvoir temporel d'éluder les résistances du Pape à des choix funestes, et d'imposer de mauvais pasteurs aux diocèses.

Il faut le dire de plus : de tous les moyens que les

Papes avaieDt autrefois en leur pouToir pour ramoier à Tobéissance les rebelles, un des priocipaux qui restent à leur disposition dans le cours ordinaire des choses, c'est le droit d'institution canonique. C'est en suspendant cette institution, lorsque de très-grayes raisons Texigenl, que le Siège apostolique peut arrêter des entreprises illégitimes et sacrilèges, et opposer une résistance pacifique avec laquelle on est obligé de compter, sans qu'il y ait moyen de se passer du Pape pour le goQvernement des Églises.

Ces graves raisons me déterminent à insérer ici quelques passages des Brefs du pape Pie VIL

Au vénérable Frère le cardinal Jean Maury^ évégu^ de Montefiascone et de Cometo^ à Paris.

« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

« 11 y a cinq jours que nous avons reçu la lettre pariaquelle vous nous apprenez votre nomination à rarchevèché de Paris, et votre installation dans le gouvernement de ce diocèse. Cette nouvelle a mis le comble à nos afflictions et nous pénètre d'un sentiment de douleur que nous avons peine à contenir, et qu'il est impossible de vous exprimer. Vous étiez parfaitement instruit de notre lettre au cardinal Caprara, pour lors archevêque h Milan, dans laquelle nous avons exposé les motifs puissants qui nous faisaient un devoir, dans Tétai présent des choses, de refuser Tinstitution canonique aux Évéques nommés par Tenipereur.

« Vous ne rougissez pas de prendre parti contre nous dans une lutte que nous ne soutenons que pour défendre la dignité de l'Église. Est-ce ainsi que vous faites assez peu de cas de notre autorité pour oser en quelque sorte, par cet acte public, prononcer contre nous, îi qui vous deviez obéissance et fidélité? Mais ce qui nous afflige encore da-

RELATIVE A Mgr BAILLON. 36f

vantage, c'est de voir qu'après avoir mendié près d'un chapitre l'administration d'un archevêché, vous vous soyez. de votre autorité, et sans nous consulter, chargé du gouvernement d'une autre Église, bien loin d'imiter le bel exemple du cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon, lequel, ayant été nommé avant vous au même archevêché de Paris, a cru si sagement devoir absolument s'interdire toute l'administration spirituelle de cette Eglise, malgré l'invitation du chapitre.

« Où veut-on en venir? On veut introduire dans l'Église un usage aussi nouveau que dangereux, au moyen duquel la puissance civile puisse insensiblement parvenir à n'établir, pour l'administration des sièges vacants, que les sujets qu'il lui plaira. Et qui ne voit évidemment que c'est non-seulement nuire à la liberté de l'Église, mais encon^ ouvrir la porte au schisme et aux élections invalides?....

« Quittez donc sur-le-champ cette administration ; nonseulement nous vous l'ordonnons, mais nous vous en prions, nous vous en conjurons, pressé parla charité paternelle que nous avons pour vous, afin que nous ne soyons pas forcé de procéder, malgré nous, et avec le plus grand regret, conformément aux saints canons.

« Donné à Savone, le 5 novembre 1810. »

Voici maintenant quelques passages du Bref adressé à M. Corboli :

« Le Vénérable Frère, évéquo de Nancy, nonuné depuis peu à l'archevêché de Florence... peut-il être, par le chapitre métropolitain de Florence, délégué et élu comme vicaire capilulaire ou administrateur de cette Eglise, après votre démission ? Peut- il, en vertu de cotte délégation ou élection, être revêtu validenient de quelciuc faculté, pouvoir ou juridiction ? »

Après avoir rappelé le canon du concile de Lyon et les

Décrétales des Papes, le SaintrPère expose ainsi les dispositions du concile de Trente :

« Ce concile, qui a déterminé et fixé les devoirs des chapitres cathédraux, lors de la vacance du siège, bien Imn de déroger en rien au canon de Lyon et à tant de décrets des Souverains-Pontifes, au contraire les suppose évidemment, quand il déclare que les chapitres n'ont d'autre fonction, et par conséquent d'autre pouvoir que celui de choisir, dans la huitaine, un ou plusieurs économes avec un officiai ou vicaire capitulaire.

a D'où découlent deux conséquences évidentes : la pr^ mière que les officiaux une fois établis, l'exercice du goovernement ecclésiastique ne réside plus entre les mains du chapitre, mais entre celles des premiers ; la seconde, que cet ofiicial capitulaire doit nécessairement être une personne distincte de Tévéque ({ui sera promu.

« Ainsi donc, d'après les sanctions canoniques et pontilicales, d'api'ès la discipline (fui est en vigueur dans TÊglise et contre laquelle il ne peut exister aucune délégation léf(ilime, le Vénérable Frère, évéque de Nancy, dont il est (jucslion, est absolument inhabile aux fonctions de vicaire ou officiai capitulaire de l'Eglise métropolitaine de Floron<'e, par là môme qu'il a été nommé archevêque de cette

Kglise En cela, on attenterait aux plus saintes lois de

rÉglise et à sa discipline ordinaire, et ce serait tendre évidemment à obscurcir et détruire les principes de la mission légitime, ii mépriser et anéantir l'autorité du Siège apostolique.

tf Donné à Savone, le 2 décembre 1810, la onzième année i\i) notre pontificat.

« P. P. Vil. »

Du reste, Monsieur, il no faudrait pas croire que de tels brefs fussent considérés alors comme chose de peu

RELATIVE A Mgr RAILLON. 3(i0

crimporlance : ni que le clergé ne fût pas au courant de la gravité des questions soulevées par les adversaires de l'Église et résolues par le Pape. La publicité de ces Brefs donna lieu à de nobles protestations, et à un redoublement de persécutions religieuses, dont toute la France retentit.

Le 1" janvier 1811, M. J'abbé d'Astros, vicaire général de Paris, fut arrêté et mis à Vincennes *.

Plusieurs ecclésiastiques, soupçonnés d'avoir connu ou fait connaître le Bref, furent emprisonnés ; des visites domiciliaires fui ent faites. Les cardinaux GabricUi, di Pietro et Oppizzoni furent envoyés au donjon de Vincennes, ainsi que Mgr de Gregorio, depuis cardinal, et le Père Fonlana, général des Barnabiles.

Le supérieur du grand séminaire de Gand fut renfermé également à Vincennes; deux des professeurs furent déportés, et les séminaristes incorporés dans des régiments.

Pie VII lui-môme, depuis la fin de 1810 et le commencement de 1811, fut traité avec plus de rigueur. On fouilla les appartements, on visita et enleva ses papiers, on exila ou emprisonna ses serviteurs.

Du reste, cette question a été complètement traitée alors par les savants écrits qui furent publiés sur la matière (Muzarelli, Mgr d'Astros, etc., etc.), et c'est là un point de droit incontestable, comme l'a de nouveau déclaré, au sujet des Églises d'Espagne, le pape Grégoire XVI, dans TAlloculion aux cardinaux du 1" mars 18/il.

* Après un interrogatoire où l'on voulut le forcer î\ donner sa démis- «ion, ou ù nommer la personne qui lui avait communique Ic'Brcf, deux choses auxquelles il se refusa également.

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