IV. Norwége
Le terrain silurien des environs de Christiania, dont l'existence avait été d'abord indiquée en 1844, par Sir Rod; Murchison, a été plus tard l'objet des études de M. Théod. Ejerulf, qui a successivement publié deux mémoires sur ce sujet, en 1855, et en 1567. Dans le dernier, intitulé: Ueber die Géologie des sildlichen Norwegens , ce savant nous a donné la classification de tous les dépôts de ce bassin, qu'il partage en cinq groupes principaux, avec de nombreuses subdivisions.
Ceux de ces groupes qui représentent la division silurienne supérieure, les seuls que nous ayons à considérer dans cette étude, sont indiqués sur le tableau suivant, avec leurs équivalens supposés par l'auteur, en Angleterre. (L c, p. 25*) Mais cette correspondance a été un peu modifiée par no^e illustre maitrç. Sir Bod. Murchison, en exposant à la Société Géol. de Londre3 les résultats des travaux de M.Kjerulf. {SiLJRockBo/Norawy. Q,uarL Joum. Fehr. 1858.)
Division silurienne supérieure en Norwége.
Selon I. Kjeniir.
Groupe supérieur ( f ^ ^VV^ }''f''\ de Malmô }q^ L^^^^ ^ Ladlow.
7 fi ) Wenloek limeitone^ 7«)
Groupe inférieur de Malitiô
f^ I Wenloek sbAle.
Selon Sir Rod. Iirchison.
Sy ï (Lndlow sapérieor manque)
Sa \ Ladlow moyen et inférieur.
7fi
7 a Wenloek limestone.
6 Zone à Pentamères.
5/7 Upper Llandovery.
Suivant M. le Prof Perd. Roemer, îl convîenchraît de comprendre dans la division Silurienne supérieure le grès Sa, que M. Kjerulf adjoint à la division inférieure.
A cette occasion, nous rappelons que M. le Prof. Ferd. Roemer, dans lé même rapport sur son voyage en Norwége en 1859, insiste sur la correspondance qui existe, surtout au point de vue paléontologique , entre les subdivisions naturelles du terrain silurien du bassin de Christiania et celles que M. Angelin a établies en Suède. (Berichi ûb, eine GeoL Reise nach Norw. — Zeitackr. d. devtschen GeoL GeaelL 1859 p. 569.) Nous savons par Ses lettres reçues de M. Kjerulf en 1861, qu'il a adopté les vues de M. le Prof. Roemer. Ainsi, les observations que nous venons de présenter au sujet de la Suède, s'appliquent aussi à la Norwége.
Cependant, nous appelons particulièrement l'attention des savans sur deux faits importans:
1. Selon Sir Rod. Murchison, l'étage supérieur de Ludlow n'est pas représenté dans le 'bassin de Christiania. (l. c. p. 42.)
Ce fait nous dispense évidemment de chercher dans cette région un équivalent déterminé pour les étages supérieurs du bassin silurien de la Bohême, car, d'après ce qui a été dit ci-dessus au sujet de l'Angleterre, cet équivalent devrait se trouver à partir de l'horizon supérieur de Ludlow, en remontant.
2. M. le Prof. Ferd. Roemer constate que les couches siluriennes les plus élevées, aux environs de Christiania, sont immédiatement recouvertes, en stratification concordante, par des dépôts sans fossiles, consistant en dalles de grès rouge et en marnes, surmontées pJEurtout par des porphyres bruns. Le même fait s'observe aux environs de Porsgrund, où les couches ailurienues consûrvent^ jusqu'à
leur extrême îîmîte, les apparences de Pétage de Wenlock prolongé vers le haut, et où la formation des schistes et grès rouges bruns, supposés dévoniens, atteint une épaisseur d'environ 1000 pieds, et se montre également recouverte par des porphyres. D'après ces seuls caractères, les dépôts en question ont été classés comme dévoniens, et malgré Tabsence ide toute preuve paléontologique. M. Roemer considère cette détermination comme hors de doute (l. e. p. 572 et 587).
S'il en est ainsi, la Norwége nous fournirait un bel exemple des lacunes qui peuvent avoir lieu dans la série géologique, sans être annoncées par aucun trouble apparent dans la stratification. En reportant notre attention sur l'Angleterre, cet exemple ajouterait quelque vraisemblance à l'hypothèse que noiis avons exposée (p. 179) pour contribuer à expliquer, par une semblable lacune, le manque de la dernière phase de la faune troisième de Bohême, dans la contrée typique du Système Silurien.
Dans le tableau qui suit, nous allons exposer, d'après les travaux déjà cités de M. le Prof. Théod. Kjérulf, toutes les espèces reconnues identiques dans la division silurienne supérieure du bassin de Chiistiania et du bassin de la Bohême. On remarquera que presque toutes ces formes ont déjà figuré sur nos tableaux analogues et relatifs à l'Angleterre % la Russie et à la Suède c. à d. à toutes les régions de la grande zode paléozoique du Nord,
Classes, genres et espèces
Faune troisiàme
Norwége
Bohême
Observationg
Poissons.
Crustacés.
Knerinanis Oomas .
Biiniastas
Barriensis
lllaenus .
Boachwdi
Emtair.
Barr.
Murch.
March.
Daim.
Barr.
Céphalopodes.
Orthoceras . . Breyn.
aonulatum . . . Sow.
docens .... Barr.
nammalarium . Sow.
Ptéropodes.
Comalites . . .
serpalarias . . . Schl.
Brachiopodes.
Cyrtia .... Daim.
trapezoidalis . . Lion.
Leptaena . . . Daim.
transversalis . . Daim.
Merista .... Suess.
tamida .... Daim.
Orthis .... Daim.
elegantola . . Daim.
Pentamenift . Sow.
galeatQs ....
Rhynchonella Fisch.
Livonica .... T.Bach.
nympha .... Barr.
navicula . . . Sow.
Hpirifer .... Sow.
salcatQs .... Uis.
8pirigerlna . DOrh.
reticuiaris . . . Linn.
Strophomena Rafin.
depressa . . . Sow.
eaglypha . . . Daim, pecten .... Unn.
g I formes r^réteDtiL
: jid.
|id.
- aoi -
Classes,
Faune troisième
Observations
genres et espèces
Norwége
Bohême
Bryozoaires.
Craptollthas . Linn.
priodon .... Bronn.
Betiolltes . . Baft.
Geinitzianaii . . Barr.
Polypiers.
Tavosltes . . . Lamk.
alreolftiis . . . Blato.
GothUndica . . Linn.
Halysites . . . Fiscb.
catenalatiii . . I^mk.
Bien que les recherches paléontologiques fussent encore bien incomplètes en 1858, aux environs de Christiania, notre tableau montre qu'à cette époque, on a reconnu 19 espèces identiques en Norwége et en Bohême. Nous fai sons abstraction des espèces représentatives , dont le chifire pourrait être beaucoup plus élevé.
Les 19 espèces identiques soiit inégalement réparties entre les 4 subdivisions de la Norwége, savoir:
Subdivision (8) —
espèces.
la base) (5) —
C'est l'horizon le plus élevé qui présente la plus forte proportion, et c'est l'horizon le plus bas qui en approche le plus.
Au contraire, en Bohême, la répartition de ces 19 espèces ofire une décroissance régidière à partir de la base, savoir:
Etage 15—1 espèce F — 6 espèces E- 17 „
Notre étage E concentre donc à lui seul la presque totalité des espèces communes aux deux pays comparés, c. à d. 7io> ^*^® compter les espèces représentatives, qui lui appartiennent également Notre étage F n'offre pins qu^ Vj des formes identiques, et notre étage G n'en conserve qu'une seule.
Ainsi , en Norwége domine en Suède , nous trouvons dans la division Silurienne supérieure une satisfaisante représentation de la premiètre phase de la faune troisième de Bohême, tandis que la seconde phase y semble très-faiblement indiquée. Quant à la dernière phase, renfermée dans nos étage G — II, elle n'est jusqu'ici ntdlement représentée aux environs de Christiania*. Les Hstes de fossiles données par M. Ejerulf, (1. c. p. 92 à 98) lie nous montrent pas même les formes qui caractérisent habituellement l'horizon du Ludlow supérieur en Angleterre, ainsi que Sir Rod. Murchison l'a très^bien remarqué. Toutes les espèces énumérées par le savant Norwégien tendent, au contraire, à indiquer comme eh Suède, une prolongation de la première phase de la fanttô troisième, jusqti'à Thorizon où les dépôts Siluriens sont recouverts par des grès rouges et marnes sans fossiles, réputés dévonîens, sans preuve paléontologique. Les observations de M. le Prof. F. Roemer, que nous venons de rappeler, montrent combien ce fait est apparent
V* Thuringe. — Saxe. — franconie.
Nous devons une attention spéciale aux bassins paiéozoiques des contrées limitrophes de la Bohème, parce que c'est là que nous pouvons espérer de découvrir les connexions les plus multipliées avec nos fornlations, si les mers des anciens temps, qui couvraient ces régions voisines, avaient entre elles des communications directes et faci-
é8. C'est là, au contraire, que nous rencontrerons les contrastes paléontologîques les pins frappans et les plus instimctifs, si les mers en question étaient totalement séparées les unes des autres, comme nous Tavons déjà fait remarquer en comparant la faune primordiale des environs de Hof à la faune primordiale de la Bohême. fBull. Soc, O^ol. XX. p. 478, 1863.)
Nous allons donc jeter un coup d'oeil sur les dépôts qui pourraient renfermer tout ou partie de notre faune troisième, dans laThuringe, la Saxe et la Prancotiie, con^ trées sur lesquelles la science possède déjà des documens très-intéressans , bien qu'ils dérivent de vues jusqu'ici notablement discordantes.
M. le Doct R. Richtér, qui a étudié avec beaucoup d'assiduité et de succès les dépôts paléozoiques de la Thuringe, a récemment publié un mémoire dans lequel il fixe définitivement, comme il suit, l'ordre vertical des formations qui peuvent avoir des rapports avec notre division supérieure. (Zeitsch. der deutêch. geol. Ges. p. 659^ 1863.)