Calcaires compactes
1. Schistes siliceux et alunifères, renfermant tous leè GraptoUtes de la Bohême^ {à la base.)
Tontes ces formations sont superposées en stratification concordante.
La présence de tous Les Qraptolites de Bohème, y compris Retiolites Geintizianns Barr. dans les schistes siliceux et aluniferes de la Thuringe, est un fait très-remarquable et qui entraîne M. Richter à conclure^ que cette formation correspond à la base de notre étage E, où se trouvent les mêmes fossiles. (Abstraction faite de nos Colonies, où ils existent également)
Cette manière de voir de M. Riçbter nous paraît parfai tendent confirmée par la nat;ure d^ fossiles qu'il a découverts dans (es formatioiis ^ — 3 — 4—6 de cette série. Bien que les espèces ne soicfnt pas toutes déterminées jusqu'à ce jour, celles que ce savant a déjà annoncées, et celles dont il vient de nous donner connaissance dans ses communications particulières, sont de nature à jeter une lumière suffisante sur cette question.
D'abord, dans la formation Nr. 2, des calcaires compactes, se trouvent trois des espèces les plus caractéristiques de notre étage £, savoir: Orthoceras ^ohemicunij Orth. styloideum et Cardiola interrupta,
La formation Nr. 3, des schistes à Tentaculite^ ^yec sphéroïdes calcaires, renferme, outre Phac. Roemeri Gein. analogue à notre Phac. Votborthiy cinq espèces de Tentaculites, parmi lesquels Tent. acuarius et Teni, cancellatuêj que M. Richter a, également retrouvés sur des fragmens de calcaire de notre bassin. Nous ferons seulement observer, que ces fragmens proviennent de notre étage calcaire supérieur G et non de notre étage caleaire inférieur E, qui nous paraît à peu près dénué de Tentaculites. Ce fait n'a. rien de surprenant, si l'on. veut bien s^ rappeler le privilège d'antériorité, que nous avons signalé tant de fois à l'avantage de la grande zone paléozoique du Nord^ à laquelle les dépôts de la Thuringe paraissent appartenir.
La formation Nr. 4, à Néréîtes, a déjà foump à M. Richter les deux Tentaculites mentionnés avec Ter- obovatn
Sow.f qui traverse presque toute la division supérieure en Bohême. Cet horizon est aussi caractérisé en Thuringe par Beyrichia Kloedeni M'Coy, espèce très-connue dans U division correspondante en Angleterre..
Dans son mémoire publié en 1855 (Zeitsch. d. deutsch, Oêol. Ges. p. 559) M. Richter a décrit Pleurodictyum Lonsdaleij trouvé dans la même formation.' Cette espèce, qui paraît très -difficile à distinguer du type dévonien Pleurod. problematieumf ne peut être considérée ici que comme un avant-coureur des faunes dévoniennes.
Enfin, la formation Nr. 5, des schistes à Tentaculites, a présenté à M. Richter trois espèces de Graptolites. Cette découverte récente suffit à elle seule pour constater l'origine Silurienne de ce dépôt, comme de tous ceux qui sont au dessous, en descendant jusqu'au Nr. 1, où prédominent les espèces Graptolitiques de la Bohême. Il serait donc impossible aujourd'hui d'assimiler cette série au terrain dévonien.
Dans les mêmes schistes, M. Richter retrouve les deux formes de Tentaoulites déjà mentionnées avec Ter. obùvata 8ow., et de plus divers autres Brachiopodes no^ nommés, mais parmi lesquels il a reconnu RhynchoneUa Orayi Dav. et Discina Forpesi Dav., qui appartiennent aux formations Siluriennes en Angleterre.
Les Crustacés de ces schistes à Tentaculites décrits par M. ffîchter dans son mémoire de 1863, consistent en 10 espèces de Trilobites et 3 d'Ëntomostracés. Malheureusement, aucune de ces espèces ne parait identique avec celles de la Bohême. Mais elles présentent des analogies de forme, que M» Richter. a fait valoir, pour montrer les rapports de cette série avec le Système Silurien. La découverte de 3 espèces de Graptolites sur cet horizon est venue pleinement confirmer les vues de cet habile observateur.
Amsiy Texistence en Tharingè de la première phase de la faune troisième silurienne peut èbre considérée aujourd'hui comme un fait établi par les consciencieuses recherches de M. le Doct. Richter.
Mais jusqulciy cette contrée n'offrirait aucune formation que nous puissions comparer à nos étages F — G — H, renfermant lies deux dernières phases de notre faune troisième.
11 est de notre devoir de rappeler à cette occasion, que, contrairement aux vues de M. Richter, M. le Prof. Geinitz en 1853, dans son ouvrage déjà cité, (Orauw. IL p. 22) et Sir Rod. Murchison en 1856 {Quart JourtL p. 414j Apr.J ont classé les schistes à Graptolites de li Thuringe et de la Saxe dans la division Silurienne inférieure. Ils considèrent l'un et l'autre les formations superposées à ces schistes comme appartenant au terrain dévonien. La division Silurienne supérieure manquerait totalement dans ces contrées, et de plus, selon Sir Rod. Hut'* chison, les étages inférieur et moyen du terrain dévonien manqueraient également; de sorte que la division Siluriemie inférieure serait immédiatement recouverte par les dépôts dévoniens supérieurs , ce qui constituerait une immense lacune. (7. c. p, 412 — 4t7,J
Lorsque Sir Rod. Murchison et le Prof. Gbinitz seront dûment informés du l'existence des Graptolites jusqu'au sommet des formations énumérées ci-dessus, (p. 203) il est très-vraisemblable qu'ils adopteront les vues de M. Richter. S'ils persistent, au contraire, à considérer toutes ces formations comme appartenant à la division silurienne mSèrieure, nous n'av ons pas besoin de faire remarquer qae par leur position et leur faune, ces dépôts devront représenter exactement, aux yeux de ces savans, la zone des nos colonies.
Si l'on admet, d'après les faits exposés, que la première phase de la faune troisième Silurienne de Bohême,
eftt représentée en Thoringe, la même oondasion s'étendra naturellement aux contrées de la Saxe, où M. le Prof. Gteinitz a constaté l'existence de formations semblables, sous le nom de couches à Tentaculites. (Orauw. IL p. 22.)
En même temps, il sera également établi, dans toutes ces régions, que les formations renfermant la première phase de notre faune troisième sont immédiatement recouvertes par des dépôts placés plus ou moins haut dans la série dévonienne, sans aucune représentation expUcite des étages F — G — Il de notre bassin.
Diaprés cette manière de voir, l'énigme stratigraphique et paléontologique qu'ont offert jusqu'ici les calcaires d'Ëlbersreuth, dont la faune a été d'abord décrite par le Comte Munster, se trouvera simplement résolue.
Ces calcaires correspondront à ceux de notre étage E, et ils se trouveront en contact avec des dépôts dévouions; par l'effet d'ime laeune dans la série verticale, comme en Tbnringe et en Saxe.
Telles sont les vues * auxquelles nous avons été conduit depuis long-temps par des considérations purement paiéontologiques^ exposées dans notre Esquisse géologique, (8ysL SU. de Boh. p, 94j 1852.) Depuis lors, des vues très-opposées siu* le même sujet ont été publiées par divers géologues, qui méritent toute notre considération.
1. Les D. D. Sandberger, tout en reconnaissant comme nous les fortes connexions zoologiques, . qui lient la pre* mière phase . de notre faune troisième avec la faune des calcaires d'EUbersreuth , ont admis que cette dernière appartient sans aucune doute à leur système Rhénan, c. à d. à la période dévonienne. Selon ces respectables savans, les connexions que nous avons considérées comme des signes de contemporanéité, s'expliqueraient plus simplement par le retour des mêmes formes aiiimales, coincidant avec
la répétition de conditions d'existence entièrement semblables, dans deux systèmes géologiques superposés. {Verst Nasê. p. 512—515.)
2. M. le Prof. Geinitz considère le calcaire d'Elbersreuth comme placé sur les horizons inférieurs du terrain dévonien, mais sans indiquer aucun étage contemporain. (Grauw. IL p. 15, 1853.)
â. M. Guembel, géologue de la cour de Bavière, est encore plus explicite que les D. D. Sandbefger, car il assigne aux calcaires d'Ëlbersreuth une position déterminée, au sommet de l'étage moyen des terrains dévoniens de la Thuringe, c. à d. dans les couches caractérisées par Calatnopora polymorphaj suivant sa nomenclature.
En même temps, il énumère 19 espèces de ces cal* caires, qui, se trouvant partiellement dans les schistes de Wissenbach, dans les calcaires à Stringocéphales et dans les couches à Cypridines, établissent des connexions multiples entre cette formation d'Elbersreuth et chacun des principaux étages dévoniens. (JJebtr Clymenien, — in Palaeontoffr, JCL p* 27, 1863»)
Nous laissons à qui de droit le soin de confirmer l'exactitude des identités invoquées par M. Quembel, car nous n'avons pas les matériaux nécessaires pour fonder notre opinion à cet égard. Mais, ces connexions que nous admettons volontiers, d'après cette autorité et d'après nos doctrines, rendent encore plus remarquables à nos yeux les identités spécifiques signalées par nous en 1852, entre les calcaires d'Elbersreuth et notre étage calcaire inférieur E. (SysL SU. de Boh. I. p. 95.)
Nous citerons imiquement ici Cardiola interrupta Sow. et Orthoceras striatopunctatum MîLnst., c. à d. deux des fossiles les plus caractéristiques et des plus répandus dans notre étage Ë. On sait d'ailleurs^ que le premier a
été observé sur le même horizon dans presque tous les bassins Siluriens, qui possèdent la faune troisième , en Europe. Le retour de ces deux espèces si particulièrement caractérisées par leurs apparences, coincidant avec celui de plusieurs autres formes moins prononcées, dont nous avons donné la liste en 1852, constituerait un des phénomènes les plus remarquables d'intermittence , que Ton puisse attendre dans les séries paléozoiques. En effet, l'intervalle en question correspondrait à la durée des deux dernières phases de notre faune troisième, et de plus à celle des deux premières phases de la faune dévonienne, d'après la position assignée par M. Quembel aux calcaires d'Elbersreuth.
Nous, qui invoquons, à l'appui de nos doctrines, la réapparition dans notre bande g 3 des formes de notre étage E, nous aurions bien mauvaise grâce à repousser l'opinion des D. D. Sandberger, du Prof. Geinitz et de M. Ghiembel, si favorable à nos vues.
Mais, nous devons faire remarquer une différence très-importante entre les intermittences que nous venons de rappeler, et celle qu'il s'agit d'admettre à Elbersreuth. C'est, qu'en Bohème, le fait évident de la superposition et de la succession stratigraphique rend également évidentes les conclusions paléontologiques. En Franconie, au contraire, la véritable position stratigraphique des calcaires d'Elbersreuth n'étant jusqu'ici fixée par aucune section incontestable, à notre connaissance, il manque une base solide à toutes les déductions de la paléontologie.
Dès qu'il sera définitivement établi, que ces calcaires sont réellement intercalés au dessus du milieu de la série dévonienne, comme l'indique M. Guembel, personne ne sera plus empressé que nous de rendre hommage à la justesse des vues opposées aux nôtres. Alors, nous citerons Elbersreuth comme l'une des localités les plus convaincantes en faveur de nos doctrines.