KXÀHEN DES ARGUMENTS DE L^ ATHÉISME
Oui, rathéisme a laissé au milieu de nous des traces profondes de ses ravages. Ce qui autrefois était rare, effrayant, est devenu commun et familier à noire pensée ; et si BossUet revenait parmi nous, il ne pourrait plus dire ce qu'il disait de son temps ; « La terre porté peu de ces » insensés, qui, dans Tempire de DidU, parmi ses ouvrax> ges, parmi ses bienfaits, osent dire qu'il n'est pas; et D lorsque dans la lumière du christianisme on en découvre » quelqu'un, on doit en estimer la rencontre malheu- » reuse et abominable (i).z> Il peufdonc être utile de dis^ cuter les arguments des athées, soit pour détruire des impressions funestes, soit pour les prévenir^ tel sera, Messieurs, Tunique objet de cette Conférence*
Si nous écoutons les athées de nos jours, ils nous di-ront , dans leurs discours Comme dans leurs livres ; » Quel est donc cet être distingué de cet univers, que » vous appelez Dieu ? où le placez-vous ? Vous en faites D un esprit qui a créé la matière et le mouvement : com- )^ ment concevoir cette production du sein même du » néant ? De rien peut-il sortir quelque chose ? Qui nous » expliquera sa nature ? comment nous en former une » idée? Si notre doctrine est obscure, la vôtre est-elle » plus lumineuse, et Tathéisme est-il plus incompréhen^ 1» sible que le Dieu que vous croyez ? Vous en faites un » être infiniment bon, sage et juste ; mais il le serait bien 1» davantage, s'il se rendait plus visible aux yeux du genre » humain : il s'attirerait Tadmiration et les hommages de tous, tandis qu'il en est un si grand nombre qui ne croient D pas en lui 5 et ce sont ceux-là même qui ont le plus de » lumières et un désir plus ardent de connaître la vérité. » Pourquoi donc est-il si caché, et se dérobe-t-il à nos » recherches 1 Vous recourez à Dieu pour expliquer cet
(1) t^remier Senuoâ de rATe<
EXAMEN SES ARGUHENTS DE l' ATHÉISME. 109
» univers visiblje ; recours inutile. Supposez le inonde » éternel, le mouvement inhérent à la matière, une suc- » cession toujours renouvelée d'êtres variés dans leurs » formes, leurs figures, leurs propriétés naturelles, avec » leurs affinités ou leurs oppositions, tendant à se rap- D procher ou à se désunir, faisant ainsi des efforts pour p arriver à un système de choses où chacun soit à sa » place, et vous aurez cet univers physique avec toutes » ses beautés, avec les animaux qui habitent la terre, et » rhomme lui-même. Ainsi tout s'explique sans Dieu, et » c'est rignorance des causes physiques qui a fait imaginer D la Cause intelligente. x> Tels sont en abrégé, Messieurs^ les arguments des athées ; et pour nous résumer dans les propres paroles d'un savant de nos jours, qui, durant s^ vie, s'est fait remarquer par son athéisme, nous dirons en parlant de Dieu : On ne le comprend point, on ne Iç voit point, on explique tout sans lui (1), Certes, il faut que la cause de l'athéisme soit bien faible et bien désespérée, si, après cinquante ans de travaux et d'efforts, up savant distingué n'a pu lui trouver que ces fragiles appuis.
On objecte d'abord qu'on ne saurait comprendre Dieu^ Sans doute c'est un Dieu incompréhensible, le Dieu quç nous adorons : loin d'en rougir, nous en faisons gloire. Si nous pouvons le connaître, comme je le dirai bientôt| nous ne saurions le comprendre. Toujours ses perfections seront infiniment élevées au-dessus de nos faibles pensées. Vous auriez pour les peindre toute la magnificence des anciens prophètes d'Israël, toutes les lumières des plus beaux génies qui ont éclairé les nations et les siècles, toute la subtilité de ces intelligences que le christianisme nous représente autour du trône de TËternel
(I) Lalande, SccoiMt Supplément au Dictionnaire des Mhées, page 90.
ilO ËXAMfiN 1)ES ÂRGUâlENTS DE L^THélSMC.
pour être les ministres de ses volontés saintes ; vous auriez tout cela, que vos sentiments et vos expressions resteraient à une distance infinie de sa suprême majesté, et qu'après avoir tout épuisé, vous seriez forcé de convenir qu'on ne peut mieux le caractériser qu'en l'appelant incompréhensible. Dieu seul se connaît lui-même d'une connaissance parfaite, la puissance, la sagesse, la bonté sans bornes, ne peuvent être comprises que par une intelligence sans bornes. Un dieu qui pourrait être compris ne serait pas le dieu véritable, mais un dieu imaginé par l'homme. Qu'on îivance tant qu'on voudra dans l'infini, on ne trouvera jamais les limites de ce qui n'en a point : c'est une mer immense sans fond et sans rivage, L'incompréhensibilité de la nature divine lui est tellement propre, que refuser de croire en Dieu parce qu'il est incompréhensible, c'est refuser de croire en Dieu parce qu'il est Dieu ; voilà certes un bel argument.
Dieu est incompréhensible : expliquons-nous, pour né pas disputer en vain. Comprendre Dieu, ce serait en avoir une idée complète, en pénétrer la nature, en sonder toutes les profondeurs; ce serait voir parfaitement la beauté et l'harmonie de toutes ses perfections : et c'est là sans doute ce qui surpasse la capacité d'un esprit faible et borné, comme celui de l'homme. Connaître Dieu, c'est savoir qu'il existe, en avoir des idées non complètes sous tous les rapports, mais assez nettes, lissez développées, pour voir suflSsumment ce qu'il est par rapport à nous, et ce que nous sommes par rapport à lui ; pour en parler d'une manière sage et raisonnable; pour avoir la conviction intime et profonde de son existence, de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de sa justice, encore que nous ne puissions pas les embrasser dans toute leur étendue. Or telle est notre situation sur la terre. Eh quoi ! Messieurs, lorsque le grand nom de Dieu retentit à vos oreilles, n'est-ce là qu'un vain son qui se dissipe? ne
ËXASfiN BEd AlIGUMBKTS OË L'ATHÉIBMfi. lil
sentez-vous s'éveiller aucune pensée, aucun sentiment dans vos âmes ? Quoi 1 si nous parlons de TËtre éternel , sans commencement et sans fin, dont la nature est d'exister, à qui Tétre est aussi essentiel que la rondeur Test au cercle ; qui> indépendant de toute cause étrangère, n*a rien reçu, comme il ne peut rien perdre; qui demeure toujours inaltérable, toujours le même, tandis que dans ce monde tout passe^ tout s'use comme un vêtement; qui seul est véritablement, parce que tout le reste des êtres tient de lui une existence empruntée ; devant qui Tunivers est comme un néant, toutes les nations comme si elles n'étaient pas, et qui peut dire de soi cette parole de nos livres saints : Je suis celui qui suis : si nous parlons d'un Etre tout-puissant, qui a communiqué à tout ce qui compose cet univers l'être j le mouvement et la vie ; qui peut créer des soleils avec la même facilité que dés insectes ; qui a semé les étoiles dans le firmament comme la poussière dans nos campagnes ; qui n'a besoin que de sa volonté pour produire, et qui au commencement dit : Que la lumière soit, et la lumière fut : si nous parlons d'un Etre souverainement sage, qui, par des lois également simples et fécondes, gouverne ce monde visible; dont la Providence embrasse tout sans efibrt, les mondes étoiles comme Therbe des champs, les vastes empires eomme l'individu le plus obscur, conduit les créatures intelligentes à ses fins toujours adorables avec force , ttiais aussi avec douceur, et se joue ainsi dans cet immense univers : si nous parlons enfin de ce Dieu juste, qui suit en tout les règles de sa souveraine et infaillible raison ; de ce Dieu saint, dont l'infinie pureté le tient à one distance infinie de tout ce qui est mal ; de ce Dieu bon, qui, heureux de lui-même, aime à épancher sur ses Créatures quelque chose de sa suprême félicité ; si nous tenons devant vous un semblable discours, sommes-nous aussi inintelligibles que si nous vous parlions une langue
ilSi EXAMEN D£S ARGUMENTS DE l' ATHÉISME.
étrangère et qui vous fût inconnue ? Toutes ces pensées n'ont-elles aucun rapport avec votre manière de sentir et de juger ? Tout cela est-il aussi barbare, aussi absurde, que si nous venions vous entretenir d'un cercle qui fût carré, ou d'un carré qui fût circulaire Y Ou plutôt l'idée de Dieu n'est-elle pas si raisonnable, qu'elle entre naturellement dans tous les esprits; qu'elle est plus ou moins développée chez tous les peuples de la terre ; que son nom se trouve dans toutes les langues, dans les ouvrages des plus beaux génies que le monde ait produits, dans les insti;tutions de tous les plus grands législateurs, dans les chants religieux de toutes les nations et de tous les ftges ; que le souvenir en est ineffaçable ; que la connaissance , sans être parfaite, en est assez distincte pour devenir la règle plus ou moins sentie des actions humaines? Je vous le demande, parler de la cause intelligente, ou du hasard; d'un être puissant et sage qui opère avec choix et raison, ou d'une aveugle nécessité; d'un Dieu, auteur de l'ordre et des beautés de cet univers, ou de cet univers, résultat du concours fortuit des parties de la matière en roouve-> ment : est-ce donc la même doctrine ? L'énoncé de l'une et de Tautre fait-il naître les mêmes idées? ou plutôt n'avez-vous pas sur toutes deux des notions assez justes pour sentir qu'elles sont en opposition entre elles? Quand je vois un tableau d'un effet admirable, ne puis-je pas me faire une idée, au moins imparfaite, du talent du peintre, de son intelligence, de sa merveilleuse industrie, encore que je ne puisse apprécier exactement les qualités de son esprit, ni la manière dont il a su animer la toile, et faire, pour ainsi dire, revivre sous nos yeux ce qui n'est déjà plus ? Je vois une vaste cité où tout est en paix, où les personnes et les propriétés sont en sûreté sous la sauvegarde des lois, où la liberté ne dégénère pas en licence : ne puis-je pas me former une idée raisonnable de l'agent invisible qui tient les ressorts de cette sage administra-^
BXAHEN DBS ARGUMENTS DE L'aTHÉIIMB. 113
tion> encore que jMgnore comment il les met en jeu et les fait concourir au bien de tous ? Et s'il est vrai que ce monde n'est qu'un enchaînement de causes secondes et de leurs effets, ne puis-je pas avoir l'idée de la cause première, de l'Etre auteur et ordonnateur suprême de toutes choses, encore que, dans sa manière d'exister et d'agir, il échappe à mes pensées? On peut donc avoir l'idée de Dieu, tout incompréhensible qu'il est; et n'estce pas en avoir l'idée, que de savoir qu'il est incompréhensible ?
Dieu, dît-on, est incompréhensible : il est vrai, vous ne comprenez pas son éternité. Mais l'éternité d'un être quelconque est rigoureusement démontrée : par là môme que quelque chose est aujourd'hui, il faut nécessairement que quelque chose ait toujours été; car si, avant tout ce qui a commencé, quelque chose n'existait pas, il n'y avait donc que le néant, et s'il n'y avait eu que \e néant, il n'y aurait que le néant encore; le néant ne peut rien produire. Il est donc un être incréé, éternel, existant avant fous les temps; jamais il n'a commencé, jamais il ne finira. La mesure de sa durée passée, c'est l'éternité ; la mesure de sa durée future, c'est encore Téternité : ce qui a fait dire à Pascal, que Y homme est un point placé entre deux éternités. Que cet être éternel soit Dieu ou la matière, nous né l'examinons point ici : voilà toujours les athées forcés d'admettre l'éternité d'un être quelconque; et quoi néanmoins de plus incompréhensi ble ? Vous ne comprenez pas la création, ni comment l'univers est sorti du néant : mais prenons garde d'attribuer aux adorateurs de la Divinité tes idées absurdes qu'ils n'ont pas. On ne dit pas que le néant soit une cause productrice qui ait fait le monde ; on ne dit pas que le néant ait fourni la matière dont il est composé, que la matière ait été extraite des abîmes du néant, comme on extrait les métaux des mines qui les recèlent : il y aurait alors contradiction dans les
ii4 .BXAMBN DBS ARGIWBlITa DE i'ATHÈISlfl.
termes, absurdité manifeste ; mais on dit que Dieu, par su puissance infinie, a donné Texistence à ce qui ne Tavait pas, que ce qui était possible dans les idées de son entendement divin, il Ta rendu réel par la force de sa volonté. Sians doute nous ne concevons pas cette manière d'opérer ; il faudrait être dans le sein de la Divinité, pour con^prendre quelle est sa manière de vouloir, et la puissance de sa volonté. Si, par notre expérience personnelle, par notre sentiment individuel, nous ne connaissions pas oe que c'est que le vouloir dans l'homme, il nous serait impossible de nous en faire une idée ; comme il est impos- ^ sible au sourd de naissance de concevoir le son, à Ta^ veugle-né de concevoir les couleurs. Ce serait une pensée basse et terrestre, que de transporter à la Divinité ce qui ne convient qu'à l'homme, borné dans son pouvoir comme dans ses conceptions. L'homme peut bien donner aux objets préexistants de nouvelles formes ; il peut modifier la matière, et non la créer : mais au contraire, infini dans sa puissance. Dieu donne l'existence actuelle à ce qui n'avait qu'une existence possible ; et c'est ce qu'on appelle créer, tirer du néant. Ne faut-il pas qu'il y ait une différence infinie entre le pouvoir de l'homme et le pouvoir de Dieu? et si la puissance bornée peut créer des niodifications, pourquoi la puissance sans bornes ne pourraitelle pas créer des êtres ? Nous avons en nous-mêmes une image imparfaite de cette puissance créatrice. Voilà, je le suppose, mon bras immobile ; cet état de repos est F absence, le néant du mouvement : je veux, et mon bras se remue; son mouvement possible est réalisé; son mouve* ment qui était dans une sorte de néant, en a été tiré par un acte de ma volonté : espèce de création imparfaite, qui est une figure de la création parfaite, dont Dieu seul est capable.
Dieu est incompréhensible : mais comprenez^vous bien comment votre mémoire vous rend présent le passé qui
SXAVBN PE6 AUGUMENTS P£ l'aTHÉISMB, ii{i
n'est plus, comment votre pensée s'élance dans tous l69 mondes à la fois, comment votre âme anime toutes lespar^ ties de votre corps 1 Nous ne sommes environnés que de choses incompréhensibles. C'est bien aux athées à parler de rincompréhensibilité de Dieu> à eux dont les systèmes ne sont qu'un assemblage de mots incohérents, depropon sitions contradictoires et révoltantes, dont la doctrine est si incroyable, qu elle entre à peine dans quelques esprits singuliers; en sorte qu'on ne peut être athée que par un eicèa de crédulité ! Mais cette observation trouvera sa place ailleurs. Je passe à la deuxième difficulté des athées* On ne voit pas Dieu. Sans doute, si l'auteur de la na-r ture n'avait pas marqué son ouvrage d'un sceau divin i s'il ne s'était pas rendu témoignage à lui-môme par une manifestation de ses attributs, capable d'entraîner tout esprit raisonnable, nous pourrions en être réduits à de vagues conjectures, et rester flottants dans l'incertitude et le choc des systèmes de l'esprit humain. Mais si tout nous retrace cette haute majesté ; si c'est le cri de la raison, du genre humain, de la nature entière, qu'il est un Dieu auteur de toutes choses, digne de nos adorations et de notre amour : que sommes-nous pour oser lui deman* der pourquoi il ne se manifeste pas davantage, et pour exiger de plus grandes lumières, au lieu de recevoir aveo reconnaissance celles qu'il nous donne ? Vous voudriea que Dieu se manifest&t davantage : mais jusqu'à quel point voudriez-vous qu'il port&t cette manifestation de luimême ? Vous ne prétendez pas sans doute que l'Être in* fini soit obligé de se découvrir à un être aussi faible que vous, daus l'état infini de sa grandeur et de sa gloire. Voudriez-Yous que son existence fût pour vous un fait aussi sensible que celle du soleil ou de votre propre corps ? mais alors où serait le mérite de croire en lui ? Quel mérite avez-vous de croire à l'existence du soleil que vous voyez de vos yeux ? Juste et bon, mais indépendant, maître
116 EXÀHE5 DBS ARGUMENTS DE L* ATHÉISME.
et roi de ses créatures, jaloux des hommages d'un cœur droit et sincère, Dieu se présente à nous sous un jour assez frappant pour qu'on puisse l'apercevoir, et sous tm voile assez épais pour que nous ayons le mérite de croire à sa présence. Vous pensez que le Dieu bon le serait bien davantage, s'il se rendait plus sensible à vous : mais le Dieu qui est la bonté même est aussi la souveraine sagesse; et que savez-vous si, dans ses conseils éternels, il n'a pas fait sagement de ne pas se manifester davantage? Vous le croiriez encore meilleur, s'il était plus visible ; et un autre le croirait meilleur, s'il lui donnait plus de santé^ plus d'esprit, plus de puissance. Ainsi la Divinité serait assujettie aux vains caprices des hommes, et il faudrait que leurs idées arbitraires devinssent la règle de celui qui est la suprême raison. Je conçois très-bien coipment Dieu est tout à la fois visible et caché : visible dans ses œuvres, qui sont comme autant de miroirs où se réfléchissent ses perfections adorables, et caché à cause des ombres qui enveloppent son infinie majesté : c'est le soleil caché derrière un nuage. Plus loin de nous, la Divinité pourrait échapper à nos regards ; plus rapprochée, elle nous entraînerait avec une impétuosité qui ôterait à l'homme sa liberté, et toute l'économie du monde actuel se trouverait renversée. C'est par la droiture du cœur, par la bonne foi, par le désir sincère de connaître la vérité, que nous sommes estimables aux yeux du juste appréciateur des choses : qui le cherche avec des intentions pures, le trouvera. Il est une pensée de saint Augustin, souvent répétée, mais qu'il faut rappeler toujours, parce que toujours on l'oublie, et que nous allons reproduire dans les expressions mêmes de Pascal : a II y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité x> pour ceux qui ont une disposition contraire (1). o
F (I) PenséeSy art. xvin, n. 2.
EXAMEN DES ARGUMENTS DE l' ATHÉISME. 117
Ici, comme en tout le reste, le christianisme se montre éminemment raisonnable , et nous pouvons observer combien la révélation confirme , en l'épurant, en le perfectionnant, tout ce qu'inspire une saine raison. Elle nous apprend que c'est ici le temps des ombres et des obscurités, et non celui de la pleine et parfaite lumière ; qu'il faut commencer par croire, pour mériter de voir; qu'il sera déchiré le voile qui nous dérobe la Divinité, et que, semblable au crépuscule qui annonce le soleil, le temps présent n'est que l'aurore du jour de l'éternité.
Venons à la troisième difficulté, qui est qu'on peut se passer de Dieu, et que sans lui on explique tout.
On sait, Messieurs, avec quelle jactance les athées modernes ont vanté leur science et leurs lumières. A les en croire, c'étaient des esprits sublimes, qui, portés sur les ailes du génie, planaient au-dessus des préjugés vulgaires : si quelquefois ils daignaient descendre de ces hauteurs pour nous tendre une main secourable, c'était par un reste de pitié superbe dont ils voulaient bien ne pas se dépouiller. Us prononçaient contre nous les mots de superstitions, de préjugés, de crédulité; ils nous accusaient de nous traîner dans les sentiers de la routine, et nous invitaient à briser comme eux les fera d'une honteuse servitude. Ne serait-il pas singulier, que l'accusation de crédulité qu'ils nous intentent retombât sur eux tout entière; que la force d'esprit fût de notre côté, et que du leur il n'y eût que faiblesse et puérilité? Certes, si quelque chose peut les en convaincre, c'est bien la prétention qu'ils ont de tout expliquer sans Dieu.
Oui, il est facile de faire voir que sans lui on ne peut expliquer ni l'existence de la matière, ni l'existence du mouvement, ni en particulier l'existence de l'homme.
Je dis d'abord qu'avec l'athéisme on ne peut expliquer l'existence de la matière, de ces corps dont se compose «et univers sensible. En effet, si la matière n'est pas Tou-
448 EXAMEN DES ARGUMENTS DE l' ATHÉISME.
vrage d'un Dieu créateur, à qui doit-elle son existence? Ce n'est pas au néant, le rien ne produit rien ; il fau^ donc dire que la matière existe par elle-même , qu'elle a été de toute éternité, que sa nature est d'exister nécessairement, qu'ainsi elle est ce que les métaphysiciens appeir lent VEtre nécessaire. Or, cette assertion est non-seule-;^ ment gratuite, mais contraire à la raison. Je fais observer d'abord que la matière n'est pas une fiction de notre esprit, mais une chose réelle, un composé d'une multitude de parties unies entre elles : dès lors, si la matière existe nécessairement , chacune de ses particules a aussi une existence nécessaire ) si bien qu'il serait impossible, sans se contredire , de la supposer non existante : ainsi il n'y aura pas un grain de sable, une molécule d'air, un atomç de matière, dont l'existence ne soit aussi essentielle , que la rondeur est essentielle à un cercle. L'idée du cercle et celle de la rondeur^sont tellement inséparables, qu'il est bien impossible de les séparer sans se contredire soi-même. Or je demande s'il en est de même de l'idée d'un atome et de l'idée de son existence, et en quoi l'essence des choses serait blessée, parce que je supposerais que cet atome n'existe pas : donc cet atome n'existe pas nécessairement; et ce que je dis de l'un, je le dirai de tous : donc il y a un Dieu. Je fais observer encore que la suprême perfection , c'est d'exister par soi-même , d'avoir ainsi tout de son propre fonds. L'être qui existe par luimême est indépendant \ il possède tout : et qui pourrait le limiter? Aussi, s'il est une chose démontrée en métaphysique, c'est que l'Etre nécessaire a toutes les perfecr tions, l'intelligence, la sagesse, la bonté, la liberté, la justice : donc, si l'Etre nécessaire était la matière, c'est à elle qu'il faudrait accorder toutes ces perfectionsj en cel^ quelle étrange violence ne faudrait-il pas faire à la raison? Ce n'est pas tout; comme chacune des particules de matière existerait nécessairement, chacune d'elles serait soiv
EXAMEN PES ARGUMENTS DE l'aTHÊISME. il 9
veraincment parfaite, elle serait Dieu : et voilà commet en rejetant le Dieu véritable, Tattaée peuplerait de dieux Funivers entier. Je fais observer encore, que la matière n* existe qu'avec les attributs qui lui sont naturels, qu'avec une certaine disposition de parties, une certaine manière d'être, une figure quelconque : donc la matière n'a pu exister de toute éternité sans avoir une forme déterminée, éternelle comme elle, dès lors indestructible, immuable ; et cependant cette immutabilité est démentie tous les jours par la variation perpétuelle de ses formes. Je sens que tout cela est mieux placé dans un livre qu'on peut méditer à loisir, qge dans un discours public dont les paroles passent rapidement. Voilà pourquoi j'abrège : mais tout cela est fondé sur une métaphysique inattaquable; vous pouvez le voir développé dans Clarke en particulier (i).
Je dis, en second lieu, que, sans recourir à Dieu, le mouvement est inexplicable. Une propriété des corps, c'est de pouvoir être transférés d'un lieu à un autre^ de pouvoir être agités; c'est là ce qu'on appelle mouve^ ment : or je demande d'où vient le mouvement de la matière. Direz-vous que le mouvement lui a été communiqué dans le principe, ou direz-vous que le mouvement lui est essentiel? choisissez. Si vous dites que le mouvement lui a été communiqué, je demanderai de qui elle l'a reçu : ce n'est pas d'elle-même; par la supposition, elle ne le trouve pas dans son propre fonds : c'est donc d'une cause distincte d'elle-même, d'une cause motrice; et voilà le premier moteur distingué de la matière , c'est Dieu. On aurait beau dire que le mouvement a été communiqué d'une partie de la matière à l'autre, sans aucune cause primitive, extrinsèque de son existence; que c'est ici une succession sans fin de mouvements qui pas-*
(1) Traité de l'Mc^tence tk XM^u, tom. I, chap. ii et suiv.
i20 EXAHEN DES ARGUMENTS DE L' ATHÉISME
sent d'un corps à un autre : c'«st vouloir s'abuser soimême ; il faudra toujours arriver au premier atome qui a été mis en mouvement, et. je demanderai quelle a été la cause efficiente. Hé bien , direz-vous, je soutiens que le mouvement est essentiel^ inbérent à la ifnatière : et moi , je prétends que par là vous vous jetez dans un embarras aussi grand que le premier; car j'ai Tidce d'un corps, et ridée du mouvement, et je sens très-bien que je puis séparer ces deux choses. Je puis supposer un corps en repos, sans le détruire; je vois même, par expérience, qu'un corps reste immobile, s'il n'est ébranlé par un autre : donc ridée d'un corps n'emporte pas celle du mouve-ment ; donc les corps ont toute leur essence, sans qu'on leur attribue aucun mouvement ; donc le mouvement ne leur est pas essentiel ; donc il leur a été communiqué par une cause préexistante : et nous voilà ramenés à la cause première, à Dieu. Je pourrais multiplier ici les raisonnements, si je ne craignais de vous fatiguer par des choses si. abstraites. J'aime mieux vous renvoyer à Fénelon , qui, dans son Traité de l'Existence de Dieu, a plusieurs chapitres très-solides et très-lumineux sur cette matière (1).
Je dis enfin que sans Dieu on ne peut expliquer l'existence de l'homme. Et remontant de famille en famille, de siècle en siècle, il faut aboutir enfin à un homme qui , le premier de tous, se soit trouvé sur la terre, organisé, vivant, sentant comme nous, sans être né comme nous d'un père et d'une mère préexistants : on aura beau prolonger dans des temps imaginaires la chaîne des générations, il faudra tôt ou lard arriver au premier anneau. Le genre humain a commencé : on ne dira pas, je l'espère » qu'il y a eu de toute éternité des individus de notre espèce, existants par eux-mêmes nécessairement, et qui
(1) Voyez !• part. chap. m, et II« part. chap. m.
EXAMEN DES ARGUMENTS DE L* ATHÉISME. iâl
sont devenus la tige de tous les autres ; car ces individus nécessaires existeraient encore : ce qui existe par la nécessité de sa nature ne peut cesser d'être ; et où sont-ils ces individus de notre espèce qui soient éternels? Tout cela est absurde. L'espèce humaine a donc eu un commencement, mais quelle en a été Forigine et la cause? Nous croyons, nous disons une chose très-simple : c'est que Dieu créateur donna au premier homme Tétre et la vie; que, dans sa puissance suprême, il façonna son corps avec une merveilleuse industrie, comme le potier façonne Targile, et qu'ensuite il l'anrmâ de cette intelligence, rayon de la divine lumière par laquelle l'homme est l'image de son auteur.
Parmi les athées, il en est qui vous disent crûment, que la nature a planté des hoihùies sur les diverses parties du globe : mais, quand on ne reconnaît pas Dieu, la nature n'est autre chose que cet univers, que l'assemblage de tous les êtres. Maintenant, si quelqu'un nous disait que la collection des êtres a planté des hommes, nous les prierions de parler français , et de ne pas exprîmer'dans un langage barbare une idée plus barbare encore. Chez les anciens , Lucrèce disait que dans l'origine les germes des animaux, attachés à la terre par leurs racines, végétaient comme les plantes : mais je voudrais savoir où sont les monuments historiques de cette végétation de rhomme-plante. Ne demandons pas des témoins du fait ; cela s'est passé à cette époque et dans ces lieux où les arbres parlaient; où Amphion, au son de sa lyre, amollissait les tigres et les rochers, c'est-à-dire au temps et dans le pays des chimères. Si autrefois les hommes ont tenu à la terre par des racines comme les plantes? pourquoi n'y tiennent-ils pas encore comme les plantes? pourquoi, si la terre a produit des hommes par une sorte de végétation, n'en produirait-elle plus de la même manière? Tandis qu'on voit toutes les productions de la nature, les
m EXAMEN DES ARGUMENTS DE l'aTRËISUE.
minéraux, les piaules, se perpétuer de la même manière, pourquoi donc ce changement dans la production de rhomme? D'où vient qu'après avoir résulté jadis d'unç certaine combinaison, il n'en résulte plus aujourdliui.
Ne parlez pas des métamorphoses qu'a subies l'animal aquatique qui coasse dans nos marais, ni de celles du yer industrieux qui file son tombeau, et qui, après aypir rampé, déploie les ailes du papillon : toutes ces métamorphoses ont eu lieu dans tous les temps, comme elles ont lieu encore à présent. Toujours les êtres qui en résultent ont été produits de cette manière ; l'expérience est constante, universelle : en sorte que , pour suivre les lois de l'analogie, si l'homme eût autrefois résulté d'une métamorphose semblable, il en résulterait encore maintenant,
Quand le preniier homme a paru sur la teiTC, dans quel état était-il? Les athées veulent-ils qu'il ait paru en*faut, ou bien homme fait, ou qu'il se soit fornié successivement. Discutons un moment ces trois hypothèses. Si je vous disais que le premier individu de notre espèce parut ^ur la terre dans la faiblesse, les infirmités, les besoins de la plus tendre enfance, vous seriez alarmés sur la conservation de ses jours ; vous pourriez me demander quelle mère le nourrit de son lait, quelle main bienfaisante garantit son corps débile des dangers qui l'environnaient : mais. calmez vos inquiétudes, l'athée Lucrèce a pourvu à tout cela en très-beaux vers. Suivant lui, le premier homme eut la terre pour nourrice, pour vêtement une vapeur légère, pour berceau le tendre gazon.
Terra cibum pueris, vestem vapor, herba cubile PraBbebat multâ et molli lanugine abundans (1).
(I) De Rer, not. 10). V, vers. 814, MÇ,
SXàMIN des ARGUMBNTS m, i'ATHÉISMBé 4^3
Messieurs, je ne Tai pas vu ; mais je pais assurer que, si cela n'est pàa vrai , cela est très-poétique ; il est gra<cieux du moins ce Lucrèce , tandis que les athées mpt dernes, avec leur sombre métaphysique , $ont tristes comme les ténèbres.
Si vous disiez que Thomme est sorti tout à coup , dan^ i'àge parfait, de la fange d'un marais échauffé par leç rayons du soleil , vous avanceriez une chose évidenmiei^t démentie par les faits; car il est contre toutes les lois de Tanalogie, et contre l'expérience de tous les siècles et de tous les climats, que la formation d'un animal ait une telle' rapidité , et se trouve subitement , comme par une crés^^ tion instantanée, dans son état de perfection.
Il vous reste à dire, que Tbomme s'est formé successifvement par une agrégation de parties qui se sont rappror ohées : nouvelle absurdité. Un corps. organisé est un tout dans lequel chaque partie suppose Texist^nce des au-^^ Ires ; un animal ne se forme pas comme le sel, par exemple, par la juxtaposition de différentes molécules réunies* C'est un système d'un nombre infini de machines qui se correspondent directement , qui ont entre elles dés rap^ ports intimes, qui sont faites les unes pour les autres^ et 4ont les forces concourent au bien général. Ce tout se développe et augmente de volume y mais , en tant que machine , il est toujours en petit ce que plus tard il doit être en grand. Enfin, quand j'accorderais que l'homme a pu être formé de cette manière, je demanderais toujours d'où vient que la terre , après avoir produit des homme$ de germes préexistants, n'en produit plus aujourd'hui, . A cela que répondent les athées ? Que la terre est vieille , qu'elle est épuisée , qu'elle a perdu sa fécondité ; réponse digne de l'absurdité de leurs systèmes. Sur quoi est-elle fondée ? Ici rien de solide. Eh quoi ! n'y a-t-il plus de limon , de terre molle et fangeuse , plus de soleil pour l'échauffer? La même matière demeure toujours j la
424 EXAMEN DES ARGUMENTS DE l'aTHÉISHE.
nature même devrait avoir aujourd'hui plus de facilité pour ces sortes de productions : car, par la mort d'une immense multitude d'hommes depuis tant de siècles, les germes qui avaient servi à les former se sont répandus de toutes parts; ces atomes précieux existent en grande quantité ; les corps morts seraient la semence des vivants , et les tombeaux seraient des magasins où la nature trou-» verait des matériaux tout prêts pour en former des hommes. Telle est en substance la réflexion de Jaquelot (i) et de Fontenelle (2). De nos jours on renouvelle cette doc- *trine, que les animalcules microscopiques naissent du sein même de la corruption, et Ton insinue que peut-» être rhomme a eu une origine semblable : mais d'abord il faudrait prouver que ces animalcules ne viennent pas d'un germe préexistant, et que ce germe n'est pas le fruit d'un animalcule qui a été avant le germe ; chose qui n'est pas encore prouvée. Mais que gagnerait- on à cette supposition, quand elle ne serait pas gratuite *i II est constant qu'il est des espèces qui ne se reproduisent point par cette voie ; qu'on n'a jamais vu rien de semblable pour lîn lion, un éléphant, un homme ; et je serais toujours fondé à demander qui a donné la vie au premier individu de ces espèces. En vérité , avec leurs hommesplantes , leurs métamorphoses , pour expliquer l'origine de l'espèce humaine, les athées se montrent plus crédules que les enfants qui croient aux métamorphoses opé-» rées par la bagiïette magique des fées; et contes pour contes, j'aime encore mieux ces histoires assez plaisantes dont on amusa notre enfance , que ces romans physiques qui avilissent l'homme, et portent dans le cœur flétri des impressions de tristesse et de mort.
(1) Dissertation sur l* Existence de Dieu. II» Dissert. chap. v, tom. II, pag 2^2. — (2) De VExistence de Dieu, OEuvres, tom. IIÎ^ pag.252. i
EXAMEN DES AKGOMENTS DE l'aTHÉISME. 435
Ainsi , loin de dire qu'on explique tout sans Dieu , nous dirons, avec Leibniz, que «Dieu est la première raison Ddes choses (i).»
Ne serait-il pas tennps , Messieurs , d'abjurer tous ces systèmes ténébreux , de nous déclarer hautement en faveur des vérités sacrées que les nations et les siècles ont révérées comme le vrai fondement du monde moral , de nous soustraire entièrement et pour toujours à la domination tyrannique de cette fausse sagesse , qui n'a usurpé Tempire sur la véritable , que pour en faire un si funeste usage ; qui n'a su régner que pour détruire , parler au nom de la tolérance que pour exterminer, au nom de la liberté que pour amener Tanarchie ou la servitude 1 Si l'athéisme est la source de tout mal, la croyance en la Divinité est le principe de tout bien : un Dieu , une providence, une vie future, une religion règle de Tesprit et du cœur, qui réprime tous les vices et commande toutes les vertus , tout cela se lie et s'enchaîne ; et pour arriver de la foi en un Dieu père commun du genre humain, à la foi en un Jésus-Christ son réparateur, il ne faut qu'être con-* séquent. Peut-être me sera-t-il donné de parcourir heu^ reusement avec vous l'intervalle qui les sépare. Tout ce que je demande, c'est l'amour sincère de la vérité , et le courage de l'embrasser après l'avoir connue, fallût-il lui sacrifier ses penchants et ses habitudes.
Augustin, jeune encore, et jusque-là esclave de l'erreur et de la volupté, arrive à Milan, dont le grand saint Ambroise était alors évêque. Augustin assiste aux explications que ce docte et zélé pontife donne à son peuple sur les livres saints et la doctrine chrétienne. Peu à peu il voit se dissiper devant lui les préjugés dont son esprit était offusqué : la religion commence à se montrer à lui sous un jour nouveau et plus favonible ; après avoir es-
(1) Essais de Théodicée, V^ part. n. 7-
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gayé de tous les systèmes philosophiques comme de tous les plaisirs, il croit entrevoir qu'il a trouvé ce qu'il avait en vain cherché depuis si longtemps. Cependant Honi* que, sa mère, ne cesse de verser des larmes, de conjurer le ciel d'éclairer un fils qui lui était si cher, et de le faire entrer enfin dans le sein de TËglise catholique : ses gé-^ missements et ses pleurs ne seront pas perdus. Augustin voit bien la vérité, mais il la repousse ; il rougit de ses désordres, mais il ne peut se défendre des charmes de la volupté^ il éprouve les combats les plus violents.. Un jour, dans les angoisses de son cœur et le tumulte de ses pensées, il s'écarte de la société de ses amis, et va s'as* seoir sous un arbre solitaire : là une tempête furieuse agite son âme ; il verse un torrent de larmes ; son esprit s'éclaire, et son cceur est changé. Sa mère voit ses vœux accomplis ; bientôt après elle meurt, emportant avec elle dans le tombeau l'ineffable consolation d'avoir vu son fils entrer dans les voies de la vérité et de la vertu. Mes* sieurs, Ambroise n'est point ici ; mais n'y aurait-il pas dans cet auditoire quelque jeune Augustin, se débattant dans les liens de ses passions, honteux des fers qu'il porte, et n'ayant pas le courage de les rompre ; ouvrant les yeux à la lumière pour les refermer aussitôt, semblable h celui que le sommeil accable, qui s'éveille un instant, fait quelques eftorts, et retombe vaincu par la mollesse) Et dans cette capitale, dans nos provinces, n'y a-t-il pas plus d'une Monique désolée, gémissant sur les écarts et l'incrédulité d'un fils, qui peut-être nous entend, et dit dans son coeur : C'est moi dont il s'agit? Que nous serions heureux, si le ciel daignait se servir do notre ministère pour ouvrir son esprit à la vérité, et son cœur à la vertu Y Puisse-t-il sentir que le bonheur qu'il cherche, ce ne sont pas les passions qui le donnent, mais cette religion ce-» leste qui est venue apporter des remèdes à tous les maux de l'humanité, qui éclaire et fixe les incertitudes de l'es-
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prit par la foi, console et fortifie Tâme par Tespérance, perfectionne et sanctifie le cœur par la charité, et dit à tous sans exception : « Vous tous qui êtes travaillés des » maux de la vie, et £Eitigués du choc des vaines opinions, » venez à moi, et je vous soulagerai (4) ! »
(1) Matth. XI. 28.