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âme, de ses facultés et de ses destinées. Toutefois, quoi de plus digne de nos pensées et de nos méditations? Laissons, Messieurs, laissons une philosophie toute ani* maie n*estimer, n*afiectionner que rhomme animal : en vrais philosophes , sachons Tenvisager dans cette intelligence, qui en fait le roi de la nature ; dans ses rapports avec la Divinité, qui ennoblissent son être, et d'où découlent ses devoirs religieux ; dans ses rapports avec ses semblables, qui le lient à Thumanité tout entière, et d'où découlent ses devoirs domestiques et civils. N'allons pas nous borner aux décorations qui embellissent les dehors du temple, mais pénétrons dans le sanctuaire, pour en admirer la richesse et la magnificence. La grandeur de riiomme n'est pas dans cette partie de lui-même qui passe et qui meurt ; sous ce point de vue, il ne ressemble que trop à la brute, vivant et périssant comme elle : sa grandeur véritable est dans son intelligence. Eh quoil cet esprit qui vit et qui pense en moi, plus actif que la flamme, plus rapide que Téclair, plus grand que l'univers qu'il embrasse et qu'il mesure dans ses conceptions ; cet esprit qui, se multipliant en quelque sorte, semble être à la fois dans tous les temps et dans tous les lieux, qui vit dans le présent par le sentiment actuel, dans le passé par le souvenir, dans l'avenir par la prévoyance, et qui, franchissant les bornes du temps et de l'espace, s'élance dans l'infini : cet esprit n'eàt-il pas bien plus digne de nous occuper, que ce corps qui n'est, après tout, qu'un amas de vile poussière T Si l'on me demandait de dire nettement ce que j'entends par cet esprit dont l'homme est animé, je répondrais sans balancer, que j'entends une substance intelligente dégagée de toute matière, tout être réel qui n'est pas corps : voilà ce qu'on appelle esprit. Serions-nous assez peu philosophes pour regarder comme chimérique tout ce qui n'est pas corporel, et pour juger des idées de Tentendement d'après les fantômes de l'imagination ? Fau-
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dra-t-il que nous soyons athées, parce que nous ne saurions attribuer à la Divinité les dimensions et les propriétés de la matière ? La pensée n'esl-elle pas quelque chose de réel ? n'est-ce donc qu'un pur néant ? Et toutefois peuton la représenter sous des images sensibles, lui prêter une figure carrée ou cubique, la peindre sur la toile avec des couleurs ? Ainsi , loin de nous cette opinion grossière , qu'il n'est rien de réel au delà de ce qu'on peut imaginer. Vous ne concevez pas bien la nature d'un être incorporel ; mais, dans la réalité, connaissez-vous bien la nature des corps ? Vous en voyez les propriétés, la divisibilité, la solidité, la mobilité ; mais quel est le fond, quelle est l'essence intime de la substance douée de ces qualités? Où est le physicien qui se flatte d'avoir pénétré ce mystère? Que nous observions la substance étendue, ou la substance simple, nous ne pouvons apercevoir que les qualités qui leur appartiennent ; et dans l'un comme dans l'autre cas, ce que nous nommons substance, c'est-à-dire, sujet ou soutien des qualités, nous est également inconnu (i). Mon dessein, aujourd'hui. Messieurs, c'est d'établir que l'âme est une substance différente du corps, qu'elle est spirituelle. Rien de plus lumineux que les preuves de cette doctrine, rien de plus vain que les arguments qui la combattent.
Il y a dans chacun de nous quelque chose qui sent, pense et juge : c'est notre âme. Or, pour peu que l'on veuille réfléchir sur cette triple capacité qu'elle a d'éprouver des sensations , d'engendrer des idées, de former des jugements, on y trouve une triple démonstration de sa simplicité, de son immatérialité, de sa spiritualité, trois termes qui seront synonymes dans mon langage.
Il est vrai, c'est par la médiation des sens, par le
fl) Gondillac, Cours â^ Études, tome I ; Leçons préliminaires, p, 60.
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moyen de Tœil, de roreille, de l'odorat, du goût, du toucher , que rhomme entre en communication avec les objets extérieurs matériels dont se compose cet univers. Hais c'est ici qu'il importe de bien démêler ]es choses, pour ne pas confondre ce qu'il y a de purement physique avec ce qu'il y a de purement inteilec* tuel. En effet, qu'arrive-til ? Un corps lumineux frappe mon œil, un corps sonore frappe mon oreille, et ces deux impressions physiques sont transmises» si Ton veut, jusqu'au cerveau : là, je ne sais quelle iibre.est ébranlée, j'y consens encore ; mais de cette impression « de cet ébran*lement plus ou moins rapide, plus ou moins fort, à la sensation éprouvée par Tàme, l'intervalle est immense. 11 s'agit de bien comprendre qu'une impression sur les organes ne devient sensation qu'autant qu'elle est aperçue par le principe sentant. Ainsi, je le suppose, un corps étranger me touche légèrement; si je m'en aperçois, mon ftme en est affectée et éprouve une sensation : un autre corps me frappe plus fortement, mais je suis plongé dans le sommeil, ou absorbé par une distraction, en sorte que je ne sens rien : il y aura bien là impression, il n'y aura pas sensation. Le sang, suivant l'opinion universelle, circule^t-il dans nos veines? voilà bien du mouvement;, mais, comme il est inaperçu, qu'il n'est pas senti, nul n'osera dire qu'il y a sensation. Non, Messieurs, je ne vois la lumière du soleil, je n'entends le son d'une trompette, je ne sens le parfum d'une rose, qu'autant que je m'aperçois que je vois, que j'entepds, que je sens. Si je n'ai pas la conscience d'une sensation, je n'ai pas plus de sensation, que la cire sur laquelle on imprime un cachet.
Mais prenons garde de donner dans une erreur grossière. N'allons pas croire qu'il y a en nous autant de sièges du sentiment, que nous avons d'organes. Les sens exté* rieurs, comme l'oreille, l'œil, l'odorat, reçoivent les impressions physiques des objets ; mais ils n'en ont pas la
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connaissance. Ainsi Toeil reçoit l'impression du rayon lu* mineux, mais il n'a pas le sentiment de la lumière; To* reille est ébranlée par le corps sonore, mais elle n'a pas ridée d'un son ; l'œil ignore ce qui se passe dans l'oreille j l'oreille Ignore ce qui se passe dans l'œil. Toutes les impressions reçues par les organes divers sont transmises à un principe unique, qui en a le semiment, qui les compare et les apprécie ; et ceci va nous conduire à une démonstration rigoureuse de la spiritualité de Tàme.
6 Non-seulement nous connaissons nos sensations, non** » seulement nous réfléchissons sur ce qu'elles nous pré-»
8 sentent; mais souvent nous comparons les unes aux au»* » très. J'éprouve à la fbis diverses sensations; quelque- » fois c'est le môme objet qui me les procure. Je vois, je » goûte et je sens un ragoût; j'entends et je touche un in» » strument. D'autres fois ce sont différents objets qui » frappent mes divers sens. J'entends une musique en » môme temps que je vois des hommes, que j'éprouve la » chaleur du feu, que je sens une odeur, que je mange » un fruit. Je discerne parfaitement ces sensations di«^ 30 verses ; je les compare, je juge laquelle m'affecte le plus » vivement et le plus agréablement ; je préfère l'une h » l'autre, je la choisis. Or ce moi qui compare les diverses
9 sensations ef^t indubitablement un être simple ; car, s'il » est composé, il recevra par ses diverses parties les di- » verses impressions que chaque sens lui transmettra : » les nerfs de l'œil porteront à une partie les impression^ »» de la vue ; les nerfs de l'oreille feront passer à une autra x) partie les impressions de l'ouïe, ainsi du reste. Mais, si D ce sont les diverses parties de l'organe physique, du » cerveau, par exemple, qui reçoivent chacune de leur » côté la sensation, comment se fera le rapprochement, » la comparaison? La comparaison exige un compara-^ » teur ; le jugement suppose un juge unique. Ces opét rations ne peuvent se faire sans que les sensation^