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différentes aboutissent toutes à un être simple. tJn écri- » vain qui ne doit pas étire suspect aux incrédules, rap- » portant ce raisonnement, s'exprime ainsi : On peut » dire, sans hyperbole, que c'est une démonstration aussi » assurée que celles de la géométrie (i). »
Mais quels nouveaux traits de lumière vont éclairer la discussion, si nous considérons dans T&me la capacité de penser !
Pour remonter aux principes les plus élémentaires, nous dirons : Nous ne pouvons juger des choses que par nos idées ; c'est par les notions nettes et précises des objets, que nous pouvons les discerner, prononcer sur leur ressemblance ou sur teur opposition. Rien de plus simple ou de plus lumineux que le principe suivant : Lorsque deux choses ont des définitions, des propriétés et des ef* fets opposés, si bien que ce que Ton affirme de l'une on doive le nier de l'autre, nous disons que ces deux choses diffèrent en espèce et en nature. C'est par cette unique règle qu'on distingue les objets. Si je vous demande pourquoi une pierre n'est pas un arbre, pourquoi Teau n'est pas du feu, vous ne pouvez en dontier d'autre raison^ sinon que leurs idéos, leurs définitions, leurs propriétés , leurs eflets, sont différents. Or parcourez les qualités les plus constantes et les plus connues de la matière, voyez si elles ne sont pas en opposition avec la pensée ; et si cela est, concluez que ce qui pense n'est pas matière. Entrons dans cet examen.
La matière est étendue , composée de parties placées les unes hors des autres. Or qui ne sent pas que la pensée est simple, sans parties distinctes? Les objets corporels de la pensée peuvent bien être de volume et de grandeur inégale; nuiis la perception que j'en ai, ne sç mesure pas
(1) Voyez M. de la Luzerne : Dissert, sur (a Spiritualité 4e V^me^ page 83 et suiv. et la note où il cite Bayle.
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sur leurs dimensions: la pensée du soleil n'est ni plus longue, ni plus large que celle d'une fleur. Qui ne serait révolté d'entendre parler de pensées d'une ligne de longueur, d'un pouce d'épaisseur ? Si nous parlons de vastes, de profondes pensées, ce sont là des métaphores qui servent à nous rendre comme sensibles les opérations do l'intelligence.
La matière est figurée ; elle a une forme et des couleurs. Or quelle figure donnerez-vous à la pensée ? Estelle ronde ou carrée, cubique ou triangulaire? La pejiséè est^Ue d'un bleu céleste, ou rouge comme Técarlate? Qu'on demande au plus simple' villageois si ses pensées sont vertes comme ses prairies, ou carrées comme sa maison, cette question lui paraîtra ridicule, impertinente; il croira qu'on veut se moquer de son ignorance : tant cette question répugne au sens commun !
La matière est divisible; elle peut être partagée en parties distinctes les unes des autres. La pensée, au contraire , est indivisible ; elle est tout entière , ou bien elle n'est pas ; il est inoui qu'on prenne la moitié, le tiers, le quart d'une pensée. Voilà donc comme les propriétés les plus constantes, les plus universellement reconnues de la matière , sont en opposition manifeste avec celles de la pensée. En vain vous voudriez supposer dans la matière quelque propriété cachée qui la rendît susceptible de penser: d'abord c'est une supposition toute gratuite, que celle de cette occulte et merveilleuse qualité ; et combattre ce que l'on connaît bien, par une chose que Ton ne connaît pas, c'est un procédé bien étrange , que repoussera toujours la saine logique. D'ailleurs , ce que la matière peut avoir de plus intime et de plus caché, n'empêche pas qu'elle ne soit matière étendue, figurée, divisible ; qualités incompatibles avec lintelligence. Ne me dites même pas, qu'on ne sait point si Dieu, par sa toute-puissance, ne pourrait pas attacher la pensée à la substance (nat^-
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rielle. Ce n'est pas mettre des bornes à la toutepuissance, que d'avancer qu'elle ne peut faire ce qui implique contradiction : ce serait même insulter à sa sagesse, que de la eroire capable de former le dessein d'une chose absurde. Ainsi le Tout-Puissant ne peut pas faire que ce qui a été n'ait pas été, qu'un carré soit circulaire, et qu'un cercle soit carré. La pensée et retendue sont d'un genre opposé, comme le son et les couleurs ; on ne peut colorer le son d'une trompette , ni rendre sonore le parfum d'une fleur. De même le matériel et l'immatériel, retendu et Finétendu, ne peuvent s'identifier dans le même sujet. Un être n'existe pas sans ses qualités essentielles , ni avec des qualités qui s'excluent nécessairement : dès lors, s'il est étendu, il faut qu'il soft sans pensée ; s'il reçoit la pensée , il faut qu'il perde retendue. Telles sont les notions que nous donne la saine raison ; et s'il était permis de les abandonner pour des hypothèses chimériques, le parti le plus sage serait de douter de tout : et pourtant ce parti est le comble de la folie humaine.
Enfin la matière est susceptible de mouvement ; mais le mouvement n'a rien de commun avec la pensée. J'ai une idée très-nette et très-claire du mouvement ; j'ai aussi le sentiment ^e ma pensée , des opérations de mon intelligence, de ses volontés, de ses jugements ; et je vois que ce sont des choses d'une nature différente. Qui dit mouvement , dit agitation , déplacement de parties , transport d'un lieu dans un autre : or je demande à tout homme de bonne foi , si sa pensée est un corps qui se remue. Il ne faut pas confondre les mouvements qui se passent au dehors , avec l'idée , avec la connaissance que j'en ai. Dès qu'on se représente un mouvement , l'esprit se porte à concevoir un corps qui tantôt est dans un lieu, tantôt dans un autre ; mais quand je considère ces actes intérieurs par lesquels je veux ou je ne veux pas, je pense, je réfléchis, je juge, suis-je jamais conduit à me figurer une matière
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en mouvement! Si quelqu'un me disait que les beautés poétiques de Virgile , la [Àilosophie de Descartes , les découvertes de Newton , la sublime éloquence de Bossuet , n'ont été dans leur cerveau que des particules de matière agitée , que le résultat de leur grosseur, de leur volume, de leur vélocité, de leur choc ; j'avoue que ce langage me paraîtrait étrangement bizarre, et je serais tenté de croire que le genre humain n'a été fait ni pour le parler ni pour l'entendre. N'est-il pas absurde de dire que la conscience de soi-même est un déplacement , que les sentiments de la reconnaissance, de l'amitié, sont des passages d'un lieu dans un autre ? Et voilà pourtant ce qui serait , si la pensée était un mouvement.
La grande ressource des matérialistes de nos jours , c'est de dire qu'il ne faut pas confondre la matière inerte et passive avec la matière organisée ; que, dans ce nouvel état , elle peut avoir de nouvelles qualités qu'elle n'avait pas : de môme que , par le mélange de plusieurs substances, on obtient des résultats que n'eût pas donnés chacune d'elles séparément. Messieurs, c*est bien ici de toutes les illusions la plus grossière. Quelle est donc cette organisation qui donne la pensée à la matière? Ce n'est pas celle des plantes. Je ne crois pas, je l'avoue, que la violette la mieux organisée et la plus odorante soit pour cela un être penseur; c'est même un problème qui n'est pas encore bien résolu , de savoir si les animaux raisonnenti. Il s'agit donc de l'organisation du corps humain ; mais , encore quelle soit plus parfaite, que fait-elle? Elle met des parties matérielles dans de$ rapports de symétrie et de correspondance, dans une certaine proportion avec certains effets et certains mouvements. Je vois bien de nouveaux arrangements de substances matérielles ; mais enfin c'est toujours de la matière étendue, figurée, divisible : or , dans tout cela , je cherche en vain la pensée. C'est un principe bien simple et bien lumineux, qu'il n'y
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a pas d'eftet sans cause ; et dès lors ce qu'il y a dans un effpi doit se trouver dans sa cause. Prenez une assemblée d*aveugles, donnez-lui toutes les combinaisons possibles; H n'en résultera jamais un homme clairvoyant : pourquoi ? parce que, dans aucun de ces individus aveugles, il n'est aucune aptitude à recevoir , par sa combinaison avec les autres , les impressions de la lumière ; de même , de la combinaison des parties non-pensantes , vous n'aurez jamais un être pensant. Que font les composés chimiques? ils combinent des forces particulières , de manière que l'une donne l'impulsion à l'autre , et que , s'entr'aîdant , elles concourent à l'effet commun. La composition des substances ne fait que développer ce qui était préexistant, et qui avait besoin d'être tiré de l'Inaction. Ainsi le soufre allumé dégage l'air condensé dans le salpêtre ; l'air dilaté suit les lois naturelles de son élasticité, et de là l'explo*sion. SI donc la pensée résultait des combinaisons de la matière organisée , il faudrait qu'il y eût dans la matière une aptitude à devenir pensante , qui n'attendit que le moyen de se développer. Or, l'aptitude à penser ne peut se trouver dans ce qui est étendu , figuré , divisible : ce sont là des choses incompatibles. J'aimerais autant dire que, dans la couleur d'une fleur, il peut se irouver une certaine aptitude à devenir sonore.
il est curieux de voir ce que les idéologues modernes ont inventé pour expliquer mécaniquement la pensée. Je vais citer littéralement des passages qui seraient déplacés dans un sermon, mais qui ne le sont pas dans nos conférences. Écoutez ces docteurs de matérialisme; ils vous diront, dans des ouvrages pleins du plus scientifique appareil, que a le cer\'eau est l'organe particulier destiné à » produire la pensée, comme l'estomac et les intestins à » faire la digestion. Des aliments tombent dans l'estomac » avec leurs qualités propres, et en sortent avec des qua- » lités nouvelles. L'estomac digère. Ainsi les impressions
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» arrivent au cerveau par Tentreinise des nerfs ; ce vis- » cère entre en action, il agit sur elles, et bientôt les ren- » voie métamorphosées en idées; d*où nous pouvons » conclure, avec la même certitude, que le cerveau di- » gère en quelque sorte les impressions, et fait orgaui- » quement la sécrétion de la pensée (i). » Messieurs, il y a dans ce langage avitant d'équivoques et d'erreurs que de mots; et c'est bien ici qu'on voit toute la faiblesse du mensonge, qui, poussé à bout de tous côtés, se réfugie dans les amphibologies et dans les plus vagues obscurités. Si Ton nous disait que, d'après Tunion de Tàme et du corps, l'âme a besoin de l'organe du cerveau pour faire ses opérations, je pourrais entendre ce langage, et plus loin nous y reviendrons. Hais faire du cerveau une machine à pensées, quoi déplus étrange.? En effet, vous me dites que le cerveau digère les impressions qui lui sont transmises; mais des impressions faites sur les organes ne peu* vent être que des impressions, des dilatations, des vibrations, des déplacements de parties matérielles, en un mot des mouvements. Ainsi, dire que le cerveau digère des impressions, c'est dire qu il digère des mouvements : et fut-il jamais une manière plus barbare de penser et de s'exprimer? Vous ajoutez qu'il en est du cerveau, par rapport aux impressions, comme de l'estomac par rapport aux substances nutritives; mais soyez conséquents, et poussez la comparaison jusqu'au bout. Que fait l'action de rpstomac? Elle transforme les aliments qu'il reçoit; mais les qualités qull leur donne ne sont pas incompatibles avec un être matériel, et n'empêchent pas qu'ils ne restent dans la nature des substances ^matérielles. Donc il faudrait dire que l'action du cerveau, en changeant, en modifiant les mouvements qui lui parviennent, les laisse
(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral de Vhomme, tom. I, pag. 152.