SHRITU ALITÉ DE L^AME
toujours dans leur état de mouvement; donc il n>n résulterait jamais que du mouvement, et déjà il est bien dé* montré que le mouvement n'est pas la pensée. Vous poursuivez, en disant que le cerveau, renvoie les impressions métamorphosées en idées. Mais je demande où ces idées sont reçues; il faut qu'elles soient quelque part. De même que le mouvement n'existe que dans le corps mobile, la pensée n'existe que dans un sujet qui pense; et la même question revient toujours. De quelle nature est cette substance qui a toutes ces idées? Si vous la faites matérielle, je vous oppose mes preuves, qui restent intactes, de l'incompatibilité de la pensée et de la, matière. Voilà donc comme, en analysant votre mécanique explicatioja de la pensée, on n'y trouve que des mots insignifiants ou des absurdités palpables. Pour résumer cette seconde preuve de la spiritualité de l'âme, tirée de la nature de la pensée, nous disons : te qui est sans étendue, sans figure^ sans divisibilité, comme la pensée, ne peut s'identifier avec ce qui est étendu, figuré, divisible, comme la matière : donc ce qui pense n'est pas matière.
Si les sensations et les idées passaient en nous sans laisser de traces après elles; si notre âme n'en conservait le souvenir, elle ne pourrait faire aucun usage de ces connaissances fugitives, aussitôt anéanties qu'acquises ; elle serait incapable de comparer, de juger et de raisonner. Mais elle est douée du sublime pouvoir de faire comme revivre ces notions qui se sont succédé en elle, de se les rendre de nouveau présentes, de les rapprocher, de les combiner ensemble, d'établir des principes, et d'en tirer des conséquences ; en un mot, de juger et de raisonner : nouvelle capacité de notre âme, et nouvelle preuve de sa simplicité.
Vous possédez, je suppose, un riche trésor de connaissances : histoire, sciences, lettres, arts, politique, rien ne vous est étranger; mais ce long amas de sensations
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que vous avez éprouvées^ d'idées que vous aves conçues, de réflexions que vous avez faites, c'est un seul principe qui en est dépositaire. Il n'y a pas en vous un principe pour les sensations, un principe pour les idées, un prin* cipe pour les jugements; il n'y a pas en vous plusieurs moi, il n'y en a qu'un : c'est le môme mai qui voit ce monde, qui en connaît la bonté, qui juge qu'un être intelligent en est l'auteur. Ce dernier acte de votre esprit, par lequel il s'élève jusqu'à Dieu, à ses perfections infinies, aux devoirs qui en découlent, supposera bien des sensations, bien des idées préliminaires, bien des jugements particuliers ; en ce sens, votre jugement intérieur sera composé : mais l'acte en lui-môme, par lequel l'esprit juge et prononce, est un, cette opération intellectuelle est indivisible ; et voilà comme toutes les fonctions les plus intimes de notre intelligence nous conduisent à son immatérialité.
Je ne viens pas contester ici aux docteurs du matérialisme la science et Tesprit ; j'abandonne leurs ouvrages sous ce rapport à ceux qui ont le droit d'en être les juges; je conçois comment , avec une détestable métaphysique sur l'âme et ses opérations, on peut ôtre très-versé dans la connaissanee du corps humain e,t des maux qui Taffligent. Nous saurons toujours respecter la science, le talent, les services , partout où ils se trouvent ; mais nous contestons hautement à ces apôtres de matérialisme , la première de toutes les qualités dans les ouvrages polémiques : je veux dire la logique, une métaphysique saine, le talent de raisonner, de lier leurs idées, et d'enchaîner des conséquences justes à des principes Wen démontrés. J'admire comment des systèmes aussi absurdes en métaphysique , qu'ils sont d'ailleurs funestes en morale , peuvent trouver tant de sectateurs; ou plutôt cessons de noUs en étonner. Cette monstrueuse doctrine n'est pas nouvelle : elle a sa source dans des passions plus anciennes qu'elle.
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Du moins , autrefois , elle était reléguée dans des livres qui ne passaient pas dans les mains du commun des lecteurs ; aujourd'hui , elle est mêlée & tant de productions savantes et littéraires, que la jeunesse en est aisément infectée : et combien n'est-nelle pas avide de ce qui flatte ses penchants , émousse la pointe du remords , débarrasse l'âme de toute crainte , et lui laisse , par Téspoir de l'impunité , la licence de tout dire et de tout faire ! Nous aurons occasion, dans une autre oirconstapcç, de développer les funestes conséquences de cette doctrine ; voyons maintenait ce que les matérialistes opposent de plus spécieux.
Lb8 matérialistes n'ont r|én négligé pour appuyer leurs systèmes: Tautorité, Texpérience, l'analogie, tout est appelé au secours de leur doctrine.
8'appuyant de Fautorité, ils disent que le dogme de la spiritualité de Pâme est assez nouveau , que même les Pères de l'Eglise chrétienne ne le connaissaient pas, témoin TertuHien , samt Ambroise , saint Hilaire , qui ont fait Fâme corporelle , et saint Augustin , qui a écrit un livre sur la quantité de l'âme , de Quantitate animœ, et l'on sait que Locke met en problème : « Si Dieu ti*est pas i> assez puissant pour communiquer la pensée à la tna« » lière. »
S'appuyant de l'expérience, ils vous disent: «Voyesç » comme l'âme éprouve les changements et les vicissitudes » du corps ; elle semble naître , croître , vieillir avec lui j » la raison se développe et s'affaiblit comme les organes- » Quelle influence n'ont pas sur les sensations et les pent> sées de Fâme , le tempérament , Fâge , le climat , Fé- » ducation, les habitudes, le régime? N'avez-vous pas » observé les rapports perpétuels du moral et du physique » dans Fhomme ? Ne faut-il pas en conclure qu'ils sont p une même et unique chose, diversement modifiée ? »
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S'appuyanl sur l'analogie, ils vous disent: «Voyez d comme les aqimaux vous donnent tous les signés d'é- » très qui sentent , pensent , raisonnent. Cependant que » sont-ils autre chose que des machines bien organisées? » Oseriez- vous leur stipposer une âme? La théologie chré- » tienne s'y oppose. Il se peut donc que Thomme doive » tout à son organisation physique. » Vous voyez, Messieurs, que je ne dissimule rien. Reprenons.
Vous avancez que le dogme de la spiritualité de Tâme fut inconnu aux docteurs de T Eglise chrétienne; mais où est la preuve de cette assertion? Elle est dans quelques mots équivoques. J'avoue qu'ils se sont servis quelquefois , en parlant de Fàme humaine , de termes qui n'ont pas la rigueur métaphysique que nous cherchons dans la discussion présente. Mais qu'ils étaient loin des ténébreux systèmes qu'on leur suppose? En effet, les uns ont pensé qu'outre ce corps visible qu'elle anime, l'âme était unie à une sorte d'enveloppe aérienne , qui lui servait comme de communication avec les organes plus grossiers du corps. En ce sens , ils disaient que l'âme avait un corps , ce qui n'empêchait pas que , dans sa substance intelligente , elle ne fût spirituelle. Les autres,^ pour signifier que Tâmo était quelque chose de réel^ de subsistant, et non une sim* pie qualité, disaient qu'elle était un corps, dans le même sens que nous disons qu'elle est une substance. Etmême, comme l'âme a différentes facultés, l'intelligence, la volonté, la mémpire, on en prenait occasion de la considérer comme un composé qui avait diverses parties. On peut voir tout cela discuté dans le Dictionnaire deBergier, ou dans celui des Bérésies, par Pluquet.
Voici , Messieurs , une réflejtion décisive ; c'est que sans doute ils étaient chrétiens ces docteurs de l'Eglise chrétienne; ils connaissaient, ils professaient les éléments du christianisme ; ils croyaient tous , comme cela n'est pas contesté, à l'existence de la vie future. Or, qu'im«