‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 20 sur 48 · LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

LIBRE ARBITRE

moins funestes pour quelques-uns de ses défenseurs, peut néanmoins êlre destructeur de toute morale^ et que le prêcher, c'est se rendre coupable envers la société tout entière. Ah ! Tincrédulité moderne recueille avec complaisance tous les excès» des chrétiens pour les faire retomber sur la religion ; par une logique aussi absurde qu'injuste, elle accuse le christianisme des vices qu'il condanme, des fureurs dont il a été quelquefois le prétexte, et par cela seul, ses accusations ne sont que des calomnies. Hais ce qui est une horrible vérité, c'est que le fatalisme conduit au sang-froid dans le crime; qu'il apprend aux scélérats à mépriser les remords, en leur enseignant qu'ils ne sont pas plus coupables de leurs forfaits, que la plante vénéneuse n'est coupable des poisons qu'elle recèle. C'est bien le cas de répéter ces paroles d'un écrivain trop célèbre (1), qui trop souvent aurait pu se les appliquer à lui-même : a Fuyez ces hommes, qui, » sous prétexte dVxpliquer la nature, sèment dans les y> cœurs de désolantes doctrines..,. Renversant, detrui- » sant, foulant aux pieds tout ce que les hommes res- » pectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de » leur misère, aux puissants et aux riches le seul frein » de leurs passions; ils arrachent au fond des cœurs les » remords du crime, l'espoir de la vertu, et se vantent » encore d être les bienfaiteurs du genre humain, jamais, » disent-ils, la vérité p'est nuisible aux hommes. Je le » crois comme eux, et c'est, à mon avis, une preuve que » ce qu'ils enseignent n'esi pas la vérité. »

(1) J. J. Rousseau.

Page 1